Choriste du mois


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 07. [Pavillon Woods] Listen to me when I say...

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MessageSujet: 07. [Pavillon Woods] Listen to me when I say...   Dim 17 Juil - 18:29

C'était à n'en plus finir. Des billets d'absences, encore et encore, avec toujours les mêmes noms dessus. Celui qui revenait le plus souvent était celui de Leah Woods, dont Domenica ne connaissait même pas les traits. Une blonde ? Une brune ? Tous les élèves n'étaient pas assidus, en particulier celle-ci... En arrivant dans ce lycée, Domenica ne s'était pas fait d'illusions : elle avait été adolescente, elle aussi – cheerios qui plus est, et savait très bien comment cela fonctionnait. Aller en cours, c'était bon pour les intellos ; la meilleure technique, c'était de sécher dès que possible tout en venant assez pour ne pas être renvoyée. Seulement, comme en témoignaient les billets d'absences de Leah Woods, certains ne semblaient pas avoir assimilé comment s'y prendre. Si cette fille continuait, elle risquait de se faire exclure pour absences répétées, chose qu'il fallait absolument éviter. Tandis que les élèves finissaient de recopier le tableau, Domenica regarda de nouveaux les billets. La dénommée Leah n'était venue à aucun cours, c'était plutôt étrange. D'autant qu'elle était une cheerleader ; ces dernières, malgré quelques séances d'école buissonnière de temps à autres, avaient des résultats plutôt bons. Il y avait quelque chose d'inhabituel chez cette fille, et Domenica était frustrée de ne pas réussir à mettre le doigt dessus. Peut-être était-elle malade. Mais c'était assez improbable : elle en aurait été informée avant – surtout qu'il était peu commun d'être malade plusieurs semaines d'affilées sans avoir attrapé un cancer ou une maladie grave, auquel cas la jeune professeur en aurait entendu parler par ce type bouclé, roux et étrange. Jacob, ou quelque chose comme ça...

La sonnerie indiqua la fin de l'heure et les élèves sortirent en lançant un jovial « Hasta Luego » à leur professeur. Ils n'étaient certainement pas fanatiques de la langue espagnole mais Domenica estimait rendre ses cours intéressants, notamment grâce aux séances de « pratique » et aux références à la culture espagnole moderne. Encore aujourd'hui, ils s'étaient tous bien amusés ; Nikki était assez satisfaite de constater que ses leçons remportaient les suffrages et n'avaient rien d'ennuyeux pour ces mômes. Rester une adolescente attardée avait finalement du bon : elle connaissait leurs goûts, leurs centres d'intérêt. La peur d'enseigner de nouveau l'avait totalement quittée ; depuis son premier cours, deux semaines auparavant, elle avait repris confiance en elle. L'une des élèves les plus motivées mit, comme à son habitude, plus de temps que les autres à partir. Elle voulait sûrement montrer que le cours avait été drôle et qu'elle n'était pas pressée de s'en aller ; cela arrangeait Domenica, qui voyait en elle un bon moyen de mettre un terme au mystère « Leah Woods ». L'adolescente lui adressa un sourire et s'apprêta à passer la porte lorsque son enseignante la rappela. « Attends, un instant s'il te plaît ! Est-ce que tu connais une certaine Leah Woods ? Elle est absente depuis un moment et, en deux semaines, je n'ai pas vu sa frimousse une seule fois... Tu ne saurais pas, par hasard, si elle a un problème chez elle qui l'empêcherait de venir ? ». C'était une question plutôt « pointue » et elle ne savait pas si sa jeune recrue saurait répondre. Mais à McKinley, les rumeurs faisaient parties du quotidien et cette fille savait quelque chose, Domenica était prête à le parier. Bien entendu, entre la vérité et les « il paraît que », il était fort difficile de discerner la réalité du reste. D'une manière ou d'une autre, l'hispanique comptait rendre une petite visite à la cheerio fantôme ; il était toutefois préférable de se renseigner sur elle avant.

Après une longue méditation, la jeune fille consentit enfin à lui expliquer les raisons qui poussaient Leah à ne pas assister aux cours. Et ces motifs parurent soudain bien ridicules aux yeux de l'adulte qui se tenait devant elle. Elle comprenait, oui. Mais c'est dans ces moments là qu'elle se rendait compte à quel point elle avait grandi et évolué. Sous ses airs de jeune femme irresponsable, qui s'amusait encore de la vie elle-même, Domenica était assez mûre pour distinguer ce qui était réellement important de ce qui ne l'était pas. Et, dix ans plus tôt, elle aurait sûrement eût la même réaction que Leah. Cependant, aujourd'hui, après avoir connu l'opulence et la misère, elle pouvait affirmer que la honte et la haine des autres n'étaient que détails et futilités. Elle en était l'exemple parfait, d'ailleurs. Cheerio appréciée, mignonne, intelligente et populaire, Domenica ne savait pas citer une seule chose qu'elle n'avait pas eu dans sa jeunesse. Et pourtant, cela n'avait pas suffit à la rendre heureuse, ni même à la faire vivre. C'est ce qu'elle voulait faire comprendre à Leah : être humiliée ou détestée n'était pas une fin en soi, mais plutôt un nouveau commencement. C'était même l'occasion de relever la tête et de s'affirmer au grand jour : peu importe que telle ou telle personne ne vous aime plus, il y aura toujours quelques valeurs sûres parmi vos amis qui resteront à vos côtés. Et plutôt que de se terrer, sortir et affronter le regard des autres permettait de se reconstruire plus vite.

Après le récit de son élève, Domenica la remercia et partit à son tour. Il faisait assez frais dehors et sa veste de lin était un peu trop légère pour la saison. Elle espérait que Leah la laisserait entrer, histoire qu'elle ne meurt pas d'hypothermie devant sa porte... Le moteur, que Domenica avait réparé la semaine précédente, démarra en trombe et le véhicule progressa le long des rues jusqu'à arriver à l'adresse présumée de Leah. Les fichiers que les élèves remplissaient en début d'année n'étaient finalement pas si inutiles ; Domenica avait pu récolter plein d'infos supplémentaires sur l'individu qu'elle allait visiter. Elle arriva enfin devant la bâtisse plutôt humble et sonna à la porte dans l'espoir que quelqu'un réponde. Sa peau frissonnait sous ses vêtements légers, de légers spasmes la secouait. Comment devait-elle agir ? Elles ne s'étaient jamais vues, devait-elle se présenter directement comme sa nouvelle professeur d'Espagnol ? A vrai dire, Domenica était venue « au feeling », elle n'avait aucune idée de ce qu'elle devait dire à cette gosse. Elle n'avait plus qu'à improviser, c'était sa spécialité...
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MessageSujet: Re: 07. [Pavillon Woods] Listen to me when I say...   Jeu 21 Juil - 17:07

Cela faisait plus de deux semaines que Leah était restée cloîtrée chez elle, plus de deux semaines qu’elle s’était enfuie du lycée après la vente aux enchères. Elle se souvenait cette journée bien trop clairement, comme si elle s’était déroulée la veille. Elle se rappelait son enthousiasme, la robe rose pale en velours qu’elle avait mise pour l’occasion. Son plâtre et ses béquilles n’avaient pas réussi à la démoraliser, elle savait qu’elle aurait un cavalier digne de ce nom pour le bal de la Saint Valentin. Si elle n’était pas la plus convoitée de McKinley, elle était appréciée, plutôt plaisante à regarder et surtout elle faisait partie des filles populaires. C’était bête que la popularité soit ce Graal si primordial pour la survie dans le milieu scolaire. Leah se serait bien passée de ces catégories sociales mais étant donné qu’elles existaient, elle ne s’était pas battue pour qu’elles disparaissent. Avec son talent en danse, elle avait rejoint les Cheerios sans problème et l’uniforme rouge se suffisait à lui-même. Leah était populaire, c’était indéniable. C’était pour cela qu’elle faisait partie de celles qui s’étaient présentées aux enchères pour que les garçons se battent pour les avoir à leur bras pour la fête des Amoureux. C’était un jeu pour la blondinette, rien de plus. Mais le jeu avait mal tourné.

Tout cela parce que Leah ne supportait plus Summer Davis, la reine du lycée, qui profitait de sa popularité non pas pour sa tranquillité ou son plaisir mais pour gâcher la vie des autres lycéens de McKinley. Toute cette cruauté, ce plaisir vicieux à faire du mal, Leah n’avait pas supporté cela. Elle avait donc décidé d’essayer de changer les choses. Elle avait trouvé une fille populaire mais beaucoup plus gentille que Summer, une fille ambitieuse. Parce que Leah n’aurait voulu pour rien au monde prendre la couronne. Elle décida donc qu’elle pourrait la confier à Camélia. Mais leur tentative de détrôner la Reine avait échoué lamentablement. Et surtout, Leah s’était attirée les foudres de Summer bien plus que les autres personnes impliquées, parce que la brune n’avait pas été dupe, c’était Leah le « cerveau » de l’histoire. Alors quand elle avait attendu que quelqu’un enchérisse en vain, quand les secondes paraissaient des heures et que Figgins répétait son nom de plus en plus fort comme si l’assemblée n’avait pas compris que la vente de Leah avait commencé, elle s’était sentie très mal. Bien entendu, comme à son habitude, elle n’en avait rien montré. Malgré les rires, les regards moqueurs, les railleries qui commençaient à s’élever dans la salle. Et puis, Ryder, son meilleur ami, avait enchérit. Il avait pourtant déjà remporté le gros lot avec une Cheerios très séduisante, mais il n’avait pas pu s’empêcher de porter secours à son amie.

Et pour une raison inconnue, ce fut ce geste purement altruiste qui fit craquer Leah et fit exploser sa colère et sa rancœur. Elle avait quitté la pièce aussi rapidement que ses béquilles le lui permettait. Ryder qui l’avait suivi s’en était pris plein la tête. Il l’avait enfoncée en lui faisant ainsi la charité, elle n’avait jamais été aussi humiliée et c’était de sa faute. Elle lui avait hurlé des choses horribles qu’elle ne pensait même pas. Il était le meilleur ami qu’elle n’ait jamais eu, et même si elle se doutait qu’il l’aimait un peu plus fort qu’un simple ami, elle ne lui en avait jamais tenu rigueur. Et là, elle lui avait reproché cet amour qu’il pensait dissimulé, elle lui avait balancé au visage toutes les fois où elle avait eu des aventures. Mais surtout, elle lui avait avoué qu’elle avait couché avec Logan Quincy, leur idole commune. Il lui avait fait découvrir cette star du rock et il l’avait très mal pris. Il ne lui avait plus parlé depuis et Leah se sentait affreusement seule. D’abord, elle était humiliée devant tout le lycée, puis elle perdait son seul véritable ami par sa seule faute et enfin Summer lui tombait dessus et lui jurait qu’elle vivrait un enfer à McKinley, qu’elle n’aurait plus personne de son côté et que l’humiliation des enchères n’était qu’une mise en bouche.

Leah avait beau se croire très forte, elle avait beau avoir toujours caché les plus sombres recoins de sa vie et être passée pour une jeune fille un peu superficielle mais surtout très heureuse sans aucune ombre au tableau, elle avait aussi un point de rupture, elle n’était pas invincible. Elle avait des sentiments bien plus profonds que ceux ressentis quand un garçon la courtisait au lycée ou quand on ne lui donnait pas un solo au Glee Club, mais le seul endroit où elle avait un sentiment de réussite et de bonheur jusqu’à présent c’était le lycée. Et maintenant c’était terminé, plus jamais elle ne remettrait les pieds là-bas. Elle ne serait jamais diplomée, elle n’irait jamais en fac et elle sortirait seulement pour faire les courses en priant pour ne croiser personne de sa connaissance. Voilà ce que serait sa vie à présent.

Leah pensait à cela, blottie sous sa couette, en regardant par sa fenêtre la pointe du toit de la maison de Ryder. Celui qui lui manquait tant et qu’elle avait fait souffrir di longtemps. Il sera bien mieux sans moi, pensa-t-elle avec un pincement au cœur. Cela faisait des jours qu’elle ne faisait que se lamenter. Le peu de courage qu’elle trouvait été impulsé par sa grand-mère atteinte d’Alzheimer qui avait besoin d’elle. Elle lui préparait à manger, l’aidait pour les gestes difficiles du quotidien mais elle n’avait pas assez d’énergie pour tenir la maison propre et accueillante. Tout cela ne faisait qu’accroître ses idées noires, elle se croyait au fond d’un gouffre dont elle ne sortirait jamais…

Mais un son arriva à l’atteindre dans sa torpeur, un tintement aigu et agaçant. Elle mit quelques secondes avant de comprendre que c’était la sonnette. Le facteur ? Non il passait le matin et non pas à cette heure-ci. Toujours entourée de sa couette elle se hissa plus près de la vitre pour observer l’intrus. Une femme inconnue se tenait en bas, elle avait l’air d’avoir froid. Si c’était encore une démarcheuse pour une quelconque église d’extrémistes ou pour vendre un aspirateur, Leah n’avait absolument pas envie de se déranger pour lui ouvrir. Mais elle n’avait rien qui ressemblait à une bible ou des appareils électroménagers avec elle. Leah se regarda une seconde dans le miroir de son armoire. Elle était pâle, avait des cernes violettes sous les yeux, aucun maquillage, ses cheveux étaient crépus et ramenés en un chignon désordonné par sa position allongée. Non, elle n’irait pas ouvrir. La sonnette retentit une deuxième fois.

Avec un grognement, Leah enfila un pantalon ample et un pull en laine par dessus son haut déchiré qui lui servait de pyjama. Elle allait descendre pour envoyer paître cette jeune femme quand elle entendit la porte s’ouvrir. Elle se mordit les lèvres et descendit les marches deux par deux. Sa grand-mère se trouvait dans l’encadrement de la porte, en petite robe de chambre légère en coton, le courant d’air la faisait frissonner mais elle affichait un large sourire à la brunette. Leah accourut et sermonna sa grand-mère en la tirant vers l’intérieur :

    « Lizzie, tu veux mourir de froid ou quoi ? Tu n’es pas sensée te lever après avoir pris ton cachet, il te donne des vertiges. Je te l’ai noté à côté de ton lit, les post-it c’est pas pour faire joli, hein. »


Laissant l’inconnue sur le pas de la porte sans explication, Leah raccompagnait sa grand-mère jusqu’à sa chambre en lui rappelant qu’elle devait se reposer. Il ne manquerait plus que Lizzie fasse une chute grave à cause de ces satanées drogues que lui filait le médecin. Ca n’arrangeait rien du tout. Elle perdait de plus en plus la tête et oubliait parfois qui était sa petite fille. Elle essaya de protester mollement en assurant qu’elle avait invité des amis à dîner et que c’était une surprise pour « son cher amour ». Elle parlait de plus en plus souvent du défunt grand-père de Leah, c’était plutôt glauque, la Cheerios avait parfois l’impression de sentir elle-même sa présence à force. Lizzie s’installa dans son lit et son attention fut absorbée par la télévision. Très bien, Leah allait pouvoir régler cette histoire au clair. Elle se rua dans le salon et se posta sur le seuil de la porte. Ses vêtements légers ne furent qu’un faible rempart contre le vent glacial qui sembla s’immiscer jusque dans ses os. Elle frissonna mais son expression déterminée et agacée ne frémit pas, elle regarda l’inconnue et demanda d’une voix pleine de reproches :

    « Qu’est-ce que vous voulez ? Je ne vous achèterai rien, je ne veux pas non plus de votre secte ou de votre remède miracle. Alors… Laissez-moi tranquille s’il vous plait… »


Sur ses derniers mots, la détermination avait disparut, on sentait la lassitude, la tristesse et le désespoir. Elle suppliait tout simplement qu’on la laisse en paix, que plus personne ne se soucie d’elle, que le monde entier oublie son existence et elle s’en porterait mieux ainsi. Elle s’apprêtait à claquer la porte quand l’inconnue finit par réagir.
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MessageSujet: Re: 07. [Pavillon Woods] Listen to me when I say...   Mer 27 Juil - 15:33

Il n'y avait aucune raison pour qu'elle réponde. S'il s'était véritablement passé ce que son élève lui avait raconté, cette gamine ne voudrait jamais lui parler. A moins qu'elle n'en ait vraiment besoin, au contraire – ce dont Domenica doutait fortement. Un sentiment d'impuissance dominait l'hispanique ; donner des conseils à quelqu'un qu'elle ne connaissait même pas était plutôt compliqué. Elle avait envie de fuir et se répétait en boucle : « Après tout, si elle veut se faire exclure, c'est son problème... ». Au bout du compte, elle n'avait pas bougé d'un pouce. Là, dans l'encadrement de la porte, elle attendait. Il y avait forcément quelqu'un dans la maison, on finirait par lui ouvrir tôt ou tard. Dans un sens, elle n'avait pas envie de se confronter à cette adolescente, dont les problèmes semblaient, aux vues de l'état de sa maison, bien au delà de la simple humiliation lycéenne. Mais en tant qu'éducatrice, en tant que personne, n'était-ce pas son rôle de la sortir de tout ça ? Malgré le froid saisissant, en particulier pour une saison qui annonçait le retour des beaux jours, Domenica sonna de nouveau. Elle réajusta son gilet, frissonna, sautilla sur place. Et ce n'est qu'une bonne dizaine de minutes plus tard que la poignée s'activa. Nikki s'attendit à voir une jeune fille – blonde ou brune – à l'allure pitoyable, comme après une rupture. Ce fut en fait une vieille femme, au visage ouvert et souriant, qui lui fit face. Elle avait la mine traditionnelle des grand-mères et respirait la douceur. Domenica crut même déceler en elle une certaine ressemblance avec sa propre Abuela, décédée depuis trois ans maintenant. L'hispanique prit un ton aimable et calme pour lui demander si Leah était là. Sa voix révélait toute la précaution qu'elle mettait à ne pas brusquer la vieille femme ; elle était toujours d'une patience et d'une délicatesse excessive lorsqu'elle s'adressait à des personnes âgées, comme si elle avait peur de les briser en parlant. Celle qui devait être la grand-mère de Leah n'eût pas le temps de répondre, elle fut instantanément grondée et entraînée de force par Leah elle-même. Domenica assista à ce spectacle sans rien dire, se faisant aussi discrète que possible sur le perron. Elle les vit s'éloigner. Sur le chemin, la grand-mère présumée de Leah essaya de rassurer sa petite-fille en prétextant une fête pour son époux. A cette heure-ci, dans ces circonstances, il n'y avait visiblement aucune fête de prévue. Cela s'emboita rapidement avec les propos de Leah : « après avoir pris ton cachet »... Cette vieille femme était-elle malade ? Elle était peut-être en plein délire. Le puzzle se reconstituait peu à peu ; Domenica commençait à mesurer l'ampleur des soucis que Leah devait gérer tous les jours. Cette gosse a du courage, pensa-t-elle en jetant des regards furtifs en direction du couloir qui avait englouti les deux femmes. Une fois qu'elles eurent complètement disparu, elle entendit des voix différentes, probablement la télévision ou la radio – il était peu probable que le type des Feux de l'amour soit dans leur maison autrement.

Leah finit par réapparaître un moment plus tard, l'air énervé et las. Domenica put enfin l'observer de plus près : des vêtements de fortune, le visage émacié et flapi, un physique avantageux dissimulé sous le poids de la récession. Cette fille devait se reprendre en main, et qu'elle le veuille ou non, le secours se faisait de plus en plus nécessaire. Domenica ouvrit la bouche pour expliquer à son élève fantôme les raisons de sa venue ici. Elle n'avait pas l'habitude de venir voir ses disciples à leur domicile, la situation la mettait un peu mal-à-l'aise. Aucun son n'eût le temps de s'échapper de sa gorge, Leah avait pris les devants. Elle déblatéra un discours rageur et excédé, ne cherchant même à savoir pourquoi Domenica était là. Elle émit l'hypothèse de la secte, ou de la vendeuse qui faisait du porte-à-porte ; à l'intonation de sa voix, on eût dit que de telles personnes venaient sonner chez elle toutes les cinq minutes. L'adolescente était fatiguée, elle en avait assez tout simplement. Domenica n'eût pas le courage de la couper dans son élan et se contenta de la fixer avec un air passif et détendu. Le froid extérieur ne semblait plus l'atteindre, son corps avait fini par s'y habituer.

Leah se tut enfin. Elle n'avait visiblement plus la volonté de prendre de gants, en particulier avec les étrangers. « Je ne vends rien et je ne fais pas partie d'une secte morbide », informa l'enseignante afin, cette fois-ci, de couper court à toutes conclusions hâtives. « En fait, je suis Domenica, ta nouvelle prof' d'espagnol ». Elle marqua une légère pause afin de laisser son élève assimiler l'information. Elle essayait également de voir comment elleh réagissait à cette annonce. « Je crois que tu n'admettras jamais que tu as besoin de parler de ce qui s'est passé. Mais c'est le cas, et je suis venue ici pour ça », continua-t-elle avec un ton ferme mais indulgent.

Elle aurait pu être plus précautionneuse et expliquer sa présence en utilisant quelques détours supplémentaires, afin d'approcher Leah avec moins de dureté. Sauf que dans un cas comme celui-ci, il était préférable d'être franche et directe, d'aller à l'essentiel. Domenica, qui était douée pour les conférences embellies proches de l'hypocrisie avait préféré la simplicité. Elle ne voulait pas tenir un exposé moralisateur long comme la route 66 à cette gosse, qui visiblement n'en avait pas envie. Tout ce qu'elle ferait, c'était lui donner le négatif et le positif de façon crue en espérant que cela suffise à la convaincre de revenir au lycée. En aucun cas elle ne lui forcerait la main, ce n'était pas à elle de décider. La seule audace que Domenica se permit avec Leah fut probablement son timide : « Je peux entrer ? » qu'elle n'accompagna d'aucun geste d'insistance comme un pas en avant ou une main sur l'encadrement de la porte. Et elle n'avait fait aucune mimique ridicule – elle n'était pas ici pour jouer les assistances sociales au sourire forcé. La seule expression qui se dégageait de son visage était peut-être l'inertie, teintée d'une touche d'optimisme non dissimulé. Rien de niais, néanmoins : Domenica n'était pas de ces professeurs hyperactifs et béats qui parlaient à leurs élèves comme à des demeurés. Elle désirait avoir une conversation d'adulte avec la jeune étudiante ; et il était certain qu'à dix-huit ans, cette fille était parfaitement capable de tenir un entretien mâture et sensé.

« J'espère que tu es consciente que tu es à la limite du renvoi », ajouta-t-elle enfin, comme un ultime argument.
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MessageSujet: Re: 07. [Pavillon Woods] Listen to me when I say...   Dim 31 Juil - 15:02

Leah allait claquer la porte au nez de cette inconnue quand elle finit par prendre la parole. Par simple réflexe, elle arrêta son geste et écouta ce qu’elle avait à dire. Elle se défendit d’abord d’être une représentante commerciale ou une démarcheuse de secte. Et alors ? pensa Leah, qu’est-ce qu’elle faisait là dans ce cas ? Se pouvait-il que sa grand-mère la connaisse vraiment ? Elle était un peu jeune tout de même pour être une amie de Lizzie. Mais Leah n’eut pas à se creuser plus la cervelle car la jeune femme lui donna son prénom en même temps que la raison de sa présence ici. Domenica, sa nouvelle prof d’espagnol ? Elle dut lire la surprise et la gêne sur le visage de la blonde, elle réalisa qu’elle venait d’envoyer bouler violemment une prof de McKinley. Mais bien vite, son visage se ferma encore plus qu’il ne l’était avant, elle ne voulait plus entendre parler du lycée, elle n’y retournerait plus jamais, sa décision était prise. L’hispanique continua son discours en évoquant le fait que Leah pouvait avoir besoin de parler de ce qu’il s’était passé. La pompom girl leva un sourcil, elle était déconcertée. De quoi parlait-elle ? Est-ce qu’elle faisait allusion à l’humiliation subie par Leah lors de la vente aux enchères ? Comment était-elle au courant ? Et de quel droit venait-elle lui réclamer des confidences à ce sujet alors qu’elles ne se connaissaient pas ? Leah n’était déjà pas facilement encline à se confier avec ses amis les plus proches, peu de personnes connaissaient sa vraie histoire, alors pourquoi elle parlerait avec Domenica ? Leah répondit avec brusquerie :

    « De quoi parlez-vous ? De quoi je devrais vouloir parler ? Je n’ai rien à vous raconter mis à part que je suis désolée d’avoir manqué vos cours. »


Elle n’essaya même pas d’avoir l’air vraiment désolée, de toutes façons, elle n’avait pas l’intention de revenir en cours. Le lycée n’était plus un endroit pour elle, elle y avait bien réfléchi. Elle était bien mieux chez elle, sans avoir à conserver les apparences, à soigner son image de jeune fille populaire, sans supporter Sue Sylvester et sa dictature des régimes amaigrissants, sans se faire évincer de tous les solos par Bryan Ryan et sans affronter Summer Davis et sa vengeance. Elle soupira en pensant à tout ce qu’elle devait supporter ces derniers temps au lycée alors que ça avait été autrefois le seul endroit où elle était épanouie. Un vent glacial fit frissonner Leah, elle n’allait pas rester longtemps sur le pas de la porte ou elle allait attraper la mort comme aurait dit sa grand-mère. C’est alors que son professeur demanda timidement si elle pouvait entrer. Mais elle n’avait rien compris ou quoi ? Leah n’avait pas envie de pleurer sur son épaule, de s’épancher et de tout raconter dans ses bras. En même temps, elle avait l’air frigorifiée elle aussi et au final elle était venue pour l’aider. Leah avait quelques remords à la laisser dehors, d’autant que le lycée risquait de lui envoyer quelqu’un d’autre pour régler ses absences au clair si elle ne fournissait aucune explication… Leah n’avait aucune envie de voir débarquer Figgins à sa porte, elle aurait préféré Emma Pillsbury, mais à la place elle se retrouvait face à cette inconnue…

Domenica précisa que Leah était au bord de l’expulsion. Elle devait voir que la blonde hésitait et elle avait sorti son dernier argument pour la pousser à se confier. En réalité, elle s’en fichait un peu d’être exclue puisqu’elle ne comptait pas revenir. Mais ce qui la gênait dans cette exclusion c’était que ça poserait son échec officiellement. Leah ne supportait pas d’échouer, et même si elle s’était convaincue que le lycée n’était plus pour elle, elle n’avait pas envie que dans son dossier scolaire elle soit cataloguée comme une sécheuse de cours et exclue. Si elle avait arrêté de venir c’était pour une bonne raison, et ça l’énervait de savoir que les gens ne retiendrait que cela alors qu’elle avait été une élève exemplaire depuis son arrivée à McKinley et même dans toute sa scolarité antérieure. Elle était restée impassible quand Domenica lui avait demandé d’entrer et elle réfléchissait depuis qu’elle avait prononcé le mot « renvoi ». Elle finit par soupirer d’agacement et en s’écartant de la porte, elle dit avec un certain agacement dans la voix :

    « Très bien, entrez. Mais ne croyez pas que vous allez réussir à quoique ce soit… Fermez la porte derrière vous. »


Elle entra chez elle et se dirigea vers la chambre de sa grand-mère installée au rez-de-chaussée. Elle jeta un œil à l’intérieur, Lizzie était toujours captivée par la télévision. Elle ferma la porte pour ne pas qu’elle entende leur conversation et vint s’asseoir sur le fauteuil défraichi qui était autrefois réservé à son grand-père. Elle fit signe à Domenica pour qu’elle prenne place sur le canapé en face qui n’était pas dans un meilleur état. La table basse était encombrée de papiers avec des annotations et de boîtes de médicaments, il y avait aussi une assiette avec un reste de riz sec et un verre avec des traces de jus de fruit au fond. Il y avait des photos encadrées au mur représentant des paysages, des animaux ou des jeunes femmes posant. C’était les œuvres de Leah, du temps où elle avait encore le goût à sa passion de la photographie. La blonde s’excusa comme une formalité avec un certain cynisme :

    « Désolée pour le désordre, la femme de ménage est en vacances. »
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MessageSujet: Re: 07. [Pavillon Woods] Listen to me when I say...   Dim 4 Sep - 15:08

Domenica n'espérait rien de cette visite. Elle ne se disait pas qu'elle pourrait changer une vie, qu'elle pourrait faire prendre conscience à une adolescente qu'une humiliation n'était rien comparé à ce qui l'attendrait dans le futur. Elle se contentait d'être là, et de servir à quelque chose si elle le pouvait. Que Leah daigne l'écouter ou non était son problème, Domenica ne pouvait pas l'y obliger. Lorsque l'enseignante se défendit d'être une vendeuse ou une fanatique religieuse, quelque chose dans la mine de l'adolescente changea. A la fois blasée et méprisante, la figure de Leah arbora également de l'impatience. Visiblement, Domenica n'était pas la bienvenue ici et Leah était lasse de l'écouter... L'enseignante se présenta malgré tout, avec une voix neutre et respectueuse. Il ne fallait surtout pas montrer un quelconque signe de supériorité ou d'autorité : il fallait que l'adulte se taise pour laisser place à l'humaine qui se cachait derrière. Pour que Leah accepte de se confier, Domenica estimait essentiel qu'elle la traite comme son égal et non pas comme une simple gamine à qui elle faisait cours tous les jeudis.

Comme Domenica s'en était douté, Leah s'offusqua. Elle prétendait n'avoir aucun problème, n'avoir rien à confier. Un silence s'installa ensuite. Pourquoi essayait-elle de fuir plutôt que d'affronter ? Avait-elle si peur des autres ? L'enseignante n'avait aucune expression dans le visage : ni de la compassion, ni de l'emportement. A vrai dire, elle ne savait pas quoi donner comme argument à cette môme. Elle était seule à décider de son destin, seule à trouver la force de s'en sortir ; Domenica n'était qu'une entremetteuse, qu'un tremplin pour l'aider à remonter en selle. Et, somme toute, la jeune fille n'avait pas l'air décidée à retourner dans le monde réel. Toute cette mascarade ne rimait à rien : Domenica aurait voulu lui dire que faire tout un plat pour si peu était un véritable gâchis...

Leah n'avait visiblement pas envie de faire d'effort. Lorsqu'elle prétendit s'excuser d'avoir manqué les cours d'espagnol, sa mine criait presque le contraire. Domenica eût un simple pincement de lèvres. Que pouvait-elle lui dire ? Qu'elle voyait très bien à quel point Leah n'était pas désolée ? Qu'elle avait fait son possible pour la couvrir ? Non. Cela n'aurait servi à rien. La seule chose que Leah pouvait répliquer à ces belles paroles serait qu'elle n'avait en aucun cas besoin de tout ça. Encore une fois, la fierté de l'adolescente aurait pris le dessus et Domenica risquait de perdre le dernier espoir de lui parler. Elle lui claquerait la porte au nez, ne reviendrait pas au lycée et ne considérerait cet entretien que comme un désagréable souvenir à oublier. Or, ce n'était pas ce que l'enseignante voulait. Il fallait qu'elle arrive à briser les barrières que la jeune fille imposait. Et ça s'annonçait plutôt dur...

Le seul point positif pour l'instant fut lorsque Leah accepta de la faire entrer. Bien entendu, ce n'était pas de gaieté de cœur, ça se voyait. Mais, que ce soit sous la contrainte ou non, Domenica était bel et bien là, en train de franchir ce seuil de porte devant lequel elle avait attendu au point de se geler les os. La maison n'était pas très ordonnée : l'hispanique se doutait combien il devait être difficile pour une jeune fille de s'occuper seule d'un foyer. Elle avait plus ou moins connu la même chose : depuis le départ de sa sœur aînée Gloria, la mère de Santana, Domenica avait été la seule présence féminine de la maison. L'absence de mère dans la vie des deux femmes avait été difficile à vivre, en particulier pour Gloria, qui avait toujours détesté les manières rustres de leur père. Peut-être était-ce pour cette raison que cette dernière était si peu affectueuse avec sa propre enfant : elle-même n'avait jamais goûté au joie de la complicité mère-fille et n'avait jamais apprécié la vie familiale durant son enfance. Domenica était le contraire de sa soeur, elle avait préféré noyer son chagrin dans l'amour qu'elle portait à son géniteur et, malgré son air peu raffiné et maladroit, l'avait idéalisé. C'est cet amour qui faisait aujourd'hui la différence entre les deux sœurs. L'une avait beau être une femme importante et respectée, elle n'en demeurait pas moins froide et distante. L'autre n'était qu'une simple enseignante dans un lycée de campagne, mais elle avait les véritables valeurs de la vie. Si Domenica avait eu le choix, elle n'aurait échangé pour rien au monde sa situation avec celle de Gloria. Elles avaient connu des périodes difficiles, sans esprit maternel pour les conseiller, mais chacune avait aujourd'hui surmonté les épreuves qui s'étaient présentées. Domenica aurait tellement voulu que Leah voit les choses de la même façon et se sente capable de tout surmonter... D'autant plus que l'adolescente n'était pas seule dans son combat : il y avait une vieille femme dans cette maison pour égayer sa journée et la rassurer du mieux possible, malgré sa maladie contraignante.

L'hispanique fut tentée de rire lorsque Leah prétexta l'absence d'une femme de ménage probablement inexistante mais s'abstint pour progresser en silence dans la bâtisse. Elle resta debout tandis que son élève vérifiait la présence de sa grand-mère, dans une chambre adjacente. La pièce était dans un état qui n'était pas sans lui rappeler sa propre chambre d'hôtel du temps où elle vivait encore à Chicago. Les vêtements qui traînent, les restes de nourriture... Tout ça, elle avait bien connu. Alors que sa protégée s'asseyait dans un fauteuil qui avait vraisemblablement bien vécu, Domenica engagea de nouveau la conversation, scrutant autour d'elle les photographies suspendues au mur. Leah était quelqu'un de talentueux, c'était indéniable...

« Ton dossier était plutôt bon jusqu'à maintenant, constata Domenica avec un sourpire. Je me doute que tu n'as pas envie d'entendre de sermon ; en fait, je me doute que tu n'as pas envie de me parler du tout. Mais ce serait dommage que tu te fasses exclure pour une erreur de parcours dont tu n'es pas véritablement responsable, non ? »

Avant de venir, Domenica avait suffisamment enquêté sur l'affaire. Et il en ressortait clairement que les choses avaient fini par dépasser Leah. Comme le montrait la réaction de l'adolescente, les conséquences engendrées étaient largement excessives par rapport à l'acte commis. L'enseignante croisa les jambes et se pencha en avant, comme pour faire une confidence.

« Leah..., souffla la jeune femme. Je ne vais pas te ressortir le discours du 'tu comprendras quand tu seras plus grande que c'était une énorme connerie' puisque tu n'es plus une gamine. Mais tu ne vas pas partir maintenant, dans ces circonstances ! Jusqu'à maintenant, tu les as laissé avoir ce qu'ils voulaient ; remues-toi et reprends ce qui t'appartient plutôt que de te terrer ici en attendant qu'ils oublient. Parce que ces gens-là n'oublieront pas, Leah. Quand tu reviendras au bal des Anciens, dans quelques années – si toutefois tu oses y revenir, ils se souviendront de toi comme de la fille qui s'est faite ridiculiser et qui s'est cachée comme une lâche. Et si tu restes à Lima, tu croiseras tous les jours leur regard haineux... C'est à toi de reprendre le contrôle de ta vie, pas à eux de te l'imposer. »

Elle avait dit tout cela d'un trait. Ni essoufflée ni en colère, Domenica était toujours penchée en avant de telle sorte qu'elle était assez proche de Leah pour parler à voix basse. Elle attendait une réaction, un signe de vie de la part de celle qui jusqu'à maintenant n'avait eu aucune réplique positive. Elle n'espérait ni stimuler son élève, ni la convaincre : après tout, le choix final revenait à Leah. Mais une chose était certaine : si cet incident était arrivé à Domenica, elle ne se serait pas laissée écraser et, plus important encore, elle aurait voulu que quelqu'un comme elle vienne lui sortir la tête de l'eau. Les prunelles de l'hispanique cherchèrent un instant celles de Leah, plutôt hermétique à leur discussion, dans l'espoir de lui faire réaliser qu'elle n'avait pas tout perdu.
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07. [Pavillon Woods] Listen to me when I say...

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