Choriste du mois


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 03. In for the kill

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MessageSujet: 03. In for the kill   03. In for the kill EmptyMar 1 Mai - 21:21

Sagement assise à une table dans la salle de repos réservée aux professeurs, Ashandra sirotait un thé en silence, souriant en faisant mine d’écouter ce que racontait le professeur d’anglais avec qui elle s’apprêtait à passer la journée. Il n’était pas encore 8h30 et déjà sa référante la soûlait de paroles qui glissaient sur la jeune femme qui avait appris à feindre l’intérêt avec le temps. Le moins qu’on puisse dire c’est que sa directrice de stage ne lui épargnait rien. Les potins qui ne l’intéressaient pas, les copies qu’elle n’avait pas à corriger, le rangement des livres de classes autres que la sienne pour rendre service à des “amis”, les négociations âpres avec le principal pour débloquer des fonds. Plus qu’une assistante, l’étudiante s’était résignée à endurer une année en tant qu’esclave de cette horrible femme à tête de vieux chien anglais. De toute façon elle ne pouvait rien contre elle. Un mot plus haut que l’autre et son compte-rendu pour l’université serait barbouillé de remarques incendiaires écrites en pattes de mouche rouge vif, elle préférait encore se taper tout le sale boulot en silence à risquer de devoir recommencer son année. La sonnerie n’allait plus tarder à retentir, mettant fin à ses souffrances jusqu’au prochain interclasse. Elle pourrait s’installer confortablement au fond de la classe et observer à satiété ce qu’il ne fallait pas faire avec une classe d’adolescents. Cette année plus que jamais, Shandy avait appris ce que c’était que faire preuve de cynisme dans ce lycée qui n’avait pas changé d’un iota depuis qu’elle même en avait foulé les couloirs. Terminant la dernière gorgée de son petit gobelet en plastique, elle était sur le point de se lever lorsque Figgins fit une apparition plus que remarquée dans la salle. Cet homme n’avait aucune autorité naturelle, mais détenait malgré tout un réel pouvoir au sein de l’établissement, et Robin Faithorn mise à part, rares étaient les professeurs suffisamment téméraires pour oser s’opposer à ses décisions de peur de perdre le peu de financements qu’ils avaient déjà ou pire encore. Trottinant dans son sillage, Rose Kitteridge toujours aussi rayonnante. Baissant les yeux en la voyant, Ashandra préférait de loin éviter tout contact avec cette femme qui s’amusait à bafouer à longueur de temps toutes ses valeurs et entretenait, selon elle, cette hiérarchie infernale affirmée par le jet de slushy devenu pratique ancestrale entre ces murs. Faisant mine de ne se rendre compte de rien elle s’immobilisa sur sa chaise en fixant le fond du gobelet, mais la figure de l’indien finit par se planter à quelques centimètres d’elle si bien qu’elle n’eut plus d’autre choix que de lever le nez dans sa direction. «Mrs Mauley aujourd’hui je vous emprunte Miss Moon. Miss Kitteridge a besoin d’aide pour ses cours de la journée et c’est notre seule assistante disponible, vous vous débrouillerez sans elle.» L’afro-américaine ne put retenir sa mâchoire qui tombait sous le coup de la surprise mais de toute évidence, on ne lui demandait pas son avis... Après une seconde d’hésitation, elle ramassa ses livres en silence et suivit la professeur d’éducation sexuelle sans un dernier regard pour Mrs Mauley qui râlait déjà auprès de son collègue le plus proche. Qui sait, peut-être qu’après tout elle aurait le loisir de passer une journée de stage plus ou moins normale pour une fois. Bon, il s’agirait d’éducation sexuelle, mais au moins elle saurait ce qui se passe vraiment dans ces classes dont Jesus faisait le procès à toute heure du jour et de la nuit.

Comme elle avait pu se tromper en imaginant que la jeune prof fraîchement débarquée à McKinley serait un meilleur modèle pour elle... Quatre heures de cours et Ashandra était sur les rotules. Épuisée physiquement et mentalement, jamais elle n’aurait pu imaginer qu’on puisse lui réserver un traitement pire que celui de Mrs Mauley. Et pourtant. C’était comme si elle le faisait exprès. Elle changeait le sujet de cours à la dernière minute pour quelque chose de beaucoup plus polémique et tendancieux, donnait des exemples qui auraient eu leur place dans un film pornographique, ne lésinait jamais sur les commentaires et les encouragement à poser des questions qu’aucun adolescent sain d’esprit n’aurait osé poser en classe. Et surtout, elle avait installé Ashandra à côté d’elle sur l’estrade, bien en vue, et elle n’arrêtait pas de vouloir la faire participer en prétextant faire ça pour le bien de son apprentissage. Quel apprentissage pouvait-elle bien tirer de l’explication de l’importance et des bienfaits de l’usage du préservatif lors d’une fellation au juste ? Si ce n’est comment se rendre ridicule et rougir jusqu’aux oreilles devant une classe de seniors où la plupart des garçons ne faisaient déjà que lorgner sur les fesses de la piquant brune lorsque celle-ci écrivait au tableau et sur ses jambes à elle dans l’espoir qu’elle fasse dieu seul sait quoi, tandis que les filles parlaient des derniers potins en faisant mine de tout savoir de ce genre de pratiques. Si elle n’était pas tombée dans la quatrième dimension, elle n’en était certainement plus très loin maintenant. Après avoir essayé de protester discrètement face aux élèves, Ashandra avait été contrainte de trouver quoi répondre sans avoir aucune idée de ce qu’elle pourrait bien raconter. En tant que protestante, elle n’était pas aussi fervente que le président du club de chasteté sur la question de la contraception. Si jamais elle s’était retrouvée enceinte suite à cette première fois qu’elle aurait préféré oublier jamais elle n’aurait pu survivre à cette honte. Se raccrochant à cela, elle avait essayé de détourner la question en posant un débat plus large et accessible à ses connaissances proches du néant à propos du sexe mais c’était bien sûr sans compter sur son bourreau du jour qui jouait comme personne de la surenchère. Chaque classe avait été un nouveau supplice où elle prenait un malin plaisir à jouer avec ses nerfs sans qu’elle puisse rien répondre face aux élèves. Comment pouvait-elle leur parler de la sorte ? Comment osait-elle montrer ce genre de choses en cours ? Certes le club de chasteté ne faisait pas (encore) l’unanimité, mais tout le lycée ne pouvait pas mener ce genre de vie complètement dépravée ! Elle refusait tout bonnement de le croire. Enfin la dernière sonnerie de la matinée sonnait sa libération lui arrachant malgré elle un profond soupir de satisfaction. Rose avait déjà disparu qu’elle n’avait pas eu le temps d’attraper son sac à main dans lequel ses livres de Samuel Beckett étaient devenus bien inutiles. Elle était sur le point de pousser la porte que deux footballeurs faisant bien une tête de plus qu’elle s’approchèrent d’elle avec un sourire. Appréhendant un peu la suite elle leva les yeux vers eux en dégageant naïvement le passage. «Miss Moon je n’ai pas très bien compris ce que vous expliquiez tout à l’heure, est-ce qu’on pourrait avoir plus de détails cette fois-ci ?» Le ton du jeune homme et la proximité de ce corps dangereusement musclé firent immédiatement paniquer Ashandra qui évitait généralement de se retrouver en tête à tête avec ce genre d’énergumènes. «Je... je... Vous n’aurez qu’à demander à Miss Kitteridge à votre prochain cours.» bégaya-t-elle à toute vitesse avant de disparaître comme une fusée dans les couloirs au son des rires des deux élèves.

Trop c’était trop. Elle allait voir de quel bois elle se chauffait ! Il était hors de question qu’elle renouvelle l’expérience pour encore quelques cours dans l’après-midi. Elle en avait sa claque de tous ces jeunes professeurs qui n’étaient pas plus compétents qu’elle avec leur diplôme et qui s’amusaient à jouer avec ses nerfs sous prétexte qu’elle était timide. Peter et maintenant cette Kit, ah ça non ! Faisant claquer ses chaussures à talons dans les couloirs, elle bouscula une escouade de Cheerios sans même s’arrêter pour s’excuser malgré les protestations des jeunes filles à queue de cheval. Droit sur le bureau de la professeur d’éducation sexuelle, prête à en découdre et à hausser le ton s’il fallait ! Elle, contrairement à Miss Mauley, n’avait pas son mot à dire dans son dossier, ce n’était qu’une lubie de Figgins et elle la soupçonnait presque d’avoir demandé à s’occuper d’elle pour aujourd’hui dans l’espoir de se moquer du club une fois de plus. Elle ne craignait rien, et Oxanna lui avait déjà montré qu’il ne fallait pas laisser la colère monter jusqu’à perdre le contrôle. Alors avant de la pousser dans l’escalier le plus proche elle allait lui dire deux mots, entre adultes, et avec un peu de chance, elle entendrait raison et cesserait ses gamineries tout juste acceptables à l’école primaire. Remontant la bandoulière de son sac sur son épaule, elle frappa d’un air décidé avant d’entrer sans attendre la réponse de l’occupante. «Il faut qu’on parle.» lâcha-t-elle d’une vois haute et claire en claquant la porte derrière elle, se repentant immédiatement. Et si elle rameutait du monde en faisant autant de bruit ? Elle ne voulait certainement pas que d’autres entendent le récit de ses exploits du matin. Marchant jusqu’à son bureau, elle se planta debout face à elle et laissa son sac glisser le long de son bras jusqu’au sol. «Je refuse de continuer ce cirque toute l’après-midi. Assez joué.» Fronçant les sourcils dans un air presque mauvais, l’afro-américaine était hors d’elle mais pas assez pour se remettre à crier. «Vos cours sont tout simplement... Ré... révoltants !» Le souffle court elle planta son regard noir dans les yeux bleus de la jeune femme assise en face d’elle, prête à en découdre s’il le fallait.


Dernière édition par Ashandra Moon le Mar 29 Mai - 0:31, édité 1 fois
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03. In for the kill Empty
MessageSujet: Re: 03. In for the kill   03. In for the kill EmptyLun 14 Mai - 19:29

Tic. Tac. Tic. Tac. Les aiguilles de l’horloge arc-en-ciel accrochée juste au-dessus du tableau affichaient sept heures trente-huit. Comme à son habitude, avant de commencer une rude journée, Kit s’installait tranquillement sur un pupitre du dernier rang, en position de méditation. Sa thermos de café décorée de petits poussins entre les jambes, deux énormes cookies dans un sachet en papier, que demander de plus ? Si ce n’était peut-être quelques chants de Noël… Elle adorait ces chants pleins de grelots et de petits angelots, elle avait même osé demander à Bryan Ryan si elle pouvait en interpréter un lors de la dernière réunion du Glee Club, mais il n’avait même pas daigné lui répondre ! M’enfin, tant qu’elle pouvait fredonner Jingle Bells lors de ses quinze minutes de méditation matinale…
Les yeux clos, concentrée à ne penser à rien, sa main quitta son genou pour aller chercher à tâtons un bout d’un de ces délicieux cookies. Elle ne savait pas exactement ce qu’il y avait dedans, une drogue quelconque, sans doute, parce qu’elle y était totalement accro ! C’était un des désavantages d’habiter juste au-dessus d’une pâtisserie, lors des rendez-vous avec la balance, on le sentait passer ! La jeune professeure venait d’attraper une miette du gâteau quand une voix raisonna dans son dos.
« Mrs Kitteridge, puis-je savoir ce que vous faites ? » Et merde, grillée. D’un mouvement qui se voulait souple et gracieux, mais qui, au final, se trouva être chancelant et aussi souple que le balais que Jesus Sainsbury avait dans le… herm, Kit sauta de la table et se retourna vers son boss.
Le principal Figgins était un homme souriant, de petite taille, une calvitie précoce, et un ventre qui commençait à s’arrondir sensiblement depuis quelques temps. Lui aussi habitait peut-être au-dessus d’une boulangerie ? Il avait aussi récemment renouvelé sa garde-robe, et aujourd’hui il exhibait un horrible pull d’une couleur non-définie, à mi-chemin entre le caca d’oie et le caca tout court.
« Cheee… heu… chalut. » commença Kit la bouche pleine de son cookie. La jeune femme déglutit péniblement et épousseta sa jolie robe azure, elle aussi pleine de miettes, avant de reprendre dans un langage plus intelligible. « Vous ne voudriez pas qu’un incident regrettable arrive dans cette école monsieur. Je… méditais monsieur. Vous voulez du café ? » proposa-t-elle un sourire angélique aux lèvres, en tendant sa thermos sous les yeux de l’indien. Ces derniers roulèrent dans leurs orbites, et leur propriétaire ignora la proposition. « Je viens pour vous prévenir qu’aujourd’hui vos cours seront assistés mademoiselle Kitteridge, j’ai reçu plusieurs plaintes venant de parents d’élèves… catholiques si vous voyez ce que je veux dire… » Des plaintes ? De parents ? De catho ? LE S*LAUD ! Il avait fait tourner sa pétition jusque dans sa paroisse le pseudo messie ! Kit souffla longuement, elle avait médité. Elle méditerait les paroles de son boss. Elle tuerait Jesus Sainsbury et tout le celebacy club s’il le fallait.
« Assistés par qui monsieur ? Sauf votre respect, je pense que je mène mes cours de manière magistrale et même si les dernière rumeurs qui courent dans les couloirs disent que j’ai projeté la dernière sextape de Sue Sylvester et Josh Groban sur le bureau de la mairie, je vous assure que c’est de l’intox TOTALE et que l’existence d’une telle vidéo est encore à prouver ! Jamais, je vous jure, jamais, je… » « Taisez-vous ! la coupa-t-il sans aucune délicatesse. Suivez-moi miss Kitteridge. »
Il sortit de la salle d’un pas pressé et Kit fut obligée de trottiner derrière lui pour tenir la cadence. Il était peut-être court sur pattes mais ses petites jambes tricotaient sévère ! Il s’arrêta devant une jeune femme, la vingtaine à tout péter, afro-américaine, une aura de paroissienne. Génial ! Ça allait être fun !
«Mrs Mauley aujourd’hui je vous emprunte Miss Moon. Miss Kitteridge a besoin d’aide pour ses cours de la journée et c’est notre seule assistante disponible, vous vous débrouillerez sans elle.» A besoin d’elle ouais, tu parles ! Mais qui sait, c’était peut-être le moment de lui apprendre quelques trucs à cette charmante demoiselle ! On pouvait lire l’innocence dans ses grands yeux noisette. Avec un large sourire Kit l’entraîna dans sa salle de cours et la mis à l’aise.
Aujourd’hui, elle abordait une partie de son cours qui s’avérait délicate. Elle avait toujours eu du mal à parler du sexe buccal. Les élèves qui, en général, pendant l’heure d’éducation sexuelle finissaient leur courte nuit de débauche, se réveillaient bizarrement pendant ces cours-là et balançaient à tout va la moindre remarque ou sous-entendu pervers qui leur passait par la tête. Le fait que leur prof en rit avec eux n’aidait pas à faire cesser ce joyeux bordel, bien au contraire. Ashandra, puisque c’était le nom de miss Moon, était au premier rang, visiblement atterrée d’autant de grossièreté. Kit se mordit la lèvre, seigneur ! Et si elle aussi elle portait plainte ? Non, ça n’arriverait pas ! Il fallait juste que son assistante ne s’ennuie pas ! Pour ce faire, Kit avait une batterie d’idées, les premières : la faire participer le plus possible, autant en cours que pendant les… travaux pratiques, bananes et concombres à l’appui. Malheureusement pour la professeure, cela ne se passa pas aussi bien qu’elle l’espérait, et tout ce qu’elle réussit à faire, ce fut mettre la jeune métisse dans l’embarras.

Ce fut donc avec soulagement que Rose sortit en trombe de la salle de classe juste quelques secondes à peine après la sonnerie de midi. Ce fut quasiment en courant qu’elle alla se réfugier dans son bureau. Ou plutôt, le cagibi avec une table et une chaise qui lui servait à recevoir parents mécontents, élèves mécontents, assistante mécontente…
Quand on parlait du loup ! Trois coups secs à la porte (Kit eut un instant peur de la voir tomber, tellement cette pièce était miteuse), et la voix rageuse et résignée d’Ashandra résonnait dans les cinq mètres carrés.
«Il faut qu’on parle.» La jeune femme referma violemment la porte derrière elle, et Kit ne put retenir une petite grimace quand un peu de plâtre du plafond s’en alla en miettes. «Je refuse de continuer ce cirque toute l’après-midi. Assez joué.» Lassement, Kit sortit le même concombre qu’elle avait utilisé pour ses expériences en cours et entreprit avec un petit canif de le couper en fines tranches. «Vos cours sont tout simplement... Ré... révoltants !» continua Ashandra, d’une voix forte mais maîtrisée, elle finit par planter ses yeux dans les grandes sphères bleues de Kit. Celle-ci releva la tête, penaude.
« Concombre ? » proposa-t-elle poliment, en tendant une rondelle de légume à la jeune assistante. « Cette scène me donne une certaine impression de déjà-vu… hum… attends un peu… c’était pas… mais si ! C’était la semaine dernière avec un gamin du nom de Jesus. Un brave gamin. Très gentil. » Elle laissa tomber sa main qui tenait le bout de concombre avant de poursuivre : « Charmant. Vraiment. Mais nous ne sommes pas là pour parler de lui, hein ? On est là parce que tu es comme lui, tu es mal éduquée. Sexuellement parlant. Tu sais… moi aussi quand j’étais au lycée… l’éducation sexuelle n’existait pas, McKinley était un véritable nid à MST ! Tu es sûre que tu ne veux pas de concombre ? Il vient du jardin potager de ma voisine. Je les cueille pendant la nuit, il est tout frais, je peux te le jurer ! ». Puis, sentant que ce qu’elle disait n’avait ni queue ni tête, elle demanda un fin sourire aux lèvres « Miss Moon… avez-vous déjà … ». Bam ! Mouvement obscène main/langue, elle aurait dû se retenir. C’était trop tentant…

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03. In for the kill Empty
MessageSujet: Re: 03. In for the kill   03. In for the kill EmptyMer 30 Mai - 22:15

En fonçant droit sur le bureau de Rose, la jeune femme n’avait pensé à rien d’autre qu’à sa vengeance et à mettre les choses au clair. Pas même à ce qu’elle pourrait dire pour essayer de désarmer la situation tendue au possible entre elles. Et bien évidemment, une fois le moment venu elle ne savait plus quoi dire. Comme elle détestait ce manque de présence qui la caractérisait. Elle aurait aimé avoir la force de s’imposer, de taper du poing sur la table et de sortir un long monologue moralisateur comme le père de sa meilleure amie, ou même son futur beau-père. Seulement sa voix fluette et ses membres tremblants de rage ne faisaient que montrer à quel point il était facile de s’en prendre à elle sans craindre de représailles. Elle voulait être forte mais jouait encore dans la catégorie poids plume, et son adversaire ne donnait pas dans la demi-mesure. Essayant de se donner du courage, elle fronça un peu plus les sourcils comme pour se donner un air méchant qui ne collait pas vraiment sur son visage poupin. De toute façon, si la jeune professeur n’entendait pas raison, elle se ferait porter pâle pour le reste de la journée, un point c’est tout. Quoi qu’il arrive, elle sortirait victorieuse de cette salle, d’une manière ou d’une autre. Qu’importe ce que pouvait dire le principal, son titre d’assistante était une plaisanterie encore plus vaste que d’habitude dans cette salle décorée de schémas assez peu engageants. Rose n’avait clairement besoin de personne pour animer son théâtre de décadence où fruits et légumes se trouvaient tout à fait détournés de l’usage que le Seigneur avait désigné pour eux. Alors pourquoi avait-il fallu qu’on l’attire en dehors des cours de littérature de la vieille folle pour servir de bouc émissaire à une autre série de mauvais traitements grossiers ? L’afro-américaine avait beau retourner le problème dans tous les sens, elle ne parvenait pas à comprendre la raison de sa présence à ses côtés. Le pire dans cette histoire, c’était sans doute le sourire à toute épreuve de la brune qui ne perdait jamais cet air enjoué d’éternelle enfant, enjoué peut-être, mais très certainement pas innocent. Pas après ce qu’elle avait entendu ce matin. L’aplomb avec lequel elle parvenait à évoquer des situations explicitement sexuelles était profondément choquant pour Ashandra qui n’avait jamais eu l’habitude de parler de relations, même amoureuses et chastes, chez elle. Quelques fois leurs parents avaient raconté l’histoire de leur première rencontre à l’époque ou tout allait bien dans la famille Moon mais rien de plus. Sa mère avait caché sa liaison avec le pasteur Green pendant une durée vraisemblablement longue puisqu’elle venait de se fiancer avec lui quand la nouvelle était venue à l’ordre du jour. Elle n’avait jamais parlé avec Damon de ses petites amies, et ce même quand ils s’entendaient encore à merveille. Son seul petit-ami au lycée n’avait pas été un secret jusqu’à ce qu’elle se laisse influencer et finisse dans ses draps, le tout se soldant par une catastrophe qui l’avait dégoûtée des hommes pendant de longues années. Seule sa belle-sœur avait osé aborder la question avec un peu de franchise, mais là encore, il s’agissait de quelqu’un de bien intentionné, qui se souciait de ses sentiments et de ses peurs. Rose Kitteridge était l’ennemi. Tout ce qu’elle pourrait lui dire serait, à n’en pas doute, mal intentionné.

Repoussant le concombre en levant une main devant elle, Shandy secoua la tête en glissant en un murmure un discret «Non merci.»Elle était décidément trop polie avec cette tortionnaire qui, elle, ne s’embarrassait pas de la mettre à l’aise. Ses yeux s’arrondirent à l’évocation du nom de Jesus, mais elle ne trouva rien à répondre. Elle savait que les liens qui les unissaient étaient plus qu’électriques mais elle n’avait aucune idée de ce que le jeune homme avait pu faire contre elle. Une fois elle avait trouvé une pétition vierge dans la salle du club alors qu’elle cherchait sa veste oubliée mais elle ne s’était pas particulièrement tenue au courant des aléas de leurs rencontres forcées. Nul doute que ces compliments fussent ironiques en tout cas, à en croire les mots que le garçon avaient pour qualifier sa professeur, le contraire eût été fort étonnant. Depuis son altercation avec Peter Matterface, Ashandra avait appris à se méfier comme de la peste des mots enrobés de sucres lorsqu’ils venaient de personnes en qui elle n’avait pas confiance, ou qu’elle ne connaissait pas. Or Kit collait parfaitement à cette description : une inconnue antipathique, chez qui elle soupçonnait une once de sadisme. Elle ne tomberait pas dans son piège, elle se l’interdisait formellement, et rien de ce qu’elle dirait ne serait capable de lui faire changer d’avis. Ce dont cette femme avait besoin c’était sans doute d’une bonne confession et d’une nouvelle âme lavée de ses péchés. S’entendre dire qu’elle était mal éduquée par quelqu’un qui mâchait un concombre qui avait servi aux pires travaux pratiques jamais inventés sous son nez, voilà qui était fort ! «Je ne...»s’emporta-t-elle, interrompue par Rose qui n’avait visiblement pas terminé son petit laïus. Les maladies avaient bon dos ! Son cours dépassait de loin les limites de l’information et de la prévention ! Elle faisait de la propagande pour la débauche, ni plus ni moins. Et elle avait dû prendre part à tout cela contre son gré parce qu’elle était trop docile et n’avait pas osé désavouer un professeur titulaire devant sa classe, préférant attendre l’intimité relative qu’offrait ce bureau miteux qui tombait en miettes autour d’elles pour régler ses comptes en tête à tête. «Vous les cueillez ou bien vous les volez pour en faire des objets de perversion ?»demanda-t-elle sèchement en guise de réponse à sa tirade méprisante ou le tutoiement n’était qu’un moyen de lui rappeler sa place d’assistante qui n’y connaissait rien à rien en matière de sexe. Elle ne se reconnaissait presque pas dans ces mots durs mais n’était pas peu fière de son retour à ce premier flot d’attaques contre elle. «Non merci, je n’ai pas faim.»reprit-elle avant de laisser le silence retomber brièvement dans la salle.

L’idée de lui laisser le temps de répondre quelque chose n’avait pas été la meilleure qu’elle ait eue. Sa question imagée fit bouillir son sang alors qu’elle reconnaissait le geste auquel elle avait eu droit plusieurs fois dans la matinée et qu’elle avait fini par comprendre par rapport au domaine abordé. «Miss Kitteridge !»s’indigna-t-elle violemment. «Est-ce que... Est-ce que vous avez perdu la raison ?!»Ses pupilles affolées n’arrivaient plus à la regarder en face alors qu’elle rosissait de plus belle sentant son cœur battre la chamade dans sa poitrine. «Ça ne vous regarde pas ! Ce n’est absolument pas le problème qui nous intéresse ! Je suis venue me plaindre de votre cours, je ne suis pas venue partager mon expérience du se... sexe avec vous !»Priant intérieurement pour que personne ne l’ait suivie pour écouter aux portes, elle n’arrivait plus à maîtriser sa voix. Son expérience à elle avait été brève et assez peu plaisante, et elle préférait l’occulter et faire comme si tout cela ne s’était jamais produit. Ce n’était pas cette folle nymphomane qui allait la faire changer d’avis avec ses grands airs et ses gestes déplacés. Elle ne voyait pas ce qu’il y avait de si enthousiasmant là dedans qui vaille la peine d’être matière à dissertation. «Pourquoi tenez-vous tant à entrer dans des détails avec ces enfants ? Si votre seul propos est de prévenir les infections alors faites-le, mais ne... ne... n’essayez pas de me faire croire que c’est ce que nous faisions ce matin !»ajouta-t-elle d’un ton rageur qui dissimulait mal son embarras.
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