Choriste du mois


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 07. Conseillère et désorientation

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MessageSujet: 07. Conseillère et désorientation   Dim 7 Aoû - 11:01

Il y a toujours une solution pour chaque problème, et s’il n’y a pas de solution, eh bien c’est qu’il n’y a pas de problème. Voilà le genre de conseil que l’on reçoit lorsqu’on regarde la chaîne de développement personnel la nuit. Madeleine adorait regarder la télévision. Les films tout particulièrement, mais aussi les reportages animaliers et les émissions de pseudo télé-réalité dans lesquelles des gens malheureux comme les pierres, laids et stupides deviennent éligibles à l’élection de Miss Monde en une semaine. Elle trouvait que les transformations chez toutes ces personnes complètement désespérées étaient remarquables bien sûr, mais ce qui la fascinait surtout c’était leurs aspirations. Les rêves que ces inadaptés sociaux parvenaient à entretenir pendant suffisamment longtemps pour attendre que le milliard de coups de téléphone surtaxés qu’ils passaient pendant des années à la chaîne privée qui diffusait l’émission paye. Comment pouvait-on naître avec une face de grenouille et un corps de hyène et rêver de devenir mannequin pour Victoria’s Secret ? Pour une jeune femme qui était née dans les bonnes grâces de la nature tout ceci était un mystère aussi impénétrable que celui de la naissance de l’univers. La jolie blonde avait toujours eu ce qu’elle voulait, à peu de choses près. Jamais elle n’avait été confrontée aux regards méprisant des gens, jamais elle n’avait été une bête curieuse, jamais son corps ou son esprit ne lui avaient fait défaut. Alors lorsqu’elle voyait Cunégonde, 54 ans, vierge, femme à barbe, passer à la télévision pour réaliser son rêve de faire un défilé de mode, elle ne pouvait que rester songeuse. Est-ce que c’était ça, avoir un rêve ? Avancer vers un objectif envers et contre tout ? Néanmoins ces questions ne la préoccupaient que le temps de la publicité entre deux programmes, ou bien lorsqu’elle faisait bouillir une casserole d’eau, guère plus.



Mais c’était sans compter sur son nouveau meilleur ami, le principal Figgins, qui décidément aimait se mêler de ce qui ne le regardait pas. Quelques jours plus tôt elle avait été convoquée dans son bureau sans raison apparente. Une convocation en fin de journée, sans qu’elle ne trouve de raison dans son attitude des derniers jours, tout ceci lui avait paru très louche. La surveillante s’était mise à penser à toutes les possibilités qui auraient pu lui valoir un tel rendez-vous impromptu : il avait découvert le pot aux roses concernant les tours de garde qu’elle ne faisait jamais le soir ? ou bien quelqu’un lui avait parlé de son trafic de papiers administratifs pendant les heures de colles ? sinon était-ce un retardataire qui avait vendu sa peau pour sauver la sienne ? En réalité les raisons ne manquaient pas de se faire renvoyer sans autre forme de procès, ou bien de recevoir un blâme — si tant est que les membres du personnel puissent en recevoir — et de se faire suspendre pour quelques jours sans solde. Toutefois jusqu’à présent Mad avait eu de la chance, et elle avait su se faufiler entre les mailles du filet, parfois de justesse, mais s’en tirant toujours avec plus ou moins de grâce. Ses inquiétudes s’envolèrent immédiatement lorsqu’elle fut accueillie avec un grand sourire et une poignée de main chaleureuse. Mais qu’est-ce qu’il pouvait bien lui vouloir ? La réponse n’allait pas tarder à arriver. Et on se serait cru dans une de ces fameuses émissions de développement personnel.

    Quels sont vos rêves mademoiselle Wild ? Je sais que le lycée McKinley est un peu votre maison et que votre travail de surveillante se passe bien, dans l’ensemble, mais vous ne suivez pas de carrière universitaire en parallèle. Vous ne prenez pas de cours du soir, vous n’avez pas de diplôme. Est-ce que vous ne pensez pas que vous devriez reconsidérer un peu votre choix professionnel ? Bien sûr je ne vous mets pas à la porte et vous êtes la bienvenue, mais vous devriez aller voir Miss Pillsbury, notre conseillère d’orientation, elle saurait vous aider dans vos décisions concernant l’avenir.


Peut-être qu’il avait abusé de ce genre de programmes, parce que s’il s’attendait à une mine réjouie, puis à de grosses larmes d’émotion roulant sur les joues roses de la jeune femme, ses attentes allaient être déçues. Madeleine ne put retenir une moue dégoûtée devant un discours aussi plat et tout fait qu’il aurait pu sortir à n’importe lequel de ses élèves. Qu’est-ce que ça pouvait bien lui faire ce qu’elle voulait devenir ? Ce n’est pas comme si son salaire le ruinait au point de vouloir la faire passer en temps partiel. Alors pourquoi la renvoyer sur les bancs de la fac ? Sa vie n’était certes pas palpitante ni animée par l’espoir de devenir un jour une grande actrice comme sa mère aurait tant voulu, mais de là à dire qu’elle était comme tous ces losers caractérisés en manque chronique d’attention, Mad était blessée dans son orgueil. Elle n’avait pas la moindre envie de penser à son avenir en ce moment, et ce n’était très certainement pas sur les conseils de Figgins qu’elle allait s’y mettre. Remplaçant sa grimace par un large sourire, elle accepta d’une voix douce de prendre rendez-vous avec la conseillère qu’elle irait voir dès le lendemain matin. Mais s’il espérait des résultats miracles de cette petite discussion entre filles, il pouvait se brosser. Madeleine savait déjà que ce rendez-vous allait être un grand moment. Elle ne connaissait la Pills que de nom, et bien sûr elle avait entendu parler d’elle et de sa réputation, ce qui en faisait une cible idéale pour une petite blague bon enfant qui en plus de la venger de Figgins et de ses idées saugrenues, la ferait beaucoup rire.



Et voilà comment la jeune femme faisait claquer ses chaussures à talons dans le couloir de l’administration à 10h30 ce matin-là. Un large sourire malicieux figé sur les lèvres, elle savait déjà que ce qui allait se passer dans ce grand bureau aux vitres impeccablement faites n’avait rien à voir avec son futur professionnel, loin de là. Remontée comme jamais Madeleine était prête à en découdre avec la rousse, fameuse dans tout le lycée pour ses obsessions ménagères maladives et sa grande naïveté. Toquant à la porte, elle entra sans attendre de réponse, prenant l’air le plus angélique qu’elle se connaisse pour venir s’asseoir en face de la jeune femme qui se tenait droite comme un i dans son fauteuil, arrangeant une dernière fois les papiers disposés sur sa table et lui rendait son sourire à la puissance 10 000 volts. Emma Pillsbury à nous deux, vous allez regretter de m’avoir fait venir dans votre antre. À peine était elle installée dans le siège qu’on lui avait indiqué que Madeleine se relevait et faisait le tour de sa chaise pour tirer légèrement le fauteuil voisin en faisant un signe de main, comme pour inviter une tierce personne à s’installer. Puis retournant à sa place, la blonde se retourna de nouveau vers Emma, toujours aussi souriante, s’apprêtant à parler, elle s’interrompit elle-même en dirigeant son regard vers le siège vide.

    Ah non Jérémiah tu te tiens tranquille s’il te plaît, je t’ai déjà répété un million de fois qu’on ne coupe pas la parole aux gens. Je t’ai amené avec moi voir Miss Pillsbury parce que nous avons des choses à lui dire, mais si c’est pour faire le mariole et me déconcentrer c’est pas la peine.


Une fois qu’elle eut bien grondé cet ami imaginaire qu’elle venait de faire asseoir à ses côtés, la jeune femme se remit face à la conseillère, sans ciller, puis repris sur le même ton exaspéré :

    Je suis vraiment désolée, il est intenable en ce moment, et puis je pense qu’il est impressionné de vous voir en vrai, vous comprenez. Tout le monde parle de vous dans le lycée, alors quand je lui ai dit que j’avais rendez-vous avec vous il a insisté et insisté encore pour que je l’emmène. Ça ne vous dérange pas j’espère ? Ce n’est pas comme si c’était confidentiel de toute façon, et puis c’est moi qui parle pas vrai ! Alors, par quoi on commence ?


Se retournant alternativement vers le siège vide et la conseillère de l’autre côté du bureau Madeleine jubilait d’avance de voir la réponse qu’elle lui ferait.



Dernière édition par Madeleine Wild le Lun 5 Déc - 10:29, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: 07. Conseillère et désorientation   Lun 22 Aoû - 5:32

Une lumière s’alluma, bientôt suivie d’une seconde, puis progressivement l’ensemble de la pièce se trouva inondée sous la chaleur des néons fluorescents. Emma plissa les yeux, désorientée par cette clarté soudaine qui l’avait prise par surprise. Où était-elle ? Ses grands yeux bruns détaillèrent la pièce inconnue et surtout ses murs sombres sur lesquels quelques inscriptions avaient été gravées à l’aide d’un couteau, semblait-il. Elle fit quelques pas en avant afin de pouvoir lire ces phrases qu’elle ne parvenait pas à discerner de la place où elle se tenait. Le bruit de ses pas réguliers résonna en écho dans la pièce tandis qu’elle s’approchait doucement de la paroi la plus proche, celle qui se trouvait à sa gauche. Elle pouvait désormais lire sans grande difficulté les phrases, mots ou simples lettres qui avaient été tracés sur les murs. Ici, étaient inscrites les lettres W et E. Un peu plus haut se trouvaient les paroles d’une chanson : lights will guide you home. Emma fronça les sourcils, reconnaissant que ces mots lui étaient familiers, mais ne sachant pas d’où elle tenait une telle impression. Levant doucement son bras droit, elle suivit du bout des doigts les mots qui se détachaient ici et là. Son regard rencontra un nouveau mot : Madonna. Puis un autre, juste en dessous… Wonderwall.
Emma écarquilla soudainement les yeux, comprenant enfin que tous ces mots qu’elle distinguait avaient un rapport avec elle. Au moment où elle sentit une vague d’inquiétude la submerger, elle sentit une main se poser sur son épaule. Se figeant sur place, Emma n’osa plus esquisser le moindre geste. Elle sentit la main étrangère glisser sur son épaule, puis sentit un souffle lui chatouiller la peau. La peur au ventre, elle étouffa un cri, trop effrayée et paniquée pour le laisser s’échapper. « Emma » Entendit-elle, alors que la main se retirait finalement de son épaule. Elle ferma les yeux une seconde, essayant de calmer l’angoisse qui la consumait entièrement. Prenant son courage à deux mains, elle tourna lentement les talons et après quelques nouvelles secondes d’indécision, ouvrit finalement les yeux. Un regard vert et pétillant l’observait fixement et un sourire étirait les lèvres de l’inconnu, qui était en fait bien loin de l’être. « Emma » Répéta-t-il, tout en approchant son visage du sien. « Will ? »

*

« WILL ? » S’écria Emma, se redressant soudainement sur son lit. La respiration haletante, elle répéta le prénom plusieurs fois quand elle se rendit compte que la pièce dans laquelle elle se trouvait désormais était plongée dans l’obscurité. Tentant de reprendre son souffle, la jeune femme passa une main sur son front humide et écarta quelques mèches rousses qui s’étaient collées à ses joues tout aussi fiévreuses. Lorsqu’elle sentit les battements de son cœur reprendre un rythme régulier, Emma tourna doucement le visage vers son réveil, qui annonçait qu’il était seulement cinq heures du matin. Se prenant la tête entre les deux mains, la conseillère tenta de se persuader qu’elle était bien de retour à la réalité, et qu’elle ne rêvait plus. Pour en être certaine, elle pinça la peau de sa main droite et ne fut rassurée que lorsqu’elle ressentit une brève douleur. Tout cela n’était donc qu’un rêve. Rêve qui fut pourtant si poignant que la jeune femme eut bien du mal à s’en convaincre et passa les minutes suivantes dans la même position. Finalement, elle se pencha doucement vers la table de chevet installée à côté de son lit, et du bout des doigts, alluma la petite lampe. La lumière lui brûla aussitôt les yeux, et elle enfouit immédiatement son visage dans son oreiller.

Les questions sans réponse se bousculaient dans sa tête. Qu’était censé signifier ce rêve étrange ? Elle avait pris comme habitude d’analyser tous les rêves qu’elle faisait, lorsque toutefois elle se les remémorait. D’habitude, ceux-ci n’avaient absolument rien de spécial. Parfois, elle rêvait simplement de son bureau à McKinley voire de ses collègues. Dans le pire de ses cauchemars, elle se voyait généralement poursuivie par un monstre géant et immonde, fait de poussière, qui lui hurlait dessus avec une voix qui ressemblait à s’y méprendre à celle de Sue Sylvester. La plupart du temps, elle parvenait à se réveiller et restait alors un long moment installée sur son lit, à se convaincre que tout cela n’avait rien de réel. Cette fois, pourtant, c’était différent. Elle avait vraiment eu l’impression de sentir ce souffle sur sa peau, de se laisser submerger par la terreur. Puis, le soulagement lorsqu’elle avait reconnu ces prunelles si familières, et cette nouvelle sensation, inconnue, qui l’avait atteinte.
Secouant la tête d’un air confus, Emma roula sur le flanc et découvrit de nouveau l’heure affichée sur le réveil disposé près de son lit. Cinq heures dix-sept. Passant une main délicate sur ses yeux embrumés, elle fut aussitôt dégoutée par la sueur qui perlait encore sur sa peau.
« Mon Dieu, j’ai vraiment besoin d’une douche » Chuchota-t-elle pour elle-même, avant de se lever et de se diriger d’un pas trainant vers sa salle de bain.

*

Droite comme un piquet, la conseillère d’orientation de McKinley avançait à pas légers dans les couloirs du lycée, ne prêtant pas la moindre attention aux visages et sourires qui se succédaient et qu’elle ne reconnaissait plus. La main crispée sur la lanière de son sac, elle était plus tendue que son visage neutre ne le laissait paraitre. Le rêve qu’elle avait fait la nuit même la hantait toujours, et ne pas en comprendre la signification l’agaçait au plus haut point. Arrivant finalement devant la porte de la salle des professeurs, elle remercia d’un sourire discret un professeur qui lui ouvrit la porte et la laissa passer devant en parfait gentleman. Emma leva son regard brun et se mit enfin à dévisager les personnes qui se trouvaient de part et d’autres de la pièce. Lorsqu’elle reconnut des bouclettes familières, au loin, elle sursauta soudainement. Will, de dos, était en train de se faire un café. Son rêve revenant aussitôt à la surface, Emma ouvrit de grands yeux ronds comme des billes et fit demi-tour, prenant les jambes à son cou. Alors qu’elle se dirigeait consciencieusement vers son propre bureau, Emma ne parvint pas à retrouver le fil de ses pensées, tant elle ne parvenait à se défaire de cette impression étrange. Soupirant de soulagement en voyant son bureau apparaitre au bout du couloir, la jeune femme se précipita vers celui-ci avant de s’y engouffrer et de claquer la porte derrière elle. Après avoir accroché son manteau à l’un des crochets du porte manteau, la conseillère déposa son sac près de son bureau puis s’installa derrière celui-ci. Jetant un coup d’œil furtif à sa montre, elle se remit à respirer normalement : elle avait au moins quatre heures devant elle avant le déjeuner ; quatre heures durant lesquelles elle pouvait compter sur son travail pour l’occuper suffisamment pour ne pas se laisser de nouveau troubler par un rêve étrange. Quatre heures… espérons que la matinée soit pleine de rebondissements et lui permette d’écarter certaines pensées délicates de son esprit.

*

Lorsque l’on frappa à la porte de son bureau, Emma sursauta si violemment qu’elle fit renverser le verre qu’elle tenait entre ses mains. Décidemment, ce n’était pas son jour ! Ne jetant pas un seul regard à la personne qui n’attendit pas sa réponse pour ouvrir la porte de son bureau, la jeune femme fixa d’un œil critique la surface lisse de son bureau, à la quête de la moindre goutte d’eau qui aurait pu se déverser. Soulagée quand elle se rendit compte que tout était en l’état, Emma redressa le verre sur la table et parvint à retrouver une certaine contenance en faisant mine de ranger quelques papiers. Levant enfin son regard vers le sujet d’une telle confusion, Emma leva les sourcils de surprise en reconnaissant Madeleine Wild, la surveillante que tout le Monde surnommait Mad, à McKinley. Se rappelant que Figgins lui avait demandé d’accueillir la surveillante afin de parler « avenir », Emma adressa un sourire à Madeleine que celle-ci lui rendit presque aussitôt. « Bonjour… » Commença la conseillère tandis que la jolie blonde fit mine de prendre place sur son siège avant de se lever aussitôt de celui-ci. Madeleine fit le tour de son siège d’un air circonspect, puis tira la seconde chaise et fit un signe de la main qu’Emma ne comprit pas. Finalement, la jeune femme retourna sur son siège, comme si de rien n’était. Bien que légèrement incrédule, la conseillère n’en perdit pas pour autant son sempiternel sourire et s’apprêta à écouter les paroles de Madeleine. Cette dernière, décidemment lunatique, en décida autrement et après lui avoir adressé un bref coup d’œil, se tourna vers la chaise qu’elle venait de tirer, tout en prononçant un discours tout à fait incompréhensible à une personne imaginaire qui semblait installé sur la chaise voisine.

Fronçant les sourcils, Emma ne savait plus vraiment quoi penser de la situation. « Hm… » Fit-elle doucement, tandis qu’elle essayait de comprendre ce qu’une telle attitude pouvait signifier. Ses doigts se mirent à jouer avec un stylo alors que son regard scrutait toujours celui de la surveillante qui, au premier abord, semblait avoir complètement perdu la tête. L’intéressée se redressa justement sur son siège et s’excusa, lui parlant de cette personne « Jérémiah » qui était selon elle intenable. Elle ajouta que ce fameux garçon avait insisté pour l’accompagner, et lui demanda si cela la dérangeait. Emma en resta quelques secondes pantoise, stupéfaite par ce qu’il venait de se passer. Elle n’avait jamais connu telle situation, à vrai dire. Elle essaya de se souvenir de ce que l’on pouvait bien dire au sujet de Madeleine Wild, au lycée. Elle se souvint qu’une de ses élèves lui avait un jour dit que cette « surveillante écervelée » était tout à faire « incompétente » et semblait « tout droit sortie d’une mauvaise comédie, voire d’un centre psychiatrique ». Emma arqua un sourcil, et tentant de gommer ces souvenirs de son esprit, décida de reprendre tout depuis le début. « Hm… Non, bien sûr, ça ne me dérange pas » Dit-elle d’un ton prudent tout en esquissant un sourire. « Qui est donc cet… ami ? » S’enquit-elle, sans toutefois se départir de son sourire et de sa moue enthousiaste. Se raclant finalement la gorge, la conseillère annonça d’un ton joyeux : « En tout cas, je suis contente que vous soyez venue. Le principal Figgins m’a dit que vous souhaitiez me voir à propos de votre avenir, c’est exact ? Et bien sachez que je suis à l’écoute… Je suis là pour ça, après tout. Oh et n’hésitez pas s’il y également d’autres sujets que vous voudriez aborder ». La jeune femme posa son regard sur la chaise vide qui voisinait celle de la surveillante d’un air significatif.
Finalement, cette matinée s’annonçait bel et bien pleine de rebondissements. Son rêve bien loin de ses présentes pensées, Emma soupira légèrement tout en reportant toute son attention sur Madeleine Wild qui l’observait, tout sourire.
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MessageSujet: Re: 07. Conseillère et désorientation   Sam 27 Aoû - 16:28

Déjà en se réveillant, il y avait eu ce signe divin — ou plutôt radiophonique, qui lui avait dit de ne pas se lever, de rester dans le fond de son lit, de se faire porter pâle pour repousser l’échéance de ce maudit rendez-vous que Figgins lui avait fixé. Elle s’était levée en chantonnant la chanson qui passait sur Lima FM :

Today I don't feel like doin' anything
I just wanna lay in my bed
Don't feel like picking up my phone
So leave a message at the tone
Cuz today I swear I'm not doin' anything
En se brossant les dents assise sur le comptoir de sa petite cuisine à côté de l’évier elle réfléchissait à ce qu’elle pourrait jouer comme tour à la conseillère d’orientation. Ce n’était pas comme si elle avait quelque chose contre elle en particulier, et d’ordinaire elle ne s’en prenait pas à plus faible qu’elle, mais la tentation était trop grande. Et puis rien ne lui disait qu’elle était plus faible qu’elle ! Peut-être que derrière ces airs de schtroumpf joyeux se cachait un véritable démon de la répartie qui l’enverrait au tapis en trois répliques !

Today I don't feel like doin' anything
I just wanna lay in my bed
Don't feel like picking up my phone
So leave a message at the tone
Cuz today I swear I'm not doin' anything
Nothing at all
Woohoo woohoo hoo ooh ooh
Nothing at all
Woohoo woohoo hoo ooh ooh
Elle avait fini la chanson en fermant sa porte à clef se dirigeant vers l’arrêt de bus. Il n’était un secret pour personne que Mad Wild était une folle sauvage, on n’aurait pu rêver d’un meilleur nom pour elle. Même si elle refusait d’admettre qu’elle était différente, la jeune femme savait se rendre à l’évidence : il y avait peu de personnes capables de tenir une conversation à voix haute avec un être fait de rêves. Certains appelaient ça schizophrénie, pour elle ce n’était qu’un moyen comme un autre de se faire de la compagnie et en aucun cas une maladie. Depuis qu’elle était toute petite elle avait eu recours à ces « amis imaginaires » pour discuter de ses problèmes. Ce n’était pas avec sa mère qu’elle allait se lancer dans de grandes discussions sur ses problèmes personnels, et son père n’était jamais là, et quand il faisait effectivement acte de présence dans la demeure familiale ce n’était que pour se plaindre de la difficulté de son travail et de l’ingratitude de sa mère qui trouvait encore le moyen de se plaindre de son sort. Inscrite dès la maternelle dans des cours de théâtre et de chant pour développer son talent et en faire une star, elle s’était toujours méfiée de ses camarades que sa mère aimait appeler « ennemies » ou « rivales ». Il ne restait pas grand monde à qui parler des choix à faire dans sa vie…

Sa première amie imaginaire s’appelait Ana Lucía, en réalité elle était le portrait de la véritable Ana Lucía, 8 ans, qui jouait le rôle principal dans la pièce de fin d’année. Madeleine était trop jeune à l’époque pour se rendre compte que ce n’était qu’un moyen de projeter ses fantasmes d’amitié et qu’elle aurait mieux fait de laisser l’imaginaire de côté pour faire le premier pas et aller parler à la petite fille en chair et en os. À partir de ce moment-là, elle avait reproduit le même schéma encore et encore, chaque fois qu’elle était confrontée à l’inconnu, elle se rassurait en s’imaginant un nouvel ami ayant toutes les qualités requises pour la conseiller et guider ses choix. On aurait pu croire qu’elle ne parvenait à rien en ne prenant jamais d’avis extérieur, mais elle était suffisamment futée pour se remettre elle-même en question à travers ces avatars un peu fous qui peuplaient son monde et sa vie était bien rôdée de cette manière.

C’était en interrogeant Chad que l’idée lui était venue : mettre en scène sa propre folie. Voilà qui lui vaudrait définitivement un prix d’interprétation aux prochaines festivités de McKinley. Elle savait que Jeremiah, conseiller ès problèmes administratifs, ne serait pas loin d’elle quoi qu’il arrive alors pourquoi ne pas s'en servir. Ce n’était pas comme si elle se forçait à imaginer des gens autour d’elle, après 15 ans passés à chercher de l’aide dans un monde qui n’appartenait qu’à elle c’était devenu un réflexe. Quand elle était petite fille il lui arrivait de parler à voix haute à ces ombres, sans conscience du jugement que les autres pourraient avoir sur ce genre d’attitude, mais quand ses parents l’avaient menacée d’aller chez un psychologue si elle ne cessait pas immédiatement ses bêtises, la petite Madeleine avait immédiatement compris qu’il fallait tenir sa langue. Mais maintenant qu’elle était dans le bureau de la psychologue, ou conseillère, du pareil au même pour elle, pourquoi s’en priver ? Qu’y avait-il de mal à parler à des gens qui partageaient tout de son intimité et de ses pensées sous prétexte qu’ils n’avaient pas la chance d’avoir un corps ?
Affichant toujours le même sourire imperturbable face à la mine visiblement stupéfaite de Miss Pillsbury la surveillante pencha doucement la tête feignant l’incompréhension :
    Eh bien… je viens de vous le dire non ? Jeremiah ! Mais c’est gentil de bien vouloir le recevoir en même temps que moi. Il est plutôt du genre discret, du genre qu’on ne voit pas dans les couloirs, vous comprenez ? Donc pour lui prendre un rendez-vous ça aurait été trop difficile. C’est un grand timide au fond, il se fait tout petit en priant pour qu’on ne le remarque pas, et je crois que s’il pouvait être invisible il serait ravi. Oh ça ne sert à rien de rougir maintenant Jimmy, mademoiselle est conseillère, c'est son métier d'écouter les gens.

La blonde s’arrêta à la fin de sa phrase pour pousser un long soupir et se mordre la lèvre inférieure. Elle avait envie de rire. Elle aurait laissé éclater son fou rire mais ça aurait gâché tout le plaisir de sa petite comédie bien trop tôt, il fallait qu’elle tienne. Regarde un peu Catherine Wild si ta fille n’est pas bonne actrice. Remettant ses mèches de cheveux en désordre derrière ses oreilles et réajustant sa jupe courte sur ses genoux croisés elle écoutait la proposition de la conseillère qui malgré la surprise restait imperturbablement professionnelle, ce qui en un sens forçait le respect de Mad qui l’avait sous-estimée sur ce point. Alors comme ça Figgins avait osé faire croire qu’elle était là de son plein gré ? Mieux : elle souhaitait discuter de son avenir ? À cette remarque la jeune femme lâcha un petit pouffement de rire. Décidément Emma Pillsbury n’avait aucune idée des véritables raisons qui l’avaient amenée dans son bureau.
    Ha… Euh oui, oui tout à fait, mon avenir. Parce que je ne peux pas rester surveillante toute ma vie, ce serait, comment on dit déjà…

Se retournant vers la chaise vide en faisant le moulin avec ses mains en direction de son ami imaginaire comme pour l’inviter à l’aider, elle cherchait les mots les plus adéquats pour piquer la curiosité de la femme assise de l’autre côté du bureau assistant à son grand numéro.
    Mais non pas hypothéquer mon avenir, ça ne veut rien dire hypothéquer son avenir ! Est-ce que tu as vu un toit au-dessus de ma tête ? Tu crois que l’huissier va venir faire une saisie de neurone si je ne me dépêche pas de choisir ?

Revenant à nouveau vers Emma en levant les yeux au ciel elle reprit sur un ton agacé en jetant de temps à autre un regard furieux à côté d’elle :
    Ouais je n’aurais peut-être pas dû lui permettre de venir en fait, il ne m’est vraiment d’aucun secours… Non mais vous l’entendez parler. Hypothéquer mon avenir. Pff. Non je voulais plutôt dire que ce serait dommage de rater une carrière qui requiert un corps jeune, quelque chose comme danseuse par exemple !
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MessageSujet: Re: 07. Conseillère et désorientation   Lun 12 Sep - 6:30

Ses grands yeux bruns dévisageant le visage angélique de son interlocutrice, Emma Pillsbury s’interrogeait toujours sur ce qu’il venait de se passer à l’instant, sous ses yeux. Le regard sérieux de Madeleine ne trahissait pas la moindre trace d’ironie ou de plaisanterie, et la neutralité de ses traits prenait la conseillère au dépourvu. Fronçant les sourcils tout en essayant de trouver un sens à cette mise en scène des plus étranges, la jeune femme inclina légèrement son visage avant de poser son regard médusé sur la chaise vide qui voisinait celle de la surveillante. De toutes les choses qu’elle avait pu connaitre, de tous les cas auxquels elle avait été confrontée au fil des années passées à McKinley derrière ce même bureau, elle n’avait jamais connu un cas similaire. La folie était une chose subjective, ou tout du moins l'était-elle selon le point de vue de la conseillère d’orientation. Peut-on dire de cet homme qui marche dans la rue tout en parlant tout seul, qu’il est fou ? Ou de cette femme agitée qui jette sans arrêt des coups d’œil alarmés par-dessus son épaule, qu’elle est folle ? Emma avait eu droit à de nombreux cours sur la folie dans le cadre de ses études de psychologie, et n’avait pourtant jamais obtenu une réponse nette et précise à ces questions pour la simple et bonne raison qu’il n’y en avait aucune. A bien des égards, elle-même aurait pu être considérée – et en réalité, l’était sûrement – comme une folle, avec ses manies et cette façon qu’elle avait de se laver les mains toutes les deux minutes. Peut-être était-ce la raison pour laquelle elle avait préféré considérer la question de la folie comme subjective. Parce que cela lui donnait une bonne raison de ne pas étudier son propre cas. Se dire que la folie était une chose courante, aléatoire, dont on ne pouvait pas en mesurer l’importance, était bien plus réconfortant pour elle.

Et pourtant, la voilà qui se trouvait face à Madeleine Wild qui, il fallait l’avouer, semblait ne pas avoir toute sa tête, à parler de cette façon à une sorte d’ami imaginaire. A côté, même Emma semblait banale avec son obsession pour les germes. Les sourcils arqués au-dessus de ses grands yeux bruns ahuris, la jeune femme finit par se redresser sur son siège, se disant que la jolie blonde finirait peut-être par retrouver la raison afin qu’elles puissent avoir une conversation censée sur l’orientation de cette dernière. Au moment où cette pensée chargée d’espoir traversa l’esprit de la conseillère, un sourire placide se dessina sur les lèvres de la surveillante qui semblait parfaitement à l’aise dans ce bureau. D’un air spontané et enthousiaste, elle lui expliqua alors que son ami s’appelait Jeremiah et qu’elle était heureuse qu’elle ait accepté de le recevoir. Emma acquiesça d’un air approbateur, en dépit du fait que ces paroles n’avaient absolument aucun sens pour elle, puisqu’elle ne voyait toujours pas de qui la surveillante voulait bien parler. Ses yeux se plissèrent tandis qu’elle fixait la chaise vide, en vain. Elle ne put toutefois s’empêcher de sourire tout en posant de nouveau son regard brun sur Mad – qui, décidemment, portait bien son nom – lorsque celle-ci lui expliqua que le fameux Jeremiah rêverait d’être invisible. Posant une main devant ses lèvres afin de dissimuler le sourire qui venait de s’y installer, Emma tenta de reprendre son sérieux puisque son hilarité ne semblait pas partagée. En effet, la surveillante face à elle semblait croire dur comme fer à ses propos.

Cependant, le sourire d’Emma ne tarda pas à s’effacer lorsque cette révélation s’imposa à elle : Madeleine était on ne peut plus sérieuse, elle ne plaisantait pas. A moins qu’elle ne soit une excellente actrice, une idée qui effleura à peine l’esprit de la conseillère. La jeune femme s’enfonça dans son siège, le regard toujours rivé sur cette surveillante pleine de surprise. Il était bien loin, ce rêve qui l’avait réveillée au beau milieu de la nuit et qui la hantait encore cinq minutes auparavant ! Emma s’éclaircit la gorge et retrouvant son professionnalisme, elle décida de creuser un peu plus cette histoire d’ami imaginaire. « Je vois » Dit-elle tout en hochant la tête, même si de toute évidence elle ne comprenait pas grand-chose à ce qu’il se passait, ne voyant ni logique à ce discours, ni ce terrible Jeremiah qui semblait bel et bien invisible. Voire tout droit sorti de l’imagination de son interlocutrice. « Eh bien, je suis ravie d’accueillir votre ami… Jeremiah. A vrai dire, je ne l’avais jamais croisé auparavant ! Moi qui pensais connaitre tous les élèves de ce lycée… ». Emma esquissa un sourire et lança un regard entendu à Madeleine. « A moins qu’il ne fasse pas partie du lycée ? Ça fait longtemps que vous vous… ehm, connaissez ? ». En réalité, Emma avait vraiment envie d’aider Mad concernant son avenir, mais ce qu’il se passait l’intriguait tellement qu’elle ne put s’empêcher de poser sa question. Et puis, s’il s’avérait que la surveillante avait un véritable problème, un problème qui l’empêcherait d’exercer correctement son travail, elle se devait d’en référer à Figgins. Après tout, Madeleine passait ses journées en compagnie d’adolescents…

De nouveau, une scène étrange se joua sous les yeux de la conseillère. Alors qu’elle semblait enfin s’orienter vers une discussion plus sérieuse concernant son avenir, Madeleine se retourna vers la chaise vide à ses côtés tout en jetant un regard las à son voisin imaginaire, le réprimandant. Comme s’il venait de faire un commentaire qui, bien sûr, échappa complètement à Emma. Cette dernière observait Mad et la chaise vide à tour de rôle, comme si elle suivait un match de tennis alors qu’en réalité, elle était complètement perdue et dépassée par les événements. Et quand Mad finit par se souvenir de la présence de la conseillère, elle lui jeta un regard agacé tout en lui parlant sur un ton exaspéré. Emma secoua la tête d’un air confus, n’y comprenant plus rien. Son regard s’échappa du visage de Mad pour se poser sur les quelques stylos qui trainaient toujours sur son bureau. Sourcils froncés, elle les replaça tout en sentant le regard de son interlocutrice posé sur elle. Lorsque tous les crayons furent de nouveau rangés à leur place, elle jeta un coup d’œil à son flacon contenant la solution hydro-alcoolique miracle. Dans de grands moments de solitude comme celui qu’elle était en train de traverser, ce flacon constituait un ami précieux dont il ne fallait pas sous-estimer l’aspect apaisant. Elle en déversa une fine pellicule sur la paume de sa main avant de lever doucement son regard vers le visage Mad. Elle se frotta frénétiquement les mains, l’odeur forte se dégageant du produit lui chatouillant les narines et la tranquillisant un instant.

Reprenant ainsi ses esprits, Emma planta ses yeux dans ceux de la surveillante, soupirant légèrement. « Excusez-moi, mais j’ai du mal à suivre. Vous voulez devenir danseuse ? Il s’agit d’un exemple de profession, ou d’un véritable projet qui vous tient à cœur ? ». L’air désinvolte avec lequel Mad avait parlé ne semblait pas correspondre au ton qu’employaient habituellement les élèves de lycée pour parler de leurs rêves. Emma n’était pas convaincue et restait perplexe : elle ne savait quoi faire dans cette situation. « Oh et si c’est votre ami qui vous gêne, si vous voulez plus d’intimité pour parler de vos ambitions, vous pouvez toujours lui dire qu’il peut revenir plus tard. Ça ne me dérange et ça me ferait même plaisir de… hm, pouvoir discuter avec lui plus tard ». Même Emma comprit qu’elle n’était pas du tout convaincante en disant cela, mais après tout, ne venait-elle pas de mentionner une discussion avec une personne qui n’existait pas ? Cela n’avait aucun sens, et au plus les secondes passaient, au plus elle se disait qu’elle devait être victime d’une mauvaise blague. Allons, sérieusement, où se trouvait cette fichue caméra cachée ?
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MessageSujet: Re: 07. Conseillère et désorientation   Lun 19 Sep - 18:26

Madeleine était confuse. Mais sa confusion n’avait rien à voir avec la situation dans laquelle elle venait de se mettre. Il ne lui venait même pas à l’idée qu’elle puisse récolter quelques ennuis à faire une telle démonstration devant la conseillère du lycée. Tout ce qui la motivait pour le moment c’était son envie de vengeance à l’encontre de Figgins, et puis aussi le fou rire qu’elle s’accorderait en sortant de la salle. Pour le moment elle n’avait aucune intention de reprendre son sérieux et de vendre la mèche à Emma Pillsbury. Chacune des expressions qui se lisaient sur son visage étaient une goutte de plus versée dans l’élixir de satisfaction duquel Madeleine se délecterait pour le reste de la journée. Les traits du visage de la jolie rousse assise en face d’elle se tendaient et détendaient en mesure, suivant à merveille le ballet de ses mensonges. Ses yeux tantôt écarquillés devant la surprise, tantôt plissés trahissant les efforts de compréhension de la jeune femme n’étaient rien en comparaison des sourcils couleur feu qui montaient et descendaient, se rapprochant par moment, créant de petites rides. La surveillante avait toujours été très sensible à la beauté des gens, au-delà son goût pour les jolis minois qu’elle aimait avoir à son bras, la vraie beauté. Si sa mère ne l’avait pas poussée corps et âme vers le théâtre et le music hall, peut-être qu’elle aurait aimé être peintre. Elle avait toujours été une piètre dessinatrice néanmoins. Mais la folie douce qui l’habitait, son entrain perpétuel, sa passion dévorante, toutes ces choses qui faisaient son essence et qu’elle n’utilisait que pour des bêtises, peut-être qu’elle aurait aimé en faire quelque chose de plus…

Souriant de toutes ses dents à la conseillère Mad releva le menton en signe de satisfaction. Petit à petit elle parvenait à l’attirer dans ses filets. Elle sentait qu’Emma était troublée par cette histoire, que toute cette mise en scène trouvait en elle un public plus qu’attentif qui luttait avec la raison pour trouver un sens à tout ceci. Finalement Miss Pillsbury n’était pas une grande combattante. Elle ne pourrait jamais vraiment faire le poids face à Madeleine tant qu’elle resterait enchaînée au monde de la rationalité et de la logique. Mais au moment où elle commençait à vraiment sentir sa proie prise au piège, la blonde commençait à se lasser de son jeu. Pourquoi déployer tant d’efforts alors que Jeremiah ne l’aidait pas le moins du monde ? Elle forçait le trait de ses discussions intérieures encore plus que nécessaire parce qu’au fond d’elle-même, rien ne répondait. L’image de son ami imaginaire se faisait de plus en plus floue. En entrant dans le bureau, elle ressentait toujours la chaleur familière de sa présence à ses côtés, maintenant, en se mordant la lèvre pour retenir un éclat de rire, elle fut prise d’un frisson. Est-ce que c’était mal de l’utiliser de la sorte ? Est-ce que c’était sa manière de lui faire reproche de son comportement puéril ? Secouant doucement sa tête pour chasser ces questions inutiles la surveillante répondit d’un ton posé et imperturbable.
    En fait il n’est pas vraiment lycéen, il travaille avec moi. Je l’ai rencontré au moment de remplir les documents pour quitter l’université… Ça remonte maintenant ! Jimmy a toujours été très doué pour tout ce qui est paperasse. Et vous savez, quand on est surveillante, on ne passe pas sa vie à surveiller des heures de permanence, on doit aussi abattre pas mal de travail administratif, alors de temps à autre il vient me donner un coup de main.

Le mensonge était d’autant plus crédible qu’elle croyait chaque mot qu’elle venait de prononcer. La seule chose était qu’ils ne s’étaient jamais véritablement rencontrés, et qu’elle n’avait même aucune idée de la tête qu’il aurait pu avoir. Le temps passant et le nombre de compagnons rêvés augmentant, elle avait cessé de se les figurer de manière matérielle. Et puis croiser leur double réel dans la rue avait toujours été pénible pour elle. C’était comme si le monde se chargeait de lui rappeler qu’elle était seule, et que toutes les personnes qui lui étaient chères appartenaient en réalité à d’autres.
    Mais trêve de bavardage sur lui et moi, ce n’est pas comme si on venait pour une thérapie de couple ! Dieu m’en préserve d’ailleurs.

Elle avait poussé le bouchon trop loin avec cette histoire de danseuse, et elle avait négligé son interprétation. La conseillère n’avait pas totalement mordu à l’hameçon et maintenant il fallait qu’elle répare les pots cassés. Réfléchissant rapidement alors qu’elle sentait cette irrésistible envie de lui dire la vérité monter en elle, Mad se leva d’un bond à la dernière proposition d’Emma qui semblait de moins en moins persuadée. Se dirigeant vers la porte d’un pas décidé elle l’ouvrit d’un geste sec en ajoutant.
    Vous avez raison, je pense que maintenant qu’il vous a vue ça ira pour lui, pas vrai Jimmy ? Vous nous excusez une petite seconde ? Je reviens dans un instant.

Claquant la porte derrière elle, laissant la conseillère seule dans le bureau, Madeleine s’effondra le long de la porte. Les jambes à demi pliées, étendues dans le couloir, la tête entre les mains, elle pleurait de rire. Il s’en était fallu de peu pour que sa voix ne la trahisse quelques secondes auparavant. À la fois déçue de son manque d’endurance dans le jeu et satisfaite de la confusion que sa sortie pourrait créer chez sa collègue, la surveillante riait doucement, essayant de ne pas faire de bruit pour ne pas être entendue de l’autre côté de la porte. Les vitres du bureau trahiraient une ombre s’approchant, mais pour le moment elle pouvait tout simplement se laisser à l’hilarité que lui offrait la fuite. Jeremiah avait quant à lui complètement disparu. Elle allait maintenant être seule avec la conseillère, et elle ne savait plus quoi lui dire. Malgré le total manque de sérieux de cette entrevue, il y avait cette sensation d’inconfort dans le creux de son estomac qui la préoccupait de plus en plus. Remuer son avenir n’était pas un sujet facile pour Mad. Comment aller de l’avant quand son passé est déjà un sombre entremêlement d’histoires d’un soir et de vagabondage ? Son unique véritable point d’attache c’était Lima. Elle n’y avait plus de famille, elle ne connaissait presque plus personne de ses années lycée, elle n’avait pas de connaissance à l’université parce qu’elle avait à peine assisté aux cours qu’elle avait tout plaqué. Mais malgré tout cela, ce trou perdu au fond de l’Ohio restait sa maison. Pour la première fois depuis deux longues années, elle avait signé un bail pour plus d’un an, et même un contrat à durée indéterminée. Les raisons de son retour étaient toujours obscures, même pour elle. Surtout pour elle. Peut-être qu’elle voulait faire la paix avec le passé pour aller de l’avant, enfin. Mais de toute évidence elle ne s’était pas véritablement appliquée à la tâche, et la seule chose qu’elle avait réussie pour le moment c’était reproduire les mêmes schémas encore et toujours. Avec un contrat.

Prenant une profonde respiration, la surveillante se releva en soufflant doucement, sous le regard circonspect d’un élève qui errait dans les couloirs, et avait profité de sa tenue négligée pour se rincer l’œil. Lui renvoyant un regard froid, la jeune femme remis ses chaussures qui avaient glissé de ses pieds quand elle s’était assise dans le couloir et tourna à nouveau la poignée après avoir essuyé le coin de ses yeux pour effacer d’éventuelles traces de noir. Il fallait qu’elle joue finement, qu’elle redresse la barre de ce mensonge bâclé et qu’elle tente de tirer autre chose de cette réunion qu’un simple fou rire. Un peu de sérieux Maddie, garde le sourire et fais comme si tout allait bien.
    Excusez-moi, je ne pouvais pas simplement le renvoyer sans explication. En fait, tout ça c’est à cause de ma mère. Il n’arrête pas de me bassiner avec elle. Et je devrais reprendre contact, et je devrais essayer de faire ce qu’elle me conseillait, et bla bla bla. Il s’entendrait bien avec le principal sur ce point.

Pour la première fois depuis deux éternités elle avait parlé de sa mère à quelqu’un. Sur le ton de la plaisanterie, certes, mais elle avait évoqué celle qu’elle détestait plus que tout devant une étrangère. Une psychologue qui plus est. Est-ce qu’ils avaient des entraînements spéciaux pour hypnotiser les gens et les forcer à leur raconter leur vie contre leur volonté en psychologie ? Prenant conscience de l’erreur qu’elle venait de faire en ouvrant une brèche vers sa vie privée, elle enchaîna immédiatement.
    Donc ! Non la danse c’est plutôt un exemple, vous me voyez vraiment prendre mes chaussons et mon justaucorps ? Vous savez qu’il y a un élève qui a pensé me prendre comme mannequin ici ! Mais ce n’est pas à Lima que mannequin va être un métier d’avenir.
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MessageSujet: Re: 07. Conseillère et désorientation   Sam 1 Oct - 5:45

Posant son regard brun sur les grandes vitres qui lui faisaient face, Emma tenta de réunir ses pensées en gardant ses yeux loin de la silhouette qui se dressait sur la chaise disposée devant elle. La conseillère était confuse, et à vrai dire, n’y comprenait plus rien. Elle faisait pourtant de son mieux pour dissimuler son incrédulité face à Mad, ne voulant pas paraitre malpolie en suggérant de par ses expressions qu’elle trouvait la situation grotesque, mais surtout sans queue ni tête. Non, Emma se devait d’être un tant soit peu professionnelle. Madeleine avait l’air tellement plongée dans son univers pour le moins étrange, qu’elle n’avait pas le droit de la perturber. Au contraire. La jeune femme se redressa puis croisa le regard de la surveillante. Même si elle n’avait jamais été confrontée à cela auparavant, elle devait faire en sorte d’en apprendre davantage sur ce qu’il se passait face à elle. La théorie d’un coup monté lui avait quand même effleuré l’esprit, et pourtant au plus elle y pensait, au plus cela lui semblait invraisemblable. Si Madeleine se moquait d’elle, alors chapeau l’artiste, car elle était parfaite dans le rôle de la surveillante en folie qui voit des Jeremiah partout. De plus, pourquoi ferait-elle une telle chose à la conseillère ? Cette dernière ne lui avait jamais vraiment parlé et n’avait absolument rien à se reprocher quoi qu’il en soit.

Poussant un soupir, Emma se redirigea donc vers la première interprétation de la situation : la jeune femme face à elle croyait dur comme fer à son histoire d’ami imaginaire, et avait donc peut-être un véritable problème. Il était même possible qu’elle ait besoin de son aide. Qui sait, Emma devrait peut-être lui proposer de suivre quelques séances avec son amie, Jessica Randfield ? Perplexe, elle dévisagea son interlocutrice, étudiant d’un air imperturbable les traits de son visage avec minutie. A première vue, la surveillante semblait tout à fait normale. Rien ne trahissait un grain de folie particulier, ni une tendance à voir des amis là où il n’y en avait pas. A vrai dire, au plus Emma l’observait, au plus la surveillante lui rappelait Désirée Cravy. Les mêmes longues mèches blondes, le même regard enthousiaste, et surtout la même énergie. Bien sûr, Désirée elle-même n’était pas forcément la personne la plus équilibrée qu’il soit, mais en dehors d’une obsession pour les chaussures et le sexe opposé, elle était à peu près normale. Emma haussa un sourcil. Désirée lui manquait.

Interrompant le fil des pensées de la jeune femme, Madeleine repartit de plus belle dans ses explications, annonçant à la conseillère d’un air posé que Jeremiah n’était pas lycéen mais qu’il l’aidait plutôt avec la paperasse. Malgré elle, Emma sourit légèrement en pensant qu’elle aimerait beaucoup, elle aussi, avoir quelqu’un pour l’aider avec les tonnes de documents administratifs qu’on lui demandait de remplir à McKinley. Cela dit, elle gomma rapidement le sourire qui s’était installé sur ses lèvres tout en essayant de retrouver son air sérieux. « Oh » Fit-elle, pour approuver les paroles de la jeune femme tout en accompagnant sa réponse monosyllabique d’un hochement de la tête. La surveillante ajouta quelque chose à propos d’une thérapie de couple et cette fois, Emma étouffa un rire, posant une main devant ses lèvres. Elle essayait de s’imaginer une thérapie de couple, ce qui était assez hilarant puisque de toute évidence, il n’y avait pas le moindre couple face à elle. Oh, elle pouvait toujours essayer de bavarder avec ce brave Jeremiah bien sûr, seulement elle n’était pas sûre d’obtenir la moindre réponse. Se sentant coupable de rire alors que Mad était particulièrement sérieuse, Emma se mordit de nouveau la lèvre, penaude.

Ce fut à ce moment précis que la surveillante se leva d’un bond de sa chaise, se tournant vers la sortie. La conseillère haussa les sourcils, surprise et se sentant de plus en plus coupable. Etait-ce sa réaction qui avait poussé la jolie blonde à quitter la pièce ? Peut-être l’avait-elle offensée ? Elle s’apprêtait à s’excuser lorsque la voix de Mad rompit le silence qui avait suivi le raclement de la chaise sur le sol. Apparemment, elle avait simplement besoin de quelques secondes, le temps de faire sortir son ami. La porte se referma derrière elle et Emma en resta interdite. Pendant plusieurs secondes, elle resta figée, le regard fixé sur la porte close, ne sachant comment réagir devant une telle sortie. Finalement, elle coula un regard à son bureau et leva les sourcils d’un air confus. Décidemment la surveillante était pleine de surprise. Cependant ces quelques secondes de répit permirent à Emma de se remettre les idées en place. Croisant les mains sur le bureau, elle se remémora la scène qui venait de se dérouler, et dont elle avait été bien plus spectatrice qu’actrice. Selon elle, Madeleine était une personne bien trop éparpillée. Ses idées semblaient fuser et elle semblait incapable de rester tranquille plus d’une minute sur sa chaise. Comme si elle était habitée par une sorte d’énergie constante. Mais la chose la plus étrange à son propos restait néanmoins la présence de ce Jeremiah qui, de toute évidence, ne vivait que dans l’esprit animé de la surveillante de McKinley. Emma savait donc ce qu’il lui restait à faire : faire en sorte de recadrer Mad à chaque fois que celle-ci semblait se disperser. Oh, et pourquoi pas essayer d’en savoir davantage sur cette tendance qu’elle semblait avoir à imaginer quelques compagnons qu’elle seule voyait.

Déterminée, ses lèvres dessinèrent un sourire tandis qu’elle relevait le menton, son regard se posant aussitôt sur la porte de son bureau. Apercevant une ombre se découper non loin de celle-ci, elle sourcilla. Quelques secondes plus tard, Mad faisait de nouveau son apparition dans le bureau, s’excusant tout en lui donnant des explications sur la raison de ce soudain coup de théâtre. Emma acquiesça d’un air tranquille jusqu’à la mention de la mère de la surveillante. Le regard de cette dernière s’était assombri à la minute où elle avait prononcé les derniers mots de son petit discours. Toutefois Emma n’y prêta pas plus attention que cela, pensant que Madeleine trouvait encore un moyen de détourner son attention du vrai problème qui l’avait amenée ici. Elle s’éclaircit la voix, fronçant de nouveau les sourcils, plongeant son regard des plus sérieux dans celui de la jeune femme qui parut comprendre aussitôt le message, apportant de nouvelles explications concernant son avenir professionnel. « Bien » Déclara Emma d’un air presque solennel. « Donc, ni danseuse ni mannequin si j’ai bien compris ». La conseillère était revenue au point de départ : aucun projet professionnel sérieux pour Madeleine, les seules possibilités d’avenir qu’elle lui proposait n’étaient en réalité que de vagues idées lancées au hasard dans le but de la distraire un peu plus. Emma commençait sérieusement à se demander pourquoi elle avait voulu prendre ce rendez-vous alors que de toute évidence, elle n’avait pas l’air si intéressée que ça par son avenir. Ou alors, elle était perdue et c’était pour cette raison qu’elle était installée face à elle. Secouant le menton en signe d’approbation, Emma adressa un sourire à la surveillante. « Reprenons depuis le début, si vous voulez bien. Pour vous aider, j’ai besoin de savoir ce que vous aimez dans la vie. Avez-vous une passion en particulier ? Un hobby ou quelque chose qui vous fascine ? ». Espérant que cela l’aiderait à remettre Mad dans l’ambiance « avenir et discussions importantes », Emma poursuivit sans toutefois se départir de son air toujours aussi enthousiaste. « Je suis en mesure de vous aider, vous savez. J’ai simplement besoin de quelques pistes. Mais vous pouvez me faire confiance, et comme je le dis souvent, ce qui se dit ici ne sort pas de la pièce ». Sur ces bonnes paroles, elle passa ses doigts devant ses lèvres, comme pour signifier "motus et bouche cousue".
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MessageSujet: Re: 07. Conseillère et désorientation   Mar 4 Oct - 18:41

Le large sourire de Madeleine s’était effacé de lui-même lorsqu’elle avait évoqué sans y penser sa mère. Elle s’en était immédiatement voulu et avait tenté de noyer le poisson en s’échappant vers un autre sujet qui lui était bien moins pénible, mais il n’en restait pas moins que cette allusion sortie de nulle part l’avait blessée. Son regard bleu tirait à présent sur le gris comme toutes les fois qu’elle était attristée, mais ce changement presque imperceptible passerait probablement inaperçu, masqué par le rapide papillonnement de ses paupières et les gestes qu’elle faisait avec ses mains tout en continuant à parler.

Elle se donnait beaucoup de mal pour cette mascarade sans queue ni tête, et ses efforts n’avaient pour but que de troubler Emma Pillsbury pour le plaisir. Elle voulait aussi gagner du temps en la convainquant qu’elle était parfaitement bien là où elle était. Si elle était suffisamment bonne, Figgins arrêterait de la tanner à longueur de semaine avec son avenir et son ambition et toutes ces questions d’avenir dont elle n’avait que faire. L’échéance la plus lointaine qu’elle soit capable de se représenter c’était les vacances d’été pour lesquelles elle n’avait encore rien prévu. Lorsque le dîner est déjà trop lointain pour y penser comment voulez-vous vous plonger dans une réflexion qui impliquerait de réfléchir sur au moins cinq ans ? La chanson qu’elle avait entendu le matin à la radio lui tournait encore dans la tête et elle avait envie de la fredonner tout doucement alors que la conseillère rassemblait ses esprits toujours aussi perplexe devant son comportement décalé et imprévisible. Décidément, elle n'avait pas fini de s'amuser.
    ♪ So leave a message at the tone ♪

L’idée que toute cette petite mise en scène pourrait éveiller de l’inquiétude chez la conseillère n’avait pas effleuré Madeleine qui vivait dans la plus grande naïveté concernant ses troubles psychiques. Elle avait toujours vécu ainsi et elle vivrait sans doute toujours ainsi. Ses fantômes étaient sa famille, celle qui l’écoutait et qui lui offrait une épaule sur laquelle pleurer en cas de petits bobos et autres malheurs du quotidien. La blonde avait toujours été assez lunatique, passant du coq à l’âne dans la plupart de ses discussions, elle ne se concentrait jamais, n’était jamais sérieuse. Tout cela l’ennuyait. Elle rêvait d’une vie remplie de surprises où chaque jour serait une nouvelle variation sur le même thème, mais elle ne se voyait pas vétérinaire ou puéricultrice, condamnée à faire tous les jours le même travail, voir les mêmes personnes et au final perdre la passion qui l’avait poussée à faire ce choix. C’était aussi l’une des raisons qui l’avait poussée à ne jamais s’engager : perdre la passion. Un vague souvenir de cours de philosophie sur le temps et la condition de l’homme lui vint à l’esprit. Elle se souvenait encore de la tête de son professeur lorsqu’elle avait brisé le silence qui régnait dans la salle alors qu’il expliquait dans des longueurs insoupçonnées que l’homme n’était qu’un habitant passager de cette terre, qu’à l’échelle de l’histoire il n’était rien, mais qu’il cherchait sans cesse à prolonger sa vie en cherchant le bonheur, en procréant pour se donner l’illusion de l’immortalité. La jeune Cheerio avait alors levé le bras très haut pour attirer son attention : « À quoi bon s’acharner quand on sait que tout est éphémère ? Moi je trouve que c’est une perte de temps de penser à ce que l’on doit faire. Donc c’est une perte de temps de vous écouter parler du temps alors qu’il passe et ne reviendra jamais.» Elle avait ramassé ses affaires et était partie. Et ses idées sur la question n’avait pas vraiment changé depuis. On passait son temps à lui demander de réfléchir à ce qu’elle voulait faire alors qu’elle faisait ce qu’elle avait envie de faire. Emma, Figgins, sa mère, son père les rares fois où il lui parlait, ils tenaient tous le même discours rébarbatif : il faut préparer son avenir, réfléchir à toutes ses possibilités, il faut grandir.

Le sérieux d’Emma était presque déconcertant pour la surveillante qui n’en croyait toujours pas ses yeux. Celle-ci n’avait pas l’air de se douter le moins du monde qu’on se moquait d’elle et qu’on lui faisait perdre son temps. Plus la session avançait, plus elle se concentrait et faisait d’efforts pour comprendre ce qui se passait et pour offrir toute son aide à la jeune femme assise en face d’elle. Mais c’est avec soulagement que Mad constata qu’elle n’avait pas prêté plus d’attention que cela à la remarque qui lui avait échappé. Pauvre Emma, malgré tous ses efforts elle ne parviendrait jamais à comprendre ce qui se tramait sous ses yeux. Elle manquait l’essentiel en s’acharnant sur le superficiel de la comédie Wildesque, ce qui provoqua chez Madeleine un violent pincement au cœur en constatant qu’une fois de plus, l’imaginaire restait sa meilleure option pour ce qui était de trouver conseil. Cette réaction instinctive de repli était d’autant plus injuste qu’elle n’avait donné aucune chance à Emma de la comprendre véritablement, mais tout était bon pour justifier son repli et camper sur ses positions. Affichant toujours son imperturbable sourire brillant, elle hochait de la tête pour acquiescer en écoutant le récapitulatif de la conseillère qui s’efforçait de recentrer la conversation sur son objet originel. Douce Emma. Naïve et généreuse. Elle avait un côté touchant et terriblement mignon à mimer le silence en posant un doigt sur ses lèvres serrées et Madeleine ressentait de l’affection pour cette pauvre femme qu’elle faisait tourner en bourrique sans qu’elle ait la moindre chance d’obtenir ce qu’elle voulait en réalité. D’un air complice la jeune femme pencha le buste vers l’avant pour se rapprocher du bureau et parlant d’une voix douce.
    À McKinley plus qu’ailleurs les murs ont des oreilles, vous savez, je suis la mieux placée pour le savoir. Mais j’ai pleine confiance en vous Miss Pillsbury, les élèves ne tarissent pas d’éloges à votre sujet !

Elle avait l’air si ingénue, si profondément enthousiaste que Mad se laissait attendrir. Elle ne lui avait rien fait, et se moquer de la sorte ne semblait pas correct alors que l’autre partie déployait d’aussi grands efforts pour s’appliquer à la tâche. Sans aller jusqu’à révéler ses véritables motivations la surveillante se sentait plus encline à se laisser aller à la confession. Éclaircissant sa gorge de manière discrète elle revint se loger au fond du fauteuil pour lever les yeux au plafond faisant mine de chercher une réponse qu’elle connaissait d’avance.
    Eh bien, en dehors de la danse et des vêtements donc, puisque nous sommes d’accord sur le fait que ça ne me mènerait à rien… Je ne sais pas, je suis sans doute la plus grande fan de films bollywoodiens qu’on puisse trouver à Lima. Si l’on excepte cette petite peste de Cheerio qui avait osé me prendre le coffret sous le nez et s’en vanter, ah celle-là… Heureusement qu’elle a su se rattraper. Mmmh sinon sinon…

Balançant sa jambe repliée d’avant en arrière pour se bercer dans son siège elle n’avait pas quitté le plafond des yeux, détaillant les fines rainures du faux plafond qui se perdaient dans les angles des carrés. Qu’est-ce qu’elle aimait en réalité ? Qu’est-ce qu’elle aurait envie de faire ? La même constatation la frappait encore et toujours : tout est éphémère. Se redressant tout à coup pour venir planter son regard dans celui de son interlocutrice d’un air illuminé, la jeune femme souriait de plus belle, enchantée par sa dernière trouvaille :
    J’aime le café ! Je pourrais passer ma vie à boire du café. Expresso, ristretto, allongé, avec ou sans sucre, avec ou sans lait, le supplément chantilly, la noisette, la vanille, le whisky… Entre boire et conduire il faut choisir, mais je peux bien boire et faire du café pas vrai !?

Un air de satisfaction intense pouvait se lire sur son visage. La surveillante avait encore plus d’un tour dans son sac et maintenant qu’elle avait évacué la tension en se laissant aller à un premier fou rire plus rien ne pourrait l’arrêter jusqu’à ce qu’on la vire de ce bureau à coup de balai, ou de prospectus.
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MessageSujet: Re: 07. Conseillère et désorientation   Mar 25 Oct - 7:48

La conseillère d’orientation de McKinley avait l’habitude des élèves nonchalants qui trainaient les pieds pour venir la voir. Aux yeux de bon nombre d’adolescents, se rendre dans son bureau était synonyme d’un mauvais quart d’heure à passer. Emma le savait – ou plutôt le devinait – mais ne baissait pourtant jamais les bras. Par le passé, elle avait appris que même les élèves qui semblaient les plus méfiants et sceptiques à l’idée de s’adresser à elle et à lui demander de l’aide, pouvaient finir par changer d’avis. Cela était arrivé à de nombreuses reprises, et était ce qui poussait le plus souvent Emma à redoubler d’efforts pour convaincre ses élèves qu’elle n’était ni là pour les juger, ni là pour les ennuyer avec de longs discours qui ne mènent à rien, et qu’au contraire elle pouvait leur être d’une aide précieuse. Car lorsque les élèves arrivaient en dernière année, il était souvent trop tard pour commencer à s’interroger sur son futur : l’année scolaire passait à une vitesse folle et ne laissait aucun répit aux seniors qui se battaient avec les dossiers d’inscriptions, et les divers programmes qu’offraient les universités. Non, c’était bien avant qu’il fallait s’y prendre, et Emma le savait mieux que quiconque. C’était la raison pour laquelle elle poussait tant les premières et secondes années à venir la voir dès le début : afin qu’ils aient une idée précise de l’avenir qu’ils désirent avoir et qu'ils puissent ainsi commencer à faire quelques recherches pour dénicher l’université qui répondrait à tous leurs critères. Emma en connaissait un rayon sur les universités, les programmes d’inscription, et tout ce qui, aux yeux des élèves, semblait être un tas de paperasse qu’ils ne parvenaient à étudier sérieusement, se contentant de lire entre les lignes au risque de se planter complètement dans leurs choix.

Pourtant, il n’était pas question d’orienter un élève de dix-sept ans cette fois-ci : non, pour la première fois, elle devait venir en aide à l’une de ses collègues qui, apparemment, ne se complaisait pas tant que ça dans son métier de surveillante et avait donc besoin de quelques conseils afin de se réorienter correctement. C’était en tout cas ce que lui avait dit Figgins au sujet de cette fameuse Madeleine Wild. La conseillère n’avait pas émis la moindre objection : elle serait heureuse d’aider une personne de vingt-trois ans autant qu’un élève de seize ans. Certes, le profil différait mais justement, cela était encore plus intéressant. Néanmoins, en dépit de son propre enthousiasme quant à aider Mad, son dynamisme et sa détermination ne semblaient guère partagés avec la principale intéressée. Pendant la première partie de leur entretien, Emma s’était laissée perturber par les paroles sans queue ni tête que prononçait Madeleine. Cependant, elle était bien décidée à retrouver son professionnalisme afin que cet entretien en compagnie de la surveillante aboutisse à quelque chose de concret, de réel. Car pour le moment, en dehors de ses discussions avec un personnage tout droit sorti de son imagination, et de quelques commentaires peu réfléchis concernant la danse ou le mannequinat, la conversation tournait en rond. La conseillère n’avait pas pour habitude de se laisser berner, et pourtant elle avait laissé Mad profiter de son état de surprise pour changer de sujet à chaque fois qu’elle ouvrait la bouche, les détournant du but principal de ce tête-à-tête particulier.

Emma haussa un sourcil, se rappelant les paroles de Figgins qui, le sourire aux lèvres, lui avait annoncé que Madeleine souhaitait avoir un rendez-vous avec elle, afin de se pencher sur son futur et ainsi voir quelles opportunités d’avenir pouvaient s’ouvrir à elle. Maintenant qu’elle y repensait, elle ne comprenait pas pourquoi la surveillante avait voulu obtenir un tel rendez-vous, au vu du déroulement de ce dernier. Aux yeux d’Emma, il semblait désormais évident qu’elle avait tout, sauf envie d’être sérieuse et de se concentrer sur les questions qui, au fond, importaient le plus. Elle avait beau la croire et ne pas soupçonner l’espace d’un instant que la surveillante se payait complétement sa tête, elle avait toutefois compris que celle-ci n’avait pas envie de faire le moindre d’effort. Cela gênait Emma qui ne savait plus vraiment comment s’y prendre et après plusieurs hésitations, avait en conséquence opté pour le retour aux questions de base, en espérant que cela fasse avancer le schmilblick.

Madeleine se pencha aussitôt vers elle, réduisant l’espace qui les séparait, lorsque la conseillère finit son petit discours sur la confiance qu’elle pouvait placer en elle. D’une voix douce, elle lui assura que les élèves ne tarissaient pas d’éloges à son sujet et qu’elle avait parfaitement confiance en elle. Bien que flattée par ces commentaires, Emma leva un sourcil d’un air sceptique. De nouveau, Mad ne répondait pas réellement aux questions importantes, se contentant de contourner le sujet principal en s’attardant à ces petits détails qui lui permettaient de se défiler – encore une fois. Emma acquiesça d’un signe de la tête, sans pour autant être satisfaite de quoi que ce soit. En réalité, elle attendait la suite, tout en espérant que son silence n’encourage pas Madeleine à repartir dans des supputations quelconques concernant son cher Jeremiah. Plissant les yeux tout en scrutant le regard clair de la surveillante, Emma ne fut satisfaite – ou plutôt à moitié satisfaite – que lorsque la jolie blonde daigna reprendre la parole en répondant cette fois-ci à la question qui intéressait Emma. Elle lui avoua ainsi être fan des films bollywoodiens. Emma esquissa un petit sourire victorieux : certes, ce n’était pas grand-chose et elle-même n’y connaissait rien au cinéma bollywoodien, mais c’était déjà ça. Elle poussa un soupir de soulagement. Malheureusement, cela aurait été trop beau pour durer, et Madeleine enchaina aussitôt avec une soi-disant passion pour le café. Malgré elle, Emma ne put s’empêcher de sourire une nouvelle fois, devant avouer que son interlocutrice avait une sacrée imagination. « Hm, et bien, vous pouvez toujours devenir vendeuse à un Starbucks Coffee, mais je ne suis pas certaine de pouvoir être d’une très grande aide dans ce cas-là : il me semble qu’il ne faut pas vraiment faire d’études pour ce genre d’emploi ».

Le sourire d’Emma s’élargit légèrement : cette petite parenthèse café était parvenue à effacer sa méfiance et le ton trop sérieux qu’elle avait employé avec la surveillante. Apparemment, avoir l’air plus détendue fonctionnait mieux avec elle, alors autant essayer d’employer cette nouvelle méthode. Elle aussi pouvait être « cool » quand elle le voulait… oui bon, certes c’était difficile à imaginer pour certains, elle qui passait son temps à paniquer pour la moindre trace de poussière qu’elle apercevait, mais elle pouvait au moins s’y essayer. Enthousiaste, Emma reprit donc son petit discours, tachant d’être plus sereine tout en restant professionnelle. « Les films bollywoodiens, c’est bien ça ? Eh bien, on pourrait peut-être essayer d’explorer ce côté-là, qu’en pensez-vous ? Est-ce simplement ce type de cinéma qui vous intéresse, ou la culture asiatique de manière générale ? ». Emma réfléchit un instant, se perdant dans ses pensées l’espace de plusieurs secondes avant de secouer légèrement le menton en signe d’acquiescement, en réponse à ses propres réflexions. « Avez-vous déjà voyagé, Madeleine ? Je veux dire, en dehors des Etats-Unis ? « Madeleine »… c’est français il me semble ; alors peut-être avez-vous déjà mis les pieds en Europe ? Si je demande ça, c’est parce que la filière du tourisme pourrait être intéressante, si vous aimez découvrir des cultures étrangères »
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MessageSujet: Re: 07. Conseillère et désorientation   Ven 4 Nov - 0:49

Depuis combien de temps était-elle là ? Elle ne parvenait même plus à se souvenir de l'heure à laquelle elle était arrivée. Elle avait raconté beaucoup de bêtises, elle était même sortie de la pièce, mais elle n'arrivait pas à se souvenir de l'heure à laquelle elle était venue pour son rendez-vous pris de force par Figgins. Fixant sa montre d'un air distrait elle promenait son regard de droite à gauche, dévisageant Emma, la petite bibliothèque derrière elle, les prospectus alignés de manière parfaite, rangés par ordre de taille, puis par ordre alphabétique, peut-être même que l'agencement des couleurs avait été pensé. Tout l'inverse du bureau des surveillants dans lequel un désordre sans nom régnait, les piles de papiers dissimulant les tâches de café sur la table, la poussière s'accumulant sur l'écran du vieil ordinateur dont elle ne se servait que contrainte et forcée. Elle n'aimait pas rester dans ce bureau là, elle préférait vagabonder dans les couloirs, ou bien traîner à la bibliothèque… Ce bureau-ci sentait bon le désinfectant, une légère odeur de solution hydro-alcoolique émanait des mains entrelacées de la conseillère qui la fixait droit dans les yeux, imperturbable. Elle était là, souriante mais ferme, lui accordant toute son attention. Avec un peu d'imagination on pouvait deviner une figure maternelle sur les traits bienveillants et Madeleine se redressa pour se rapprocher encore un peu de la jeune femme.

Elle lui rappelait un peu sa maîtresse à l'école primaire. À ceci près que cette dernière avait les cheveux violet et vingt-trois ans à l'époque. Mais cette manie qu'avait la jolie rousse de vouloir recentrer l'attention de Mad sans en avoir l'air, de la traiter comme une enfant en n'allant jamais contre elle directement, de prendre son temps pour lui expliquer les choses avec calme et empathie, tout ceci lui rappelait la jeune institutrice. Mindy Sathari, malgré son apparence délurée d'écolière japonaise aux jupes écossaises trop courtes et son accent pakistanais à couper au couteau, avait été la première à remarquer que quelque chose ne tournait pas rond avec la petite Maddie. Elle avait passé suffisamment de temps à l'observer, de même que tous ses élèves, pour remarquer qu'elle passait autant de temps à bavarder avec les autres enfants que toute seule. Mais dans l'esprit de la jeune femme, elle ne voyait pas cette démarche de l'enseignante comme un bien, au contraire. C'était à cause d'elle qu'elle avait été grondée par ses parents qui l'avaient menacée d'appeler un psychologue, de l'emmener là où les méchants enfants vont, de la priver de dessert même ! Et pour Madeleine, très friande de sucreries, c'était un crime impardonnable. Si la folle des tables de multiplication avait gardé sa langue dans sa poche sa mère ne lui aurait pas imposé une discipline militaire. Si elle n'avait pas ressenti le besoin d'aller parler à tous les autres adultes de ce dont elles avaient parlé ensemble, Maddie jolie n'aurait peut-être pas été Mad Maddie dans la cour de récré. Madeleine plissa les yeux d'un air malicieux en repensant à cette époque lointaine où elle n'était pas encore en mesure de se défendre elle-même parmi les grands. Les choses avaient changées, elle était adulte maintenant, et beaucoup plus futée que la plupart des gens (tout du moins elle se complaisait à le plaire). Un instant son regard se plongea à nouveau dans celui d'Emma Pillsbury. Quelle genre de femme serait-elle si elle se vengeait sur cette pauvre innocente du crime honteux de l'avoir privée de dessert par procuration. Secouant sa tête contre chacune de ses épaules Madeleine pouffa de rire rien qu'à l'idée. Ce petit rire, bien que discret, à une telle distance ne pourrait pas passer inaperçu. Mais la surveillante tacha de reprendre son calme immédiatement en s'éclaircissant la gorge et se redressant dans le fond de son siège.
    « Oui… c'est vrai que Starbucks ça ne demande pas vraiment d'études… Et vous êtes conseillère… d'orientation pas vrai, donc le but c'est de m'orienter vers des études. C'est logique, oui oui. Mais vous ne conseillez jamais aux élèves de commencer le travail tout de suite après la remise des diplômes ? Je veux dire, vous n'avez jamais vu mes bulletins, et pour cause, du coup rien ne vous dit que je suis capable de reprendre des études, si ? »

Jouant avec la petite plaque au nom de la conseillère Madeleine levait les sourcils d'un air faussement surpris. Elle jouait avec les nerfs de la jeune femme qui était pourtant si patiente et si attentionnée. Au fond, si elle avait eu la chance de la rencontrer dans une situation plus neutre elle l'aurait sûrement énormément appréciée pour sa candeur et son honnêteté. Sauf que Figgins et ses tendances maladives à se mêler de ce qui ne le regardait pas avait tout compromis.

Emma n'avait rien perdu de son sérieux, et son calme olympien décontenançait presque la blonde qui voyait toutes ses attaques déjouées sans effort. Est-ce que le professionnalisme était capable de vaincre la malice ? Ouvrant des yeux ronds comme des billes elle finit par se laisser prendre au jeu des questions d'Emma. Si on la prenait pour une adolescente et qu'on cherchait à l'aider comme n'importe lequel d'entre eux, elle n'allait pas se priver éternellement de jouer ce rôle qu'elle regrettait amèrement depuis qu'elle était devenue surveillante. Si elle s'était laissée convaincre si facilement de postuler dans son ancien lycée par Désirée c'était aussi parce qu'elle regrettait l'époque bénite où l'on s'occupait à sa place de tous les problèmes administratifs. Maintenant on ne lui autorisait plus tous ces écarts, tous ces débordements d'énergie et de sentiments incontrôlés et elle n'avait plus le droit d'être dorlotée. En fait elle avait perdu ce droit en quittant la maison de ses parents pour partir à l'aventure, et bien qu'elle fasse la forte tête, elle se surprenait parfois à avoir envie d'une famille chez qui passer Noël. Alors que pour une fois on lui accordait un peu d'attention, elle s'entêtait à la repousser. Prenant son visage entre ses mains elle se mit deux petites claques pour s'encourager à prendre la situation au sérieux.
    « Oh croyez-moi, question Bollywood j'explore. Par contre j'avoue que je ne me suis pas penchée sur le reste de l'Asie. C'est juste que j'ai eu cette amie, Ashanti, avec qui je m'entends si bien, et on regarde souvent des films ensemble et puis toutes ces couleurs, ces chansons, ces danses… Après il faut bien avouer que question scénario, le suspense n'est pas exactement à son comble. Mais là c'est moi qui ne vous suis plus Miss P. Autant j'ai déjà fait de la danse, autant je n'ai jamais songer à faire du cinéma. Et actrice, ça jamais. »

Le simple fait de prononcer le mot la dégoûtait. Elle adorait les actrices, mais sa mère l'avait suffisamment torturée avec sa carrière de ratée pendant toute son enfance pour qu'elle refuse corps et âme de passer devant la moindre caméra. Une fois à Chicago elle avait été interviewée par un petit journal local parce qu'elle avait été embauchée dans un tout nouveau café dont ils faisaient la promotion en cinquième page. Elle avait adoré raconter toute sa vie — imaginaire — en détails pour l'article mais lorsqu'il avait fallu prendre quelques vidéos pour le podcast de l'émission elle s'était insurgée et avait même renversé un café sur les genoux du journaliste pour esquiver la suite de l'entretien. La jeune femme s'énervait toute seule en pensée contre sa mère à qui elle en voulait tant sans plus vraiment savoir pourquoi exactement lorsque les questions de son interlocutrices vinrent interrompre le flot mental d'insultes qu'elle proférait contre la française qui l'avait enfantée. Elle se raidit instinctivement, et se tourna vers le siège inoccupé à ses côtés pour ne plus avoir à affronter la mine bon enfant de la jeune femme.
    « Oui. C'est français. Et non, je n'y ai jamais mis les pieds. Fille d'immigrée tout ça. Bon pas le genre qu'on parque pendant des semaines en quarantaine hein. »

Son ton était cassant et amer. Elle n'avait pas tellement envie de s'engager dans cette voie-là. Surtout que la "filière du tourisme", comme l'appelait Emma, ne l'intéressait pas le moins du monde. Dans le meilleur des cas elle voyageait elle-même avec le hasard pour seul guide, alors balader des touristes idiots dans des pays qu'elle ne connaissait pas, très peu pour elle.
    « Je ne suis pas si mal à Lima vous savez. J'ai mis un certain temps à revenir, j'ai pas mal tourné dans le pays, j'ai vu des endroits différents, des caractères différents, mais il faut bien admettre que c'est à la maison qu'on se sent le mieux. »

S'étant radoucie, sa voix semblait presque rêveuse, et elle fixait à présent la silhouette de Tristana assise dans le fauteuil libre. Madeleine sourit largement à cette vision et s'apprêtait à lui demander ce qu'elle faisait là, mais un rapide coup d'œil vers l'autre personne présente dans la salle suffit à la décourager. Tristana, l'amie spéciale chance aux jeux, que venait-elle faire là ? Ce n'était pas exactement comme si elle jouait pile ou face avec sa vie, pas vrai ? Interloquée mais contente de revoir cette vieille connaissance.
    « Vous savez… au fond tout ceci n'est qu'un jeu. Bollywood, l'Europe, les études… Est-ce que ça vaut vraiment la peine de faire autant d'efforts ? Je suis bien là où je suis non ? On se plaint de moi ? Je ne suis pas assez bien pour les autres ? Moi je me trouve très bien comme je suis ! »

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MessageSujet: Re: 07. Conseillère et désorientation   Dim 6 Nov - 6:12

Petit à petit, Emma sentait qu’elle parvenait à regagner l’attention de son interlocutrice. Elle soupira légèrement, tout en espérant fortement qu’un nouveau coup de théâtre n’était pas à prévoir. Il fallait qu’elles puissent avancer si elle ne voulait pas passer le reste de la journée derrière son bureau, à écouter Madeleine parler des cafés du Starbucks sans pour autant être intéressée par ces derniers – ou tout du moins était-ce la façon dont la conseillère voyait les choses. Elle avait davantage l’impression que la jolie blonde était perdue et qu’elle essayait de détourner ses questions pour la simple et bonne raison qu’elle avait peur d’y répondre et qu’au fond, elle n’avait aucune idée de ce qu’elle voulait faire. Pourtant, c’était bien pour ça qu’Emma était là : pour l’aider à y voir plus clair. Or sans un minimum d’aide de sa part, la conseillère d’orientation de McKinley High ne pouvait pas résoudre toutes les équations seule ; il fallait que Madeleine coopère. Soupirant légèrement, elle passa ses doigts entre ses cheveux roux non sans se départir du sourire qui l’avait gagnée quelques secondes plus tôt. Plongeant ses grands yeux bruns dans ceux de Madeleine, Emma fronça les sourcils tout en sondant son regard, comme si elle était à la recherche d’indices quelconques. Ah, si seulement elle pouvait lire les pensées de la blonde pétillante… elle saurait à quoi s’attendre. Pour le moment, elle sentait que la pente restait glissante et qu’à tout moment Mad pouvait se rétracter et repartir dans de nouveaux délires incompréhensibles, en perdant l’air sérieux qu’elle avait soudainement arboré et qui pour Emma avait été signe qu’elle s’était enfin décidé à parler sans essayer de la distraire.

Contemplant les traits de son interlocutrice, la conseillère fronça légèrement les sourcils tout en se demandant pourquoi ce visage et cette attitude lui semblaient si familiers. Elle n’avait jamais vraiment eu l’occasion de parler avec la surveillante par le passé ; la plupart du temps elles se croisaient dans les couloirs ou dans la salle des professeurs, sans réellement se voir. Et pourtant, il y avait quelque chose chez elle qui l’interpellait… Ce sourire, ce type de regard, ces mèches blondes. Emma lâcha le stylo qu’elle tenait dans la main lorsqu’elle comprit enfin. Madeleine Wild lui rappelait indéniablement Désirée Cravy. Elles partageaient ce même air désinvolte, ce même sourire plein de promesses, et même ce grain de folie. S’appuyant contre le dossier de son siège, Emma détourna son regard de la jeune femme pour le poser sur la baie vitrée lui faisant face. Elle savait d’où lui venait cet élan de sympathie pour la surveillante, et même cette envie de tout faire pour que Mad se reconcentre sur le sujet de « l’avenir » afin d’être capable de l’aider. Tout simplement parce que la jeune femme lui rappelait sa meilleure amie qui avait subitement décidé de quitter Lima, peu de temps auparavant. Emma soupira lourdement avant de retrouver les yeux clairs de son interlocutrice. Cette ressemblance rendit Madeleine encore plus sympathique aux yeux d’Emma, même si on ne pouvait pas vraiment dire qu’elle l’ait aidé au cours de cet entretien, en parlant avec un ami imaginaire, puis en s’égarant dans des sujets n’ayant aucun rapport avec l’orientation.

Madeleine Wild remua légèrement sur son siège, attirant l’attention d’Emma qui en perdit le fil de ses pensées. La surveillante lui demanda s’il lui arrivait de conseiller à ses élèves de commencer à travailler directement après leurs études, tout en ajoutant qu’elle ne connaissait pas ses résultats scolaires et n’était donc pas en mesure de dire si elle était capable de reprendre ses études ou non. Emma pencha légèrement le visage, l’air pensive, ses yeux s’arrondissant légèrement tout en notant du coin de l’œil que son interlocutrice jouait avec sa plaquette, ce qui la troubla un moment. Ses sourcils se haussèrent furtivement et suite à quelques secondes de réflexion, elle acquiesça d’un signe de la tête. « Hm, il est vrai que vous avez un avantage par rapport aux élèves de ce lycée : je n’ai aucun dossier dans mes tiroirs portant votre nom. Néanmoins, je pense pouvoir me faire une idée de votre « profil scolaire » sans avoir besoin de documents administratifs ».

Posant les bras sur le bureau, Emma se pencha en avant tout en réduisant l’écart entre Madeleine et elle. Elle étudia alors le regard de la jeune femme d’un air intéressé. « Elève brillante qui ne s’intéresse pas réellement aux cours et qui se contente d’obtenir la moyenne aux examens ? Je suis prête à parier que vous étiez une cheerleader… attention ce n’est pas une insulte, loin de là. Vous semblez avoir de l’imagination, et même de la créativité à revendre. De l’énergie, également. A vrai dire, je n’ai aucun mal à vous imaginer dans une branche artistique ». Emma s’interrompit une seconde ou deux, le temps d’esquisser un nouveau sourire. Reprenant entre ses doigts le stylo avec lequel elle avait joué, elle poursuivit son discours sur le même ton empreint de douceur et de légèreté. « Vous avez raison, je ne peux pas savoir si vous êtes en mesure de reprendre vos études ou non. Pourtant, j’ai la forte impression que vous êtes le genre de personne qui obtient souvent ce qu’elle désire en se donnant les moyens d’y parvenir, ce qui est une qualité extraordinaire. Je suis donc convaincue que si vous voulez reprendre vos études, vous y arriverez. Ensuite, la question est de savoir si vous en avez envie… Oh, et pour répondre à votre dernière question, il m’arrive de déconseiller à certains de poursuivre leurs études, oui ».

Emma esquissa un sourire, tout en ponctuant sa dernière phrase d’un sourire chaleureux. Elle avait enfin l’impression d’avancer un peu, ce qui lui redonnait une certaine confiance. Elle n’avait pas l’intention de déstabiliser Madeleine avec ses paroles et son jugement ; seulement de proposer quelques réponses aux questions énoncées. Elle voulait que cet entretien aboutisse à quelque chose, et qu’il ne s’agisse pas seulement de temps perdu inutilement. Reprenant la parole, Madeleine lui parla alors de l’univers Bollywood, de l’Asie puis de ses doutes face aux questions de la conseillère. Emma acquiesça d’un signe du menton à chacune de ses phrases qu’elle écouta avec grande attention. Elle remarqua la mine de dégoût de Mad lorsqu’elle lui parla du métier d’acteur, et Emma leva un sourcil, le regard inquisiteur. Elle ne savait pas ce qui dégoutait tant la surveillante dans ce métier, et il devait sûrement y avoir une bonne histoire derrière cela. Cependant, elle ne pouvait pas changer de sujet, elles avaient déjà perdu suffisamment de temps sans en rajouter. « Je n’ai jamais parlé de comédie, rassurez-vous » Dit-elle d’un air posé à l’adresse de Madeleine. Elle attendit que celle-ci poursuive ses explications, avant d’hocher la tête en conséquence. La jeune femme lui apprit qu’elle avait bel et bien des origines françaises, avant d’expliquer qu’elle se sentait bien à Lima et qu’elle n’avait pas vraiment envie de quitter cette ville qu’elle considérait comme sa maison. Étonnant, pensa Emma. D’ordinaire, elle ne croisait que des élèves impatients d’aller vivre loin de Lima et même de l’Ohio. Replaçant le tapis de la souris de son ordinateur du bout des doigts, la conseillère s’éclaircit la gorge avant de prendre de nouveau la parole. « Bien, bien. Oublions le tourisme si cela ne vous intéresse pas. Il y a des tas d’autres filières intéressantes, en rapport avec le cinéma par exemple. Scénariste, caméraman, réalisateur, directeur de photographie… et bien d’autres. Nul besoin d’être devant la caméra pour apporter sa contribution au monde cinématographique ». Nouveau sourire, nouveau regard encourageant.

Madeleine détourna les yeux de la conseillère et se mit à observer la chaise vide à ses côtés d’un air intéressé, si bien qu’Emma se demanda l’espace d’un instant si Jeremiah était de retour. Au bout de quelques secondes silencieuses cependant, la jeune femme lui demanda si tout cela valait vraiment la peine de faire autant d’efforts, car elle se sentait bien là où elle était. Cette remarque surprit Emma qui se demandait pourquoi Mad était là si elle n’était vraiment pas intéressée par un changement de vie radical. N’était-ce pas le but de leur entrevue ? Légèrement troublée, Emma n’en laissa rien paraitre et resta professionnelle jusqu’au bout. « Je ne peux pas décider pour vous, Madeleine. Ce n’est pas de moi dont il s’agit, je ne suis là que pour vous donner un coup de pouce ; pour vous aider à prendre les bonnes décisions. Mais si vous êtes venue jusqu’ici aujourd’hui pour me parler, c’est peut-être parce qu’au fond vous savez que vous valez mieux que tout ça. Je ne dénigre pas le métier de surveillant, certains sont faits pour cela. Mais vous ? Êtes-vous certaine que vos ambitions s’arrêtent là ? Posez-vous cette question. Vivre au jour le jour, cela ne peut durer qu’un temps malheureusement. Il arrive un moment où il faut être capable de regarder plus loin ».


Dernière édition par Emma Pillsbury le Mar 22 Nov - 5:34, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: 07. Conseillère et désorientation   Lun 14 Nov - 1:02

Si la rencontre entre la conseillère d’orientation du lycée et la surveillante la plus déjantée des environs avait été un match sportif, il était maintenant évident que la seconde était en train de perdre l’avantage. Elle avait pourtant dominé la première partie de l’entretien sans difficulté. Emma avait suivi les méandres de son imagination débridée, elle avait même accepté le principe de l’existence de son cher ami Jeremiah sans protester, mais maintenant, elle était bien forcée d’admettre que tout ceci n’était peut être qu’une stratégie fourbe de psychologue pour l’amener à baisser sa garde. Elle l’avait amadouée, elle avait acheté sa confiance avec ses grands yeux de biche qui la fixaient dans l’espoir de comprendre quelque chose à son comportement inconsistant. Et maintenant qu’elle l’avait dans sa poche, l’air de rien, elle prenait le contrôle de la conversation. Madeleine n’avait pas exactement conscience de ce qui était en train de se passer, trop stupéfiée par les mots qui venaient de s’échapper de la bouche de la rousse. Alors comme ça elle s’était renseignée sur elle ? Le lycée avait encore ses dossiers ? Dans les archives peut-être... mais... pourquoi serait-elle allée les chercher ? Est-ce qu’elle avait vraiment deviné ça toute seule ? Quel intérêt avait-elle à lui mentir de toute façon... Profondément troublée, Mad ramena ses fesses encore plus près du bord de l’assise de son fauteuil pour installer ses deux coudes sur la table et poser son menton dans l’espace de ses paumes. Sur son visage on pouvait lire sa perplexité face à ce discours que lui tenait la conseillère, mais aussi une once d’admiration. Elle était définitivement membre de la caste des psychologues qui rentrent dans la tête des gens pour en extraire toute la substance. Prise d’un frisson à l’idée que ses mots puissent trahir ce qu’elle pensait au fin fond de son esprit malade, Madeleine ne perdit pas pour autant le contact visuel direct qu’elle venait d’établir avec Emma. Quand bien même son interlocutrice eût-elle lu clair dans son jeu, et ce depuis belle lurette, elle n’allait pas se laisser abattre si facilement. Si elle avait réussi à en deviner autant sur elle, pourquoi ne pas essayer d’inverser les rôles ? Est-ce qu’elle était allée à McKinley aussi ? Vraisemblablement, elle n’avait pas été très populaire et l’image de Miss Pillsbury dans l’uniforme des Cheerios était tout simplement hilarante. L’imaginer porter une jupe à lanières aussi courte, agitant ses pompoms et sa poitrine en haut d’une pyramide, ça aurait presque soigné la dépression. De plus la manière dont elle parlait de ces dernières n’encourageait nullement à penser qu’elle avait fait partie de cette bande d’élite dans la jungle du lycée. Est-ce qu’elle avait toute sa vie été cette femme torturée par des troubles obsessionnels comme le voulait la rumeur ? En y réfléchissant bien, la plus mystérieuse des deux n’était pas celle qu’on aurait attendue, et le sourire encourageant d’Emma n’était qu’un écran de plus entre les apparences et la réalité. La surveillante aurait donné cher à cet instant pour avoir le droit de lire un peu dans les pensée de la jeune femme qui se tenait assise en face d’elle, et savoir ce qu’elle pensait vraiment de toute cette situation. Pourquoi tous ces compliments alors qu’elle ne l’avait jamais rencontrée ? Est-ce que ça faisait aussi partie du métier, dire des mots gentils, feindre une attention sans borne pour son sujet, tout ça dans le but de le pousser à la confidence et obtenir au final ce qu’on voulait de lui ?
    Vous êtes tout simplement époustouflante Miss P. Bon, sauf que j’avais de très bonnes notes au lycée parce que si j’avais le malheur de ramener un B à la maison j’étais bonne pour des punitions à n’en plus finir, vous voyez le genre. J’étais Cheerio, j’étais aussi dans le Glee club pour tout dire, et ça n’a pas grand chose à voir, mais fervente joueuse d’échec pour couronner le tout. Une grande époque de ma vie.

Riant à la dernière remarque d’Emma, elle était à présent fascinée par la facilité avec laquelle sa candeur et sa naïveté étaient venues à bout de sa résistance initiale. Où puisait-elle la force pour répondre à tous les élèves qui venaient d’un air revêche dans ce bureau. Plus on lui parlait de ce qu’elle voulait ou ne pas faire plus Madeleine se renfrognait dans une attitude rebelle et un mutisme à toute épreuve, alors pourquoi est-ce que ce serait différent cette fois-ci ? Pourquoi était-elle en train de céder à quelques sourires et quelques remarques enjolivant les maigres qualités qu’elle avait et qui cachaient tant bien que mal une tonne de défauts dont elle avait elle-même conscience ? La flatterie seule ne pouvait pas l’expliquer, elle s’en voulait presque de bien se comporter pour un peu de flagornerie. Son ego qui avait d’abord profité de ces quelques phrases commençait à faire des siennes. Est-ce qu’on se moquait d’elle ? Comme une enfant qui a su rester assise sagement sur sa chaise sans mot dire pendant tout le repas, elle sentait monter en elle l’envie irrépressible de faire des bêtises et de chercher jusqu’où irait la patience de cette maman poule à grande échelle pour le lycée.
    Mais j’aimerais bien savoir d’où vous tenez tout ça ? Vous n’allez quand même pas me dire que c’est Jeremiah qui vous l’a soufflé...

Le sarcasme dans sa voix était limpide, ses doigts fins qui étaient posés le long de ses joues alors qu’elle était toujours installée tout près de la conseillère se crispèrent et en se redressant elle joint ses mains pour entremêler ses phalanges. Elle n’aimait pas être mise en position de faiblesse et surtout elle avait en sainte horreur que les gens l’exposent. Si Figgins avait droit à un rapport sur ce petit entretien, elle ferait un scandale. Pendant une seconde elle se représentait la scène mélodramatique de sa démission plaquée sur le bureau puis de la porte vitrée claquée derrière elle, elle rentrerait dans son studio comme une furie, indignée qu’on se soit permis de violer son intimité, ferait ses valises et disparaîtrait une fois de plus. L’ancienne Mad aurait très certainement fait ça. Mais est-ce qu’elle le referait encore ? Est-ce qu’elle n’était pas bien à sa place. Il n’y avait rien de véritablement dramatique dans ce qu’elle disait... Poussant un soupir profond et sonore, la surveillante se rassit dans le fond du fauteuil avec une moue boudeuse. Elle n’avait pas envie de ressasser tous ces vieux souvenirs : le lycée, ses parents, ses études. Est-ce qu’on ne pouvait pas passer à autre chose ? Percer dans le monde du cinéma en venant de Lima, elle ne voyait pas bien comment elle pourrait y arriver sans piston quelconque. Apporter le café à un réalisateur n’était pas exactement une carrière plus enviable que celle de surveillante, dans laquelle au moins elle pouvait boire le café qu’elle faisait sans avoir à se soucier des autres (ou juste un peu de Sue Sylvester si elle découvrait qu’elle tapait parfois dans ses réserves). Jouer la comédie... Elle savait faire. Elle passait son temps à le faire. Sa vie n’était qu’une vaste comédie. Mais elle n’avait pas la moindre intention de tomber dans cette espèce de solution de facilité qui la pousserait à suivre le chemin tracé pour elle par ses géniteurs depuis volatilisés. De plus en plus irritée, la surveillante se renfrognait comme une enfant qu’on aurait vexée avec un compliment mal placé. Elle avait besoin de prendre ses distances avec tout ce sérieux qui commençait sérieusement à lui miner le moral. Regardant avec plus d’insistance Tristana dans le siège d’à côté, elle était tentée de lui demander tout haut ce qu’elle venait faire là. Mais un brève œillade en direction de la conseillère qui attendait sa réponse en épiant ses moindres réactions l’en dissuada. Si elle se permettait encore de jouer la carte de la folie, elle serait définitivement bonne pour l’hôpital psychiatrique. Rajustant sa jupe sur ses jambes pour la enième fois depuis le début de l’entretien, elle passa même les doigts sur l’une de ses chaussures pour en ôter un peu de poussière, cherchant en vain la bonne attitude à adopter. Au final le silence devint trop pesant pour la blonde qui n’en pouvait plus de cette atmosphère lourde, de ces questions existentielles, de cette pression qu’on venait de mettre sur ces épaules.
    Est-ce que je vaux mieux que ça... Ouais, peut-être, mais et alors ? Je veux dire, pourquoi est-ce qu’on aurait pas le droit de vivre sa vie comme elle vient ? Si j’avais épousé le premier idiot très riche qui me passait sous la main tout le monde aurait trouvé ça normal que je ne fasse rien de particulier et et ça aurait même été drôle que je passe le temps en jouant les surveillantes. Peut-être que c’est ça que j’ai raté au fond. Ou alors je ferais mieux de continuer à bouger, je pourrais claquer la porte comme Désirée tiens, plus de nouvelle pour personne et puis juste pfiouf.

Ses paroles étaient de plus en plus incohérentes, elles sortaient sans ordre ni raison, sa poitrine était lourde d’amertume et elle n’avait jamais été aussi près de tout envoyer valser dans la pièce. Se relevant d’un bond, la surveillante ne supportait plus de voir le regard d’Emma sur elle. Elle se dirigea vers la baie vitrée sans jeter un regard derrière elle vers la jeune femme qui avait sûrement l’air déçue, ou désorientée, un comble...
    En fait, je n’avais même pas l’intention de venir vous savez... Mais je me suis dit que je m’amuserais un peu avec vous, qu’on passerait un bon moment, que je pourrais rire. Et voilà que tout va de travers ! Ah non, ça ne va pas ! Je proteste, tout à fait, je proteste tu m’entends.

Pointant un doigt menaçant vers la chaise vide elle jetait un regard noir vers la personne qu’elle seule était en mesure de voir et sur qui elle était en train de rejeter toute la culpabilité de l’échec de son plan machiavélique pour s’amuser tout en se débarrassant de l’insupportable principal.
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MessageSujet: Re: 07. Conseillère et désorientation   Mar 22 Nov - 7:00

La discussion entre la conseillère d’orientation et la surveillante avait pris un tournant des plus intéressants : il n’était plus question des cafés de chez Starbucks, ni même de ce cher Jeremiah. Non. Désormais, les choses étaient devenues bien plus sérieuses et Emma sentait qu’en dépit de l’allure qu’elle voulait bien se donner, Madeleine était bien plus troublée par ces questions qu’elle ne le laissait paraitre. Au fil des années, Emma avait appris à observer les personnes autour d’elle : à étudier l’expression de leur visage tout comme sonder le blanc de leurs yeux afin d’y trouver peut-être quelques réponses qui demeuraient jusque-là introuvables. Cela lui avait permis d’éviter quelques questions dont les réponses étaient peintes sur ces visages, et dans le métier qu’elle exerçait, c’était une chose qu’il ne fallait jamais négliger. Elle avait appris à ses dépens que les apparences étaient souvent plus trompeuses que l’on ne l’imaginait. Ainsi, ces footballers qui se donnaient des airs de caïds étaient pour la plupart des personnes sensibles n’ayant trouvé d’autre moyen que de cacher leurs faiblesses pour s’imposer dans un monde qui ne laisse pas de place à la pitié. Quant à ces cheerleader qui avaient l’air plus bêtes encore que leurs pieds, il ne fallait jamais les sous-estimer. Elles avaient beau posséder des mèches d’un blond de blé et un teint diaphane qui leur donnait un air angélique, elles étaient le plus souvent des jeunes femmes redoutables qui savent ce qu’elles veulent mais qui connaissent surtout les moyens de l’obtenir.

C’était son travail qui avait aidé Emma à se rendre compte de certaines choses qui sont invisibles aux yeux de la plupart des gens. Et il s’avérait que lorsqu’elle regardait Madeleine droit dans les yeux, elle voyait au-delà de ses traits fins et de l’expression presque indifférente qui était esquissée sur son visage. Dans son regard clair, elle voyait également une certaine anxiété mais surtout de la peur. L’intéressée pouvait toujours dire ce qu’elle voulait, au fond, elle avait peut-être vingt-trois ans mais elle restait aussi perplexe devant son avenir que tous ces adolescents qui, jour après jour, se dirigeaient vers le bureau de Ms P afin de trouver des perspectives d’avenir alléchantes et qui pourrait éventuellement leur correspondre. Et si l’on pouvait penser qu’avec les années on gagnait en maturité, en sang-froid et en confiance en soi, il s’avérait parfois que lorsque l’on grandissait, les choix étaient plus difficiles à faire. Emma, plus que personne, en savait quelque chose. Elle qui avait lutté pendant longtemps contre sa phobie avait peu à peu perdu espoir, ses résolutions s’envolant. Et quand il avait fallu retrouver son courage pour se battre de nouveau, cela avait été bien plus difficile que prévu, à l’image de tous ces autres choix qu’elle avait dû faire et qui avaient été parfois douloureux à faire.

En dépit de l’air arboré par Madeleine, Emma savait qu’elle avait suscité son intérêt en lui faisant la description de ce qu’elle pensait être la Mad version lycéenne à McKinley High. Ni l’une ni l’autre ne rompit le contact qui s’était établi naturellement entre elles : leurs regards se confrontaient et ne se quittaient plus. La conseillère d’orientation patienta plusieurs secondes, non sans essayer d’imaginer la réaction que la surveillante aurait suite à ses paroles. Peut-être le prendrait-elle mal ? Après tout, elle pouvait très bien se demander pour qui elle se prenait pour émettre des jugements aussi hâtifs, sans même la connaitre. Ou peut-être serait-elle tout simplement désorientée. Emma ne savait pas si elle avait vu juste ou non dans le portrait qu’elle avait dressé de Madeleine, il était impossible de le savoir. D’ordinaire, son intuition ne la trompait pas et il était rare qu’elle fasse une erreur, après tout elle avait étudié la psychologie et était capable d’interpréter certaines choses. Cependant, elle n’était jamais à l’abri d’un impair.

Madeleine ne tarda néanmoins pas à lui avouer qu’elle la trouvait « époustouflante », car tel était bel et bien l’adjectif qu’elle avait emprunté. Emma se redressa sur sa chaise, arquant un sourcil d’un air intéressé. La surveillante rectifia une chose en ce qui concernant les notes qu’elle avait, puis ajouta qu’en plus d’être cheerios et choriste dans le Glee Club du lycée, elle jouait également aux échecs. La conseillère acquiesça d’un signe du menton, l’air impressionnée. Elle était surprise, et pourtant cela ne l’étonnait qu’à moitié : elle avait su reconnaitre l’intelligence de Mad… Et oui, il fallait être brillant pour s’inventer des conversations avec un personnage imaginaire ! « Membre du Glee Club, vraiment ? Cheerios, choriste, et joueuse d’échecs de surcroit… vous n’avez donc peur de rien » Ajouta-t-elle, un sourire chaleureux redessinant ses lèvres. Elle hocha la tête un instant, puis rencontra de nouveau le regard clair de son interlocutrice. « Un bon point pour vous, j’imagine. Je n’aurais personnellement jamais eu le cran de jouer sur tous ces tableaux en même temps ». Une moue rieuse éclaira alors son visage. Elle qui n’avait jamais eu le courage de rejoindre le Glee Club de McKinley, ou même le club de mathématiques, ne pouvait qu’être fascinée par la force de caractère de ce petit bout de femme qui se tenait face à elle.

Quelque chose changea graduellement dans le regard de cette dernière, et Emma s’intéressa de nouveau à ces jolis yeux bleus pour essayer d’y comprendre quelque chose. Cela semblait plutôt confus, et ce ne fut que lorsque Mad reprit la parole qu’elle comprit que quelque chose clochait, une fois de plus. L’impatience se faisait entendre dans le ton de sa voix, et la conseillère fronça les sourcils un instant, avant de répondre à sa question. « Je ne fais que deviner les choses, Madeleine. Rien de plus… et je ne suis pas infaillible non plus ». Et elle avait raison : elle était par exemple incapable de prédire la façon dont les choses évolueraient. Après tout, elle avait perdu pied plus d’une fois lors de cet entretien et si Emma devait faire un top dix des conversations les plus étranges qu’elle ait eu l’occasion de tenir dans sa vie, alors celle-ci obtiendrait sans l’ombre d’un doute une bonne place dans le classement.

La jeune femme réprima un soupir quand Mad, assise devant elle, ne se gêna pas pour le faire et soupira lourdement. Ses traits se firent boudeurs, et Emma n’en perdit bien évidemment pas une seule miette. Elle avait sûrement sous-estimé le caractère lunatique de la jolie blonde : en dépit de ces rebondissements survenus lors de leur conversation, elle semblait être capable de la surprendre encore un peu plus à chaque fois. Elle avait beaucoup de talent en la matière : cela ne pouvait se discuter. S’ensuivit alors un long discours de la surveillante qui lui demanda pourquoi elle devrait impérativement changer de vie, et ce même si elle valait mieux que le métier qu’elle occupait pour le moment. La frustration se faisait sentir à travers ses paroles, et Emma n’osa pas l’interrompre. La dernière phrase de Madeleine la désarçonna toutefois, lorsqu’elle fit mention de Désirée. La conseillère en resta pantoise un instant. Oui, Désirée était partie. Du jour au lendemain, sans crier gare elle avait décidé de quitter le lycée, Lima, et ses amis. Ses amis…

Le regard de la jeune femme se voila de tristesse tandis qu’elle baissait les yeux vers son bureau. Elle n’avait pas bien vécu le départ de la jolie blonde enthousiaste et dynamisme au possible, et si Will n’avait pas été là à ce moment-là pour lui apporter du réconfort, cela aurait été sans doute encore pire. Désirée avait été le petit rayon de soleil de sa vie, et cela n’avait rien à voir avec la blondeur de ses cheveux. Elle était aux antipodes d’Emma : déjantée quand elle était réservée, extravertie quand elle était introvertie, amusante quand elle était renfermée sur elle-même. Irresponsable aussi, certes, mais ce n’était pas toujours un défaut que de voir la vie comme un défi permanent, et vivre au jour le jour sans penser aux conséquences de ses actes avait un côté libérateur. En dépit de leurs différences, elles avaient trouvé en chacune une amie inestimable. Enfin… c’était toutefois ce qu’Emma avait pensé jusqu’à ce que soudainement, elle ne reçoive plus de ses nouvelles. Elle n’avait jamais su ce qu’il s’était passé, et n’avait d’ailleurs jamais eu d’explications. Le fait était que la jolie blonde avait mis les voiles sans l’en avertir.

Soupirant bel et bien cette fois, Emma ne détacha son regard de son bureau qu’après plusieurs secondes hésitantes. Elle n’osa pas répondre à Madeleine, toujours troublée par ses dernières paroles. Elle laissa même la surveillante se lever d’un bond sans esquisser le moindre geste pour l’en dissuader. Celle-ci se dirigea vers la baie vitrée qui donnait sur les couloirs de McKinley High, et lui avoua qu’elle n’avait même voulu venir dans ce bureau pour lui parler, mais qu’elle avait décidé de le faire simplement pour s’amuser un peu de la situation. Étonnamment, Emma ne fut pas si surprise de l’entendre dire ça. Elle n’était même pas en colère. Les choses prenaient leur sens désormais. Madeleine n’avait jamais désiré ce rendez-vous, Figgins avait dû lui mentir et elle s’était laissée bernée sans opposer de résistance. Cela l’attristait plus qu’autre chose, en réalité. Madeleine ne prenait donc pas son futur au sérieux, et tout ceci n’avait été qu’une vaste plaisanterie.

Pourtant, Emma avait vu au fond de ses yeux qu’elle avait remué quelque chose en elle. Et après plusieurs secondes de réflexion, elle se rendait compte que la réaction même de Mad était significative. Peut-être avait-elle finalement réussi à lui faire prendre conscience de certaines choses. Ainsi, elle s’éclaircit la gorge et, effaçant toute trace de déception de ses traits, elle retrouva son empathie coutumière. « Je le répète : ce n’est pas à moi de faire ces choix. Mais vous avez beau dire que vous êtes venue ici dans le seul but de vous moquer de moi, je ne suis pas sûre que cela soit là l’unique raison. Réfléchissez-y bien, c’est un conseil. Le futur, l’avenir, ce sont peut-être des notions vagues pour un adolescent, mais pas pour vous. Vous travaillez chaque jour avec des lycéens ayant peut-être de grandes ambitions, mais qui n’ont pas les moyens de les réaliser. Vous avez ce choix, vous. Vous êtes jeune, vous avez encore l’avenir devant vous, mais croyez-moi le temps passe plus vite que ce que l’on pense ».

Emma souffla une seconde, profitant de ce laps de temps pour accrocher le regard de Madeleine. Elle ne souriait plus désormais, son air sérieux ne laissant plus place à ce genre de choses. « Alors en effet, si vous voulez passer le reste de votre vie dans ce lycée, c’est votre choix et personne ne pourra vous le reprocher. Mais prenez au moins le temps d’y réfléchir un peu. Juste pour être sûre que c’est ce que vous désirez ». La jeune femme détourna ses grands yeux bruns de ceux de la surveillante et prit entre ses mains un dossier posé au bord de la table, qu’elle ouvrit devant elle. Elle sourit en voyant la photo en haut à droite de la première page, puis eut un soupir. Relevant son regard vers Mad, elle finit par lui adresser quelques nouvelles paroles. « En tout cas, quand vous y aurez songé - si toutefois vous décidez de suivre mes conseils - sachez que la porte de ce bureau sera toujours ouverte pour vous si vous le souhaitez. Je serais ravie de pouvoir vous aider ».
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MessageSujet: Re: 07. Conseillère et désorientation   Lun 5 Déc - 10:27

Emma Pillsbury était un être hors du commun. Quand on la regardait, on pouvait lire sur son visage tout l’intérêt qu’elle vous portait. Elle vous dévorait de ses grands yeux bruns brillant d’innocence et de bonne volonté, et à cet instant précis, Madeleine avait l’impression d’être au centre du monde tant la conseillère d’orientation semblait prêter attention au moindre détail de ses changements d’humeur et d’expression. Pour une raison qu’elle ne parvenait pas à s’expliquer, elle n’arrivait pas à la traiter par le mépris et à ignorer ses efforts pour tenter de l’intéresser, comme elle l’avait un temps envisagé. Elle aurait voulu être capable de lui rire au nez de manière cynique et de rabaisser son analyse pour se venger d’avoir été si vite percée à jour, mais rien n’y faisait, elle ne parvenait pas à être méchante. La surveillante aurait aimé croire qu’au-delà de son salaire, elle exerçait cette profession pour aider les adolescents à grandir, et que tous ces pamphlets aux noms plus hallucinants et inquiétants les uns que les autres n’étaient qu’une forme de décoration dans un bureau rangé avec soin, que le véritable conseil étant plus personnalisé, qu’elle n’était pas rebutée par un dialogue plus intime qui la mettrait elle aussi en danger. Et quand elle l’entendait parler de sa propre expérience à demi mots, la jeune femme se surprenait à sincèrement croire ce qu’elle lui racontait. Emma était peut-être aussi une personne en plus d’une psychologue après tout. Fronçant les lèvres sur le côté elle montrait sa perplexité de manière assez peu discrète, mais son regard n’était pas aussi agressif qu’il aurait pu l’être. En se montrant aussi froide avec son interlocutrice elle essayait surtout de ne pas tomber dans un piège qu’elle avait imaginé toute seule. Trop de mauvaises expériences avec les psys la poussait à la méfiance et pour une infime partie de sa confiance accordée, c’était une nouvelle vague de reproche imaginaires qu’elle essayait de lui adresser. Depuis quand était-elle devenue amère à ce point ? Est-ce qu’être Madeleine Wild ce n’était pas par définition aller toujours bien, être toujours souriante, dynamique, enjouée ? Pourquoi est-ce qu’il fallait qu’elle soit touchée par cette conversation qui n’avait pas lieu d’être ? Autant de questions qui l’assaillaient et auxquelles elle n’avait pas envie de chercher de réponses. Emma avait pris une voix plus réservée, visiblement blessée par sa remarque sur ses talents d’analyse. Mordant l’intérieur de sa lèvre inférieure, la surveillante était déchirée entre l’envie d’être agréable à cette rouquine des plus sympathiques qui avait accepté de jouer le jeu en suivant son petit manège et qui ne faisant pas d’économies sur les efforts qu’elle déployait pour essayer de comprendre ce qui lui conviendrait le mieux si elle décidait de changer de son quotidien somme toute médiocre.

Plus la conversation avançait plus elle avait du mal à faire la part des choses entre ce qu’elle vivait, ce qu’elle voulait, ce qu’on lui conseillait. Tout se mélangeait sans distinction dans sa tête, finissant par former des scénarios complètement invraisemblables où elle faisait des études de cinéma pour devenir réalisatrice et menait une vie rangée en continuant à travailler à McKinley. Tout cela n’avait aucun sens. Comme si elle était capable de reprendre des études. Elle n’en avait pas la force pour le moment, c’était certain. Se lever pour aller travailler était déjà un crève-cœur, alors affronter une bande d’étudiants bien plus jeunes et plus ambitieux qu’elle non merci. Mais après tout rien n’est impossible si l’on s’en donne les moyens... S’en donner les moyens... Cela aurait signifié sortir de son traintrain quotidien, quitter cette espèce de zone de confort qu’elle avait réussi à se créer entre la précarité et la facilité. Elle aimait être à Lima, elle aimait jouer les surveillantes, elle aimait vivre comme une éternelle adolescente. Mais surtout elle avait peur de découvrir ce que grandir pourrait signifier. On la trainait de force dans un monde d’adultes où les complications avaient l’air d’être bien plus nombreuses et encore moins réjouissantes que celle de l’adolescence. Au final en perdant Désirée elle avait perdu la seule personne de son âge qui semblait comprendre ses réticences à accepter de vieillir.

L’évocation de son nom ne laissa d’ailleurs pas de marbre la conseillère qui eu l’air profondément attristée par cette remarque qui était somme toute assez anodine et qui n’avait absolument pas pour but de la piquer au vif. Mad avait eu envie de s’excuser immédiatement mais elle ne savait pas comment, ni pourquoi, et elle se serait sentie bête de demander pardon pour quelque chose qu’elle ne comprenait pas. Ce visage triste, toute cette peine latente qu’elle venait de réveiller sans s’en rendre compte, tout ceci était insupportable, la forçant à se lever pour rompre le contact de plus en plus imposant. Elle ne comprenait plus le véritable but de ce rendez-vous. Est-ce qu’on parlait d’elle, de son futur, de son passé, de Désirée, d’Emma... La conversation ne faisait aucun sens et les nerfs à vifs de la surveillante qui voyait le temps s’écouler sur le bracelet de sa montre étaient sur le point de lâcher. Le fait de s’être éloignée de quelques pas l’avait aidée à garder son calme, mais elle ne réussissait pas à tempérer toute l’excitation qui bouillait en elle. Elle se sentait coupable d’avoir joué avec les sentiments de la rousse qui l’avait accueillie pleine de bonnes intentions, prête à la guider et à l’aider dans les méandres de l’orientation professionnelle. Perdant le contrôle pendant une seconde, la blonde interpela son amie imaginaire mais en se retournant, elle était seule avec la conseillère. Aucun fantôme à l’horizon pour l’aider à se tirer de ce mauvais pas. Il n’y avait qu’elle et ses torts. C’était vrai qu’elle était venue pour se moquer, mais de l’entendre de la bouche de la victime de cette vilaine plaisanterie, c’était tout à fait autre chose. Ses yeux bleus ne parvenaient plus à se détacher de ceux d’Emma qui n’avait plus la même douceur, ni dans la voix, ni dans le regard. On s’était moquée de son travail et d’elle, à sa place Madeleine aurait pris la mouche pour bien moins que cela. Ses mots avaient l’effet d’une détonation dans sa poitrine. Pourquoi fallait-il qu’elle tape aussi juste dans tout ce qu’elle disait ? Le contraste entre le calme olympien qu’elle avait choisi d’adopter et la crise de nerf qui pointait son nez du côté Wild était frappant. Regardant deux Cheerios passer dans le couloir à côté d’elle de l’autre côté de la vitre en lui jetant un regard interrogateur et moqueur, Madeleine les dévisagea d’un regard noir pour évacuer les derniers restes de colère. Soufflant un grand coup, secouant ses épaules pour détendre ses muscles qui s’étaient crispés, elle revint tout doucement vers le bureau et fit le tour de celui-ci pour se mettre à côté d’Emma. La regardant avec un grand sourire qui effaçait tous les tracas par lesquels elle était passée, elle se pencha brusquement vers la conseillère pour enlacer ses épaules et la serrer dans ses bras. Une fois qu’elle eut fini ce câlin aussi rapide qu’inattendu, elle retourna de l’autre côté du bureau, ramassa ses affaires et droite comme un i devant la rangée de présentoirs pour les divers pamphlets, brisa le silence d’une voix amicale :
    Je suis désolée. Je ne voulais pas m’énerver contre vous et je suis désolée de ne pas vous avoir prise au sérieux. Vous avez été remarquable, vraiment, de ne pas vous être moquée de Jeremiah, d’avoir écouté ce que j’avais à dire, tout ça...

L aissant un moment de silence, elle ne savait plus quoi dire avant de partir. Leur conversation n’avait pas été des plus enrichissantes du point de vue officiel : elle n’avait toujours pas la moindre idée de ce qu’elle pourrait faire de sa vie quand elle se serait lassée de McKinley et de tous ces lycéens détraqués. Mais au moins, elle avait au moins eu la chance de se confronter à la vraie Miss P. et elle n’était pas prête d’oublier ce regard brun décidé qui avait réussi à la faire chanceler. Quelque chose lui disait qu’elles allaient être amenées à se revoir pour des raisons toutes autres, mais ça, seul l’avenir le dirait.
    Bon eh bien, je suppose qu’on se reverra... Quand j’aurai une idée... ou pour un café Miss P.


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07. Conseillère et désorientation

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