Choriste du mois

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 08. [Hamilton's] Last thursday night

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MessageSujet: 08. [Hamilton's] Last thursday night   08. [Hamilton's] Last thursday night EmptyVen 19 Aoû - 20:51

Le doigt posé sur la sonnette, Ashandra hésita un instant avant d’enfoncer le bouton, elle aurait volontiers pris cinq minutes supplémentaires pour respirer et se préparer à cette soirée. Mais c’était sans compter sur le bruit de l’arrosage automatique qui la fit tressauter et déclencha la cloche au son clair qui marquait la fin de ses hésitations. Elle était devant la porte des Hamilton et pour la première fois de sa vie, elle allait passer la nuit chez une autre fille. À la fois paniquée et excitée, elle attendait qu’on vienne lui ouvrir la porte de cette grande maison à la façade blanche qui ne faisait qu’ajouter à la très forte impression que Cassandra faisait sur elle.

Peu de temps après son entrée au lycée de Lima elle avait découvert l’existence du club de chasteté qui l’avait immédiatement emballée. Il n’existait pas de club de ce genre dans son ancien lycée, et elle n’aurait de toute façon pas eu de raison de le rejoindre. Mais avec la nouvelle tournure qu’avait prise sa vie, ce club était un envoyé de Dieu. Elle était sûre d’y rencontrer des gens qui partageaient sa nouvelle philosophie de vie, qui ne jugeraient pas son choix et qui la comprendraient. Quand elle avait poussé la porte du club pour la première fois, elle avait senti se poser sur elle les regards condescendants des quelques élèves qui traînaient encore dans les couloirs après que la cloche avait retenti marquant la fin des cours de l’après-midi. Leur avis avait bien peu de valeur à ses yeux, ils n’étaient que des anonymes qui n’avaient pas compris que la vie est parfois cruelle et qu’il vaut mieux remettre son destin entre les mains de Dieu et espérer faire partie des élus. Bien qu’elle fût persuadée de rencontrer toutes ces personnes merveilleuses qu’elle s’était figurées depuis qu’elle avait décroché le papier du panneau d’affichage dans l’entrée, Ashandra avait la gorge nouée par l’appréhension. Et s’il n’y avait personne ? Et si le club était fermé à de nouveaux membres ? Mais dans ce cas pourquoi poser des affiches de campagne de recrutement ? Rien n’était plus certain pour la jeune fille, jusqu’à ce que son regard croise celui de Cassandra Hamilton. Elle se tenait droite au milieu de la salle, à organiser quelques papiers qu’elle tenait dans ses mains. Elle avait l’air d’un ange. La vue de cette jolie jeune fille blonde apaisa en un instant toutes les craintes de Shandy qui allait immédiatement lui accorder toute sa confiance contre toute forme de rationalité. Elle avait l’aura des personnes fortes, qui savent mener les foules, elle rayonnait aux yeux de la lycéenne, littéralement. Au sein de ce club, elle se sentait à l’abri et osait même soutenir le regard de ses camarades pour plus de quelques secondes, toujours souriante et plus épanouie que jamais. C’était comme un refuge que Dieu lui avait ménagé dans ce nouvel enfer peuplé de Santana Lopez et autres dangers qu’était le lycée William McKinley. Même si en dehors des murs du club sa situation restait inchangée, son admiration pour la force et la détermination de Cassandra était une lumière au bout de son tunnel d’ennuis. C’est pourquoi lorsqu’elle avait été invitée par la présidente en personne quelques jours auparavant son sang n’avait fait qu’un tour. Si la couleur de ses joues n’avait pas été si sombre, elle aurait probablement rougi comme une tomate, mais à défaut de prendre de telles couleurs ses yeux se mirent à briller comme jamais. Jamais elle n’aurait espéré être assez proche de la présidente du club pour oser espérer être considérée comme une amie. Mais non seulement il semblait que les sentiments amicaux qu’elle éprouvait pour la blonde étaient réciproques, mais ils lui valaient même sa première invitation à une pyjama party !

Sa mère avait d’abord été contre, clamant qu’on ne pouvait pas déranger les gens comme cela un jour de la semaine et qu’elle ne pouvait pas manquer la répétition de la chorale pour l’office de dimanche. Mais Ashandra avait défendu sa cause en promettant de faire la vaisselle pour un mois, elle ne ratait jamais une seule répétition, toujours la première à arriver pour arranger les livrets et les pupitres, toujours la dernière pour éteindre les lumières après avoir replié les chaises. Pour une fois qu’elle demandait quelque chose d’un peu égoïste. Après toute une soirée à jouer au chat et à la souris dans la maison, Dracy Moon avait fini par céder en donnant sa bénédiction pour cette petite soirée entre filles. La lycéenne était tellement excitée qu’elle n’en avait presque pas dormi de la nuit et qu’elle avait même dû boire un grand bol de café en cachette le matin pour s’assurer de tenir le coup toute la journée et de ne pas s’endormir au cours de la soirée tant attendue. À la fin des cours, elle n’avait pas attendu son frère Damon pour se précipiter à l’arrêt du bus scolaire et rentrer chez elle se préparer.

Elle n’avait jamais été invitée à ce genre de fête, et elle ne savait même pas s’il y aurait d’autres filles du lycée. Ouvrant son placard maigrement garni elle en avait tiré une chemise de nuit bleu uni qu’elle déposa sur le lit à côté de son petit sac à dos en cuir. Est-ce qu’elle devait amener quelque chose pour ses hôtes ? Est-ce qu’elle aurait dû s’arrêter à l’épicerie sur le chemin du retour pour acheter quelques sucreries à partager ? En pensant à ces bonbons qu’elle n’avait pas achetés Ashandra fourra sa brosse à dents et son tube de dentifrice dans le sac. Sur le chemin entre sa chambre et la salle de bain, elle avait croisé son frère, qui posa sur elle un regard amusé. Que pouvait-il penser de sa grande sœur qui n’avait jamais eu de talent dans les relations amicales et qui se faisait visiblement un monde d’une simple soirée entre filles ? Peut-être qu’il se moquait, mais Ashandra était bien trop heureuse pour s’en soucier et elle l’ignora en claquant sa porte. Après avoir longuement considéré son placard à nouveau, elle troqua finalement la chemise de nuit contre un pyjama dépareillé composé d’un short rayé qui arrivait à mi cuisse (et qui était à n’en pas douter le vêtement le plus court qu’elle ait en sa possession) et d’un t-shirt trop large à l’effigie de la chorale de Des Moines qu’elle n’avait pas eu le cœur de jeter. La photo imprimée dans le dos était un peu usée par de nombreux lavages, mais on y discernait encore clairement la façade de l’église et les rangées de robes violettes du chœur. Sa mère ne savait pas qu’elle l'avait gardé et elle ne l’avait encore jamais sorti depuis leur arrivée à Lima quelques mois plus tôt. Elle le laverait probablement à la main pour ne pas prendre le risque de le voir disparaître avec tous les autres souvenirs de leur vie passée qui tombaient entre les mains de Dracy. Mais cela lui faisait plaisir de le porter ce soir-là, peut-être que Cassandra lui poserait des questions à ce sujet, et elle aurait l’occasion de parler de sa chorale, passée et présente. Elle aurait aimé savoir si Cassandra chantait aussi, elle aurait aimé savoir tout un tas de choses à son sujet, et maintenant que la porte s’ouvrait devant elle, ça allait être l’occasion ou jamais d’assouvir sa curiosité.

À sa grande surprise ce ne fut pas sa camarade qui vint lui ouvrir la porte mais la mère de celle-ci, qui l’accueillit avec un sourire bienveillant. Elle ressemblait terriblement à sa fille, et la timidité fit rosir les joues de Shandy une fois de plus. Et si elle s’était trompée de jour ? Et si elle était là trop tôt ? Au final elle avait amené une petite boîte de dragées qu’elle gardait comme gourmandise les soirées où le moral n’était pas au mieux de sa forme. Ses doigts se refermèrent un peu plus fort sur la boîte qu’elle tenait dans son dos alors qu’elle ouvrait la bouche :
    Je… Bonjour ! Je suis Ashandra, j’ai été invitée par Cassandra… Je…

Il fallait vraiment qu’elle apprenne à ne plus bafouiller à toutes ses phrases, les gens devaient la détester à force d’entendre sa voix trébucher sur chaque mot. Mais elle tâcha de dissimuler son malaise derrière un large sourire, essuya ses pieds pourtant propres sur le paillasson et suivit le chemin qu’on lui indiquait pour se rendre dans la chambre de tous les mystères. Frappant deux petits coups secs, elle passa la tête par l’entrebâillement de la porte et lança d’une voix discrète mais suffisamment claire pour se faire entendre :
    Bonsoir ! J’espère que je ne suis pas en avance… Je euh, je t’ai apporté une boîte de bonbons, je ne savais pas trop ce que tu aimais donc… Ce sont mes préférés ! Je crois qu’on ne les trouve pas ici, enfin je ne les ai pas cherchés…

Il était tellement évident qu’elle était nerveuse, à s’entendre parler ainsi sans pouvoir s’arrêter Ashandra avait honte de son ignorance totale des conventions à suivre entre amies. Néanmoins elle finit par tendre la petite boîte après être complètement entrée sans oser fermer la porte et repartit pour quelques platitudes supplémentaires censées noyer la tension.
    C’est très joli chez toi, vraiment… Les fleurs devant sont… très jolies.



Dernière édition par Ashandra Moon le Ven 18 Nov - 1:04, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: 08. [Hamilton's] Last thursday night   08. [Hamilton's] Last thursday night EmptyDim 21 Aoû - 16:55

La famille Hamilton était - et probablement serait-elle toujours - de ce genre de famille pour laquelle l'imprévu n'a pas sa place. On se levait tous les jours à 7h - même les week end, surtout les week end - à 7h30 c'était inspection générale au pied de l'escalier, on dînait toujours à 19h, autour de la table du salon, sans aucune distraction et on éteignait toutes les lumières à 21h, même si Cassandra suspectait ses parents de veiller bien plus tard qu'ils ne le prétendaient. Définitivement, la famille Hamilton aimait beaucoup se complaire dans ses petites habitudes. Alors quand Cassandra évoqua à ses parents, avec une pudeur dont elle usait toujours en leur présence, l'éventualité d'inviter une amie sous leur toit, elle s'y était pris des semaines à l'avance. Sa mère avait paru surprise, mais ce genre de surprise qui mêlait un certain enthousiasme, comme réagirait une mère ordinaire lorsque sa fille, peu gâtée par la nature, lui révélerait l'existence d'un véritable petit copain. Cassandra n'en était pas encore à ce stade, mais elle savait, au fond, que la réponse serait positive. Sa mère avait feint hésiter, un moment, avant de lui accorder cette faveur dont Grace comptait bien profiter elle aussi, un beau jour.

Grace, c'était l'imprévue de la famille. Personne ne savait véritablement de qui elle tenait mais la bonne humeur qu'elle dégageait suffisait à éclaircir le doute. Ce jour là elle n'avait cessé de questionner sa sœur sur l'identité de cette amie, sur ce qu'elle avait planifié et surtout si ses plans la comprenaient elle. Et lorsque Cassandra évoqua le nom d'Ashandra, tout ce qu'elle trouva à dire était qu'elle avait des atouts avantageux, comparé à elle, et que Kate - qui n'était pas son amie mais qui le serait, un jour, selon elle - disait qu'il valait mieux avoir deux gros seins qu'un gros cerveau. C'était certainement la chose la plus stupide que Cassandra n'avait jamais entendue et cela l'angoissait d'autant plus à l'idée d'abandonner sa soeur au lycée, l'année prochaine.

Dans un sens elle n'avait pas tort, Ashandra n'avait rien à envier au visage d'ange et à la chevelure dorée de Cassandra. Lorsqu'elle l'avait vue franchir le seuil de la porte du Club, la première fois, elle n'avait pu s'empêcher de croire qu'elle s'était trompée. Et à cet instant, Cassandra savait qu'en lui ouvrant la porte, sa mère penserait exactement la même chose. Mais elle avait fini par voir en elle la fille totalement perdue qu'elle s'était promis d'aider. Ashandra n'était pas qu'une proie facile à ses yeux, elle n'était pas que la nouvelle qu'il fallait recruter, elle était venue à elle, elle était sa mission divine.

Assise sur son tabouret, les genoux collés, droit devant son miroir, Cassandra commençait à appréhender. Ce n'était pas la première fois qu'elle invitait une amie, mais c'était la première fois qu'elle invitait une autre amie. Si cette soirée se révélait être un échec total, elle aurait beaucoup de mal à garder la tête haute lorsque tous les yeux des membres du Club seraient rivés sur elle. Elle aurait l'impression d'être jugée, alors que ce n'était même pas son heure. Nerveuse, elle agrippa la brosse posée sur sa coiffeuse et la passa dans ses cheveux, tandis que quelqu'un frappa timidement à la porte. Elle autorisa cette personne à entrer, sachant pertinemment que c'était Ashandra qui venait, quelques minutes auparavant, de sonner chez les Hamilton. "La ponctualité c'est déterminant chez une personne." dit-elle pour la rassurer en la gratifiant d'un sourire sincère. Elle se leva ensuite, par politesse, et referma la porte après avoir accepté le présent d'Ashandra. "C'est parfait, je n'en ai jamais goûté... et merci pour les compliments, c'est ma mère qui aime beaucoup faire la décoration. Depuis qu'elle a arrêté de travailler c'est l'un des ses passe-temps favoris."

Cassandra déposa la boîte sur sa coiffeuse, et invita Ashandra à s'asseoir sur son lit. "C'est la première fois que tu es invitée chez quelqu'un ?" demanda-t-elle visiblement bien plus à l'aise que son amie. "J'invitais souvent ma meilleure amie avant mais je crois que c'est devenu... différent entre nous. On avait l'habitude de se retrouver après les cours pour regarder Sept à la maison."
Même si la jeune fille se voulait sincère, elle ne pouvait dissimuler une pointe de nostalgie. Elle ne voyait pas en Ashandra une potentielle remplaçante, mais elle l'espérait pourtant, au fond d'elle.
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MessageSujet: Re: 08. [Hamilton's] Last thursday night   08. [Hamilton's] Last thursday night EmptyMar 23 Aoû - 23:11

C’était la première fois qu’elle entrait dans la chambre d’une autre fille de son âge et cela comptait énormément aux yeux de la jeune fille. Elle était la seule fille chez elle. On ne peut pas comparer la chambre d’une adolescente avec celle de sa mère. Chez Ashandra, la chambre parentale était un capharnaüm dans lequel elle n’osait pas s’aventurer pour partager des moments de complicité entre mère et fille. Sa mère tâchait de sauver les apparences en se montrant toujours souriante et dynamique, mais il ne faisait aucun doute qu’elle souffrait encore infiniment des plaies qu’avaient laissées son père et les amis qu’elle avait avant. Une chambre n’est-ce pas l’endroit le plus intime que l’on ait ? Ashandra était persuadée que l’on mettait un morceau de son âme dans sa chambre à coucher, interprétation plus qu’exagérée de « comme on fait son lit, on se couche » à laquelle elle tenait sincèrement. C’était pour cette raison que tous les matins, elle remontait après le petit-déjeuner faire le lit de sa mère : pour s’assurer qu’elle n’allait pas s’y recoucher après avoir les avoir déposés au lycée, son frère et elle, et pour sauver son âme du désordre et du trouble. Elle ne pouvait pas ranger sa chambre, elle ne pouvait pas mettre de l’ordre dans ses affaires, mais elle pouvait faire son lit, et y déposer un petit chocolat le dimanche matin, comme pour la remercier d’être toujours là. La seule autre chambre qu’elle avait l’habitude de voir était celle de son frère. Une chambre de garçon, celle d’un adolescent normal, qui aime le sport. Les quelques fois où elle avait voulu faire son lit parce qu’elle trouvait que le bazar ambiant était démesuré, Ashandra avait été mise à la porte sous prétexte qu’elle envahissait son intimité et qu’elle n’avait pas à faire ça pour les autres. Elle n’était pas particulièrement obsédée par l’ordre à son sens, mais il était indéniable que sa chambre était si nette et ordonnée qu’on aurait pu la confondre avec celle d'une maison témoin. Sa décoration était maigre, pas de grands posters qui représentaient les chanteuses à la mode, pas de photos, pas de messages laissés par des amis, elle avait sa petite croix au-dessus de son lit, un petit mobile en métal qui clinquait lorsqu’elle ouvrait sa fenêtre pour faire des courants d’air et la couleur pastel de ses murs, qui lui suffisaient pour se sentir chez elle. Il lui était bien arrivé une fois de passer le seuil de la chambre de quelqu’un d’autre, mais elle avait décidé d’oublier cette fois là. Jamais plus elle n’y penserait, ça n’avait pas existé, ce n’était qu’une erreur qu’elle avait regrettée amèrement et qui ne faisait que renforcer sa décision de ne plus céder à la tentation à chaque fois qu’elle s’en souvenait.

La chambre de Cassandra ressemblait un peu à la sienne, elle y avait retrouvé un petit crucifix sur l’une des parois en laissant son regard vagabonder dans la pièce alors qu’elle allait la rejoindre pour s’installer sur le lit. Étonnamment elle se sentait mieux maintenant que la porte était fermée. Elle n’avait pas peur de se confier à la jolie blonde, elle savait qu’elle saurait écouter. Même si jamais elle n’oserait se lancer, le simple fait de s’imaginer qu’elle avait quelqu’un sur qui compter était suffisant pour la conforter. Ses doigts entremêlés ne cessaient de se serrer sur ses genoux maintenant qu’elle était assise sur le dessus-de-lit moelleux sur lequel elle aurait eu envie de se rouler tant il avait l’air confortable. Sans grande surprise, Cassandra avait vu juste à son sujet, elle semblait tellement plus accoutumée à ce genre de situations. Comment faisait-elle pour être si calme alors qu’une autre personne était dans sa chambre et qu’elle avait accès à une partie de son intimité ? Pour le moment Shandy n’avait pas fait de faux-pas, elle était à l’heure, les bonbons semblaient lui avoir fait plaisir. Mais Ashandra avait tellement envie de rendre tout parfait qu’elle redoutait ses propres actes et paroles. Il fallait qu’elle soit plus naturelle, plus légère, plus vivante. Elle voulait montrer qu’elle n’était pas qu’une petite fille apeurée, qu’elle vivait pleinement les choses à l’intérieur d’elle.
    Oh oui !… euh, c’est la première fois que je dors chez une amie et je suis… très contente d’avoir été invitée chez toi. Vraiment très contente !

Lui rendant son sourire timidement, elle remarqua tout de même que le regard de sa camarade semblait se perdre un instant. Elle avait une vie en dehors du club, vie dont Ashandra ignorait tout et dont elle aurait aimé faire partie, mais pour cela il fallait qu’elle ne soit pas simple spectatrice passive et qu’elle prenne son courage à deux mains pour y entrer, comme elle avait réussi à pénétrer dans la grande maison des Hamilton, un peu de chance et de témérité. En attendant elle s'inquiétait de ce bref instant de flottement. Est-ce que c’était de sa faute ? Elle lui rappelait son amie ? Pourquoi était-ce différent maintenant ? Est-ce que ce n’était pas suffisant qu’elle soit là pour le moment ? Autant de questions qui lui venaient à l’esprit mais qu’elle n’oserait pas poser de peur de froisser Cassandra et d’outrepasser ses droits. Après avoir laissé un court moment de silence Ashandra finit par se lancer d'une voix enthousiaste :
    Comme tu as de la chance ! Moi aussi je regardais toujours Sept à la maison avec mon petit frère quand on habitait à Des Moines, ma préférée c’était Rosie ! Maintenant je n’ai plus… l’occasion de regarder la télévision, alors je lis beaucoup de livres et j’écoute de la musique.

Pourquoi avait-elle menti ? Ce n’était pas vraiment un mensonge, plutôt une omission. Mais en prononçant ces paroles Ashandra avait soudainement eu un peu honte. Ce n’était pas de sa faute si elle devait vivre modestement, mais elle ne voulait pas attirer de la pitié sur elle, surtout pas au début d’une soirée entre filles. Elle avait regardé sur Internet quelques vidéos que des adolescentes avaient tourné lors de telles soirées : les batailles d’oreillers, les fous rires, faire semblant de chanter des chansons à la mode, se coiffer et se maquiller. Toutes ces choses faisaient très envie à Ashandra qui pourtant n’était pas habituée à ce genre de comportements. Elle vivait toujours à côté des tendances, en marge des autres filles qui préféraient mettre des décolletés plongeants et des jupes courtes, se maquiller et tricher sur leur poitrine plutôt que de rester simples et de suivre la voie que Dieu leur montrait. Mais pour une soirée, elle pouvait bien mettre entre parenthèses son ascétisme pour céder un peu à la tentation des jeux et des apparences si elle en avait l’occasion. Mais avant de se lancer de ce genre de rupture avec ses habitudes, elle devait d’abord en savoir plus sur cette soirée.
    Euh… c’est peut-être bête de demander ça, mais je n’ai pas parlé de cette soirée avec d’autres personnes au club, est-ce qu’il y a… d’autres invités ?

Elle avait presque rougi d’être aussi égoïste, mais elle aurait aimé être seule avec Cassandra qu'elle admirait tant. Ce n’est pas qu’elle n’appréciait pas les autres filles du club, mais elle savait qu’elle ne serait jamais suffisamment à l’aise pour s’intégrer dans une conversation à plusieurs et qu’elle finirait par se taire en observant la scène.
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MessageSujet: Re: 08. [Hamilton's] Last thursday night   08. [Hamilton's] Last thursday night EmptyVen 9 Sep - 11:57

Un instant, Cassandra se laissa distraire par ses pensées. Une étrangère trouverait ça curieux, mais quiconque la connaissait retrouverait là un signe particulièrement évocateur de son caractère. Ashandra semblait beaucoup l'apprécier et même si cela la flattait, elle était intimement persuadée de ne pas le mériter. Derrière ces faux airs de fille ambitieuse, presque effrontée, prête à tout pour défendre ses convictions, se cachaient de nombreuses faiblesses que personne ne semblait remarquer, pas même ceux qui lui étaient le plus proche. Parfois, il lui venait l'envie téméraire de tout abandonner, comme ça, sans raison, juste parce que le poids du monde commençait à lui peser, mais c'était impossible, inimaginable, et loin d'être quelque chose qu'elle ferait à l'accoutumé. D'autres fois elle se surprenait à rôder autour du bureau de Miss Pillsbury pour lui faire part de ses angoisses, mais encore elle n'avait pas envie de briser cette image si parfaite qu'elle avait d'elle. Au fond, Cassandra avait simplement peur de faire un faux pas et de devoir faire une croix à tout jamais sur les établissements publics. Parce que si c'était le cas, elle accepterait sa punition, non sans amertume, mais elle ne pourrait supporter infliger la même chose à sa sœur.
Oui, la perfection s'entretenait, et c'était un travail en plus qu'elle devait s'infliger chaque jour.

Et comme si l'illusion n'était pas totale, Cassandra n'oserait encore moins avouer à Ashandra que cette maison était un logement de fonction dont bénéficiait son père. Elle était suffisamment grande, presque luxueuse, pour faire envie à la plupart des habitants de Lima - sauf ceux qui habitaient encore plus haut - mais au fond elle en avait presque honte. Comme sa mère disait "un mensonge par omission reste un mensonge". Cassie le savait très bien, d'autant plus que mentir elle le faisait tous les jours en prétendant être forte, mais chaque jour après les cours elle se confessait à l'église, espérant de toute son âme que Dieu comprendrait.
"Je suis contente que tu aies accepté mon invitation." avoua-t-elle à son tour. "L'intégration est difficile à McKinley alors si je peux aider, j'en serai ravie." ajouta-t-elle. Elle avait envie de dire que l'intégration était d'autant plus difficile lorsque l'on appartenait au Club de chasteté et que l'on était l'ami(e) de Cassandra Hamilton, mais quelque chose lui disait que c'était une mauvaise idée. Pourtant c'était vrai, tout le monde au lycée connaissait Cassandra Hamilton la prude ou "cul serré" ou même, parfois, la fanatique. La jeune fille en venait même à se demander si tout ceci n'était pas un coup monté pour la mettre à nue. Non, il ne fallait pas penser de telles horreurs, la paranoïa c'était le domaine de Grace, pas le sien.

"Ha oui Rosie !" dit-elle avec un enthousiasme peut-être un peu exagéré. "Moi je préférais Lucy, même si elle avait cette mauvaise manie de sortir avec des tas de garçons." dit-elle en étouffant un petit rire. Au final elle a trouvé le bon, pensait-elle.
Cassandra avait bien senti l'hésitation de son amie. Elle ne pouvait lui en vouloir de dissimuler la vérité ou même de l'embellir puisqu'elle le faisait elle-même constamment, mais curieuse comme elle était, il lui était difficile de passer à côté. "Pourquoi tu n'as plus l'occasion de regarder la télévision ?" demanda-t-elle enfin. "J'aime beaucoup les livres aussi, mais en musique je n'y connais pas grand chose. Hormis les cantiques ou la musique chrétienne je ne connais rien."

On avait bien essayé de lui enseigner la musique dite contemporaine mais il fallait se rendre à l'évidence : personne n'était à la hauteur de Hillsong United, ou alors ils étaient bien cachés. Mais peut-être qu'Ashandra saurait lui ouvrir l'esprit comme personne d'autre n'avait su le faire jusque là. Cette dernière finit par lui demander s'il y avait d'autres invités. Était-ce de l'appréhension dans sa voix ou au contraire une pointe d'espoir ? Avait-elle mal fait en l'invitant seule ? Est-ce qu'elle commençait à avoir peur d'elle ? Cassandra esquissa un rictus, ne sachant trop sur quel ton répondre de peur de paraître trop enjouée ou au contraire pas assez. "Non, il n'y a que nous deux. Mais je peux appeler ma sœur si tu veux. Par contre je te préviens, elle est extrêmement bavarde et pose des questions assez bizarres. Je crois que ce sont ses copines qui l'influencent. Enfin, je doute que ce soit vraiment ses copines, c'est plutôt ce qu'elle voudrait."
Cassandra profita de cet instant de flottement pour ouvrir la boîte de bonbons. Elle était bien curieuse de voir à quoi cela ressemblait et surtout, quel goût cela avait. Elle ne le dirait pas à Ashandra de peur de la mettre mal à l'aise, mais si sa mère les voyait en train de manger des sucreries le soir, elle crierait au loup. Quoique Cassie se demandait si elle n'agirait pas différemment en la présence d'Ashandra. Surtout qu'elle avait forcément vu la boîte lorsqu'elle lui avait ouvert la porte d'entrée. Elle en sortit finalement un dragée et tendit la boîte à sa camarade, la gratifiant d'un sourire. "J'espère que ça ne te dérange pas, qu'on ne soit que toutes les deux." dit-elle finalement en manipulant une mèche de ses cheveux, comme elle le faisait toujours lorsqu'elle était anxieuse.
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MessageSujet: Re: 08. [Hamilton's] Last thursday night   08. [Hamilton's] Last thursday night EmptyDim 11 Sep - 3:12

Ashandra était somme toute assez mal à l’aise assise si près de son amie. Elle avait peur que sa respiration saccadée par moments ne trahisse la pointe d’angoisse qui l’habitait toujours. Tout était comme dans un songe, et la lycéenne craignait de se réveiller d’un instant à l’autre, assoupie dans le fauteuil à côté de sa fenêtre. Elle luttait pour avoir l’air naturel ce qui, en soi, était une contradiction ; mais elle voulait plus que tout que cette soirée soit une réussite. Sa première nuit passée hors de chez elle, la première fois qu’elle était invitée chez une amie. En entendant les quelques mots susurrés par Cassandra, son cœur s’emballa. La joie qu’elle ressentit rien qu’avec cette phrase d’une apparente simplicité élargit le sourire qui s’épanouissait sur ses lèvres. Mais en un battement de cil, elle passa du paradis à l’enfer, retombant dans la dureté de son quotidien, laissant sur son visage un air amer qui se dissipa rapidement. Qui mieux qu’elle aurait pu dire à quel point il était difficile de s’intégrer à McKinley ? La simple évocation du lycée lui ramenait « l’incident » Santana Lopez à l’esprit. Elle n’en avait parlé à personne, en dehors de son frère. Bien sûr sa mère ignorait tout, elle avait réussi à éviter qu’elle ne tombe sur les courriers du lycée et avait forcé son frère à tenir sa langue. Malgré le réel traumatisme que toute cette histoire avait représenté elle avait rassemblé toutes ses forces pour l’oublier et l’enterrer dans le passé, comme si tout cela s’était passé à Des Moines, comme si ce n’était rien de plus qu’un autre slushy au détour d’un couloir. En voyant Cassandra détourner les yeux, elle était presque sûre de savoir ce à quoi elle pensait. Combien de fois la douche de granité avait-elle été accompagnée d’un « à la santé de ta chasteté »… Ashandra n’était pas stupide. Elle savait que le fait d’avoir rejoint le club n’avait en rien amélioré sa côte de popularité, mais rien n’y ferait, l’afro-américaine ne quitterait pas le club. Pour rien au monde elle n’aurait abandonné cette véritable terre d’asile que lui offrait Cassandra Hamilton. Une fois les cours terminés, elle marchait toujours avec une grande sérénité vers la salle située au deuxième étage, et lorsque la porte se refermait derrière elle, elle se sentait toujours la force de sourire, sans que les événements de la journée ne viennent la troubler. Elle espérait secrètement que les autres membres du club ne sachent pas qu’elle était régulièrement victime de ce genre de traitement. Elle avait une fois été secourue par une dénommée Mary, qui lui avait prêté une tenue de rechange la première fois qu’elle avait été aspergée de glace pilée, mais jamais les deux filles n’en avaient reparlé. Ashandra avait jugé qu’il devait exister une règle tacite qui interdisait de parler de ce genre de choses, ce qui au fond l’arrangeait. Ce qu’elle voulait c’était terminer le lycée sans encombre en reconstruisant une vie d’adolescente normale. Et même si ses valeurs différaient de celles de la plupart des autres lycéens, il y avait au moins les membres du club qui la comprenaient, et ça lui suffisait.

L’enthousiasme de Cassandra à propos de leur série télévisée préférée la sortit de sa torpeur momentanée, ce point commun qu’elle leur découvrait la réjouissait de plus belle. C’était un pas de plus dans le monde de la présidente, un pas de plus vers une amitié qu’elle désirait plus que tout à cet instant. Sa remarque sur Lucy la laissa néanmoins perplexe. Elle devait bien admettre qu’à la lumière de ce qui lui était arrivé elle ne pouvait que prendre ses distances avec ce personnage un peu trop volage à son goût. Shandy était encore en train de réfléchir à ce qu’elle pourrait lui répondre lorsqu’elle fut prise de court par un élan curiosité qui la laissa pantoise. Après un blanc qu’elle mit à profit pour réfléchir, elle finit par renoncer à son début de mensonge pour balbutier :
    En fait… Maman n’a pas acheté de télévision quand nous avons emménagé à Lima, elle dit que ça coûte trop cher et que nous n’avons pas les moyens. Et puis que les programmes qui sont diffusés ne nous montrent pas le bon chemin.

Ashandra avait toujours été une piètre actrice et encore moins bonne menteuse. Jamais elle n’avait réussi à dissimuler la vérité plus de quelques secondes. Un regard insistant ou une question reposée suffisaient à faire tomber toutes ses défenses. De plus, elle n’avait nullement l’intention de mentir à celle qu’elle admirait tant. Elle aurait bien sûr voulu lui présenter une facette plus reluisante d’elle-même, mais après tout rien n’était de sa faute, voilà de quoi il fallait qu’elle se convainque. Ce n’était pas de sa faute. Ses torts à elle étaient ailleurs, et ceux-là resteraient enfouis aussi longtemps que possible.
    Je chante beaucoup avec la chorale gospel de la paroisse, mais j’écoute aussi beaucoup de musique profane ! En fait le pasteur veut que les jeunes de la chorale écoutent de la musique d’aujourd’hui parce qu’il dit que Dieu cache aussi ses messages dans les textes des jeunes artistes et qu’il ne faut pas regarder vers le passé uniquement… Mais j’avoue que j’écoute surtout des chansons anciennes, les Supremes, les Chiffons… je sais, c’est très vieux… Mon frère a essayé de me faire écouter euh… Kanye Est et Rihanna, mais c’est trop violent et trop vulgaire !

Il était rare qu’elle soit aussi bavarde, malgré sa timidité, l’envie de partager ses goûts avec sa camarade lui aurait fait déplacer des montagnes. Toutes les sombres pensées qui l’avaient habitée quelques minutes plus tôt avaient été dissipées par son empressement à vouloir dresser une liste de toutes les choses qu’elle aimait. Elle était à deux doigts de se ruer sur la boucle de son petit sac à dos posé au pied du lit pour en sortir son vieux t-shirt délavé et lui montrer la photo passée, pour lui présenter toutes les personnes qui l’avaient initiée au chant et l’avaient aidée à grandir dans l’harmonie avant que son destin n’en décide autrement. Mais jugeant que ce serait faire preuve de trop de présomption Shandy réprouva son geste et avala un peu de salive pour se calmer. La question lui brûlait tellement les lèvres qu’elle ne put s’empêcher d’être à son tour curieuse en essayant de s’immiscer un peu plus dans la vie de Cassandra.
    Et toi ? Est-ce que… tu chantes aussi ? Je veux dire… À l’église ou ailleurs ? Et… tu as des livres préférés ? Moi je pense que c’est Alice au pays des merveilles, je le lisais tous les dimanches après-midi avec mon père, avant, quand j’étais petite.

Une fois de plus elle avait parlé plus qu’elle n’aurait dû et se mordilla le bout de la langue discrètement pour se punir elle-même. Et si tout cela ennuyait Cassandra ? Alors qu’elle proposait d’inviter sa sœur à les rejoindre le cœur de la jeune fille manqua de bondir hors de sa poitrine. Elles allaient vraiment passer la soirée toutes les deux, rien que toutes les deux. Rien n’aurait pu la combler davantage. Ses grands yeux noirs papillonnaient d’excitation et elle eut du mal à ne pas la couper. Profitant du bref moment de silence gêné pour reprendre haleine Ashandra observait le visage de poupée de la jolie blonde qui lui souriait à présent en lui tendant la petite boîte ouverte.
    Non… je, non, je suis très contente. Je, euh, ce n’est pas que je n’aime pas les autres filles du club, et ta sœur a l’air très gentille, mais… je crois que je préfère qu’il n’y ait que nous.

En la voyant tourner une mèche de ses cheveux lisses entre ses doigts, l’afro-américaine ne put s’empêcher de passer à son tour sa main dans ses cheveux bouclés. Elles étaient si différentes physiquement, et pourtant elle se sentait si proche d’elle, elle avait l’impression qu’elle la comprendrait quoi qu’elle fasse, qu’elle comprenait ce qu’elle ressentait sans avoir besoin des mots. Tout ceci n’était peut-être qu’une illusion, mais ce qui comptait c’était qu’elle vivait parfaitement heureuse dans ce théâtre qu’elle bâtissait de toute pièce. Dans un élan de témérité elle s’étendit au dessus du lit pour étendre son bras et attraper la brosse à cheveux qui reposait sur la coiffeuse jouxtant la petite table de chevet. Ne revenant pas à sa place initiale elle replia ses jambes sous elle pour s’installer dans le dos de Cassandra et sans même oser lui demander son avis posa doucement la brosse sur ses cheveux.
    Comme je t’envie… Tu as vraiment de beaux cheveux, on dirait une poupée. Mon frère se moque toujours de moi parce qu’il dit que mon miroir doit être déformant, mais moi je ne me trouve pas jolie. Je trouve que j’ai trop de… et mes cheveux sont trop bouclés alors je ne pourrais jamais faire de longue tresse.

Passant ses doigts dans la chevelure déjà parfaitement démêlée elle regardait les fils d’or fin glisser doucement hors de son étreinte pour retomber parfaitement à leur place. Être Cassandra Hamilton devait être synonyme d’avoir une vie parfaite. Ashandra avait conscience qu’elle poussait ses idéaux sur la présidente, mais rien n’y faisait, elle ne parvenait pas à se tirer de la rêverie nimbée de sucre par la dragée qui fondait doucement sur sa langue, plongée dans un profond sentiment de satisfaction.
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MessageSujet: Re: 08. [Hamilton's] Last thursday night   08. [Hamilton's] Last thursday night EmptySam 24 Sep - 16:55

Assise sur son propre lit, Cassandra se sentait presque étrangère à ce lieu dans lequel elle passait le plus clair de son temps, à l'abri des risque du monde extérieur. Les rayons de la lune filtraient à travers les rideaux, mais il était difficile de les discerner tant la lumière qui éclairait la chambre était intense. Cassie avait longtemps hésité à la tamiser davantage mais cela paraissait procurer à la pièce une ambiance presque intime qu'elle n'était pas encore disposée à partager. Malgré tout, c'était comme si le temps n'exerçait aucune contrainte. Cassie avait cette curieuse impression que la scène était irréelle, peut-être à cause de cette retenue dont elles faisaient preuve naturellement, elle et Ashandra. La dernière chose qu'elle voulait, c'était de mettre mal à l'aise sa camarade - qu'elle pouvait même considérer comme une véritable amie, maintenant qu'elle avait franchi le seuil de son jardin secret - si bien qu'elle se retenait de poser trop de questions d'un coup, de peur de paraître trop envahissante. C'était pourtant une manie caractéristique des Hamilton, une obsession, presque. Celle de laisser les autres se dévoiler afin de pouvoir détecter la moindre faille qu'il était possible de combler, avec un peu d'aide. Et bien qu'aucun membre de la famille n'était psychologue, ils aimaient analyser les moindres faits et gestes de leurs interlocuteurs. C'était devenu une mauvaise habitude que les parents leur avaient transmise. Le révérend Hamilton était le mieux placé pour aider les gens et quant à sa femme, elle en usait lorsqu'elle s'adonnait au bénévolat. Au final, c'était presque naturel pour eux, de faire passer les problèmes des autres avant les leurs.

Le mutisme momentané dans lequel était plongée Ashandra était particulièrement caractéristique. Même si Cassie l'avait remarqué, elle ne voulait nullement lui en faire part, jugeant que c'était peut-être impertinent de sa part de la traiter de menteuse, implicitement. Et pourtant la voix bien que tremblante d'Ashandra semblait on ne peut plus sincère. Tellement sincère que Cassandra s'en voulait presque de prétendre, malgré elle, d'être une fille de bonne famille dont les problèmes étaient inexistants. "Je crois que ta mère s'entendrait à merveille avec mes parents." avoua-t-elle pour la rassurer. "C'est Grace qui a longuement insisté pour avoir une télévision il y a quelques années déjà. Au départ ils étaient particulièrement réticents, mais ils ont fini par céder. Malgré tout, nous devons demander la permission pour l'allumer et la plupart des chaines sont bloquées par un code." Au final ç'avait été un piètre investissement qui aurait pu servir une bien plus noble cause. En y réfléchissant, Cassie se sentait coupable de ne pas avoir dissuadé sa sœur. "Maintenant elle a dans l'idée de leur faire acheter un ordinateur." ajouta-t-elle sans pouvoir se départir de son sourire. Elle trouvait cela amusant, finalement, même si elle savait pertinemment que Grace voulait suivre le dictat de la mode. "En tout cas si un jour tu veux regarder la télévision tu n'auras qu'à me le demander." Son ton s'était voulu affectueux, et à en juger par la réactivité d'Ashandra, il l'était. Cassandra ne pouvait pas être plus sincère. Elle serait particulièrement heureuse et honorée de pouvoir recevoir Ashandra plus souvent afin de partager ces moments si agréables auxquelles elle avait renoncés depuis peu. Même si c'était prématuré de sa part, elle était intimement persuadée qu'Ashandra et elle pourraient développer une véritable amitié.

Ses yeux, déjà captivés par le teint si parfait de son amie, brillèrent davantage lorsqu'elle lui avoua chanter dans sa paroisse. C'était un point commun auquel elle ne se serait jamais attendue, à en juger par cette réserve dont Ashandra faisait preuve sans arrêt. Cette dernière avait certainement de la chance, parce que son pasteur à elle - qui n'était autre que son père - ne préconisait jamais la musique contemporaine. Au fond, Cassie savait qu'il avait tort mais elle avait beaucoup de mal à rattraper ce retard qu'elle avait quant à la modernité. Son visage parut s'illuminer, maintenant qu'elle savait qu'Ashandra pourrait lui enseigner tout ce qu'elle ne savait pas. "Ah, Rihanna. Je crois que c'est cette chose que chantaient les New Directions la fois où j'ai surpris une de leurs répétitions. Je n'aime pas du tout, c'est blasphématoire et particulièrement choquant. Mais je ne savais pas que tu chantais ! Je chante aussi dans la chorale de ma paroisse. J'ai même obtenu un solo il y a quelque temps. Tu devrais venir un de ces jours, ça me ferait très plaisir." Cassandra ne faisait même pas exprès d'enrôler sa camarade, pour elle c'était une simple invitation comme une autre. "Et je ne crois pas avoir de livre préféré. J'aime beaucoup Alice au Pays des merveilles aussi ou alors les livres pour enfants de Roald Dahl. Quand j'étais petite je voulais être comme Matilda. Dans un sens je crois que je l'étais, même si je n'avais pas des parents aussi peu préoccupés. La directrice de mon collège ressemblait particulièrement à Mlle Legourdin. Elle me faisait peur. Oh et je voulais ressembler à Lya aussi, la petite fille dans les Royaumes du Nord. Je crois que je lui ressemble un peu en fait parce que j'avais bravé les consignes de mon père pour le lire. Il dit que l'église est fortement critiquée dans ce livre. Je crois que c'est la chose la plus effrontée que j'ai faite de ma vie." avoua-t-elle comme si elle connaissait Ashandra depuis toujours. Cela lui paraissait tout à fait normal, de lui livrer ses petits secrets alors qu'elles faisaient connaissance seulement quelques semaines plus tôt. Et comme si ce tableau n'était pas assez idyllique, Ashandra semblait comblée à l'idée de passer sa soirée en tête-à-tête avec Cassandra. Disait-elle ça pour lui faire plaisir ou était-elle véritablement sincère ? A en juger par ses yeux pétillants, c'était une fois de plus la stricte vérité. Cassie commençait à s'en vouloir de douter à chaque reprise des dires de sa camarade. C'était comme si soudainement elle avait cessé de se bercer d'illusions auxquelles elle avait toujours crues. Pourquoi ? Elle l'ignorait. Mentalement elle se mettait des claques, s'ordonnant de regarder plus attentivement le visage si innocent d'Ashandra pour pouvoir une fois pour toutes se persuader que ses incertitudes étaient infondées. Elle lui sourit et la laissa même s'amuser avec ses cheveux, comme elle le faisait quand elle était plus jeune avec Grace et sa mère, chacune en tailleur l'une derrière l'autre. C'était un rituel auquel elle n'était plus familière du tout, et bien que l'élan soudain d'Ashandra aurait dû la rendre perplexe, elle se sentait tout à fait dans son élément.

"Nous sommes toutes belles à notre façon." dit-elle. "Moi j'ai toujours rêvé d'avoir les cheveux bouclés. De toute façon l'herbe est toujours plus verte chez le voisin n'est-ce pas ?" ajouta-t-elle en étouffant un rire. "Puis je te trouve très jolie. Et les garçons aussi apparemment, non ?" demanda-t-elle subitement. Elle ne savait pas pourquoi elle avait dit ça mais Ashandra n'était pas censée ignorer qu'au lycée on se retournait facilement sur elle. Cassandra également avait eu cette sensation au départ. Avant de se forger une réputation. Dans un sens elle ne voulait pas qu'Ashandra subisse la même chose qu'elle. C'était presque égoïste de sa part, de ne pas l'informer sur toutes les conséquences que sa toute nouvelle amitié avec elle pourrait entrainer. Mais elle avait peur. Peur de la voir s'enfuir en courant et de ne plus jamais la revoir. Au fond, oui, c'était tout à fait égoïste.
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MessageSujet: Re: 08. [Hamilton's] Last thursday night   08. [Hamilton's] Last thursday night EmptyLun 26 Sep - 22:58

Depuis qu’elle avait emménagé à Lima, Ashandra s’était souvent sentie seule. Son petit frère avait refait sa vie, il grandissait chaque jour un peu plus, se rapprochant de son rêve de devenir un grand sportif, se faisant de nouveaux amis, gagnant sa place parmi les plus populaires du lycée et s’éloignant de sa sœur. Il ne pouvait pas être tout le temps avec elle. Ç’aurait même été blessant pour elle qu’il fasse des efforts pour lui tenir compagnie parce qu’elle n’arrivait pas à se fondre dans ce nouveau milieu. Elle était sa sœur aînée, elle aurait dû être un modèle pour lui, pouvoir lui prodiguer des conseils, le genre de chose que les plus âgés font. Mais la différence d’âge entre eux était si faible qu’elle avait souvent l’impression d’être la plus jeune, celle qu’il fallait protéger parce qu’elle n’était pas capable de se défendre elle-même. Il était vrai que même au cours des réunions du club, elle restait souvent en retrait, n’osant pas prendre part aux discussions des autres filles, incapable de se faire une place. Elle se demandait même comment Cassandra avait pu la remarquer. Peut-être que son admiration n’était pas passée inaperçue, ou alors elle avait apprécié sa discrétion… Elle adulait Cassandra. Elle ne lui voyait que des qualités et avait un peu peur de l’ennuyer parce qu’elle ne lui arrivait pas à la cheville. Et pourtant depuis qu’elle était arrivée chez elle, la lycéenne n’avait eu que des mots gentils pour elle. Elle se voulait rassurante et tâchait de la mettre en confiance. Même quand elle lui avait avoué la vérité sur les problèmes financiers de sa famille, elle avait su, avec une grande délicatesse, tourner cela à son avantage et sa remarque remit un sourire sur les lèvres d’Ashandra, profondément touchée par la gentillesse de la jeune fille. La vie dans la famille Hamilton avait l’air encore plus stricte que chez les Moon. Depuis que sa mère avait fait le vœu de confier son existence tout entière à Dieu, ses deux enfants avaient dû faire une croix sur de nombreux loisirs et entre autres la télévision ou Internet, qu’ils avaient pourtant eu l’habitude d’avoir à Des Moines lorsque leur père était encore là pour calmer les ardeurs autoritaristes de Dracy Moon. Damon avait bataillé pour avoir le droit de garder son ordinateur portable et son téléphone, mais il n’y avait pas eu moyen de s’abonner à Internet à la maison. Ashandra n’avait quant à elle pas fait de difficultés lorsque son téléphone portable lui avait été retiré. Elle n’avait de toute façon personne à appeler et elle avait encore la ligne fixe chez elle en cas de besoin.
    Grace a l’air de vouloir beaucoup de choses ! Elle est très dynamique au club, mais j’ai l’impression qu’elle cherche encore ce qu’elle veut… Damon aussi est un peu comme ça, on ne se ressemble pas beaucoup, il n’a peur de rien et il n’hésite pas à négocier pendant des heures pour obtenir ce qu’il veut.

Elle aurait aimé avoir une sœur comme Cassandra pour partager tous ses secrets et s’amuser le soir. Son frère Parker lui manquait énormément, à tel point qu’elle avait essayé de le retrouver à Des Moines en utilisant l’ordinateur de son frère mais quand celui-ci s’en était rendu compte, il l’avait tellement grondée en menaçant de le dire à leur mère qu’elle avait stoppé net sa tentative de reprendre contact. Avec lui elle trouvait toujours des bras grand ouverts, prêts à l’accueillir et à la réconforter, maintenant elle ne se confiait qu’à une peluche bleue en forme de lamantin qu’il lui avait offert à l’un de ses anniversaires en priant pour qu’il aille bien. Mais à présent qu’elle avait le sentiment d’être plus proche de sa camarade, elle sentait comme une boule de chaleur au creux de sa poitrine qui l’apaisait, comme si on lui offrait une seconde chance de trouver un endroit sur terre où elle serait toujours la bienvenue, à l’abri des regards des autres. Tout allait bien trop vite pour qu’elle comprenne véritablement ce qui se passait mais son cœur ne mentait pas, elle adorait Cassandra, et elle aurait tout donné pour qu’elle l’apprécie. Ses yeux noirs avaient l’éclat de la joie à l’état pur, trahissant sans doute son excitation, mais sa voix éternellement faible ne put que timidement susurrer un remerciement accompagné d’un hochement de tête.
    J’adorerais regarder la télévision avec toi. Mon père m’avait offert le DVD de la première saison de Sept à la maison à Noël dernier, je l’ai toujours dans ma chambre !

Quelle ne fut pas sa surprise en voyant le regard de Cassandra s’enflammer alors qu’elle parlait de sa chorale à l’église. Elle avait l’air profondément intéressée et enthousiaste à tel point que sa réaction fit se serrer le cœur d’Ashandra qui n’osait pas espérer une telle passion à propos du chant. Elle était tellement heureuse qu’elle avait du mal à ne pas sautiller sur place.
    Oh comme j’aurais aimé entendre ça ! Moi je ne chante pas assez bien pour être devant, et encore moins pour être la voix qui mène, mais je travaille dur et j’espère qu’un jour aussi je pourrai faire comme toi ! J’adorerais venir assister à un sermon de ton père, je suis sûre que c’est un excellent orateur comme toi. Maman n’a pas voulu qu’on rejoigne votre paroisse parce qu’elle préfère les « églises noires » alors on doit faire la route jusqu’à Lafayette pour les répétitions de la chorale et puis pour assister à l’office.

Chacun des choix de sa mère pesait sur la vie de la lycéenne comme une charge supplémentaire mais jamais elle n’osait se rebeller ou bien refuser un service. Il y avait deux pasteurs à Lima, mais la communauté afro-américaine était très largement absente de leurs bancs et il n’y avait donc pas de chœur negro spiritual. Ajouté à cela l’esprit borné de sa mère qui refusait d’accorder totalement sa confiance à un Blanc en tant qu’arrière petite fille d’esclave, Ashandra n’avait pas eu son mot à dire et devait faire le trajet jusqu’à la ville voisine plusieurs fois par semaine. Mais pour être plus proche de Cassie elle braverait l’autorité maternelle et quelle que soit la réponse, elle irait assister à l’office du pasteur Hamilton. D’une voix plus assurée et décidée, elle ajouta :
    Si tu chantes encore il faut me le dire, je suis sûre que Maman voudra bien qu’on manque un office du Pasteur Daniels pour une fois. Je viendrai moi.

Laissant échapper un petit rire en écoutant son amie parler, Ashandra se surprit à rêver qu’elles pourraient lire les mêmes livres, braver les mêmes interdits tout simplement parce qu’elles seraient ensemble et qu’elle n’aurait pas à craindre d’essuyer seule les représailles. Peut-être qu’elle oserait aller à une représentation des chorales du lycée pour écouter plus de musique contemporaine, même si celle-ci devait être un peu vulgaire, pour le plaisir de découvrir de nouvelles choses en compagnie de la présidente du club qu’elle considérait déjà comme sa meilleure amie.

Reposant la brosse à cheveux sur le couvre-lit à côté d’elle, elle admira un peu plus longtemps la chevelure dorée avant de revenir s’asseoir en tailleur face à Cassandra, un large sourire illuminant ses traits. Elle ne put s’empêcher de rire en imaginant la jeune fille avec des cheveux aussi bouclés que les siens. L’image en était presque cocasse mais avec un visage comme le sien Ashandra était persuadé que tout lui irait à merveille et que même un sac en papier aurait l’air angélique revêtu par Cassandra Hamilton.
    Je suis sûre que ça t’irait très bien les cheveux bouclés !

Flattée par sa remarque, l’évocation des garçons vint toutefois mettre un coup d’arrêt dans sa joie. Son visage se referma inconsciemment et ses lèvres pincées exprimaient un profond embarras. Les yeux rivés sur ses genoux la jeune fille était bien en peine de répondre à cette question somme toute très innocente. Elle avait peur d’avouer à son amie qu’elle n’était plus vierge en réalité, et surtout, elle n’était absolument pas prête à partager sa plus grande honte avec la personne qu’elle tenait le plus haut dans son estime. Mais elle s’était promis de ne plus jamais mentir, même à demi mots, après avoir entendu sa réaction de tout à l’heure.
    Je… Oui il y en a qui me trouvent jolie, sûrement. Mais ils ne m’intéressent pas. Et puis ce sont tous des brutes et des idiots. Je n’aime pas quand ils me regardent.

Elle s’était emportée en prononçant ces derniers mots, trahissant sa peur irrationnelle face au sexe fort mais la simple idée qu’ils puissent poser les yeux sur elle la repoussait. Il n’était pas rare qu’elle se fasse siffler dans la rue ou bien que l’on se retourne sur son passage. Sa conscience aiguë de tout ce qui concernait son corps la rendait particulièrement sensible à ce type de réactions. Elle se détestait de provoquer ce genre de sentiments chez les hommes et faisait tout pour cacher ses formes sous des vêtements amples et longs, mais rien n’y faisait. La nature l’avait un peu trop généreusement pourvue et son physique qui aurait dû constituer un atout dans sa vie de femme était bien plus une charge qu’elle ne parvenait pas à assumer. Elle aurait aimé ressembler d’avantage à Cassandra, plus fine, plus longiligne, une beauté plus épurée.
    En fait je ne leur parle pas, et en général je les évite maintenant… Ils me font un peu peur. J’ai entendu dire que Christabella avait un petit ami au lycée, est-ce que c’est vrai ?

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MessageSujet: Re: 08. [Hamilton's] Last thursday night   08. [Hamilton's] Last thursday night EmptyVen 7 Oct - 19:06

Cassandra ne pouvait s'empêcher de capturer l'instant, d'un simple coup d'œil, comme si tout ceci était bien trop magique pour se laisser enfermer dans un simple appareil photo qu'elle ne possédait de toute façon pas. Elle voulait immortaliser ce moment, à sa façon. Se souvenir éternellement de la mine enjouée d'Ashandra, de la douceur des dragées qui fondaient sur sa langue, de la sensation qu'elle éprouvait lorsque la brosse glissait le long de ses cheveux. Quelque chose lui disait que son bien-être n'était qu'éphémère et qu'elle se devait de l'accueillir avec toute la chaleur et la gratitude du monde. Elle ne voulait pas douter d'Ashandra, pas un seul instant, mais maintenant que la blonde lui tournait littéralement le dos il était possible de lire une certaine mélancolie sur son visage. Elle-même ne savait pas à quoi elle était due, du moins elle n'avait pas envie de se l'avouer. Petit à petit, Ashandra parvenait à conquérir son amitié - qui n'était pas si difficile à obtenir, en fin de compte - et par conséquent elle gagnait le privilège de pouvoir la briser à tout moment. Cassie trouvait ça drôlement égoïste de sa part, de se préoccuper de ses petits problèmes de conscience avant tout, mais c'était difficile pour elle de s'en empêcher.
Il y avait tout d'abord eu Caitlin, une fille charmante qui avait rapidement su s'élever au rang de meilleure amie. La rupture de leur amitié, aussi brutale qu'inattendue, avait été déchirante. Cette dernière, lors de leur entrée au lycée McKinley, avait privilégié l'intégration plutôt que la sincérité et la loyauté. Il était évident que s'intégrer avec une fille aussi spéciale que Cassandra n'était pas une chose aisée. Et aujourd'hui, Cassie avait l'impression - bien plus qu'une impression en vérité - de s'éloigner de Christabella à mesure que celle-ci s'approchait d'Ezrael. Au final le résultat était le même : Cassandra se retrouvait seule. Qui pouvait lui assurer qu'Ashandra ne trouverait pas mieux à faire demain que de brosser les cheveux de la présidente du Club de chasteté ?

La jeune fille laissa s'échapper ses soucis dans un soupir à peine perceptible. Elle n'avait pas le droit de tourner le dos à Ashandra avant même qu'elle ne lui en donne une bonne raison. Elle tourna délicatement la tête et curieusement, l'ombre de sa camarade la rassura. Elle sourit en remarquant la forme volumineuse que dessinaient ses cheveux sur le sol. A son tour elle aurait aimé les coiffer, mais elle n'était pas certaine d'en être capable. Les seuls cheveux qu'elle manipulait, en dehors des siens, étaient ceux de Grace. Du moins à une époque plus ou moins lointaine. Et ses mèches blondes et légèrement ondulées ne lui résistaient jamais. En fait, elle était fière de son héritage capillaire. "Grace est une enfant, elle veut tout et n'importe quoi. A une époque c'était elle qui m'épaulait mais désormais c'est moi qui redoute le moment où je devrai l'abandonner au lycée. Mais Damon sera toujours là lui pour la surveiller !" dit-elle, enthousiaste. Comme s'il n'avait pas assez de devoir se surveiller lui-même. "Je crois que sur ce point nous sommes pareilles. Je ne ressemble pas à Grace non plus. C'est elle qui a peur, en fait." dit-elle en échappant un petit rire. Parfois Cassandra se demandait à quoi était du ce soudain changement de rôle. Cinq ans plus tôt c'était Grace qui enlevait Cassandra des griffes des méchants, elle était presque téméraire à cette époque, et aujourd'hui c'était l'inverse. Peut-être qu'à dix ans on était encore trop insouciant pour se rendre compte du danger. Tout ceci n'avait aucun sens.

L'excitation et la joie d'Ashandra étaient si authentiques que Cassie ne pouvait pas s'enfermer mentalement pour des futilités. Son enthousiasme lui allait droit au cœur, juste assez pour le réchauffer alors que le vent, que l'on entendait souffler par moment, paraissait glacial à cette heure. Cette pensée lui procura curieusement un frisson qui s'évanouit aussitôt que les paroles de son amie lui parvenaient aux oreilles. Cassandra avait envie de sauter partout et quelque chose lui disait que le sentiment était absolument partagé mais c'était plutôt une réaction que pourrait avoir sa sœur. A entendre Ashandra, la musique lui tenait beaucoup plus à cœur que n'importe quoi d'autre. Elle en parlait avec une telle sincérité que c'en était presque déconcertant, comme si Cassandra n'était pas digne de l'aimer elle aussi. Comme si son amour pour la musique à elle était tellement dérisoire qu'elle devait se contenir d'en parler. Elle se contenta alors d'esquisser un sourire particulièrement large qui valait bien mieux que des mots maladroitement agencés. "J'en serai ravie, et tu pourras même te joindre aux chœurs !" confia-t-elle avec une pointe d'hystérie qu'elle parvenait parfaitement à dissimuler.

Ashandra entreprit finalement d'abandonner la brosse sur le lit et de faire face de nouveau à Cassandra. "En fait j'avais les cheveux bouclés à une époque. Mais on m'appelait Simba. Je trouvais ça presque flatteur mais avec du recul je crois que de la part d'autres enfants ça s'apparente plutôt à une insulte." Elle ne paraissait pas bouleversée en racontant ce fâcheux souvenir. En fait, elle était bien déterminée à l'idée de laisser le passé derrière elle. Aujourd'hui elle était peut-être encore Simba, mais pour sa sagesse et sa bravoure - même si celle de Cassandra était davantage feinte -.
Un instant plus tard Cassie se sentait confuse. Elle n'était pas certaine d'avoir abordé un sujet tabou, mais il n'était pas bien difficile de lire l'embarras sur le visage d'Ashandra. Elle avait envie de s'excuser, mais elle se retrouvait tellement dans ce que disait son amie qu'elle ne put s'y résoudre. "Je suis on ne peut plus d'accord, surtout ceux qui font partie des Titans ! Je me demande où sont passées les bonnes manières que nous inculquent nos parents !"
C'était au tour de Cassie de tendre les muscles de son visage. Son sourire avait disparu, même si elle n'éprouvait aucun malaise. Elle avait parlé avec Ezrael, et il en résultait qu'il était un garçon plutôt charmant. Cela ne rendait pas leurs actes plus légitimes pour autant. "Chuut, on pourrait nous entendre." dit-elle en jetant un coup d'œil furtif à la porte fermée. "Oui, c'est vrai. Mais ce n'est pas un secret, sinon elle aurait refusé le titre de Reine de la promo. Tu n'as pas de petit-ami toi, rassure-moi ? Quoique vu le portait que tu dépeins des garçons au lycée, ça m'étonnerait fortement." dit-elle en arborant de nouveau un sourire tout à fait sincère.
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MessageSujet: Re: 08. [Hamilton's] Last thursday night   08. [Hamilton's] Last thursday night EmptyDim 9 Oct - 23:23

Si la soirée avait pu ne jamais s’arrêter Ashandra n’aurait pas pu être plus comblée. Quelques jours auparavant elle n’aurait jamais imaginé (rêvé ?) se retrouver chez celle qu’elle considérait encore comme la présidente du Club, en train de lui brosser les cheveux tout en parlant de musique. Tout était trop parfait, à tel point qu’elle oubliait de garder ses défenses levées. Elle était prise d’une terrible envie de parler encore et encore de la chorale. Elle avait envie de raconter tout ce qu’elle y avait fait et de cette représentation de la chorale à Des Moines qu’elle avait organisée en dehors de la paroisse. Bien sûr elle n’avait pas chanté au premier rang, et n’avais pas décroché de solo, mais elle avait tout de même eu un plaisir infini à préparer les affiches sur l’ordinateur de son frère aîné, à chercher des locaux, à faire une campagne en ville et dans son lycée. Elle se rappelait encore avec une tendresse infinie de ces jours heureux où son petit ami n’était pas encore devenu trop entreprenant, où ses amies étaient certes peu nombreuses mais fidèles et ouvertes d’esprit, où les gens n’avaient pas changé. Peut-être était-ce elle qui n’avait pas su changer. Peut-être qu’à 15 ans elle aurait elle aussi dû rentrer de plein pied dans l’adolescence, chercher à se rebeller, à échapper à l’étau du contrôle parental. Mais son caractère avait toujours été bien trop doux pour qu’elle ne fasse même que songer à répliquer quoi que ce soit à ses parents. Elle était sûrement un peu trop soumise, mais elle n’avait pas la force ni le courage de changer pour l’instant et elle préférait endurer, et suivre la voie que sa mère et Dieu avaient choisie pour elle. Elle regrettait Des Moines, et au fond d’elle-même elle conservait précieusement tous les souvenirs qu’elle s’était faits là-bas pour les laisser ressurgir le jour où ses plaies auraient complètement cicatrisé. Un jour prochain. Peut-être même plus rapidement qu’elle ne l’aurait cru.

Elle n’avait pas hésité une seconde à avoir confiance en Cassandra, sans doute par naïveté, mais aussi parce qu’elle sentait qu’elle plus que quiconque savait quelle était la valeur d’une véritable amitié. Elle avait tellement souffert lorsque tout le monde lui avait tourné le dos au lycée en apprenant ce que son père avait fait. Elle avait tellement pleuré, en secret, sous ses draps pour que personne ne le sache. Elle voulait se montrer forte, pour sa mère, pour ne pas faire culpabiliser son grand frère, pour ne pas montrer le mauvais exemple à son petit frère. Elle était toujours occupée à penser aux autres, à ce qu’ils pouvaient croire, à ce dont ils pourraient avoir besoin, à ce qu’elle pouvait faire pour eux. Jamais elle ne prenait véritablement soin d’elle-même. Jamais elle ne pensait d’abord à ses intérêts. Et si par miracle elle se surprenait à avoir des pensées égoïstes elle se le reprochait amèrement et tâchait de les chasser de son esprit le plus rapidement possible.
Cette soirée avec son amie était la chose la plus égoïste qu’elle ait faite depuis des mois. Pour la première fois depuis qu’ils avaient emménagé à Lima elle avait laissé sa mère seule à la maison, espérant tout de même que Damon ne rentrerait pas trop tard et qu’il dînerait avec elle, mais sans pour autant lui en toucher un mot. Elle était partie dormir chez son amie. Elle s’offrait une soirée pour parler de ce qu’elle aimait, pour faire ce qu’elle avait envie de faire. Malgré la timidité, malgré la réserve qu’elle ne parvenait pas à dépasser, elle ne s’était pas autant amusée depuis… Peut-être ne s’était-elle jamais autant amusée songea-t-elle en laissant à nouveau tomber une mèche de cheveux. Riant doucement de l’enthousiasme de Cassandra elle avait cependant des doutes sur la capacité de Damon à surveiller qui que ce soit. C’était un gentil garçon mais bien trop influençable à son avis, et toutes ces Cheerios qui lui tournaient autour ne faisait rien pour la rassurer.
    En fait je ne sais pas qui des deux surveillera l’autre… Damon, il n’est pas comme moi au lycée, il est dans l’équipe des Titans, il a tendance à parler avec les cheerleaders et je n’aime pas beaucoup ça ! Je suis fière de lui parce qu’il a bien réussi à s’intégrer à Lima, mais… Je préfèrerais qu’il soit un peu plus méfiant avec ces gens.

Ashandra priait souvent pour qu’il ne se laisse pas entraîner dans la violence et les abus que certains commettaient et dont elle était par ailleurs une des victimes. Elle ne se le pardonnerait jamais si elle apprenait qu’il avait lui-même jeté de la glace pilée sur quelqu’un dans les couloirs du lycée. La jeune fille préférait ne pas y penser, elle n’allait jamais le voir elle-même de peur de tomber sur ce genre de scène, ou bien de découvrir qu’il avait une nouvelle petite amie à jupe courte. Toutes ces choses creusaient un fossé entre eux et tandis qu’il semblait se passionner pour un nombre considérable de choses elle n’avait que le chant pour lequel elle aurait tout donné. La proposition de Cassie ravit immédiatement son cœur et alors qu’elle s’imaginait déjà debout dans les rangs de la chorale tandis que son amie chanterait le solo de l’office ses lèvres se desserrèrent pour laisser échapper une infime partie de son enthousiasme croissant :
    Oh j’adorerais !

Elle avait peur que le temps ne passe trop vite et malgré l’attention qu’elle mettait à brosser les cheveux de la blonde sans les tirer elle ressentait néanmoins le besoin de la voir, pour le plaisir de soutenir son regard sans hésitation, pour le plaisir de vraiment regarder quelqu’un dans les yeux sans redouter d’y voir de la condescendance ou de la moquerie. Souriant à la remarque de la jeune fille, elle n’en était pas moins surprise. Quelles étaient les chances pour qu’elle ait eu le même surnom qu’elle à l’école primaire ? Et pourtant, alors qu’Ashandra avait du mal à y croire, sa camarade lui faisait part de ses doutes quant à la véritable signification d’un tel surnom. Balbutiant un peu sous le coup de cette révélation inattendue, elle finit par articuler :
    Tu vas me traiter de menteuse mais… on m’appelait aussi Simba quand j’étais petite ! Parce que la coiffeuse avait éclairci mes cheveux et qu’on aurait dit une crinière de lion. Je ne sais pas si c’est une insulte… J’aimais bien être une lionne, parce que les lions sont forts, et que Simba est le roi à la fin.

Elle avait presque un ton de petite fille naïve en prononçant ces mots, mais pas un instant elle ne doutait de ce qu’elle disait. Dans l’univers de la petite Ashandra, tout le monde était digne de confiance. Elle aurait probablement suivi le premier inconnu qui lui aurait demandé de l’aide pour retrouver son chat si sa mère n’avait pas veillé au grain. Bien qu’elle eût un peu perdu de cette candeur extrême avec les épreuves du temps, elle ne remettait pas en cause ses souvenirs et avait toujours tendance à vouloir croire les autres bien meilleurs qu’ils ne l’étaient.

Tâchant de reprendre un peu de sa contenance alors qu’elle affrontait enfin le sujet qui entre tous la mettait le plus mal à l’aise, elle fut tout à fait rassurée en sentant que Cassandra partageait le même avis qu’elle. Ce n’était pas qu’elle voulait détester tous les hommes, personne ne veut craindre la moitié du genre humain de manière incontrôlable, mais c’était plus fort qu’elle, elle ne parvenait pas à surmonter le traumatisme laissé par Drew.
    Je n’aimerais pas que Damon devienne comme cela… Nous n’avons pas été élevé comme ça et il le sait parfaitement, mais parfois j’ai un peu peur pour lui. Et je n’aime pas ses amis, ils sont vulgaires et ils parlent souvent à voix basse quand je passe. Je ne les entends pas mais je sais qu’ils ne disent rien qui vaille.

Mais alors que la gêne de l’une semblait se dissiper, voilà que l’autre se crispait. Shandy était tellement à l’affût de la moindre expression de son amie que le léger rictus qui remplaça son sourire ne passa pas inaperçu, loin de là. Elle savait que Christabella était la meilleure amie de Cassandra. Des filles du club lui avaient dit en se moquant un peu de l’admiration sans borne qu’elle vouait à cette dernière, lui faisant remarquer que la place qu’elle convoitait était déjà occupée. Sans véritablement comprendre de quelle place elles parlaient ni où elles voulaient en venir, Ashandra avait néanmoins enregistré que Christabella sortait du rang dans le Club, que ce soit pour son amitié avec Cassandra ou pour ce fameux petit ami qui avait défrayé la chronique lors du bal de la Saint Valentin auquel elle n’avait pas assisté. Jetant un regard dans la même direction que Cassandra qui s’assurait que la porte était bien close la lycéenne se mordilla la lèvre inférieure. Elle s’en voulait un peu d’avoir poussé la conversation jusqu’à Christabella. C’était comme si elle avait voulu tester l’amitié que Cassandra aurait pu lui porter en se comparant inconsciemment à l’autre lycéenne. C’était si égoïste et prétentieux qu’elle avait encore du mal à croire qu’elle avait osé ce genre de remarque, mais le mal était fait et elle ne pouvait plus repartir en arrière. Pourtant son cœur plongea dans sa poitrine en voyant un sourire des plus amicaux revenir habiter les lèvres fines de la jeune fille angélique assise en face d’elle qui lui posait une question sur elle, n’essayant pas de prolonger la conversation sur son autre amie. Mais le soulagement fut même un peu trop profond et les défenses trop basses car elle laissa échapper un détail qui jamais n’aurait dû franchir la barrière de ses dents en temps normal.
    Non ! Non je n’en ai pas. Ils veulent tous la même chose et je ne leur offrirai jamais plus avant d’avoir trouvé l’homme que Dieu a caché quelque part pour moi.

Ses yeux furent un instant traversé par un voile de panique alors qu’elle réalisait qu’elle trahissait à demi-mot l’existence d’un ancien petit ami. Elle ravala cet élan de peur pour ajouter immédiatement avec un petit rire gêné :
    Et quelque chose me dit que ce n’est pas au lycée que je le trouverai !

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MessageSujet: Re: 08. [Hamilton's] Last thursday night   08. [Hamilton's] Last thursday night EmptySam 29 Oct - 15:21

Du coin de l'œil, Cassandra surveillait la porte d'entrée, inquiète à l'idée que quelqu'un la franchisse soudainement ou que le bois dans lequel elle était dessinée ne filtre pas assez les informations compromettantes. Elle tendait également une oreille furtive, au cas où un bruit étranger viendrait briser ce moment d'intimité qu'elle partageait avec Ashandra. Et malgré tout, elle restait admirablement concentrée sur son amie. Sur ses réactions, ses paroles, ses gestes, la moindre expression sur son visage. Cassie était de ce genre de personne qui pouvait paraître distrait mais qui demeurait pourtant ancré sur Terre. A de nombreuses reprises les professeurs la testaient, conscients qu'elle pensait à autre chose, mais ils n'avaient jamais réussi à la perturber. C'était une qualité et un défaut, parce que quiconque remarquait son manque d'attention pourrait considérer cette manie comme de l'impolitesse. Cassandra ne mit pas longtemps avant de se dire qu'Ashandra pourrait se vexer si jamais elle se rendait compte de cette psychose passagère qui semblait l'habiter. En vérité, elle ne pouvait s'empêcher de penser à Christabella qui, très certainement, lisait sur son lit à cette heure. Que dirait-elle si jamais elle apprenait que Cassie avait convié Ashandra sans même qu'elle ne soit au courant ? Christa avait beau omettre de lui dire beaucoup de choses, Cassie se sentait tout de même toujours coupable de garder pour elle certains secrets. Après tout, ce qu'elle ne savait pas ne pouvait lui faire de mal. Sûrement était-ce là la manière dont Christa voyait les choses. Sûrement avait-elle raison de ne pas tout lui confier. La question que se posait Cassandra à cet instant était de savoir si c'était ainsi que l'on traitait une véritable amie ? N'était-ce pas justement ce qui permettait de distinguer une amitié sincère d'une simple et banale fréquentation : la confiance ?

Présentement, Cassie accordait une confiance presque aveugle à Ashandra. Elle lui avait dit des choses que n'était pas censée savoir une simple et banale fréquentation de lycée et pour cette raison elle la considérait comme une amie. Quoiqu'il était encore trop tôt pour se prononcer. Si d'ici lundi son nom n'était pas entaché de rumeurs tout à fait fondées, cela voudrait dire qu'Ashandra méritait entièrement sa confiance. Et à vrai dire, elle serait particulièrement imprudente de raconter quoique ce soit en sachant qu'elle-même en venait aux confidences sur l'oreiller.
Cassandra inspira fortement avant de détourner son regard, aussi discret soit-il, de la porte, maintenant convaincue que Christa ne l'ouvrirait pas à la volée pour lui réciter le code de l'amitié qu'elle avait de toute évidence transgressé. Ou peut-être pas. Après tout, elle aussi avait ses propres amis et Ezrael en avait longtemps fait - et peut-être en faisait-il toujours - partie.

Alors qu'Ashandra exposait son avis, Cassandra opinait machinalement du chef. Oui, elle avait certainement raison, Damon n'était pas du genre à surveiller les fillettes sans défense. Pourtant, même s'il faisait partie des Titans, Cassie ne le voyait pas comme une brute sans cervelle... sûrement parce qu'il était le frère d'Ashandra et que, quelque part au fond, il lui ressemblait. Jusqu'ici il ne lui avait réservé aucun gobelet de glace pilée alors elle pouvait bien considérer qu'il n'était pas foncièrement mauvais. "Je ne sais pas si l'on peut être fier de s'intégrer à McKinley. La hiérarchie est claire : il y a les bourreaux et les victimes. La nuance n'a pas sa place dans ce lycée. Je préfère rester fidèle à moi-même et me faire bousculer dans les couloirs plutôt que de jouer un rôle pour pouvoir me déplacer en toute liberté. De toute façon la roue tourne, comme on dit." avisa-t-elle avec assurance. Ce n'était pas totalement vrai, elle avait pourtant essayé de s'intégrer au départ, notamment en dissimulant ses croyances extraterrestres et compagnie, mais force était de constater que cela ne lui ressemblait absolument pas. Dieu avait de meilleur projet pour elle, de toute évidence, que de la voir s'intégrer dans un groupe qu'elle se surprenait à mépriser.

L'enthousiasme d'Ashandra raviva immédiatement le sourire de la blonde. Il était tellement limpide et spontané que quiconque devait y être réceptif. Pour une fille aussi empathique que Cassandra c'était le cas, du moins. Elle sourit encore davantage quand elle lui avoua avoir eu le même surnom à une certaine époque. C'était un détail qui venait s'ajouter à la liste non exhaustive des choses qu'elles avaient en commun. C'en était presque effrayant. Trop beau pour être vrai, aussi. "Moi je trouvais ça idiot parce que les lionnes n'ont pas de crinière, c'est une particularité des mâles. Mais à 8 ans je crois qu'on ne s'encombre pas de détails de ce genre." avoua-t-elle. Oui elle avait tendance à chercher la logique partout et cela agaçait souvent les gens. Ce n'était pas sa faute si elle devait tout remettre en question tout le temps.

L'expression de Cassandra devint plus solennelle, presque affligée. De toute évidence Damon finirait comme ses amis, c'était inévitable. "J'ai peur que cela n'arrive tôt ou tard. C'est aussi pour cette raison que je surveille les fréquentations de Grace. Je crois que l'on a tendance à imiter les personnes que l'on fréquente. Au fond Damon restera le même, il fera juste semblant d'être quelqu'un qu'il n'est pas devant les autres. Crois-moi, je sais de quoi je parle." dit-elle avec amertume. Elle avait envie d'avoir tort, mais même Ashandra en était consciente. "Du moment qu'il continue à avoir la foi, c'est le plus important." ajouta-t-elle pour la rassurer.

Un éclair déchira subitement le ciel. Cassie manqua de sursauter, tandis que la pluie cognait sur la vitre dans un rythme régulier, comme si quelqu'un envoyait de minuscules cailloux sans jamais s'arrêter. Ce n'était pas tant la météo capricieuse qui avait provoqué la stupeur de Cassandra mais plutôt la révélation inopinée d'Ashandra. Un lapsus révélateur, peut-être. Était-ce pour cette raison que le ciel avait décidé de gronder ? Cassie lui aurait bien demandé de répéter, mais elle avait bien remarqué la vaine tentative de son amie pour noyer le poisson. En réalité, Cassie n'avait pas entendu le reste, elle était restée bloquée sur ces quelques mots. La mine déconfite, elle ne savait plus quoi dire. Et cela n'arrangeait certainement pas le malaise que devait ressentir Ashandra à cet instant. Elle rassembla machinalement ses cheveux sur son épaule gauche avant d'exprimer enfin sa confusion.
"Tu as dit "plus", n'est-ce pas ? Tu sais ce n'est pas mon rôle de juger. Peut-être qu'auparavant tu as fait des erreurs mais tu as cherché la rédemption. Le passé est derrière toi et si tu veux l'oublier je respecte ce choix."
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MessageSujet: Re: 08. [Hamilton's] Last thursday night   08. [Hamilton's] Last thursday night EmptyLun 31 Oct - 13:16

Ses jambes commençaient à s’engourdir, repliées sous le poids de son corps, mais l’adolescente ne bougeait plus de sa place. Elle se tenait droite, ressortait presque la poitrine qui d’habitude lui faisait courber le dos comme pour en dissimuler le volume. Son visage était sans cesse éclairé par un sourire timide mais ravi et elle n’aurait pas pu davantage se moquer de l’orage qu’à cet instant précis. En réalité c’était à peine si elle se rendait compte de ce qui se passait autour d’elle. Cassandra était là et elle semblait lui faire confiance, elle semblait apprécier le temps qu’elles passaient ensemble. Ashandra fut en proie au doute en voyant la blonde dévier doucement son regard vers l’embrasure de la porte pour vérifier que personne n’en passerait le seuil. Est-ce qu’elle était devenue ennuyeuse ? Est-ce que la présidente du club venait de se rendre compte qu’elle n’était pas digne de son amitié ? Son cœur battait fort dans sa poitrine qu’on pouvait presque l’entendre dans la chambre, et chaque mouvement, aussi discret soit-il, de la jeune fille qui se trouvait à quelques centimètres d’elle suffisait à la faire perdre pied. Pour cette lycéenne qui n’était pas habituée à vivre les événements de manière si intense en étant autorisée à y participer, la sensation de son cœur qui se serrait lorsqu’elle prenait la parole était presque insoutenable. Elle ne savait plus si c’était de la douleur ou de la joie. L’excitation de la conversation lui faisait presque perdre la tête tant elle déployait d’efforts pour paraître mieux qu’elle n’était. Elle voulait essayer d’être parfaite, tenter d’être à la hauteur de son amie qu’elle mettait au-dessus de tout. Pour quelles raisons ressentait-elle le besoin de faire mieux que d’habitude ? Jamais elle n’avait employé autant d’énergie pour offrir aux autres une image positive d’elle-même. C’en était même présomptueux. La lycéenne voulait croire à cet instant qu’elle était à la hauteur et qu’elle avait le droit d’espérer faire partie de l’entourage d’une personne aussi importante que Cassandra Hamilton. Son frère se serait probablement moqué d’elle s’il l’avait vue assise là, fière de sa position, il aurait raillé ses efforts et les aurait qualifiés de vains. Ce n’était pas par méchanceté, loin de là. Malgré son année de moins, il était plus mûr qu’Ashandra, plus apte à affronter la vie et toutes ses difficultés. Il avait l’air si fort derrière ses muscles aguerris par la pratique intensive du sport. Et en entendant le mot de « bourreau » la lycéenne fut prise d’un élan de tristesse. Que ferait-elle si jamais il cédait à la tentation d’user de sa force contre les plus faibles ? Est-ce que la présence de sa sœur dans les murs de l’établissement l’aidait à garder les pieds sur terre ou bien n’était-ce qu’une question de temps avant qu’il ne lance ses premiers slushies ? Que ferait-il quand elle serait partie ? Le regard que Cassie portait sur le lycée était à la fois désabusé et terriblement juste. La rentrée de l’afro-américaine ne datait que de quelques mois mais elle avait déjà goûté à toutes les joies de ceux qui vivent en bas de l’échelle sociale de William McKinley High School. Dans la bouche de Cassandra, leur choix de ne pas céder à la facilité de l’intégration en faisant des compromis sur leurs valeurs communes et leur façon d’être avait presque l’air héroïque. Au quotidien, il fallait admettre que, si l’idée de renoncer ne l’avait jamais effleurée, l’envie de fuir toute cette mascarade de règne des plus populaires ne manquait pas de la tarauder. Jamais sa mère n’aurait les moyens de l’envoyer dans une école privée où elle pourrait sans doute s’épanouir dans un environnement plus sain pour elle. Et elle ne pourrait pas passer sa vie à fuir les autres sous prétextes qu’ils lui faisaient peur. Pétrie de contradictions, elle avait fini par renoncer à toutes ces considérations pour accepter son sort et ne pas agir, en se laissant porter par le courant de la vie du lycée, espérant qu’effectivement la roue tournerait un jour.
    Le lycée ne durera pas toute notre vie, et tous les bourreaux d’aujourd’hui seront un jour les victimes d’autres. J’ai lu ça dans un livre d’histoire je crois… Je ne sais pas si c’est vraiment ce que je veux parce que, personne ne devrait avoir à endurer ça, non ? Je veux dire… Ce n’est pas comme si j’étais malheureuse au lycée, il y a le club ! Et… et j’ai eu la chance de… j’ai eu la chance de te rencontrer alors…

Baissant les yeux alors que ses joues prenaient une teinte plus sombre, Ashandra n’arrivait pas à croire qu’elle avait réussi à dire ce genre de choses. C’était totalement embarrassant et elle ne voulait pas que Cassandra pense qu’elle essayait de la flatter pour rentrer dans ses bonnes grâces, mais l’admiration qu’elle lui vouait était tellement grande qu’elle avait du mal à contenir sa joie.

La logique implacable de Cassandra dans toutes les situations la fit sourire. Elle aurait tellement aimé rencontrer la petite Cassie. Elle se la figurait exactement comme maintenant, mais en plus petite, une miniature de la présidente qui aurait fait fondre le plus endurci des cœurs de pierre. Une petite poupée de porcelaine capable de raisonner comme les adultes. Un port de tête fier mais pas hautain, une rhétorique qui n’était pas de son âge, une verve capable de rendre perplexe les plus bêtas de la cour de récréation. L’imaginer dans une petite robe chasuble élargit encore son sourire et elle avait presque envie de rire une nouvelle fois.
    Tu as raison… Je n’y avais jamais pensé, mais dans le roi Lion c’est comme ça, sa maman n’a pas de crinière ! En fait je crois que c’est la première fois que j’y repense depuis toutes ces années, et maintenant je ne sais plus si c’était pour se moquer ou s’ils n’avaient rien d’autre à dire sur moi…

Quand elle était à l’école primaire, elle avait son grand frère pour la protéger des autres enfants. Elle était une petite fille plutôt chétive qui ne sortait que rarement de chez elle pour jouer dans la rue avec les enfants du voisinage. Elle avait quelques amies que sa mère invitait chez elle pour jouer à la dînette ou bien pour colorier ou lire des histoires pendant qu’elle prenait le thé avec les autres mères, mais jamais elle n’avait voulu de vélo pour en faire devant chez elle comme tous les autres. Dans la cour de récréation, elle restait en retrait le long des murs à jouer avec de petites branches ou des petites billes de verre de toutes les couleurs, évitant de se mêler à l’agitation des enfants les plus turbulents. Cette attitude de retrait lui avait valu quelques moqueries de la part des garçons plus âgés et une forme de mépris des filles qui enviaient l’intérêt qu’ils lui portaient et dont elle n’avait pas même conscience. Elle ne comprenait pas pourquoi ils s’intéressaient à elle alors qu’elle ne leur avait jamais adressé la parole, et elle ne savait jamais quoi faire lorsqu’ils venaient la voir. Mais chaque fois qu’elle se trouvait dans l’embarras, Parker venait la rejoindre. Où qu’elle soit, il la trouvait à chaque fois qu’elle en avait besoin et il chassait les autres, puis il se retournait vers elle avec un grand sourire et lui tendait la main pour l’emmener avec lui jouer dans un coin plus tranquille. Il lui manquait terriblement. Elle aurait tant voulu qu’il soit là, avec elle, pour l’aider, pour lui parler, pour lui montrer la voie à suivre, et puis pour surveiller Damon. Le ton amer de Cassandra ne faisait qu’appuyer ce qu’elle-même pensait tout bas. L’avenir de son petit frère était si évidemment soumis aux amis qu’il se ferait et à l’influence qu’ils auraient sur lui qu’un sentiment d’impuissance lui arracha un discret murmure d’assentiment. Elle garderait toujours sa foi en lui, et toujours elle resterait à ses côtés pour veiller sur lui elle en était persuadée, mais est-ce qu’une maison de femmes suffirait à l’aider à faire les bons choix ? Est-ce que l’absence de son père jouerait un rôle dans son développement ?
    J’espère qu’il gardera sa foi en Dieu… Je crois qu’il n’y accorde pas autant d’importance que moi mais il vient toujours aux offices du dimanche avec nous et il me semble qu’il prie de temps en temps pour ses matchs… Dieu saura lire en lui et il ne l’abandonnera pas ! Tout comme il veillera sur Grace pour ne qu’elle s’égare pas.

Ses grands yeux noirs toujours posés sur Cassandra même après son écart de langage cherchaient à lire ce que la blonde pouvait penser à cet instant. L’angoisse prenait petit à petit possession d’elle et elle ne savait plus quoi faire pour tenter de fuir cette situation d’entre-deux particulièrement inconfortable. Les quelques secondes où son amie conserva le silence en affichant une expression perplexe et troublée semblèrent une éternité à Ashandra qui avait honte d’avoir avoué à demi mots qu’elle n’était plus exactement telle qu’elle avait été faite par le Seigneur. Frottant ses cuisses de manière mécanique, elle se sentait salie et un flash de souvenir lui arracha un haut-le-cœur. Comment pouvait elle passer d’une sensation de profond bien-être à une panique qui lui faisait perdre tout contrôle sur son corps. Ses mains avaient abandonné ses jambes à présent pour venir se serrer l’une contre l’autre, entremêlant ses doigts de plus en plus fort pour évacuer la tension qui s’affirmait en elle, son cœur manqua de s’arrêter en entendant à nouveau la voix de Cassandra. Elle avait envie de pleurer. Toutes ses craintes d’être rejetée, jugée, mise au ban du club et surtout la peur de perdre l’amitié si fragile et si nouvelle qu’elle espérait tant nouer avec la lycéenne venaient d’être balayées en quelques mots. Son dos s’affaissa sous le coup du soulagement et ses yeux s’embuèrent sans pour autant que les larmes ne coulent. Ses iris brillants de larmes qu’elle retenait dévoraient Cassandra d’un regard d’admiration et d’amour. Elle avait envie de la prendre dans ses bras et de la remercier. De la serrer si fort qu’elle lui couperait le souffle. C’était comme si la honte de ce geste qu’elle regrettait chaque jour de sa vie venait d’être en partie levée, comme si elle l’avait absoute mieux que n’importe quel prêtre. Son ange à elle venait de lui accorder son pardon, et malgré le malaise que cela pouvait entraîner, elle avait envie de se confier pour la première fois… Elle avait envie de tirer un trait sur le passé et pour cela, elle avait envie de partager sa douleur.
    Je regrette tellement… Je n’aurais… J’étais encore à Des Moines, tout allait si bien, et il était si gentil avec moi, il me protégeait des autres garçons quand ils se montraient vulgaires ou offensants, il ne cherchait jamais à me brusquer ou à me faire changer de convictions. J’avais l’impression qu’il respectait mes choix… Et puis…

Sa voix tremblait un peu et elle hésitait quelques secondes de plus à poursuivre son histoire, mais s’il existait une personne sur cette Terre qui soit capable de la comprendre et de lui pardonner c’était la jeune fille qui se trouvait avec elle dans cette chambre. Le bruit de la pluie sur les fenêtres donnait un rythme régulier et apaisant à l’histoire qu’elle voulait raconter et se mettait en place dans son esprit. Le souffle du vent et la lumière des éclairs qui zébraient de temps à autre le ciel et qu’on apercevait à travers la fenêtre de la chambre contribuaient à créer une atmosphère presque hors du temps où elles étaient seules tandis que personne ne pouvaient les atteindre, et l’afro-américaine qui tournait le dos à la porte ne pouvait ni ne voulait se soucier de tout ce qui se trouvait derrière, dans le grand monde.
    Il m’a demandé si je voulais être sa petite amie, il a promis que nous ne ferions rien que je ne voudrais pas, et je l’aimais tellement, il semblait si parfait… Alors j’ai dit oui. Et Parker, il m’a dit que j’avais raison, que c’était bon pour moi et que je grandirais un peu plus grâce à lui… Mais il a changé, il s’est mis à demander plus de choses, il voulait qu’on… s’embrasse, et il voulait m’emmener à des fêtes chez ses amis. Et puis une fois il a voulu qu’on boive alors j’ai dit non, mais il a dit que je lui faisais honte devant ses amis alors… Puisqu’il m’aimait, je me suis dit que ça n’avait pas d’importance et que je pouvais faire une exception pour lui, qu’il faisait des efforts pour moi alors que ce n’était pas juste si je n’en faisais pas pour lui. Et un jour il a demandé encore plus, toujours plus et….

Ravalant les larmes qu’elle refusait obstinément et fièrement de laisser couler sur ses joues pour ne pas avoir l’air plus pathétique qu’elle ne l’était déjà, elle leva les yeux au plafond un instant en étendant sa gorge pour déglutir.
    J’ai été faible, j’ai cru qu’il resterait le même et que ça ne ferait que renforcer notre amour mais…

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MessageSujet: Re: 08. [Hamilton's] Last thursday night   08. [Hamilton's] Last thursday night EmptyMar 1 Nov - 19:43

L'orage qui grondait ne faisait qu'apporter à la situation un caractère davantage dramatique. Intérieurement, et conséquence d'un réflexe drôlement curieux, Cassandra faisait le décompte avant que sa sœur ne débarque, la tête baissée, en essayant de se faire la plus discrète possible. Elle se demandait si, pour une fois, elle ferait l'effort de demeurer dans sa chambre malgré le grondement du tonnerre. Peut-être saurait-elle se montrer courageuse en la présence d'Ashandra, dans l'espoir de pouvoir garder la tête haute lorsqu'elle la croiserait dans les couloirs ou pendant une réunion du Club. Cassie avait beau se l'imaginer, elle peinait à s'en convaincre.
Outre cette digression, Cassandra tendait encore davantage l'oreille. Elle ignorait encore si Ashandra parlait toujours d'une voix si délicate, presque pudique, ou si c'était sa présence qui le lui imposait. Toujours était-il qu'elle trouvait cette réserve absolument adorable. Elle aurait bien voulu dire que ça lui rappelait son innocence d'enfant, mais ce n'était pas le cas. Cassandra avait toujours été une fille énergique et curieuse. Elle posait sans cesse des questions à tout le monde, à sa famille comme à de parfaits inconnus. Dans un sens, c'était ce qui faisait la singularité de leur amitié naissante. Ashandra appréciait l'assurance de Cassandra et Cassandra appréciait la retenue d'Ashandra. Un bien joli paradoxe que les deux filles associaient sans doute à un respect mutuel, rien de plus.

Cassie piocha une nouvelle dragée dans la boîte avant de reporter son attention sur son amie. Ce qu'elle disait était tout à fait censé et elle se surprit même à penser que ce serait une réplique qui aurait très bien pu sortir de sa bouche à elle. D'autant plus qui lui semblait également avoir lu quelque chose de ce genre dans un livre dont le titre lui échappait totalement. Elle se contenta alors d’acquiescer inlassablement pour appuyer les propos d'Ashandra avant d'esquisser un de ces sourires niais qu'elle reprochait à Grace d'arborer quelque fois. Désormais elle la comprenait. Elle doutait qu'Ashandra la mène en bateau comme le faisaient celles qui étaient à l'origine du sourire de Grace mais elle la comprenait, foncièrement. "Oh, la chance est partagée tu sais." avoua-t-elle avec sincérité, les yeux brillants. C'était sans doute la chose la plus gentille et innocente qu'on lui ait jamais dite et au fond elle n'était pas certaine d'en être digne. Des tas de questions fourmillaient dans son esprit mais toutes se rapportaient plus ou moins étroitement à elle. Pourquoi est-ce que tu m'apprécies ? Pourquoi est-ce que c'est une chance ? Tant de questions qui nécessitaient une réponse flatteuse qu'elle n'était pas certaine de vouloir entendre. Pas dans ces circonstances, du moins. Cela ne l'empêchait pas pour autant de se torturer l'esprit pour trouver des explications. Ce n'était pas du narcissisme ou de la présomption mais simplement une curiosité maladive dont elle n'arriverait jamais à se débarrasser. Elle sourit à pleines dents, quelque peu amusée par la gêne passagère d'Ashandra. "Tu as raison sur ce point, je crois malheureusement que tout le monde est la victime de quelqu'un. Tu sais comment je me rassure ? En me disant que les Cheerios ont quatre années pour briller alors que nous avons tout le reste de notre vie." avoua-t-elle sans hésitation. Elle espérait bien qu'Ashandra n'entende pas par là qu'elle était avide de gloire. A vrai dire, c'était même tout le contraire. Il y avait différentes façons de briller. Briller pour soi et briller pour les autres. C'était la différence entre elle et l'élite de McKinley.

"Ils étaient simplement jaloux de tes boucles." ironisa Cassandra. Il fallait se rendre à l'évidence, le joug de la hiérarchie sociale durerait éternellement. Cassie espérait du moins que, si elle parvenait à intégrer une université, elle n'aurait plus à subir ce genre de regard méprisant ou ce flot de paroles avilissantes. C'était encore un rêve qu'elle se permettait de faire. Depuis toujours elle était une marginale. Ashandra aurait sans doute du mal à le croire, comme elle avait du mal à croire que, un jour dans sa vie, on l'avait appelée Simba, mais c'était pourtant la triste vérité. A la Mogadore Christian Academy elle était cette fillette bizarre qui posait des questions idiotes et essayait d'entrer en contact avec les animaux. Sous des apparences de fille confiante elle cachait pourtant de nombreuses blessures. Des blessures qu'elle parviendrait peut-être un jour à partager avec Ashandra.

Lorsque Cassandra observait le visage si expressif de son amie, elle se surprenait à expérimenter des émotions diverses et variées. En l'occurrence, la désillusion qu'on lisait à la fois dans ses yeux et dans sa voix lui faisait regretter d'être si franche. Mais dans un sens elle se rassurait en se disant que mentir pour embellir la réalité n'était pas franchement la meilleure alternative. L'espoir faisait vivre, et elle était certaine que Damon s'en sortirait, même si elle se permettait tout de même de douter de l'avenir de Grace. "Oui, à défaut de notre présence Dieu veillera sur eux. Peut-être que cela doit se passer ainsi. Peut-être qu'ils doivent apprendre de leurs erreurs comme ça a été le cas pour nous." confia-t-elle comme si elle se parlait à elle-même. Le déclic venait de se faire dans sa tête. Oui, cela devait se passer ainsi. Grace n'avait peut-être pas besoin d'une sœur oppressante mais simplement d'expérience. Le doute se lisait sur son visage. La déception également. La déception d'avoir mal agi tout ce temps. Et dire qu'elle avait eu besoin d'Ashandra pour s'en rendre compte.

Mais c'était plus fort que Cassandra, elle se devait de jouer les psychologues sans arrêt. Au fond, elle savait que le soulagement d'Ashandra la mènerait à se confier. Il ne pouvait en être autrement. Et elle le voulait. Elle voulait pouvoir lui dire que tout ceci était du passé. Un passé douloureux sur lequel il était temps de faire une croix définitive. Pour ça elle était prête à l'aider.
L'histoire d'Ashandra lui noua le cœur. L'espace d'un instant elle se surprit à en changer les protagonistes. Cela pourrait très bien être l'histoire de Christabella et Ezrael. Cependant elle n'avait pas le droit de penser à quiconque hormis celle qui venait de lui conter tous ses ressentiments. C'était cruellement impoli de sa part, et à mesure qu'Ashandra se confiait, Cassie sentit à son tour ses yeux s'embuer. Elles étaient terriblement pathétiques mais elles n'en avaient que faire. Elles étaient seules contre le monde entier à cet instant. Naturellement Cassandra s'approcha de son amie pour la réconforter d'une étreinte qui semblait tellement dérisoire mais pourtant nécessaire. "Je suis désolée." murmura-t-elle à son oreille sans la lâcher. "Ce n'est pas ta faute, il a profité de toi. Ils font tous ça, c'est ce que me répète sans arrêt mon père. Tu ne dois pas t'en vouloir, d'accord ?" dit-elle en desserrant son étreinte. Elle étira alors son bras vers sa table de chevet pour y saisir une boîte de mouchoirs qu'elle lui tendit, un sourire compatissant étiré sur les lèvres. "Ça n'arrivera plus jamais, je t'en fais la promesse." Était-ce le gage d'une amitié vivace ? Très certainement.
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MessageSujet: Re: 08. [Hamilton's] Last thursday night   08. [Hamilton's] Last thursday night EmptyMer 2 Nov - 1:05

Jamais encore elle n’avait réussi à accorder autant d’importance à quelqu’un en si peu de temps. Elle ne connaissait Cassandra que depuis quelques semaines, elle lui avait d’abord accordé toute son attention parce qu’elle était la présidente du club. Elle ressemblait à un ange envoyé par Dieu dans son nouveau lycée pour l’aider à affronter sa nouvelle vie, pour l’aider à repartir de zéro, ou plutôt de l’illusion de zéro dans laquelle elle se forçait à vivre. Mais jamais, non jamais, elle n’aurait pensé qu’elle serait en l’espace de quelques minutes la personne qui comptait le plus pour elle en dehors de sa famille. Elle était sûrement la première véritable amie qu’elle s’était faite. La première à qui elle avait véritablement envie de se confier, devant laquelle elle n’avait pas peur d’être elle-même. Elle n’osait pas encore agir sans réfléchir parce qu’elle voulait avoir l’air le plus parfaite possible pour lui plaire, mais sa présence était devenue indispensable. Après cette nuit elle ne pourrait probablement jamais plus être la même qu’avant parce qu’elle avait trouvé sur cette terre quelqu’un qui soit capable de l’écouter et de la comprendre. Étrangement la silhouette de la blonde sembla se brouiller un instant pour laisser place à celle de son grand frère. Était-ce lui qui l’avait conduite vers Cassandra ? Est-ce que c’était grâce à tous les conseils qu’il lui avait donnés tout au long de sa courte vie qu’elle avait réussi à trouver une amie ? L’illusion du visage bienveillant de son frère lui offrant un sourire doux se dissipa pour laisser place au sourire de Cassandra qui avait l’air heureuse elle aussi. Elle était à la fois la mère à qui elle pouvait se confier, la grande sœur qui semblait en mesure de lui montrer le chemin et l’amie qui lui offrait un point de vue extérieur sur sa vie. Son cœur cessa presque de battre en l’entendant murmurer une première réponse. Instinctivement la jolie lycéenne pinça la peau de son bras droit. Elle avait peur de rêver. Elle avait peur de se réveiller à tout instant au milieu de la tempête, dans sa chambre, et de devoir se rendre à l’évidence que quelque chose d’aussi parfait ne pouvait pas lui arriver. Mais jamais la douleur ne lui avait semblé si douce. Elle sentait les picotements que provoquaient ses doigts lorsqu’ils se resserraient sur sa chair et elle entendait la voix de Cassandra si proche d’elle. Ashandra mourrait d’envie de dire à Cassandra qu’elle brillait bien plus que n’importe quelle Cheerio dans le lycée, qu’elle était la personne qui brillait le plus parmi toutes celles qu’elle connaissait, mais elle ne voulait pas l’effrayer. Elle voulait se contenter de hocher la tête, mais sa langue semblait déliée comme jamais et la lycéenne ne parvenait plus à retenir les mots qui lui venaient directement du cœur.
    J’espère que tu as raison. Je sais que tu vas réussir de grandes choses parce que toi tu brilles déjà, c’est juste que certains ne savent pas encore le voir. Parfois j’aimerais que Dieu me dise comment briller aussi, comment trouver ce que je dois faire dans cette vie et comment m’améliorer… Mais ça ne peut pas être si facile n’est-ce pas ? Alors je fais de mon mieux en observant ceux qui ont réussi. Et peut-être qu’un jour moi aussi…

Il était évident qu’Ashandra faisait référence à Cassandra dans ses paroles et son sourire était aussi gêné que sincère. Elle avait un peu honte de révéler au grand jour toute cette admiration qu’elle avait jusqu’alors gardée secrète, ou presque. Ce n’était un secret pour personne dans le club qu’elle adulait la présidente, mais jusqu’à présent les remarques à ce sujet avaient été discrètes. La jeune fille avait l’impression d’être une de ces groupies dans les groupes de prière qui vénèrent leurs gourous de manière presque malsaine, comme si elle venait de créer le culte païen de la personnalité de Cassandra Hamilton. Mais au fond d’elle-même, elle savait que même si ses sentiments pouvaient être considérés comme excessifs, ils étaient purs, et elle ne cherchait rien d’autre en retour que le droit de continuer à l’admirer et à être à ses côtés pour profiter de ses connaissances, de son expérience et de sa sagesse. Elle s’imaginait tout à fait une vie passée non loin de la fille du pasteur, juste pour profiter de son aura. Shandy rejetait sans doute toute l’admiration qu’elle avait pour son frère aîné sur sa nouvelle amie, mais elle refusait de l’admettre. Il lui manquait et elle n’avait pas le droit d’essayer de le retrouver. Pendant si longtemps il avait été le centre de son existence et maintenant on lui interdisait d’entrer en contact avec lui. Il était le seul à savoir l’écouter et à prendre soin d’elle sans qu’elle n’ait à réclamer un peu d’attention. Ses parents avaient toujours été aimants, mais il était évident que Damon était leur préféré. Parker Jr était trop indépendant pour avoir besoin d’un amour parental débordant, il avait sans cesse essayé d’échapper à leur contrôle et ce dès son plus jeune âge. Mais Ashandra, elle était trop fragile, et sa mère la repoussait parfois de peur de la rendre encore plus chétive en la couvant et en l’aimant. Elle ne voulait pas la surprotéger pour la forcer à se détacher d’elle, l’obliger à se faire une carapace plus solide. Peut-être qu’elle la traitait plus durement parce qu’elle était une fille et que dans sa famille les femmes se devaient d’être des leaders, de fières descendantes d’esclaves qui s’en étaient sorties. Toutefois la petite Shandy n’avait jamais eu le charisme des meneurs. Elle avait toujours fait partie des suiveurs et elle cherchait toujours une figure à admirer, une personne qui pourrait devenir sa source d’inspiration. Récemment elle avait perdu son père qui était son modèle de courage et de gentillesse, et son frère qui avait été son protecteur et son guide dans le monde des enfants puis des adolescents. Et dans son cœur la plaie laissée par ce manque restait béante, dans l’attente de trouver quelqu’un qui soit capable de panser cette cicatrice qui lui faisait mal lorsqu’elle s’y attardait.

Ashandra était une éternelle optimiste. Quelle que soit la mauvaise passe dans laquelle elle se soit mise, elle savait au fond d’elle-même que tout se passerait bien, que tout finirait par s’arranger, quel que soit le temps que cela mettrait, elle serait heureuse. Elle tâchait de voir le meilleur en chacun et même si ces derniers temps elle avait eu la fâcheuse tendance de juger d’abord sur les apparences, elle espérait retrouver sa naïveté d’avant. Elle aimait observer les autres sans être vue et s’interroger sur ce qu’ils pouvaient penser. Malgré cette passion pour l’observation, elle était bien mauvaise psychologue. Sans doute parce qu’elle ne s’exprimait pas assez et qu’elle-même n’osait pas se lancer pour oser vivre à son tour les événements dont elle se délectait dans les rangs du public. Elle ne perçut pas réellement l’ironie dans le ton de Cassandra et sourit en repensant à toutes ces petites filles blanches qui la dévisageaient à la petite école parce qu’elle était différente. Peut-être étaient-elles jalouses de sa couleur de peau ? Peut-être qu’elles aussi auraient aimé avoir une peau plus sombre et des cheveux naturellement bouclés ? L’adolescente de dix-sept ans raisonnait encore comme une enfant de sept ans parfois. Mais le temps avait passé et elle avait appris ce que c’était que d’affronter la méchanceté des autres. Les enfants de l’école primaire étaient peut-être moqueurs, mais ceux qui s’étaient retournés contre elle au lycée, ceux-là étaient vraiment méchants. Elle aurait aimé penser qu’ils avaient été jaloux eux aussi. Jaloux de sa famille heureuse, jaloux de sa jolie maison à Des Moines, jaloux de ses bonnes notes. Mais en réalité ils l’avaient méprisée. Ils avaient tiré des conclusions hâtives sur son père avant même que le procès n’ait eu lieu et pendant des semaines elle avait entendu dans les couloirs de son lycée des murmures et des ricanements malveillants sur son passage. Et puis elle avait été trahie par Drew. Lui plus que n’importe qui d’autre aurait dû comprendre qui elle était en réalité, mais il l’avait insultée, il l’avait traînée dans la boue en l’accusant de choses qu’elle n’arrivait même pas à concevoir. Son sourire était amer en entendant Cassandra parler de leurs erreurs. Elle avait sans doute raison, il fallait sans doute en passer par là pour grandir et pour réussir à briller à son tour. Mais elle ne voulait pas que Damon fasse l’apprentissage de la vie par la douleur. Il était si gentil et si naïf. Que pourrait-il bien devenir si Dieu l’abandonnait pendant ne serait-ce qu’un instant… Les deux adolescentes laissèrent passer un moment de silence lourd de sens. Ashandra ne comprenait pas vraiment d’où venait cette moue triste sur le visage de son amie, mais elle sentait que comme elle, l’avenir l’inquiétait et que peut-être, au fond d’elle, elle ne voulait pas se résoudre à abandonner sa petite sœur dans l’inconnu.

Chaque mot de la confession qu’elle était en train d’arracher à ses entrailles était comme une lame de rasoir qui aurait traversé sa gorge. Elle souffrait de devoir mettre des mots précis sur cette douleur qu’elle tâchait d’oublier tous les jours depuis des mois en se mentant à elle-même. Cassandra était la première personne à qui elle osait se confier. Elle se souvenait encore parfaitement du jour où elle était rentrée chez elle après avoir passé la nuit chez Drew. Son esprit était encore troublé car elle avait dû quitter sa chambre précipitamment lorsqu’il avait entendu ses parents en bas, dans la cuisine. Elle n’avait pas compris pourquoi elle n’avait pas eu le droit de rester si ce qu’ils avaient fait n’était pas répréhensible comme il le lui avait juré en insistant encore et encore. Dieu n’interdisait pas aux gens de s’aimer, alors pourquoi avait-il fallu qu’elle parte ? Elle s’était assise dans la cuisine encore calme chez elle. C’était un dimanche matin, son frère aîné était déjà parti courir parce que ses clefs manquaient sur le petit tableau à l’entrée, et le reste de la maison devait dormir. Elle ne se sentait pas bien. Son corps était un peu endolori et elle avait cette sensation lancinante d’inconfort qu’elle n’arrivait pas à expliquer. Personne ne lui avait jamais parlé de sexualité et elle n’arrivait pas à réaliser complètement ce qui venait de se produire. Mais elle était heureuse. À cet instant précis, elle avait été heureuse et c’était aussi pour cela qu’elle s’en voulait tellement. Elle vivait encore dans l’illusion que ce qu’elle venait d’accepter n’était qu’une étape de plus sur le chemin de l’amour. En réalité elle essayait de s’en convaincre plus qu’autre chose. Et l’illusion s’était rompue moins d’une semaine après. L’écho des mots qui lui avaient été lancés résonnait encore dans son esprit et elle n’osait plus regarder Cassandra dans les yeux. Comment avait-elle pu être aussi bête ? Comment avait-elle pu croire à ses mensonges ? Est-ce que tout n’avait été que mensonges ? Ses lèvres se serraient pour étouffer les sanglots et elle se mordait l’intérieur de la joue pour se concentrer sur autre chose. Mais lorsqu’elle sentit l’étreinte de Cassandra autour d’elle, Ashandra ne fut plus en mesure de contrôler l’afflux d’émotions qui la submergeait. Elle était noyée dans des impressions contradictoires, perdue entre le désespoir d’avoir été si stupide, la culpabilité d’avoir été si faible, et l’immense soulagement d’avoir réussi à avouer cette erreur, l’erreur de sa vie, à quelqu’un. Le souffle chaud de la jeune fille qui lui parlait dans le creux de l’oreille et la douceur de ses cheveux sur lesquels roulaient à présent de grosses larmes salées lui offraient un réconfort sans pareil. Jamais Cassandra ne saurait combien elle était importante à ses yeux, et peut-être que pour elle il ne s’agissait que d’un petit geste, mais l’afro-américaine recevait pour la première fois la chaleur des bras d’une amie qui lui pardonnait tout. Elle n’osait pas la serrer en retour de peur de ne plus réussir à lâcher prise. Elle ne voulait pas s’accrocher à elle de manière désespérée, il fallait qu’elle reprenne pied et qu’elle se sorte à tout jamais de cette toile de souvenirs qui la hantait et dont elle était restée si longtemps prisonnière. Les larmes continuaient de couler, ne parvenant plus à les arrêter, elle respirait de manière saccadée, et ses mains tremblaient à nouveau alors qu’elle saisissait l’un des mouchoirs tendus par Cassie. Sa voix se perdit dans un sanglot et elle dut se concentrer pour respirer plus normalement et faire sortir à nouveau un son articulé de sa gorge mouillée de larmes.
    Je… je… Merci… merci, merci, merci. Je n’avais jamais… jamais dit ça à personne. J’avais… tellement honte. Je n’aurais… jamais dû. J’aurais dû être… plus forte.

Ses mots entrecoupés de petits sanglots qu’elle réprimait en inspirant profondément essayaient de retranscrire tout ce qui lui venait à l’esprit à cet instant, toutes les sensations qui l’habitaient. Mais en vain. Rien ne pourrait dire avec autant de justesse ce qu’elle éprouvait que la petite lueur dans le fond de ses yeux qui avaient à nouveau réussi à se poser sur la jeune fille en face d’elle. La promesse qu’elle venait de lui faire, quelle qu’ait été sa véritable valeur, Ashandra l’avait enregistrée et elle l’avait rangée précieusement dans un petit coin de son cœur meurtri.
    Je sais que je ne ferais plus les mêmes erreurs parce que… je ne suis plus toute seule maintenant.

Portant ses mains à son visage pour essuyer les dernières larmes qui venaient de se tarir, elle se sentait une force nouvelle. Elle avait l’impression qu’elle aurait pu déplacer des montagnes à cet instant précis, à la fois si fragile et si forte. Elle se sentait plus confiante que jamais après avoir été plus bas que terre, grâce à quelques mots, et si la honte était toujours là, et si elle s’en voudrait encore longtemps pour ce qu’elle avait fait, elle savait à présent qu’aucun reproche qu’on pourrait lui adresser ne pourrait rompre le charme des paroles de réconfort qui venaient de lui être dites.
    Je suis désolée parce que… je dois être tellement… pathétique maintenant et… je ne sais même pas pourquoi je te le dis mais… Je ne sais pas ce que j’aurais fait si je ne t’avais pas rencontrée. Et je suis désolée parce que… parce que je pleure alors qu’on devait… s’amuser toutes les deux.

Laissant s’échapper un petit rire embarrassé, elle froissa le mouchoir humide de ses larmes dans sa petite main. Elle se sentait bien, plus libre, plus légère, et même sa voix toujours aussi faible lui semblait être plus claire.
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MessageSujet: Re: 08. [Hamilton's] Last thursday night   08. [Hamilton's] Last thursday night EmptySam 12 Nov - 14:39

Lorsqu'elle regardait Ashandra, Cassie voyait étrangement en elle une version plus mature de sa sœur. Toutes les deux étaient extrêmement fragiles mais le problème n'était foncièrement pas là - qui ne l'était pas, après tout - c'était plutôt qu'elles exposaient bien trop facilement cette vulnérabilité qui ne les caractérisait pas tant que ça. A vrai dire Cassandra était pareille, à la différence qu'elle masquait ses faiblesses derrière une assurance et une foi démesurées. Elle n'avait pas la prétention de dire qu'elle adoptait le meilleur comportement et pourtant quelque chose le lui faisait croire. Une sorte d'intuition divine, une certitude inexplicable qu'elle accordait à Dieu. Au final elle n'était plus la victime favorite des plus populaires et c'était certainement la véritable raison qui la poussait à croire que feindre être forte était une meilleure alternative que de tendre le bâton pour se faire battre. Malgré tout elle serait toujours présente pour ses proches - dont Ashandra faisait partie désormais -. Après tout c'était dans sa nature de sans arrêt prendre les devants. Elle prenait un plaisir curieux à donner des directives ou à prononcer des sermons : manie qu'elle tenait très probablement de son père.

Cassie esquissa un sourire gêné. Elle avait beau apprécier la flatterie elle n'en demeurait pas moins extrêmement modeste. Peut-être même un peu trop pour que cela paraisse naturel. Contrairement à ce qu'affirmait Ashandra elle n'était pas certaine de briller. Ou alors ce n'était pas assez de son point de vue. Briller au lycée n'était pas une fin en soi. Était-elle trop ambitieuse ? Trop exigeante avec elle-même, en plus de l'être avec les autres ? Ce n'était que d'autres défauts qu'Ashandra n'était pas dans la mesure de voir. Et Cassandra avait ce sentiment d'inconfort perpétuel, comme si une force extérieure lui ordonnait de ne jamais accepter les compliments ou lui murmurait que c'était égoïste et inconvenant de sa part. "En fait nous brillons tous mais comme tu le dis tout le monde n'est pas capable de le voir. C'est difficile de savoir ce qu'attend Dieu de nous. Je me contente de l'adorer et de faire ce que je crois être le mieux. Et ça tu le fais déjà." dit-elle sur un ton quelque peu solennel. Toujours retourner le compliment, c'était une règle de bienséance qu'elle tendait à respecter automatiquement. Ne pas rougir mais faire rougir l'autre. C'était presque mesquin au fond, mais on lui avait appris que c'était l'attitude à adopter avec les autres.

L'ambiance demeurait grave, lourde même, littéralement. Il était facile de se sentir suffoquer, tant à cause de l'intensité des émotions que de celle des intempéries. Cassie n'en doutait plus, tout allait bientôt se terminer. Le rideau tomberait devant leurs yeux et elles se réveilleraient à l'aube d'un jour nouveau, taquinées par la lumière du jour qui filtrerait à travers la fenêtre. Elle ne pouvait plus regarder Ashandra sans éprouver une douleur au niveau de la poitrine et une irrésistible envie de pleurer. Mais elle prenait sur elle, comme toujours. Elle se devait d'être celle qui était forte. Elle se rassurait en se disant que si les rôles étaient inversés, Grace comme Ashandra seraient là pour elle. Elle n'en doutait pas, pas une seul instant. Le rictus qu'elle esquissait se voulait rassurant, à l'image de ses gestes et Ashandra y semblait réceptive, malgré les sanglots qu'elle étouffait avec difficulté. Le malaise se propageait dans toute la pièce, communiquant à Cassie une sensation qui se voulait désagréable mais qu'elle transformait en véritable force. Elle essuyait ses yeux tandis qu'Ashandra bafouillait des excuses absolument pas nécessaires. Il n'y avait désormais plus aucun doute : Ashandra méritait totalement sa confiance. Le simple fait de savoir qu'elle était la seule à être au courant de ce mauvais souvenir lui faisait oublier tout le reste. Elle avait très envie de savoir pourquoi, mais la situation ne se prêtait pas particulièrement à de telles interrogations. Cassie avait mal pour elle, mal pour toutes les autres filles qui avaient subi le même genre de traitement et pour celles - comme sa sœur et Christa - qui y étaient exposées jour après jour. Elle ne dirait jamais qu'elle comprenait, parce que ce serait un mensonge, mais elle compatissait. Et au fond peut-être était-ce la seule chose dont Ashandra avait besoin à cet instant. "Tu n'as pas à t'excuser, je suis contente que tu sois parvenue à te libérer de ce poids. Tu sais Dieu nous réserve parfois de mauvais traitements mais je pense qu'il y a toujours du bon qui en résulte. Dans ton cas tu sais de quoi tu parles en prônant les valeurs du Club. C'est ce qui fait ta force." avoua-t-elle avec conviction.

Il était vrai que Cassandra avait parfois l'impression de se mentir à soi-même et aux autres. C'était un peu comme si un professeur de littérature devait du jour au lendemain enseigner les mathématiques, ou comme si une Cheerio devait prononcer un sermon à la place de son père. Pendant longtemps elle avait prôné du vent mais grâce à Ashandra elle savait que c'était bien plus que ça. Et elle en était d'autant plus fière. "En plus on a tout notre temps pour nous amuser." ajouta-t-elle avec le sourire. L'orage avait arrêté de gronder, les larmes avaient fini par s'assécher ; au final la soirée ne faisait que commencer.
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MessageSujet: Re: 08. [Hamilton's] Last thursday night   08. [Hamilton's] Last thursday night EmptyVen 18 Nov - 1:02

On pouvait parfois avoir l’impression que toutes les responsabilités de Cassandra pesaient trop lourd sur ses épaules mais qu’elle ne pouvait pas se permettre de baisser sa garde un seul instant. Toujours disponible, toujours prête à donner un conseil avisé ou offrir un enseignement plus ou moins religieux, elle dédiait toute sa vie aux autres. Ashandra ne l’avait jamais vraiment surprise dans un instant de faiblesse. Qui plus est, elle n’était pas en mesure de deviner la fragilité de la présidente qu’elle adulait tant, aveuglée par son admiration et tous les idéaux qu’elle projetait sur elle. Elle avait une tendance naturelle à l’optimisme, mais en compagnie de Cassie Hamilton elle se sentait si fragile; un seul regard de la lycéenne suffisait à mettre à découvert toutes les fragilités qu’elle ne parvenait déjà pas à cacher.

L’afro-américaine n’était pas particulièrement grande mais elle paraissait beaucoup plus petite qu’elle ne l’était vraiment à cause de son échine sans cesse courbée. Lorsqu’il arrivait qu’on la regarde d’un peu trop près en classe ou même dans les couloirs, elle retenait mal le tremblement à peine sensible de ses mains qui trahissait son inquiétude permanente. Ce qu’elle souhaitait par dessus tout c’est qu’on la laisse tranquille. Elle ne voulait pas de l’attention des autres, pas de celle des plus populaires ni même des autres victimes de ces bourreaux en herbe (ou en jupes courtes). Ce qu’elle voulait c’était terminer le lycée en paix, en compagnie d’amies qu’elle aurait choisies avec soin pour ne pas avoir à revivre la douleur de perdre des gens en qui elle avait toute confiance. Naïve, fragile, peut-être même un peu stupide. On pouvait rapidement se faire une idée de qui était Ashandra Moon : une petite fille égarée en quête d’un modèle à suivre. On pouvait même imaginer la connaître en quelques minutes, un coup d’œil à sa tenue trop stricte, la petite croix qu’on devinait contre sa peau au bout de la chaîne en or qui pendait sans cesse à son cou, ses pupilles qui vous évitaient consciencieusement et sa voix presque chevrotante à peine audible. Et pourtant, derrière ces allures de brebis blessée, elle voulait être tellement plus. Elle aurait aimé rire aux éclats, croquer la vie à pleine dent, chercher le bonheur sans avoir à se soucier des autres, chanter, danser, crier. Toutes ces choses qu’elle n’osait pas faire parce qu’elle était dévorée par la timidité. Mais au fond d’elle-même, elle attendait en secret le moment où elle aurait enfin le courage de faire toutes ces choses. Levant timidement les yeux vers la blonde, Ashandra faisait lentement battre ses longs cils noirs. Elle le sentait dans sa chair. Du plus profond de son être elle voulait sentir que Cassandra serait celle qui la guiderait hors du tunnel d’ennuis dans lequel elle avait tendance à se complaire en se laissant porter par la passivité. La regarder évoluer sans un regard en arrière dans ce monde de brutes qui ne la comprenaient pas était un puits de motivation et d’énergie insoupçonnable. Qu’importe que la relation ne fût pas équitable, et qu’elle ait davantage besoin de Cassandra que la présidente aurait jamais besoin d’elle, Shandy était prête à faire tous les sacrifices en retour.

Ses compliments lui allaient droit au cœur, et elle ne voulait pas chercher à savoir s’il s’agissait d’une simple marque de politesse ou d’un véritable souhait qui venait s’ajouter au sien. Tout ce qu’elle entendait c’était le même ton posé et assuré que son amie adoptait lorsqu’elle faisait une leçon dans le club de Chasteté. Sa voix faisait vibrer l’air autour d’elle au point qu’elle en oubliait le grondement du tonnerre qui entrecoupait parfois leur conversation, bien trop absorbée par tout ce que pouvait dire Cassie. Elle s’était trahie à demi-mots, inconsciemment elle avait toujours voulu avouer sa faute, se confesser à quelqu’un en qui elle aurait confiance, soulager son cœur de ces mots qui nourrissaient ses souvenirs les plus douloureux. Et maintenant qu’elle pleurait pour sortir toute cette amertume de son système, elle n’avait pas besoin de regarder par la fenêtre pour savoir que le temps s’éclaircirait et que les jours à venir seraient meilleurs. Certes, il n’y aurait probablement aucun changement dans son quotidien. Elle devrait toujours avoir une tenue de rechange dans son casier au cas où son chemin croiserait celui de Santana Lopez. Elle ferait toujours aussi attention à ne pas s’approcher trop près d’un garçon. Elle ne prendrait toujours pas la parole avais aisance et assurance. Elle n’essaierait probablement même pas de changer toutes ces choses. Mais une chose changerait à coup sûr : elle ne serait plus aussi seule. Séchant ses larmes en esquissant un sourire forcé, elle tapota sur sa poitrine comme pour vérifier que cette sensation d’enivrante légèreté n’était pas qu’une illusion et qu’elle n’était pas dans un rêve où tout ce qui se produisait n’était que le fruit de son imagination. Elle ne tarderait pas à trouver la force de grandir si elle avait quelqu’un comme Cassandra à ses côtés. L’abandon de son frère ne serait plus une souffrance aussi intense maintenant qu’elle avait trouvé une confidente. Pas un confesseur. Une confidente. Une amie. Un guide. Elle avait beau avoir l’air d’un pasteur parfois, elle avait la même naïveté, parfois presque enfantine, qu’Ashandra, et l’entendre parler du club alors qu’elle venait de lui raconter à mots couverts la pire expérience de sa vie venait conclure toute cette discussion d’une manière délicieusement légère. Comme si tout cela n’avait aucune importance. Elle était une lycéenne comme les autres, et elle avait le droit de vivre sa vie comme les autres. Un petit rire succédait à toutes ses larmes qu’elle n’avait pas laissé couler depuis si longtemps et qui avaient empoisonné son existence qu’elle n’arrivait pas à voir autrement que misérable. Bientôt elle quitterait le lycée, et elle recommencerait à zéro. Elle reprendrait le contrôle de sa vie et elle n’aurait plus à se plier à la hiérarchie stupide des plus forts et des plus populaires. Peut-être que ce qui lui conviendrait le mieux ce serait tout simplement de se fondre dans la masse des gens. De faire un métier de bureau comme sa mère. De revoir ses rêves à la baisse. D’arrêter de songer à une existence d’élue comme celle de Cassandra.

Ramassant ses cheveux épars sur ses épaules en un chignon désordonné elle prit une profonde inspiration pour s’assurer de son calme avant de reprendre la parole en souriant timidement :
    Je crois que même si Dieu m’a conduite jusqu’au club pour cette raison... je ne vais pas faire de leçon là dessus.

Laissant échapper un pouffement de rire nerveux, sa tentative de faire un peu d’humour n’était pas une réussite, mais elle fut néanmoins rassurée par le sourire avenant de Cassandra qui préparait d’un ton enjoué la suite de la soirée. Animée par la joie simple et naturelle de la jeune fille, Ashandra trouva la force de se redresser complètement, passa ses mains sur son ventre pour défroisser ses vêtements, et l’air à la fois anxieux et excité, elle finit par oser s’aventurer à proposer à Cassandra tous ces jeux qu’elle avait regardé sur l’ordinateur de son frère. Qu’importent les épreuves, elles avaient aussi le droit de s’amuser comme toutes les autres filles de leur âge, non ?
    Tu sais... il y a cette chose que j’ai vue sur Internet que les filles font quand elles sont invitées...


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