Choriste du mois


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 08. Remember that time is money - Benjamin Franklin

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MessageSujet: 08. Remember that time is money - Benjamin Franklin   Lun 12 Sep - 18:16

« Frances ! Le nominalisme n’existe pas, vous en êtes la preuve vivante. Deux heures de colle. » Qui pouvait – à part le professeur de philosophie évidemment – justifier des heures de retenue de cette manière ? Il était sûr qu’il devait y avoir une raison sous-jacente à cet acharnement contre sa personne. Il n’arrivait pas à saisir laquelle. Peut-être s’était-il trop moqué, et surtout trop fort, de l’accent bouseux qu’il avait de plus prononcé que la plupart de ses camarades réunis ? Ou peut-être avait-il vu qu’il ne suivait absolument rien d’un cours qui ne lui servirait à rien dans la vie, si ce n’est à briller en société en évoquant la théorie transcendantale du genre, mais en ne pouvant pas déblatérer dessus plus de quelques minutes ? La raison devait de toute évidence être très claire, très nette, pour le professeur, autant qu’elle était obscure et absconse pour Ange. Il détestait par ailleurs qu’on ne l’appelle que par son nom de famille, cela lui était insupportable. Les temps et les mœurs avaient évolué, n’étaient plus les mêmes que ceux d’aujourd’hui. Il fallait s’appliquer à vivre avec son temps, ce que son professeur ne semblait pas faire. Il optait pour un troisième choix, alors qu’en réalité il n’y en avait que deux. Solution A : il se donnait la peine de connaître les noms et les prénoms associés à chaque élève et à ne les appeler que par cette dénomination – à la rigueur par le seul prénom. Solution B : il ne prenait pas cette peine, ce qu’il semblait avoir choisi, mais il les appelait avec la dénomination de Monsieur ou de Mademoiselle en rigueur avec le sexe de la personne interpellée. Pour sa part, il n’aurait pas choisi la seconde solution, puisqu’au vu des certaines personnes présentes dans la salle, on pouvait véritablement se demander de quel sexe ils étaient. Ange avait alors choisi de se taire pour le reste de l’heure, se contentant de bouger son stylo de gauche à droite tout en fixant la pendule d’un intense regard, comme si ce dernier pouvait à lui seul permettre de changer le temps et d’avancer la fin d’un cours le plus tôt possible. Personne n’est évidemment capable de telle chose, et lui-même le savait parfaitement. Lorsque le miracle arriva. Entendre par là que la sonnerie indiquant la fin du cours retentit finalement, pour libérer les élèves, se déferlant comme des moutons à l’abattoir dans les couloirs. Ange resta bien évidemment en arrière. Malgré les quelques mois passé dans l’enceinte du lycée, il n’arrivait pas à se faire à la sueur qui dégoulinait de tous les pores possibles de ses camarades. De vrais porcs. Et il avait par ailleurs quelque chose de très important à demander à son professeur. Lorsque le dernier élève passa le pas de la porte, il s’approcha du bureau et déposa un billet de cent dollars sur le bureau de son professeur. « Benjamin Franklin souhaiterais vous dire deux mots pour m’empêcher de telles heures de colle. » Evidemment, la parole n’eût pas l’effet escompté. Il pensait qu’une telle technique fonctionnerait parfaitement sur son professeur, sans doute sous –payé par l’Etat américain, et qui ne verrait pas d’un mauvais œil une telle somme pour éviter la perte de quelques heures à son étudiant. Mais, de toute évidence, la philosophie avait horriblement tué chaque petit neurone et la moindre once de raisonnement dans son cerveau, puisqu’il se contenta, tandis que ses yeux lançaient des éclairs, de rugir : « Et deux heures de plus. Ce soir, tiens, je dépêcherais une surveillante expressément pour votre petite personne. Saluez Benjamin de ma part. » Il lui adressa un sourire, fit un signe militaire et sortit de la salle de classe en trombe. Ange regarda le billet, le retourna, se demanda ce qui n’allait pas avec celui-ci. Il ne comprenait pas où il s’était trompé, où il avait pêché par excès de confiance. Il était dommage évidemment que son professeur ait réagit ainsi, mais il ne pouvait que s’incliner devant la supériorité intellectuelle. Ou tout du moins hiérarchique. Il n’avait pas envie d’avoir une nouvelle heure de retenue pour insubordination et se rendrait sans rechigner aux susdites heures. Rien ne lui ferait plus plaisir. Et, avec un peu de chance, il pourrait sans doute alléger sa peine s’il clignait des yeux telle une vierge effarouchée ou encore s’il léchait ses lèvres de manière suggestive, ou encore s’il esquissait un sourire coquin. Dans le pire des cas, il ressortirait Benjamin de sa poche, car il savait que les étudiants chargés de les surveiller étaient encore plus fauchés que les élèves eux-mêmes. Il ne fallait pas se voiler la face, s’ils ne l’étaient pas, ils ne feraient pas ce métier, personne ne le ferait par « pur amour de l’éducation ». Pure folie surtout de penser ainsi.

La fin de la journée approchait et Ange avait reçu la convocation. La sanction retenue était clairement indiquée, mais pas la raison. Il était quasiment certain que même son professeur ne savait – ou avait-il même à un moment su – pourquoi. Il entra dans la salle et constata qu’elle était quasiment vide. C’était évident, qui, à cette époque de l’année, donnait encore des punitions à ses élèves qui avaient mieux à faire que de rester à se regarder dans le blanc des yeux, le soir, à la chandelle. Par chance pour lui, c’était une belle et blonde jeune femme qui le gardait. Pas tout à fait son type, un peu trop frêle pour avoir l’air réelle. Mais peu lui importait, il ne voulait pas « se la faire » comme pouvaient parfois l’annoncer ses camarades de classe, non, il voulait juste lui empêcher de s’embêter pendant de trop longues heures alors que la liberté l’appelait au dehors, la pressant de sortir la rejoindre. Il tâta la poche arrière de son pantalon, pour s’assurer que Benjamin était encore là. Juste au cas où. Cela lui briserait le cœur de devoir s’en séparer au profit d’une petite idiote qui était sous-payée car sous-diplômée. Au lieu de se diriger vers une chaise pour s’asseoir et faire semblant de travailler, il se dirigea droit vers la blonde, avec la ferme intention de sortir de là dans les minutes qui suivaient. Il vérifia une dernière fois qu’ils étaient bien seuls et s’approcha du bureau. Elle était là, encore toute innocente, affairée à je ne sais quoi. Ange se pencha par-dessus le bureau, prit son plus beau sourire et passa une mèche de cheveux derrière son oreille droite. Il avait quelque part, sans doute dans un des magazines féminins qui traînait dans le salon de sa mère, qu’une femme manifestait toujours son intérêt pour un homme en jouant avec ses cheveux. Cela ne devait pas bien être différent quand les rôles étaient inversés. Il prit son plus beau sourire, dévoilant ses dents, et lui susurra de sa voix la plus douce : « Je ne voudrais pas faire perdre du temps à une belle femme comme vous. Si vous ne dites rien, et que je ne dis rien, nous pourrions sortir pour vaquer à des occupations plus importantes. Pas que votre présence ne m’enchante pas, bien au contraire. » Un petit sourire malicieux se dessina sur le visage du jeune homme, qui cligna des yeux éhontément. On aurait dit un jeune premier le jour de ses premiers pas sur scène. Mais, après tout, n’était-ce pas Goebbels qui avait dit « Je größer die Lüge und je unwahrscheinlicher die Lüge - desto eher wird sie geglaubt» ?
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MessageSujet: Re: 08. Remember that time is money - Benjamin Franklin   Lun 12 Sep - 20:17

Pour la première fois de la semaine, le soleil brillait vraiment à Lima, la température était même suffisamment décente pour ne pas avoir à mettre d’épaisseur supplémentaire. Madeleine regardait d’un air distrait par la fenêtre de la salle des professeurs, attendant que le café soit prêt en secouant sa dosette de lait concentré. Qu’est-ce qu’elle pourrait faire pour célébrer sa soirée libre de la semaine ? Se balançant de droite à gauche sur ses pieds la jeune femme pianotait sur le rebord de la grande fenêtre son gobelet désormais posé à côté d’elle. Depuis combien de temps était-elle sortie dans les premières du lycée ? Le fait qu’elle ne s’en souvienne pas n’était pas bon signe. Quand elle avait signé pour être surveillante la jeune femme était bien loin de se douter qu’il faudrait qu’elle passe ses soirées au lycée, soit à faire d’inutiles tours de garde, soit à faire du baby-sitting pour lycéens rebelles. Pour une fois qu’on lui lâchait la bride, elle devait absolument en profiter. La paye ne s’étant pas vraiment améliorée Mad écarta rapidement l’éventualité d’aller faire du shopping. Elle pourrait toujours aller flâner au Gramophone Records mais dans ses souvenirs il y avait des élèves embauchés là-bas, et pas question de venir troubler sa sainte soirée de repos avec la présence de mineurs. Elle irait s’installer dans le parc avec un livre. Oh oui, elle s’imaginait déjà à merveille la scène : elle repasserait en quatrième vitesse chez elle à quatre heure, prendrait une grande couverture et filerait droit sur les pelouses du parc Lincoln pour paresser au soleil avant qu’il ne soit trop tard. Avec les examens qui approchaient à grands pas il n’y aurait pas un idiot pour venir jouer au ballon et troubler sa grande paix intérieure. Ce n’était pas l’heure pour les joggeurs de venir faire leur petit tour, pas l’heure non plus pour les mères de familles de sortir la marmaille. Ce serait parfait. Portant le gobelet en plastique à ses lèvres après avoir soufflé une ultime fois sur le liquide brûlant elle en avala une gorgée qui vint compléter à merveille son sentiment de bien-être et de satisfaction. Se mettant à fredonner doucement une mélodie qu’elle ne connaissait qu’approximativement mais qui correspondait si parfaitement à son sentiment du moment qu’elle ignora une fois de plus la présence d’autres personnes autour d’elle, la surveillante sortit en chantant de la salle.

I walked across an empty land
I knew the pathway like the back of my hand
I felt the earth beneath my feet
Sat by the river and it made me complete

And if you have a minute why don't we go
Talk about it somewhere only we know ?
This could be the end of everything
So why don't we go
Somewhere only we know ?

Plus que quelques minutes avant que la sonnerie ne retentisse. Quelques minutes qui paraissaient une éternité alors qu’elle pressait le pas dans les couloirs déserts. Jetant régulièrement des coups d’œil anxieux à sa montre comme si elle s’était arrêtée, elle fut délivrée par le bruit sourd de la cloche et les claquements des livres qui se refermaient précipitamment. En un instant elle était noyée dans une foule de lycéens surmenés mais elle ne pouvait s’empêcher de sourire en les voyant prendre leurs livres dans leurs casiers. Travaillez bien les enfants, Maddie va aller s’amuser pour vous. Poussant la porte du bureau des surveillants, elle ne s’attendait pas à tomber nez à nez avec M. Jefferson, professeur de philosophie de son état, qui se tenait droit comme un i sur le canapé d’ordinaire réservé aux lycéens en retard pour attendre leur mot d’excuse ou autre papier administratif dont elle avait la charge. Cette compagnie inopinée ôta immédiatement son beau sourire à Madeleine qui le dévisagea d’un air interrogateur. Qu’est-ce qu’il pouvait bien lui vouloir à cette heure ? Une main posée sur le dossier de sa chaise pour récupérer son manteau elle ne put néanmoins se résoudre à l’ignorer totalement. Le professeur muté dans un silence furieux lui avait à peine accordé plus qu’un regard en coin, comme s’il attendait quelqu’un d’autre. « Est-ce que je peux vous aider monsieur ? Je vais fermer le bureau donc si vous aviez un problème, vous devriez aller vous adresser au princi… » Mais elle n’avait pas eu le temps d’achever sa phrase que l’homme aux cheveux grisonnants s’était dressé d’un bond et la jaugeant de la tête aux pieds finit par lâcher d’un ton condescendant en la coupant : « Ah c’est donc vous la surveillante ? J’ai besoin que vous vous occupiez de ce petit arrogant de Frances. » Plaquant le billet de colle sur son bureau, l’homme fit demi-tour sans lui accorder un regard, ou un mot de remerciement.

Pardon ? La surveillante était restée bouche bée, les yeux écarquillés, anéantie par le choc. Est-ce qu’en un instant on venait de lui prendre sa soirée de repos, de la traiter comme la dernière des idiotes et de la prendre de haut ? Ses doigts se resserrèrent sur son manteau en froissant le tissu. Elle bouillonnait de rage. Peinant à reprendre son souffle qui avait été coupé par l’indignation, elle jeta un regard plein de haine sur le papier qui trônait à présent sur le devant de la table : Frances, 2h. Peu importait le nom de ce pauvre garçon, arrogant ou non, quand on voyait la tête de son professeur, on ne se demandait pas pourquoi il avait été collé. Peut-être avait-il respiré trop fort et interrompu son flux de pensée. Relâchant enfin son étreinte sur le dossier de la chaise, elle prit le chemin de la salle de retenue, résignée et furieuse. Posant brutalement son livre sur l’histoire des plus grandes parties d’échec sur le bureau, dos au tableau, elle tira la chaise d'un geste sec et s'y laissa tomber lourdement. Ouvrant la page où elle avait laissé le fil de l’histoire, elle se plongea dans la lecture pour évacuer toute cette colère qui ne demandait qu’une chose : sortir.

Quelques minutes passèrent et la blonde avait petit à petit retrouvé un rythme cardiaque normal, poussant régulièrement de longs soupirs d’ennui. Et ce dénommé Frances qui n’en finissait pas d’arriver… Si elle n’avait pas dû les surveiller elle-même elle aurait volontiers rajouté deux heures supplémentaires pour lui avoir fait perdre son temps. Elle était toute entière absorbée par le récit lorsqu'une main finit par entrer son champs de vision à côté de son précieux livre — livre qu’elle aurait dû être en train de lire au soleil et non pas derrière les vitres sales d’une salle de colle. Levant le nez, elle trouva face à elle un blondinet qui jouait de manière ostensible avec ses cheveux, lui adressant un sourire charmeur qui criait son hypocrisie à des lieues à la ronde. Se redressant dans le fond de son siège Madeleine prit soin de lui laisser le temps de terminer sa phrase. Peut-être que ce très cher Jefferson n’avait pas tort en parlant de « petit arrogant », le clin d’œil final finit par arracher un rire nerveux à la surveillante qui n’aurait décidément pas la paix ce soir-là.
    Oh mais comme je suis flattée que vous vous souciez de ma vie, euh… « Franges », c’est ça ? Mais vous êtes en retard.

Son ton était glacial, à tel point que la jeune femme se surprit elle-même de temps de distance. Elle aurait aimé avoir un miroir à cet instant pour se regarder et admirer le visage de l’autorité qui lui échappait sans cesse. Mais sa colère était revenue en voyant le manège grossier du garçon, et il n’était pas l’heure d’aller s’admirer dans une glace. Puisque Jefferson lui avait filé entre les doigts et que c’était trop risqué de s’en prendre à un membre du corps enseignant, monsieur « j’ai des occupations plus importantes » en ferait les frais.
    Et puisque ma présence vous enchante je ne voudrais pas vous en priver si tôt, vous allez vous asseoir là, et vous allez vous occuper de…

En y réfléchissant bien c’était la première fois qu’elle avait elle-même à donner une punition. L’autre idiot de penseur à la manque n’ayant pas jugé bon de préciser quoi que ce soit sur le papier qui était resté dans le bureau des surveillants. Pour une fois elle avait elle-même abattu le travail administratif qu’elle avait l’habitude de déléguer aux élèves en retenue, il faudrait donc qu’il s’occupe tout seul.
    … vos affaires courantes.

Plantant son regard dans le sien sans ciller elle affichait un large sourire de satisfaction. Bien sûr qu’elle aurait aimé céder cette proposition, mais elle n’avait pas la moindre intention de faciliter la tâche à ce gamin sorti tout droit des jupes de sa mère et qui la regardait du haut de toute sa suffisance. L’esprit de contradiction de la jeune femme à l’ego blessé deux fois en moins d’une heure allait l’emporter, et de loin. Pour qui est-ce qu’ils la prenaient ? Une blondasse sans cervelle incapable de voir une marque de cynisme ? Ils allaient voir de quoi elle était capable.
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