Choriste du mois


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 08. [307 - D'Anceny] L'heure des bilans.

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MessageSujet: 08. [307 - D'Anceny] L'heure des bilans.   Ven 14 Oct - 23:13

Une année s'était donc écoulée, au grand galop, pour la française. Elle en était encore presque choquée, en rentrant dans le hall de son immeuble, en traînant un peu des pieds. Elle salua la concierge, d'un léger geste de la main. En sentant la bandoulière en cuir de son sac tirailler son épaule, elle se voyait comme une éternelle adolescente qui n'avait pas grandi, coincée à jamais dans la sphère lycéenne, pas si différente des jeunes gens à qui elle enseignait les rudiments de la littérature française. Elle grimpa les escaliers, lentement, les yeux fixés sur ses pieds. Elle chercha à tâtons les clefs de l'appartement, dans le bazar de sa poche, entre son paquet de clopes et ses factures, et elle eut brusquement l'image qu'elle avait d'elle quand elle était jeune, dans son appartement parisien, elle qui était une petite provinciale. Woah, Alexiane, regarde ce que tu es devenue. Tu es rouennaise, provinciale, tu as parcouru une telle route... A 32 ans, comment une gamine comme toi a pu se retrouver ici, propulsée en Amérique, prof dans un lycée? C'est assez incroyable. Et puis les mois qui se sont écoulés à une vitesse phénoménale. Elle n'avait rien vu passer, prise dans un tourbillon envoûtant de préparation, de travail, de découverte. Ses jours étaient peuplés de copies à corriger, ses nuits étaient faites d'errances silencieuses dans les rues de la ville, à la recherche d'une quelconque proie.

Elle déposa son sac sur le sol et se prépara un café, assez machinalement, glissant une cigarette entre ses lèvres. Elle s'assit à son bureau, en travers de la chaise, ses avant-bras appuyés sur ses genoux, le regard dans le vague. Une année, donc, en tant qu'enseignante titulaire. Elle le sentait dans l'agitation des élèves, dans leurs évidentes préoccupations pour leurs activités respectives, plus que pour l'intérêt de la littérature francophone. Elle l'entendait dans les murmures de couloirs, dans cette vague excitation qui finissait par étreindre les coeurs de tous, concernant les affrontements entre les glee clubs, les qualifications sportives et tout ce qui animait joyeusement toute la petite vie de Lima. Que serait cette ville sans ce dynamisme crée par les jeunes, de toute la force de leurs idéaux? Elle était plutôt pessimiste sur ce point-là.

Elle versa le café dans une tasse et y adjoint deux sucres. Puis, elle s'assit de nouveau au bureau, tournant lentement la cuillère dans la tasse, le regard fixé dans le puits insondable du liquide noir, où elle pouvait rencontrer son propre reflet. Comment avait été cette année? Avait-elle rempli son contrat? Et elle, alors, en tant que personne physique? Elle était prise de cette sorte de mélancolie que tout le monde ressentait, soit avant la rentrée, soit avant la fin des cours.

Elle était arrivée à Lima pleine de rêves et d'idéaux. Puis, elle s'était frottée au système scolaire américain, y avait découvert et parfois expérimenté des choses complètement folles et à son sens aberrantes, par rapport à l'hexagone. Elle en était indubitablement sortie plus forte, plus concernée, plus mature. Elle avait vu de ses propres yeux des gens que l'on prenait pour des outsiders complets se frayer un chemin et gagner le respect de ses camarades, grâce à un coup de génie. Mais elle avait aussi vu la chute douloureuse des gamins populaires qui faisaient un faux pas.

Elle avait appris à essayer de cerner les talents, pour les encourager à les développer en nonobstant les conséquences sociales. Elle avait découvert des gamins géniaux, qui se cachaient derrière de grands airs. Et pourtant, cette année n'a pas été pleinement satisfaisante pour la jeune prof. Elle ne s'était pas réellement bien intégrée à l'équipe pédagogique, se contentant de distiller quelques sourires et sortir parfois avec ses collègues, mais peu de liens forts avaient vu le jour. Elle regrettait cela. Elle avait la vague impression qu'elle était une sorte de fantôme à McKinley : on la voyait que lorsqu'on le voulait. Forte de ce constat, la jeune femme se demandait si elle avait un futur possible dans ce lycée. Elle ne savait d'ailleurs pas si elle poursuivait son contrat ou non. Elle devrait recevoir dans les prochains jours un courrier l'avisant ou non de son remerciement pour bons services.

Le regard traversant le nuage de fumée bleutée, elle esquissa cependant un sourire : elle n'avait pas dit son dernier mot. Qu'ils lui donnent encore une chance, et elle promettait de mettre le feu.
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