Choriste du mois


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 02. The first time I said no

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MessageSujet: 02. The first time I said no   Lun 27 Fév - 16:22

Assise sur l’un des bancs en bois de l’église, Ashandra fixait le grand vitrail devant elle le regard vide. Elle avait terminé de donner ses cours de soutien au lycée depuis près d’une heure, et ses pas l’avaient guidés jusqu’ici sans qu’elle n’y prenne garde. Sa voiture était restée sur le parking du lycée, son téléphone portable était coupé au fond de son sac, lui aussi resté au lycée. Elle n’avait rien sur elle que son gros manteau d’hiver et ses clefs, et malgré cette liberté, elle était incapable de bouger. Le nez enfoui dans son écharpe de laine multicolore, elle respirait avec difficulté, les mains au fond de ses poches, le dos rond. Il était à peine 18 heures, et personne ne passait par l’église un jour de semaine à moins d’avoir de lourds péchés urgents à confesser au pasteur Hamilton. Les pierres épaisses des murs enfermaient le froid de l’automne et malgré sa couche épaisse de vêtements la jeune femme tremblotait de froid, incapable de bouger de sa place. Détournant les yeux des vitraux qui laissaient passer un filet de lumière triste et hivernale, elle posa son regard sur le confessionnal à sa gauche. Jamais elle n’y était entrée, de toute sa vie. Elle ne savait même pas à quoi ça ressemblait. Pourtant elle avait eu des choses à confesser, à plusieurs reprises. Il y avait eu la perte de sa virginité au lycée, et puis il y avait eu les moments où elle haïssait sa mère d’être incapable de se prendre en main. Elle aurait pu confesser son égoïsme aussi, chercher le pardon de dieu après avoir abandonné son petit frère et le laisser s’enfoncer dans l’alcool et la drogue, seul et blessé. Maintenant ils ne se parlaient plus du tout. Ça devait faire près de deux semaines qu’elle n’avait pas vu Damon plus de deux minutes d’affilée et le silence qui régnait dans la maison était terriblement pesant mais tout le monde vivait toujours au même endroit. La situation était tellement risible. Depuis le soir où ils s’étaient fâchés en public au commissariat, elle n’avait pas réussi à avoir une nouvelle conversation avec lui. Il l’ignorait et elle le suivait des yeux sans pouvoir être aussi indifférente qu’elle l’aurait voulu à ses actions. Ce soir-là elle n’était pas rentrée chez elle. Après avoir erré un moment en voiture dans la banlieue de Lima, elle avait fini par se garer devant la maison des Hamilton. Elle n’avait personne d’autre à qui se confier, personne qui puisse l’écouter et la consoler sans la juger. Cassandra était sa meilleure amie, la seule qui sache tout d’elle. Tout ce qu’elle pensait, tout ce qu’elle vivait, tout ce qu’elle rêvait. Bien que la jolie blonde fût de plus en plus occupée entre la chorale, les études et l’association qu’elle dirigeait avec Emma Pillsbury, elle ne rechignait jamais à la voir si jamais Ashandra le lui demandait. Un observateur lambda aurait pu imaginer que leur relation n’avait pas vraiment évolué depuis le lycée. Il y avait toujours la présidente du club devenue directrice de chorale, rayonnante et ambitieuse, et la membre fidèle, choriste irréprochable, qui se cachait dans son ombre pour l’admirer. Mais pour Ashandra c’était bien plus que ça. Elle n’était plus un modèle lointain et idéalisé, elle était aussi la Cassandra qui soupirait parfois devant la charge de travail qu’on lui imposait, la Cassandra qui râlait après les incapables de la mairie qui avaient traîné à lui envoyer les papiers pour officialiser la chorale, la Cassandra qui rougissait de laisser échapper ce genre de réaction en public. La Cassandra qui l’avait accueillie chez elle ce soir-là, qui l’avait écoutée pleurer encore sur son frère, lui avait gentiment présenté sa boîte de mouchoirs et l’avait laissée dormir chez elle en voyant ses grands yeux suppliants. Resserrant un peu plus son manteau autour d’elle, elle se dressa sur ses pieds. Elle ne serait probablement pas grand chose sans Cassie.

Le froid avait un peu engourdi ses orteils, elle n’était pas sûre de combien de temps elle avait passé là, prostrée. Sans détacher son regard du confessionnal, elle s’aventurait à petits pas à travers les rangées pour le rejoindre. Est-ce que c’était vraiment comme à la télévision ? Avec ces fenêtres coulissantes et ces grilles en bois à travers lesquelles on pouvait deviner la silhouette du prêtre ? Piquée de curiosité, Ashandra poussa le petit rideau d’une main qu’elle tira péniblement de sa poche de chaleur. Mais elle n’eut pas le temps de regarder à l’intérieur qu’une voix résonna dans son dos, la faisant sursauter et relâcher l’étoffe. «Ashandra c’est vous ?» Se retournant vivement comme si elle avait été prise la main dans le sac, ses muscles se détendirent en voyant le pasteur Hamilton se tenir devant elle. «Oh mon père c’est vous. Oui je suis désolée, je...» En réalité elle ne savait pas vraiment ce qu’elle était venue faire là. «Vous voulez vous confesser ? Nous pouvons, si vous le souhaitez.» Levant ses grands yeux bruns sur le visage du pasteur, Ashandra secoua la tête en signe de négation. Non, s’il y avait bien une chose qu’elle ne voulait pas faire c’était se confesser auprès du père de sa meilleure amie. Bien sûr, il ne répèterait jamais rien. C’était un pasteur tout à fait remarquable et elle admirait beaucoup la force de ses sermons, bien que parfois un peu trop conservateurs, mais elle ne pourrait plus jamais le regarder en face si elle confessait ce qu’elle avait fait à Christabella. Car c’était bien la raison de sa visite à l’église ce jour-là. Cela faisait plus d’une semaine que “l’incident” avait eu lieu. Cette tendance qu’elle avait à appeler tout ce qui allait de travers dans sa vie “incident” devenait insupportable même pour elle. Elle devait apprendre à affronter ses problèmes seule comme une grande, et cet “incident” là n’était rien d’autre qu’une agression. Elle avait volontairement et presque consciemment fait trébucher la jeune femme dans les petites marches de l’escalier sur l’esplanade devant l’église. Elle l’avait blessée, par jalousie. Elle avait été haïssable, méprisable, odieuse, et elle ne trouvait toujours pas la force d’affronter la situation. À la dernière répétition des Second Chances elle était arrivée avec quelques minutes de retard contrairement à ses habitudes on ne peut plus ponctuelles, pour être sûre de ne pas avoir l’occasion de se retrouver en tête à tête avec Cassandra. Bien sûr elle avait attrapé ses affaires pour s’enfuir à la fin de la répétition en prenant garde d’éviter tous les regards. La honte la travaillait tellement qu’elle avait rêvé plusieurs fois qu’elle faisait une chute lente et atrocement douloureuse dans des escaliers infinis. Il fallait absolument qu’elle le dise. Et pas à un pasteur. Aujourd’hui, elle allait parler à Cassandra.

«En fait mon père, j’aurais aimé savoir si Cassandra était chez vous ce soir ?» Plus décidée que jamais, elle voulait aller la trouver à l’instant, et gonflée de toute cette détermination, tout lui avouer, d’une seule traite. «Oh je pense qu’elle est encore à l’association d’Emma Pillsbury à cette heure, vous aurez plus de chance de l’y trouver. Mais vous êtes sûre que tout va bien Ashandra ? Vous avez l’air préoccupée, et mon clerc m’a dit en partant qu’il vous avait déjà trouvée là il y a bien une heure.» Ses joues s’assombrirent sous le coup de la gêne. Elle ne voulait pas lui mentir mais elle ne pouvait pas repousser encore sa mission du jour et Cassandra était bien plus importante à ses yeux que son père. «Merci beaucoup. Ne vous en faites pas pour moi, tout ira bien.» Souriant derrière son écharpe d’où ses lèvres dépassaient à peine, elle se fendit d’un petit hochement de tête pour le saluer avant de s’engouffrer dans le froid de l’extérieur. La nuit commençait à tomber déjà, et son cœur tambourinait sous le coup de l’angoisse et de l’excitation. Et si elle l’avait déjà appris de quelqu’un d’autre ? Et si Christabella lui avait déjà parlé ? Et si elle avait tout compris à la fin de la dernière répétition ? Sa poitrine se serrait à mesure que ces possibilités se présentaient à son esprit. Non, elle l’aurait appelée. Elle aurait sûrement dit quelque chose. Elle ne l’aurait pas laissée seule avec ses remords. Sauf si... Pressant le pas dans les rues étrangement vides du vieux centre, la LPA n’était qu’à quelques dizaines de mètres et lorsqu’elle poussa la porte, une petite cloche tinta. Elle y était. Avisant un des bénévoles, elle se fit indiquer le bureau de son amie après s’être assurée qu’elle la trouverait et qu’elle ne la dérangerait pas en pleine réunion. Son travail ici restait un mystère relatif pour la jeune femme qui n’avait pas eu le courage de s’y engager aussi malgré la tentation de faire quelque chose pour son prochain. Elle s’était contentée de s’investir dans une organisation internationale à qui elle faisait des dons réguliers, pour ne pas faire tout comme sa meilleure amie. Arrivant enfin devant la porte en verre opaque portant le nom de Cassandra, elle toqua trois fois sur le bois avant de passer la tête et d’entrer tout à fait dans la pièce. «Hey... Je suis désolée de te déranger alors que tu travailles mais... Est-ce que tu aurais un instant à m’accorder ?» La voir devant elle acheva de faire s’emballer son rythme cardiaque et elle aurait bien voulu s’asseoir pour être sûre de ne pas voir ses pieds se dérober sous elle. «J’ai besoin de te parler de quelque chose.»
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MessageSujet: Re: 02. The first time I said no   Lun 27 Fév - 18:39

Après avoir adressé une œillade à Emma, Cassandra invita les jeunes recrues à la suivre dans la pièce voisine. Ce jour, bien qu'épuisant et atrocement répétitif, elle l'affectionnait tout particulièrement. Cassie était de toute façon plutôt du genre à improviser ses interventions à la LPA, malgré la rigueur dont elle faisait preuve dans tous les autres domaines. A vrai dire elle s'était juré depuis longtemps de ne jamais prendre exemple sur les nonnes de la Mogadore Academy qui vivaient autant leurs cours qu'elles vivaient leurs vies. Elle ne se permettait pas de les juger sur le chemin qu'elles avaient emprunté, bien au contraire elle les respectait beaucoup pour leurs convictions, mais sans arrêt elle avait espéré qu'un nouveau professeur comme Sœur Mary Clarence ferait son apparition et révolutionnerait le système éducatif parfaitement rigoureux et incontestable des institutions chrétiennes. Ce n'était plus à prouver que pour intéresser un auditoire il fallait déjà s'intéresser soi-même et c'était ce qu'elle essayait de faire toutes les semaines à la LPA, alors qu'elle était chargée de sensibiliser les curieux de Lima au bénévolat. L'exercice d'aujourd'hui était spécial. Comment inciter les gens à faire don de leur temps ou de leur argent ? Pour Cassandra il n'avait jamais été question de manipulation mais à priori les plus réticents trouvaient de nombreux points communs entre les associations caritatives et les Témoins de Jéhovah. Grand bien leur fasse, Cassie était mieux placée que quiconque pour savoir que la solidarité n'était pas une valeur spontanée chez tout le monde, la persévérance était la seule qualité requise pour intégrer les braves petits soldats de la LPA.

Les jeunes gens ne se firent pas prier pour s'asseoir, dans un vacarme presque insolent qui se tut lorsqu'elle referma la porte derrière elle. "Bien, je vous préviens tout de suite les moins audacieux d'entre vous peuvent s'en aller parce que, accrochez-vous bien, votre prochaine mission de sensibilisation aura lieu au lycée William McKinley, ici même dans notre chère ville de Lima." dit-elle en rouvrant la porte pour laisser passer ceux pour qui ce nom éveillait les pires cauchemars. "Ne vous inquiétez pas si vous êtes ici c'est que vous ne risquez rien, sinon vous seriez à l'accueil ou je ne sais où." ajouta-t-elle pour rassurer leurs pauvres mines déconfites et apeurées. Elle ferma à nouveau la porte - pour de bon cette fois - avant de s'approcher de la fenêtre avec une nonchalance certaine.
Les locaux de l'association se trouvaient à proximité de l'église et par extension à côté de l'annexe dans laquelle répétaient les Second Chances. Non loin on pouvait également apercevoir l'appartement où vivait Jeremy, d'apparence plutôt triste dans la grisaille automnale. Autant dire que le plus clair de son temps Cassandra le passait dans le vieux quartier de Lima, jonglant entre des rôles plus différents les uns que les autres. Parfois les évènements s'enchainaient tellement vite que, dans une confusion totale, elle ne savait plus ce qu’on attendait véritablement d’elle. Il lui arrivait même de rêver, dans un élan d'égoïsme qu'elle chassait aussitôt, du moment où elle pourrait enfin se réfugier dans son lit, à l'abri de tous les tracas qui régissaient sa vie. Elle était d'autant plus préoccupée en ce moment qu'il lui semblait qu'Ashandra l'évitait pour une raison qu'elle n'ignorait pas complètement. Pour dire vrai elle n'avait pas envie d'y penser. Pas maintenant. Jamais.
La lumière qui venait de percer les nuages et de filtrer à travers la vitre la ramena subitement à la réalité. Derrière elle les élèves attendaient sa réaction avec patience, totalement pétrifiés à l'idée de retourner dans ce lycée qui les avait pour la plupart torturé pendant 4 années, pour les moins chanceux. "Votre intervention durera 1h seulement, croyez-moi nous avons tout à gagner. J'ai déjà œuvré au lycée, et on oublie bien vite le mépris de certains lorsqu'on a la joie d'intéresser ne serait-ce qu'une seule personne. Ne changez en rien vos habitudes, on commence par se présenter, présenter l'association, nos objectifs, ce que l'on apporte à la communauté de Lima puis ne pas oublier de leur faire bien comprendre que ce sont eux les acteurs." dit-elle en faisant les cent pas dans la salle, d'une démarche beaucoup plus vive et assurée. Si certains lycéens acceptaient de se livrer à l'exercice du bénévolat, l'expérience avait fait comprendre à Cassandra que la plupart nécessitaient plutôt une aide. Une aide entièrement gratuite qu'ils peinaient à trouver tandis que leurs soucis ne cessaient de s'amplifier. Elle ne doutait pas une seconde qu'un des élèves de McKinley attendait désespérément qu'on lui tende la main."Je crois qu'il n'y a pas grand chose d'autre à ajouter." conclut-elle. Elle ouvrit enfin le tableau qui ornait un des murs, dévoilant une liste de noms et de chiffres qui prenaient désormais tout leur sens. "Voici les binômes, les salles et classes dans lesquelles vous allez intervenir et les horaires. Vous avez une semaine pour vous préparer, ça ira." confia-t-elle en les gratifiant d'un sourire dans l'espoir de décrisper leurs visages inexpressifs.

La sortie fut beaucoup plus silencieuse que l'entrée, et paradoxalement ce silence paraissait aussi insolent que le chahut dans lequel ils s'étaient installés. Emma n'avait pas bougé si bien que lorsque Cassie sortit à son tour elle put lui signifier en inclinant la tête qu'elle leur faisait entièrement confiance.
Contrainte de faire le tri dans quelques dossiers, elle se dirigea alors vers son bureau, situé un peu plus loin à l'est de la salle commune. Après avoir pris soin de refermer la porte derrière elle - elle appréciait ne pas être dérangée- elle s'effondra presque sur sa chaise de bureau et s'inclina directement vers le petit casier en fer rouge dans lequel elle conservait les archives de l'association. Elle trouvait ce meuble de rangement particulièrement peu à son goût mais elle devait faire avec, il se mariait particulièrement bien avec le reste des locaux. Poussant un soupir elle déchargea le tiroir précieusement fermé à clé et déposa le tout n'importe comment sur son bureau.

Plongée dans son travail, elle grogna presque lorsque quelqu'un vint frapper à la porte avec délicatesse cependant. Elle leva les yeux et lorsque la silhouette d'Ashandra se dessina dans l'encadrement de la porte, elle s'en voulut d'avoir maudit la personne qui avait osé venir la troubler. "Bien sûr Shandy tu ne me déranges jamais." dit-elle en l'invitant à s'asseoir en face d'elle. A vrai dire elle redoutait un peu ce moment. Une partie d'elle savait ce qu'elle allait lui dire alors qu'une autre espérait justement qu’elle dirait le contraire. Elle la fixa alors, esquissant un rictus tout à fait innocent. Je t'écoute, qu'as-tu de si important à me dire ?" L'heure de vérité avait enfin sonné.
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MessageSujet: Re: 02. The first time I said no   Lun 27 Fév - 21:51

Le trajet avait été trop court pour qu’elle puisse vraiment réfléchir à la manière dont elle allait lui annoncer ce qu’elle avait fait. C’était de Cassie dont il s’agissait, elle ne se contenterait probablement pas d’un “j’ai mal agi, je suis désolée”. Elle voudrait connaître tous les détails, ce qu’elle avait fait, pourquoi elle l’avait fait, ce qu’elle en pensait. Sa curiosité maladive dépassait de loin celle de Shandy, qui était pourtant loin d’être indifférente à ce qui l’entourait. Elle aimait ce petit côté de scientifique folle qui aurait pu damner son âme pour une seule et unique chose : la vérité. Il n’y avait pas de place pour le mensonge dans leur relation, et outre le côté très amusant et unique de leurs sessions de confessions à cœur ouvert, elles avaient besoin de savoir que l’autre était parfaitement sincère. Elles n’étaient véritablement devenues amies au lycée qu’après la pyjama party qu’elles avaient faite rien que toutes les deux. Ç’avait été la première fois que Shandy était restée dormir chez une amie et elle se souvenait encore de cette soirée comme si c’était hier. Les images étaient restées gravées dans sa mémoire bien plus claires que n’importe quelle photo et c’était aussi grâce à elles qu’elle avait pu s’accrocher la première année après le lycée. Cassie était là pour elle, et elle ne la jugeait pas, quoi qu’elle puisse faire, quoi qu’elle puisse dire. Dès le premier jour elle avait mis toute sa confiance en Cassandra et petit à petit elle avait tenté de gagner la sienne. Même si cinq ans après cette soirée elle avait appris à connaître Cassandra sur le bout des doigts, anticiper ce qu’elle voulait, ce qu’elle pensait, ce qu’elle allait dire, au fond d’elle-même l’afro-américaine savait que la blonde gardait encore certaines choses pour elle. Elle avait mis si longtemps à lui parler de son enfance à la Mogadore Academy, des cicatrices qu’elle en gardait et dont elle ne préférait en général pas parler. La jolie noire savait que cette réserve qu’elle avait ne dépendait pas d’elle, mais des peurs de Cassie qui n’osait pas s’exposer complètement. Cassandra Hamilton était deux personnes. La très jolie fille du pasteur, directrice de chorale, physicienne brillante, jeune femme dynamique et engagée, le personnage public, celle qui devait se montrer parfaite et souriante en toutes circonstances. Et puis il y avait la jeune femme sensible et fragile qui se réfugiait derrière cette carapace pour ne pas laisser les gens s’approcher de son cœur qu’elle défendait jalousement. Elle n’était pas fausse parce qu’elle voulait se montrer digne de l’admiration que les gens lui vouaient, c’était sûrement sa manière à elle de se protéger. Là où Ashandra se repliait sur elle-même et se mutait dans le silence en baissant les yeux, Cassandra montait au front pour chasser l’ennemi. Deux réactions diamétralement opposées, une même origine. Combien de temps avait-elle mis pour en arriver à cette conclusion ? Probablement plus d’une année... Mais elle ne regrettait pas d’avoir attendu patiemment que son amie soit prête à lui parler comme elle pouvait le faire instinctivement. Bien sûr elle redoutait toujours que la réciprocité de leur amitié ne soit pas parfaite, et de temps à autre elle se murait chez elle en proie au doute plutôt que d’aller en parler à son amie. Si Cassie devait la considérer comme un poids jamais elle ne se le pardonnerait. Et pourtant... N’était-ce pas ce qu’elle venait de faire en s’en prenant à sa meilleure amie ? Elle allait lui attirer des ennuis, elle allait inéluctablement faire naître des tensions entre elles, la forcer à faire une forme de choix, et dans l’équation telle qu’elle se présentait elle n’avait pas la moindre chance...

Souriant en voyant le visage de la jeune femme, attablée à son bureau jonché d’une multitude de papiers, Ashandra sentait sa gorge sèche mais elle ne pouvait pas se laisser distraire, c’était maintenant. Sa dernière chance de pouvoir s’expliquer. Sa dernière chance de ne pas perdre toute la confiance de Cassandra. Elle n’avait pas le droit à l’erreur et le sentiment que cinq longues années d’amitié allaient voler en éclat à cause d’une minute de jalousie démente lui brisa le cœur. Pourquoi avait-elle fait ça ? Elle ne le savait pas elle-même. Elle ne pouvait pas mettre de mots sur la honte qu’elle ressentait depuis. Elle avait préféré fuir, ce dimanche ensoleillé comme toute la semaine précédente. La choriste s’approcha pour prendre place sur la chaise que lui indiquait Cassandra et commença par dérouler son écharpe et défaire les boutons de son manteau. Était-ce la peur qui avait fait augmenter sa température ou bien est-ce que cette association était surchauffée ? Posant ses mains froides sur ses joues pour les réchauffer, elle souffla doucement pour se donner du courage et les reposa sagement sur ses genoux, enfouies dans les replis de son écharpe. Ouvrant la bouche sans pouvoir en faire sortir un son, elle laissa échapper un petit rire nerveux à la place. Baissant à nouveau ses yeux noirs qui étaient venus trouver ceux de Cassandra pour essayer de déchiffrer ses pensées, elle fixa ses genoux pressés l’un contre l’autre. «Ah ah... je ne sais pas par où commencer c’est idiot...» Elle enfonça ses doigts qui s’étaient mis à trembler dans la laine pour dissimuler cette panique qui grandissait en elle. S’il fallait qu’elle se promette une seule chose, c’était de ne pas pleurer. Cassandra n’était pas Damon, et elle était toujours sensible à ses larmes. Si elle se laissait aller à cette faiblesse alors jamais elle n’obtiendrait de réel pardon. Au mieux elle aurait sa pitié et elle préférait se jeter dans le lac plutôt que de devoir vivre avec l’impression que sa meilleure amie n’acceptait sa présence que parce qu’elle n’était qu’une pauvre fille perdue dont la famille partait en lambeaux. Agitant la tête pour chasser ces pensées noires, elle se mordit l’intérieur de la joue puis esquissant un sourire maladroit, elle planta à nouveau son regard dans celui de Cassie qui la regardait sans expression. Elle n’avait pas cet air doux qu’elle lui connaissait. Elle devait savoir. Elle s’était sûrement rendue compte qu’elle l’avait évitée à la répétition, qu’elle n’avait pas répondu à ses messages et encore moins à ses appels. Le silence qu’elle faisait durer malgré elle était insupportable. Serrant les poings, elle se lança enfin «Tu te souviens quand je suis venue de voir pour t’annoncer que je quittais Lima ?» Cassandra avait été la seule personne qu’elle avait prévenue. La seule à qui elle ait dit au-revoir. La seule à qui elle avait écrit pendant ces deux longues années passées loin de Lima. Et ça Cassie ne l’ignorait pas. Elle ne pouvait pas l’avoir oublié. Elle ne savait pas vraiment pourquoi elle se sentait obligée de raviver ce souvenir commun qui avait été assez douloureux. «Je me rappelle que je suis arrivée chez toi en voiture, j’avais déjà toutes mes valises dans le coffre. Tu sais... J’avais hésité à te laisser une lettre et à me défiler, mais au final...» Tournant le regard vers l’imposant meuble où elle devait ranger ses papiers, elle ne desserrait pas l’emprise solide qu’elle avait sur son écharpe qu’elle allait finir par déformer. «Je n’aurais pas pu partir sans te le dire. Je n’avais pas eu le courage de t’en parler avant mais... Je ne sais pas si tu aurais pu me pardonner si j’étais partie comme ça. Sans rien dire.» Elle souffla une fois de plus d’un air faussement amusé, ce qui ressemblait à un petit pouffement de rire était en réalité un autre signe de nervosité qu’elle ne parvenait pas à masquer. «On se disait toujours tout. C’est plus fort que moi d’ailleurs haha, je ne peux pas m’empêcher de toujours tout te raconter ça doit être lassant à force !» Retrouvant le visage fatigué de Cassandra, elle contempla un instant le visage poupin de la jeune femme. Elle l’était toujours, son ange. Baissant d’un ton pour parler avec une voix bien moins assurée, elle finit par cesser de tourner en rond en ranimant la vieille flamme de leur amitié unique, toutes ces années où Christabella avait disparu, où elle avait été sa numéro un, où elle avait cru l’être. Son estomac se noua mais elle redressa son dos en s’avançant un peu sur l’assise de la chaise. «J’ai revu Christa à l’office dimanche dernier, ou était-ce le précédent...»
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MessageSujet: Re: 02. The first time I said no   Mar 28 Fév - 0:37

Au moment où Ashandra avait poussé la porte avec une pudeur qui lui ressemblait beaucoup, une vague de froid s'était infiltrée dans la pièce, comme pour souffler à Cassandra qu'il n'était plus question de nier une vérité qu'elle savait vraie. Un frisson avait parcouru son échine, elle qui pendant longtemps se complaisait dans la chaleur ambiante qui régnait dans son bureau attitré. Difficile de lire l'expression sur le visage d'Ashandra, certainement modelée par le froid de novembre que pas même les écharpes les plus généreuses pouvaient combattre. Elle n'avait pas envie d'interpréter les potentielles manifestations de son angoisse ou ses hésitations quant au choix de ses mots. Ce temps où elle s'amusait à jouer les psychologues était révolu depuis longtemps, depuis le jour où elles s'étaient promis d'un commun accord de toujours se dire la vérité. Pourtant jamais plus qu'aujourd'hui Cassandra avait envie d'entendre un mensonge. Même si elle savait que mentir était pécher, elle savait également que la vérité faisait parfois bien plus mal. Peut-être était-ce pour cette raison qu'elle se mentait à elle-même en s'intimant que les bruits qui couraient au sein de la paroisse n'étaient rien de plus que des bruits.

Tout avait commencé une semaine plus tôt. Un temps bien trop long, selon elle, pour se taire. Au départ la rumeur avait circulé en bruit de fond, comme si on essayait de lui cacher quelque chose tout en lui faisant bien comprendre qu'elle se devait de tendre l'oreille. Curieuse Cassandra l'était, plus que n'importe qui, mais une mule à ragots, ça jamais. Elle s'en mordait les doigts maintenant. L'attitude normale à adopter aurait été de poser directement la question à Ashandra, chose qu'elle avait vainement essayée de faire, sans grande insistance certes, mais elle avait préféré interpréter le silence de son amie comme étant le signe de son innocence. Après tout Ashandra était ainsi et la rumeur finalement parvenu à ses oreilles avait dû la faire rougir d'une honte qu'elle voulait absolument dissimuler aux yeux des autres, de Cassandra en particulier. Cette dernière commençait véritablement à se demander si elle faisait les bons choix. C'était peut-être sa faute. Si Ashandra ne lui confiait rien c'était peut-être justement parce qu'elle n'en était plus digne. Soudainement proie aux doutes, Cassie posa son regard penaud sur la surface lisse du bureau, après avoir rassemblé ses affaires dans un coin. Elle s'adossa enfin complètement sur le dossier de sa chaise, inspirant un bon coup, prête à encaisser le choc.

Le répit que lui laissait Ashandra lui paraissait insoutenable. De nature impatiente la blonde se sentait d'autant plus bouillir de l'intérieur que ses angoisses grandissaient. Elle qui était certaine qu'Ashandra était venue lui parler de son incident avec Christabella sur le parvis de l'église commençait désormais à remettre en question sa propre légitimité dans cette amitié qu'elle pensait infaillible. Son cœur palpitait, sa gorge sèche lui intimait de déglutir deux fois plus, tandis que ses yeux clignaient à une vitesse anormale. Elle ne comprit pas tout de suite pourquoi Ashandra lui rappelait des souvenirs qu'elle n'était pas prête d'oublier, jusqu'à ce qu'elle réalise que c'était inévitablement un moyen de filtrer une révélation qu'elle savait douloureuse. Attentive, Cassie l'écoutait sans piper mot, comme ces jours où elles se racontaient à tour de rôle les anecdotes plus ou moins intéressantes de leurs journées. Sauf que ces anecdotes ci lui faisaient mal, parce qu'à l'instant où Ashandra les prononçait elle les voyait s'éloigner, impuissante, galoper à travers les murs sans jamais se retourner. De plus en plus elle redoutait l’instant où la vérité éclaterait soudain, comme une averse sous laquelle elle serait piégée. Et finalement, lorsqu'elle mentionna le nom de Christa, elle sentit le sol se dérober sous ses pieds.

"Je sais." se contenta-t-elle de dire avec amertume. Ces mots lui avaient brûlé la gorge. Elle savait. Pourquoi s'amusait-elle à torturer son amie si elle savait ? Que savait-elle au juste ? Elle n'en était pas certaine. "C'est faux ce qu'on raconte n'est-ce pas ?" demanda-t-elle, ses prunelles brillantes fixées dans celles de Shandy. Ce n'était pas juste, elle en avait assez de faire semblant, assez de s'enfermer dans un déni qui l'asphyxiait plus qu'il ne la soulageait. Elle voulait que ce soit faux. Christa ne lui avait rien dit. Pourquoi les principales concernées ne lui disaient rien alors que durant toute la semaine ç'avait été le sujet fondamental des conversations de toute la communauté protestante de Lima ? Elle ne quittait plus Ashandra des yeux, à l'affut de ses moindres faits et gestes, du moindre signe qui trahirait sa culpabilité.
Peut-être ne parlaient-elles même pas de la même chose, auquel cas Cassie se sentirait drôlement idiote. Et alors, la honte passagère qu'elle ressentirait ne serait que dérisoire à côté de son besoin impérieux de démentir des rumeurs auxquelles elle ne voulait pas prêter attention. Lorsque les bruits couraient au lycée comme quoi Christa avait franchi un cap avec Ezrael, elle n'y avait pas prêté attention non plus, estimant que la parole de son amie valait bien plus que le brouhaha de millier de voix. Aujourd'hui rien n'avait changé. C'était à Ashandra de faire le premier pas, c'était à Ashandra de se repentir, ce n'était certainement pas son rôle à elle de lui forcer la main. Ce n'était pas le rôle d'une amie. "J'ai besoin d'entendre ta version des faits Ashandra. J'ai besoin que tu me dises que tout ce qu'on raconte n'est que mensonge. Ça ne peut pas être vrai, n'est-ce pas ?" insista-t-elle enfin, forcée de déglutir tant la déception semblait s'abreuver de toute l'eau de son corps. Ses yeux, sincères, brillaient d'une lueur qu'Ashandra n'avait sans doute jamais pu voir avant ce jour. La désillusion.
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MessageSujet: Re: 02. The first time I said no   Jeu 1 Mar - 0:36

Deux mots. Voilà tout ce qu’il avait fallu à Ashandra pour que la douleur latente qu’elle essayait d’ignorer en se donnant du courage éclate comme une bombe pour déchirer son cœur. Elle ne sentit même pas son pauvre muscle cardiaque s’emballer au point de venir frapper tout contre ses côtes ajoutant un malaise physique à cette douleur toute morale qu’elle éprouvait. Elle savait. Elle savait. Elle savait. Voilà tout ce qui tournait dans son esprit provoquant une migraine aussi brève que vive. Elle était incapable de penser à autre chose qu’à ces deux mots. À la voix de Cassandra. À ses yeux bruns. À son visage. Jamais elle ne lui avait parlé de la sorte. Jamais elle n’avait entendu ce ton dans sa bouche. Elle avait l’air si... Sentant les larmes monter sans qu’elle puisse les arrêter, elle s’en prit violemment à sa main gauche en la pinçant de toutes ses forces sous la table pour détourner son attention. Ses yeux luisaient de culpabilité mais pas une larme ne s’était échappée. Elle souffla un soupir de douleur presque inaudible. Elle aurait voulu se relever et partir en courant comme elle l’avait fait ce jour-là. Avec Christabella elle n’avait pas eu à s’expliquer. Elle n’avait rien à justifier auprès de cette fille qu’elle ne considérait pas comme une amie mais bien plutôt comme l’ennemie mortelle de son bonheur. Elle n’avait pas eu à mettre de mots sur ce qu’elle avait fait. Sur “l’incident”. Elle pouvait se dire à elle-même qu’elle l’avait poussée dans les escaliers. Mais elle ne voulait pas s’avouer pourquoi elle l’avait fait. Elle refusait de toute son âme d’accepter qu’elle était aussi mauvaise. Elle ne pouvait pas être ce genre de personne. Ashandra Moon était égoïste, elle était jalouse, elle était sans doute trop faible, ignorante, curieuse, elle abusait de l’ingérence et sa morale était parfois envahissante, elle était naïve, elle était parfois de mauvaise foi et elle refusait d’écouter ce que les autres voulaient lui imposer. Mais elle n’était pas quelqu’un qui pouvait nuire à autrui. Elle n’était pas si mauvaise. Elle... Ne parvenant plus à soutenir le regard de Cassandra qui lui rappelait trop la sincérité absolue qu’elle lui devait, qu’elle voulait lui devoir, elle baissa la tête et ses mèches bouclées tombèrent éparses devant ses yeux, dérobant à la vue la grimace de douleur qui tordait sa bouche. Ce n’était pas sa main où trônaient la marque de ses ongles qui lui faisait mal. C’était son corps tout entier. Elle était à la fois raide et incapable de se tenir droite. Le poids qui pesait sur ses épaules la forçait à adopter une attitude repliée. Elle avait rapproché ses bras de son ventre qui se tordait de douleur. Ce n’étaient pas des crampes ou n’importe quelle autre forme de mal physique, c’était autre chose. Un malaise plus profond qui la dévorait de l’intérieur et qui collait à ses organes. Bouger était douloureux, respirer était douloureux, elle n’imaginait même pas parler. Et même dans la plus parfaite immobilité tout était tellement douloureux. Elle ne comprenait pas d’où venait toute cette souffrance, elle aurait voulu l’arrêter, mais après une trêve bien trop courte Cassandra avait levé le dernier voile d’espoir qui lui restait. Relevant les yeux vers son amie, elle ne put s’empêcher de mordre sa lèvre en plissant doucement les yeux dans un silence étouffant.

Bien sûr, tout ceci devait arriver. Elle n’avait pas été seule avec Christabella dans le secret d’une pièce close. Non. Tout s’était passé au milieu de la place s’étendant devant l’église, en hauteur sur le parvis, en plein jour. Elle avait agi sous les yeux de tous les curieux de sortie le dimanche matin. Elle n’avait pas considéré une seule seconde les circonstances dans lesquelles elle se trouvait, trop aveuglée par sa colère et sa jalousie. Elle avait agi guidée par son instinct aussi mauvais fût-il. Ashandra faisait une bien piètre criminelle en laissant tant d’indices derrière elle, tant de témoins oculaires, et même sa victime qui même avec son genou égratigné pourrait courir raconter à qui voudrait l’entendre qu’elle n’était qu’une hystérique violente et cruelle qui agressait les gens sans raison. Depuis ce moment elle n’avait plus rien fait que vivre dans la peur. Elle s’enfermait dans sa chambre et ne mangeait presque plus rien. À l’université elle évitait tous les regards et se terrait dans un coin reculé de la bibliothèque à la moindre occasion de peur de rencontrer quelqu’un qui la connaisse. L’enceinte du lycée était presque devenu un refuge pour elle quand elle avait compris que les élèves n’avaient pas eu vent de ce qui s’était passé. C’était le seul endroit où elle était à peu près certaine de ne pas croiser Cassandra. Le seul endroit où la vie quotidienne n’avait pas ce goût amer de culpabilité parce qu’elle pouvait de nouveau être invisible en se perdant dans la foule des lycéens. Elle aurait voulu se noyer dans le travail seulement après les premiers examens du semestre il ne lui restait plus grand chose et ses élèves n’avaient pas de copies dans lesquelles elle aurait pu se plonger. Le destin se liguait contre elle pour l’obliger à penser à tout ce qu’elle avait fait. Elle ne cessait de se répéter qu’elle n’avait pas peur d’affronter les conséquences de ses actes, que les punitions ne lui faisaient pas peur, en réalité elle était paralysée par la perspective de souffrir un châtiment qu’elle n’était pas capable de supporter seule. Seule. C’était bien ce qui lui faisait le plus mal. Elle se sentait désespérément seule. Elle n’avait plus un ami sur qui compter. Elle n'avait pas reparlé à Ruby depuis des semaine, elle n'était pas suffisamment proche de Jude ou de qui que ce soit d'autre à la chorale. Son frère aîné était à des milliers de kilomètres, sa mère n’était que l’ombre d’elle-même et préférait concentrer tous ses efforts dans la conquête du pasteur de Lafayette. Le visage de Damon passa devant ses yeux accentuant si c’était possible le malheur que l’on pouvait lire sur ses traits. Encore une personne qu’elle avait trahie. Encore une victime de toute la noirceur de son âme. Comment pouvait-elle détruire tout ce à quoi elle tenait de la sorte ? Comment pouvait-elle si stupide ? Peter avait raison. Elle mentait à ses amis sans même s’en rendre compte. Elle pensait avoir tout dit à sa meilleure amie et pourtant elle n’avait pas même commencé à découvrir cet être méprisable qu’elle cachait en elle.

Le regard que Cassie lui jeta fit un peu plus de dégât mais elle s’accrochait toujours pour ne pas céder à la tentation des larmes qui ne demandaient qu’à rouler pour soulager la douleur sourde qui vibrait partout en elle. Ne réussissant même pas à comprendre qui le lui avait dit, elle n’essaya même pas de savoir ce qu’elle savait exactement. Peu importaient les mots. Peu importaient les faits. Ce qui comptait vraiment, c’était qu’elle avait trompé sa confiance ce jour-là, et qu’elle avait continué à la bafouer en fuyant ses responsabilités. «Cassie...» gémit-elle malgré elle. Sa voix ressemblait au cri d’un animal blessé qui implore le pardon et la bienveillance de son agresseur en sachant pertinemment que le prochain coup serait mortel. Si Cassandra ajoutait une autre phrase, elle en mourrait. Il fallait qu’elle l’empêche de parler. Il fallait qu’elle brise elle-même le silence étouffant de cette pièce surchauffée. «Je ne sais plus ce que je fais... Je t’ai évitée toute la semaine et ça... ça m’a fait si mal Cassie. Je voulais... je voulais venir te voir tu sais. Oh comme je voulais venir te voir je... ça m’a rendue folle.» Sa voix tremblait et elle sentait que son souffle rauque l’empêchait d’articuler correctement. La voir devant elle lui rappelait trop de souvenir. Les papiers qui étaient posés à côté d’elle étaient autant de lettres qu’elle lui avait envoyées. Le téléphone devant elle, c’était toutes ces heures passées au téléphone. Et son regard, son regard brun, son regard doux qui s’était envolé pour laisser place à de la douleur. «Je l’ai vue à l’office. Elle était tout devant, à côté de toi. Je l’ai reconnue et je me suis sentie si mal si tu savais. Je ne...» Prise d’une violente nausée elle porta sa main marquée par ses ongles à sa bouche pour étouffer ce qui venait de retourner son estomac. Elle perdait pied. Elle ne savait même plus pourquoi elle était venue. Elle voulait se blottir dans ses bras et enfouir son visage dans ses cheveux blonds. Elle voulait sentir sa chaleur contre elle et entendre son cœur battre avec le sien. Elle voulait son amie. Elle en avait besoin. Elle ne pourrait pas s’en sortir sans elle.


Dernière édition par Ashandra Moon le Dim 18 Mar - 22:13, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: 02. The first time I said no   Jeu 1 Mar - 17:11

Il y avait une seule raison pour laquelle Ashandra se devait de s'expliquer, la plus valable des raisons : elle était son amie. Elle n'était pas sa meilleure amie, pas plus que Christa ne l'était, elle était son amie. Qui était-elle pour juger de la qualité d'une amie ? Qui était-elle pour dire que la loyauté de l'une valait mieux que l'autre ? A ses yeux elles étaient égales, aussi égales que l'amour qu'elle pouvait porter à sa mère, à son père, à sa sœur ou même à Jeremy. Elle ne lui en voulait même pas d'avoir été jalouse - ou du moins cette déception était dérisoire - elle lui en voulait de l'avoir préservée tout ce temps de la vérité. Le malaise s'était propagé jusqu'à la demeure des Hamilton, flottant au dessus de la table de la salle à manger comme un spectre malfaisant qu'on ressentait sans pouvoir le discerner. Cassie ne doutait pas que son père avait lui aussi entendu la rumeur mais elle savait qu'il était bien trop avisé pour en parler. Il se contentait de lui adresser un regard rassurant, presque compatissant, qu'elle lui renvoyait aussitôt. Il était très fort pour faire semblant, assez fort même pour parvenir à faire preuve de sacerdoce sous son propre toit, face à ses propres problèmes. Elle aurait aimé être comme lui, passer outre cette trahison - parce que c'était une trahison selon elle - et simplement essayer de comprendre. Seulement elle ne voulait pas qu'Ashandra se confesse à elle comme elle pourrait le faire à l'église. Il n'était pas question d'ériger un mur protecteur entre elles pour conserver un anonymat dont elles n'avaient foncièrement pas besoin. Pendant une longue semaine Ashandra avait menti. Elle s'était menti à elle-même, elle avait menti à Cassandra et elle avait menti au monde entier. Elle avait fait en sorte d'écarter son amie pour des raisons obscures que Cassandra interprétait comme un manque de confiance flagrant. Et cela lui faisait beaucoup de peine. Qui avait été là lorsqu'elle avait eu besoin de se confier sur les remords qui la rongeaient depuis son départ de Des Moines ? Qui avait été là pour la soutenir lorsque Damon froissait son cœur sans même s'en rendre compte ? Ashandra avait peut-être eu raison d'énoncer leurs souvenirs comme s'ils appartenaient à un passé révolu après tout. Quelque chose venait véritablement de se briser entre elles. Rien ne serait pareil maintenant que Cassandra était consciente de la véritable nature de celle qu'elle croyait être son amie. La loyauté était une valeur importante aux yeux de Cassandra. Caitlin en avait fait les frais, malgré les regrets qu'elle pouvait bien éprouver lorsqu'elle croisait son regard coupable. Optimiste elle l'avait été. Mais force était de constater que ses amitiés n'étaient qu'éphémères. Elle finirait bien par lui pardonner éventuellement, mais rien ne serait pareil dorénavant.

Le déni de Cassie n'était sans doute rien à côté de celui d'Ashandra. Elle lui avait simplement demandé sa version des faits et elle continuait malgré tout à tourner autour du pot, comme si garder la vérité pour elle pourrait préserver ce lien fragile qui les unissait toujours. Mais Ashandra n'était plus que l'ombre d'elle-même. En apparence elle restait la même : des traits purs et innocents, une voix douce qui peinait à masquer la culpabilité. Ses yeux luisaient de la peine qu'elle avait longtemps gardée en elle. Mais elle était faible. Tous ces ressentiments elle aurait dû les lui énoncer au lieu de les dissimuler au fond de son cœur si fragile. Cependant Cassandra ne savait plus. Elle n'était plus la jeune fille pudique avec qui elle riait sur le bord de son lit. Peut-être même lui avait-elle menti tout ce temps en prétendant être une personne qu'elle n'était pas. Elle avait retenu ses démons pendant 5 ans mais ils étaient finalement parvenus à s'emparer de son âme. Elle ne la reconnaissait plus. Cette fille qui se laissait aller à l'impulsivité et la violence n'était pas son amie. Cassie détourna rapidement le regard, de peur de céder à sa bonté. Elle n'aurait pas de mal à pardonner son acte à Ashandra. Ce n'était pas à elle d'en juger d'ailleurs, d'autant plus que Christa avait préféré le garder pour elle. Peut-être n'était-ce pas si grave d'ailleurs. Peut-être que les paroissiens avaient extrapolé, comme ils avaient l'habitude de le faire, et que la mare de sang qu'ils décrivaient n'était qu'une goutte échappée sur le béton. Cassie n'en avait jamais douté d'ailleurs. Ce qu'elle avait plus de mal à lui pardonner était ce silence lourd de contrition, ces tentatives fructueuses de l'éviter et cette confession plus que tardive qu'elle peinait encore à articuler. "J'ai du mal à comprendre Ashandra." dit-elle sans même essayer de dissimuler son amertume. Elle hochait la tête imperceptiblement, comme pour souligner cette incompréhension, tandis que son regard se perdait vaguement entre celui de son amie et le mur d'en face. "Je ne comprends pas ce qui t'a poussé à faire ça. Je ne comprends pas ce qui t'a empêché de venir me voir immédiatement. Je crois que je ne t'aurais même pas jugée sur cet acte, on a tous le droit à l'erreur, et tu sais mieux que quiconque comme je suis tolérante sur ce genre de choses. Mais tu as voulu dissiper la vérité. Tu as préféré l'exil à la confrontation. Tu as fui devant tes responsabilités."

Cassie ne bougeait pas, de peur de briser cet instant solennel qu’elle essayait de construire. Ce bureau n’égalait pas l’ambiance intime de sa chambre, si propice aux confessions d’ordinaire. Dans un sens Ashandra avait bien fait de l’éviter plutôt que de lui sourire et de continuer à vivre comme si de rien n’était. Elle regrettait, c’était un fait indéniable, mais que regrettait-elle au juste ? Son silence, apparemment, mais cela ne l’avait pas empêchée de taire ses appels ou d’ignorer ses sms. Cela ne l’avait pas empêchée de venir répéter à la chorale ou d’assister à la messe précédente. Peut-être même que Cassie aurait préféré la savoir terrée dans sa chambre, dans l’obscurité, à ruminer sa défaite plutôt que de se montrer au grand jour, comme pour prouver qu’elle continuait à exister. C’était presque malsain de penser de la sorte et elle s’en voulut immédiatement, mais force était de constater que sa déception n’avait d’égal que la culpabilité de son interlocutrice. Elle aurait dû se montrer plus insistante peut-être. Cassie avait également sa part d’erreurs. Pour une fois que sa curiosité aurait pu lui rendre service elle avait préféré s’en remettre à une confiance presque aveugle. "Je ne te reconnais pas Ashandra." dit-elle sur un ton grave. "Je ne te reconnais pas."
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MessageSujet: Re: 02. The first time I said no   Ven 2 Mar - 21:23

Elle regrettait déjà d’être venue trouver Cassandra. Comme elle commençait à regretter d’être revenue à Lima. Personne n’avait besoin d’elle ici. Elle avait cédé aux supplications de sa mère lorsqu’enfin elle l’avait retrouvée pour la forcer à entendre ce qui se passait dans leur vie alors qu’elle commençait à construire la sienne. Elle ne savait même plus quelle avait été sa première réaction en apprenant pour Damon et sa blessure... La peur ? Le remords ? L’indifférence ? Certainement pas l’indifférence... Elle n’arrivait pas à être indifférente. Si seulement elle avait été indifférente. Indifférente à Damon, indifférente à Peter, indifférente à Christa. Tout aurait été plus simple, elle aurait pu balayer tout ça d’un revers de manche et continuer à avancer comme si de rien n’était. Mais elle ne pouvait pas s’empêcher de vivre dans la crainte permanente de faire les choses de travers, d’être envahissante, d’être déclassée, et elle se perdait chaque jour un peu plus dans la peur et la colère. Quelle qu’aient été ses sentiments alors, elle avait terminé son année à l’université de l’état d’Iowa, et puis elle avait fait ses valises pour revenir à Lima. Elle était revenue pour lui, pour l’aider, le soutenir, le remettre sur le droit chemin, retrouver son petit frère. Sauf qu’il n’avait jamais voulu de son aide. Il n’avait plus besoin d’elle et enfin elle avait compris le message cruel qu’il essayait de lui faire passer depuis tout ce temps. Alors maintenant... Que faisait-elle dans cette ville ? Elle pourrait sans doute terminer son diplôme dans n’importe quel établissement. Peut-être qu’elle pourrait changer d’université au second semestre si elle montait un dossier tout de suite. Elle aurait pu repartir à Des Moines où les professeurs la connaissaient, mais la tentation de se raccrocher à Parker aurait été trop grande. Elle aurait pu partir dans n’importe quelle ville de n’importe quel État pourvu que ce soit loin d’ici. Là où personne ne la connaîtrait. Là où personne ne pourrait plus la trouver. Où elle pourrait repartir de zéro pour de vrai. Changer de nom, changer de vie. Elle serait seule, mais elle n’aurait pas cette horrible sensation de perdre tous ses êtres chers les uns après les autres comme maintenant. Et elle pourrait se reconstruire, comme elle l’avait déjà fait. Fuir, être égoïste et lâche. C’était exactement ce que Cassie lui reprochait, et pourtant... La tentation de tout abandonner se faisait de plus en plus prégnante alors qu’elle cherchait dans ce bureau impersonnel un signe de vie privée, une photo, un cadeau, une note, n’importe quoi qui lui rappelle que ces souvenirs qu’elle essayait de garder en tête n’étaient pas que des rêves. Que tout ceci avait bien existé. Que la douleur étouffante qu’elle ressentait n’était pas vaine.

Le bureau de la LPA n’était sans doute pas l’endroit idéal pour avoir ce genre de conversation. Elle aurait de loin préféré être chez Cassandra, dans la douceur familière de sa chambre où elles s’étaient retrouvées si souvent. Elle avait ses repères chez les Hamilton. Elle venait se réfugier chez eux si souvent qu’elle avait parfois l’impression de faire partie de la famille. Ils devaient savoir eux aussi... Peut-être que le pasteur Hamilton savait déjà quand il lui avait parlé à l’église. Peut-être qu’il voulait l’empêcher de venir trouver Cassandra parce qu’il savait qu’elle ne serait pas pardonnée pour ce qu’elle avait fait. Non. Le père de Cassie était un homme bon mais il avait cette pointe d’indifférence nécessaire à tous les pasteurs. Il ne pouvait pas se permettre de s’engager plus dans un problème que dans un autre, et Ashandra ne devait pas obtenir de traitement de faveur sous prétexte qu’elle connaissait sa fille aînée. Relevant les yeux vers son amie qui la dévisageait avec solennité après avoir abandonné toute possibilité de trouver un objet auquel se raccrocher, elle encaissa ses derniers mots. Tout ce qu’elle avait dit était vrai. Tout était de sa faute. Elle n’aurait jamais dû aller trouver Christabella après cet office, elle aurait dû l’ignorer et aller en parler à Cassie directement. Elle lui aurait demandé pourquoi elle n’avait pas jugé utile de mentionner son nom. Elle ne se l’expliquait toujours pas... Est-ce que la brune avait eu raison en lui disant qu’elle lui cachait certaines choses ? Qu’elle préférait omettre certains détails de sa vie ? Pinçant les lèvres, elle se sentait si perdue. À bout de force elle voyait un flot de reproches monter en elle, des reproches qu’elle ne pensait pas, qu’elle aurait voulu étouffer, mais qu’elle n’arrivait pas à faire taire. Après un instant de silence lourd, Ashandra reprit d’une voix faible mais ferme, sans lâcher le regard dur qui lui faisait face «Oui. Oui, tu as raison, j’ai fui, j’ai préféré t’éviter plutôt que de venir te dire que j’avais...» Déglutissant en sentant ses cordes vocales l’abandonner, elle se fit violence pour hausser un peu la voix. «Que j’avais eu tellement peur de disparaître de ta vie que j’ai fait tomber Christabella dans les marches.» L’aveu avait été plus facile qu’elle ne se l’était imaginé. Elle n’avait pas revu la scène cette fois, elle avait été comme libérée de ce fantôme qu’elle traînait depuis. Mais elle ne se sentait pas mieux, au contraire. Elle sentait le regard de Cassandra peser sur elle et elle sentait que quoi qu’elle puisse dire, tout était fini. «Tu dis... tu dis que tu ne me reconnais pas mais... tu ne m’as pas dit qu’elle était revenue à Lima. Tu savais au fond de toi. Tu savais que je n’ai jamais été amie avec elle parce qu’elle passait avant moi. Et ne me dis pas que c’est faux, ou que ce n’est pas la question Cassandra, parce que tu me connais. Ou du moins...»

Fermant les yeux un instant pour se concentrer sur ce qu’elle éprouvait et sur ce qu’elle pensait sans être influencée par ce visage qu’elle aimait tant, Ashandra respira profondément, lentement. Elle était en train de se consumer seule, et de remettre tout en question. De casser la plus belle amitié qu’elle ait jamais eue de ses propres mains pour ne pas la voir s’effondrer contre son gré. Elle n’avait plus la force de s’accrocher et elle préférait une rupture nette à une déchirure lente. Elle ne pouvait pas vivre sans sa Cassie, seulement elle n’avait plus le choix. Alors autant s’y préparer. «Tu ne me reconnais pas parce que j’ai fui ? Parce que j’ai eu peur et que j’ai mal agi ? Parce que j’ai... Qu’est-ce que j’ai fait mon dieu... Mais... est-ce que tu me connais vraiment Cassie ?» Blessée par ses propres mots, elle avait envie de se lever et de s’enfuir. Encore. Mais elle ne bougea pas, ne battant plus des cils, la fixant de son grand regard noir qui trahissait sans doute la peine qu’elle avait en disant tous ces mots qu’elle ne pensait pas. La confiance que pouvait avoir son amie, aussi maigre soit-elle, devait déjà être rompue de toute façon. Elle ne voulait pas partir en lui laissant des regrets. Il ne fallait pas que Cassandra souffre à cause d’elle, c’était la moindre des choses, elle le lui devait. Cherchant ses mots, elle ne voulait pas détourner le regard et espérait de tout son être que la jeune femme ne lâcherait pas le sien. Malgré la peine qu’elle ressentait et la douleur de cette boule au creux de son ventre, elle n’avait pas envie de pleurer. Peut-être parce que tout était trop vif pour qu’elle réalise. Elle aurait tout le temps de pleurer plus tard. Quand elle serait seule, à l’abri des regards, loin de Cassandra. «Combien d’autres choses est-ce que tu ne m’as pas dites ? Oh tu vas dire que je suis égoïste de dire ça, je sais ! Mais peut-être que je l’ai senti, et que j’ai commencé à te cacher des choses aussi, sans m’en rendre compte, parce que j’ai changé, alors que toi tu es toujours la même.» L’air devenait oppressant dans ses poumons, elle expirait trop fort pour être discrète et dissimuler tout à fait son angoisse, mais le ton de sa voix restait cassant, un peu comme il avait pu l’être avec Peter. Elle puisait dans cette colère qu’elle éprouvait contre elle-même pour faire croire à Cassandra qu’elle ne voulait plus d’elle et de son amitié. Et elle priait pour que ça marche et qu’elle l’oublie vite. Elle n’avait pas envie de quitter les Second Chances, mais s’il le fallait, si elle le lui demandait, elle le ferait. Elle était prête à tout pour arrêter la douleur. «Alors au fond oui... Tu as raison, j’ai changé et je ne...» Je ne suis plus digne de ton amitié ? Je ne suis pas assez bien pour toi ? Je ne suis plus celle que tu as connue et que tu as appréciée ? Je ne suis plus capable d’écouter tes secrets ? Tous les mots qui lui venaient aurait trahi ses pensées. Et elle ne pouvait pas tourner les reproches vers elle sans prendre le risque de la blesser. «... pense pas que je puisse continuer comme ça.» finit-elle par souffler un peu plus bas, fermant les yeux une seconde avant de les rouvrir pour observer la réaction de Cassandra.
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MessageSujet: Re: 02. The first time I said no   Ven 23 Mar - 23:26

Cassandra ne cillait pas. Elle demeurait immobile, presque placide, tandis que l'action semblait se déchainer autour d'elle. Rien d'extraordinaire, elle avait toujours été ainsi. Elle feignait toujours d'être robuste, de ne pas être affectée par les évènements qui contrariaient sa vie et ses plans, mais elle sentait bien son cœur cogner dans sa poitrine, comme pour lui rappeler qu'elle était toujours en vie. Sauf que cette fois-ci c'était trop difficile. Ashandra la connaissait assez - du moins elle l'espérait, même si elle commençait à en douter - pour savoir que sa prétendue assurance n'était qu'un rempart de son extrême fragilité. Et peu à peu le vernis de son indifférence sur sa douleur ne tarda pas à se craqueler, jusqu'à la dévoiler telle qu'elle était réellement aux yeux de son amie.
Les mots d'Ashandra la heurtaient bien plus que les insultes qu'elle avait pu essuyer durant sa vie au lycée. D'ailleurs ces dernières glissaient sur elle comme des gouttes de pluie : elle les sentait au contact de sa peau puis les oubliait aussitôt, tandis que les propos de Shandy pénétraient son épiderme jusqu'à atteindre son âme. Cassie ignorait ce qui la frappait le plus, la dureté des paroles d'Ashandra, ou le fait que c'était justement Ashandra qui les prononçait. Elle trouvait injuste les reproches qu'elle lui faisait, et pourtant ne pouvait s'empêcher de se remettre en question. Si elle n'avait pas dit à son amie que Christabella était revenue à Lima c'était pour la simple et bonne raison qu'elle n'en avait jamais vu l'utilité. Elle avait bien remarqué l'indifférence dont elle faisait preuve lorsqu'elle parlait d'elle et de ses exploits. Cassie avait beau être naïve, curieusement elle était plus que lucide en ce qui concernait ses proches. Si au départ elle avait interprété cette indifférence comme un signe de fatigue hasardeux, elle avait fini par faire le lien entre ses sujets de conversation et l'ennui momentané de Shandy. Cassandra était ainsi, elle savait décrypter les signaux, et lorsqu'elle y parvenait enfin elle faisait en sorte de ne jamais faire deux fois les mêmes erreurs. "Je ne t'ai pas dit qu'elle était rentrée à Lima parce que je n'ai pas jugé que c'était important. Je suis désolée de t'entendre dire qu'elle passait avant toi, je ne l'ai jamais perçu ainsi. Elle aussi a vécu des épreuves difficiles Ashandra, tu es trop aveuglée par ton amertume pour te rendre compte à quel point ce que tu dis est égoïste." dit-elle en hochant la tête. Dire qu'elle ne la reconnaissait pas était un doux euphémisme. A vrai dire elle ne la reconnaissait plus. Et sans doute que si Ashandra n'était pas si assourdie par sa haine elle se rendrait compte que ses oreilles saignaient à entendre ses propres paroles. Elle était comme habitée par un esprit qui n'était pas le sien. Son corps n'était qu'une coquille vide qu'elle avait remplie des tous les sentiments les plus néfastes et qu'elle laissait s'exprimer à sa guise. Peut-être se réveillerait-elle soudainement et réaliserait-elle à quel point elle agissait bizarrement.

Les yeux de Cassie s'ouvrirent tout rond lorsqu'elle entendit son amie blasphémer comme si c'était une pratique ordinaire à laquelle elle s'adonnait en son absence. Le pire était sans doute qu'il y avait une part de vérité dans ses propos. Cassandra aimait cependant bien trop avoir raison pour avouer que son amie avait changé sous ses yeux distraits par les autres obligations de son existence. Tout ce temps Cassie avait avancé, persuadée que Shandy marchait docilement derrière elle, alimentée par la trainée de fausse assurance qu'elle laissait filer sur son passage, et lorsqu'elle se retournait enfin elle se rendait compte qu'elle était déjà loin devant elle. Ashandra n'était peut-être pas si égoïste. Peut-être que c'était elle qui l'avait été. "Ce que tu as fait ? Tu as cédé à des pulsions violentes sur le parvis de l'église ! Je ne crois pas que la piqûre de rappel soit nécessaire. Tu sais, que ce soit Christa ou quelqu'un d'autre ça ne change pas grand chose, c'est juste indécent. Contrairement à ce que tu crois je te connais. Je connais cette personne aux côtés de laquelle j'ai obtenu mon diplôme, celle avec qui j'ai échangé des tas de lettres et avec qui je partage bien plus que des tas de passions communes. Je sais que tu t'en es voulu dès que tu as réalisé la gravité de ton erreur. Tu as même sûrement été te confesser après ça. Mais la fille qui ment, qui jure et qui prétend être quelqu'un d'autre, je ne la connais pas, en effet."
Elle avait fait en sorte d'accentuer les mots qui lui pesaient le plus sur le cœur. Elle soupçonnait Ashandra de vouloir l'éloigner pour mieux la protéger de sa chute, mais le résultat était le même. A aucun moment elle n'avait détourné le regard. Au contraire elle le plongeait avec attention dans la noirceur inhabituelle de celui d'Ashandra. D'ordinaire elle le voyait briller de divers éclats, mais tout ce qu'elle pouvait constater à cet instant était à quel point ces yeux lui étaient étrangers quelque part.

La réalité que venait de lui exposer son amie la déstabilisa instantanément. C'était vrai, elle avait peu changé depuis le lycée : à l'époque elle était déjà incroyablement mâture comparé aux autres lycéens, et même si Ashandra l'avait été elle aussi, elle se cherchait encore au fond. "Continuer comment ?" insista-t-elle. "Tu as beau croire ce que tu veux Ashandra, on ne change pas du jour au lendemain. Christabella n'était pas là durant ces cinq dernières années pour se dresser entre nous alors crois-moi que je t'ai vue changer. Je t'ai vue devenir une femme plus confiante bien que toujours réservée. Ces changements desquels tu parles, ce sont les simples produits de ta jalousie. Ce n'est pas toi. Tu ne peux pas me faire croire que c’est toi."
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MessageSujet: Re: 02. The first time I said no   Lun 26 Mar - 16:44

En repoussant Cassandra de toutes ses forces la jeune femme espérait qu’elle la laisserait partir. Qu’elle serait suffisamment déçue et en colère contre elle pour la chasser de ce bureau et abréger ses souffrances. Seulement c’était sous-estimer cette combattivité à toute épreuve de la directrice de chorale et sans doute aussi l’amitié qu’elle lui portait. Il ne fallait pas être voyant pour se rendre compte qu’à chaque fois qu’il était question de la meilleure amie de lycée de Cassie, Ashandra glissait subrepticement dans l’indifférence et se retranchait derrière des airs affectés pour ne pas avoir à écouter ce qui la concernait. Elle n’arrivait pas à se résoudre. Quoi qu’il arrive, elle était toujours amère à chacune des mentions de son nom. Pendant longtemps elle s’était maudite d’avoir ce genre de réaction. Elle avait voulu apprendre à composer avec cette jeune fille qui ne devait pas être aussi menaçante qu’elle le pensait, pour libérer sa relation avec Cassandra de ce penchant malsain pour la jalousie vindicative. Mais rien n’y avait fait. Plus elle voulait se détacher de sa rancœur plus elle se trouvait misérable, ce qui ne faisait qu’accroître sa colère intérieure à l’égard de Christabella. Cette fois pourtant, elle ne lui ferait pas le moindre reproche, pas même intérieurement. C’était sa décision, son impulsion, son erreur. C’était donc à elle d’en assumer les conséquences, seule, et de faire face à Cassandra comme seul juge de cette action méprisable. Quelles qu’aient été les circonstances qui amenèrent la brunette à revenir en ville, ces épreuves difficiles dont, une fois de plus, jamais personne ne lui avait parlé, elle ne voulait pas même savoir de quoi il s’agissait. Tout son corps semblait s’insurger alors que la conversation dérivait sur elle. Pourquoi fallait-il qu’elle soit si jalouse d’elle ? Pourquoi ne pouvait-elle pas tout simplement s’en tenir à une relation cordiale et distante avec cette fille dont tout le monde vantait les mérites et la douceur ? Son corps se serrait dans sa poitrine, frappant toujours à un rythme effréné contre ses côtes, affolé par la voix de Cassandra qui n’arrivait pas à comprendre ce qui s’était passé et cherchait encore une raison valable à toute cette histoire. Elle avait l’air si perdue... Si blessée par ce qu’elle lui disait... Jamais elle n’aurait imaginé lui faire du mal un jour. Quelques semaines auparavant la simple pensée de devoir lui dire qu’elle ne voulait plus de son amitié, qu’elle ne voulait plus la connaître, qu’elle n’était plus la même et qu’elle n’avait plus rien à apprendre d’elle aurait suffit à la tuer, impensable, relevant de la science-fiction ou de scénario-catastrophe de fin du monde. À cet instant, l’étudiante qui attendait avec impatience chaque après-midi libre de la blonde overbookée avait laissé place à une coquille vide qui tâchait de sauver les apparences en fronçant les sourcils en une moue empreinte de tristesse et de colère. Son visage d’ordinaire si doux qui s’illuminait d’un sourire à la moindre occasion pour fuir le quotidien parfois pesant était déformé par les efforts qu’elle faisait pour ne pas pleurer et ne pas trahir les émotions contradictoires qui l’envahissaient.

La voix insistante de Cassandra lui faisant reproche de ses actes et de ses paroles résonnait dans sa tête vide dans une multitude d’échos insupportables. Elle ne s’était même pas rendu compte qu’elle avait juré. Était-ce devenu une habitude ? Avait-elle pris ce pli à force de l’entendre sortir de la bouche de son frère ? Shandy chassa cette pensée de son esprit. Il ne fallait plus accuser les autres de ce qu’elle avait fait. Qu’importe que ce soit vrai ou faux, mérité ou injuste, tout ce qui importait pour le moment c’était qu’elle devait sortir d’ici avant d’éclater en sanglots. Cassandra ne perdait pas pied elle, elle parlait avec fermeté, enfonçant chaque fois plus le couteau dans la plaie béante de sa culpabilité. Elle ne voulait pas mordre à l’hameçon de cette rupture brutale qu’elle voulait lui imposer. Elle était prête à se battre pour la forcer à admettre la vérité. Sa stratégie ébranlée depuis la base par le regard déterminé de la blonde plongé dans le sien menaçait de s’effondrer. Et si elle réussissait à lire dans son âme pour y voir toute l’armure de mauvaise foi dont elle se parait ? Et si elle ne réussissait pas à dissimuler la peine aiguë qu’elle ressentait en entendant ces mots derrière la haine qu’elle se vouait à elle-même à cet instant. Gardant le silence sans oser détourner le regard, l’ultime question de Cassie la fit vaciller et elle sentit qu’elle ne pourrait pas rester une minute de plus dans ce bureau. Les lèvres pincées dans une expression douloureuse, ses doigts se décrispèrent autour de l’écharpe qu’elle maltraitait toujours sur ses genoux. «Je ne peux pas continuer notre amitié Cassie. Non. En fait je ne veux pas. Tu l’as dit toi-même, je suis égoïste, et je ne veux pas entretenir une illusion alors qu’aucune de nous ne sait ce qu’est devenue l’autre. Alors je préfère te laisser t’occuper des problèmes de Christabella plutôt que de perdre ton temps avec moi.» répliqua-t-elle le plus sèchement possible. Son estomac se creusa avec violence et un haut-le-cœur manqua de soulever sa poitrine mais la choriste s’inclina légèrement en direction du bureau pour étouffer la douleur. Un sentiment de lassitude envahit ses muscles contractés depuis trop longtemps et ses forces l’abandonnaient petit-à-petit laissant place à une insupportable mollesse qui la contraignit à rester assise un instant de plus pour retrouver suffisamment d’énergie pour se hisser sur ses pieds et prendre ses jambes à son cou. «Tu sais Cassie... Je ne crois pas que je regrette. Bien sûr, je ne voulais pas lui faire de mal, jamais je n’aurais imaginé que ça puisse se passer comme ça. Mais je ne vois pas d’autre explication à tout ça. Tu es la première à qui je viens parler. La première et la dernière. Je pensais que ça m’aiderait, que je devais venir t’en parler parce que... Je ne sais pas pourquoi j’ai pensé ça en fait. Ça ne rime à rien. Ça ne changera rien.» Les épaules légèrement affaissées sous le coup de la fatigue, toujours assise sur le rebord du fauteuil, sa voix était rauque comme si ses sanglots étouffés avaient malgré tout affecté ses cordes vocales. Au bord de l’épuisement moral, elle devait donner un dernier coup pour tâcher de briser toute la confiance que la jeune femme pouvait avoir en elle. «Tu étais trop occupée pour remarquer ce qui ne se voit pas.» lâcha-t-elle froidement. «J’ai voulu croire que rien n’avait changé entre nous quand je suis revenue à Lima. Qu’on pourrait garder la même relation même à des centaines de kilomètres l’une de l’autre. Que si je te disais tout, que je t’appelais souvent, que je t’écrivais de longues lettres pour te raconter tous les détails, ça ne serait pas si différent. Mais de toute évidence c’était de la poudre aux yeux. Tu as d’autres choses à faire, et d’autres personnes à voir, et tu n’as pas le temps de régler les problèmes d’une personne qui ne t’apporte que des ennuis et des déceptions.» Poussant de toutes ses forces sur ses cuisses pour se relever, la jeune femme se tenait à présent droite comme un i devant le bureau sur lequel sa main libre s’appuya pour trouver un équilibre. «Alors je vais te laisser à ton travail.» souffla-t-elle avec détermination pour s’encourager elle-même à quitter la place où elle se tenait. «Parce que c’est comme ça que je suis Cassandra. Parce que je suis cette personne que tu méprises maintenant.» ajouta-t-elle d’une voix étranglée. «Je ne viendrai pas à la prochaine répétition, j’enverrai un message à Joanna, mais je ne peux pas.» Une seconde de plus, elle resta la bouche bée, hésitant à parler encore, à deux doigts de fondre en excuses et d’avouer les mensonges qu’elle venait d’accumuler pour mieux se séparer d’elle. Mais elle n’en avait pas le droit. Elle ne méritait pas d’obtenir le pardon de Cassandra après ce qu’elle avait fait, comme elle n’obtiendrait pas celui de Christabella, et les fidèles pourraient jaser en ne la voyant pas à l’office ce dimanche, parce qu’elle avait la ferme intention de se faire oublier pour les temps à venir. Tournant les talons, elle ne voulait pas écouter une éventuelle réponse et se rua sur la poignée pour ouvrir enfin la porte et rompre l’intimité de fortune qui s’était installée dans le bureau. «Au revoir Cassie» murmura-t-elle de manière presque inaudible avant de refermer la porte derrière elle pour se précipiter hors du bâtiment sans adresser un mot aux bénévoles qui semblaient rire au loin. Il fallait qu’elle retourne au lycée, qu’elle reprenne sa voiture, qu’elle rentre chez elle. Il fallait qu’elle se couche, qu’elle pleure et qu’elle dorme jusqu’au lendemain matin pour oublier un peu cette peine étouffante qui l’empêchait de respirer. C’était fait. Elle ne pouvait plus rien changer. Elle réfléchirait à ce qu’elle allait faire plus tard. Pour le moment, il fallait qu’elle marche et qu’elle s’éloigne le plus vite possible d’ici.
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MessageSujet: Re: 02. The first time I said no   Mer 28 Mar - 16:05

Les genoux serrés, Cassandra attendait une réponse qu'elle était certaine de ne pas vouloir entendre. Même si elle faisait en sorte de confronter Ashandra a ses propres erreurs, elle n'avait jamais eu dans l'idée de la sermonner ou de lui faire comprendre qu'elle valait bien mieux qu'elle. Loin d'elle l'envie de jouer la scène du pharisien et du publicain, pour laquelle son rôle semblait évident. Elle en connaissait déjà l'issue et, force était d'avouer que pendant longtemps elle s'était sentie supérieure aux autres de part sa foi inébranlable. Quant à Ashandra elle était plutôt celle qui se punissait mentalement de ses péchés, bien trop honteuse pour chercher le pardon au dessus de sa tête. Aujourd'hui Cassie était consciente de ses torts, tout comme elle était consciente que les confessions de son amie dissimulaient un malaise bien plus profond dont elle était la cause. Aussi difficile pour elle était-ce d'assumer ses erreurs, Cassandra admettait non sans amertume qu'elle avait joué un rôle dans la déchéance de Shandy. Ce qu'elle ne supportait pas était cette manie qu'elle avait de lui jeter toutes les pierres pour se blanchir de ses mauvaises actions. Cassie avait beau ne plus être pharisien, elle faisait tout de même de son mieux pour rester dans les bonnes grâces de Dieu, même inconsciemment. Elle avait été élevée ainsi et si Ashandra l'ignorait c'était peut-être qu'elle ne la connaissait pas, comme elle l'affirmait si bien.

Toutes les perches qu'elle lui tendait de sa bonne foi, Ashandra les évitait avec une froideur qui ne lui ressemblait pas. A mesure que le temps passait, à mesure qu'elle lisait la fermeté sur son visage et qu'elle subissait le flot injuste de ses paroles, Cassandra parvenait à se convaincre que tout ce que racontait son amie était vrai. Pouvait-elle seulement la définir comme son amie dorénavant ? Elle ne l'était plus. Elle était possédée par un mal qu'elle n'avait jamais croisé jusqu'ici, un mal parfaitement persuasif qu'elle regretterait bien vite d'avoir écouté sans lutter. Ashandra ne le croyait peut-être pas, mais pour Cassie leur amitié valait le coup de se battre. Le combat n'était cependant pas équitable. Cassie avait été prise au dépourvu tandis que Shandy était venue armée jusqu'aux dents, déterminée à repartir victorieuse. Cassie avait beau être têtue parfois, elle était assez lucide pour se rendre compte que, pour une fois, Ashandra ne manquait pas de ressources. Elle demeurait alors impuissante, bouche bée, tandis que la vérité crue lui lacerait le cœur. Si elle devait être le martyr de leur amitié, elle était prête à encaisser jusqu'au dernier reproche sans broncher.

C'était ce qu'elle croyait du moins. L'injustice des propos de Shandy éveillait en elle une telle révolte que rester sur sa chaise de bureau avec placidité était bien plus difficile que s'entendre dire qu'elle était une amie indigne. Son cœur tambourinait tellement fort dans sa poitrine qu'elle n'aurait pas été surprise que Shandy puisse l'entendre. A vrai dire c'était comme si cette dernière essayait de couvrir le boucan que provoquait en elle son indignation. Comme elle se l'était promis Cassie resta muette, moins pour accentuer la culpabilité de son interlocutrice que pour écourter cet échange qu'elle subissait à présent comme une véritable torture. Elle voulait qu'Ashandra s'en aille pour pouvoir pleurer sans retenue et sans éveiller sa pitié. Sa voix n’était plus qu’un bruit de fond auquel elle ne faisait plus attention, bien trop absorbée par la multitude de souvenirs qui se jouait dans son esprit, comme si leur amitié était définitivement morte et qu’elle voyait sa vie défiler devant ses yeux. De temps à autre elle entendait son prénom, ou celui de Christabella, lui rappeler qu’elle était toujours dans ce bureau et que Shandy n’en avait pas encore terminé. La liste des reproches lui semblait tellement exhaustive qu’elle se sentit envahie d’une vague de chaleur. La honte, certainement. Elle se souvenait avec une certaine exactitude avoir douté un instant de la loyauté d’Ashandra lorsqu’elle était venue pour la première fois chez elle. A cet instant elle s’en était voulu de penser à elle et à son cœur brisé lorsque le lien à l’époque fragile qui les unissait finirait par se rompre. Et maintenant elle s’en voulait de n’avoir pas été assez égoïste pour réaliser qu’une malédiction pesait réellement sur ses épaules et que, quoiqu’elle fasse, ses amis finiraient toujours par la décevoir ou par l’abandonner. Elle espérait seulement que ce ne soit pas le cas avec Jeremy, au risque de passer de philanthrope aguerrie à misanthrope reconvertie. Pendant un instant, elle avait véritablement détesté l’humanité.
Les adieux d’Ashandra la tirèrent de ses rêveries. En vérité ce n’était qu’un au revoir, mais pour Cassie c’était bien plus qu’une formule de politesse pour lui signifier qu’elle prenait congé : c’était définitivement une page qui se tournait. Les yeux baissés elle attendait son départ, elle voulait que ce cauchemar soit enfin terminé.

Lorsque la porte claqua doucement, elle fut proie à un sursaut incontrôlé avant de fermer les paupières, le menton levé vers le plafond. Les premières larmes coulèrent le long de ses joues lisses. Les premières d'une longue série.
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