Choriste du mois


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 03. Where I deserve to be

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MessageSujet: 03. Where I deserve to be   03. Where I deserve to be EmptySam 12 Mai - 20:00

En contemplant les volutes de fumée que son haleine provoquait dans l’air glacée du petit matin, Christabella avait songé à la fin d’année qui approchait à grand pas. Noël, puis le Nouvel an, seraient bientôt là, et pour la première fois, elle passerait les fêtes de fin d’année seule. Ou du moins, pas en compagnie de sa famille, celle-ci ne voulant plus du tout entendre parler d’elle. Récemment encore, elle avait croisé sa mère et l’un de ses frères dans le parc, lorsque ceux-ci, en compagnie d’autres, distribuaient de la nourriture aux sans-abris et qu’elle-même se rendait à une répétition des Second Chance. Si sa mère l’avait fusillé du regard avec un mépris même pas dissimulé, son frère s’était contenté de l’ignorer. Un instant, Christabella avait été tentée d’aller les saluer, mais elle savait qu’elle se heurterait à un mur, froid et plein de haine, aussi avait-elle passé son chemin, la tête basse et les épaules voutées. Elle pouvait pourtant s’enorgueillir, si tant est que cela soit encore possible au vu de sa situation, d’être capable de ne plus pleurer à gros sanglots devant ce genre d’évènement. Sa famille l’avait rejeté, soit. Ses parents l’avaient reniée, ses frères et sœurs ne lui adressaient plus la parole, d’accord. Si elle en souffrait encore aujourd’hui, elle réussissait à avancer et à se construire, petit à petit, une vie qui ne serait plus faite de repas en famille, de prières assidues et de devoirs pénibles. Libre de vivre sa vie comme elle l’entendait, elle peinait pourtant à abandonner certaines de ses habitudes. La religion, par exemple, était toujours une composante importante de son existence, et ce même si sa foi avait été fortement ébranlée suite aux récents évènements. Habituée également à avoir un rythme de vie chargé, elle cumulait deux cursus universitaire –bien que l’un des deux se fasse en partie par correspondance- et un travail au cinéma de la ville, sans parler des répétitions des Second Chance, qui lui permettait entre autre chose de se changer les idées. En cela, elle n’avait pas beaucoup changée, en revanche elle était heureuse d’être devenue indépendante. Ses parents ne l’ayant jamais préparée à affronter le vaste et néanmoins cruel monde extérieur, elle était assez fière de se débrouiller par ses propres moyens. Elle payait son loyer avec l’argent qu’elle gagnait, elle faisait de bonnes études, elle était devenue une adulte.
Pourtant ce jour-là, elle eut l’impression d’être redevenue une enfant, lorsque le chagrin lui étreignit le cœur d’une main de fer, le lui broyant et lui faisant ployer l’échine, pour la faire s’effondrer et pleurer en plein milieu de la place Bellefontaine. A la base, cette journée avait plutôt bien débuté, et ce malgré le froid piquant qui l’avait accueillie lorsqu’elle était sortie. Brisant la monotonie de ses révisions de fin de semestre, elle s’était permise une petite sortie afin d’aller faire quelques courses, notamment à la poste où elle devait récupérer un colis qui venait d’arriver. Le chemin vers la poste s’était fait en chantonnant le dernier air qu’ils avaient répété avec les membres de la chorale, jusqu’à ce que Christa s’aperçoive qu’elle attirait l’attention sur elle. C’est rougissante mais amusée qu’elle avait poussé le battant de la porte principale de l’agence de poste, et fait la queue pour retirer le fameux colis dont elle ignorait la provenance. Revenue dans la rue, elle traversait d’un pas pressé la place, environnée par le bruit que faisaient les quelques rares courageux sortis affronter le froid et bercée par une voix qui provenait des environs et qui chantait, lorsqu’elle reconnut l’adresse de l’expéditeur. Se figeant, elle s’empressa de déchirer le papier collant qui entourait le petit carton, dont elle souleva le dessus. Et là, son souffle se bloqua dans sa gorge, comme si une main venait de surgir du fameux carton pour la saisir et l’étrangler. Elle n’avait pas pris la peine de déchiffrer le papier collé sur le carton, qui certes stipulait l’adresse de l’expéditeur, mais qui précisait surtout qu’il s’agissait d’un renvoi. Or, dans le carton, se trouvait la petite broche qu’elle avait offerte à sa petite sœur, pour son mariage. N’ayant que peu d’argent, elle s’était rabattue sur un modeste présent, et sachant sa sœur amatrice de jolies choses –ce qui avait toujours causé le désespoir de leur mère, convaincue de la trop grande vanité de sa cadette- elle lui avait choisie une broche, certes d’un métal quelconque, mais reproduisant fidèlement l’éclat de l’argent. Un petit ange rieur, enveloppé de ses ailes. Elle avait envoyé le cadeau par la poste voilà des mois, ignorant alors si elle pourrait être présente pour le mariage de sa sœur, mais les choses étant ce qu’elles étaient, elle n’avait jamais su si le cadeau avait plu à cette dernière. La réponse venait de lui revenir en pleine figure, par la poste, et avec la force d’une gifle ou même d’un coup de poing.

Son regard se brouilla de larmes qu’elle ne put contrôler, et elle éclata en de terribles et poignants sanglots, ne songeant qu’à ce qu’elle avait perdu. Sa mère la méprisait, son père la haïssait, et même ses frères et sœurs ne voulaient plus entendre parler d’elle. C’est comme si elle venait de revenir en arrière, comme si les longues semaines passées à se reconstruire n’avaient pas eu lieu. Elle se revoyait, mise à la porte par ses parents, seule et abandonnée de tous ceux qu’elle aimait. Il n’y avait plus la fierté de s’en sortir sans eux, il n’y avait plus le soutien de ses amis, il n’y avait plus rien à part cette douleur dont elle avait appris à vivre avec, et qui venait d’exploser à nouveau dans sa poitrine. Suffoquée par le chagrin, Christabella sentit que ses genoux heurtaient le sol, et alors qu’elle pleurait, recroquevillée sur son malheur, près de la fontaine, elle eut envie que la terre s’ouvre sur elle pour l’avaler. Parce qu’après tout, comme son père lui avait dit, sa place devait être en Enfer. Là où elle ne souffrirait plus.


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MessageSujet: Re: 03. Where I deserve to be   03. Where I deserve to be EmptySam 4 Aoû - 16:01

« ... Let it snow, let it snow, let it snow .. Merci et joyeux noël à tous »

"Tous" était un bien grand mot ce jour là. Le froid glacial de l'hiver venait d'arriver à Lima et sortir dans la rue pour écouter de la musique n'était plus une préoccupation pour les gens. Les seules personnes qui écoutait encore les quelques notes de musique que grattait avec peine les doigts frigorifiés des chanteurs de la place Bellefontaine, n'était autre que les mêmes personnes pressés de faire leur achats de Noël. Autant dire "qu'écoutait " était une belle hyperbole pour le coup. Trop soucieux de ne pas abîmer leur manteau en peau d'autruche, de babouin ou de tigre de Tanzanie, les gens ne jetaient qu'un regard a ces artistes des rues. Un regard qui parfois pouvait être vexant, voir même méchant. Tout dépend de comment l'interprète celui qui le reçoit. Sean, lui, n'avait pas ce problème là. Les gens qui ne l’appréciait guère ne venait pas écouter sa musique. Pourquoi ? Car il les rejetait tout simplement ! Une fois, il avait même refuser cinq dollars, jeté en boule à ses pieds d'un passant qui ne s'était pas excusé en le bousculant. " Un acte de folie " de folie selon Bryan, un jongleur ayant trouvé refuge à l'angle du Macdo. Mais pour Sean, le respect est l'une des bases de la vie. Sans respect, il ne peut exercer son gagne pain et ne peut donc vivre. Si personne ne le respectait, il n'aurait pas le droit de jouer dans la rue.. D'ailleurs, théoriquement il n'en a pas le droit, mais ça, c'est une autre histoire.

Ce matin là était donc un matin comme les autres. Pas beaucoup de monde, quelques dollars dans le chapeau, la guitare à la main et le sourire au lèvres comme d'habitude. Sauf que, la médisance semblait être à l'honneur en cette matinée. D'abord un homme d'affaire au téléphone qui lâche une insulte, puis une bonne femme riche qui rigole en voyant le simple blouson en cuir déchiré de Sean, bref ! La foire au méchanceté. Pour le peu de monde qui passait dans le coin, il s'était fait incendié. En gros, ce n'était clairement pas sa journée. Et pourtant, quelques personnes lui avaient quand même donner le sourire. Notamment cette vieille dame. Une habitué de la place qui rapidement devint une "cliente" fidèle de Sean. Cette vieille dame l'avait rapidement ému il faut dire. Elle venait tout les matins donner du pain à " ses bébés " comme elle les appelaient. Selon elle " les pigeons sont des êtres à part entière de ce monde .. Pourquoi n'aurait t'il pas le droit de manger à leur faim comme la plupart des gens ". Ironie du sort, Sean ne faisait pas vraiment partit de ce qu'on pouvait appeler " la plupart des gens ". Mais quelque part, il comprenait cette vieille dame malgré le fait qu'il ne savait toujours pas si elle possédait encore toute sa tête. Il avait développé au cours de ces derniers mois, une certaines affection pour elle qui ne se permettait pas de le juger et venait même tout les mardi matin afin de donner un peu d'argent à Sean. Qui lui chantait en retour tout ce qu'elle voulait entendre. Leur discussions pouvait durer une heure sans que le garçon ne s'en lasse. Même malgré le froid régnant dehors, la vieille dame c'était déplacé ce matin-là ! Comme toute leurs réunions matinales, celle-ci avait duré environ une heure avant que cette dernière ne rentre, ne supportant plus le froid. Des personnes comme ça, malheureusement, Sean en connaissait de moins en moins. Et pourtant, ce qui allait se passer allait lui permettre de faire plus ample connaissance avec une personne dont il ne se serait jamais douté l'existence.

Il était donc environ quatorze heure quand Sean décida d'enfin arrêter sa "gratte" pour aller trouver à manger. Alors qu'il remballait son matériel avec soin et précaution, quelque chose ou plutôt quelqu'un attira son attention. C'était cette jeune fille brune. Sean l'avait souvent croisé dans la rue. A vrai dire, c'était presque quelqu'un de récurrent dans le commerce du garçon. Elle lui avait souvent donner quelques dollars voir même parfois un café. C'était quelqu'un d'assez généreux parmi tout ses clients. Cette fille semblait ne pas avoir de problème vu qu'elle arborait toujours un sourire assez large que Sean n'hésitait pas à lui rendre. Ce jour-là, il la vie passer une première fois, ne se souçiant donc pas de ce qu'elle pouvait faire. Ce n'est que lorsqu'elle s'arrêta en plein milieu de la place et qu'elle se mit à éclater en larme que Sean eu une réaction. Il enfila rapidement sa guitare sur son dos, prit son porte-monnaie et fonça vers cette jeune femme. D'habitude, c'était plutôt les autres qui lui venait en aide. Mais cette fois-ci, c'est lui qui allait devoir le faire. Après tout, si les autres te donnent sans compter, pourquoi pas toi ? Sean accourut donc près de cette femme et s'adressa directement à elle, d'une voie douce mais inquiète en même temps.

« Mademoiselle qu'est qui vous arrive ? Faut pas vous mettre dans des états comme ça. Pas en plein milieu de la place en tout cas. Vous allez attraper froid à pleurer comme ça. »

Sean prit alors la seule chose qui le protégeait du froid et l'enfila sur les épaules de cette femme. Même si elle semblait ne pas en avoir besoin, le garçon ne prit pas le temps de réfléchir sur ce coup-là. Une fois qu'il l'eu mis sur ces épaules, il posa sa guitare sur le petit muret entourant la fontaine principal de la place, mis ses sous dans sa poche et tendis une main vers cette femme en arborant son sourire. L'histoire d'essayer de lui remonter un peu le moral .. ça pouvait être un premier pas.

« Allez venez avec moi, je vais vous payer un truc chaud. Faut pas rester part terre, j'ai pas envie d'emmener l'une de mes plus belles clientes à l'hôpital, surtout qu'il parait qu'ils sont blindés en ce moment. Alors autant que je vous soigne avec le meilleur des remèdes : La discussion et un bon café bien chaud, vous ne croyez pas ? »

Sean, voyant qu'il commençait à subir quelque chose dont il avait horreur, l'attention, se retourna et lança à haute voix dans la place.

« Circulez , y'a rien à voir, allez, allez ! On a pas besoin de vous, merci » avant de retendre sa main vers cette femme.

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MessageSujet: Re: 03. Where I deserve to be   03. Where I deserve to be EmptyVen 21 Sep - 14:59

Le froid commençait à percer l’épaisseur de son jean, piquant sa peau telle des aiguilles, mais c’est à peine si Christabella s’en rendit compte. Entre ses mains elle tenait le cadeau que sa sœur lui avait renvoyé, et ses épaules tressautaient au rythme de ses sanglots. Elle avait été si fière d’être parvenue à s’en sortir sans ses parents. C’est toute seule qu’elle avait cherché un travail, le montant de ses bourses ne lui permettant plus de loger à l’université. Elle avait réussi à se trouver un toit, et elle payait son loyer en travaillant en plus de ses études. Elle s’était ouvert un compte en banque toute seule, ses parents n’ayant jamais jugé utile de le faire pour leur fille, estimant que sa place serait aux côtés d’un mari, qui subviendrait à ses besoins, et qu’elle n’aurait donc pas à s’occuper de ces choses-là. Elle s’était battue pour garder la tête hors de l’eau dans un monde auquel elle n’était pas du tout préparée, et aujourd’hui, elle se débrouillait toute seule, sans l’aide de personne. Pourtant, tous ces longs mois d’efforts perpétuels semblaient être réduits à néant par un simple colis.
Pourquoi sa famille la punissait-elle de la sorte ? Pourquoi ne parvenaient-ils pas à comprendre que leur choix de vie ne convenait à pas à Christabella, qui était heureuse en faisant des études, en réfléchissant à son avenir professionnel, en ayant des amis et même en portant des pantalons, ce qui dans sa famille était interdit ? Elle avait passé dix-huit longues années à suivre le chemin que ses parents avaient tracé pour elle. Elle avait toujours gardé ses longs cheveux bruns attachés, sa mère affirmant que seule une gourgandine se pavane la crinière au vent. Elle n’avait jamais touché un tube de mascara, ni porté de bijoux. La télévision lui était interdite, et ses lectures fortement surveillées. Et elle s’était préparée à devenir une femme au foyer, qui saurait cuisiner et s’occuper d’une maison, mais qui saurait surtout se taire. Et pas une seule fois cela ne l’avait rendue heureuse, contrairement à son entrée à l’université, à la vie en communauté, à ses cours de biologie et d’arts du cinéma, et le jour où elle avait obtenu son diplôme avait été le plus beau de sa vie, juste après le jour où Ezrael lui avait déclaré son amour. Pourtant, toutes ces choses avaient fortement déplus à ses parents, au point qu’ils l’avaient reniés, sans se soucier du mal qu’ils faisaient à leur fille. Le bonheur de Christabella semblait secondaire. Et aujourd’hui, elle vivait dans la douleur.

Étourdie par son chagrin, aveuglé par ses larmes, c’est à peine si elle se rendait compte du spectacle qu’elle offrait aux passants. Une pauvre fille, échevelée et tremblante, avec le visage trempé et à genoux sur le sol glacé. Elle devait paraitre bien pitoyable, et pourtant, une âme charitable vint aussitôt la secourir. En levant le nez vers son interlocuteur, Christa ne le reconnut pas. Elle ne voyait qu’un visage flou, qui dansait devant ses yeux remplis de larmes, mais en sentant qu’on posait un manteau sur ses épaules, elle cligna plusieurs fois des paupières, et sa vue s’éclaircit. Le jeune homme qui venait de lui prêter sa veste la fixait d’un air inquiet, et Christa retint à grande peine un nouveau sanglot. Elle s’efforça tant bien que mal d’ignorer la peine qu’elle éprouvait, pour se concentrer sur des choses tangibles. Ses genoux lui faisaient mal à force d’être par terre, et elle avait froid aux orteils et aux doigts. Elle avait beau s’être chaudement vêtue en sortant, rester immobile avait permis au froid de l’hiver de s’insinuer en elle, et c’est avec reconnaissance qu’elle s’enfouit dans le lourd manteau que le jeune homme avait posé sur ses épaules. Il était encore chaud, et sentait bon, une odeur naturelle mais propre. Refoulant ses sanglots, Christa se saisit de la main qu’on lui tendait, et serrant contre elle son colis à moitié ouvert, se força à se relever. Chancelante sur ses jambes ankylosées et engourdies par le froid, elle frissonna, et jeta autour d’elle un regard perdu et larmoyant. Les passants la fixaient curieusement, ralentissant en passant à côté ou bien détournant rapidement le regard. Personne ne veut affronter la tristesse et le malheur des autres. Pour avoir fait partie d’une famille croyante, Christa avait passé sa vie à donner aux autres. Elle avait fait du bénévolat auprès des sans-abris pendant de longues années, leur distribuant des vêtements et de la nourriture, et elle avait toujours dû partager ses affaires avec ses frères et sœurs. Elle n’avait jamais eu peur de poser les yeux sur la misère du monde, mais certaines personnes en étaient incapables.
Pas ce jeune homme. C’est sans la moindre hésitation qu’il était venu l’aider à se relever, et qu’il lui avait tendu son manteau. Christabella n’en était pas surprise. Elle le connaissait, ou du moins, elle connaissait sa situation. Pour l’avoir croisé un nombre incalculable de fois en parcourant le centre-ville, elle savait qu’il vivait dans la rue, et survivait tant bien que mal à chantant. Doté d’une joli voix, il parvenait à récupérer assez d’argent pour manger, mais la vie devait être vraiment, vraiment difficile. Quelle ironie de constater que c’était celui qui avait le moins, qui venait l’aider, alors que bon nombre de passants, chaudement vêtus et arborant des signes visibles d’une vie confortable, ne levaient pas le petit doigt pour aider une jeune fille en pleurs. Christa n’en fut curieusement pas si surprise que cela non plus. Sa propre situation avec ses parents lui avaient fait perdre bon nombre d’illusions. Elle avait parfois l’impression qu’un voile couvrant ses yeux venait de lui être retiré, et que le monde était loin d’être aussi lumineux qu’on pourrait le penser. Heureusement, il s’éclairait parfois grâce à de petits gestes, grâce à certaines personnes.

« Merci. » murmura Christa en reniflant et en s’essuyant le visage avec sa main gantée. « Je suis désolée. » ajouta-t-elle d’un ton penaud. « Je… »

Que faire ? Devait-elle simplement rentrer, et affronter cette crise toute seule, comme une adulte ? Ou bien profiter de l’offre généreuse de ce sans-abri ? Toutes les fois où elle était passée près de lui, elle l’avait écouté chanter, appréciant son timbre de voix, son sourire franc et sa bonne humeur. Elle l’avait plusieurs fois applaudie, elle lui avait toujours donné un peu d’argent et il lui revint soudain en mémoire qu’elle lui avait même offert un café –ou était-ce un chocolat chaud ?- un jour de grand froid. Il avait bien le droit de vouloir faire de même, et elle acquiesça doucement. « Je veux bien… j’ai froid et… » Un nouveau sanglot la fit trembler, mais elle le contint. Son regard se porta sur un vendeur ambulant, quelques mètres plus loin, qui agitait une clochette et attirait sa clientèle à grands renforts de cris. L’odeur qui se dégageait de son stand était plus qu’alléchante, puisqu’il proposait du café, du chocolat, du vin chaud et même du lait au miel. Du lait chaud au miel. Christabella adorait cela, depuis qu’un jour, malade, Ezrael lui avait conseillé d’en boire. « Je veux bien un lait chaud avec du miel dedans. » murmura-t-elle d’une voix tremblante, en s’asseyant sur le rebord de la fontaine, incapable de marcher pour l’instant.


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MessageSujet: Re: 03. Where I deserve to be   03. Where I deserve to be EmptyJeu 27 Sep - 22:52

L'égoïsme humain le surprenait donc toujours autant. Comment pouvait-t'on passer devant une personne ayant besoin d'aide sans même s'arrêter ou lui adresser un regard ? A ce stade, ce n'était plus de l'égoïsme mais plutôt du mépris ou simplement un signe de connerie humaine tout simplement prodigieux. Lui, il aurait pu, si il le souhait, laisser cette femme dans son malheur et continuer à empocher ses sous comme si de rien n'était, eh bien non ! Ce n'était pas dans sa mentalité, ni dans sa manière d'être. Même si au cours de sa vie, le petit blondinet n'avait jamais eu besoin d'être aidé et n'avait pas reçu une éducation destiné à aider son prochain, il était le premier à s'être précipité vers cette femme pour lui venir en aide. Où était donc la logique ? C'est Sean qui vraisemblablement avait le plus besoin d'aide et pourtant, comble de la chose, ce n'est pas lui qui en demandais. Au fil du temps, le garçon ouvrait les yeux sur le monde, sur la société ainsi que sur les relations entre les Hommes de nos jours et le seul bilan qu'il pouvait en tirer était négatif. Les relations sociales entre les personnes était de plus en plus mauvaises. Encore un exemple aujourd'hui. Qui aurait aider cette femme si Sean n'était pas intervenus ? Personne apparemment. Non, aider quelqu'un ça serait perdre trop de temps et surtout perdre beaucoup d'honneur. Bien sûr.. A l'intérieur, Sean bouillonnait. Mais malheureusement, ce n'était qu'à l'intérieur. Il était bien trop polie pour dire tout ce qu'il pensait comme ça devant tout le monde. Et puis si il le faisait, qui l'écouterait ? Mais surtout est-ce que ça changerait quelques choses ? Est-ce qu'un simple coup de gueule pouvait faire réagir une petite poignée de personne ? Sincèrement, il savait très bien que non et pourtant il voulait a tout prix s'en persuader, a tel point que si il n'aurait pas eu besoin d'aider cette jeune fille, il serait monté sur la fontaine et l'aurait poussé son coup de gueule et puis " advienne qui pourra " après tout ... Mais ce n'était pas le cas, il avait quelqu'un a aider. Et oui ! La société aller devoir un peu patienté avant de connaître son "sauveur".


Sean revint donc à ses esprits et également au paroles de la jeune fille qui était dans un état pas très correcte. Le garçon, malgré toute la bonne volonté du monde était gêné. C'est vrai quoi, il ne connaissait en aucun cas cette dame personnellement et ne pouvait donc pas lui venir en aide d'une manière plus correcte. Si il avait était quelqu'un de "normal " , comme il y'a deux ans, c'est à dire plein au as et classe comme la Mercedes d'Obama, là, il aurait pu l'emmener dans un endroit approprié pour lui offrir quelque chose de correcte, d'adéquat et pas un simple café. Sean s'arrêta un instant. Quand il se rendit compte qu'il commençait à s'embrouiller les pensées, il frotta son visage avec ses mains tout en murmurant des " N'importe quoiii ! " ou autre mot incompréhensible. Bien sûr qu'il y'a deux ans, la chose aurait était plus simple mais pour lui seulement. Sur le plan humain, est-ce qu'une fille aussi simple et jolie que cette femme aurait pu se confier à un minot sortant tout droit du bac à sable familial ? Certainement pas ! Là, Sean était beaucoup plus amen à écouter, comprendre et peut être même aider cette jeune fille. Enfin .. l'aider à sa manière. A coup de chocolat chaud et de paroles bien placées. Mais c'était tout de même lui rendre service. Il lui devait bien ça. Combien de fois cette femme l'avait, en quelques sortes aidé en lui donnant quelques pièces. C'était comme une forme de remerciement de l'aider aujourd'hui. Mais revenons donc au moment présent. Sean était donc embarrassé par la tristesse de cette jeune fille, mais ce qui l'embarrassait le plus, c'était le fait de devoir s’intéresser à cette fille. Oui, si il voulait l'aider, il allait devoir forcément lui demander ce qu'il s'était passé pour la mettre dans un tel état. Quelque part, ce simple fait de demander quelque chose qui est normalement censé être privé, le mettait mal à l'aise. D'habitude, ce sont ses clients qui se confiaient à lui, mais ça venait d'eux même, alors que là, c'était lui même qui devait jouer les psy pour essayer de la consoler. Ne serait-ce que pour lui retirer ses larmes qui gâchait la beauté de ses yeux marrons juste magnifique. D'ailleurs, Sean avait du mal à en décrocher de ces yeux. Bon, elle semblait quand même légèrement plus âgée que lui et de toute manière, le garçon chassa cette idée quand l'image d'Adrianna parvint au sommet de son crâne. Soudain, alors que Sean patientait depuis quelques instants en attendant une réponse de la belle brune, elle se mit d'abord à le remercier d'une voix tremblotante puis à s'excuser. Le blondinet se demanda d'abord pourquoi elle s'excuser alors qu'il n'y avait aucune raison avant de finalement répondre par un grand sourire à cette fille. Il remarqua à l'entente du mot café, qu'elle se mit à lorgner sur Joe et son stand ambulant. Sean connaissait Joe depuis qu'il avait élu la place Bellefontaine comme quartier général. C'est tout naturellement que la rencontre entre les deux se fit. Depuis ce jour, les deux " partenaires de galère " comme il aime a s'appeler, sont devenus de bon "potes". Comme quoi, dans la galère, qui se ressemble, s'assemble ! Elle demanda donc à Sean " un lait chaud avec du miel dedans " . Sur le coup, le blondinet fut un peu surpris. Il n'avait jamais entendu, ni vue le nom de cette boisson et pourtant dieu sait combien de starbucks ou de café il avait fréquenté depuis son arrivé à Lima. Mais un lait chaud avec du miel, après tout ... why not ? Sean se mit donc au cotés de la jeune fille et d'une voix rassurante, lui dit. « Oh non, faut pas vous excusez mademoiselle, c'est tout à fait normal. Vous m'avez fait peur. Ca faisait un moment que ne bougiez plus, ça m'inquiétait et apparemment, j'ai bien fait de venir parce que sinon, vous auriez pu rester là longtemps ... La mentalité des gens de nos jours m'étonne de plus en plus, mais bon, passons ! Gardez mon manteau, il vous tiendra le chaud le temps que j'aille chercher votre boisson. Vous savez, faut que je vous dise, y'a deux secondes, je n'avais jamais entendu le nom de " lait chaud avec du miel ". Aha, mais bon y'a un début à tout ! Bougez pas je reviens. » Le jeune homme se précipita donc vers le stand à Joe. Il lui commanda brièvement une boisson que le serveur s'empressa de lui donner, Sean ayant précisé le besoin urgent de la chose. Le garçon revint le plus rapidement possible, tout en esquivant les passants, vers la jeune fille. Il lui tendit la dite boisson, s'assied à ses côtés et tout en se frottant les mains pour se réchauffer fit « Voilà, pour vous. Un bon lait chaud avec du miel et les compliments du chef ! Si c'est pas le bonheur ça ... Au fait, je m'appelle Sean ! » Le jeune garçon hésita un moment puis finalement, se jeta à l'eau, tremblotant de timidité. « Dites, je ne voudrais pas me mêler de ce qui me regarde pas, mais ... pourriez vous me dire ce qui vous as mis dans un tel état ? Je pense que ça peut vous faire .. du bien de parler un peu, vous ne pensez pas ? » Sean se sentait maintenant gêné d'avoir posé une question aussi indiscrète. Maintenant, ses tremblements s'intensifiait un peu plus. Il n'était pas sûr de la réaction de cette fille, mais au moins, il aurait fait son possible pour l'aider.
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MessageSujet: Re: 03. Where I deserve to be   03. Where I deserve to be EmptyDim 28 Oct - 20:07

La gentillesse dont le jeune homme faisait preuve semblait inépuisable. De toute évidence, vivre dans la rue et être confronté jour après jour à l’indifférence et à la pauvreté l’avait rendu plus que généreux. En se précipitant pour lui venir en aide, Sean venait de prouver qu’il était plus soucieux du bonheur d’autrui que n’importe quel autre passant qui était dans la rue à ce moment précis, et pourtant, il faisait partie de ceux qui avaient le plus besoin d’aide. On était en plein hiver, il faisait un froid glacial et pourtant, il était dehors, à jouer de la guitare pour avoir quelques pièces afin de se nourrir. Christabella ignorait où il passait ses nuits. Probablement dans un centre pour les sans-abri, quand il avait de la chance, mais il y avait des nuits où il devait dormir à la belle étoile. Mangeait-il à sa faim ? Et quand il tombait malade, avait-il la possibilité de se soigner ? Et s’il avait besoin de nouveaux vêtements ? Comparé à lui, tous ces gens qui passaient à côté d’eux sans leur lancer autre chose qu’un vague regard avaient beaucoup, beaucoup de chance. Ils avaient d’épais manteaux et de grosses écharpes pour les protéger du froid, et ils avaient un toit au-dessus de leur tête pour les protéger de la pluie, et des murs pour lutter contre le vent, et s’ils attrapaient un rhume, ils pouvaient aller chez le médecin se faire prescrire des médicaments. Ce jeune joueur de guitare, lui, qu’avait-il ? Et pourtant, il était là, penché vers elle, il lui avait prêté son manteau et il lui proposait gentiment de lui offrir une boisson chaude afin de la réconforter. Voilà une belle leçon sur la vraie nature des gens. Les mieux nantis n’étaient pas forcément les plus généreux. Sean avait bien raison.
Lorsqu’il se précipita pour aller lui chercher son lait chaud, Christabella fixa son dos, alors qu’il trépignait sur place en attendant qu’on le serve. Il n’avait pas hésité une seule seconde. Etait-ce parce que, plusieurs fois déjà, Christa lui avait donné un peu d’argent en passant devant lui ? Parce qu’elle avait toujours un sourire à lui offrir, un peu de considération alors que la majorité des gens lui jetaient, au mieux, leur indifférence au visage, au pire, leur agressivité parce qu’il avait l’audace d’embellir le monde avec un peu de musique ? Se sentait-il obligé de lui rendre la pareille ? Non, ce n’était pas ça. Il était doté d’une âme généreuse, tout simplement. Lorsqu’il revint vers elle, elle ôta une de ses moufles et se saisit du gobelet en carton en esquissant un faible sourire. « Merci. » murmura-t-elle en serrant le gobelet entre ses doigts engourdis. La chaleur qui transperçait le carton lui brûlait les doigts, mais c’était pourtant très agréable.

Lorsqu’il lui posa la question, à savoir « pourquoi pleurait-elle comme une fontaine en plein milieu de la rue », Christabella n’eut même pas la force de se crisper ou de réagir. Elle se contenta de fixer la surface blanche de son lait, où le miel provoquait de légers tourbillons en se mélangeant au liquide. Un silence lourd s’installa, et Christabella savait qu’elle allait devoir le briser. Du coin de l’œil, elle se rendit compte que Sean tremblait, probablement à cause du froid. Elle fixa les mains du garçon, qu’il frottait l’une contre l’autre, et fit glisser le manteau qu’il avait posé sur ses épaules pour le lui tendre. « C’est gentil, mais tu en as plus besoin que moi, je crois. » Puis, consciente qu’elle ne pouvait pas laisser sa question sans réponse, elle se résolut à lui répondre. Pour se donner une contenance et calmer ses nerfs déjà bien éprouvés, elle but une longue gorgée de lait, et une chaleur bienfaisante se répandit dans sa poitrine, allégeant légèrement son chagrin et éclaircissant ses idées embrouillées. Son regard se posa sur le carton ouvert, qui contenait l’écrin et la broche que sa cadette lui avait renvoyée. Ce devait être un cadeau, certes modeste, mais plein d’amour, d’une sœur à une autre. Est-ce que leur mère avait vu le présent, et obligé sa petite dernière à le renvoyer, peu désireuse que ses enfants aient le moindre contact avec celle qu’elle avait répudié ? Ou bien la petite sœur de Christabella partageait-elle l’avis de ses parents ? Christa ne le saurait probablement jamais. Elle désigna le carton d’un mouvement du menton. « Ma petite sœur s’est mariée en automne. A l’époque, je n’étais pas certaine de pouvoir être présente pour l’évènement, alors je lui ai envoyé un petit cadeau. Mais elle me l’a renvoyé. » Après une nouvelle gorgée, elle reprit : « Mes parents m’ont mise à la porte en Septembre dernier. Et depuis, je n’ai plus de nouvelles. Du moins, je n’en avais pas… jusqu’à aujourd’hui. » Elle pinça les lèvres et baissa les yeux, ne pouvant retenir un petit sourire amer. « Au moins, le message est clair. »

Pour sûr, le message était on ne peut plus clair. Et soudain, Christabella ne put se retenir. « Mes parents sont des gens conservateurs. Pour eux, la place de la femme est à la maison. Toute mon enfance, je l’ai passé à faire des corvées et à apprendre comment tenir une maison. Je n’avais pas le droit de lire autre chose que la Bible et mes manuels scolaires, et je n’avais pas le droit de regarder la télévision. Je n’avais même pas le droit de me regarder dans le miroir, parce que c’est une preuve de vanité. Mes parents ne voulaient pas que j’aille au lycée. Ils voulaient que je me marie à 16 ans, comme ma petite sœur vient de le faire. Mais moi, je voulais étudier, alors je suis entrée au lycée, puis à l’université, et j’ai même eu un petit ami. Mes parents désapprouvaient mes choix, et quand ils ont su que j’étais sortie avec un garçon, ils ont dit que je n’étais qu’une trainée, que je me roulais dans le vice, et ils m’ont jetée dehors. » La jeune femme reprit son souffle, et essuya de nouvelles larmes avant de dissimuler ses lèvres tremblantes derrière sa tasse de lait chaud.


Dernière édition par Christabella A. Gillespie le Mar 5 Fév - 14:52, édité 1 fois
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03. Where I deserve to be Empty
MessageSujet: Re: 03. Where I deserve to be   03. Where I deserve to be EmptyDim 9 Déc - 18:11

La température dehors était de plus en plus fraîche et il faut dire que Sean avait de plus en plus de mal à se réchauffer par le biais de ses mains. Le souffle glacial du vent dans son cou le fit frissonner une énième fois et, comme si ça ne suffisait pas, il remarqua deux trous dans ses chaussures déjà bien abîmés. Depuis plusieurs jours déjà, le garçon se demandait comment il allait bien pouvoir survivre à l'hiver qui venait de s'installer en ville. Ses chaussures ne ressemblaient plus vraiment à des chaussures, son blouson en cuir était totalement perméable et le peu d'affaires qui lui restait n'étaient en aucun cas faite pour affronter le froid. Comble du comble, pour pouvoir s'acheter de nouvelles affaires, il fallait bien qu'il gagne des sous et gagner des sous revenait donc à sortit ses petites fesses dehors pour braver le froid. En pensant à tout ces petits détails importants, il soupira pour laisser s'échapper cette espèce de fumée qui indique que vous êtes totalement congelé. Pourtant, malgré tout ses problèmes, Sean ne désespérait pas. Il ne vaut mieux pas se laisser abattre quand tu vis dans la rue, sinon, tu prend le risque de craquer et ça, il ne le souhaitait pas. Quand il se rendit compte de la mine qu'il arborait face à son interlocutrice, il secoua la tête, comme pour se changer les idées mais fut interrompu par cette dernière, qui, justement, lui redonna le blouson que Sean lui avait prêté pour qu'elle se protège du froid. Le garçon resta muet quelques instants avant de finalement remercier par un signe de tête et un sourire la jeune fille. A ce moment là, Sean eu un peu honte d'accepter quelque chose qu'il venait de prêter, mais là, il n'était vraiment pas en état pour refuser ce présent. Cette fille avait vraiment le cœur sur la main, et ça, Sean l'avait remarqué depuis la toute première fois où les deux s'étaient croisés. Sans même le connaître et tout en écoutant attentivement la musique qu'il produisait, elle lui donna généreusement quelques pièces ainsi qu'un sourire et, pour le garçon, rien n'était plus beau qu'un sourire. Pour lui, donner un sourire ou un peu de sa bonne humeur a autrui était comme si vous lui donniez de l'argent et il était évident qu'il préférait largement de la considération qu'à de la monnaie. Même si l'argent était devenu inévitable et nécessaire pour sa survie, la reconnaissance et la considération des personnes de Lima ou d'ailleurs étaient devenus vitale. Comment être heureux quand on ne reconnaît pas nôtre travail ? Tout ce boulot que l'on a pu faire pour faire plaisir au autres ? Ce n'était pas possible pour lui. Et ça, dès qu'il avait croisé le regard de cette jeune fille, il l'avait tout de suite sentit. Cette reconnaissance ou du moins, cette gentillesse dont elle était dotée n'était pas passé inaperçu chez le jeune homme. Peut-être pouvait-il se tromper, mais en tout cas, ce qui était sûr, c'est que cette jeune fille avait l'oreille musicale. Les fois où elles avaient généreusement donné de l'argent pour Sean, il l'avait aperçu en train de fredonner les paroles en même temps que lui, et ça, peut de gens le faisaient.


Cette fille lui faisait de la peine. Quand elle se mit à répondre à la question que le petit blondinet lui avait posé il y'a quelques instants, Sean n'arrêta pas de la fixer tout au long de son récit. On peut dire que sa famille ne l'avait pas épargnée... Sean savait à quel point certaines familles pouvait-être si conformiste, si rigoureuse sur les règles, mais au point de jeter dehors sa propre fille parce qu'elle a tout simplement voulu vivre sa vie, ça, il ne le comprenait pas. Une famille, reste une famille et même si celle-ci a était blessé par l'attitude de leur fille, ils ne peuvent pas se permettre de la rejeter comme ça. Enfin, pour Sean du moins. Le garçon voulait de tout cœur trouver les mots pour pouvoir la consoler, mais sur le moment, rien ne vint. Il n'avait pas vécu cette situation. Lui, au contraire, il avait quitté le domicile familial a cause de ses parents et sur une violente dispute, ce qui était totalement l'inverse de cette demoiselle. Malgré cela, il ne pouvait se permettre de rester silencieux face aux larmes de cette dernière. Il n'avait peut-être pas vécu la même chose qu'elle, mais Sean comprenait cette jeune fille et la douleur qu'elle pouvait ressentir et si il ne trouvait pas les mots pour la consoler, il savait très bien quels moyens utiliser pour le faire.

« Oh ! Je suis vraiment désolé mademoiselle … Mais vous savez quoi ? Je pense que vous devriez être fière de vous. Au lieu de vous résigner à construire la vie que vos parents vous prédisiez, vous avez écouter votre cœur et avez suivi votre propre voie ! Pour moi, c'est un acte vachement courageux. Il fallait tout de même le faire sachant l'autorité de vos parents. Même moi, je ne sais pas si j'aurai pu faire ce choix. Franchement mademoiselle, vous m’impressionnez, de part votre générosité d'une part mais maintenant, aussi pour votre courage ! Alors, c'est sûr, votre famille vous rejette maintenant … Mais je pense qu'ils doivent être triste au fond d'eux-même de ne plus vous voir, et je suis sûr que vous leur manquez beaucoup, quoi qu'ils puissent en dire. Aujourd'hui, ne devriez vous pas être motivé par ce rejet ? Je veux dire … Imaginez dans un an, vous retournez les voir et leur montrez a quel point vous avez réussi votre vie. A ce moment-là, je pense qu'ils regretteront leurs choix. »

Sean, dans sa maladresse habituelle, se mit à rougir suite à ses paroles. Il avait était plutôt maladroit dans ses mots et s'en voulait. Afin de corriger rapidement le tir, le jeune homme se frotta les mains, empoigna sa guitare et monta sur le rebord de la fontaine, juste à coté de la jeune fille.

« Je suis vraiment désolé mademoiselle, je suis pas très bon dans les longs discours. Moi, mon truc, c'est plus la chanson. Les très peu de gens qui me côtoient, disent de moi que je redonne le sourire par le biais de mes chansons. Je n'aurais pas la prétention de dire si c'est vrai ou non, mais en tout cas, je vais tout faire pour que vous retrouviez votre jolie sourire. »

Sean entama alors les paroles d'une de ses chansons préférés : « Ironic, d'Alanis Morisette » dans l'espoir, comme à chaque fois, de retrouver le sourire de quelqu'un de plus dans ce monde, si injuste, parfois ...
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03. Where I deserve to be Empty
MessageSujet: Re: 03. Where I deserve to be   03. Where I deserve to be EmptyMar 5 Fév - 15:26

Évidemment, Sean était désolé, et cela ne surprit pas Christabella. Depuis le temps qu'elle le croisait dans la rue, elle avait fini par plus ou moins cerner le caractère du jeune homme. Il avait beau vivre dans la rue, dans des conditions précaires, il avait toujours eu le sourire aux lèvres. Pourtant, il devait avoir froid, être même gelée avec les températures glaciales qui s'étaient abattues sur Lima ces dernières semaines. Les jours où ils pleuvaient, il devait être trempé jusqu'au os. Et au contraire, quand il faisait une chaleur étouffante, et qu'il n'avait pas les moyens de s'offrir une boisson fraîche pour se désaltérer, ce devait être l'enfer pour lui. Et il gardait quand même le sourire. Ce n'était pas un sourire factice, le genre qui étire les lèvres mais ne remonte jamais jusqu'aux yeux. C'était un vrai sourire, et il l'adressait à tous ceux qui tournaient la tête vers lui. Il semblait toujours de bonne humeur, et d'un optimisme à toute épreuve. En se précipitant vers Christabella alors qu'ils ne se connaissaient même pas, il prouvait une nouvelle fois qu'il était d'une générosité immense. Christabella avait déjà vu ce genre de phénomènes, lorsqu'avec sa famille, ils faisaient du bénévolat auprès des plus démunis. Les pauvres, les sans-abris, pouvaient parfois être nettement plus généreux que ceux qui avaient un toit au dessus de leur tête, et un repas chaud trois fois par jour. Comme si le fait de ne rien avoir, les poussait à donner sans retenue. Alors que les gens qui avaient une vie confortable semblaient bien incapables de donner quoi que ce soit à ceux qui en avaient réellement besoin, comme le prouvaient les nombreuses personnes qui étaient passées près d'elle sans s'arrêter, alors qu'elle pleurait, recroquevillée sur le sol, ou tous ceux qui ignoraient ostensiblement Sean quand il chantait. Aussi, lorsqu'il s'exclama être désolé pour elle, Christa le crut sur parole. Il aurait dû être uniquement concentré sur sa propre existence de sans-abri, et au lieu de ça, il se sentait désolé pour une inconnue qui s'était simplement fait rejetée par sa famille. Et lui, sa famille, où était-elle ? Christabella ne pouvait nier qu'elle commençait à se sentir honteuse de se faire consoler par quelqu'un qui était nettement plus dans le besoin qu'elle. Elle n'avait pas à se plaindre. Elle avait un travail, un appartement, des amis qui prenaient soin d'elle, elle faisait des études et si le froid se faisait trop mordant, elle pouvait rentrer se mettre bien au chaud. Sean, lui, n'avait que sa veste pour se réchauffer. Mal à l'aise, Christabella garda les yeux rivés au sol.
Son sentiment de honte s'accentua quand Sean se mit à la réconforter du mieux qu'il pouvait. Certes, elle ne pouvait nier qu'elle s'était sentie plutôt fière de s'en sortir seule. C'était difficile, elle s'était retrouvée à la porte sans rien savoir de la vie, elle avait dû tout apprendre. Mais aujourd'hui, elle payait ses factures, avec son salaire, elle se débrouillait toute seule, comme une adulte. Et elle en était fière, oui. Si elle avait accepté de suivre la voie que ses parents avaient choisis pour elle, elle serait mariée, à l'heure qu'il est. Très probablement mère d'un, voir deux enfants. Elle n'aurait évidemment pas de travail, son boulot à elle étant de s'occuper de la maison et de ses enfants. Et son mari serait seul à prendre les décisions. Elle serait devenue une personne soumise, muette, même pas une femme à part entière puisqu'ayant l'interdiction de montrer sa féminité à un autre que son mari. La vie serait devenue insupportable. Mais Christabella s'y serait pliée. Au lieu de ça, elle était allée à l'université, avait décroché un diplôme, trouvé un petit boulot et elle vivait seule. Elle décidait seule de ce qu'elle allait faire de sa journée, et elle pouvait même rester au lit toute la journée, si ça lui chantait. Était-ce une forme de courage ? Christa n'avait jamais vraiment vu les choses sous cet angle, mais d'une certaine façon, Sean avait raison. Elle s'était dressée sans même s'en rendre compte contre l'opinion de ses parents. Elle avait été courageuse sans en avoir conscience. Cette pensée la laissa perplexe. Elle, courageuse ? En voilà une drôle d'idée. Elle ne s'était jamais considérée comme courageuse. Ni comme froussarde, d'ailleurs. Elle était juste Christabella.
La suite du discours de Sean lui laissa un nouveau goût d'amertume dans la bouche. Retourner voir sa famille pour se pavaner avec la vie qu'elle aurait choisi n'était pas du tout dans ses projets, et cela ne lui ressemblait pas du tout. De même, elle doutait sérieusement que ce soit le style de son père et de sa mère d'être tristes parce qu'ils avaient mis à la porte leur propre enfant. Elle les connaissait trop bien. Ses frères et sœurs la regrettaient peut-être, mais pas ses parents. Pas après la façon dont ils l'avaient traités.

Le nez baissé sur son lait chaud dont elle but une nouvelle gorgée, Christabella vit du coin de l'oeil que Sean s'était levé, et qu'il s'était perché sur le rebord de la fontaine, sa guitare à la main,et qu'il entamait les premières notes d'une chanson d'Alanis Morisette. La jeune femme le fixa sans réagir, les yeux encore rouges et gonflés, des larmes accrochées aux cils. La voix du jeune homme était particulièrement douce, et il s'attirait quelques regards déjà. Des passants lui jetaient un coup d'oeil sans s'arrêter, d'autres ralentissaient avant de repartir, et quelques-uns, mais ce fut rare, s'arrêtèrent pour l'écouter. Et alors, Sean entama le refrain, sans fausses notes, et Christabella sécha ses yeux humides. Il fallut un autre couplet pour qu'elle finisse par se lever, mais elle ne grimpa pas sur le rebord de la fontaine. Elle se contenta de se laisser porter par la musique, et joignit sa voix à celle de Sean.

« Well life has a funny way of sneaking up on you
When you think everything's okay and everything's going right
And life has a funny way of helping you out when
You think everything's gone wrong and everything blows up
In your face

A traffic jam when you're already late
A no-smoking sign on your cigarette break
It's like ten thousand spoons when all you need is a knife
It's meeting the man of my dreams
And then meeting his beautiful wife
And isn't it ironic... don't you think
A little too ironic... and yeah I really do think...
 »

Elle ne remarqua pas que le refrain attira encore plus de monde, qui les fixaient tous les deux, Sean sa guitare à la main et debout sur le rebord de la fontaine, elle son gobelet à la main et les yeux rougies par ses larmes. Et lorsqu'elle entama les dernières paroles avant de laisser sa voix s'éteindre, tous applaudirent. Alors Christabella nota que dans le carton qu'elle avait posé par terre, des pièces et même quelques billets avaient été déposés, recouvrant la broche dont sa petite sœur n'avait pas voulu. Alors que la foule se dispersait, la jeune femme sourit.
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