Choriste du mois


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 07. This ain't a Bollywood drama, well maybe

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MessageSujet: 07. This ain't a Bollywood drama, well maybe   07. This ain't a Bollywood drama, well maybe EmptyMar 26 Juil - 14:50

    C’est une blague.

Plantée devant le rayon des DVD de la section « Monde », Madeleine Wild lâcha son sac à main sur le sol dans un bruit sourd amorti par l’horrible moquette du magasin en poussant ce cri du cœur. Passant sa main dans ses cheveux blonds lâchés en désordre sur ses épaules, un large sourire venait de se dessiner sur son visage, mais ce n’était pas un sourire de contentement ou de joie, loin de là, c’était le signe annonciateur d’un bain de sang imminent. Si on la privait de sa seule envie réalisable, Best Buy allait bientôt devenir le théâtre d'un drame. Il ne lui restait plus qu’à trouver une victime pour faire ses griffes.

Comment en était-elle arrivée jusqu’à ce point de non-retour où la pauvre perdue inoffensive qu’elle était en général se retrouvait à vouloir passer ses nerfs sur le premier inconscient qui oserait croiser son chemin ? Ce matin-là, ça avait été matinée de comptes dans la demeure (ou le microscopique studio, au choix) Wild, et le résultat n’était pas glorieux. Depuis la fin du mois précédent et la découverte horrifiante de son semblant de bulletin de paye, les questions d’argent la taraudaient un peu. Toute sa vie elle avait dédié au moins une journée entière par mois à faire fondre sa carte bleue, et voilà qu’à présent elle était obligée de compter jusqu’au moindre centime pour payer le loyer et remplir le frigo. La frustration était montée à son comble quand elle avait dû se rendre à l’évidence en vendant sa voiture pour économiser sur l’essence et le parking. Mais toujours était-il que même si elle était devenue piétonne, elle avait maintenant un peu d’argent à dépenser dans des bêtises pour se faire plaisir après la mise en place longue et douloureuse d’un budget shopping sur lequel elle se serait volontiers arraché tous les cheveux. Cette situation de crise monétaire lui faisait presque regretter l’époque où sa mère lui allouait un budget confortable pour s’acheter des livres sur le théâtre et le cinéma pour préparer sa future grande carrière en s’inspirant des modèles de réussite tels que Julie Andrews. Sérieusement, Mad Wild en Mary Poppins ? Rien que l’idée la faisait mourir de rire. Cet argent était bien évidemment dépensé immédiatement dans des vêtements ou des films qui n’avaient strictement rien à voir avec les rêves de sa mère. Mais ce n’était comme si on lui offrait le choix de revenir en arrière pleurer dans les jupes de sa mère. Quand bien même elle eût voulu retourner dans le domicile familial, elle ne savait pas s’il existait encore quelque part, et puis elle aurait été accueillie à coup de seaux d’eau froide, c’était une certitude. En attendant de gagner à la loterie, elle comptait ses maigres revenus et jouait les adultes avec des papiers partout et des tickets de caisse agrafés dans tous les sens rangés dans un classeur acheté spécialement pour l'occasion.

Après avoir longuement considéré ses dernières envies, la jeune femme avait fini par faire la part des choses et à renoncer à cette veste bien trop chère pour elle, qu’elle devrait supporter de voir sur le dos de l’une de ces gamines écervelées et riche à en vomir au lycée. Mais en contrepartie, elle pouvait passer son après-midi à flâner dans le centre commercial avec un bon café de chez Starbucks pour s’acheter le nouveau coffret DVD de ses rêves : la version remasterisée du volume 2 de l’intégrale Shah Rukh Khan. Si elle n’avait jamais vraiment eu le goût des grands classiques du cinéma, ne se pâmant pas d’admiration devant Audrey Hepburn ou Eva Marie Saint, Mad avait en revanche un goût prononcé pour les comédies romantiques et les films de Bollywood. Sa collection était d’ailleurs impressionnante, toujours rangée en ordre contre un mur, par thème, acteur principal et date de réalisation. Sans trop faire durer le plaisir, elle s’était donc rendue directement à Best Buy dans la galerie commerçante, dépassant le rayon littérature squatté par ceux qui confondaient librairie et bibliothèque puis le royaume des gens aux casques vissés sur les oreilles, elle arriva enfin dans le rayon des comédies. Passant sans regarder les meilleures ventes du moment pour éviter toute tentation, les mains en œillères, elle s’avança jusqu'à ce bout de rayon dédié aux films indiens. Et nous en revenons enfin à notre point de départ : la blague, le vide. Elle avait beau regarder le rayon en long, en large et en travers, rien n’y faisait, son DVD n’y était pas. Pire : il n’y avait que des films déjà vus qui ne méritaient pas d’être rachetés à prix d’or sachant pertinemment qu’ils étaient déjà chez elle. Non seulement elle était réduite à être pauvre, mais en plus le destin s’acharnait en lui ôtant la lumière de sa journée, et de la nuit qu’elle avait prévu de passer avec son pop-corn en tête-à-tête avec Monsieur Khan ! Elle voyait rouge. Il était absolument hors de question de rentrer chez elle bredouille sans avoir au préalable passé ses nerfs sur quelqu’un. Et cette personne ne mit pas longtemps à se manifester, à peine s’était-elle retournée qu’elle aperçut le très seyant uniforme jaune et bleu de la boutique sur le dos d’une des vendeuses. Ni une ni deux Madeleine ramassa ses affaires sur le sol pour bondir sur sa proie.
    Excusez-moi mademoiselle, vous voulez bien venir voir un instant.

Sans attendre une éventuelle protestation, elle l’entraîna par le bras devant le rayon sous les regards interrogateurs du reste de la clientèle qui avait levé le nez pour identifier la source du vacarme qu’elle était en train de faire dans le magasin. Fixée à nouveau devant le vide dans l’étalage elle étendit le doigt vers l’espace entre les DVD de Monsoon Wedding et Saathiya, puis se retournant vers la jeune fille avec son plus grand sourire.
    Vous en avez fait quoi de ce DVD ? Vous n’allez pas me dire qu’il est épuisé, je ne vous croirais pas, on est à Lima, personne ne regarde de film de Bollywood à Lima ! Et puis vous ne mettriez même pas une de vos pancartes bidons « veuillez nous excusez ce produit est actuellement… » bref ! Il est où ce coffret blanc ?



Dernière édition par Madeleine Wild le Lun 1 Aoû - 11:21, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: 07. This ain't a Bollywood drama, well maybe   07. This ain't a Bollywood drama, well maybe EmptyVen 29 Juil - 15:43

Lorsque l'on habitait dans la demeure Sparks, un réveil n'était qu'un accessoire de décoration, rien de plus que ce petit chat en porcelaine immonde qui vous lorgnait au coin de la cheminée. Certains ouvraient l'œil dès que les premiers rayons de soleil venaient leur chatouiller la peau, d'autres avaient le droit au cri infernal du coq et pour d'autres, comme moi, le coq faisait environ un mètre quatre vingt et n'avait rien de très gracieux dans sa démarche. Lorsque j'ouvris les yeux, réticente face à la lumière du jour, j'aperçus ma sœur, assise au bord de mon lit, qui me regardait avec un mélange d'admiration et de niaiserie. Que je détestais cette lueur mielleuse dans ses yeux, comme si j'étais une œuvre d'art de laquelle elle ne pouvait détacher son regard. "Tu vas arrêter de me regarder ?" dis-je d'une voix rocailleuse. "Et bouge de là." Je l'expulsai de mon lit d'un coup de pied bien placé, sans même qu'elle ne dise quoique ce soit, sachant très bien que j'avais raison et que ce qu'elle faisait était totalement puéril.
Mais ne vous méprenez pas, le coq ce n'était pas elle - elle devait faire un mètre cinquante sur ses talons compensés de gamine - c'était mon père qui se plaignait du café au goût répugnant que préparait ma mère. Pour une fois, je ne pouvais qu'approuver son indignation, ce café était véritablement dégoûtant. Et en plus de ça, il sentait la mauvaise volonté et fumait de la rage de ma mère. Celui qui a dit que la vengeance est un plat qui se mange froid est un idiot, ou du moins ça ne fonctionnait pas de cette manière chez nous. Ce n'était qu'un signe de plus de l'anormalité de cette famille.

Avec enthousiasme, je bondis de mon lit, en profitant pour balancer ma couette sur ma sœur qui s'était recouchée. Elle gémit, mais ne m'en tenait pas rigueur. M'aventurant dans les couloirs en direction de la salle de bain, j'avais une irrésistible envie de cogner sur la porte de ma sœur ainée, juste pour me satisfaire d'entendre ses hurlements de lionne enragée. A croire que j'étais la seule qui travaillait dans cette famille... en fait oui, j'étais la seule qui travaillait dans cette famille...

Comme souvent, je ne m'attardai pas dans la salle de bain. Les filles de mon âge, Cheerios de surcroît, passaient sans doute des heures à se préparer pour donner l'illusion d'être fraiches en toutes circonstances, mais ce n'était pas mon cas. Plusieurs raisons à ça : je n'avais pas envie qu'on tambourine à la porte pour me presser et, par la même occasion, me stresser, et deuxièmement, au plus vite je claquait la porte de cette maison au mieux c'était. D'ailleurs, c'était pour cela que j'adorais presque travailler au magasin. Au moins, j'avais une véritable excuse pour m'éclipser le plus possible.

Avec un tel réveil en fanfare on aurait pu croire que j'étais parée à toute épreuve, mais le fait que je somnolais devant les étalages était plutôt révélateur. Le pire dans l'histoire, c'était que cela faisait bien deux bonnes minutes que je fixais ce DVD plutôt tendancieux. J'entendais déjà la grand-mère de base qui viendrait me frapper avec son parapluie parce que c'était indécent de la part d'une jeune fille. Mais je m'en contrefichais de cette compilation de films érotiques, tout ce que je voulais c'était m'étaler de tout mon long dans mon lit pour regarder The princess diaries ! Quelle chance elle avait cette chère Mia, je rêvais que quelqu'un m'embarque à l'instant pour me dire que j'étais la princesse d'un coin paumé, peu m'importait, tant que cela me donnait la possibilité de m'échapper de Lima. Et pendant un court instant j'ai sérieusement pris mes rêves pour des réalités : on m'embarquait, littéralement. Le sourire surpris et comblé que j'arborais s'évanouit bien rapidement, comme si petit à petit je descendais de ce petit nuage cotonneux en haut duquel je me complaisais à merveille.

Je reconnaissais très bien ce visage, cette chevelure aux reflets dorés, ces yeux cristallins emplis de malice. C'était cette idiote de surveillante, la sauvage, comme on la surnommait avec les filles. Au lycée elle voulait se la jouer Madame-j'ai-des-responsabilités, alors elle trouvait cela judicieux d'appeler mes parents tout ça parce que je m'étais tordue la cheville. Rien que pour ça je bénissais l'attitude sans scrupules de la coach. Avec elle au moins mes parents ne risquaient pas d'être au courant de mes activités intra-scolaires, même pas quand je serai plâtrée jusqu'au cou sur mon lit d'hôpital parce que "ça c'est dur".
Je l'écoutais alors, forcée de combler les attentes de ces chers clients, et la gratifiais d'un sourire hypocrite. "De toute évidence si, certains regardent des films de Bollywood à Lima." répondis-je histoire de relater les faits. Cela m'amusait d'autant plus que j'étais l'heureuse propriétaire de ce coffret blanc. Si cette pauvre femme avait décidé de franchir le cap plus tôt, cette scène n'aurait jamais eu lieu. Mais quelque chose me disait que le lui dire n'était pas une brillante idée. "Vous savez ce n'est pas la peine de vous énerver, nous pouvons tout à fait prendre une commande et dans une semaine vous pourrez vous faire un marathon Bollywood devant votre écran de télévision. En attendant puis-je vous conseiller autre chose ?"
Diplomatie, bienveillance, sourire plaqué, tels étaient les atouts indispensables d'une bonne vendeuse. Et mettre en avant sa poitrine, pour celles (ou ceux) qui en avaient. Mais j'avais des doutes quant à la légitimité de cette technique là tout de suite.
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MessageSujet: Re: 07. This ain't a Bollywood drama, well maybe   07. This ain't a Bollywood drama, well maybe EmptyLun 1 Aoû - 16:33

De mémoire de Madeleine, la blondinette ne s’était vaiment énervée qu’une poignée de fois dans sa vie. Non pas que les raisons aient été plus valables qu’un DVD manquant dans une boutique, mais ce n’était tout de même pas l’épisode le plus glorieux de sa vie, il fallait bien l’admettre. Que pouvait bien penser ce gros vilain monsieur bedonnant, sûrement fermier de son état, qui n’était, à n’en pas douter, que de passage dans le rayon des comédies romantiques ? Sûrement que les jeunes de nos jours ce n’était plus ce que c’était, aucun respect, aucune dignité, ou encore que les filles d’aujourd’hui étaient vraiment des hystériques, ce qui justifiait totalement son célibat prolongé et totalement choisi, n’est-ce pas, dans le fin fond de ses terres. Mais que valait l’avis d’un fermier de l’Ohio monté à la ville pour ses petites courses du mois aux yeux de Madeleine, qui se rendait à peine compte de sa présence à cet instant précis ? Ce DVD c’était finalement le moyen de se passer enfin la frustration qu’elle ressentait à Lima, perdue dans ce trou où elle était revenue s’enterrer par nostalgie, sans moyen de s’en sortir, sans idée pour avancer, et sans un rond. Et s’il fallait qu’elle se fasse bannir de la galerie marchande à vie pour ça, eh bien tant mieux, ça lui ferait faire des économies, et puis elle comprendrait bien un jour comment faire fonctionner Internet pour les acheter en ligne ces trucs. Tout ce qui importait c’était ce maudit coffret que la jeune femme avait fini par préférer à The Holiday dans le combat final à pile ou face pour savoir ce qu’elle allait acheter. On ne va pas si facilement contre le destin, surtout lorsqu’il est tiré à pile ou face !

Maintenant qu’elle avait laissé passer la première vague de frustration, la surveillante ouvrait enfin les yeux pour regarder de plus près qui elle avait traîné jusqu’au lieu du crime. C’était très étrange… Elle avait l’impression d’avoir déjà vu ce joli brin de blonde quelque part, mais comme d’habitude, elle ne parvenait pas à remettre un nom sur ce visage. Et elle n’avait pas l’air très vieille non plus… Mad cherchait à toute vitesse dans sa tête lorsque la voix grave de la jeune fille la tira de ses pensées : bin-go. Voilà qu’elle venait de tomber sur une lycéenne de McKinley, et pas n’importe laquelle qui plus est, elle la resituait tout à fait maintenant. Sans son uniforme de Cheerio sur le dos, Amanda Sparks avait presque l’air d’une gentille fille, presque. Si on ne regardait pas de trop près son sourire radieux d’hypocrisie et de cynisme. Si elle avait été raisonnable Madeleine se serait calmée, elle aurait fait preuve de maturité, aurait présenté des excuses pour son comportement excessif et n’aurait pas couru le risque de se faire convoquer par Figgins si jamais la lycéenne décidait de se venger en allant tout raconter sur son attitude hors les murs du lycée. Mais ça n’existait pas les excuses dans le monde de Madeleine (la maturité non plus d’ailleurs), au contraire, le ton pseudo professionnel de la jeune fille l’avait énervée de plus belle.
    Oh, merci de tant de précisions, vraiment. Je me sens tout de suite mieux maintenant que je sais que quelqu’un dans cette foutue ville a acheté mon DVD.

Cette gamine qui se tenait droite devant elle incarnait tout ce qu’elle abhorrait à cet instant précis. C’était sûrement une petite fille à papa qui travaillait quelques jours dans la semaine pour apprendre ce que c’était que la vie et ne pas se perdre dans le monde du confort de la richesse sur ordre de bonne maman qui ne laisserait pas son héritage à des fainéants. Tout à fait le genre à porter la veste en cuir qu’elle voulait acheter et à laquelle elle avait dû renoncer, le genre à venir au lycée seule dans sa propre voiture flambant neuve. Le genre de fille qu’elle regrettait de ne pas être en somme ! Et puis cette assurance, ce calme olympien devant sa provocation, c’était une raison de plus qui faisait que Madeleine Wild n’allait pas manquer à sa réputation de sauvage. Lui rendant alors le plus beau des sourires hypocrites elle tâcha de rasséréner le ton de sa voix.
    Ah maintenant j’ai le droit à des conseils, je suis t-r-o-p flattée de pouvoir bénéficier d’une aide de choix comme celle d’une lycéenne qui travaille à temps partiel.

Peut-être qu’elle ne l’avait pas reconnue après tout, rien n’allait dans ce sens d’ailleurs. Et puis elles ne s’étaient vraiment parlé qu’une fois quand la Cheerio s’était tordu la cheville à l’entraînement bestial de la Sylvester. Mais si tel était le cas, sa remarque lui mettrait sûrement la puce à l’oreille. En y repensant, la jeune fille avait bien failli perdre son sang-froid quand Mad s’était proposé d’appeler ses parents pour que quelqu’un vienne la chercher. Pour une fois qu’elle faisait preuve d’un peu de rigueur dans son travail, la lycéenne avait sorti un très long et ennuyant laïus sur le côté totalement inopportun de ce genre d’attentions, que ses parents avaient mieux à faire que de recevoir des coups de fils inutiles du lycée pour une blessure qui n’était que bénigne. Décidément cette fille avait le don de frustrer ses envies, personnelles ou professionnelles. Sauf que cette fois la surveillante était passée de l’autre côté du bureau imaginaire des responsabilités, elle n’avait de compte à rendre à personne puisqu’elle était cliente, et que c’est connu : le client est roi.
    Et puis vous n’avez pas de réserve dans ce magasin ? Ou alors peut-être que je ne suis pas assez bien pour qu’on prenne la peine de vérifier qu’il est rupture de stock ?

Au fond d’elle-même elle avait bien conscience que ce qu’elle faisait était inutile et qu’elle devrait tôt ou tard abandonner l’idée de rentrer sans son DVD. Mais elle n’avait rien de mieux à faire un samedi après-midi à Lima que de se battre avec une vendeuse, alors autant profiter de cette occasion pour se rendre un peu dramatique. Et puis qu’est-ce qu’ils font dans les films déjà quand rien ne va plus ? Ah oui, ils renversent tout sur leur passage en mode Katrina. Mais même Mad se voyait mal renverser un rayon pour rien… Elle se contenterait donc de renverser les quelques jaquettes abandonnées sur le coin du présentoir et qui attendaient d’être rangées.
    Oh pardon, j’ai malencontreusement fait tomber les quelques disques que vous avez encore… Mais ce n’est pas la peine de vous énerver vous savez, vous pouvez tout à fait prendre ma commande et quand on en aura fini, vous pourrez le faire votre marathon de la remise en rayon.

Âge mental estimé : 5 ans et demi, à la louche. Mais Madeleine jubilait littéralement, haussant un sourcil et rivalisant dans le sourire faux, elle restait campée à côté de la pile de films éparpillés au sol. On verrait bien jusqu’à quel point elle endurerait, mais quelque part elle était d’autant plus satisfaite d’être tombée sur une coriace, la partie n’en serait que meilleure.
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MessageSujet: Re: 07. This ain't a Bollywood drama, well maybe   07. This ain't a Bollywood drama, well maybe EmptyJeu 4 Aoû - 14:27

On dit que le client est roi. Et du vague souvenir que j'ai des cours d'histoire, le roi est souvent un petit être égoïste et avare dont le pouvoir est totalement illégitime. Petite modification apportée par Mandy Sparks : le client est le roi des idiots. Ce n'était pas la première fois qu'on se servait de moi comme d'un anti-stress sur lequel déverser une frustration depuis longtemps amoncelée. Oui, le client est stupide et irréfléchi, aigri et amer... parfois sympathique. Mais c'était difficile pour moi de me remémorer les visages de personnes satisfaites de mon travail lorsque j'avais devant moi une furie hystérique. Et je ne comptais pas les vieux pervers de 80 ans, au moins, qui me faisaient des clins d'œil lourds de sous-entendus, ce qui me donnaient plus envie de prendre mes jambes à mon cou qu'autre chose (et de vomir, accessoirement).

J'avais beau tout faire pour l'ignorer, il m'était difficile de passer outre ce regard dédaigneux que me lançait la jeune femme. Je n'en doutais pas, pour elle je n'étais qu'une esclave en ce lieu, comme elle l'était entre les murs du lycée. Et si j'avais été à sa place, j'aurais fait la même chose : je me serais vengée. Le problème c'était que j'ignorais totalement le motif de sa vengeance. Dans mon uniforme de Cheerio, j'étais certes la peste que cela symbolisait, mais jamais je ne manquais de respect aux professeurs ou au personnel... et à en juger par cette manie qu'elle avait de me toiser, elle se faisait une fausse idée de moi, idée que j'essayais moi-même d'ancrer dans la tête des gens. Dans un sens, cela me faisait presque plaisir qu'on me voit comme une fille sans complexe qui aime se délecter des bonnes choses de la vie. Et pourtant je sentais ce sentiment de profonde déception, sans arrêt, comme si une partie de moi voulait que quelqu'un dans ce monde se rende compte de qui j'étais réellement.

Cette pointe de sarcasme que je discernais dans sa voix ne me plaisait pas, mais je demeurais totalement imperméable. Difficile pour moi de dire si j'étais patiente parce que j'étais sournoise ou si j'étais sournoise parce que j'étais patiente... peut-être un peu des deux. Quoiqu'il en soit elle n'allait pas réussir à me faire vaciller de part son aigreur légendaire.
Je retins un petit rire jaune lorsqu'elle reconsidéra sans grande subtilité mes compétences. Pour qui se prenait-elle ? Elle avait beau être plus âgée je doutais de sa sagesse et de sa qualification. Je trouvais même ça présomptueux venant d'une surveillante dans un lycée paumé d'Ohio. Dans l'histoire, j'avais certainement mieux réussi ma vie qu'elle. "Oh vous savez je suis sûre que le propriétaire sera ravi de pouvoir bénéficier de vos qualités. Pensez à déposer un CV un de ces jours." lui répondis-je avec toute la mauvaise foi du monde. J'étais d'ailleurs persuadée qu'elle n'obtiendrait même pas ne serait-ce qu'un entretien. Une vendeuse frustrée et hystérique faisait rarement une bonne vendeuse. Au contraire, elle ferait plutôt fuir les clients.

Je m'épatais moi-même du sang-froid dont je faisais preuve. "Nous avons une réserve mais je peux vous assurer que ce DVD n'est plus disponible. Vous n'êtes peut-être pas la seule à croire que personne ne regarde de films Bollywoodiens à Lima. Mais je peux toujours m'en assurer si cela vous tient tant à cœur."
Je pris place derrière le comptoir - c'était d'ailleurs une bonne excuse pour m'éloigner d'elle - et sollicitai la souris pour rallumer l'ordinateur qui s'était mis en veille. "Oh, on dirait qu'il n'est toujours pas disponible !" avouai-je après 3 clics par ci par là.

Apparemment la jeune femme était prête à pousser le vice toujours plus loin. Avec ironie elle s'excusait d'avoir fait tomber quelques articles et m'invitait à faire un "marathon de la remise en rayon". Je la gratifiai d'un sourire encore une fois hypocrite. Se rendait-elle compte de la chance qu'elle avait de m'avoir rencontrée dans ce magasin, alors que je revêtais cet uniforme disgracieux duquel j'avais besoin plus que tout ? Ce n'était que partie remise. Mon enfer aujourd'hui, le sien dans quelques jours. On ne rigole pas avec Mandy Sparks. Si seulement elle savait le nombre de professeurs que j'avais fait renvoyer à leur insu. Elle n'était que la prochaine sur la liste.
"Naturellement, c'est le moins que puisse faire une lycéenne qui travaille à temps partiel. Vous savez, je suis presque désolée que nous soyons parties sur de mauvaises bases, je trouve que le coffret blanc qui trône dans mon précieux placard commence à prendre la poussière. J'avais promis de le prêter à Tess de toute manière." dis-je en haussant les épaules l'air faussement navré. "Ce sera à quel nom cette commande, alors ?"
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MessageSujet: Re: 07. This ain't a Bollywood drama, well maybe   07. This ain't a Bollywood drama, well maybe EmptyVen 5 Aoû - 12:58

Pourquoi faisait-elle ça au juste ? Ah oui, frustration, ennui, et… frustration. Ce n’était tout de même pas bien malin de passer ses nerfs sur une lycéenne. Non seulement elle la reconnaissait, c’était certain, mais en plus elle pourrait se venger à son tour une fois les rôles inversés dans les murs gris de McKinley. Mais c’était plus fort qu’elle, comme si la rancœur qui était restée dans le fond de sa gorge depuis trop longtemps en sortait sans son accord dans un dégueulis de mots infâmes et puérils. Elle ne le regretterait pas, ni dans une heure, ni dans une semaine ; les remords ce n’était pas la tasse de thé de Madeleine Wild. En revanche, si Figgins se mêlait de tout ça, ce serait une tout autre paire de manche et elle devrait se justifier à n’en plus finir, présenter des excuses officielles, et puis se coltiner des jours et des jours de corvées sans avoir le droit de se plaindre. Et il était hors de question de passer une semaine de plus à faire la dernière ronde dans le lycée vide après ses horaires de travail habituels. Pourtant quelque chose lui disait que si la lycéenne n’avait pas voulu appeler ses parents une première fois, la surveillante pouvait éventuellement échapper au conseil des parents d’élèves. Cette pensée l’encourageait à ne pas baisser les bras et abandonner la partie si vite.

Cette fille était vraiment horripilante. Comment pouvait-elle garder ce sourire froid vissé aux lèvres et répondre avec tant de sarcasme à tout ce qu’elle pouvait lui dire ? Est-ce que ça faisait partie de l’entraînement des Cheerios maintenant : « comment survivre sous la torture et devenir le bourreau » ou alors « pourquoi attendre quelques jours pour anéantir son adversaire ». Ça sonnait terriblement vrai comme intitulé pour une leçon donnée par la terrible Sue Sylvester. Toujours était-il que la jeune fille avait réussi à s’enfuir derrière l’écran de son ordinateur faisant mine de chercher le DVD comme elle le lui avait demandé à grand renfort d’amabilité quelques instant auparavant. Son ton, sa voix rocailleuse, son regard de défi, tout était si complètement sous contrôle que Madeleine s’en sentait presque mal. Jamais elle n’aurait ce genre de maîtrise, bien trop spontanée, et la perspective de se faire mettre au tapis par une gamine la faisait bouillir. Pas question de s’avouer vaincue. Si elle avait réussi à tenir jusqu’à maintenant elle pourrait bien trouver autre chose pour la pousser dans ses retranchements. Mais même la petite provocation des DVD tombés n’avait pas réussi à lui arracher ne serait-ce qu’un rictus de mécontentement. De quoi était faite cette fille ? De métal ? Est-ce qu’elle était tombée sur une nouvelle version de Terminator en jupette ? Viendrait-elle la tuer avec un gros pistolet mitrailleur quand elle irait acheter son pain le lendemain ? La blonde voyait maintenant dans sa tête la scène hilarante d’Amanda Sparks la cherchant partout en ville comme si elle était devenue Sarah Connor. La surveillante ne put s’empêcher de lâcher un pouffement de rire qu’elle étouffa mal derrière sa main. Maintenant en plus de passer pour une hystérique, elle allait passer pour une folle. Elle n’était plus à ça près remarquez…
    Je vous remercie de votre précieux temps mademoiselle Sparks, j’imagine que ça a dû être un effort sans pareil de chercher dans vos fichiers. Non seulement vous êtes qualifiée pour conseiller vos clients, mais en plus vous avez un talent sans nom en informatique. Je n’oserais pas poser ma candidature, je suis sûre que ce magasin tourne uniquement grâce à vous et que vous n’avez pas besoin de renfort.

Sa remarque l’avait piquée, on sentait tout le mépris qu’elle avait pour Madeleine qui ne devait être qu’une paumée incapable de se trouver un véritable emploi dans un trou d’Ohio à ses yeux. Mais qu’est-ce que ça pouvait bien lui faire ce que pensait cette pompom acide. En réalité, ça l’atteignait un peu. L’image qu’elle aurait voulu renvoyer n’était pas celle d’une perdue, mais elle n’avait pas les moyens de changer grand chose à sa vie actuelle. Mad vivait au jour le jour, fidèle à ses principes, sans chercher à grandir, à évoluer, et puis elle ne risquait rien là où elle était. Elle ne roulait pas sur l’or certes, mais elle ne crevait pas de faim. Le lycée l’occupait tous les jours de la semaine. Elle avait quelques amis en ville, ses collègues n’étaient pas désagréables, en ce moment le championnat occupait une bonne partie de son temps. En somme elle n’était pas malheureuse. De là à dire qu’elle était heureuse, c’était encore un autre problème. Mieux valait passer outre la remarque et le mépris qu’elles semblaient se vouer mutuellement. L’entraînement de la coach devait être assez efficace parce que Madeleine venait de passer de l’état de jubilation à celui d’amertume en instant. Et l’amertume, ça n’avait rien de drôle. D’autant qu’alliée aux révélations qui venaient de lui être faites, la jeune femme voyait carrément rouge. Alors comme ça non seulement elle se moquait d’elle mais en plus elle savait dès le départ pourquoi il était épuisé, ce coffret ? C’était un haussement d’épaule de trop Miss Sparks.
    Et vous avez jugé nécessaire de me le faire savoir ça ? Vous trouvez ça amusant de vous moquer de moi ? Il trouverait ça amusant votre patron que vous vous moquiez de son gagne-pain ? Ce serait triste que vous perdiez votre argent de poche à cause d’une bête histoire de Bollywood hein, après tout je pourrais le commander et me taire, vous n’auriez pas à vous occuper d’une hystérique dans mon genre. Ou alors je pourrais continuer sur ma lancée et rameuter un peu plus de monde par ici.

Le ton était monté d’un cran pour Madeleine qui commençait à perdre son sang-froid et à laisser la franchise l’emporter sur le peu de subtilité qu’elle avait à la base. Elle savait que perdre son calme c’était perdre la partie mais elle ne pouvait plus s’en empêcher, chassez le naturel et il revient au galop. Elle n’était pas une grande stratège et s’était même étonnée de tenir sur les nerfs jusqu’à présent. Autour d’elle les regards commençaient à se faire insistants, mais elle reprit néanmoins à voix haute et distincte :
    Mais je suis sûre que « Tess » aura sûrement la chance de recevoir le coffret épousseté que referme votre « précieux placard » dans l’enceinte du lycée, pas vrai ? J’espère que l’échange sera discret, parce que comme vous devez le savoir, il se trouve que c’est un peu mon lot quotidien que de surveiller ce lycée. Et ce serait dommage que je tombe sur vous et que je sois contrainte de le confisquer.

Menaces en l’air, la surveillante perdait pied. Bien sûr qu’elle n’aurait pas le droit de faire ça, et elle était bien persuadée que la blondinette qui se tenait droite comme un i devant elle le savait. C’était le genre à connaître ses droits sur le bout des doigts, à n’en pas douter quand elle grandirait, elle rejoindrait la clique de ceux qui sont capables de vous citer les amendements de la constitution pour justifier chacun de ses gestes et se défendre en toute occasion sans même avoir à mentionner un avocat. Mais elle ne voyait plus comment se rattraper au point où elle en était.
    Vous savez quoi, laissez tomber la commande et montrez-moi un peu votre connaissance infinie. Puisque vous avez le coffret, vous devez savoir quel genre de film j’apprécie, ou alors ça n’est pas dans vos cordes, vous ne l’avez pas regardé peut-être ? C’était un cadeau de bonne-maman ? Alors je les attends vos suggestions du siècle.

Les bras croisés sur sa poitrine, elle essayait maintenant de gagner du temps, comme si elle espérait qu’un autre client plus problématique qu’elle ne se manifeste lui laissant une ouverture pour attraper le premier DVD qui lui tomberait dans les mains et filer direction les caisses. L’espoir fait vivre pas vrai ?
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MessageSujet: Re: 07. This ain't a Bollywood drama, well maybe   07. This ain't a Bollywood drama, well maybe EmptyMer 10 Aoû - 17:22

Dans mon monde à moi, j'aurais claqué des doigts et un grand brun baraqué serait apparu, lui aurait empoigné le bras, et l'aurait trainée jusqu'à la sortie tandis qu'elle crierait au complot. Malheureusement je devais faire face à la réalité : cette femme ne me laisserait pas tranquille jusqu'à ce qu'elle obtienne ce qu'elle voulait. Et j'avais des doutes quant à la raison de sa présence. Bollywood n'était-il pas qu'un simple prétexte de vieille fille pour venir se plaindre allégrement à d'innocentes personnes ? J'avais beau contempler mon uniforme, il ne ressemblait en rien à celui d'une psychologue, et la moquette affreuse qui recouvrait le sol n'égalait en rien ce fameux canapé en cuir que l'on voyait dans les salles de consultation. Je n'étais qu'une simple employée, vulnérable mais toujours professionnelle. Et je n'avais qu'à me souvenir de cette veste affreuse que je portais pour me le remémorer, ainsi que de ce badge qui indiquait "Amanda". Oh j'avais fait un scandale pour pouvoir y inscrire Mandy, mais j'avais rapidement arrêté les négociations lorsqu'on m'a remis calmement à ma place en me disant que c'était un magasin et non un bar de strip-tease. Je les détestais tous. Le jour où mon nom apparaitra dans le générique de la comédie romantique du siècle, le prénom Mandy ne sera plus souillé de tous ces préjugés. En attendant j'étais vendeuse chez Best Buy, et ce n'était certainement pas dans le Best Buy de Lima que s'improvisaient des concerts privés. J'étais encore condamnée un moment à l'anonymat et au mépris.

J'arquai un sourcil lorsque la blonde se mit à pouffer sans raison. C'était officiel, elle avait un grain. Ou alors je sous estimais mon potentiel comique. Quoiqu'il en soit elle essayait pathétiquement d'imiter mes sarcasmes. Évidemment que ce magasin tournait grâce à moi, je n'étais pas employé du mois à 3 reprises pour rien. En réalité elle masquait sa peur derrière de la fausse ironie. Sûrement se savait-elle pas à la hauteur, alors elle voulait me descendre, moi, pour se sentir mieux. Même si c'était un effort complètement vain, je la laissais flatter son propre égo, après tout on ne devait pas la complimenter souvent pour son travail. Je la gratifiai simplement d'un sourire - un de plus - jugeant que répondre n'était absolument pas nécessaire.

Bien sûr que j'étais prétentieuse et hautaine : je faisais partie des Cheerios ! Avec Sue Sylvester, on avait beau se sentir rabaissées six pieds sous terre, elle nous faisait tout de même savoir que l'on valait bien mieux que les autres élèves. C'était tout le paradoxe des Cheerios. Nous étions nulles - selon la coach - mais nous étions les meilleures. Et cette Madeleine pouvait bien essayer de me pousser à bout, elle n'y parviendrait jamais, parce que j'avais fait l'expérience Sylvester. Ce qu'elle me faisait endurer à cet instant, c'était de la rigolade à côté des insultes très peu élogieuses dont la coach nous accablait sans impunité. J'avais l'impression de ne plus être une adolescente ordinaire mais un robot sans émotion. Hormis le mépris je n'éprouvais rien. Mais je m'en contentais très bien.

Je l'avais faite craquer. Un jeu d'enfant. Le client avait beau être roi, si elle continuait à gueuler comme une hystérique en manque mon beau brun finirait bien par accourir. En attendant elle me faisait honte et me discréditait devant tout le monde. Évidemment, c'était tout à fait son but. Tant qu'à couler autant qu'elle m'amène avec elle. C'était ingénieux. "Oh ne vous inquiétez pas pour moi, des hystériques j'en vois tous les jours et vous n'en êtes pas une". Faux ! Comment avais-je pu sonner si convaincante ? Parce que j'étais une excellente comédienne. "Mais si vous continuez ce sont surtout les vigiles que vous allez rameuter."
Je tournai la tête, légèrement embarrassée par les murmures qui commençaient à remplacer le brouhaha sempiternel qui avivait les lieux. Mais ce fut difficile, cette fois-ci, de retenir un rire. Le vieil abus d'autorité. Du haut de son statut de surveillante elle croyait réellement me faire avaler qu'elle avait le droit de me confisquer tout et n'importe quoi ? J'étais certaine qu'elle était sérieuse et c'était ce qui la rendait encore plus pathétique. J'éprouvais un peu de compassion à son égard, malgré tout. Devoir s'abaisser si bas pour un DVD, c'était peu commun. "Non je comptais le lui apporter chez elle. Mais je ne suis pas certaine que mon quotidien vous intéresse." Encore un mensonge. Évidemment que j'allais procéder dans l'enceinte du lycée, on y était genre 5 jours par semaine... et le reste du temps je travaillais ici et devais subir les sermons de gens comme elle qui ne savaient rien de moi.

Et tout ça pour me dire finalement qu'elle ne voulait plus faire cette commande... elle venait de s'aventurer sur un chemin dangereux. Je savais exactement le genre de films qu'elle aimait : le même genre de films que moi. Le genre de films coloré, dégoulinant de sentiments qu'aiment les filles un peu trop rêveuses. Après tout c'était typique du cinéma Bollywoodien. Ce cinéma si particulier qui préférait faire rêver les gens plutôt que de les confronter à la réalité.
Je m'extirpai de derrière le comptoir, faisant mine d'examiner les étalages. "Mmm si vous voulez vraiment voir un film avec Shahrukh Kan il y a un prix spécial sur deux DVD avec Aishwarya : Mohabbatein et Devdas. Sinon je peux vous recommander des films de Gurinder Chadha : Joue-la comme Beckham, Coup de foudre à Bollywood ou même Le journal intime de Georgia Nicolson. Aaron Johnson vaut vraiment le coup d'œil dans ce film."
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MessageSujet: Re: 07. This ain't a Bollywood drama, well maybe   07. This ain't a Bollywood drama, well maybe EmptyMar 16 Aoû - 23:09

Alors qu’elle commençait à se sentir dans l’impasse avec sa crise de nerfs sur le DVD de Shah Rukh Khan et à sérieusement perdre le peu de sang-froid qui lui restait devant la lycéenne qui de toute évidence la traitait par le mépris alors qu’elle lui faisait perdre son temps, Madeleine crut déceler au loin dans le magasin un bien pire cataclysme. Et il ne s’agissait pas des vigiles dont Amanda Sparks venait de parler. Il fallait plus d’un gorille pour faire peur à la surveillante qui s’était déjà jetée sur un ou deux videurs de boîte lors de soirées un peu trop arrosée par le passé. Et puis quand bien même seraient-ils venus, ils n’auraient fait que la reconduire gentiment à la porte, pas vrai ? Ce qui au final ne serait pas la pire issue pour se sortir de ce pétrin. Elle devrait vivre avec le sourire hautain et méprisant de la Cheerio pour le reste de ses jours à McKinley, mais au moins elle passerait encore quelques jours dans ce maudit lycée. Or c’était ça le problème qui occupait désormais la tête de la liste d’ennuis à venir de la jeune femme qui venait d’entrapercevoir une silhouette étrangement familière du côté des sorties musique récentes. Est-ce qu’elle aurait vraiment assez de malchance pour tomber à la fois sur une lycéenne dans le costume hideux de la vendeuse blasée et sur son supérieur hiérarchique préféré de sortie le week-end ? Il semblait avoir disparu de son radar alors qu’elle se hissait sur la pointe des pieds pour étendre son cou et tenter de voir le plus loin possible dans les allées, manquant par là même la réponse de la jeune fille qui semblait décidée à cracher un peu plus de mensonge venimeux. Mais comment voulez-vous voir quoi que ce soit dans un magasin mal éclairé pour une ambiance soi-disant intimiste ? Le petit attroupement de badauds autour d’elles ne lui facilitait pas la tâche non plus, et elle distribuait force sourire à tous ces idiots qui n’avaient rien de mieux à faire que de regarder la discussion stérile entre une vendeuse trop sûre d’elle et une blonde perchée. Les murmures allaient bon train et ce serait à coup sûr sur Twitter dans la minute s’il y avait un lycéen dans le tas qui soit fichu de la reconnaître. Mais Twitter c’était le cadet de ses soucis tant qu’elle pouvait s’assurer que le crâne bronzé et dégarni qu’elle avait cru voir quelques secondes auparavant n’était pas John Figgins. Car s’il y avait bien une personne sur terre avec qui elle n’avait pas envie de bavarder Bollywood c’était bien lui.

Toujours appuyée contre le comptoir à regarder au loin hissée sur le bout de ses chaussures à talon comme une marmotte hallucinée et paniquée à l’idée de se faire attraper par le gros vilain aigle la jeune femme profita de l’échappée de sa propre proie pour la suivre dans les rayons. Elle marchait derrière le dos de l’adolescente, tête baissée, le dos légèrement courbé et les genoux fléchis, écoutant d’une oreille plus que discrète ses recommandations qui avaient pourtant l’air de taper dans le mille de ses intérêts. Peut-être que cette petite avait plus de ressources qu’il n’y paraissait… Et si le stress de rencontrer le proviseur en compagnie d’Amanda qui l’afficherait à coup sûr pour se venger du sale quart d’heure qu’elle venait de passer n’était pas la seule chose sur laquelle elle réussissait à se concentrer, elle lui aurait sûrement fait le mea culpa du siècle, des étoiles plein les yeux pour tant de bon goût et de discernement dans le choix de ses films. En attendant elle continuait à se déplacer de manière ridicule, se redressant de temps à autre pour vérifier qu’il n’était pas dans les parages. Son instinct de survie, notamment pour ce qui était d’éviter Figgins, était en général assez développé, c’est pourquoi elle était passée en mode mission commando au premier soupçon. Elle n’osait même pas relever les yeux pour regarder si la lycéenne avait remarqué son comportement anormal. Décidément elle ferait mieux d’éviter cette fille dans les couloirs à l’avenir, même si ses connaissances en matière de cinéma lui auraient été des plus utiles. Cette question serait mise à l’ordre du jour des débats intérieurs Wildiens très prochainement. À n’en pas douter Ayati, son amie hindoue qui avait débarqué dans sa vie en même temps que son premier film indien, lui mènerait la vie dure jusqu’à ce qu’elle accepte la reddition et tente le copinage. Mais pour le moment elle n’y était pas encore. Du moins c'est ce qu'elle croyait car en se retournant une dernière fois, la surveillante tomba nez à nez avec celui qu’elle cherchait depuis plusieurs minutes comme une perdue. L’aigle rôdant au dessus de ses cieux de marmotte n’était rien d’autre qu’un autre Indien lambda cherchant sûrement un DVD de Bollywood pour sa femme histoire de compléter le cliché. Le regard hagard et haineux qu’elle lui lança n’avait d’égal que le sourire de soulagement qu’elle adressait enfin à la vendeuse qui la dévisageait attendant une réponse ou une manifestation du peu de raison qui lui restait.
    Aaron Johnson ? Vraiment ? balbutia-t-elle en reprenant ses esprits. Mon véritable problème c’est que je les ai déjà tous ces maudits DVD tu comprends ! Vus et revus, je vais pas me les racheter ce serait du vice, même pour moi… Rien de neuf à l’horizon ? Ou alors autre chose que du Bollywood… peut-être qu’un drame romantique ce serait bien finalement… Je pourrais me faire une soirée titres épistolaires aussi…

Le cœur soulagé par la disparition du problème « mon poste pour un DVD » Madeleine en oubliait sa frustration du début. Son côté très légèrement schizophrène refaisait surface et voilà qu’elle se mettait à tutoyer la Cheerio comme si elles avaient fait un marathon Bollywood ensemble, calées entre de gros coussins avec un bol de pop corn indécent. Pour un être humain que d’aucuns qualifieraient de normal, le fil des pensées de la jeune femme représentait un challenge sans nom. Elle passait sans ciller du coq à l’âne, de la haine à l’amour, d’un interlocuteur réel à un autre imaginaire. Sans être vraiment soupe au lait ou cyclothymique, il n’était pas exclu qu’elle en revienne aux piques et à la vengeance pour le vol du coffret blanc, mais pour le moment elle réfléchissait tout haut, emportée par son enthousiasme initial retrouvé. Lancée à poser une foule de questions au rythme d’une mitrailleuse à cette pauvre fille qui devrait s’accrocher pour suivre ses délires, c’est Ayati qui allait être contente, l'opération suicidaire du copinage semblait lancée.
    C’est bien ça une soirée épistolaire non ? Les classiques Sex Intentions, ah je n’ai pas vu le troisième… Il est bien le troisième ? Mais quand même Bollywood...


Dernière édition par Madeleine Wild le Dim 21 Aoû - 22:30, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: 07. This ain't a Bollywood drama, well maybe   07. This ain't a Bollywood drama, well maybe EmptySam 20 Aoû - 14:22

Ce silence significatif ne présageait rien de bon. Je ne savais pas exactement comment réagir face à ce curieux manque de réflexe hystérique auquel je n'étais plus préparée. Depuis ces dix dernières minutes nous n'arrêtions pas de nous renvoyer la balle constamment, comme si tout ceci n'était qu'un pauvre match de tennis auquel nous étions les seules à assister. Apparemment, je venais de marquer le point décisif, mais je n'osais pas me retourner pour constater l'effet que cela avait provoqué sur la surveillante. Légèrement intriguée et agacée, je finis par lui faire face dans un élan de courage très peu spontané et je la découvris à moitié avachie devant moi, comme si elle essayait naïvement de fuir quelque chose... ou quelqu'un. C'était me tendre de nouveau la perche pour que je la toise avec retenue, ce que je fis immédiatement. J'arquai un sourcil, les bras croisés, scrutant les alentours à la recherche d'une chose dont j'ignorais totalement la nature.
Puis, soudainement, tout sembla s'éclairer. L'attitude névrosée, l'insistance, la déception, tout s'expliquait. Il était là, derrière elle, l'homme qu'elle tentait vainement de séduire... à sa manière. Il avait un physique ingrat, mais je ne lui en tenais pas rigueur, après tout il avait certainement un cœur énorme pour pouvoir la supporter. C'était presque attendrissant tout ceci, bien que parfaitement cliché. La jeune femme de race caucasienne qui veut épater son amant indien à l'aide d'un coffret blanc de Bollywood. Si j'avais eu de l'affection pour elle je lui aurais certainement confié que ça ne fonctionnerait pas, mais en fait... je m'en fichais.

Dans un sens je la comprenais, moi aussi il m'arrivait de la jouer Mission Impossible dans les couloirs du lycée pour éviter à tout prix la confrontation avec un gars trop collant. C'était le risque de les faire s'attacher à vous pour finalement leur avouer votre profond désintérêt à leur égard. La plupart du temps ils ne me croyaient pas et me traitaient de coquine ou d'autres qualificatifs de ce genre. Au final lorsque je les ignorais suffisamment longtemps, ils finissaient tous par m'oublier, et paradoxalement cela m'embêtait beaucoup. Je suppose que c'est simplement le prix à payer.

Quoiqu'il en soit cette femme avait un sérieux trouble psychotique. Ce genre de maladies qu'ont les psychopathes dans les films mais desquelles on se rend compte seulement à la fin, quand on les surprend avec une hache à la main. Je ne savais plus trop si je devais la craindre ou éprouver de la compassion... et bien sûr qu'elle les avait tous, pour qui je la prenais ? C'était le genre de client typique qui sait tout, qui vous apprend votre métier, mais qui ne sait même pas ce qu'il veut. Et bien évidemment ils tombaient tous sur moi. Et voilà qu'elle me parlait de titres épistolaires. Pour moi épistolaire signifiait un échange de lettres, comme dans Letters to Juliet ou Dear John, à moins que le préfixe "épis" renvoyait aux épices indiennes et donc à un cinéma plus... piquant ? Est-ce que c'était un moyen carrément maladroit de me demander des conseils sur des films d'horreur ? Je n'osais pas vraiment le demander, de peur de passer pour l'idiote que j'étais, foncièrement. "Très mauvaise idée selon moi. Sex Intetions c'est un classique qu'on ne touche pas. Les suites sont aussi réussies que Titanic 2, et sans mauvais jeu de mots ça touche vraiment le fond."

Voilà que je paraissais enthousiaste maintenant. Pourquoi était-elle si sympathique d'un coup ? Habituée aux coups bas (marque de fabrique des Cheerios), je ne baissais pas ma garde de peur qu'elle en profite pour me bondir dessus à la première occasion. J'étais toujours prête à riposter. "Comme comédie dramatique sortie récemment vous avez Never Let Me Go. Ce film dégage vraiment quelque chose. A la fin on éprouve un curieux mélange de sentiments assez difficile à décrire."
Elle posait tellement de questions que j'avais du mal à discerner la rhétorique de la véritable interrogation... je devais faire le tri, mais sans lui faire ressentir que j'ignorais habilement certains points qu'elle évoquait. J'étais douée, quand même.

Sans attendre une réponse de sa part je parcourais les étalages à la recherche d'un titre qui me parlerait. Si seulement on pouvait essayer un DVD comme une paire de chaussures, j'en serais pas à devoir lui trouver SA perle rare. "Dans les nouveautés susceptibles de vous plaire vous avez également Waiting for forever et From Prada to Nada." Je penchai légèrement la tête, l'air faussement sceptique. "Ne me faites pas croire que vous les possédez déjà, ils viennent de sortir."
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MessageSujet: Re: 07. This ain't a Bollywood drama, well maybe   07. This ain't a Bollywood drama, well maybe EmptyMar 23 Aoû - 18:03

Les gens aiment les étiquettes. Chacun doit pouvoir rentrer dans une catégorie bien précise et il a intérêt à ne pas en sortir. Après tout, que peut-on faire pour aller contre les étiquettes ? Madeleine qui jugeait tout en se jetant sur les apparences aurait eu du mal à démentir ces propos. Elle s’était d’ailleurs empressée de faire rentrer la jolie blonde qui se tenait devant elle dans la catégorie « Cheerio, peste, mesquine ». Et ce n’est pas la première partie de leur échange musclé qui l’aurait fait changer d’avis. Coup bas sur coup bas, le tout mêlé de piques et autres sourire hypocrites, le monde des bisounours pouvait aller se rhabiller. Cette fille était bien trop jolie pour être innocente. Elle passait son temps à relever le menton pour se tenir droite et dominer la situation, parfaitement en contrôle et impassible, hautaine à souhait. Si elle avait eu le pouvoir de lire dans les pensées, Mad aurait probablement été effarée de se voir dépeinte sous les traits de quelque chose comme une folle misérable et pathétique. Par chance, elle n’était pas dans sa tête, et elle ne pensait même plus à la ranger dans sa catégorie de départ. Amanda Sparks venait d’obtenir une promotion pour le rang de conseillère et peu lui importait qu’elle ravale son enthousiasme à la vitesse de la lumière, elle l’avait senti ! Pendant une microseconde il y avait eu de la chaleur dans sa voix ! Elle en étais certaine, et puis même si elle se faisait un film, tout ce qu’elle faisait avait l’air merveilleux à ses yeux. Ayati n’était pas de si mauvais conseil après tout, même si son goût en matière de garçons craignait totalement — sérieusement, qui préfère Akshay Kumar à Shah Ruhk Khan ? La lycéenne ne s’en sortait pas si mal que ça avec ses questions, ignorant le superflu de ses pensées déblatérées à voix haute pour se concentrer sur les vrais problèmes. Maintenant que l’incident Figgins était définitivement derrière elle, la surveillante buvait littéralement ses paroles et ne put s’empêcher de rire à sa réponse.

    Je note, je note… Je ne savais pas qu’ils en avaient fait un deuxième… C’est quoi ? La version zombie des glaces de Léo ? S’ils ont tant d’argent que ça à perdre autant faire des comédies musicales. Ah tiens une comédie musicale ce serait bien aussi… Ça fait longtemps que…


Mais elle ne l’écoutait déjà plus de toute évidence, comme si elle préférait fuir de peur de se retrouver embringuée à bavasser comédies romantiques et d’y prendre goût. Mad s’interrompit au milieu de sa phrase, se mordant la lèvre inférieure. Elle avait presque des remords de lui en avoir fait baver de la sorte. Ce n’est pas comme si elle avait fait quoi que ce soit pour provoquer sa crise de nerf. Bon… c’est vrai que son arrogance n’avait pas arrangé les choses, mais de là à lui en tenir rigueur… Ce n’était qu’une gamine, il fallait faire preuve de maturité. À 23 ans il était temps d’arrêter les bêtises, enfin, de les limiter.

    Ah… Never let me go, Keira… elle fait peur. Je trouve qu’elle a l’air d’un piranha quand elle penche un peu la tête à droite, non ? Du coup j’ai peur que l’effet dramatique soit raté si elle fait ça… Ça a failli me faire rater Orgueil et préjugé, plus jamais ça.


La suivant dans les rayons, déambulant en prenant un DVD de temps en temps pour regarder la photo, Madeleine était à nouveau perdue dans ses pensées. Qu’aurait-elle donné pour vivre dans ce magasin, se cacher là entre deux rangées avec son écran et sa couette. Si travailler chez Best Buy avait donné le droit à des visionnages en avant première des dernières sorties DVD alors pour sûr elle aurait posé son CV pour arrondir ses fins de mois de manière très agréable. Mais elle était là comme cliente, il fallait peut-être qu’elle s’en souvienne et qu’elle se décide à acheter quelque chose. Lâchant le DVD de Hugh Grant elle reposa son regard sur la jeune fille qui attendant sceptique sa réponse.

    Haha jalouse de ma collection ? J’en suis assez fière ! Elle est si belle, toute rangée contre mon mur, mais il y en a encore tellement qui me manquent… Toujours, on n’en vient jamais à bout avec toutes ces sorties…


Son ton était tragique, comme s’il s’agissait d’une question de vie ou de mort. Accro aux films romantiques. Peut-être qu’il y avait un groupe pour les gens comme elle. On se retrouverait dans une paroisse, assis en cercle sur des petits tabourets en bois devant un écran de télévision minable. Chacun amènerait son DVD préféré, on en regarderait dix minutes avant de couper de manière abrupte au milieu d’une séquence essentielle du film et on décrèterait tous ensembles que c’était la dernière fois qu’on le regardait. Entre les films et les fringues, c’était un miracle qu’elle ne soit pas à découvert et à la rue. Même si elle ne l’admettrait jamais c’était un peu grâce à papa et ses documentaires terrifiants sur les sans domicile fixe de luxe du vendredi soir. Quand elle était petite, une fois par mois environ il la prenait sur ses genoux, lui demandait brièvement comment s’était passée sa semaine avant de la coller de force devant ces reportages où l’on pouvait voir l’avant-après des jet setteuses tombées dans les dettes. Elle ne saurait jamais si son père avait fait ça pour la dégoûter du shopping ou bien parce qu’il jugeait que c’était une activité familiale comme une autre et que ça pouvait être décompté du sablier « temps passé avec ma fille ». Toujours était-il qu’elle était suffisamment dégoûtée des problèmes financiers pour faire attention.

    Mais non je ne les ai pas, ni l’un ni l’autre. Peut-être que je me laisserais tenter par Prada, ça serait un moyen de rester en phase avec la période de vache mai… hum. Ooooh mais qu’est-ce qu’on a par ici ?


Non, il ne fallait pas trop se laisser aller. La naïveté de la surveillante avait ses limites, et confier à une des filles de Sue Sylvester qu’on était en galère financière c’était comme se promener dans le lycée avec un t-shirt « Slushez moi, j’aime ça » : suicidaire. Et puis il ne fallait pas rêver, ce n’était pas parce que la blondinette ne lui avait pas envoyé de remarque acerbe qu’elle avait cessé de la considérer comme une empêcheuse de tourner en rond. Pour s’empêcher de parler elle fit demi-tour pour se diriger droit vers un autre rayon en évitant de croiser son regard. La surveillante dérivait à nouveau vers le rayon des Bollywood quand son œil fut attiré par l’éclat d’une jaquette particulièrement jaune qu’elle avait laissé tomber sur le sol quelques instants plus tôt. Quelque chose d’aussi vif, cette graphie illisible, des lettres d’argent… Se jetant immédiatement sur le sol à genoux devant la pile de DVD éparpillés par sa faute la surveillante ramassa le coffret jaune vif pour le serrer contre elle.

    Vous l’aveeeeeeez ! Han ! Le coffret spécial avec le calendrier et l’enceeeens !


Voilà qui lui apprendrait à être méchante gratuitement ! C’était une rétribution du karma ! Si elle n’avait pas été désagréable avec cette pauvre vendeuse (presque) innocente, elle aurait tout de suite remarqué la présence de ce boîtier et elle aurait laissé tomber le coffret blanc qui l’obnubilait. La jeune femme se releva d’un coup pour se jeter sur la lycéenne et la serrer dans ses bras. Elle l’aurait volontiers embrassée, mais par un miracle certain elle parvint à se retenir et se contenta de très vifs remerciements, les yeux brillants de tant de joie.

    Merci. Vraiment, merci. Tu es super, super, super ! Si tu as un problème de retard ou d’absence un peu floue, surtout surtout n’hésite pas. Oh et je vais te prendre From Prada to Nada aussi, on ne va pas laisser perdre de si bons conseils.
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MessageSujet: Re: 07. This ain't a Bollywood drama, well maybe   07. This ain't a Bollywood drama, well maybe EmptyLun 5 Sep - 16:09

Je crois que c'était ça être lunatique. Ma mère me le reprochait souvent, si bien que je m'étais décidée, sur un coup de tête inattendu, à ouvrir le dictionnaire disposé dans le recoin de ma chambre dans lequel je ne m'aventurais jamais. Lorsque j'ai lu la définition du mot, qui comme je le pensais avait bien un rapport plus ou moins étroit avec la lune, j'ai tout de suite pensé que c'était ce qui la caractérisait le mieux elle. Elle était de ce genre de femme à enlacer son mari deux secondes avant de découvrir une tâche sur sa chemise et de l'incendier finalement. A mon avis elle ne cherchait que des prétextes sans arrêt pour s'énerver contre le monde entier. Un peu comme la surveillante quelques instants plus tôt. Mais cette dernière n'était plus la même récemment. Elle avait troqué sa panoplie de cliente hystérique contre celle de cliente un peu trop enthousiaste. Son enthousiasme était tellement éclatant qu'il parvenait à altérer mes sens. Je ne l'écoutait que partiellement, je ne la voyais que partiellement... du reste il ne me semblait pas que mes autres sens m'étaient d'une grande utilité pour mon travail. Hormis lorsque l'odeur trop abondante de parfum dont se recouvraient les dames âgées venait insulter mes narines ou lorsque la proximité d'un homme bien en chair permettait à ses effluves corporelles de parvenir jusqu'à moi. Le métier de vendeuse était un métier à risque, qu'on se le dise.

Et la voir aussi attentive me rappelait forcément ma jeune soeur qui, sans arrêt, faisait semblant de s'intéresser à ce que je disais alors que tout ce qu'elle voulait c'était que je lui refile son argent pour qu'elle se taise enfin. Pendant un instant je voyais sa tête, ses yeux de fouine qui me fixaient avec malice, mais la voix ne correspondait pas. Je secouai la tête, apparemment aussi folle que la femme qui se dressait devant moi. Je ne pus m'empêcher de noter la remarque assez piquante à propos de Keira Knightley et j'étouffai un rire. Oh oui, c'était exactement le genre de remarques que pourrait proférer un groupe de Cheerio assis sur un banc. Ne pas croire qu'elles étaient là en toute innocence, jamais. Les Cheerios n'étaient jamais innocentes, pas même à l'époque où elles foulaient encore le sol du Club de chasteté. Néanmoins j'avais du mal à visualiser la ressemblance avec un piranha. Elle était plutôt jolie. Assez pour jouer dans un film et faire de la pub pour des grandes marques, du moins. Au lycée, personne ne cracherait sur une tête de piranha pareille. C'était un atout majeur. "De toute façon Keira joue un rôle secondaire vicieux dans ce film, la performance de Carey est plus remarquable." dis-je néanmoins pour la convaincre. C'était vrai que Keira faisait peur dans ce film, comme si elle était maquillée de façon à paraître pitoyable à l'écran. Ou peut-être n'était-elle pas maquillée, justement ? Comme Camelia, la nièce du Principal, sur la photo publiée par Gossip Glee.

Je souris à sa remarque. Pour une fois, je me surprenais à ne pas esquisser ce genre de sourire hypocrite dont j'avais le secret. Cette femme était plutôt le genre de personnes que je pourrais apprécier. Et opportuniste comme j'étais, je voyais dans sa prétendue collection une véritable occasion de sympathiser tant qu'il en était encore temps. Je ne doutais pas qu'elle n'égalait pas la mienne, mais sait-on jamais. Je reconnaissais parfaitement cette pointe de mélancolie dans sa voix. C'était vrai qu'on en venait jamais à bout. Et aussi pathétique cela puisse paraître, j'utilisais au moins le tiers de mon salaire mensuel dans l'achat de ces disques que je pouvais pourtant si facilement pirater, comme tous les adolescents de mon âge. Mais non, j'avais besoin d'éprouver cette sensation de possession, d'être rassurée, et de me dire que je l'avais mérité, après tout. Au final il m'arrivait de ne regarder un film qu'une seule fois avant de l'enfermer dans mon placard. J'étais même persuadée de posséder des films dont je n'avais plus aucun souvenir. Et parfois je me voyais, assise sur mon lit jonché de DVD, le regard évasif, me maudissant d'être si faible. Si je revendais tout, j'étais certaine de pouvoir assurer des repas familiaux copieux pendant au moins 2 semaines. D'ailleurs, je soupçonnais ma mère d'utiliser l'excuse de jeter ma collection simplement pour pouvoir profiter elle-même de cet argent. Mais c'était hors de question. Cet argent me servirait à m'échapper de cette ville. C'était ma porte de sortie.

J'avais un peu de mal à suivre la surveillante qui, en plus de parler sans cesse, gigotait dans tous les sens. Je me demandais d'ailleurs pourquoi je la suivais, après tout. Elle semblait comblée à la vue de tous ces boitiers, si bien que sa crise d'hystérie me paraissait de moins en moins légitime. Mais ce à quoi je ne me serais jamais attendue, c'était à ce qu'elle me prenne dans ses bras dans un élan de joie. Dans deux minutes elle finirait par se dire que c'était totalement déplacé, mais sur le moment elle avait l'air d'apprécier. Pendant l'étreinte, j'esquissai un rictus étrange, un curieux mélange de gêne face aux passants et de mépris. Pas de toute, être lunatique c'était ça. Et je ne l'étais absolument pas. Ma mère n'aurait qu'à se racheter un dictionnaire. "De rien, vraiment. Contente d'avoir pu vous aider." rétorquai-je alors qu'elle m'enlaçait. Il semblait que j'avais fait une sérieuse affaire : elle repartait avec 2 DVD et j'avais une alliée au sein de l'administration du lycée. Enfin, c'était un grand mot vu comment j'avais dénigré son métier, mais je ne négligeais aucune opportunité. "J'y penserai, soyez certaine. Je vous dis à très bientôt et bonne journée." dis-je enfin en feignant m'intéresser à un autre client. Non pas que sa présence était désagréable, quoique légèrement irritante, mais il y avait (mal)heureusement d'autres clients.

Et la journée ne faisait que commencer.

[Terminé]
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