Choriste du mois


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 01. Didn't think you would trust me

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MessageSujet: 01. Didn't think you would trust me   Lun 24 Oct - 22:17

    Si tu traînes encore un peu plus tu vas te faire doubler par les grand-mères Santy !

Le vent frais de septembre fouettait le visage de Madeleine qui s’était tant bien que mal tournée sur son vélo pour voir la jeune femme derrière elle, faisant flotter autour d’elle les pans de sa jupe blanche. Ses mèches blondes souples volaient devant ses yeux et la situation était relativement périlleuse pour l’éternelle inconsciente qui continuait à pédaler de toutes ses forces jusqu’à en perdre haleine dans la pente de la banlieue ouest de Lima, ne tenant plus son guidon que d’une main. Le sang qui lui montait aux joues sous l’effet du froid de l’automne et de l’effort qu’elle fournissait donnait à son visage illuminé par un sourire une teinte rosée qui tranchait avec son habituelle pâleur. Chacune de ses expressions rendant à merveille sa bonne humeur de la journée, elle ne semblait pas préoccupée… La course qu’elles venaient d’entamer altérait sa respiration si calme d’ordinaire, mais l’éclat vif et sonore de son rire résonnait entre les rares maisons qui s’égrainaient le long des routes dans la campagne environnante. À la moindre incartade de la part de sa monture Madeleine aurait fini dans le premier fossé ou dans un champ de maïs, mais elle s’amusait bien trop pour imaginer se casser le bras en tombant.
    Ah ça se croit jeune, ça critique sur les réseaux sociaux mais tiens !

S’asseyant à nouveau sur la selle inconfortable de son vieux clou, compagnon fidèle de ses promenades qu’elle n’aurait changé pour rien au monde, la blonde donna un ultime coup d’accélération pour parvenir au sommet de la côte en première. Elle s’arrêta et sauta à côté de son vélo pour lever les bras au ciel en signe de victoire, s’inclinant devant un public imaginaire mais en délire devant cet exploit sportif digne d’un tour cycliste international. Reprenant petit à petit ses esprits et son souffle, elle guettait Santana du regard qui n’en finissait pas d’arriver. La semaine avait été assez difficile pour les deux jeunes femmes dont la relation n’en finissait pas de s’envenimer de jour en jour autour de non-dits et de suppositions erronées.
Depuis qu’elle avait rencontré Santana le jour de son déménagement, pas un jour ne s’était passé sans que la jolie latino ne lui envoie une remarque cinglante ou inattendue. Madeleine pensait être assez difficile à suivre en général, mais elle faisait pâle figure à côté de sa voisine de petit-déjeuner, et elle n’avait pas mis longtemps à s’en rendre compte. La première chose qu’elle avait vue chez Santana, en dehors de son push-up renversant, furent ses yeux noirs. Les iris sombres de la jeune femme étaient une source inépuisable d’interrogations pour Madeleine qui aimait à se perdre dans ce regard si plein de nuances. Tantôt ils brillaient de colère silencieuse lorsqu’on abordait le sujet sensible du voisinage par exemple, tantôt de tendresse maladroite lorsqu’ils se posaient sur ce fils qu’elle ne semblait pas encore maîtriser l’amour. La couleur de ses prunelles ne variait pas, mais un regard jeté en coin qui vous dévisageait et vous saviez à quoi vous en tenir. De toute évidence, Santana était une belle femme. Bien trop jolie même, et Mad savait que son désir de créer une relation plus intime et plus complice avec sa nouvelle colocataire n’était pas totalement désintéressée. Elle aimait s’entourer de belles choses, que ce soit en les filmant ou en les immobilisant sur une pellicule photo, elle aimait capturer l’essence des gens qui l’entouraient, contempler sur un écran le regard qu’elle portait sur eux de manière totalement narcissique. Et l’image de Santana Lopez était bien trop ambiguë à son goût. Plusieurs fois en s’entraînant à monter sur son ordinateur les brèves séquences qu’elle filmait un peu tout le temps dans la pension pour ne pas perdre la main avant la rentrée, elle avait reconnu l’immanquable désir. Il ne s’agissait pas d’un gros plan assez vulgaire sur telle ou telle partie de son corps, il ne s’agissait peut-être même pas de désir physique, mais elle était tout simplement troublée, et sa caméra retranscrivait chacun de ses moments d’hésitation.
Tirée de ses pensées par le cliquetis métallique des roues de Santana qui arrivait enfin Madeleine se rendit compte qu’une fois de plus elle avait perdu la notion du temps en se laissant aller à la rêverie. Qu’est-ce qu’avait donc cette fille de si spécial pour la perturber à ce point ? Elle n’était pas plus jolie qu’une autre, n’avait rien fait d’entreprenant à son égard, au contraire, il était plus ou moins de notoriété publique dans la pension que le deuxième étage entretenait des relations plus qu’amicales. Madeleine avait très longuement hésité à lui proposer cette sortie en tête à tête, loin de tout et de tous, juste elles et le ciel. Elle avait hésité cent fois à retirer son invitation après que l’infirmière avait décidé de bouder à cause de Jesse Saint James. Tout cela ne lui ressemblait pas. Elle avait toujours été ouverte à toute sorte de proposition et ne se formalisait pas outre mesure du sexe de Santana, mais le nombre de personnes pour qui elle avait autant réfléchi se comptaient sur les doigts d’une main. Presque irritée de cette indécision qui la torturait et freinait son naturel avenant et spontané la blonde avait fini par faire irruption dans la chambre de la jeune femme pour lui intimer plus que lui suggérer la sortie. Il fallait traiter le mal par le mal. S’il fallait qu’elle attaque sa colocataire de front pour se la tirer de l’esprit, elle le ferait. Et elle ne rentrerait pas avant d’avoir trouvé le moyen de ne plus se poser la moindre question.
Offrant un sourire doux à son amie, elle laissa tomber son vélo pour s’asseoir sur le bas-côté de la route et sortir de son grand sac en toile la carte des environs qu’elle avait amenée avec elle pour se repérer. Téléphones portables et autres gadgets interdits. Ça avait fait partie des conditions de la promenade. Malgré ses grands progrès dans le domaine de l’informatique et des nouvelles technologies ces dernières années, la blonde restait réticente quant à l’idée de se servir en permanence de son téléphone ou d’un GPS ou de tout autre moyen d’être trouvée trop vite. Elle aimait se perdre, elle s’était découvert une véritable passion pour les longues promenades sans but et sans carte en Inde. C’était toujours le hasard qui lui avait amené ses meilleures séquences, ses plus belles rencontres, et ses plus grandes joies. Sans l’éternel média qui sonnait pour un oui pour un non dans sa poche, elle se sentait plus libre, plus à même de parler sans réfléchir à la manière dont les autres le prendraient. C’était à nouveau elle et Santana. Il n’était un secret pour personne que la jeune maman passait sa vie branchée sur son téléphone, connectée à tous les réseaux sociaux existants, et que le moindre de ses états d’âme serait affiché plus vite sur son écran que dit à son interlocuteur. En la forçant à rompre cette propension à tout publier en public elle espérait aussi obtenir des réponses plus fermes.
    Alors ça fait pas un peu de bien de se promener sans attache ? On redescend vers le parc maintenant ? Normalement c’est tout droit et on devrait arriver jusqu’à l’étang.

Suivant le chemin menant au point d’eau relativement excentré avec le bout de son doigt, Mad finit par se relever et ramasser son vélo sans attendre la moindre réponse, se mettant à fredonner une mélodie en poussant marchant doucement, mimant de temps à autre les paroles comme à son habitude :
Every single day, I walk down the street,
I hear people say 'baby so sweet'.
Ever since puberty everybody stares at me.
Boys girls I can't help it baby,
so be kind and don't lose your mind,
just remember that I'm your baby

Take me for what I am,
who I was meant to be,
and if you give a damn,
take me baby or leave me.


Dernière édition par Madeleine Wild le Jeu 12 Avr - 19:20, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: 01. Didn't think you would trust me   Dim 13 Nov - 17:27

Pestant entre deux inspirations hachées, Santana tenta de pédaler avec un peu plus de force. Ses poumons la brûlaient, lui faisant regretter les quelques cigarettes qu'elle fumait en cachette. Elle avait déjà mal un peu partout, alors qu'elles avaient quitté la maison à peine une demi heure plus tôt, et pour la centième fois depuis le début de cette ballade bucolique Santana se demanda pourquoi elle avait dit oui à son inconsciente de colocataire. Elle aurait pu être tranquillement allongée sur le canapé du salon, une série romantique à la télévision et son ordinateur portable sur les genoux. A la place, elle était en train de vivre ses derniers instants sur un vélo inconfortable, utilisant toute sa bonne volonté, et le peu de force que lui permettait son corps endolori, pour enfin gravir cette côte interminable. Elle ne savait pas ce qui était le plus pathétique : qu'elle meurt ainsi, perdue au milieu des champs de Loserville avec pour seule compagnie le chant insupportable des oiseaux et Madeleine Wild, ou bien qu'elle, l'une des meilleures cheerleaders que McKinley n'ait jamais connu, soit incapable de pédaler plus de dix minutes sans avoir ses muscles qui hurlent de douleur. Où était passée sa force, cette facilité qu'elle possédait de courir pendant des heures sans se fatiguer ? Elle qui fut si sportive, en était maintenant réduite à subir cette sortie qui se voulait pourtant agréable. Ravalant des larmes de rage et tentant de faire abstraction de la souffrance, Santana poussa sur les pédales. Au loin, elle vit sa colocataire lever les bras, visiblement ravie de sa petite performance, geste qui lui fit lever les yeux au ciel.

Madeleine Wild, un des plus grands mystères que Santana eut été donnée de rencontrer. Les souvenirs qu'elle avait de la blonde au lycée étaient loin d'être positifs, puisque sa nouvelle colocataire faisait partie de ces troubles fête qui l'avaient empêchée maintes et maintes fois de mettre à exécution plusieurs de ses vengeances. Pourtant, lorsque Anna lui avait annoncé le nom des personnes avec lesquelles elle allait dorénavant vivre, Santana s'était dit qu'elle devait mettre de côté ses anciens à priori. Son adolescence était révolue, elle se trouvait maintenant à un nouveau chapitre de sa vie dans lequel elle se devait de faire table rase du passé. Après tout, mis à part Porter avec qui Santana avait toujours eu de bons rapports, sans mauvais jeux de mots, les autres habitants de la pension Preston comptaient parmi les personnes avec lesquelles elle avait eu quelques différents au lycée, et si elle était parvenue à faire abstraction des querelles qui existaient jadis entre elle et les sœurs britanniques, la cohabitation avec Madeleine Wild ne devait pas être bien plus compliquée. Et pourtant... Santana savait qu'elle n'avait pas un caractère facile. Elle était souvent méchante, parfois narcissique, prétentieuse et susceptible Mais elle avait mûrie, et même si chacun de ces défauts la caractérisaient, elle avait appris à prendre sur elle. Et elle arrivait plutôt bien à se fondre dans la masse et cacher ses travers. Seules deux personnes parvenaient encore à la faire sortir de ses gongs sans qu'elle ne puisse se contrôler : Madeleine Wild et Jesse St James. Santana avait retourné le problème dans sa tête si souvent qu'elle avait parfois passé des nuits blanches à tenter de comprendre pourquoi ces deux personnes la mettaient si souvent hors d'elle sans qu'elle ne puisse visiblement se contrôler. Bien malgré elle, elle en était venue à une conclusion qui la mettait encore davantage en colère : l'attirance était la cause de son manque de self control envers le St Wild – rien que ce nom, que son cerveau, ce traite, avait inventé tout seul, lui donnait envie de frapper le premier inconnu qui croiserait sa route.

Perdue dans ses pensées, Santana réalisa qu'elle était enfin parvenue à grimper cette pente maléfique. Tentant de faire abstraction du sourire adorable que lui offrait Madeleine, Santana descendit de son vélo et s'appliqua à s'étirer consciencieusement tandis que la blonde se plongeait dans la carte des environs. Même si un vent frais s'était levé depuis quelques minutes, le temps était toujours lumineux, et Santana devait bien avouer que cette promenade sous le soleil de septembre était agréable. Elle prit une grande inspiration, savourant l'odeur de la nature comme si c'était la première fois qu'elle se trouvait en dehors de la ville et de ses effluves urbaines. Depuis leur départ de la maison, Santana tentait tant bien que mal de repousser les souvenirs de son enfance qui menaçait de prendre le pas sur cette impassibilité qu'elle avait réussi à créer au fil des ans lorsque que son cerveau se perdait dans ces furtifs instants de bonheur familial. Malgré toute sa bonne volonté, des images de son père et elle, une dizaine d'années plus tôt, se promenant dans la campagne environnante, ressurgirent brusquement. A l'époque, l'amour que lui portait son père était ce qui lui semblait de plus pur, de plus fort sur cette terre. Il était son héros, celui qui lui racontait des histoires et l'emmenait en promenade dès qu'il en avait l'occasion. Elle se souvenait de leurs marches animées le long de la rivière, elle posant un nombre incalculable de questions et lui y répondant avec patience et douceur. Il lui avait appris à différencier les arbres, à mettre un nom sur les animaux et autres insectes qui croisaient leur chemin. Elle se revoyait, heureuse et riant aux éclats, tentant de reproduire avec son père le chant des oiseaux. Ce père dont elle pensait que son amour envers elle était inconditionnel, mais qui l'avait abandonnée comme tous les autres.

Clignant des yeux , Santana reporta son attention sur Madeleine. Elle secoua la tête à ses mots, même si elle ne partageait pas son avis. Le fait d'être ici, submergée par les souvenirs, la ramenait irrémédiablement vers son fils qu'elle avait une fois de plus laisser à Brittany. L'envie irrépressible d'appeler son amie pour s'assurer que Liam allait bien la laissa un instant incapable de tout mouvement. Comme venait de le souligner Madeleine, elles n'avaient sur elles aucun téléphone portable, il lui était donc impossible de s'enquérir du bien être de son enfant. L'impression d'être une mauvaise mère, reproduisant les gestes de sa propre génitrice, se fit encore une fois ressentir. Elle réussit tant bien que mal à remonter sur son vélo pour s'élancer à la suite de sa colocataire, repoussant du mieux qu'elle le pouvait ses pensées négatives. Arrivée à sa hauteur, elle replaça une mèche de cheveux derrière son oreille avant de se rapprocher davantage de la jeune femme. Ses yeux se posèrent un instant sur les jambes découvertes de la blonde, et elle dût s'éclaircir la gorge avant de prendre la parole. « C'est encore loin ? Pas que j'en ai marre mais un peu quand même... » s'enquit-elle d'un ton plus cinglant qu'elle ne l'avait voulu.

Et voilà, elle était de mauvaise humeur. Les souvenirs de son enfance mêlés à l'absence de son fils et à son attirance particulière pour Madeleine l'avait rendue irritable, ce qui était loin d'être une bonne chose. Il ne manquerait plus qu'elles tombent nez à nez avec Jesse St James au détour d'un chemin et elle se savait capable de commettre l'irréparable. Même si Santana avait réussi à s'avouer que l'attirance qu'elle éprouvait pour Madeleine et Jesse était l'une des raisons pour laquelle elle pouvait se montrer agressive envers eux, la jeune femme ne comprenait pas vraiment pourquoi elle ressentait tant d'énervement. L'attirance était une chose – Santana n'avait jamais caché son goût immodéré pour les hommes et les femmes au physique attrayant – mais ce qui était vraiment bizarre, c'était ce qui en découlait. Après tout, Anna et Lexie étaient toutes les deux très agréables à regarder, mais elle arrivait à passer outre leur beauté sans problème. Tandis que pour les deux acolytes, tout était différent, comme exacerbé. Il ne se passerait jamais rien avec aucun des deux, elle en avait conscience et surtout elle ne le souhaitait pas le moins du monde, et pourtant Santana éprouvait cette colère qu'elle n'arrivait vraiment pas à comprendre.

Santana retint un soupir. Pédalant avec un peu plus de force, elle s'exclama : « Wild, sérieusement, on peut s'arrêter un peu ? Sinon tu vas devoir me traîner sur ton dos pour rentrer. »
Peut-être que cette ballade plus ou moins forcée avec l'un des objets de tant d'interrogations allait lui permettre de tirer cette situation au clair. Elle était même prête à faire quelques efforts pour enfin mettre un terme à tout cela.
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MessageSujet: Re: 01. Didn't think you would trust me   Mer 23 Nov - 18:06

Regardant au loin dans l’espoir de voir quelque chose au travers des arbres qui commençaient à se multiplier autour d’elles, Madeleine se demandait encore comment elle pourrait amener le sujet de manière subtile. « Hey au fait, je voulais te dire, il faudrait que tu arrêtes d’être sexy, ça me perturbe. » ou « Au fait, quand Porter n’est pas là, tu es toujours la bienvenue ! », ne collaient pas exactement à la définition d’une conversation mature, adulte et posée pour régler un problème tacite. La jeune femme avait presque envie de rire tant la situation était pathétique. Comment pouvait-elle faire pour se tirer de ce pétrin sans avoir l’air désespérée ou tout simplement idiote ? Posant le pied sur l’une de ses pédales, elle se laissa descendre tout doucement le long de la pente douce, en entendant Santana marmonner quelque chose dans son dos. Peut-être que ce n’était pas une si bonne idée que ça après tout. « Mais non c’est tout près, tu veux regarder la carte peut-être ? Traite-moi de vieille tant que tu veux mais j’ai pas besoin de la fonction localisation de mon très cher téléphone pour me retrouver, moi. » Sa voix rieuse ne trahissait pas l’inquiétude sensible qui montait en elle. Si sa colocataire décidait de faire demi-tour pour rentrer elle aurait juste perdu plus d’une heure de sa vie. Certes, elle s’en remettrait probablement, mais quelque chose lui disait que c’était maintenant ou jamais, qu’il fallait qu’elles aient cette discussion avant que les choses ne s’enveniment. La surveillante en aurait volontiers parlé à quelqu’un, un ami, pour essayer de mieux comprendre ce qui pouvait se passer dans la tête de Santana, mais parmi l’éventail somme toute assez restreint de ses véritables amis il n’y avait aucun candidat digne de ce nom. Elle ne voulait pas en parler à Anna ou à Lexie de peur d’affoler la maisonnée et de créer des tensions inutiles qui n’auraient fait que plomber l’ambiance. Porter était d’office éliminé, sans vraiment savoir si leur relation était poussée ou non, la blonde préférait rester dans le flou à ce sujet et elle ne se sentait de toute façon pas à même d’affronter le jeune homme sur le sujet de sa petite amie présumée. Timothy et Samuel, autant dire que la nouvelle serait dans tous les couloirs à la minute et que les conseils pourraient se faire attendre longtemps. Elle avait pendant un temps songé à en parler avec Jesse qui était lui aussi un peu touché par le problème de la tempête Santana en furie, mais là encore, la relation entre les deux jeunes gens était trop ambiguë pour qu’elle n’ose se lancer. Holly aurait été la parfaite confidente, mais depuis qu’elle avait appris que sa nouvelle colocataire était aussi la psychiatre en chef de Lima, les confidences n’avaient plus été aussi fréquentes. Et voilà qu’elle était revenue au point de départ, seule avec ses soucis, incapable de prendre une décision simple ou d’envoyer tout valser. Sautant à pied joint pour stopper nette son accélération et laisser à une Santana à bout de souffle une chance de la rattraper, la jeune femme feignit une moue boudeuse, gonflant ses deux joues qu’elle pointait du doigt. « Ne me dis pas que tu en as déjà marre de moi, je vais me vexer ! » Au fond elle avait été perturbée par la remarque de la latino, et par ce ton si sec qu’elle avait parfois lorsqu’elle lui parlait. Peut-être qu’elle avait abusé des piques sur sa lenteur et que son ego n’avait pas apprécié. Mais cette soudaine mauvaise humeur pouvait tout aussi bien venir de tout à fait autre chose et rien ne lui permettait de l’affirmer.

Remontant sur son vélo comme on monte un cheval elle repartit plus rapidement pour mettre un peu de distance entre elles. C’est qu’à force de l’entendre soupirer elle ne s’entendait plus penser. Scrutant rapidement les alentours, ses yeux bleus se posèrent sur une petite clairière un peu en contre bas du chemin qui s’enfonçait dans le grand parc. « Ok ok, ça va, tu vois là juuuuste là il y a de l’eau, on a qu’à s’arrêter faire une pause. ». Quittant la route sans crier gare, elle entreprit de descendre à travers les premières feuilles jaunes de l’automne qui jonchaient le sol. Grave erreur. Sa roue se prit dans une racine ou bien buta contre un caillou un peu plus gros que les autres, envoyant Madeleine directement dans le premier buisson. Son corps heurta violemment le sol, le choc à peine amorti par les feuillages du petit arbrisseau dans lequel elle venait d’atterrir. Pendant un bref instant, tout était blanc devant ses yeux. Elle ne sentait plus rien, comme si elle venait de tomber sur un nuage moelleux, et puis petit à petit les sensations revinrent et alors que la douleur se faisait de plus en plus présente dans son dos la jeune femme se mit à rire. Elle riait comme une perdue, aussi fort qu’elle le pouvait. Elle riait à en perdre haleine, évacuant ainsi toutes ces tensions stupides qui la travaillaient sans relâche. Elle riait de cette chute, des bleus qu’elle allait avoir, de cette idée stupide de vouloir couper à travers champs avec un vélo aussi citadin qu’antique. Décidément elle n’avait plus l’âge de brûler les étapes, et ça lui servirait au moins de leçon pour la conversation à venir. Tâchant tant bien que mal de se redresser, elle vit enfin le visage de Santana se détacher sur le ciel caché par les cimes de tous ces arbres de plus en plus orangés. Continuant à glousser comme une idiote, elle attrapa le bras de la jeune femme et la tira de toutes ses forces pour la faire tomber à son tour. Riant de plus belle, elle fit rouler le corps de Santana avec le sien, pour se retrouver à ses côtés, un peu plus bas, descendant d’un cran supplémentaire vers l’eau qui n’était plus qu’à une dizaine de mètres. « Toi qui voulais te reposer, j’espère que tu vas pouvoir profiter de cette petite pause parce que je crains fort que je ne sois pas celle qui doive porter l’autre à la fin de la journée. »

L’air frais emplissait ses poumons alors qu’elle reprenait doucement son souffle qui avait été coupé net par la violence avec laquelle elle avait heurté le sol puis sa crise de fou rire. Tout était si ridicule. Absurde. Qu’est-ce qu’elle faisait là exactement, à essayer de s’attirer les bonnes grâces de Santana, de l’amadouer pour essayer de mieux la comprendre. Si elles s’entendaient dans la pension Preston c’était déjà une bonne chose. Elle pourrait toujours continuer à la filmer sans qu’elle ne le sache, et puis les doutes et les questions à n'en plus finir passeraient, elle pourrait se concentrer sur d’autres choses tout aussi intéressantes, comme faire enrager le charmant Samuel ou bien battre Jesse au Scrabble. La filmer sans qu’elle ne le sache... « Oh mon dieu ! » Se redressant d’un bond, elle se jeta sur son sac qui était parti avec elle dans le buisson pour s’assurer que le contenu n’était pas abîmé. Ouvrant le rabat à la vitesse de l’éclair elle sortit avec une grande délicatesse la housse de la caméra pour vérifier que celle-ci était toujours en un seul morceau et en état de marche. L’objectif était impeccable, allumant l’appareil avec angoisse, elle ne retint pas le profond soupir de soulagement en entendant le petit bip sonore qui marquait le démarrage. Si elle avait dû racheter une caméra s’en était fini de toute forme de nourriture pour au moins trois mois. Posant son œil contre le viseur, elle détourna l’objectif pour le pointer sur Santana qui n’était visiblement pas enchantée de se retrouver sur le sol. « Allez on fait un petit sourire à la caméra ! » Devant la mine renfrognée de sa camarade de jeu du jour, Madeleine ne se laissa pas démonter, quittant la caméra pour planter son regard dans celui de la jeune femme, elle lui sourit de manière presque enjôleuse. « Et si tu me disais un peu pourquoi je n’ai le droit qu’à des regards à la façon Lima Heights Adjacent en ce moment ? Parce que j’ai rien fait, enfin... je ne crois pas. Sauf si tu as découvert que c’était moi qui avais mis ce très joli soutien-gorge blanc à laver avec la lessive de foncé... Mais bon à ma décharge il était pas dans la bonne pile et... » Une fois de plus l’inarrêtable Mad Wild était partie dans un monologue complètement inutile qu’elle ne parvenait pas à stopper, non pas parce qu’elle était anxieuse à l’idée d’entendre une réponse à sa question, mais plutôt parce qu’elle redoutait le silence qui risquerait immanquablement de s’installer à nouveau. Et pourtant un nuage gris qui voila un instant le soleil, plongeant la petite clairière dans une relative pénombre la fit se taire, frissonnant presque maintenant que sa peau nue n'était plus caressée par les rayons du soleil.
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MessageSujet: Re: 01. Didn't think you would trust me   Jeu 5 Jan - 20:28

Santana sentait la fatigue engourdir ses muscles et elle prit sur elle pour ne pas se jeter de son vélo et s'étendre sur le sol glacé. Elle transpirait tellement qu'elle était persuadée de ne jamais avoir été aussi peu attirante. Du revers de la main, elle essuya son front humide avant de laisser échapper un juron rageur. Devant elle, Madeleine pédalait gaiement avec la facilité d'une cycliste professionnelle tandis que Santana avait l'impression de n'avoir jamais fait de sport de sa vie. Mais malgré toute la mauvaise volonté qu'elle semblait montrer, la jeune femme commençait à ressentir les premiers effets positifs dus à une séance de sport intensif. Elle savait qu'en rentrant, après avoir étendu ses muscles et pris un bain relaxant, elle ressentirait cette bonne fatigue qu'elle éprouvait à la fin de chacun de ses entraînements de cheerio.

Cette époque lui manquait. Elle était jeune, insouciante et, avec le recul, heureuse à cette période de sa vie. À l'adolescence, les problèmes n'étaient que dérisoires, la vie semblait plus facile et surtout pleine de promesses. Elle se souvenait des projets qu'elle avait pu faire à cette époque. De cet avenir qu'elle s'était imaginé. À ce moment de sa vie, elle était persuadée que rien ni personne ne pourrait se mettre en travers de cette route qu'elle s'était tracée. Et maintenant, tandis qu'elle contemplait sa vie présente et que les erreurs du passé lui revenaient en mémoire avec bien trop de force et de précision, Santana se sentait acculée, comme au pied d'un mur infranchissable. Elle était prisonnière d'un avenir qu'elle n'avait su prévoir et qui avait anéanti tout espoir d'accomplissement personnel. Bien entendu, Santana aimait son fils – bien plus qu'elle n'avait jamais aimé personne – et imaginer la vie sans Liam la terrifiait. Mais si elle devait être honnête avec elle-même, elle savait que ce qu'elle avait à présent, cette vie difficile et quelque peu bancale dans laquelle elle se sentait perdue, presque étrangère, n'avait absolument rien à voir avec ce qu'elle avait pu souhaiter par le passé.
Bien trop souvent le soir, lorsque Liam et le reste de la pension dormaient à poings fermés, la laissant enfin seule face à ses démons et névroses, elle sortait un carton de sous son lit et passait des heures, hoquetant dans la semi pénombre, à pleurer sur cette vie gâchée, parcourant de ses yeux pleins de larmes les pages de papier glacé des magasines où son corps sans défaut s'étalait sans honte, avec cette fierté presque farouche qui durcissait son regard et accentuait sa beauté. Parfois, tandis que la nuit laissait place à l'aube, elle se rendait dans la salle de bain et observait les dommages causés par le temps, résultats irrémédiablement tristes de cette vie qui s'était imposée à elle. Le reflet ne lui offrait plus cette fille dont le physique parfait attirait jalousie, convoitise et contrats à six zéros. Elle ne voyait qu'une inconnue aux traits tirés, aux cernes immanquablement marqués et au corps changé. Elle n'avait pas encore perdu toutes ses rondeurs de grossesse et la fermeté qui la caractérisait d'antan s'était envolée avec ses rêves de gloire. Son entourage la voyait comme une fille forte et sûre d'elle, capable de faire craquer n'importe quel homme qui croiserait son chemin ; elle ne percevait qu'une femme au corps fatigué, une copie difforme de ce qu'elle avait été quelques années auparavant.
Parfois, elle se surprenait à fixer le numéro de téléphone de son ancien agent, résistant difficilement à l'envie de reprendre contact avec lui afin de satisfaire ses rêves de gamine qu'elle n'avait jamais vraiment réussi à oublier. Mais le visage de Liam s'imposait toujours dans son esprit, et elle abandonnait l'idée aussi rapidement que l'envie s'était présentée. Avec le temps, Santana avait appris à comprendre que la vie n'était pas toujours ce qu'on voulait qu'elle soit. Cela la rendait folle de rage, mais elle savait qu'elle ne pouvait rien y faire. Subir, et apprendre à être heureuse, telles étaient ses nouvelles ambitions.

Revenant à la réalité au son de la voix de sa colocataire, Santana vit la jeune femme bifurquer vers un chemin sinueux et elle leva les yeux au ciel. Bien entendu, cette ballade bucolique et écolo ne pouvait pas se contenter de n'être qu'une promenade de santé, pas lorsque la personne qui vous accompagnait n'était autre que Madeleine Wild. Retenant un soupir, Santana accéléra son allure et s'engagea à son tour sur le sentier escarpé dont le sol irrégulier lui offrait un équilibre précaire. Mordillant sa lèvre inférieure, Santana freina légèrement. Madeleine allait très certainement la traiter de trouillarde, mais son instinct de survie étant bien plus développé que celui de sa blonde colocataire, elle ne souhaitait en aucun cas se retrouver avec une cicatrice qui la rendrait définitivement laide. Du coin de l’œil, elle suivait la progression de Madeleine, qui pédalait comme une folle sans prendre de précaution. Et ce qui devait arriver arriva. Santana eut à peine le temps de hurler le prénom de sa colocataire que celle-ci disparaissait dans un buisson tandis que sa monture continuait de dévaler seule la pente. Santana sauta de son vélo et se précipita vers le point de chute, le cœur battant. Madeleine venait de faire une cascade plutôt impressionnante, et le silence qu'elle pouvait à présent discerner ne lui disait rien qui vaille. Son regard se posa alors sur une Madeleine allongée sur le sol boueux et riant aux éclats.

« Wild, est-ce que ça va ? » s'enquit-elle, légèrement paniquée face à l'hilarité de sa colocataire. Mais au lieu de lui répondre, la jolie blonde lui attrapa le poignet avant de l'attirer contre elle. Bientôt, elle se retrouva au sol, le corps entremêlé à celui de Madeleine tandis qu'elles descendaient la pente à une vitesse qui, mêlée à ce qu'elle ressentait au contact de la peau nue de la blonde, lui fit légèrement tourner la tête. Les deux jeunes femmes arrêtèrent leur course folle à quelques mètres d'un lac dont Santana découvrait tout juste l'existence. L'espace d'un instant, elle perdit son regard dans l'eau claire qui ondulait subrepticement sous les assauts du vent. La respiration hachée de Madeleine la fit tourner le regard, mais elle retourna rapidement à sa contemplation du lac lorsque ses yeux rencontrèrent la poitrine de sa colocataire tendue sous sa robe blanche. Se retenant de s'éclaircir la gorge, elle tenta de mettre de l'ordre dans ses pensées quelques peu mises à mal après cet enchaînement d'événements impromptus. L'attirance qu'elle éprouvait pour Madeleine n'était en soit pas vraiment surprenant. Elle avait toujours eu un faible pour les blondes longilignes, Brittany la première, et elle choisissait presque toujours ses proies féminines sur ce critère. Mais Madeleine avait ce côté réel, bien loin des filles vaporeuses qu'elle avait l'habitude de fréquenter. Contrairement à ses goûts en matière d'hommes, Santana aimait ses conquêtes de sexe féminin non pas bêtes mais pas vraiment brillantes. Et Madeleine était tout sauf une écervelée un peu stupide qui se contentait d'être belle et de se taire. En somme, même si physiquement la jolie blonde représentait ce qu'elle appréciait chez une femme, le reste de sa personne était tout ce qu'elle fuyait. Pourtant, sans qu'elle ne sache vraiment pourquoi, Madeleine l'attirait irrémédiablement. Santana avait la chance de savoir bien dissimuler ses émotions, ainsi personne ne soupçonnait quoi que ce soit, et surtout pas la principale intéressée. Certes, elle passait pour une fille agressive et bien souvent mal lunée, mais au moins son attirance ridicule pour la blonde de la pension restait secrète.

Tandis que Madeleine s'écriait et bondissait dans tous les sens pour une raison qui lui échappait, Santana se redressa légèrement, à présent complètement consciente de s'être traînée à même le sol automnale d'un sous-bois. Grimaçant de dégoût, la jeune femme tenta tant bien que mal d'épousseter sa tenue à présent totalement ruinée. Elle devait avoir l'air d'une sans-abri, et elle détestait Madeleine un peu plus pour cela. La coupable en question s'adressa alors à elle et Santana lui offrit son regard le plus revêche. Elle se sentait sale, épuisée, et Madeleine – toujours aussi belle et rayonnante même après une chute impressionnante de vélo dans cette robe blanche qui, avec le soleil en contrebat, devenait légèrement transparente – qui braquait sur elle son si précieux appareil photo, lui donnait envie de piquer une crise sans fondement. Mais ce fut l'inverse qui se produisit. Santana regarda sa colocataire se lancer dans un monologue hésitant qui trahissait le ton pourtant assuré qu'elle utilisait. Interloquée, l'hispanique la laissa parler sans l'interrompre. C'était la première fois qu'elle voyait Madeleine perdre ses moyens face à elle. Habituellement, elle était la première à remettre Santana à sa place quand elle ne choisissait pas tout bonnement de l'ignorer. La situation dans laquelle elle se trouvait en ce moment même lui paraissait tellement irréelle qu'elle en resta un instant interdite, et ce jusqu'à ce qu'elle vit Madeleine frissonner sous la légère brise ambiante. Sans un mot, elle détacha le gilet noué autour de sa taille avant de le tendre à la jeune femme. « Enfile ça. Je suis quasiment sûre que tu as un traumatisme crânien, alors évitons la pneumonie. » Sans attendre de réponse, elle déposa le gilet aux pieds de Madeleine avant de se mettre debout. Elle lissa ses vêtements rapidement dans l'espoir de se débarrasser des feuilles mortes et autres éléments naturels qui semblaient avoir élu domicile sur sa tenue avant de tourner le dos à Madeleine et de poser les yeux sur le lac. « Crois-moi, Wild, tu ne veux pas que je réponde à ta question. Je pense qu'il vaut mieux pour tout le monde qu'on en reste à cette petite guéguerre qui ne fait de mal à personne. » ajouta-t-elle avant de se diriger vers l'étendue d'eau. Elle quitta ses chaussures avant de glisser ses pieds dans le lac. L'eau était incroyablement douce, et elle ne put empêcher un soupir de contentement. Sans se retourner, elle s'exclama : « Viens Wild, l'eau est plutôt bonne. » Elle savait que l'air entre elles était encore plus électrique qu'avant qu'elles n'aient cette pseudo conversation, mais maintenant qu'elles étaient là avec pour seule compagnie l'autre et la nature, autant passer un bon moment. Sans pour autant se laisser trahir par ses émotions. Et c'était probablement la chose la plus difficile qu'elle allait devoir faire dans les prochaines heures.


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MessageSujet: Re: 01. Didn't think you would trust me   Mar 10 Jan - 19:45

Rien de moins étonnant que le magnifique soleil que venait de réaliser Madeleine, projetée hors de son vélo qui termina sa course sur le flanc. Elle n’avait jamais eu froid aux yeux et ne faisait que rarement attention à ce qu’elle faisait au quotidien, ce qui lui avait déjà rapporté un nombre considérable de bleus et autres petites cicatrices. Sa peau laiteuse était tout sauf vierge de toute trace. Quand on la regardait de plus près elle avait toujours de petites coupures aux mains, les traces d’ecchymoses passées sur les bras ou les jambes, rien qui ne fasse femme battue, mais elle n’était jamais parfaitement intacte. Combien de fois elle s’était faite gronder en Inde parce qu’elle refusait de suivre bêtement le groupe d’étudiants étrangers dans les visites. C’était plus fort qu’elle. Il fallait qu’elle voit toujours plus loin, toujours plus de choses. Cet appétit insatiable de nouvelles découvertes, d’expériences dépaysantes et excitantes était la principale raison pour laquelle elle était restée en Inde une année de plus. En à peine un semestre à Mumbai elle avait déjà fait le tour de la ville dans ses moindres recoins. Elle connaissait son quartier comme sa poche et il n’y avait plus un endroit dans cette ville monstrueuse qu’elle n’ait pas vu au moins une fois. Son comportement là-bas avait changé du tout au tout. On n’aurait eu toutes les peines du monde à reconnaître la surveillante placide des longs week-ends passés pelotonnée sous sa couette avec ses DVD et son chocolat. Elle était toujours fourrée dehors et rentrait à peine dormir dans le dortoir de l’université malgré tous les couvre-feus et rappels qu’elle avait reçus. C’était comme si elle avait besoin de tout voir pour vivre. Parfois elle perdait totalement la notion du temps en se promenant : elle marchait droit devant elle, caméra à la main, son appareil photo soigneusement rangé dans sa vieille bandoulière poussiéreuse, et ne s’arrêtait que pour prendre en photo quelque chose qui avait attiré son attention. Les gens étaient généralement étonnés de voir cette blonde à la peau si blanche traîner en solitaire dans des quartiers plus ou moins bien famés. Elle s’était parfois fait quelques frayeurs bien sûr, terminées par des courses poursuites plus ou moins imaginaires où elle courait à en perdre haleine sans jamais regarder derrière elle. Mais la plupart du temps elle n’avait droit qu’à des regards désapprobateurs, et dans le meilleur des cas, un peu de curiosité. Surtout les enfants. La surveillante pensait les détester. Elle les avait toujours trouvés geignards et ennuyeux parce qu’incapable de tenir une vraie conversation. Pourtant, une fois perdue au milieu de nulle part, ils s’avéraient être le meilleur public qui soit, et surtout, le meilleur objet pour ses photos et ses vidéos. Mais avec tous les cours et le travail à rendre, les films à voir, l’hindi qu’elle passait de longues et douloureuses heures à essayer d'apprendre pour maîtriser les conversations les plus simples, la jeune femme avait passé une année de frustration où elle s’était sentie bridée, à l’étroit dans ses journées de vingt-quatre heures, étouffée dans des week-ends de deux jours à peine, sans compter les visites imposées avec les gogos qui n’osaient pas sortir du campus en temps normal. Et puis elle s’était offerte cette année... Elle était ruinée, même en vivant de petits boulots, se faisant payer quelques photos pour vivre de temps à autre, elle avait dû emprunter une sacrée somme d’argent qu’elle continuait à rembourser religieusement tous les mois. Elle s’en fichait. Elle pouvait mourir heureuse. Elle aurait certes préféré mourir après avoir terminé de monter tous ses films et de retravailler toutes ses photos pour laisser une espèce d’héritage pseudo artistique, mais en sentant sa tête heurter le sol après la chute, elle réalisa qu’au fond elle n’avait rien à regretter.

Essoufflée par le choc et sa crise de fou rire, elle regardait Santana qui la contemplait d’un air paniqué. Pourquoi fallait-il toujours qu’elle fronce les sourcils avec elle ? Est-ce que c’était sa tête qui ne lui revenait pas ? Est-ce qu’elle dégageait des ondes négatives ? Est-ce que c’était juste leurs karmas qui ne s’accordaient pas ? Irritée par la mine inquiète et presque colérique de sa colocataire, Madeleine l’entraîna avec elle sans dire un mot, se laissant rouler dans la pente glissante sans aucun égard pour sa robe blanche sûrement déjà tachée de terre ou bien la jolie tenue de Santana qu’elle avait sûrement choisie avec soin la veille en bonne ex mannequin. S’il y avait une chose entre toutes qui les opposait c’était bien la permanente retenue de la jolie latino. Elle avait beau se dire libérée et décomplexée, elle avait toujours l’air d’être contrite dans ses réactions. Jamais elle ne l’avait vue perdre le contrôle volontairement, sans noyer ses inhibitions dans l’alcool. Jamais elle n’avait eu l’impression en l’entendant parler qu’elle ne regrettait pas d’être là où elle était maintenant. Bien qu’elle ne parlât jamais de ses rêves et de son passé de mannequin en Europe, il ne fallait pas être médium pour savoir que tout cela lui manquait et que les petits poings que Liam jetaient de tous côtés dans ses bras étaient les boulets qui l’empêchaient de repartir vivre son rêve à elle. Tout ne s’était pas passé comme dans le plan. Elle avait perdu sa carrière et gagné son ticket de retour à la case départ. À vrai dire Madeleine éprouvait toutes les peines du monde à comprendre comment elle avait pu faire ça. Elle ne la jugeait pas, loin de là, mais elle ne comprenait pas pourquoi elle avait accepté de prendre ce risque, de mettre en jeu la vie d’un petit être humain et la sienne. Allongée à côté d’elle, sa poitrine se soulevait à un rythme effréné, la douleur lancinante disparaissait noyée par l’adrénaline qui lui était monté à la tête après cette dégringolade incontrôlée. Jetant un regard amusé en direction de sa camarade de jeu, son air profondément ennuyé effaça immédiatement le sourire de ses lèvres. Bon... ça n’avait peut-être pas été aussi amusant pour elle après tout... Mais ces regards froids étaient comme des lames de rasoir qu’on passait doucement dans sa chair, elle ne supportait pas de savoir qu’elle n’avait pas le droit à ses sourires les plus tendres qu’elle ne parvenait à capturer qu’au travers d’une lentille de caméra.

S’inquiétant de la sienne tout à coup elle laissa Santana et son air mauvais derrière elle pour s’assurer que sa précieuse et fidèle âme sœur mécanique était toujours en état de marche. Lorsqu’elle regardait les choses à travers son objectif, la blonde avait l’impression que le monde changeait du tout au tout. Tout lui semblait étrangement plus brillant, plus beau. Une fois, un de ses logeurs en Inde lui avait expliqué que tout était toujours plus intense au cinéma, et que c’était sûrement parce qu’elle était tout le temps optimiste et dynamique qu’elle avait cette impression. La jeune femme avait ri de sa théorie en lui jurant de lui envoyer une vidéo de fin du monde qu’elle filmerait quand elle serait au fin fond de la dépression une fois revenue aux Etats-Unis. Mais elle n’avait jamais eu de déprime au retour. Elle s’était noyée sous des tonnes de projets pour ne jamais avoir l’esprit trop libre pour broyer du noir sur le passé. Et puis elle passait son temps à revivre chacune des secondes qu’elle avait passé là-bas à travers toutes les séquences filmées qu’elle aimait raconter encore et toujours à ses colocataires quand ils acceptaient de lui prêter une oreille bienveillante. Se retournant vers elle pour braquer l’objectif sur son joli visage, elle n’obtint pas le sourire attendu et se résigna à reposer l’appareil dans ses affaires qu’elle laissa à côté du cadavre gisant de son épave de vélo qui avait déraillé. Soupirant un grand coup, elle remplit ses poumons de tout l’air qu’ils pouvaient contenir, et se rapprocha de Santana, venant s’accroupir tout près d’elle, les yeux fixés sur ses pupilles noir de jais. Si elle refusait de répondre, elle n’avait pas encore réfléchi à la technique qu’elle adopterait mais il était hors de question qu’elle fasse demi-tour maintenant. Elles étaient coincées là, au fin fond du parc, loin de tout et de tous, elle ne pourrait pas lui échapper si facilement, parole de Mad. Et pourtant elle écarta sa question d’un battement de cil en lui tendant le petit pull qu’elle avait autour de la taille. Avait-elle remarqué qu’elle avait froid ? Finalement elle ne l’évitait peut-être pas autant qu’elle ne le pensait. En même temps, à cette distance, il aurait fallu être aveugle et stupide pour ne pas le remarquer... Les rayons du soleil n’étaient pas assez fort pour les réchauffer et l’ombre dominait largement autour du lac... Se résignant à saisir la veste qu’elle posa sur ses épaules sans l’enfiler, Madeleine baissa les yeux et s’assit complètement, dans un complet manque de grâce et d’élégance, écartant les jambes en tailleur, avant de réajuster les pans de sa robe plus si blanche sur ses cuisses. «T’en fais pas pour moi, j’ai la tête dure. Et on dit toujours que les idiots ne tombent pas malade.» Le silence était particulièrement inconfortable mais elle n’avait plus le courage de reprendre la parole pour essuyer un nouveau refus. Elle n’était pas l’Inquisition après tout, et buter contre un mur très peu pour elle. Mais lorsqu’enfin Santana reprit la parole, elle eut l’effet d’une détonation. Qu’est-ce qu’elle entendait par petite guéguerre qui ne fait de mal à personne au juste ? Elle ne souffrait pas de cette relation pervertie qu’elles entretenaient ? Même pas un peu ? Alors comme ça la seule qui soit assez stupide pour se faire du souci c’était Mad ? Relevant immédiatement le regard, elle n’eut pas le temps d’ouvrir la bouche que Santana s’était enfuie dans l’eau où elle baignait ses chevilles. Ni une ni deux, Madeleine se releva en poussant de toutes ses forces sur ses jambes affaiblies, laissa tomber la veste sur le sol, attrapant ses chaussures pour les envoyer valser derrière elle, elle marcha d’un pas décidé droit vers l’infirmière. Debout à quelques centimètres d’elle, elle la jaugea du regard avant de lâcher avec colère. «Eh bien moi je ne suis pas d’accord tu vois ? Peut-être que tu n’en as juste rien à faire de tout ça, que je suis la seule à me poser des questions et à ne pas supporter cette situation complètement absurde, mais pour moi ça compte.» La poussant d’un coup sec dans l’eau, elle fit quelques foulées dans la direction inverse jusqu’à entrer dans le lac jusqu’aux hanches. Sa robe blanche flottait vaguement autour d’elle, ses mains trempaient dans l’eau sale où dérivaient çà et là quelques feuilles envolées. Elle était en colère. Elle avait l’impression de se démener toute seule pour arranger les choses entre elles alors qu’elle n’avait rien fait du tout. Se retournant vers Santana elle lui cria «J’espère que tu la trouves toujours bonne comme ça ! Mais si ce n’est pas le cas c’est pas grave pas vrai, ça ne fait de mal à personne un peu d’eau, hein ?! Mais c’est grave d’accord ! C’est grave ! Parce que je t’aime moi, merde à la fin ! Tu comprends ? Parce qu’il y a Anna et Lexie, et JJ et Porter, et parce que ça me tue tu vois, quand tu leur souris une seconde et que tu grimaces la suivante parce que tu m’as vue !» Pourquoi fallait-il que les gens autour d’elle soit si insensible à ce qu’elle pouvait ressentir ? Être légère et enthousiaste ne signifiait pas qu’elle n’éprouvait rien, qu’elle ne prenait rien mal, que son pauvre ego surdimensionné n’était pas fragile. Ses yeux bleus la transperçaient comme si elle avait voulu qu’elle sente les coups qu’elle refusait de donner. Et maintenant, c’était toujours aussi facile de l’éviter ? Elle n’en avait toujours rien à faire ?
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MessageSujet: Re: 01. Didn't think you would trust me   Sam 18 Fév - 14:20

Parfois, lorsque Santana tentait presque désespérément de calmer Liam lors d'une grosse crise de larmes, ou bien lorsqu'elle essayait de l'endormir par tous les moyens possibles, se découvrant des talents d’ingéniosité insoupçonnés, la jeune femme se disait qu'elle n'y arriverait jamais. Elle n'était pas faite pour être mère, elle n'avait pas la fibre maternelle et toutes ces choses que les autres mamans semblaient faire avec une facilité qui la déconcertait n'étaient pour elle que des épreuves plus dures et insurmontables les unes que les autres. Souvent, lorsqu'elle se sentait perdue, empêtrée dans une situation qu'elle ne maîtrisait pas, Santana voulait juste baisser les bras, confier Liam à quelqu'un qui savait quoi faire quand un bébé pleurait à grosses larmes à trois heure du matin sans raison particulière. Elle n'avait qu'une envie : se débarrasser de cette vie à problèmes et fuir loin, très loin, là où personne de dépendrait d'elle et où elle ne dépendrait du bon vouloir de personne. Elle ne le faisait pas, parce qu'elle savait qu'elle serait encore plus malheureuse sans Liam dans sa vie, pleurs et cris ou non, mais l'envie était bien là.
Malgré l'impression qu'elle donnait, Santana n'était pas vraiment une fille courageuse. Elle évitait toute situation conflictuelle qu'elle se sentait incapable de gérer et avait appris très jeune à fuir les problèmes. Son départ pour l'Europe restait le meilleur exemple, même si tout le monde pensait qu'elle était partie pour enfin vivre sa vie. Mais l'air à Lima était devenu irrespirable, ses parents, ses amis du lycée, Thomas, tous ces gens lui avaient semblé être une étape de plus dans sa vie dont elle ne s'était pas sentie de relever le défi. Alors elle avait fuit, comme elle s'était coupé du monde lors de sa grossesse, refusant d'affronter les regards, les critiques et les questions de ses proches. La seule fois où Santana avait vraiment franchi l'obstacle plutôt que de le contourner était lorsqu'elle avait choisi de garder son fils. Et encore, les raisons qui l'avaient poussée à le faire n'était pas vraiment celles d'une mère. Encore une fois, elle avait été assez égoïste de décider d'élever Liam juste pour ne pas connaître la douleur que Santana lisait dans les yeux de Quinn.

Santana choisissait les batailles qu'elle décidait d'affronter uniquement lorsqu'elle était sûre de gagner le combat. Et la situation dans laquelle Madeleine et elle se trouvaient ne lui inspirait rien de plus qu'un échec cuisant aux retombées redoutables. Alors plutôt que de dire la vérité et de risquer une discussion inévitablement conflictuelle sur les raisons qui la poussaient à être cette fille détestable en la présence de sa blonde colocataire, Santana se contenta de marcher doucement dans l'eau claire, le dos tourné à Madeleine qu'elle sentait fulminer derrière elle. La jeune infirmière savait que ce qu'elle venait de dire n'était pas suffisant, et que la photographe allait probablement lui demander un peu plus d'explications, mais elle tiendrait bon. Elle avait beau être une lâche qui laissait ses problèmes loin d'elle, elle n'en avait pas moins un caractère assez fort pour camper sur ses positions et jouer de son pouvoir naturel afin de se sortir de situations désagréables.

L'eau lui arrivait à peine aux mollets lorsque Madeleine la rejoignit, tremblante de rage et dont le regard furibond lui donnait cet air adorable que Santana détestait. Le visage imperturbable, la jeune femme écouta Madeleine sans rien dire, la laissant déverser sa colère. Mais elle ne put prévenir le dernier coup d'éclat de sa colocataire et se retrouva vite presque totalement immergée dans le lac, sa respiration se coupant même un instant face à la température de l'eau. Elle se redressa presque aussitôt, et tandis que Madeleine continuait sa course en s'enfonçant de plus en plus dans le lac, Santana sentit une douleur irradier de son coude. Jetant un coup d'oeil à son bras, elle vit le résultat de sa chute où le sang commençait déjà à perler. Lâchant un grognement rageur, Santana s'élança vers Madeleine qui continuait son monologue en la fixant avec colère.

Rien ne se passait comme prévu, Santana le savait, mais aveuglée par la fureur et cette douleur lancinante dans son coude, la jeune femme ne pouvait plus s'arrêter. Et tandis qu'elle rejoignait Madeleine à grandes enjambées, son regard se posa sur sa colocataire, sur sa robe virginale qui flottait autour d'elle lui donnant des airs de fille innocente et irrésistible, sur ses yeux écarquillés par la peine qui brillaient un peu trop. Et Santana sentit malgré elle toutes ses résistances se briser, laissant échapper un flot de sentiments qu'elle se savait incapable de gérer. Bientôt, elle fit face à Madeleine, le souffle court, le corps tremblant, le cœur battant beaucoup trop vite dans sa poitrine. Madeleine et ses grands yeux trop bleus et ses joues trop rouges, Madeleine et son corps tendu par la colère, Madeleine et sa robe maintenant complètement transparente. Madeleine qui la défiait du regard, dont la bouche était plissée en une moue que Santana ne supportait pas.

Alors elle fit se que son instinct lui hurlait de faire. De ses deux mains tremblantes, elle attrapa le visage de Madeleine avec un peu trop de force avant de se pencher en avant et de poser ses lèvres sur celles de sa colocataire. Tout son corps se tendit au contact de sa bouche contre la sienne et pour empêcher le gémissement qui tentait de s'échapper de sa gorge, elle mordit la lèvre inférieure de Madeleine, laissant sa bouche exprimer par les gestes ce qu'elle était incapable de dire à haute voix. Mais avant que tout ne dégénère, que Santana se retrouve dans une situation encore plus grave que celle dans laquelle elle venait déjà de s'enfermer, elle repoussa Madeleine avant d'essuyer sa bouche du revers de sa main. Ce qu'elle venait de faire lui revint alors douloureusement en plein visage et plutôt que de s'excuser de son comportement, Santana laissa la honte se transformer en colère.
« Tu voulais savoir quel était mon problème, Wild ? Tu as ta putain de réponse ! Maintenant, laisse moi tranquille, bordel ! » dit-elle d'une voix haletante. Elle défiait Madeleine du regard, prête à se battre s'il le fallait. Du coin de l'oeil, elle vit les quelques petites tâches rouges qui ornaient maintenant la robe de Madeleine, vestiges de ce qui venait de se passer. Autour d'elles, seule la nature semblait observer paisiblement la scène. Le temps s'était comme arrêté. Mais à l'intérieur, Santana sentait que la guerre ne faisait que commencer.
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MessageSujet: Re: 01. Didn't think you would trust me   Dim 19 Fév - 21:59

C’était la première fois que Santana et elle en venaient aux mains. D’habitude les crises à la pension se réglaient à coup de portes claquées et de bouderies qui plombaient les dîners malgré les efforts de Lexie pour alléger l’atmosphère. C’était la première fois qu’elles se faisaient vraiment face pour le meilleur et pour le pire, et la blonde était plus déterminée que jamais à en finir avec tous les non-dits qui lui empoisonnaient la vie. Elle n’avait pas voulu regarder la chute de sa colocataire de peur de se repentir immédiatement et de la rattraper. Si bien que lorsque celle-ci se releva, lui faisant face, une douleur acide et des centaines de remords l’assaillirent en voyant son coude rougit. Pourquoi avait-il fallu qu’elle tomber sur le seul caillou un peu pointu de cette maudite étendue d’eau. Ses pieds s’enfonçaient dans un sol sablonneux, glissant à l’occasion sur ce qu’elle supposait être des algues ou des feuilles. Elle s’était déjà baignée dans une eau bien moins transparente, représentant bien plus de danger, ce n’était pas un lac à Lima qui allait lui faire peur. Au contraire, la sensation d’inconnu l’aidait à se concentrer sur autre chose que Santana et sa plaie. Elle avait besoin de se distraire. De ne pas se laisser à nouveau submerger par les émotions diverses qui l’habitaient pour ne pas devenir folle à nouveau et faire quelque chose de stupide. Elle voulait certes d’une confrontation qui éclate la bulle de tensions, mais très certainement pas d’un combat sanglant.

Le silence de Santana était insoutenable. Était-elle incapable de répondre à une question aussi directe ? Avait-elle pris peur avec ses grandes déclarations d’amour ? Bien sûr qu’elle ne l’entendait pas dans le même sens où elle avait pu aimer Ashton Kinney. Leur relation n’était pas aussi simple. Si elle avait pu décider du jour au lendemain qu’elle voulait sortir avec Santana, elle aurait commencé par trouver un moyen d’évacuer Porter de l’équation et puis elle lui aurait fait comprendre sans équivoque possible. Elle aimait son corps. Elle aimait son visage. Elle aimait passer du temps avec elle. Elle aimait sa manière d’être si fragile derrière ses grands airs. Elle aimait la manière dont elle se battait en silence pour son fils. Elle aimait son rire. Elle aimait la manière insupportable qu’elle avait de l’appeler par son nom. Et elle aimait bien plus encore. Mais elle n’avait pas envie de coucher avec elle comme elle avait pu désirer Dorian. C’était à la fois plus intense et plus complexe. Ce n’était pas un désire aveugle qu’une partie de jambes en l’air apaiserait. C’était une soif différente. Elles étaient amies. Et ne seraient jamais plus que des amies. Elle n’avait pas pleine confiance en Santana comme c’était le cas avec Anna. Elle n’aurait pas appelé Santana en cas de problème insurmontable comme c’était le cas avec Lexie. Elle ne se voyait pas partager une bière en entremêlant ses jambes avec les siennes dans le canapé comme c’était le cas avec Porter. Toutes ces relations avaient leurs spécificités, mais aucune d’entre elles ne suffisaient à définir le lien étrange qui l’unissait à Santana Lopez. Elle était fascinée par cette amitié invraisemblable, mais aussi terriblement fatiguée. Parfois elle se disait qu’abandonner était la meilleure chose à faire. Qu’effectivement la belle brune avait raison en disant qu’au fond elle ne voulait rien savoir. Mais baisser les bras n’était définitivement pas dans sa religion. Au contraire, elle était plus prête que jamais à en démordre.

La jeune femme tressaillit lorsqu’enfin la blessée de guerre se mit à bouger. Elle avait espéré un instant que cette petite fille des villes n’oserait pas s’enfoncer aussi loin qu’elle dans l’eau mais c’était se tromper lourdement que de croire que l’ancienne Cheerio qui avait été suspendue pour bizutage allait attendre patiemment qu’elle revienne sur la rive. Il y avait dans ses yeux une flamme qui lui faisait aussi peur que plaisir. Elle était plus que satisfaite de l’avoir poussée à bout. Enfin elle allait voir ce qu’elle avait dans le ventre. Et avec un peu de chance elle réussirait à comprendre ce qui lui posait tant de problème avec elle. En dépit de cela, la colère qui l’habitait toujours bandait ses muscles et sa peau gonflée par le froid de l’eau était parfaitement visible sous sa robe. Elle était plantée là, incapable de bouger pour le moment, perdue dans ses propres émotions. Reculant finalement de quelques pas alors qu’elle lui fonçait droit dessus, elle s’immobilisa en sentant ses paumes froides contre ses joues enflammées. Est-ce qu’elle allait la frapper ? Lui mettre un coup de tête ? Le choc de ses mains contre son visage ne ressemblait pas à une claque en tout cas mais lui fit malgré tout fermer les yeux très fort sous le coup de la peur. Une chaleur inconnue lui fit néanmoins desserrer les paupières et ses pupilles se dilatèrent sous l’effet de la surprise en réalisant que c’étaient les lèvres de Santana pressées contre les siennes qui lui apportaient ce bref sentiment de réconfort. Ce baiser n’avait rien de tendre, au contraire il était d’une violence rare et la jeune femme ne parvenait pas à comprendre ce qui était en train de se passer jusqu’à ce qu’elle ressente une douleur aiguë puis le goût du sang sur sa langue. Lâchant un gémissement de douleur elle tenta de se dégager de l’étau de la latino en vain, celle-ci ne desserra les dents que pour la pousser à son tour. Enfoncée de quelques centimètres dans le sable, la blonde abasourdie ne vacilla pas, mais son cœur battait si fort qu’elle avait l’impression qu’il allait se rompre dans sa poitrine. Respirer lui faisait mal, elle n’arrivait pas à reprendre son souffle et se noyait dans son propre oxygène. Et c’était sans compter sur la douleur intense de sa lèvre inférieure. Regardant Santana plongée dans l’incompréhension, elle porta sa main trempant à nouveau dans l’eau à sa bouche pour essuyer une goutte de sang et la contempler d’un air vide sur le bout de son doigt humide. Et c’était censé être une réponse ?

Sur sa robe de petites gouttes rouges avaient perlé et elle était incapable de dire si c’était son propre sang ou celui de Santana quand elle était venue l’attraper pour forcer sur elle ce baiser si plein de sens qu’elle ne parvenait à analyser. Tout se passait au ralenti dans son esprit alors qu’elle s’efforçait de garder le peu de contrôle qui lui restait. Le soleil lui brûlait les yeux, l’eau était tout à coup trop froide pour elle, le paysage commençait à se faire flou et le sol avait l’air de se dérober sous ses pieds. Peut-être que le choc avait été plus violent qu’elle ne l’imaginait, mais ce n’était pas le moment de perdre les pédales. «Que... quoi ?» balbutia-t-elle avant de passer sa langue sur la petite plaie ouverte. «Tu te moques de moi ? Tu appelles ça une réponse ?» Le choc une fois passé, elle sentait la colère battre ses tempes à nouveau, plus forte et plus violente encore qu’avant. «Tu crois qu’avec un peu de sang et de salive je vais comprendre ce que tu penses comme par miracle ?! Je suis désolée je n’ai pas de machine à décoder les pensées à partir de l’ADN, vraiment navrée. Essaye encore pour voir.» Portant sa main à sa tête elle se sentait vraiment mal maintenant et peinait à se tenir droite. Se rapprochant à grand peine de la rive, elle se laissa tomber tout près du bord, la tête entre les deux mains. Elle avait envie de pleurer mais elle ne l’avait pas fait depuis si longtemps qu’elle n’arrivait même plus à trouver comment faire. Les dernières larmes qu’elle avait versées... Étaient-elles pour Ashton ? Sa mémoire refusait de fonctionner, ce qui ne faisait qu’accroître son énervement. «Ah mais c'est parfait Santana, parfait. Je ne sais pas à quoi tu joues, ou si ça t’amuse de te moquer de ce que je ressens, mais crois moi, ce n’est pas comme ça qu’on va arranger les choses.» Est-ce qu’elle pensait avoir découvert ce qu’elle ressentait et avait décidé d’y mettre un terme par la manière forte ? Cette pensée lui glaça le sang alors qu’elle tremblotait à présent, incapable de réprimer les frissons qui parcouraient son corps mouillé et en état de choc. Elle avait une terrible envie de lui dire ses quatre vérités, sans lui demander son avis, mais elle était encore moins en mesure de mettre des mots sur ce qu’elle ressentait maintenant qu’elle l’avait embrassée. Est-ce que ce baiser comptait pour du vent ? Est-ce qu’il voulait dire autre chose que “Dégage Wild je ne suis pas intéressée” ? Tout était si compliqué. Et sa tête qui la lançait à nouveau. Enfonçant ses ongles dans ses mèches blondes elle massa son crâne pour en chasser la douleur mais rien n’y faisait. «Tu m’as fait mal idiote !» gémit-elle avec une voix de petite fille vexée. «Eh bien j’espère que ton coude te fait mal aussi tiens !»
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MessageSujet: Re: 01. Didn't think you would trust me   Dim 8 Avr - 15:05

Très souvent, Santana agissait ou parlait sans réfléchir. Elle avait un instinct de survie probablement un peu trop développé, la mettant parfois dans des situations improbables et dures à gérer. Elle était comme ça, elle attaquait de front, souvent sans penser au conséquences et finissait la plupart du temps par balancer une remarques acides avant de s'éclipser le plus gracieusement possible. Pourtant, en ce moment même, perdue au milieu de la nature, elle n'avait aucun moyen de fuir. Certes, elle aurait pu enfourcher son vélo et pédaler le plus vite possible jusqu'à la maison, laissant Madeleine et tous ses problèmes derrière elle, mais elle ne pouvait pas. Sa colocataire ne semblait pas être dans son état normal, et elle avait suffisamment assez de cœur pour ne pas l'abandonner. Santana n'était pas aussi froide, aussi cruelle que les gens se plaisaient à le penser. Madeleine resta un instant prostrée, et malgré le fait que Santana se soit éloignée de la jeune femme, elle garda les yeux fixée sur elle. Bien vite, sa colère se changea en inquiétude tandis qu'il semblait clair que Madeleine ne se sentait pas bien. Santana sentit ses instincts d'infirmière prendre le dessus et elle suivit sa colocataire jusqu'à la rive. Un sentiment de panique naquit au creux de son ventre, et elle se demanda si elle était la cause de la sensation de mal-être que semblait ressentir son amie. Doucement, tentant de ne paraître ni brusque, ni agressive, elle s'assit près de la jolie blonde avant de glisser son doigts contre sa lèvre ensanglantée. Elle chassa du mieux qu'elle put l'envie de passer la langue sur la blessure qu'elle avait infligé à son amie, maudissant intérieurement ses hormones capricieuses. « Je suis désolée, Mad. » murmura-t-elle, honteuse d'avoir céder à la colère quelques minutes plus tôt. « Je ne voulais pas... » Soupirant, la jeune infirmière tendit le bras derrière elle pour se saisir de son gilet. Elle se sentait coupable d'avoir cédé à ses pulsions. Une conversation réglait bien plus de conflits qu'un geste rageur, elle le savait pertinemment, mais elle ne pouvait s'empêcher d'agir par instinct dès que la situation lui échappait. Santana avait peur, peur de ce qu'elle ressentait, peur des conséquences, peur de la réaction de Madeleine.

Jouant avec le tissus de sa veste tout en prenant soin de ne pas le mouiller, Santana se risqua à jeter un coup d'oeil à son amie. Même si cela lui paraissait insurmontable et qu'elle allait très certainement s'en mordre les doigts, Santana savait qu'elle se devait de donner une explication à Madeleine. Prenant son courage à deux mains, elle inspira profondément tout en posant son regard sur l'eau calme du lac. « Je ne te déteste pas, tu sais ? Au contraire. Je t'admire beaucoup pour ce que tu es, une fille courageuse et pleine d'énergie. On a beau dire ce qu'on veut, c'est toi le rayon de soleil de la pension, pas Lexie. » Santana savait qu'elle ne leur disait pas assez, probablement jamais d'ailleurs, mais elle les aimait tous. Toutes ces personnes qui constituaient sa nouvelle petite famille, qui acceptaient ses caprices, ses colères, sa méchanceté souvent gratuite, son fils et ses cris continus. Elle les aimait, les chérissait, et parfois lorsque l'envie de tout quitter était trop grande, lorsque les larmes menaçaient de couler, elle s'asseyait au milieu de la joyeuse bande, silencieuse, absorbant leur énergie et leur joie de vivre. Elle se nourrissait de leur positivité, de cet amour de la vie qu'elle leur enviait. Sans Madeleine, Lexie, Anna et les autres, elle savait qu'elle n'aurait pas tenu aussi longtemps. Elle savait que la dépression qui la guettait souvent ne serait plus qu'hypothétique. Oui, elle ne leur disait pas, mais elle les remerciait chaque jour de l'accepter et d'être tout simplement présent dans sa vie. « En tout cas, tu es mon rayon de soleil à moi. Quand je ne vais pas bien, je n'ai qu'à entendre ton rire, ou a te voir faire la folle en dansant au milieu du salon pour que tout aille mieux. » Souriant doucement, Santana attrapa la main de Madeleine et lia ses doigts aux siens. « Tu sais, je t'aime aussi Wild. Je ne t'aime pas comme j'ai pu aimer Thomas ou Puck, mais je ne t'aime pas non plus comme j'aime Fabray et Britt. C'est ça, mon problème. Je sais que je t'aime, mais je ne sais pas comment. » Se rendant compte de ce que Madeleine pouvait penser de sa déclaration, Santana laissa échapper un petit rire avant de reprendre. « Ne t'inquiète pas, je ne rêve pas de te coincer dans un coin sombre de la maison pour te plaquer contre un mur et prendre du bon temps avec toi. Ce n'est pas ça du tout. C'est juste... » Perdue, Santana l'était en cet instant. Elle se surprenait parfois à éprouver de l'attirance sexuelle pour Madeleine, elle ne pouvait pas le nier, mais elle n'avait pas non plus envie de passer à l'acte. Tout cela était si confus qu'elle décida de s'arrêter là avant de partir dans des explications davantage précaires.

Santana posa enfin son regard sur le visage de Madeleine. Un sourire tendre aux lèvres, elle glissa une mèche de cheveux derrière l'oreille de son amie avant de murmurer : « Il faudrait que tu enlèves ta robe, elle est trempée, et tu vas attraper froid.  Tu peux mettre mon gilet à la place, il est long. Je vais me retourner, d'accord ? Et toi tu te changes. Après on trouvera un moyen de rentrer et tu prendras un bon bain. Il faudra que je regarde ta blessure à la tête aussi, pour m'assurer que ce n'est rien de grave. » Santana se mit sur ses pieds et s'éloigna de quelques pas, tournant le dos à Madeleine pour lui laisser un peu d'intimité. Santana était toujours autant perdue, et elle se sentait encore incertaine quant à la suite des évènements, mais elle se sentait aussi soulagée d'avoir enfin parlé. Madeleine avait eu raison, crever l'abcès avait été une bonne idée. Du moins, elle l'espérait.


Dernière édition par Santana A. Lopez le Jeu 26 Avr - 14:38, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: 01. Didn't think you would trust me   Jeu 12 Avr - 19:19

La sensation de douleur refaisait surface pour s’étendre de la pulpe de sa lèvre à vif à son crâne tout entier. Elle avait beau vouloir résister à cet afflux de sensations désagréables et paralysantes, la blonde était clairement en position de faiblesse et sentait que la situation était en train de lui échapper. Gémissant imperceptiblement dans un soupir qu’elle étouffa, elle prenait sur elle pour ne pas montrer cette faiblesse au moment même où enfin la crise latente avec sa colocataire était sur le point d’exploser. Elle ne voulait pas de sa pitié. Pas maintenant. Encore moins maintenant. Ce qu’elle voulait c’est qu’elle lui dise clairement ce qu’elle attendait d’elle. Est-ce qu’elle devrait jouer profil bas dans la pension avec elle en gardant de froides mais cordiales relations ou bien est-ce qu’elle avait droit à une petite place dans son cœur en tant qu’amie spéciale, ce n’était tout de même pas la fin du monde que de répondre à ça. Elle ne lui demandait pas de l’épouser ou de signer un papier jurant que jamais elle ne la détesterait ou que jamais elle ne se fâcherait contre ses bêtises. «Tu ferais mieux de lui dire que tu veux rentrer maintenant.» déclara Paul assis à côté d’elle sur la rive. «De toute façon elle n’a pas l’air de vouloir te parler, c’est idiot de s’entêter. Passe à autre chose, depuis quand est-ce que tu t’accroches comme ça hein ? Ça ne te ressemble pas. Tu as changé depuis que tu as emménagé dans cette baraque de fous furieux.» Glissant ses mains sur ses oreilles pour ne plus entendre la voix aiguë de son ami imaginaire qui semblait d’humeur moralisatrice, Mad n’entendit pas Santana approcher. Posant ses paupières fermées sur ses genoux qu’elle rapprocha d’elle pour ne plus former qu’une boule dans sa robe translucide qui collait à sa peau froide, elle essaya d’arrêter le sang en plaquant sa langue contre la petite plaie. La voix de Paul étouffée par ses paumes plaquées contre ses oreilles fut remplacée par le timbre de la jeune femme qui s’était assise à sa place, le forçant à disparaître de son esprit brouillé. Ignorant ses excuses, elle releva la tête pour la détourner et regarder l’horizon à l’opposé de là où elle se trouvait. C’était bien beau de présenter des excuses à présent alors qu’elle l’insultait presque quelques secondes plus tôt. Elle ne la comprenait pas. Vraiment pas. Et plus elle était forcée de le constater, plus elle se braquait contre elle. Pourquoi fallait-il que tout soit si compliqué ?

Le menton haut malgré la douleur écrasante dans son crâne, elle faisait comme si elle ne voyait pas les rapides coups d’œil coupables de l’infirmière qui devait bien plus s’en vouloir pour les tâches de sang sur sa robe en redoutant qu’elle lui fasse payer le pressing que pour la morsure en soi. Elle restait malgré tout à l’affût de la moindre de ses réactions. Juste au cas où, miracle improbable, elle aurait décidé d’être sincère à son tour. Ses yeux parcouraient en va-et-vient l’étendue d’eau paisible où les vagues de leur passage clapotaient toujours contre ses pieds et les chemins qui la bordait. Le lac était vraiment calme. Et vraiment grand. Combien de temps avaient-ils mis pour creuser ce truc gigantesque ? On voyait même un pont blanc qui jurait un peu dans le paysage au loin, mais pas de trace d’éventuels promeneurs. Regrettable. L’intervention de personnes extérieures était toujours une réussite quand il s’agissait de briser le silence ou de se tirer d’un mauvais pas. Elle aurait volontiers fait sonner son portable pour feindre un appel urgent mais l’appareil était resté en retrait dans son sac et elle était censée ne pas l'avoir sur elle. Passant les bras derrière ses mollets pour attraper ses chevilles encore sablonneuses, la surveillante fut surprise d’entendre à nouveau Santana à côté d’elle. Jetant un regard anxieux dans sa direction, elle cherchait à comprendre ce qu’elle lui disait. Que venait faire Lexie là-dedans ? Tournant franchement les yeux vers elle sans trouver son regard perdu au loin elle analysait une à une les données qui se succédaient maintenant bien trop vite. Elle ne la détestait pas ? Sentant la chaleur de sa main contre sa peau humide et froide, elle baissa la tête pour voir ses doigts mêlés aux siens mais toujours pas un regard de la jeune femme qui souriait presque sereinement en regardant droit devant elle. Madeleine hésita un instant, puis elle referma doucement sa main sur la sienne, sans oser serrer, sans oser y croire. Peut-être que c’était un effet de son imagination débordante, un tour de passe passe de Paul qui aurait jugé utile de lui faire croire que Santana avait finalement choisi de lui parler pour faire accélérer la manœuvre. Son cœur battait régulièrement mais elle le sentait qui se serrait en l’entendant parler. Finalement elles n’étaient pas si différentes... Et ce qu’elle ne comprenait pas chez la jeune maman, elle ne le comprenait pas chez elle non plus. Ce qui en soit était problématique mais procurait tout de même une forme de réconfort à la surveillante qui cessa de froncer les sourcils. C’était peut-être ça leur truc à elles. Ne pas rentrer dans une jolie case et en créer une sur mesure. Riant à sa dernière remarque, elle secoua sa main et celle de Santana pour lui frapper doucement la cuisse en guise de réprimande.

Les yeux baissés sur la peau mat de la latino qui faisait un contraste indécent avec la pâleur laiteuse de la sienne, elle cherchait ses mots sans parvenir à trouver quelque chose qui ne brise pas les fragiles émotions qui se bousculaient à la porte de ses lèvres. Le silence n’était plus pesant au contraire, c’était sans doute ce qui caractérisait le mieux cet instant. Elle n’avait pas grand chose à ajouter. Elle savait. Elle savait exactement ce qu’elle ressentait et si elle n’arrivait pas à mettre de mots dessus peut-être était-ce tout simplement parce qu’ils n’existaient pas, et que même une bavarde dans son genre ne pourrait pas venir à bout de l’indicible à coup de périphrases. Ses doigts échappèrent à son étreinte douce et l’infirmière se releva pour s’éloigner d’elle et lui laisser de quoi se changer en toute intimité, si l’on exceptait cet oiseau bleu qui les épiait depuis une branche haut perchée et gazouillait comme pour combler son silence. Se relevant à son tour en poussant sur ses bras, elle sentit sa tête se remettre à tourner mais garda le cap pour rester plantée sur ses pieds incertains. Saisissant les pans de sa robe, elle tira vers le haut pour sortir non sans mal du tissu détrempé. Enfilant le gilet pour couvrir sa poitrine nue, elle se frictionna rapidement les bras pour se réchauffer, ramassa la robe et se dirigea en marchant avec précaution vers Santana toujours de dos. Arrivée à sa hauteur, elle ouvrit l’espace de ses bras pour enserrer les épaules de la jeune femme et la presser de toutes ses forces diminuées contre elle. Plongeant sa tête dans son épaule, elle souffla profondément. «Je suis contente que tu ne me détestes pas, bitch.» lâcha-t-elle sans desserrer les bras. «Je te refais mon pas spécial générique de la publicité quand tu veux. Et merci pour le gilet...» Se décidant à lâcher son amie, elle vint se planter devant elle en plaquant ses mains contre ses joues rondes. «On est pas obligées de savoir ce que c’est exactement tu sais... Ça change quoi de toute façon ? C’est tellement has been les étiquettes. So 2015.» ajouta-t-elle en imitant le ton hautain des pimbêches du lycée en forçant un sourire douloureux tout en plantant son regard bleu dans celui de sa colocataire. «On va appeler Anna hein, elle va venir nous chercher avec le pick-up. On mettra les vélos à l’arrière mais là je crois que je ne vais pas pouvoir pédaler jusqu’à la pension. Elle va râler mais bon, je n’ai peur de rien.» Lui adressant un clin d’œil malicieux, elle se détacha d’elle pour rejoindre son sac à côté duquel elle se laissa tomber lourdement pour y retrouver le téléphone qu’elle avait caché en cas de pépin. «Oui je sais, je mens comme je respire. Merci maman pour tous ces cours de théâtre.» Composant le numéro de sa meilleure amie, elle releva les yeux vers Santana une dernière fois. «J’espère que ça ne change pas ce que tu m’as dit, j’ai pas eu le temps de l’enregistrer, ce serait dommage d’être arrivées jusque là pour faire demi-tour.» Plissant les yeux avec un sourire, elle préféra ne pas regarder la mine de la latino et baisser les yeux sur ses jambes nues. «Allô Anna ?»

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01. Didn't think you would trust me

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