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 06. Let's do some propaganda | PV Tara

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MessageSujet: 06. Let's do some propaganda | PV Tara   Dim 15 Mai - 22:40

Les ressources littéraires de la bibliothèque du lycée McKinley méritaient le coup d'oeil. En tout cas, pour un lycée d'un coin soi-disant paumé, elle se défendait plutôt bien. La matinée de la jeune prof avait été plutôt lourde. Il lui avait fallu courir d'un bout à l'autre de la ville, pour remplir tout un tas de paperasse administrative, y compris de quoi faire valider son permis de conduire français. En d'autres termes, elle n'était pas passée très longtemps au lycée : il fallait qu'elle consulte sa banque, qu'elle signe pour son appartement et pour une voiture ou une moto, elle ne savait pas encore et qu'elle retrouve son chemin dans la ville. Ce n'était pas vraiment simple.

Donc, pour faire court, la jeune femme était à la bourre. Il fallait qu'elle prépare un cours, et elle s'était emmêlée dans son emploi du temps. Donc, elle se trouvait short au niveau temps pour préparer son cours. Avec une heure de moins. Elle était en panique.

Sa carrière était à peine commencée qu'il fallait déjà qu'elle ait recours au pire. En tout cas, c'est ce qu'elle pensait. C'est-à-dire qu'elle allait devoir... Improviser. Et c'était un exercice auquel on ne l'avait pas entraînée à l'IUFM. Elle était encore dans l'inconnu le plus total.

Il fallait donc qu'elle fasse quelque chose. Elle se rappelait son réflexe primitif alors qu'elle était à Normale Sup ou en prépa pour faire ses colles et ses devoirs : elle s'enfermait à la bibliothèque et se dépêchait de produire un plan. Le plan lui permettait d'improviser, de tenir une heure ou deux heures. Elle était plutôt douée, en fait, se dit-elle en souriant.

Elle saisit donc l'occasion. Elle se dépêcha, se fraya un chemin entre les élèves, puis évita une attaque de slushie qui s'est perdue contre les pauvres élèves. Elle n'avait pas le temps de s'en occuper, elle était vraiment sur le feu. Elle zigzagua et ouvrit la porte de la bibliothèque, et posa son sac sur une chaise près d'une table. Elle adressa un léger signe à la bibliothécaire, avec un joli sourire, et un clin d'oeil assuré. Ses talents de comédienne resurgissaient.

Elle se dirigea vers les rayons concernant la littérature, et chercha dans les étagères, ses doigts caressant les couvertures, préoccupée. Elle sélectionna quelques ouvrages, les déposa sur une table à côté, et poursuivit son exploration.

La bibliothèque était relativement calme. Les élèves observaient le silence, ou murmuraient discrètement. Il y avait très peu de gens présents. La bibliothécaire semblait profondément concernée par un inventaire, pestant parfois à voix haute, toute seule, toute à son affaire. Alexiane ne put s'empêcher d'esquisser un léger sourire. Elle continua à chercher, ouvrit des livres à certaines pages, puis commença à faire des photocopies.

L'appareil, comme une icone massive, se trouvait dans un coin, légèrement dans l'ombre. C'était une antique photocopieuse. Elle sortit sa carte à photocopies, indispensable pour pouvoir obtenir ce qu'elle voulait, puis elle en fit le tri, consciencieusement.


Dernière édition par Alexiane V. D'Anceny le Lun 16 Mai - 12:29, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: 06. Let's do some propaganda | PV Tara   Lun 16 Mai - 11:20

Episode 06
Let's do some propaganda



Alexiane V. D'Anceny & Tara K. O'Dwyer


    Je jetai un bref coup d’œil au calendrier et avalai difficilement ma salive. Déjà lundi ? Bon sang, ma flemmardise et ma procrastination chronique allaient réellement finir par causer ma perte, et me faire rater mes examens. Je m’explique. J’avais une dissertation qui compterait pour un quart de ma note finale du semestre à rendre pour l’après-midi même, mais je ne l’avais toujours pas ne serait-ce que commencée. A moitié paniquée, bien qu’habituée à ce genre de petits travaux de dernière minute, je fouinai dans mon sac et en tirai machinalement l’énoncé du sujet. « Comment définir l’injustice ? » Pfeuh, de la philosophie, en plus. J’étais mal partie. Cette matière ne m’avait jamais vraiment inspirée. Il allait pourtant bien falloir que je trouve quelque chose à déblatérer sur le sujet, et ce dans les plus brefs délais. Je réfléchis donc trente seconde : comment allais-je bien pouvoir m’y prendre ?

    L’endroit le plus approprié pour mes recherches s’imposait : la bibliothèque. Je n’y allais que très rarement, voire jamais, mais là, c’était un cas d’extrême urgence. Je n’avais pas le temps d’aller dans un cyber café et de chercher un corrigé assez complet à recopier, au risque de ne rien trouver. J’allais donc me tourner vers les livres.. Ces sales bêtes aux mille et unes pages. Tant pis pour les cours que j’avais le lundi matin, la sèche était indispensable, pour le coup. Heureusement que mes capacités intellectuelles se voyaient décuplées sous la pression, parce que je dois bien avouer que là, j’étais un peu affolée. Dans la précipitation, j’étais toutefois bien plus maladroite que d’ordinaire.. Je me pris donc les pieds dans mon sac et m’écroulai sur le sol en essayant de sortir de la pièce. Hum.. Génial. Heureusement que j’étais seule, et que personne n’avait pu constater l’étendue des dégâts. Je ne m’étais pas fait bien mal, c’était le plus important.

    Reprenant tranquillement mes esprits, je me relevai et, plus calmement cette fois, attrapai mon sac. Je me rendis donc dans le lieu sacré réservé aux érudits : le CDI. La documentaliste, visiblement occupée et fascinée par son inventaire, ne me salua que d’un bref hochement de tête et d’un haussement de sourcil, probablement dû au fait qu’elle ne me reconnaissait pas. Et pour cause, elle n’avait pas du me trouver ici bien souvent. Bon, et maintenant ? J’avais certainement tous les documents dont j’aurais besoin sous le nez, mais je n’avais aucune idée d’où chercher. Agacée, je soupirai. Si je devais passer dans les rayons les uns après les autres, je n’étais pas prête de m’en sortir, étant donné l’étendue de la salle. J’entrepris toutefois d’accomplir ma quête, traversant les rayons en limitant ma lecture aux petites pancartes en indiquant les thèmes principaux. C’est au moment où je commençais vraiment à désespérer que je finis par mettre la main sur ce que je cherchais. Une revue philosophique, qui avait la taille d’une énorme encyclopédie, et dont l’un des sujets traités était l’injustice. Il y avait pas mal de citations, de définitions, et toutes sortes de trucs qui me seraient indubitablement très utiles..

    Je n’avais pourtant pas le moins du monde l’intention de m’éterniser ici. Il aurait peut-être mieux valu que je trouve des sources supplémentaires, mais je n’avais ni le temps, ni l’envie de continuer à farfouiller. Je cherchai donc mécaniquement une imprimante, errant à nouveau à travers les rayons.. Après quelques minutes de recherche, je finis par trouver mon bonheur. Cependant, j’avais besoin d’une carte, que je n’avais évidemment pas. Je regardai donc autour de moi, et aperçus une jeune femme que je ne connaissais pas, mais qui devait être une prof. Je ne pris pas le temps de l’observer plus en détail, et fonçai droit sur ma proie.


    « Excusez-moi.. Est-ce que vous pourriez me photocopier deux ou trois pages de ce bouquin ? » demandai-je, lui tendant le livre comme si c’était un trophée. Suite à quoi je le feuilletai rapidement, avant d’ajouter : « Ou une vingtaine, en fait.. »
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MessageSujet: Re: 06. Let's do some propaganda | PV Tara   Mer 18 Mai - 11:33

Héhé, ce n'est pas le furor poeticus, mais le furor polycopius !

En regardant la photocopieuse continuer de dégurgiter ses photocopies en masse, la jeune femme se rappela ses années d'études. Passée la formation lycéenne, elle était entrée dans un cercle assez privé d'intellectuels prétentieux. Ils avaient alors tout un tas de private joke dans le genre. Le furor poeticus faisait référence à l'inspiration, ou plus particulièrement à l'enthousiasme divin et poétique du Prince des Poètes, Ronsard. Et des grosses blagues de licenciés de lettres classiques, elle en avait en réserve. Ce qui pouvait évidemment la faire passer pour une cinglée quand on n'était pas au courant de ce genre de comportement.

Mais comme Isabelle Adjani, elle n'était pas folle, vous savez.

Elle commençait à créer des liasses de papier, rassemblant plusieurs thèmes. Le furor polycopius était une espèce de frénésie de photocopies : ah tiens, ça je n'en ai pas besoin pour le cours, mais ce serait sympa comme complément... Oh et puis, il est toujours possible de le rajouter pour un autre cours. Ah et puis ça aussi. Et ça... En fait, c'était un peu comme quand vous alliez consulter un article sur wikipedia ou doctissimo. Vous finissez par cliquer sur n'importe quel lien au sein de l'article et vous vous retrouvez, deux heures plus tard, sur des articles qui n'ont absolument rien à voir avec votre sujet d'origine, sans même vous souvenir de ce qu'était votre sujet d'origine. Intéressant phénomène social.

Heureusement qu'elle avait emporté un sacré paquet de feuilles vierges. Alexiane eut mal en songeant au nombre de séquoias de la forêt amazonienne qu'elle venait de sacrifier sur l'autel de la connaissance... Enfin, ça valait le coup, et ce n'était pas perdu. En tout cas l'espérait-elle.

Dans son champ de vision périphérique se dessina quelques mouvements. Une jeune femme, visiblement aussi pressée qu'elle. Elle esquissa un sourire. Tiens, elle ne l'avait pas eue dans son cours jusqu'ici. Elle ne portait pas l'uniforme des cheerios. En général, les footballers et les cheerios négligeaient son cours. Après tout, ce n'est pas le français qui va faire avancer leur fulgurante carrière. Elle se demandait même si Sue Sylvester, la terrible coach des cheerios avait-elle entendu dire sans jamais la voir (C'est comme le Dieu caché chez Racine !, autre blague stupide), avait une vague idée de ce qui pouvait s'enseigner dans son cours, sans sombrer dans des clichés inévitables.

Elle reporta son attention sur ses feuilles. Ca, ça irait dans argumenter, persuader, convaincre, puis ça, dans l'autobiographie, puis...

- Excusez-moi.. Est-ce que vous pourriez me photocopier deux ou trois pages de ce bouquin ?

Le bouquin en question était juste énorme. Alexiane ouvrit des yeux ronds.

- Euh... Oui, pas de problème.

Rares étaient les élèves qui possédaient des cartes de photocopie. La plupart profitaient des avantages que conférait l'appartenance à une confrérie, comme celles de cheerios, qui possédaient leur propre photocopieuse.

Comme à l'accoutumée, la jeune femme dissimula sa timidité par son sourire chaleureux. Ce n'était pas un sourire banal. Non seulement il faisait des ravages, mais il reflétait aussi le côté rassurant de la jeune femme, protecteur. L'impression de partager quelque chose était forte. L'impression d'être compris également. Et qu'Alexiane ne laisserait personne vous faire du mal, tant qu'elle était là. Malgré sa grande silhouette, ses épaules larges diffusaient une sensation de force. Et ce n'était pas qu'une impression.

Elle saisit l'ouvrage de la jeune femme, et commença à photocopier les pages.

- C'est pour un exposé, une dissertation?

Machinalement, elle se mit à trier les photocopies par thème, plus occupée à lutter contre sa timidité qu'à raisonner convenablement sur la logique de ce triage.

- C'est drôle que vous suiviez le cours de philosophie, pour l'instant, je ne vous ai vue dans aucun de mes cours.

Elle lui adressa un clin d'oeil amical.

- Je suis la nouvelle prof de français. Alexiane D'Anceny.
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MessageSujet: Re: 06. Let's do some propaganda | PV Tara   Mer 18 Mai - 14:59

    L’inconnue était complètement perdue dans ses pensées. Les yeux rivés dans sa paperasse, elle mit un certain temps à prendre conscience de ma présence. (En même temps, je m'étais légèrement jetée sur elle sans me préoccuper de savoir si elle était occupée ou non..) J’en profitai donc pour l’observer un peu plus minutieusement, discrètement, bien évidemment. La jeune femme devait être androgyne. Bien qu’il ne m’ait pas effleuré l’esprit qu’il puisse s’agir d’un homme, on ne pouvait cependant pas nier un certain équilibre entre les deux sexes. Elle avait les traits fins d’une femme, malgré une morphologie peut-être un peu plus proche de celle d’un homme.. Quoi qu’il en soit, et malgré ce petit détail, elle était plutôt jolie, avec ses yeux clairs et sa chevelure brune - coupée assez court.
    A la vue de l’encyclopédie, elle ouvrit de grands yeux, et je perçus une once d’hésitation dans sa réponse.. Timidité, ou réticence quant à faire ce que je lui demandais ? Aucune idée, mais elle se reprit bien vite, et s’exécuta. Le sourire radieux qu’elle m’adressa me fit chaud au cœur. Il avait quelque chose de.. Particulier. Je me sentais à l’aise, en sécurité, et ce en dépit du fait que je ne connaissais absolument pas la personne qui me faisait face. Un léger sourire étira mes lèvres. Non pas par politesse -puisque ce n’est qu’une forme d’hypocrisie parmi tant d’autre, et que je ne supporte pas ça-, mais parce que je me sentais en confiance, et que c’était un moyen comme un autre de le mettre en évidence. La jeune femme me demanda alors à quoi toutes ces photocopies allaient me servir.


    « Une dissertation.. Que j’avais complètement oubliée. »
    Pourquoi est-ce que j’avais ajouté cette dernière phrase ? La jeune femme ne m’avait rien demandé et si, comme je le pensais, elle faisait partie de l’équipe pédagogique du lycée, je risquais de le payer. Au mieux, je pourrais dire adieu à mes photocopies, et donc à ma note relativement correcte et facile à obtenir ; au pire, je serais dénoncée, et aurais des ennuis. En plus, ce n’était pas la première fois que je ne rendais pas un devoir à temps, ou que je m’y prenais tellement tard que la seule option qu’il me restait était de faire un copier-coller depuis une source sûre.. Enfin, trop tard pour les regrets. De toute façon, ma vis-à-vis ne semblait pas de ce genre là.

    Quelques secondes seulement après cette réflexion des plus existentielles, je me vis confirmer ce que j’avais supposé dès le départ. J’étais effectivement face à une enseignante. De français, plus exactement. C’est une sensation assez étrange, de se dire que l’on est en train de parler avec l’un de nos profs potentiels.. Dans mes anciennes écoles, je n’aurais jamais imaginé possible qu’une once de complicité puisse naître entre un prof et un élève. Je dois dire aussi que, même si je ne suis pas timide avec mes camarades, je n’en reste pas moins assez discrète face aux personnes plus haut placées. Du moins, tant que l’on ne me cherche pas, auquel cas je peux me révéler plutôt désinvolte et arrogante. Et voilà, j’étais de nouveau partie à raconter ma vie..


    « En réalité, j’ai pris l’option ‘philosophie’ parce que je pensais que ça pourrait se révéler intéressant et instructif.. Mais je ne comprends rien, ça me désespère. »

    Et oui, je sais, ma phrase n’avait strictement aucun sens. Ce n’est pas parce que l’on ne comprend rien à un cours qu’il est inintéressant pour autant. Disons que me triturer l’esprit avec des questions existentielles était monnaie courante chez moi, mais que je détestais devoir y répondre sous la contrainte. C’était pourtant ce qui m’était demandé en philosophie ; voilà pourquoi le cours ne me convenait pas. Ce qui m’exaspérait au plus haut point, aussi, c’était que, malgré tout ce que les profs peuvent en dire, si notre avis personnel n’était pas calqué sur certains philosophes précis chers à leur cœur, nos notes se situaient toujours entre 8 et 12. Pour résumé, j’en avais assez de me faire rabaisser parce que mon opinion divergeait souvent de celles des grands philosophes. Et oui, j’avais une mentalité un peu décalée, mais pour se torturer avec ce genre de raisonnements, je ne devais pas être la seule, et Descartes, Hobbes et tous les autres n’étaient pas franchement mieux que moi. Je réalisai alors soudainement mon irrespect..

    « Quelle impolie je fais.. Je m’appelle Tara. Tara Katelyn O’Dwyer. Je.. Je ne me suis pas inscrite en français, parce que j’ai estimé que la philosophie le remplacerait.. »
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MessageSujet: Re: 06. Let's do some propaganda | PV Tara   Ven 20 Mai - 17:11

La jeune femme se retrouva devant une des phrases qui hantaient le plus les profs. Le genre de phrase qui les poussent dans un conflit moral. Il existait en réalité deux catégories de prof, qu'on se le dise : ceux qui étaient mesquins et ceux qui étaient relativement compréhensifs. Les mesquins se servaient des règles de l'établissement comme prétexte pour exploiter leur bassesse. Les autres les subissaient, malheureusement.

Alexiane était plutôt du genre cool. Compréhensive. Enfin, sans doute parce que c'était sa première année d'enseignement, elle estimait que la coercition n'était pas la solution. Cependant, elle aimait l'assiduité des élèves, leur bonne volonté en cours, et leur soif d'apprendre. Ce qui posait donc fondamentalement un problème lorsqu'elle entendait cela :

- Une dissertation.. Que j’avais complètement oubliée.

La jeune femme marqua un temps d'arrêt, réfléchissant. En France, ce ne serait pas un problème. D'ailleurs, elle ne pouvait que compatir : dans sa jeunesse, ses années lycées, voire ses années prépa, il lui arrivait parfois de totalement zapper un devoir. Et de devoir s'y prendre la veille au soir, très tard, ou le matin, très tôt, pour passer des heures, voire sécher des cours, afin de rendre quelque chose de relativement potable. Elle se souvenait de son regard cerné, de sa difficulté à rentabiliser la journée, à se réveiller et à parfaitement rentrer dans les cours. Elle ne pouvait donc que compatir. Et après tout, qui était-elle pour juger du travail d'un élève, en dehors de sa discipline? Cela ne la regardait pas.

Mais peut-être qu'à McKinley, elle devrait remplir tout un tas de paperasse pour signaler ce genre de comportement, la sanctionner, l'envoyer en colle, ce genre de trucs qu'on ne voit que dans les séries hollywoodiennes. Non, c'était sans doute exagéré.

Elle ne savait donc pas. En tout état de cause, la jeune femme n'allait pas être sévère avec elle. Elle lui adressa un sourire entendu.

- Ce sont des choses qui arrivent. Faites juste en sorte qu'elles ne se reproduisent pas trop souvent.

Elle marqua une pause, le temps de refermer avec précaution l'ouvrage.

- Je ne dis pas ça pour vous réprimander. Mais disons qu'il faut se préserver le plus possible de ce genre de stress. Après, c'est vous qui voyez.

Elle se demandait toujours comment, avec sa timidité maladive, elle parvenait à formuler des phrases sensées sans pour autant bégayer jusqu'à devenir incompréhensible. Sans doute que sa formation d'enseignante était venue à bout de certains de ses défauts. Tout n'était qu'apparence dans l'enseignement, après tout. Elle lui sourit de nouveau. Cet aspect confiant lui permettait de dégager un sentiment de sympathie et de complicité. Et à regarder le tableau des enseignants, certains avaient une tête qu'il valait mieux ne pas contrarier, de l'avis de la jeune femme...

Son interlocutrice lui indiqua les raisons pour lesquelles elle ne l'avait pas encore vue dans son cours.

- En réalité, j’ai pris l’option ‘philosophie’ parce que je pensais que ça pourrait se révéler intéressant et instructif.. Mais je ne comprends rien, ça me désespère.

De nouveau, la jeune femme ne put s'empêcher de sourire, pour elle, cette fois-ci. Elle se souvint de sa propre terminale, des années auparavant. Lors d'une autre vie, lui semblait-il. La philosophie avait été pour elle comme une révélation, la façon d'obtenir, enfin, des réponses aux questions qu'elle se posait alors qu'elle était enfant. Elle avait eu l'impression de toucher l'infini, d'embrasser l'absolu. Cette année avait été une des meilleures aventures de son existence. Il avait fallu que deux années de prépa détruisent ses ambitions de devenir elle-même prof de philosophie. Elle se souvenait encore de ce petit prof, aux cheveux noirs, avec cette petite barbiche, toujours très propre sur lui, avec de belles mains. Ils étaient environ 27 dans sa promotion, mais seuls 4 élèves, elle comprise, écoutaient les cours. Etonnée, la jeune femme lui avait demandé, à la faveur d'une conversation : "Mais comment vous faites pour supporter cela, monsieur?" Il l'avait regardé, avec ce regard bleuté rêveur, et lui avait dit : "Si je parviens à toucher une ou deux personne dans mon cours, alors j'ai gagné. C'est pour ça que je suis ici.". Il lui avait coupé le souffle. Et l'enseignement était alors devenu évident.

- Accrochez-vous. A mes yeux, c'est une des rares disciplines qui vous servira à quelque chose dans la vraie vie.

La vraie vie. Comme s'il y avait une vraie et une fausse. C'était un peu le cas, en un sens. La vie lycéenne ne ressemblait en rien à ce qui se passait une fois passé à l'université. Mais ces jeunes gens ne s'en rendaient pas nécessairement compte. Valerian était encore toute étonnée de voir avec quelle foi ils s'adonnaient à ces exercices de popularité. La vie américaine était finalement pas si caricaturale que ce qui était montré à la télé. Malheureusement.

- Quelle impolie je fais.. Je m’appelle Tara. Tara Katelyn O’Dwyer. Je.. Je ne me suis pas inscrite en français, parce que j’ai estimé que la philosophie le remplacerait..

- Contente de rencontrer un visage amical, Tara. Voilà vos photocopies.

Elle ramassa ses propres feuilles.

- On peut croire que ma discipline est un peu terre à terre. A faire tout le temps de la grammaire, etc. Mais finalement, elle n'est pas si différente de la philosophie. Les textes en disent beaucoup plus que ce qu'on croit, en réalité. Ce ne sont pas des simples mots qui s'agencent au hasard des décisions de l'auteur, et qui meurent lorsque leur sens a été délivré. Il y a bien plus que cela.

Sa voix s'était faite un peu rêveuse. Dès qu'elle évoquait la littérature et le pouvoir des mots, elle entrait presque dans un état second. Rien ne valait mieux que ce monde, d'après elle. Des découvertes infinies que l'on pouvait faire en lisant des livres. Elle s'était donnée pour défi de faire aimer la littérature française à ses élèves, en soulevant ne serait-ce qu'un pan de ce qu'elle leur dissimulait.

Valerian récupéra son sac, le mit sur son épaule.

- Je ne vous retiens pas, mais vous devriez venir jeter un oeil un jour. Cela n'engage à rien. Et vous pourrez vous faire une idée de ce que nous faisons.

Elle lui sourit, restant auprès d'elle, une main dans une poche.
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MessageSujet: Re: 06. Let's do some propaganda | PV Tara   Dim 22 Mai - 16:09

    La dénommée Alexiane D’Anceny -tiens, d’ailleurs, je venais tout juste de remarquer qu’elle m’avait aussi donné son prénom, chose qui ne serait jamais arrivée dans mes précédents établissement scolaires- ne me répondit pas tout de suite. Elle semblait pensive. Pourvu que je n’aie pas déclenché en elle une sorte de conflit intérieur.. Je l’imaginais parfaitement se battre contre se propre conscience pour décider de ce qu’il convenait de faire maintenant : me soutenir ou, au contraire, me descendre. A vrai dire, à sa place, j’aurais probablement opté pour la deuxième solution. N’importe quel prof un peu vieux jeu et/ou strict ne se poserait même pas la question : aucune compassion pour les élèves aussi désintéressés et peu motivés. Ce qui était parfaitement compréhensible, à vrai dire.. Après plusieurs secondes qui me parurent interminables et durant lesquelles je ne cessais de regretter mes paroles, la jeune femme finit par m’adresser à nouveau un sourire des plus communicatifs. Ouf ! La pression retomba d’un coup, et mon visage s’illumina à nouveau. Il allait tout de même vraiment falloir que j’apprenne à me taire de temps en temps. Je détestais me retrouver dans ce genre de situation embarrassante et relativement casse-gueule si l’on ne tombe pas sur la bonne personne.. En guise de réponse à son conseil, j’acquiesçai, et ajoutai, d’un air à la fois sérieux et réjouit :

    « C’est promis ! »
    Dans la ‘vraie’ vie ? Qu’est-ce qu’elle voulait dire par là ? Bon, d’accord, le lycée, les cours, tout ça, c’est bien loin de ressembler au paquet de responsabilités qui nous tombe dessus par la suite, et ça, j’en avais pleinement conscience. Mais sa réplique sous-entendait l’existence d’une ‘fausse’ vie.. Même si McKinley ne représentait que quelques années dans la vie de la plupart des élèves –tous ceux qui ne finiraient pas profs-, qui pouvaient donc paraître bien insignifiantes en comparaison aux dizaines qui suivraient, ce serait tout de même durant ces années-là que se profilerait leur avenir et qu’ils auraient leurs plus beaux souvenirs.. Du moins, c’est ce que n’avaient cessé de me répéter mes parents, et j’avais visiblement fini par y croire un tant soit peu. Pourtant, j’attendais toujours ces bons moments qui seraient gravés à jamais dans ma mémoire.. M’enfin.
    D’un autre côté, je comprenais l’essentiel du message que Mademoiselle D’Anceny tentait de me faire passer. Je n’avais d’ailleurs même pas besoin de cela pour m’en rendre compte. La philosophie était effectivement la matière qui nous faisait le plus réfléchir sur la vie en elle-même, sur toutes les questions existentielles que tout le monde se pose mais dont personne n’a réellement de réponse, et pour cause.. Il aura fallu toute une vie à de nombreux philosophes pour ne serait-ce que tenter une ébauche de réponse à certaines d’entre elles. Je me contentai donc une nouvelle fois de hocher la tête en signe d’approbation, ne sachant pas trop quoi faire d’autre. Je finis tout de même par trouver quelques mots qui traduisaient relativement bien les motivations que la jeune femme venait de me redonner.


    « Je ferais de mon mieux. »

    La jeune femme me rendit alors l’ouvrage qu’elle venait de photocopier, ainsi que toutes les feuilles volantes qui allaient avec. Elle m’expliqua ensuite tout l’intérêt de la matière qu’elle enseignait, rêveuse. Honnêtement.. J’avais toujours pensé que les profs trouvaient des interprétations aux textes que même l’auteur n’aurait jamais soupçonnées. Ce n’était même pas une question de savoir si c’était répétitif ou non, simplement, il me paraissait tellement improbable qu’un écrivain passe des heures et des heures à se demander comment formuler telle ou telle phrase pour qu’elle ait un sens bien particulier.. Mais mon interlocutrice avait l’air tellement persuadée de ce qu’elle exprimait avec tant de conviction, que je ne pus retenir ma curiosité. Après l’avoir remercié pour le joli petit lot ordonné de feuilles que j’avais dans les mains, je lui adressai à nouveau un sourire resplendissant, soudain animée d’une envie irrésistible de voir si ses cours étaient aussi passionnants qu’ils en avaient l’air. Après tout, tout dépendait généralement du prof, et celle-ci avait l’air tellement passionnée par ce qu’elle faisait que ce ne pouvait être qu’une bonne enseignante.

    « Ce serait avec plaisir. Hum.. Par contre, je ne connais pas les créneaux horaires de vos cours.. ? »

    En attendant sa réponse, je rangeai soigneusement les feuilles dans mon sac, attendant encore quelques instants avant de retourner déposer l’ouvrage à sa place. J’avais encore pas mal de boulot.. Je n’allais jamais pouvoir rendre ce devoir à l’heure. Et je venais encore de me rajouter des heures supplémentaires en acceptant d’assister à un cours de français.. Enfin, je n’étais plus à ça près, de toute façon.
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MessageSujet: Re: 06. Let's do some propaganda | PV Tara   Ven 8 Juil - 18:39

La promesse de la jeune femme fit sourire Alexiane. Au moins était-elle quelqu'un de bonne volonté. A moins qu'elle ne soit réellement impressionnée par le professeur, ce dont elle-même doutait. Elle était loin de posséder la carrure de certains profs du corps de McKinley. Peut-être avait-elle eu la chance de tomber sur quelqu'un d'une bonne volonté sincère, ce qui était si rare de nos jours. Enfin, elle n'allait pas disserter sur la nouvelle génération perdue des élèves, sinon, elle ferait sans doute peur à la jeune étudiante.

Enfin, elle savait bien que les jeunes gens formulaient des promesses. Et elle savait aussi que la vie même des adolescents leur empêchait de les tenir. Il y avait toujours une bonne excuse, mais surtout des vraies raisons : les premiers émois, les soirées, le tâtonnement pour connaître ses propres limites. Alexiane pardonnait facilement ce genre d'écart : boys will be boys, comme on disait. Elle n'était pas passée par là littéralement, puisqu'elle avait été enfermée dans un lycée privé dès son plus jeune âge, mais disons qu'elle comprenait. Elle aussi était un peu jalouse de cette jeunesse qu'on lui avait volée.

Alexiane : - Je n'en doute pas, jeune fille. Je conçois que vous puissiez avoir une passionnante vie à côté, mais il ne faut pas négliger les études.

Elle lui offrit un sourire bienveillant, puis commença à entamer sa marche.

Elle marqua un temps de réflexion quand la jeune femme lui demanda de lui confier les plages horaires de ses cours.

Alexiane : - Eh bien...

Elle s'arrêta, posa sur sa cuisse son sac en cuir. Elle l'ouvrit, fouilla à l'intérieur fébrilement. Non seulement la jeune française était peu ordonnée, mais en plus de cela elle était maladroite. Cerise sur le gâteau, elle était consciente de cette maladresse. De ce fait, les minutes semblaient s'étendre à des heures, quand elle faisait patienter des gens. Elle avait tendance à pester, à rougir, à perdre de vue ce qu'elle devait prendre... Enfin bref, c'était assez compliqué.

Elle finit par extraire de son sac une épaisse chemise et à la poser sur une table qui se trouvait non loin. Elle l'ouvrit, feuilleta rapidement l'ensemble des documents.

Alexiane : - Qu'est-ce que j'en ai fait...

Puis, triomphante, elle sortit un polycopié surligné de partout.

Alexiane : - Voilà. J'espère que cela ne chevauche pas vos horaires de cours. Ce serait vraiment dommage.

Elle ramassa ses affaires, provisoirement calmée.

Alexiane : - J'espère que cela va vous plaire également. Le programme est un peu lourd, mais il vaut le coup d'oeil. Et puis c'est l'occasion de réunir plusieurs autres de vos camarades, quelle que soit leur horizon.

En disant cela, Alexiane pensait évidemment au projet fou de vouloir lier toutes les factions en présence, pour communier autour du français. C'était un défi de taille. Mais après tout, pourquoi pas? Il fallait pour cela commencer son recrutement.

Alexiane : - D'ailleurs, si vous connaissez d'autres personnes qui seraient intéressées, je suis preneuse !
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06. Let's do some propaganda | PV Tara

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