Choriste du mois


Partagez | 
 

 06. Deny, Deny, Deny

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Invité
Invité
06. Deny, Deny, Deny  Empty
MessageSujet: 06. Deny, Deny, Deny    06. Deny, Deny, Deny  EmptyVen 3 Juin - 16:08

*Et merde! Merde! MERDE!*
Une foule de pensées traversaient l’esprit d’Edena Miller lorsqu’elle ouvrit les yeux en ce froid matin de février. Elle avait manqué le cadran – encore. En fait, elle avait oublié de le faire. C’était un lundi matin, le premier depuis le bal de la Saint-Valentin. Edena était revenue assez tôt du bal. Edena ne s’était aventurée qu’une seule fois hors de sa chambre. Pour aller voir Chris et Mara à la maternité. Elle s’était maquillée, avait mis un sourire sur son visage et était allée se réjouir de la naissance. Mais l’adolescente était revenue vidée de l’expérience. Elle s’était recouchée dans son lit. Le fait de rentrer dans la salle de bal avait imposé un vide auquel elle n’était pas prête encore. Elle était entrée dix fois dans la salle. Les dix fois, elle avait été accompagnée d’Alexander. Et voilà que pour une première fois, la jeune demoiselle avait franchi la porte au bras d’un autre homme, Glenn. Et elle s’était sentie mal au même degré que si la jeune femme avait trompé son copain. Comme si elle avait couché avec un étranger. Elle était donc rentrée chez elle après le bal et elle s’était effondrer. Tous les progrès qu’elle pensait avoir fait en trois mois s’était effondré. Son frère était passé à vingt-deux heures trente, le soir du bal. Il avait mis de nombreux efforts pour monter dans le lit et la serrer dans ses bras. Les yeux pleins d’eau, Edena avait pleuré jusqu’à s’endormir pour une sieste. Il avait recreusé le lit sous lui en partant. Mais Edena ne l’avait pas senti. Dimanche, elle s’était sentie mieux. Assez pour déjeuner, aller à la maternité et revenir. Mais elle n’avait pas fait de devoir. Elle faisait toujours des devoirs le dimanche. Mais elle n’en avait pas eu la force. Elle était restée dans son lit. Elle s’était écroulée une seconde fois. Et voilà que l’on se retrouvait, lundi matin dix minute après la première sonnerie. Elle remonta ses cheveux en une queue de cheval. Enfila une paire de leggings noires et une tunique colorée. La courbe de son ventre se voyait. Mais elle s’en foutait. Elle attrapa un muffin que son frère avait fait. Pris son sac par-dessus son épaule, elle fila vers l’école. Une chose lui remonta le moral. Normalement, le lundi, la permanence du matin au bureau des surveillants était assurée par Elliott J. Meadows. Il saurait la faire sourire. Elle conduisit prudemment jusqu’à l’école, se stationna et se rendit au bureau directement sachant pertinemment que son professeur n’autorisait plus ses retards – rendu trop nombreux. Elle toqua à la porte et ne put s’empêcher de soupirer doucement en apercevant qu’il n’était pas là.
« Je suis désolée… je suis en retard et mon prof ne veut pas ouvrir la porte. »
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité
06. Deny, Deny, Deny  Empty
MessageSujet: Re: 06. Deny, Deny, Deny    06. Deny, Deny, Deny  EmptyVen 3 Juin - 18:04

Après deux semaines de travail à McKinley Madeleine avait enfin pu intégrer son « bureau » — si tant est que l’on puisse nommer bureau cette salle grise remplie de casiers et de papiers administratifs. Enfin, il y avait une chaise, une table et un tampon au sceau du lycée avec lequel elle passait son temps à jouer lorsqu’elle ne faisait pas ses rondes. C’était la première fois que Madeleine travaillait à plein temps, et dans une administration. Pour elle qui avait enchaîné les petits boulots du soir, se lever de bonne heure restait le plus dur et chaque jour qui se profilait était une véritable lutte. Mais cette fois ci encore la jeune femme avait réussi à se sortir du lit suffisamment tôt pour se permettre le luxe de prendre le petit-déjeuner. Son studio n’était pas bien grand, mais elle avait installé la table basse en face de la baie vitrée de telle sorte qu’elle pouvait profiter de la vue plongeante sur le centre ville de Lima depuis le 5e étage. Tout était gris dehors, la lumière du jour ne poindrait que dans quelques minutes et l’aube n’offrait pas ce sentiment de bien-être et de plénitude que Madeleine avait l’habitude de lui attribuer en été. Non, l’hiver n’était décidément pas la saison favorite de la nouvelle surveillante qui malgré son optimisme débordant et son entrain naturel ne parvenait pas à se sortir de l’ambiance morose qui régnait partout en ville et dans le lycée. Encore une gorgée et son bol de café serait terminé, elle devrait se lever pour quitter la table et prendre une douche. Quelque chose lui disait que cette journée allait être longue.

Une fois vêtue et emmitouflée dans son gros manteau blanc pur, un dernier coup d’œil à sa montre pour s’assurer qu’elle était bien à l’heure, et voilà Madeleine partie sur les trottoirs verglacés du centre ville pour prendre le bus. Elle aurait pu y aller en voiture comme tous les professeurs et comme la plupart des élèves, mais elle aimait prendre son temps lorsqu’elle en avait l’occasion, profiter des paysages urbains, de l’éveil de Lima. Ce qu’elle aimait par dessus tout c’était le bourdonnement naissant à mesure que les gens montaient dans le bus au fil du parcours. Son souffle chaud faisait de la buée sur la vitre glaciale et elle y promenait le bout de ses doigts, la musique douce de No Surprises la berçait tandis que ses yeux se fermaient.

A heart that's full up like a landfill
A job that slowly kills you
Bruises that won't heal
Rien de tel qu’un bon titre de Radiohead pour commencer la journée en beauté. Certes, mais il n’en demeurait pas moins que ça n’allait pas l’aider à remonter son moral déjà au plus bas dans la grisaille. Plus que cela, elle retrouvait même quelque chose de sa vie passée dans les paroles de cette chanson. La jolie blonde passait son temps à soigneusement éviter de se retrouver seule avec elle-même pour penser. Notamment penser à sa famille qui n’existait plus, ou plutôt qui n’existait plus pour elle. Depuis qu’elle avait quitté le domicile familial, elle n’avait pas cherché à retrouver leur trace. Même si elle refusait et refuserait toujours de l’admettre, ils lui manquaient. Son père et ses éternels airs sévères d’avocat qui cache méticuleusement ce qu’il pense, et sa mère qui incarnait le parangon de ce qu’elle rejetait chez une femme. Non il n’y avait pas de regret à avoir, tant qu’elle était occupée et qu’elle faisait ce qui lui plaisait Madeleine s’estimait heureuse et n’en demandait pas plus.

En arrivant au lycée, elle passa par la case obligatoire des salutations formelles au principal, forcée de passer devant son bureau qui donnait sur le couloir. Elle détestait plus que tout ces courbettes matinales qu’elle trouvait asservissante et totalement inutiles. Et qui respectait vraiment Figgins dans ce lycée ? S’il avait eu ne serait-ce qu’un lèche-botte la jeune femme irait presque jusqu’à payer pour le rencontrer ! Mais en y réfléchissant bien elle n’avait pas non plus d’élève auquel elle se soit particulièrement attaché… Elle échangeait en général des regards de connivence avec eux dans les couloirs mais guère plus. Elle sentait toujours cette distance entre les lycéens et elle, qu’elle ne parvenait pas vraiment à expliquer. Peut-être n’allait elle tout simplement pas assez à leur rencontre. Il y en avait bien un ou deux qui lui aient tapé dans l’œil d’un point de vue apparences, mais elle ne connaissait pas même leurs prénoms.

Toujours était-il qu’elle était à l’heure, et plantée devant le panneau d’affichage en salle des professeurs, elle put constater avec dépit qu’on lui avait assigné la garde de l’administration pour la matinée. Tout ça pour dire qu’elle n’aurait pas le loisir de déambuler dans les couloirs avec ses chaussures neuves. La surveillante allait être enchaînée à un bureau de permanence pour les quatre prochaines heures. Joie. Enfin… elle aurait sûrement l’occasion de rencontrer un retardataire ou deux et de mettre à exécution son nouveau plan : faire connaissance avec les élèves.

Quinze minutes après que la sonnerie avait retenti il n’y avait toujours personne, Madeleine commençait à désespérer en gribouillant sur un bout de papier et en jouant avec le tampon de l’administration. Comment était-il possible qu’un lundi matin personne ne soit en retard ? Qu’est-ce que c’était que ce lycée bidon rempli de bons élèves sages et disciplinés ?! Mais alors qu’elle se mettait à tourner autour de l’axe de son siège en levant les bras au ciel, elle entendit enfin un craquement de pas derrière la porte. Ni une ni deux la jeune femme se rattrapa comme elle put au bureau pour tirer sa chaise sous le plateau de la table, pas vu pas pris ! C’est une jeune fille d’apparence assez frêle qui pénétra dans la salle, l’air très clairement déçu elle poussa même un soupir assez profond en la voyant assise là. Tiens donc, elle ne s’attendait pas à trouver Madeleine ici à cette heure peut-être, voilà qui était intéressant. Se fendant d’un sourire, la surveillante se redressa dans sa chaise et en arquant un sourcil, elle lança d’un ton neutre :
    Oui je vois ça, il va te falloir un mot je suppose. Entre, assieds-toi je t’en prie.

Elle lui indiqua la chaise en étendant le bras, poussant les papiers inutiles de part et d’autre du sous-main et cachant ses gribouillis sous une autre pile de papiers dont elle ignorait jusqu’au contenu. Ouvrant tour à tour tous les tiroirs à la recherche des formulaires pour les élèves en retard elle lui dit encore d’un ton rieur cette fois :
    Alors, qu’est-ce que tu as à dire pour ta défense ?

Mais qui donc avait rangé ce bureau pour la dernière fois ? C’était impossible de mettre la main sur quoi que ce soit ici… Elle qui n’était pourtant pas la plus maniaque des femmes trouvait néanmoins que ce bureau était plus un débarras qu’autre chose et elle ne put s’empêcher de penser que son collègue ne devait pas beaucoup plus travailler qu’elle s’il s’accommodait d’un tel endroit.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité
06. Deny, Deny, Deny  Empty
MessageSujet: Re: 06. Deny, Deny, Deny    06. Deny, Deny, Deny  EmptyVen 3 Juin - 20:46

La Saint-Valentin avait toujours été la fête préférée d’Edena. Non, c’était faux. C’était Noël. Mais rien n’empêchait le fait suivant. Edena ADORAIT la Saint-Valentin. Parce qu’elle n’en avait passé aucune depuis qu’elle avait atteint la puberté seule. Elle avait toujours eu son magnifique Alexander qui l’attendait à la sortie du lycée ou du collège. Ironiquement, Edena avait été persuadée que sa toute première saint-valentin, en cinq ans, seule ne serait pas si difficile que cela. QUELLE GROSSIÈRE ERREUR! Elle n’avait pas respecté aucune des traditions qui s’étaient imposée en près de six ans de relations. Tout s’enlignait exactement pour ne pas que cette Saint-Valentin ne soit parfaite. Elle n’avait pas eu de partenaire pour le bal jusqu’à deux semaine avant ce dernier. C’était Glenn qui lui avait demandé pendant la deuxième échographie qu’elle avait eu pour le bébé. C’était un gentil garçon, et même si Edena avait sérieusement envisagée l’idée de simplement ne pas aller au bal – ce qui ironiquement ne lui semblait pas être une si mauvaise idée que cela. Elle avait accepté. Parce qu’il était gentil et qu’il avait eu la gentillesse de se pointer à l’hôpital dans les vingt minutes qui avait suivi le texto paniquée de la jeune future maman qui venait de se faire abandonner dans une salle d’attente d’hôpital par un grand frère méchant – et surtout beaucoup plus préoccupé par le fait totalement inutile que l’un des jeunes qu’il avait en travail social avait tenter de s’enlever la vie que par le regard tétanisant de l’ensemble des femmes qui étaient assise dans la salle d’attente.

Ensuite, elle l’avait amené pour magasiner sa robe. Étant enceinte de presque cinq mois, l’allure physique d’Edena P. Miller avait cessé d’être celle d’une adolescente « normale » pour elle celle d’une mère en devenir. Et comme elle essayait robe par-dessus robe par-dessus robe, elle s’énervait de ne plus avoir le look d’antan. Rendue à la quelque 50e robe, la jeune future maman s’était demandée comme Alexander aurait-il pu faire pour la trouver attirante maintenant qu’elle n’avait plus son uniforme de cheerleader et qu’elle était loin de rentrer dans les pantalon de taille quatre qui avaient toujours été sa fierté. Pendant un bref instant, elle avait même regretté d’avoir voulu avoir un enfant avec son mec. Puis elle avait repensé qu’elle aurait dû dire non à Glenn et simplement ne pas aller au bal.

Après tout, quel adolescent avait bien envie de passer son bal avec une baleine en devenir. Mais elle avait souri. Elle avait choisi une belle robe. Même si la tradition familiale était que le cavalier n’avait droit qu’à la couleur de la robe mais sans la voir. Ses cheveux remontée, belle comme un cœur, elle était allée chercher son cavalier chez lui. Il n’avait pas encore son permis alors qu’elle l’avait depuis déjà près de trois ans. Edena avait vraiment eu du plaisir à conduire et à parler avec Glenn. Mais en entrant dans la salle de bal. Il y avait eu ce vide qui l’avait envahi. Il n’y avait pas grand endroit à Lima ou Edena se sentait vraiment seule où elle sentait vraiment l’absence de son Alexander partout. Une absence qui sortait de chacun des pores de sa peau. Glenn avait beau être gentil, il avait beau être un adorable jeune homme. Il n’était pas l’homme qui aurait dû être à ses côtés. Le coup fatal avait été porté au moral quand la chanson sur laquelle Alex et Edena avait dansé pour la première fois joua.

Edena avait frappé un grand mur. Elle était quelqu’un et puis elle n’était plus rien. Elle était épuisée soudainement. Deux jours après le bal, elle n’était toujours pas revenue dans le monde des vivants. Elle s’en voulait de ne pas avoir fait confiance à son instinct qui l’avait exorée de ne pas mettre les pieds à ce bal parce que c’était exactement ce qui la plongerait dans sa solitude et dans l’évidence qu’Alexander était vraiment tombé à la guerre et qu’il ne verrait jamais les sourire de son enfant! Elle ne l’épouserait jamais. La voix de la surveillante la ramena à la réalité.
« Oui je vois ça, il va te falloir un mot je suppose. Entre, assieds-toi je t’en prie. »

« Avec plaisir, madame »
Edena ne se serait pas fait prier. Elle se sentait tellement épuisée. Pourtant, elle venait de passer près de 48 heures à dormir et à pleurer. Ce devait être un mélange de fatigue morale et d’appréhension de l’avenir. Elle n’en revenait pas qu’Elliott n’était pas là! Il était toujours présent les lundis. Toujours depuis le début de l’année. Quand elle avait besoin de lui. Quand elle avait simplement besoin qu’il lui sourit. Il avait toujours trouvé les bons mots à dire pour qu’elle se force à retourner en cours quand quelqu’un lui disait quelque chose de méchant. Elle déposa son sac à ses pieds. Elle avait pris le temps avant d’aller porter son manteau dans sa case. Elle n’était pas très loin du bureau des surveillants. Définitivement, en l’espace des cinq mois de sa grossesse, elle avait passé plus d’heure dans le minuscule bureau des surveillants qu’elle n’en avait passé en près de quatre ans d’études. La jeune demoiselle soupira doucement. Qu’avait-elle comme cours qui l’avait fait se lever aujourd’hui? Biologie, anglais, espagnol et… mathématique. Elle aurait pu manquer biologie. Non… elle avait besoin de sa moyenne de 95% pour être admise en médecine. Elle en avait même plus besoin qu’avant qu’elle ne tombe enceinte. Parce qu’elle aurait à travailler pendant ses études et que cela réduirait probablement ses notes.
« Alors, qu’est-ce que tu as à dire pour ta défense ? »

« Absolument rien… faites juste signer le mot, que je puisse aller en cours. »
La main d’Edena s’était appuyée sur la courbure assez prononcée du ventre. En ce matin froid de février, l’adolescente se foutait bien que la surveillante – une nouvelle en plus – sache qu’elle était enceinte. Elle voulait juste que cette journée qui avait mal commencé, se termine vite. Connaissez-vous l’expression s’être levé du pied gauche? Sinon, elle signifie être de mauvaise humeur et c’était exactement l’expression qui convenait pour décrire le petit hérisson qui se trouvait dans le bureau des surveillants.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité
06. Deny, Deny, Deny  Empty
MessageSujet: Re: 06. Deny, Deny, Deny    06. Deny, Deny, Deny  EmptyVen 3 Juin - 23:07

Certes Madeleine n’avait jamais eu d’autorité et le fait qu’elle ait obtenu un poste de surveillante auprès de Figgins en ce début d’année relevait davantage du miracle que du mérite, mais de voir cette adolescente lui parler sur ce ton à moitié avachie sur sa chaise lui avait fait comme un électrochoc. Elle avait commencé par un « madame » qui avait le don d’énerver Mad au plus haut point, mais qui restait poli et respectueux, puis son attitude avait changé du tout au tout. Quel âge pouvait-elle avoir, 18 ans ? 19 peut-être. L’âge où l’on est invincible et où rien ne nous atteint. Les dernières années avant la majorité, celles qu’on peut passer dans l’insouciance, sans regarder le passé et en ignorant les conséquences de ses actes. Tel avait été le cas de Madeleine, en tout cas, qui avait su profiter de ses années de lycée pour épuiser une bonne partie des scénarios possibles pour une fête, une relation ou une guerre. Elle se surprenait parfois à penser comme une vieille, alors que du haut de ses 22 ans elle n’avait pas épuisé un quart de sa vie. Toutefois la distance entre les deux personnes dans ce bureau était infinie, et 3 ou 4 années lui semblaient un gouffre temporel infranchissable. Piquée à vif dans son amour-propre la surveillante manifesta immédiatement son désaccord par une moue irritée. Elle fronçait les sourcils tout en tâchant de se remémorer ce qui avait bien pu lui valoir un tel traitement de la part d’une élève inconnue. Aussi loin qu’elle s’en souvienne c’était la première fois qu’elle rencontrait la jeune fille. Son visage ne lui disait rien, elle ne l’avait certainement pas eu en colle, une heure en tête à tête, à défaut de rapprocher les gens, ça peut au moins graver leurs visages dans votre esprit. Y avait-il des rumeurs qui couraient à son propos dans le lycée ? De ce côté-là Madeleine avait bien du retard. Elle n’avait pas de source fiable dans la masse des étudiants ni ses entrées dans le club des professeurs à l’exception de Désirée, et elle n’avait pas de Twitter. Ah… Twitter, quelle invention ! Du temps, pas si éloigné que cela pourtant, où elle arpentait les couloirs dans son uniforme de Cheerio cela n’existait pas encore et le bouche à oreille était une forme de communication bien assez efficace pour détruire la réputation de quelqu’un. Au-delà de son manque évident de talent en informatique, elle ne voyait pas ce que ce genre de site lui apporterait. Elle n’avait pas vraiment de veine geek en elle. La jeune femme était bien trop accro au contact humain réel pour cela. Et puis tout était vraiment trop compliqué quand il s’agissait d’ordinateur : tous ces codes, ces logiciels, ce langage aussi simple que du chinois classique, elle n’aimait pas ça. Par conséquent elle ne se tenait jamais au courant des nouvelles d’Internet, même si Desmond avait bien tenté de l’initier, elle ne parvenait pas à se convertir à cette nouvelle église du potin. Son corps se raidit à la pensée que quelqu’un puisse faire tourner des rumeurs sur elle et qu’elle ne soit pas même au courant de ce fait.
    Oh mais tu crois que tu vas t’en sortir comme ça ? Quitte à être en retard tu pourrais au moins être polie tu ne crois pas ? J’ai beau ne pas rentrer dans la catégorie ancêtre, j’exige un minimum de respect et je n’aime pas la manière dont tu me parles.

Sa voix était stricte et ferme pour une fois. Elle qui avait tant de mal à se montrer autoritaire, la désinvolture de la jeune fille avait réussi à toucher sa corde sensible et à réveiller l’adulte en elle. Mais alors qu’elle s’apprêtait à ouvrir la bouche pour continuer à protester vivement face à cette attitude rebelle et blasée, son attention fut attirée vers le ventre de la jeune fille assise en face d’elle. Elle avait une main posée sur son ventre, et malgré la tunique assez ample qu’elle portait, on pouvait y déceler une bosse notable. Des rondeurs ? Un petit-déjeuner trop copieux le matin ? Non, cette courbe prononcée ne ressemblait pas à de la graisse ou à un estomac enflé. C’était trop important, et trop localisé, de plus la jeune lycéenne était plutôt mince. Tout se passa comme dans un éclair et ses sourcils froncés se relâchèrent au-dessus de ses grands yeux bleus écarquillés à présent. Serait-il possible que… qu’elle soit enceinte ? Sa paranoïa à propos des rumeurs se retournait contre la jeune fille en un instant. Celle qui était en position de faiblesse dans la salle c’était bien cette dernière ! Madeleine regagnait sa confiance et son assurance naturelle. Alors comme ça elle était en face d’une fille-mère… La jeune fille avait l’air épuisée, ses yeux rouges et gonflés étaient bordés de grandes cernes noires, ses traits semblaient tirés par la fatigue. Si les souvenirs de la surveillante étaient exacts le bal de la Saint Valentin s’était tenu ce vendredi, peut-être y avait elle été ennuyée par des camarades ayant eu connaissance de son état. À moins que ce ne fut d’ores et déjà plus un secret pour personne. Ou alors le père du bébé avait décidé de prendre la poudre d’escampette et de l’abandonner à son triste sort. Ou bien elle était dans le déni tout ce temps et venait de se rendre à l’évidence de sa grossesse et cela hantait ses nuits. Les scénarios défilaient dans l’esprit de la jeune femme qui était restée béate. Et puis il y avait toujours cette impression qu’elle avait été déçue en la voyant dans le bureau. Attendait-elle quelqu’un d’autre ? En y réfléchissant, il y avait bien cet autre surveillant, mais quel était son nom…. Après quelques instants de blanc, elle finit par se décider à rompre le silence qui s’était à nouveau installé et plantant son regard dans celui de son interlocutrice, elle lui dit beaucoup plus posément que la première fois :
    Est-ce que quelqu’un ici te signe d’habitude tes mots sans broncher ? Parce que je serais curieuse d’en savoir plus à ce sujet.

La lycéenne avide de potins vivait toujours en Madeleine et elle n’allait très certainement pas laisser passer une occasion pareille. Être au cœur de l’actualité voilà ce qui l’intéressait, et qu’on n’aille pas lui parler élections ou nouvelle campagne pour la propreté de la ville, elle sautait directement à la rubrique people. Pour ce qui était de l’éventuelle grossesse, elle attendrait encore un peu que l’occasion se présente de l’interroger sans qu’elle puisse se dérober. De toute façon elle était en retard et son professeur ne l’accepterait certainement plus en cours à cette heure, alors un peu plus un peu moins. Elle avait capturé une proie de choix et n’avait nulle intention de la laisser s’échapper avant de connaître le fin mot de cette histoire.

Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité
06. Deny, Deny, Deny  Empty
MessageSujet: Re: 06. Deny, Deny, Deny    06. Deny, Deny, Deny  EmptySam 4 Juin - 3:42

Assise sur la chaise inconfortable en plastique orange du bureau des surveillants, Edena détailla la surveillante. Définitivement, elle devait avoir le même âge qu’Alexander. Était-ce pour cette raison que le regard disait vaguement quelque chose à l’adolescente? Avait-elle étudiée à McKinley? Avait-elle été dans les cheerios avec Edena? Tout cela était impossible. Quoi que, Edena n’avait-elle pas commencé à sortir avec son copain… son ancien fiancé quand elle avait treize ans et qu’il en avait seize. L’esprit d’Edena recommença à vagabonder dans le bureau étroit et trop plein par les papiers.

Le 15 mars, Alexander aurait eu vingt-trois ans. Un mois et un jour après. Il serait revenu d’Afghanistan le 15 mars au soir. Elle l’aurait amené au Breadstick, elle l’amenait toujours au Breadstick pour son anniversaire. Assise sur la banquette qui fait dos à la fenêtre, elle aurait fouillé dans sa sacoche pour trouver où elle avait encore foutue le cadeau de fête de son copain. L’adolescente aurait souri en se traitant d’imbécile en le persuadant qu’elle l’avait vraiment mis dans le sac. Il aurait éclaté de rire quand elle aurait finalement extirpé la boîte. Ils auraient commandés, deux tables d’hôtes – lui avec la soupe, elle avec la salade. Les deux auraient pris les pâtes à la béchamel et le gâteau au chocolat. Il aurait par contre pris un coca diète pour le repas principal et un café pour le dessert alors qu’elle aurait pris un Perrier et un verre de lait au chocolat. Normalement, Edena ne savait pas de quoi ils auraient parlé. Mais cette fois-ci, elle le savait exactement. Ils auraient parlé du bébé et de l’Afghanistan. Le jeune couple aurait fait des plans pour l’avenir. Prendre un appartement plus grand ou qu’il s’installe dans la grande maison que les Miller avaient depuis leur arrivée à Lima, six ans presque sept plutôt. Il y aurait eu des rires, des sourires, des câlins, des références explicites et implicites au fait qu’il la trouvait désirable même si elle n’avait plus la taille qui était nécessaire pour rentrer dans l’uniforme des cheerios qu’elle avait porté pendant presque tout son lycée. Pendant tout son lycée avant qu’il ne parte pour cette seconde fois risqué sa vie en Afghanistan avec un commando.

Il fallait qu’elle cesse de se torturer avec chacun de ses petits faits. Mais l’avenir avait eu une tension si réelle pendant un moment. L’avenir s’était dessiner avec les plans qu’ils y avaient entre Alexander, Edena et le petit moustique qui serait à naitre de cette union de long terme – en tout cas pours des étudiants qui n’était qu’au lycée. Il s’était profilé d’une manière si réelle qu’elle n’en paraissait que trop vrai, trop réelle. Elle s’était vue aussi heureuse que sa mère, aussi amoureuse que ses parents l’avaient toujours été pendant toute son enfance. Il lui était donc dur pour elle de mettre de côté cette vie qu’elle avait commencé à imaginer près d’un an auparavant pour en venir à une réalité qui rimait avec solitude.
« Oh mais tu crois que tu vas t’en sortir comme ça ? Quitte à être en retard tu pourrais au moins être polie tu ne crois pas ? J’ai beau ne pas rentrer dans la catégorie ancêtre, j’exige un minimum de respect et je n’aime pas la manière dont tu me parles. »

« Je suis désolée mademoiselle de vous avoir manqué de respect. Ce n’était pas mon intention. Je veux juste ne pas manquer un autre cours. Soit dit en passant, je m'appelle Edena Miller. »
Edena avait frappé un mur. Encore. Elle aurait simplement voulu que rien ne se soit produit en fin de semaine pour ne pas qu’elle soit autant sur la défensive. Elle savait que ses hormones y étaient pour quelque chose. Au moins elle ne pleurait plus pour un rien – c’était le cas deux semaine plutôt lors d’une rencontre de tutorat où elle avait passé une bonne partie de sa journée à fondre en larme pour un oui et pour un non. Mais remarquer que cette semaine, elle semblait être irritable ce que – tenons-nous le pour dit – est aussi peu agréable que la fameuse crise de larme ambulante qu’elle avait été quelque semaines plutôt parce que les gens la trouvaient simplement insupportable plutôt que pathétique.

Il aurait probablement sourit en la voyant de mauvaise humeur. Il souriait toujours quand elle était fâchée. Comme un idiot. Elle lui avait souvent reproché d’agir en imbécile et que ce n’était pas le fait qu’il la serre doucement dans ses bras qui allait faire en sorte qu’elle oubliait tous les problèmes qu’elle avait. Non pas qu’Edena P. Miller était une adolescente à problème. Elle n’avait jamais eu de problème avant de tomber enceinte. Et là encore, être enceinte dans le petit univers d’Edena était loin d’être considéré comme un problème. Elle avait voulu de ce petit être humain. Étudiante modèle, elle était une bénévole, une tutrice et une élève sans histoire du lycée. Mais elle finirait sa vie en étant identifiée comme étant l’étudiante enceinte de la terminale parce qu’elle avait eu un « accident ». C’était bien la rumeur qui courrait. Un accident.

C’était faux. Mais Edena n’avait pas la force de faire comprendre aux autres que l’on pouvait vraiment vouloir d’un flot à dix-neuf ans alors que l’on avait encore toute une vie devant soi. Qui aurait bien pu comprendre? Pour comprendre il fallait savoir le parcours exact qui avait mené une adolescente sans histoire à proposer à son copain un plan totalement absurde qui se résumait de la manière suivante : « Si tu me faisais un bébé? ». Il fallait comprendre les exigences d’un homme dans l’armée, il fallait comprendre plein de variables que des jeunes du lycée n’avaient pas nécessairement. Pas parce qu’Edena leur était supérieur, mais bien parce qu’elle avait vu comment cela pouvait être dure de pouvoir risquer de perdre l’être qui nous est le plus cher au monde parce qu’une bande de fou à l’autre bout du monde ont choisi de faire sauter une bombe en ce matin.
« Est-ce que quelqu’un ici te signe d’habitude tes mots sans broncher ? Parce que je serais curieuse d’en savoir plus à ce sujet. »

« Non… Oui… Un peu. Elli… Monsieur Meadows tolère certains de mes retards sans rien dire. »
La lycéenne avait eu un sourire gêné. Comprenant qu’elle ne sortirait pas de sitôt du bureau et que de toute façon avec trente minutes de retard, le prof ne lui ouvrirait jamais la porte, elle croisa ses jambes en indien et regarda encore la surveillante. Avait-elle rougit en parlant d’Elliott? Parce que ce n’était qu’un ami. Elle pansait lentement les plaies qu’avaient laissé l’absence de son prince charmant… et elle était loin d’être assez forte pour retomber en amour une nouvelle fois.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité
06. Deny, Deny, Deny  Empty
MessageSujet: Re: 06. Deny, Deny, Deny    06. Deny, Deny, Deny  EmptySam 4 Juin - 12:12

Comment avoir l’air sérieuse alors qu’on cherche désespérément un papier dans un bureau auquel on n’est pas habituée ? Sans compter l’omniprésence du papier dans cette salle. On aurait pu en recouvrir les murs, le sol et le plafond deux fois et il y avait probablement de la marge. Tout cela était insupportable pour Madeleine qui commençait presque à en perdre son sang-froid. La nouvelle surveillante de McKinley n’avait pas eu à se préoccuper de ce genre de détails auparavant, étant donné qu’elle s’était d’abord établie dans le coin informatique où elle avait passé plus de temps à bavarder avec son nouvel ami Desmond qu’à travailler. Et puis elle ne s’était encore jamais véritablement attaquée à la paperasse administrative, jusqu’à présent elle avait surtout traîné dans les couloirs pour se rendre familier à nouveau cet environnement hostile qu’est le lycée. Elle était partagée entre un sentiment de contentement profond parce qu’elle avait réussi à retourner sur les lieux de ses plus belles heures et un malaise permanent. Tout se passait comme si elle observait le lycée et les élèves depuis l’autre côté d’un miroir sans tain. Elle voyait passer sous ses yeux le reflet de ce qu’elle avait un jour été : des jeunes filles moulées dans leur uniforme rouge et blanc faisant virevolter leurs jupes à lanières sur leur passage, d’autres marchant simplement avec assurance dans les couloirs, et puis celles qui passaient leur temps à charmer les sportifs du lycée. Elle avait été un peu toutes ces filles. La Madeleine de ses 17 ans n’avait pas disparu en elle, elle avait conservé son grain de folie qui l’amenait à danser dans les couloirs en se moquant du regard d’autrui, à mettre dans des mots clairs ce qui lui passait par la tête. Néanmoins il était indiscutable que son statut n’était plus celui d’antan. Elle ne régnait plus en maîtresse des lieux, on ne savait plus qui elle était, pire, ses collègues ne lui accordaient pas de crédit à cause de son jeune âge et de son attitude volage. Tout cela aurait pu peser lourd sur sa conscience si elle n’avait pas été la plus fervente supporter du Carpe Diem. Chaque jour qui passait devait être vécu pleinement, on ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve alors autant profiter de ce que l’on a.

Après ce bref moment de nostalgie, le regard de la jeune femme qui s’était perdu dans le vide revint se poser sur l’étudiante en face d’elle. Elle ne portait pas d’uniforme, ce qui signifiait donc qu’elle ne faisait pas partie des Cheerios de Sylvester ou bien qu’elle n’en faisait plus partie. Il était évident qu’elle était jolie fille et on discernait encore une structure athlétique sous ses vêtements, mais son ventre rond, quelle qu’en soit la raison, ne pouvait signifier qu’une chose : l’expulsion. Elle n’appartenait pas non plus à la deuxième catégorie d’adolescentes à laquelle Madeleine aurait pu s’identifier : cette jeune fille assise dans le fond de cette chaise à la couleur immonde ne respirait pas l’assurance ni la joie de vivre. Leurs regards se croisaient sans vraiment se confronter. L’une comme l’autre, elles essayaient de mieux cerner l’adversaire. Et du côté de Mad ce n’était pas une chose aisée. Elle avait l’impression que cette jeune fille avait un lourd passif et que ce qu’elle avait pu vivre lui était fondamentalement étranger. Tout ceci la rendait d’autant plus curieuse quant aux véritables raisons qui l’avaient amenée dans ce bureau un lundi matin plus de vingt minute après le début des cours de la journée.

Après la première remarque acerbe de la surveillante la jeune fille s’était décomposée, perdant immédiatement l’air dur et blasé qu’elle arborait en entrant dans la pièce. C’était comme si elle avait touché le cœur de la cible en se fâchant du bout des lèvres. Cela provoqua d’abord un sentiment de contentement chez Maddy qui avait, pour la première fois de sa vie probablement, fait preuve d’un peu de résistance et d’autorité. Mais elle n’était pas du genre tortionnaire et il n’était absolument pas question de mettre cette pauvre fille totalement mal à l’aise. Elle mourrait certes d’envie de connaître son histoire, mais dans son plan « se rapprocher des élèves », la torture n’avait pas sa place. Il fallait qu’elle trouve un moyen de se rapprocher d’elle par les sentiments. Tout cela tourbillonnait dans sa tête alors qu’elle avait tout bonnement abandonné l’idée de retrouver le billet de retard mettant la main sur une feuille vierge et un stylo bille noir qui traînait dans le fond d’un tiroir. Elle s’apprêtait à tracer quelques mots sur le papier lorsque la réponse de l’adolescente vint relancer son intérêt et sa curiosité. Alors comme ça c’était Elliot Meadows qui lui avait permis de passer outre les démarches administratives ? Et mieux encore, elle avait l’habitude de l’appeler par son prénom. Voilà qui devenait tout particulièrement intéressant. Il y avait anguille sous roche dans cette histoire. Ce n’était pas tant le fait qu’elle puisse l’appeler par son prénom qui l’avait choquée — elle-même le faisait quand elle était encore à sa place — mais plutôt le fait qu’elle ressente le besoin de se reprendre et de corriger ce nom. Et puis il y avait eu ce sourire gêné et le rose lui était monté aux joues. Elle la regardait maintenant assise de manière plus ou moins confortable dans cette chaise, attendant le couperet qui allait tôt ou tard s’abattre sur elle. Elle était de toute évidence résignée devant la certitude qu’elle ne pourrait pas retourner en cours pour la première heure. Cela leur laissait une marge de trente minutes durant lesquelles Madeleine avait bien l’intention de la faire parler !
    Elliott, très bien, je vois... Il est en vacances à ce qu’il me semble. Moi c'est Madeleine, et il faudra te contenter de moi pour le moment et pour que je signe tes papiers sans broncher il va me falloir une bonne raison.

Sa voix n’avait plus rien d’offusquée ou de menaçant, au contraire elle avait pris des accents très doux, laissant les tons graves de son timbre prendre le dessus. Elle accompagna même ses paroles d’un sourire esquissé pour tenter de la mettre en confiance et la convaincre qu’elle n’était pas du côté de l’ennemi. Elle reposa le stylo sur sa feuille toujours aussi blanche et croisa les doigts en étendant légèrement les bras pour déplier ses coudes et s’appuyer au-dessus de la table. Elle reprit d’une voix un peu plus basse :
    Et si tu commençais par me donner ta classe et la raison de ton retard, hein Edena?

Le combat n’était pas gagné tant la jeune fille semblait sur la défensive prête à se rouler en boule à la moindre incursion du monde extérieur dans son univers. Mais Madeleine était persuadée que le jeu en valait la chandelle et qu’elle aurait sûrement beaucoup de chose à apprendre de cette fille. Elle inclina légèrement la tête vers la gauche prête à écouter la réponse qu’elle attendait tant pour tenter de nouer un dialogue.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité
06. Deny, Deny, Deny  Empty
MessageSujet: Re: 06. Deny, Deny, Deny    06. Deny, Deny, Deny  EmptyLun 13 Juin - 17:43

Il ne fallait pas qu’Edena ne s’attarde sur ces petits détails, ses petites choses qu’elle avait planifiées avec Alexander. Mais pourtant… l’ensemble des projets ne pouvait pas simplement être mis de côté. Elle avait besoin de ces petits repères de ses rêves qu’elle avait un jour eu quand il était encore en vie. Elle avançait à un rythme différent que celui où allait l’ensemble des autres lycéennes. Parce qu’elle prenait la vie un seul jour à la fois. Elle avançait à pas de bébés. Il y avait de ses journées où elle avait l’impression qu’elle pouvait tout faire. Qu’elle pouvait continuer d’avancer... Visiblement, cette fin de semaine et ce début n’avait pas été une de ses bonnes passes. C’était dans les périodes où elle en voulait à l’absurdité de la vie, à la rapidité de la mort et à la connerie des guerres

Le quatre juillet était la date où Edena donnerait naissance à son bébé. Le jour de la fête de l’indépendance. Il restait cent trente-cinq jours avant qu’elle ne donne naissance à son enfant à leur enfant. Avec Alexander, ils en avaient parlé de ce qu’ils feraient dans les jours. Ils avaient eu l’intention de profiter des dernières journées avant l’arrivée de leur petit chou. Le quatre l’aurait-elle réveillé en panique avec la fameuse phrase que l’on voit toujours dans les films, « Chéri, je crois que c’est l’heure. »? Aurait-il eu ce petit look paniqué dans les yeux? Aurait-il eu l’assurance de ses hommes dans les films? Le connaissant, Alexander aurait eu l’air calme jusqu’à ce qu’ils arrivent dans la voiture. Lui tenant le sac qu’Elizabeth, la mère d’Edena, aurait préparé. Elle, téléphonant à la maison pour prévenir qu’elle allait accoucher et qu’il leur fallait se rendre à l’hôpital. Lui aurait-il serré sa main pendant qu’il conduisait? Lui aurait-elle broyé la main pendant une contraction pendant qu’il conduisait? L’adolescente connaissait sa faible tolérance à la douleur, elle lui aurait broyé les droits. Mais il aurait souri et lui aurait dit que ce n’était pas grave. Auraient-ils eu la malchance de trouver sur le trajet de la parade du quatre juillet? Auraient-ils eu à faire un détour monstre pour arriver à l’hôpital dans les temps? Auraient-ils eu de la misère à trouver une place de stationnement? Paniqués comme ils l’auraient été, les jeunes futurs parents se seraient stationnés dans le débarcadère des ambulances. Ils auraient envoyés baladé le membre de la sécurité qui aurait voulu qu’ils se tassent. Alexander l’aurait aidé à s’installer sur un fauteuil roulant et il serait allé se stationner en appelant à son tour ses parents. Aurait-il couru pour se rendre jusqu’à la salle de la maternité où Edena aurait été installé? Se serait-il un peu perdu dans les grands corridors de l’hôpital? Aurait-il essayé de demander à une infirmière le local? Aurait-il pris le temps de bien remplir la demande d’admission à l’hôpital? Non… connaissant Alexander comme elle le connaissait, Edena savait qu’il aurait été incapable de remplir le trois quart de la feuille, parce que ses mains auraient trop tremblé, parce qu’il ne s’imaginait même pas ne pas être à côté d’elle pendant ce moment si crucial de leur relation. Il aurait donc demandé à Elizabeth et au caporal Miller de le faire à sa place. L’accouchement aurait-il été long? Peut-être bien. En aurait-il valu la peine? Bien sur. Parce qu’au bout de ses nombreuses heures, ils auraient eu la chance de serrer leur bébé dans leur bras. Serait-ce un garçon ou une fille? Edena voulait une fille, mais Alexander un garçon – une fille représentant un grand tas de problème aux yeux du père.

Oui, il y avait de nombreuse question où Edena voulait réponse. De nombreuses questions dont elle aimerait savoir les réponses mais elle ne les aurait jamais. La jeune demoiselle essayait de revenir dans le présent parce qu’elle était devait se concentrer. Mais il y avait tellement de choses qui lui étaient essentielle. L’adolescente ferma doucement les yeux. Il fallait qu’elle s’enlève l’esprit.
« Elliott, très bien, je vois... Il est en vacances à ce qu’il me semble. Moi c'est Madeleine, et il faudra te contenter de moi pour le moment et pour que je signe tes papiers sans broncher il va me falloir une bonne raison. »
Edena soupira, s’insultant mentalement. Avait-elle vraiment été assez idiote pour appeler monsieur Meadows par son prénom? Elle était sur et certaine que la dénommée Madeleine était surement en train de s’imaginer qu’il était peut-être même le père de son enfant et qu’elle n’était qu’une trainée pour avoir des sentiments pour un membre en autorité. Il n’y avait rien de plus faux dans la tête d’Edena que d’affirmer qu’elle en pinçait pour Elliott! Il était un ami qui avait été présent à un moment clef et qui avait trouvé le moyen de lui rendre le sourire en utilisant sa patience et sa gentillesse. Quand elle était arrivé, ce matin-là de la fin novembre et du début de décembre, la jeune demoiselle était accompagnée de son professeur de mathématiques, monsieur Sheffield qui avait eu la gentillesse de ne rien dire et de la confier au surveillant avec simplement un simple « prenez soin d’elle et renvoyez-la chez elle ». Edena se rappelait encore d’avoir eu les jambes molles. Elle s’était installée sur la même chaise que celle qu’elle occupait en ce matin de février. Elle avait accoté sa tête sur le mur blanc. L’adolescente n’avait ni ouvert la bouche pour parler. Elle avait senti des larmes coulés de ses yeux. C’était salé dans sa bouche. Elliott s’était penchée sur le bureau, mais Edena ne l’avait pas vu. Elle avait les yeux fermés et elle pleurait en silence. Il lui avait tendu un mouchoir. La chose la plus importante qu’il avait fait, c’était qu’il avait simplement arrêté de parler et qu’il l’avait laissé imploser en paix. Quand elle avait arrêté de pleurer, il avait ouvert la bouche pour lui demander si elle voulait partir. Il l’avait écouté. Mais il n’avait pas tenté de la protéger comme James avait voulu. Il avait pris les clefs et il l’avait ramené chez elle en voyant qu’elle n’était ni en état de rester en classe, ni en état de partir de l’école seule dans sa voiture. Cette attention avait été importante pour Edena qui s’était senti impuissante quand les militaires étaient apparus sur sa porte. Mais Madeleine ne pouvait pas comprendre.
« Et si tu commençais par me donner ta classe et la raison de ton retard, hein Edena? »

« Je suis en biologie, la classe des terminales… et je n’ai aucune raison d’être en retard, mademoiselle. J’ai seulement manqué mon cadran. »
Elle se garda de dire qu’elle aurait mieux fait de rester de coucher parce qu’avec cette autre absence non motivée, elle était faite, cuite. Edena aurait pris un café en ce matin, mais la caféine n’était pas bonne pour son enfant. Alors, elle qui avait été une grande consommatrice de café avait coupé à zéro la consommation de tout ce qui en contenait. Elle n’avait que dix-neuf ans… mais elle serait une bonne maman parce que c’était ce qu’Alex aurait voulu. Elle passa doucement une main sur ses yeux.

Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité
06. Deny, Deny, Deny  Empty
MessageSujet: Re: 06. Deny, Deny, Deny    06. Deny, Deny, Deny  EmptyLun 13 Juin - 23:34

Panique à bord ! Madeleine commençait à se sentir vraiment mal à l’aise et à ne plus savoir quoi faire face à la jeune fille qui se mutait dans un silence quasi borné, laissant échapper plus de soupirs que de mots. Sa réponse avait été claire, nette, précise. Mais elle avait surtout éclipsé l’essentiel. Ce qui intéressait véritablement la surveillante ce n’était pas le fait qu’elle ne se soit pas réveillée à l’heure ou bien qu’elle ait pris le temps de manger une tartine supplémentaire alors qu’elle était déjà en retard à cause d’une douche chaude qui avait traîné en longueur. De bonnes raisons pour arriver en retard il y en avait tout un tas, et la jolie blonde était sans aucun doute la mieux placée pour le savoir. Au cours de sa première année seulement elle avait accumulé près de 160 retards et absences tous justifiés à merveille. Sa plus belle trouvaille restait sans nul doute le fait que son oncle venu du Nebraska avait insisté pour lui montrer un nid de castor à l’aube, afin de lui inculquer les valeurs de la vie en communauté et de lui montrer à quel point il était important de se lever tôt pour réussir. Toute sa vie le visage du surveillant de l’époque, dont elle avait oublié jusqu’au nom, resterait dans sa mémoire. Bien évidemment elle n’avait pas d’oncle dans le Nebraska, qu’elle situait à peine sur une carte, quant à trouver des castors dans les environs de Lima, mieux valait se rendre au zoo le plus proche, les chances d’en croiser un étaient plus grandes. Mais cette fois-ci, comme toutes les autres fois, ce qui avait rendu cette histoire délirante vraisemblable ç’avait été le ton assuré et imperturbable de Maddy. Son regard bleu perçant qui allait droit au cœur de ses victimes ne cillait pas, et ses lèvres charnues toujours peintes d’un rose léger qui débitaient des absurdités ne laissaient transparaître aucun tic nerveux. Si elle s’y était attelée, elle aurait sûrement pu faire une carrière dans le théâtre ou les comédies musicales tant son talent pour jouer des rôles de composition était prononcé. Et ce n’était très clairement pas le cas de la lycéenne prostrée sur son siège de l’autre côté du bureau. Le moindre de ses gestes semblait trahir une tension insoutenable et chaque soupir qui se faisait entendre dans la pièce était comme un coup porté en plein cœur pour Mad qui se sentait de plus en plus désarmée.

Le blanc qui s’était installé entre les deux femmes avant la première remarque de Madeleine lui avait paru durer une éternité tant son interlocutrice semblait ailleurs. Le regard d’Edena était perdu dans le vague, brouillé par une foule d’idées confuses qui voilaient ses jolis yeux de tristesse. C’était comme si tous les malheurs du monde s’étaient abattus sur cette pauvre petite qui courbait le dos et encaissait comme elle pouvait les problèmes qui croisaient son chemin. Et de toute évidence ce retard en était un. La surveillante était partagée entre deux sentiments paradoxaux : elle voulait à la fois la prendre dans ses bras, la câliner pour lui montrer qu’elle n’était pas seule, mais elle était aussi taraudée par l’envie irrépressible de faire preuve d’un peu d’autorité et de fermeté. Et puis elle ne la connaissait pas. Il serait probablement mal venu de la part d’un membre de l’administration de faire preuve de compassion ou d’affection de manière physique. Or c’était ce qu’elle était à cet instant précis : un membre du personnel. Pas vraiment une machine qui enregistrerait sa demande et la laisserait repartir avec pour seul souvenir une note dans son dossier scolaire, mais pas non plus une personne à part entière capable de laisser l’émotionnel prendre le dessus. Serait-elle capable de poursuivre dans cette lignée alors que chaque seconde qui passait était un coup de poignard pour la jeune femme mal habituée à ne pas intervenir dans les situations de malheur ? Elle avait toujours crié sa joie de vivre sur les toits, entraînant avec elle tous ceux qui croisaient sa route. Pour le moment elle assumait encore à la perfection son rôle de surveillante, en position de force, elle en profitait même pour assouvir sa curiosité maladive. Mais alors qu’Edena fermait les yeux d’un air encore plus désespéré ses bonnes résolutions coulaient à pic. Elle semblait au bord des larmes, à bout de nerfs, l’atmosphère de la salle en était étouffante.

Elle lui avait répondu d’une voix faible, presque dans un murmure inaudible. La jeune femme s’en voulait presque de l’avoir taquinée sur l’autre surveillant en laissant entendre qu’elle suspectait une relation ambiguë entre eux. Tout semblait insignifiant à présent tant la douleur était palpable dans cette petite salle du lycée, à l’écart du bruit et des passages. Quand la lycéenne déplaça la main qu’elle gardait jusqu’à présent posée légèrement sur son ventre vers ses yeux Madeleine sentit sa gorge se serrer. Elle n’y tenait plus. Se dressant tout à coup, elle contourna le bureau pour venir s’accroupir à côté d’Edena posant ses mains sur l’accoudoir de la chaise. Le regard qu’elle posait sur la jeune fille n’était plus un regard de curiosité, il était resté de l’autre côté de la pile de papier qui menaçait de s’effondrer à tout instant, le professionnalisme. Elles étaient au même niveau à présent, deux être humains, deux femmes.
    Je… hum. Et si on oubliait un instant ton retard, tu veux bien ?

Sa voix tremblait presque alors qu’elle susurrait ces quelques mots. Elle ne se reconnaissait pas. Ce n’était pas son genre d’être sentimentale, et encore moins avec des inconnus. Elle appréciait les contacts faciles, papillonnant de droite à gauche et ne faisant son miel que du meilleur de ce que chacun voulait bien montrer. Or ce qui était en train de se passer dans ce bureau poussiéreux et désordonné, avec ses murs gris moroses et ses fenêtres sales qui ne laissaient transparaître que quelques rayons de lumière froide, dépassait largement le cadre du banal. Son instinct lui disait que quelque chose de plus grave et de plus sérieux se tramait derrière ce retard en cour de biologie au lendemain du bal de la Saint Valentin.
    Tu ne voudrais pas m’en dire un peu plus sur ce qui se passe dans ta vie en ce moment ? Ca restera entre nous, mais je ne vais pas faire l’autruche alors que ça crève les yeux que tu ne vas pas bien.

Elle laissa une de ses mains quitter l’accoudoir pour se poser sur la main de la jeune fille qui était restée posée sur la bosse que dissimulait mal sa tunique ample. Esquissant un sourire doux, elle lui caressa le dos de la main avec son pouce une fois, comme pour renouer une relation plus intime avec elle, montrer qu’elle avait déposé les armes tout simplement.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité
06. Deny, Deny, Deny  Empty
MessageSujet: Re: 06. Deny, Deny, Deny    06. Deny, Deny, Deny  EmptyMar 5 Juil - 6:49

Dans les films, l’épouse du soldat tombé au combat à un super ami sur lequel elle peut se rabattre quand la nouvelle lui tombe dessus. Il va être gentil et compréhensif de ses crises de nerfs, de ses crises de larmes. Sérieusement, Hollywood devrait revoir le cliché parce qu’au début de chacune des séances du film, dans les vingt premières minutes on sait la fin. Il est secrètement amoureux d’elle. Elle, qui va résister, hantée par les souvenirs de cet amour perdu, va finir par céder à ses avances. Il y aura une robe de mariée et une seconde chance pour l’épouse de reprendre le goût à la vie et en l’amour… d’y croire encore une fois. Bref, ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants

Dans la réalité, la chasse est si différente. Du moins du point de vue d’Edena P. Miller. Elle avait été chanceuse toute sa vie. Elle avait eu une enfance de rêve sans le moindre petit problème. Elle avait hérité de quatre grands frères tous aussi différent les uns des autres, mais tous aussi protecteurs à son égard les uns que les autres. Elle n’avait pas eu de peur à se faire pour être intégrer dans une clique parce qu’elle avait été assez sociale jusqu’aux derniers mois. La jeune demoiselle avait toujours eu beaucoup de chance dans la vie. De l’amour, du chocolat, des parties de sports, des bonnes notes et une belle famille unie qui n’imploserait jamais parce qu’elle était justement tricotée serrée. Grandissant dans ce milieu privilégié, elle avait été encore plus chanceuse de rencontrer Alexander.

Dans la réalité, le fait d’entendre cogné à la porte était une plus grande appréhension. L’absence de musique rendait la scène encore plus dramatique, plus réaliste, moins édulcorée que celle qu’Hollywood en faisait. C’était probablement pour cette raison que l’on disait que les personnes à qui l’on annonçait la mort d’un proche vivent une partie dans le déni. Parce que le cinéma a fait de cette scène, de ce moment critique, un cliché. Pourtant, Edena définissait sa vie en deux partie : avant la nouvelle quand Alexander était encore en vie et après la nouvelle quand Alexander n’était plus de ce monde. Mais il n’y avait pas eu la musique dramatique, qu’un lourd silence et un petit « Oh ! Mon Dieu ! » qu’avait lancé sa mère. Edena s’était entendu dire : « Dehors ». Elle avait chassé l’armée de sa maison.

Dans la réalité, cette cassure prenait bien plus que quelque mois à cicatriser. La guerre prenait quotidiennement des vies. Chaque bulletin de nouvelles était un véritable cauchemar qui faisait réaliser combien le monde était dangereux. Edena avait simplement arrêté de suivre les nouvelles. La seule chose qu’elle suivait et qui y ressemblait vaguement à des nouvelles était la section art et spectacle du journal qu’elle recevait à la maison le matin et les potins qui courait dans le lycée bien qu’elle avait été bien déterminée à ne plus écouter ceux qui la concernait de près ou de loin. Elle était devenue invisible après qu’elle ait été si visible pendant de longues années. Le fait d’avoir perdu Alex lui avait permis de faire davantage le focus sur ses objectifs dans la vie plutôt que ce que les autres pensaient d’elle… résultat, même s’il y avait des amis autour d’elle, elle n’était pas prête de retomber en amour.

Mais il est vrai que, si Hollywood représentait la réalité comme elle est, parfois cruelle et parfois très belle, les films seraient beaucoup moins vendeur. Si la musique qui allège la scène ne serait pas là, s’il y avait ce grand moment de silence où le monde entier d’une personne vole en mile et un petits éclats pointus comme un miroir que l’on fracasse d’un coup sec… il y avait beaucoup de si. Mais avec des si, on mettrait Paris en bouteille. L’adolescente serra doucement ses bras pour elle. Elle n’avait jamais cru Parker quand ce dernier avait dit qu’il se rappelait exactement de tous ce qui avait précédé l’accident de voiture qui lui avait enlever ses jambes… jamais avant qu’elle ne vive elle aussi une brisure de la taille que celle que son frère avait traversé.
« Je… hum. Et si on oubliait un instant ton retard, tu veux bien ?
Edena hochait doucement la tête. Elle ignorait où Madeleine voulait en venir. À ce stade, plus rien n’avait réellement d’importance. La journée n’avait à peine commencé que l’adolescente ne se sentait pas la force de continuer. Elle aurait dû rester couchée pour absorber le choc en mangeant de la glace. Elle aurait dû respirer lentement jusqu’à ce que tous ses pores se soient refermés. Elle aurait dû prendre les clés de sa bagnole et se rendre jusqu’au cimetière militaire. Elle aurait conduit pendant des heures, en écoutant la radio, en duo avec son bébé. Elle se serait arrêtée en chemin pour acheter des plantes. Un bouquet de douze roses blanches et du papier. Elle aurait dû jeter sur papier toutes ses peurs qu’elle ressentait et qu’à titre de future mère monoparentale, il était normal de ressentir. Arrivée sur la tombe de son copain, dans le fond du cimetière elle aurait déposé le bouquet dans l’emplacement prévu. Elle aurait creusé un trou jusqu’à toucher au gazon et elle aurait brulé la lettre pour qu’il puisse la lire de là-haut.
« Tu ne voudrais pas m’en dire un peu plus sur ce qui se passe dans ta vie en ce moment ? Ça restera entre nous, mais je ne vais pas faire l’autruche alors que ça crève les yeux que tu ne vas pas bien. »
Comment trouver les bons mots pour définir ce qui se passait dans sa vie ? Bien sûr qu’elle n’allait pas bien. Qui irait bien ? Elle prétendait. Elle avait réussi à enfermer dans une toute petite boîte, le souvenir de son amoureux. Edena avait même réussi à arrêter de porter le polar militaire qu’Alexander portait lors des entraînements d’automne. Son ourson en peluche sentait toujours l’odeur du parfum de son copain dont elle avait conservé la fiole pendant qu’elle faisait le ménage de l’appartement choisissant ce que la jeune femme gardait, ce qu’elle rendait aux parents du jeune homme, ce qui allait à un organisme de charité. La jeune future maman avait trouvé des photos, des souvenirs, des bijoux qu’elle avait pris et laisser dans un coffre au pied de son lit. Ses lèvres s’entrouvrirent et malgré son envie de pleurer, sa gorge sèche, ses larmes qui lui brulaient les yeux, elle s’entendit dire d’une voix tour à tour douce et colérique.
« Je veux qu’il revienne à la maison, mon amoureux. Il me manque trop. Je veux qu’il me serre dans ses bras et qu’il me dise que je suis belle et désirable. Je veux qu’il ne soit pas dans un cimetière militaire lugubre avec tout plein d’inconnu. Il a vingt-deux ans… c’est trop jeune pour… Il a à peine vécu ! Je veux que mon bébé ait son papa… je veux ravoir mon amoureux ! »
Des larmes chaudes jaillirent des yeux de l’adolescente. Incapable de prononcer le mot mourir. Elle étouffait ses sanglots en mordant sa lèvre inférieure. Sa promesse qu’elle s’était faite de ne pas pleurer – pas encore – venait de voler en éclat. Il lui manquait. Plus qu’elle ne pouvait l’admettre. Plus que les mots ne pouvait lui permettre de définir la douleur qui la tiraillait doucement. Et tout cela ne l’avait frappé qu’après le bal quand elle était partie en prétextant la fatigue. Elle ne voulait le revoir qu’une dernière fois ailleurs que dans ses rêves, le prendre dans ses bras et lui dire qu’elle lui pardonnait d’avoir voulu sauver son pays, qu’elle le connaissait assez pour savoir qu’il avait fait le bon choix, qu’elle serait à la hauteur pour élever leur enfant, mais surtout qu’elle l’aimait et qu’il resterait toujours avec lui.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité
06. Deny, Deny, Deny  Empty
MessageSujet: Re: 06. Deny, Deny, Deny    06. Deny, Deny, Deny  EmptyVen 15 Juil - 13:11

Oh mon dieu. Voilà tout ce Mad avait été capable de penser alors qu’enfin toutes les défenses de la lycéenne assise à côté d’elle s’effondraient d’un coup, laissant place à un torrent de larmes. Elle avait certes voulu se rapprocher de la jeune fille assise dans cette chaise, qui s’était jusqu’alors borné à une dizaine de mots, mais pas à ce point. En voyant les premières perles d’eau rouler sur ses joues, la surveillante avait immédiatement retiré sa main. Sans aller jusqu’à se relever pour s’éloigner, les sanglots d’Edena avaient eu sur elle l’effet d’une douche froide qui l’avait ramenée à la réalité. C’était le genre de scène qu’on ne voit que dans ses films préférés, au moment où l’héroïne qui a enduré les situations les plus difficiles revient chez elle pour enfin se confier à sa mère attentive et compréhensive qui la prenait dans ses bras pour la serrer fort et l’aider à se relever. Le genre de scène qui vous écorche le cœur dans le mélodrame et qui ne manquait jamais de tirer quelques larmes à Mad devant son écran. Mais des films à la réalité il y avait un monde. Or dans le monde réel elle n’avait jamais eu droit à de l’amour maternel, et elle avait une conscience aiguë de ce manque. Prenant conscience de sa position à cet instant précis, le malaise prit le dessus. À tel point qu’une moue de dégoût passager apparut sur son visage. Elle voulait bien jouer le rôle de la surveillante compatissante mais il était hors de question qu’elle endosse le costume de maman. Cela lui glaçait le sang de s’imaginer en train de s’occuper d’un enfant, de le prendre dans ses bras pour le consoler, essuyer les grosses larmes qui roulent sur ses joues, de jouer une sorte de substitut maternel de pacotille en somme. Mais il ne s’agissait pas d’elle à cet instant précis, elle avait provoqué ces pleurs, elle devait trouver un moyen de les arrêter maintenant.

La situation était même plus grave que ce qu’elle avait imaginé. Ils étaient bien loin les rêves brisés d’une Cheerio virée de l’équipe parce qu’elle avait pris du poids. En quelques phrases c’est toute une idée de la lycéenne de base qui venait d’être mise en échec. Non seulement ce ventre prononcé était bien celui d’une femme enceinte, mais elle était seule. Il y avait eu un père, de vingt-deux ans, mort. Vingt-deux ans c’était l’âge de Madeleine pour encore quelques semaines. Sa tête se mit à tourner tant elle était déchirée entre la répulsion viscérale que lui inspirait cette scène et l’effroi qu’elle éprouvait devant le discours noyé de larmes de la lycéenne. Pour une première tentative de rapprochement avec ses élèves c’était bien plus que Maddie ne pouvait endurer. Trop de sérieux, trop de gravité, trop de sentiments. Secrètement elle espérait que la sonnerie retentirait pour interrompre la scène, qu’elle pourrait alors renvoyer la jeune fille en cours avec un paquet de mouchoirs. Mais aurait-elle vraiment le cran de faire ce genre de choses. Même pour un cœur léger comme le sien une telle réaction était trop extrême dans la prise de distance, on l’aurait traitée de cœur de pierre, de monstre, et puis si c’était remonté aux oreilles de Figgins il l’aurait peut-être virée. Les réflexions qui tournaient dans son esprit à cet instant n’avaient rien de très humain ou compatissant, elle ressemblait plus à une machine qu’à une jeune femme adulte. Mais c’était tout ce qu’elle pouvait penser. Une barrière venait de s’élever entre les deux jeunes femmes, du côté de la surveillante cette fois, et rien ne pourrait lui permettre de reposer sa main sur celle du petit être apeuré, tremblant entre deux sanglots. Ce n’était pas qu’elle ait été particulièrement malheureuse durant son enfance, mais simplement délaissée par son père, et poursuivie par sa mère qui la hantait à tout instant pour la transformer en un modèle de la réussite qu’elle n’avait pas eue, ce qui avait créé chez elle une peur panique de la famille à mesure que le temps avait passé.

Peut-être qu’elle aurait dû faire l’autruche finalement. Si elle avait simplement signé l’un des papiers qui traînait après avoir griffonné un mot d’excuse pour la laisser rentrer en cours rien de tout cela ne se serait produit. Elle n’aurait pas eu à entendre les lamentations plus que justifiées d’une élève dont la vie semblait sombrer à pic entre un homme qui ne reviendrait jamais et un bébé à élever seule. Quand on était au lycée les choix les plus durs n’étaient-ils pas ceux d’une tenue pour la prochaine fête ou bien du mensonge le plus approprié à raconter à ses parents pour passer la nuit dehors ? Enfin Madeleine se décida à desserrer les lèvres pour lâcher d’un ton froid, bien qu’elle l’eût souhaité plus chaleureux :
    Ce n’est rien, ce n’est pas grave.

Bien sûr que c’était grave, mais elle n’avait pas les moyens de dire autre chose. Elle était profondément handicapée du relationnel, et rien n’y faisait, la tournure des événements la rendait froide et distante. Peut-être que si Edena n’avait pas pleuré Mad aurait pu garder le masque de la surveillante attentionnée et se laisser aller à un peu de sentiments, mais le choc était trop grand pour elle qui jamais n’avait versé une larme devant ses parents une fois l’enfance passée.
    Allez, ne pleure plus. Est-ce que tu veux que j’appelle quelqu’un pour venir te chercher ? Tes parents sont à la maison peut-être, ou alors je peux t’emmener à l’infirmerie, Mlle Adams s’occuperait bien de toi.

Elle fuyait le plus vite et le plus loin possible de la lycéenne qui petit à petit reprenait son souffle, sans pour autant cesser d’être secouée de sanglots. Appeler ses parents, si tant est qu’ils eussent pu la ramener chez elle, était synonyme de longues minutes à passer encore en tête-à-tête avec cette bombe émotionnelle qui non seulement vivait des moments d’une gravité et d’une dureté sans nom, mais qui était enceinte jusqu’aux sourcils et dont les hormones devaient crever le plafond. L’emmener à l’infirmerie semblait être la meilleure solution pour Madeleine à cet instant précis. Même si elle ne se faisait que peu d’illusions sur l’accord de la lycéenne, elle pourrait néanmoins faire passer le message : elle voulait bien l’aider, mais elle ne pourrait pas endurer plus de larmes. Au fond elle voulait bien l’aider, la prendre sous son aile et la laisser passer entre les mailles de l’administration, mais à condition qu’elle n’ait pas à partager son mal-être. C’était égoïste, certes, mais c’était Madeleine. Ses intérêts passaient en premier et elle ne s’en était jamais caché. Et ce n’était pas maintenant qu’elle allait changer, alors qu’elle fournissait déjà des efforts surhumains pour ne pas prendre la poudre d’escampette et claquer la porte, laissant derrière elle la jeune fille enceinte et son histoire tragique.


Dernière édition par Madeleine Wild le Jeu 21 Juil - 14:07, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité
06. Deny, Deny, Deny  Empty
MessageSujet: Re: 06. Deny, Deny, Deny    06. Deny, Deny, Deny  EmptyVen 15 Juil - 22:04

Il arrivait toujours ce moment pendant le printemps où une épaisse couche de nuages noirs envahissait le ciel d’un coup sec. Enfant, Edena avait habitude de demander à son père d’où provenaient ses nuages à l’allure si effrayante. Son père lui avait donné l’une de ses explications que l’on donne aux enfants qui incluent des nuages, des sourires et des fées magiques. Toujours après que le ciel soit noir de colère, il éclatait sans aucun avertissement. Une grande pluie froide se déversait sur la ville. Des éclairs blancs marbraient le ciel de leur éclatante blancheur. Le tonnerre assourdissait même les plus sourds qui ne pouvaient que sentir la vibration qu’il ressentait. Les orages ne duraient que rarement plus d’une demi-heure. Ils soulageaient une tension qui existait dans le ciel et qui sans cette énergie n’aurait jamais trouvé le moyen de se calmer, de s’éteindre et de disparaître au loin. Depuis longtemps, ce phénomène météo était de loin le préféré d’Edena. Il lui avait toujours semblé étrange d’entendre le ciel se déchaîner et en quelques minutes laisser tombé plusieurs litres d’eau. Elle n’avait jamais cru qu’elle s’identifierait un jour à cette température. À sa météo préféré.

Et pourtant. Pourtant, il lui semblait que les derniers jours avaient été ce qui l’avait mené à devenir ce gros nuage sombre. Ce gros nuage avait pris toute son extension. Pendant des jours, l’énergie négative s’était accumulée au dessus de sa tête. Elle avait accusé ce deuil qu’elle avait repoussé au fond d’elle. Niant, niant et niant l’absence. Se convainquant jour après jour qu’il reviendrait avec son frère. Qu’il reviendrait avec son père. Qu’il serait là le quinze avec son sourire qui savait pleinement effacé toute la douleur et qui la rassurerait. Mais brusquement, trop brusquement Edena avait été confronté de nouveau à cette réalité. Celle de l’absence. Celle du vide qui avait pris la place dans la tête et dans le cœur de l’adolescente à l’endroit où un jour le nom d’Alex avait été écrit. Et ce nuage avait menacé d’éclater à plusieurs moments. Il avait menacé de tout renverser sur son chemin. De tout détruire sur son passage. Edena aurait tout donné pour éclater à la maison quand sa mère était passée pour voir si elle allait bien. Que sa mère la serre dans ses bras et qu’elle sèche les larmes au fur et à mesure. Qu’elle dise ses choses qui la rassuraient. Mais l’orage n’avait pas éclaté. Il avait aussi menacé d’éclater quand son frère n’avait fait que se coucher dans le lit et attendre qu’Edena ne réagisse à sa présence. Pour une fois où c’était elle qui avait besoin d’aide. Mais elle n’avait pas non plus éclaté.

Et voilà qu’en imbécile, l’orage avait choisit que le pire moment pour éclater. Devant une surveillante inconnue qui venait d’être désarmée par le surplus d’émotion, par la colère, par la tristesse, par l’absence de pudeur, par la puissance de l’orage. Devant quelqu’un qui n’avait aucun moyen de l’aider. Aucun moyen de lui faire reprendre le contrôle, le contrôle sur elle-même sur son insécurité, sur sa peur, sur ce surplus. Edena se sentait coupable. Coupable de ne pas savoir se maîtriser, de ne pas savoir garder le contrôle, de ne pas savoir comment avoir la fierté du sacrifice qu’avait fait son copain en allant se battre pour ce qui était bien, pour aller se battre en faveur de cette justice, de cette égalité. La future mère ne pouvait non plus s’empêcher de penser qu’elle n’était qu’une grande égoïste parce qu’elle était incapable d’oublier sa douleur, de survivre à cette douleur qui l’avait frappé, parce qu’elle n’avait pas su prendre en considération le fait que Madeleine n’était pas prête à l’accueillir une tempête, une apocalypse, un Japon post-Hiroshima. Elle aurait du ne savoir nier ses sentiments, nier sa douleur. Prétendre qu’elle allait bien. Ce qu’elle avait fait inlassablement pendant près de cinq mois. Prétendre que le fait qu’Alex était au front ne la dérangeait pas, prétendre qu’elle se fouttait bien que c’était dangereux. Elle avait jouer la comédie. Afficher un sourire. Pendant près de quatre mois, elle avait vécu du déni et de la colère. Elle avait marchandé avec Dieu pour ravoir l’homme qu’elle aimait. Pour le ravoir ne serait-ce qu’un instant. Pour savoir qu’elle ferait bien. Juste avoir la chance à un sourire. Juste avoir la chance à un moment où ils seraient ensembles et unis. Son absence, dont elle avait conscience, l’avait frappé. L’avait rattraper, trop vite. Pour qu’elle ne puisse courir.
« Ce n’est rien, ce n’est pas grave.»
La voix était distante. Froide. Le contraire que quelques minutes auparavant. Edena avait fait peur à la surveillante. Parce qu’elle venait de faire naufrage. Parce qu’elle vivait cette tempête et qu’elle laissait toute sa colère, toute son appréhension l’envahir. Parce qu’elle perdait lentement mais sûrement le contrôle. Un naufrage… voilà ce qu’elle faisait. Au milieu de l’implosion de son propre petit univers. Elle éclatait par l’intérieur. La chaleur sur la main qui avait contrasté avec la froideur qui habitait les pensées d’Edena était partie. Elle n’avait été que ce qui avait été nécessaire pour que la masse d’air chaude rencontre celle d’air froid pour créer l’orage qui secouait le corps de l’adolescente. Penser était trop compliquer. Pour une rare, rare fois. Il n’y avait pas de réflexion qui était posé. Seulement des émotions qui étaient vécu en vrac et qui secouait le corps d’Edena de sanglot. Elle n’avait pas pleuré à l’enterrement. Elle n’avait pas pleurer nulle part. Elle avait paniqué. Elle avait angoissé. Elle avait éclaté une fois. Mais pas comme ça. Pas au point de vivre des émotions pures et simples qui la perdait dans ce torrent.
« Allez, ne pleure plus. Est-ce que tu veux que j’appelle quelqu’un pour venir te chercher ? Tes parents sont à la maison peut-être, ou alors je peux t’emmener à l’infirmerie, Mlle Adams s’occuperait bien de toi. »
Edena réussit par magie à puisser assez d’énergie en elle pour faire un léger non de la tête. Assez pour trouver l’arrogance de se montrer assez forte. Plus forte qu’elle ne l’était réellement. Elle reprenait graduellement le contrôle sur ses émotions enfermant petit à petit les morceaux de souvenirs qui avait provoquer l’orage dans une toute petite partie de sa tête. Dans une minuscule section de son cerveau. Assez grande pour tant d’amour. Réussissant finalement à arrêter de pleurer. Elle se redressa doucement. Reprenant des forces. Assez de force pour réussir à articuler d’une voix assurée pour empêcher la surveillant de s’enfuir pour l’empêcher de prendre peur devant son malheur.
« Non. C’est passé. Je m’en excuse… c’était juste trop pendant un instant. Trop lourd. Je suis correcte. C’est le bal qui ne m’est pas allé avec mes hormones. Je suis juste… désolée mademoiselle. Il ne m’avait jamais manqué avant. »
Après l’orage, le ciel est toujours bleu. Trop bleu. Si bleu qu’il en éblouirait un aveugle par sa lumière. Il est si calme et si paisible. L’adolescente assise sur la chaise avait l’air plus coupable que soulagé. Elle ne pleurait plus. Ses yeux étaient rougit. Elle replaça une mèche qui s’était échappé de la queue de cheval et qui tombait dans son regard. Pour la première fois depuis cette entrée dans le bureau, elle avait déplié les jambes, l’un de ses bras était appuyé sur le ventre et l’autre tombait simplement le long du corps. Les yeux fixaient honteusement le bout des souliers. Perdre le contrôle et laisser tomber. Tout deux n’était pas des habitudes d’Edena Peneloppe Miller. Elle venait de faire naufrage. Elle venait de perdre pied. Mais elle se sentait libéré d’un grand poids. D’une grande pression de se montrer aussi parfaite. Un maque était tombé. Et oui… le ciel était bleu. Beaucoup, beaucoup plus bleu qu’au matin. Si bleu et si lumineux qu’il en éblouirait un aveugle.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité
06. Deny, Deny, Deny  Empty
MessageSujet: Re: 06. Deny, Deny, Deny    06. Deny, Deny, Deny  EmptyMar 19 Juil - 12:31

Le calme après la tempête. Toutes les craintes d’une prolongation infinie de ce torrent de larmes s’envolaient en un instant alors que la jeune lycéenne redressait le dos pour essuyer quelques perles d’eau qui restaient sur ses joues. Ses yeux étaient déjà gonflés et rouges, mais son regard était droit à présent, plus ferme, plus assuré. Lorsqu’elle était entrée dans le bureau quelques minutes auparavant Edena Miller avait l’air de porter le poids du monde sur ses épaules et de traîner toute la misère du monde derrière elle, le dos courbé, le visage fermé, le regard perdu dans le vide. La lycéenne avait été très clairement déçue de tomber nez à nez avec Madeleine, et elle s’était murée dans la désinvolture, feignant une force qu’elle n’avait très clairement pas. Cette attitude ambiguë avait poussé Mad à chercher plus loin, à attaquer ses maigres défenses pour la percer à jour et découvrir le secret qu’elle avait tenté de protéger. Sa tactique avait fonctionné, et trop bien fonctionné même. Elle s’était retrouvée avec une fontaine sur les bras, sans savoir quoi faire ou quoi dire. La jeune femme aurait pu en tirer une expérience professionnelle quelconque, mais tout cela l’affectait bien trop personnellement pour entretenir l’illusion de l’officiel et de la distance.

Debout à présent, la surveillante avait fait quelques pas pour s’éloigner un peu et faisait mine de chercher des mouchoirs. Comme s’il y avait la moindre chance qu’elle trouvât des mouchoirs dans ce cagibi rempli de paperasse qui lui servait de bureau… La distance physique lui permit de reprendre son sang-froid. Pas de panique surtout. Tout va bien. Sois grande maintenant ma fille, tu es surveillante, tu ne vas pas perdre les pédales à chaque fois que quelqu’un débarque dans ton bureau avec autre chose qu’un sourire radieux sur son visage. Elle n’allait pas se laisser impressionner par une gamine qui pleure tout de même ! Et pourtant… les faits étaient là. Madeleine avait été incapable de faire face à cette image inversée d’elle-même : une jeune fille fragile, contre qui la vie semblait s’être acharnée, qui avait perdu les repères auxquels elle tenait tant. Tout le contraire de Maddie en somme. Elle qui vivait dans l’illusion, dans la légèreté, papillonnant d’un endroit à l’autre pour échapper au passé, elle était à cent lieues de vouloir se plonger dans le mélodrame des sentiments et des problèmes familiaux des autres. Avait-elle été si malheureuse que ça dans sa famille pour être à ce point traumatisée ? Non, probablement pas : ses années de lycée, elle les avait passées dans l’inconscience, malgré l’insistance de sa mère qui voulait sans cesse régir sa vie jusque dans les moindres détails. Sa plus grande interrogation, à cet instant précis, c’était de savoir pourquoi cette gamine lui rappelait tant sa mère. Est-ce qu’elle était en manque d’affection ? De voir tous ces jeunes à longueur de journée est-ce qu’au fond, ça ne lui rappelait pas qu’elle n’avait plus personne vers qui se tourner ? Elle n’était jamais vraiment seule, traînant partout avec elle sa folie et ses amis imaginaires, qui occupaient une place essentielle dans sa vie, mais peut-être qu’une personne en chair et en os lui aurait fait du bien, quelqu’un avec qui elle aurait pu s’épancher sur les malheurs de son passé. Jamais elle n’avait mis dans des mots le malaise qu’elle avait ressenti toute sa jeunesse. Pour elle, à l’époque, il n’était que très normal d’être harcelé par ses parents pour de meilleurs résultats scolaires, qu’ils essayent sans cesse de la pousser vers un rêve qui n’était pas le sien. Et puis elle avait grandi, sa crise d’adolescence avait été dévastatrice, malgré des apparences de calme, la rupture définitive avec sa famille avait déjà été consommée à cette époque. Mais elle était revenue à Lima, sur les traces de son passé, comme attirée invinciblement vers la source de son vagabondage.

Si ce petit brin de fille, enceinte jusqu’aux sourcils, laissée seule dans le deuil, arrivait à s’en sortir et à redresser l’échine, alors elle aussi pouvait faire face. Mais pas tout de suite. Il n’était pas difficile de voir que la jeune fille mentait entre ses dents pour rassurer la surveillante paniquée. Elle espérait à présent qu’Edena n’ait vu que de la peur ou de l’incompréhension dans son attitude à son égard, et pas le dégoût profond pour les larmes et la faiblesse dont elle avait fait preuve. Il y a des limites à l’inconscience, et même Mad était capable de comprendre à quel point il aurait été grave qu’elle se sente rejetée par l’autorité. Elle le comprenait, certes, mais ça ne l’aidait pas à jouer la comédie en faisant semblant de compatir et en l’invitant à en parler encore. Surveillante d’accord, victime certainement pas. Et puis le problème était réglé, ou tout du moins considéré comme tel, maintenant que les pleurs avaient cessé et qu’elle s’excusait de s’être laissé emporter. Le monde à l’envers, voilà que la pauvre petite en venait à demander pardon d’avoir pleuré alors que c’était Mad qui avait été plus que pathétique pour gérer la situation de crise. La lycéenne fixait le bout de ses chaussures, l’air presque honteuse, alors que la surveillante achevait de revenir à sa place de l’autre côté du bureau. Elle s’empara du premier stylo qui lui tomba entre les mains et griffonna de manière plus ou moins lisible un mot d’excuse sur un morceau de papier vierge puis elle le poussa vers la lycéenne.
    Ce n’est pas grave, j’espère que… ça t’aura fait du bien d’en parler un peu.

Quelle hypocrisie, vraiment. Comme si elle l’avait aidée à en parler, de qui se moquait-on ? Voilà encore une phrase toute faite qu’elle pourrait ajouter à sa merveilleuse collection des remarques utiles de la surveillante débutante. Elle n’avait tout de même pas poussé le vice jusqu’à lui dire que sa porte lui était ouverte à tout moment. Si elle l’avait prise au sérieux et qu’elle était revenue la voir à chaque baisse de moral Madeleine aurait vraiment pris ses jambes à son cou. Il y avait une foule de gens compétents pour l’aider de toute façon : Emma Pillsbury était la conseillère du lycée, c’était à elle d’ouvrir le bureau des pleurs, non ? Et puis il y avait quelques autres surveillants, et l’infirmière, bref, une foule de gens bien plus expérimentés qu’elle et aptes à l’écouter et à la conseiller dans ses choix futurs, pour le bébé, pour les cours, pour la vie. Solution numéro à toute situation de crise : rejeter la faute sur autrui, et sa variante, il saura mieux que moi. Quelque chose lui disait néanmoins que, bien malgré elle, elle avait joué un rôle dans la vie de cette jeune fille qui allait repartir de son bureau avec l’esprit plus léger qu’en y entrant. Cela resterait un mystère, mais son instinct lui disait qu’elle venait de passer un cap.
    Tiens, je te laisse le mot d’excuse, tu pourras rentrer en cours après la sonnerie. Mais je te conseille de faire un crochet par les lavabos avant, et essaye de ne pas multiplier les retards, il faut t’occuper de toi.

S’il avait fallu définir le sentiment que lui inspirait toute cette situation en un mot ç’aurait sûrement été « doute ». Mad se sentait coupable de l’avoir rejetée aussi violemment alors qu’elle demandait de l’aide, et elle essaierait probablement de lui faciliter la vie dans le lycée à l’avenir, comme pour éponger sa dette. Et qui sait, peut-être qu’en rendant service à cette enfant, elle se rendrait service à elle-même.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé
06. Deny, Deny, Deny  Empty
MessageSujet: Re: 06. Deny, Deny, Deny    06. Deny, Deny, Deny  Empty

Revenir en haut Aller en bas
 

06. Deny, Deny, Deny

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Glee RPG :: 
Archives
 :: Archives Saison 1 :: Episode 6
-