Choriste du mois


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 04. If you stayed over

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MessageSujet: 04. If you stayed over   04. If you stayed over EmptyMar 5 Juin - 18:37

Appuyé contre le comptoir de sa cuisine Wyatt regardait par la fenêtre d’un air absent en attendant que le café ait fini de couler. L’odeur des grains moulus embaumait la pièce mais son esprit était ailleurs et il ne profitait pas autant que d’habitude de ce rituel quotidien qu’il répétait avec délice chaque jour en rentrant du cabinet. Sept heure allaient bientôt sonner à l’église voisine, il s’était déjà douché pour réchauffer son corps transi de froid après la marche brève qui séparait le cabinet de son appartement. Après une demi-heure d’exercice pour entretenir sa musculature fine, il avait enfilé un vieux jean et le sweat de son ancienne confrérie et s’apprêtait à s’effondrer sur le canapé en cuir du salon pour lire le roman policier qu’il avait entamé en début de semaine. Peu de personnes avaient le privilège de voir le médecin dans cet état. Lui qui s’assurait de toujours faire bonne figure en public, habillé avec élégance, maintenant une posture impeccable, il était difficile de l’imaginer affalé entre deux coussins dans de vieux vêtements délavés et distendus, captivé par une intrigue de roman de gare. C’était son petit secret, ce qu’il ne faisait que sur son temps libre, dans l’intimité de son appartement, pour se changer les idées et s’évader. Seulement même pelotonné dans la chaleur de ses coussins, le jeune homme ne parvenait pas à se concentrer sur ce qu’il lisait. Pris d’un désintérêt profond pour tout, il n’avait pas réussi à se concentrer de toute la journée à cause de la nuit agitée qu’il avait eue. Glissant son marque page au début du chapitre qu’il avait essayé de lire, il laissa tomber le volume par terre, croisant les bras sur son visage pour bloquer la lumière pâle du soleil qui déjà déclinait. Deux cauchemars et voilà que rien n’allait plus. Même les idioties que le chef obstétrique de l’hôpital Sainte Rita avait débitées pour essayer de le recruter n’avait pas réussi à lui changer les idées. C’était idiot, mais ses rêves avaient toujours eu une importance primordiale et sans y voir quoi que ce soit de prémonitoire, il savait que son esprit tâchait par ce biais de lui faire voir ce qu’il avait dû manquer en étant éveillé. Il ne faisait que peu de cas des conseils de psychanalystes mais jamais il n’était passé outre les messages de son subconscient et souvent ses intuitions s’étaient révélées exactes. Après tout, n’avait-il pas rêvé d’être enchaîné à un banc d’église la semaine précédant la nouvelle de ses fiançailles futures avec la ginger supremacist choisie par ses parents ? Or cette nuit là, il avait rêvé de sa sœur. Il l’avait vue se tenir devant lui, souriante et sereine, mais lorsqu’il avait essayé de la prendre dans ses bras elle s’était évanouie dans les airs pour réapparaître plus jeune, tombant dans cette fosse à purin de la ferme qu’ils avaient visitée ensemble. Une fois encore il rêvait de cette chute qu’il ne parvenait pas à arrêter, il se savait coupable, il voulait la sauver mais elle était trop loin, il criait pour qu’elle revienne vers lui mais elle semblait incapable de bouger. Réveillé en sueur, pris de panique, il avait dû se tirer du lit pour boire un grand verre d’eau et retrouver son calme loin de la chaleur de ses draps. Dans son second rêve elle ne paraissait jamais, il la cherchait, courait en tous sens sans jamais la trouver, il entendait sa voix étouffée résonner dans l’immensité vide, mais il était incapable de savoir où elle se cachait, fouillant chaque recoin désolé jusqu’à en perdre haleine et s’effondrer avant d’entendre le son strident de son réveil.

Toute la journée il y avait pensé. Pourquoi ces rêves ? Pourquoi maintenant ? Pas de réel mystère pour le second, sa sœur lui manquait et il avait plus que jamais l’impression de l’avoir perdue. Cela faisait plus d’une semaine qu’il n’avait pas eu de nouvelles d’elle par quelque moyen que ce soit. En réalité, Wyatt avait plusieurs fois pensé à passer par le bureaux de la LPA pour l’inviter à prendre un café mais ses horaires impossibles au cabinet et les services rendus (mais monnayés) à l’hôpital remplissaient son emploi du temps. Il n’aurait manqué pour rien au monde les répétitions à la chorale, pas avec l’imminence d’une compétition qui s’annonçait plus que serrée. Il voulait aussi voir Charlie qui devenait de plus en plus indispensable. Force était de constater que la sœur qu’il adorait plus que tout n’avait plus de place dans son quotidien. Il n’aimait pas ce sentiment de distance qui s’était installé entre eux mais que pouvait-il y faire ? Avant il pouvait tout mettre sur le dos de Will. Il savait qu’elle était peiné par son attitude envers son beau-frère et ses critiques avaient mis un frein considérable à leur relation. Mais maintenant il ne pouvait plus se cacher derrière cet abruti fini pour expliquer leur séparation. Il avait déjà fait des efforts considérables pour ne pas critiquer son mari, que fallait-il qu’il fasse pour retrouver sa place privilégiée de petit-frère et confident ? Fut un temps il était le seul à tout savoir d’elle, à partager tous ses secrets, à la soutenir les yeux fermés quoi qu’elle puisse dire ou faire. Où étaient passés les longues discussions téléphoniques où ils refaisaient le monde ? Pourquoi avait-il l’impression d’être si loin d’elle quand il n’habitait plus qu’à quelques centaines de mètres de chez elle ? Est-ce que le lien entre eux était rompu ? Est-ce que sa nièce était devenu le seul intermédiaire qu’il ait avec Emma ? Elle était mariée depuis près de quatre mois et les choses s’étaient apaisée alors pourquoi ne revenait-elle pas vers lui ? Soupirant lourdement en gardant les paupières closes, Wyatt sentit son cœur se serrer, impuissant. Quel jour était-on ? Charlie était sûrement à ses répétitions dans l’annexe de l’église... Il pourrait peut-être lui faire la surprise de passer la prendre. Mais il ne savait pas à quelle heure ils pouvaient finir. Jamais sa directrice ne l’aurait laissé entrer, et l’attendre dans ce froid glacial n’était pas une option. Il pouvait toujours tenter sa chance et appeler Scott ou Samuel pour prendre un verre en ville. Attrapant le téléphone sur la table en se redressant sur un coude, il déverrouilla l’écran, le fixant d’un air vide avant de le laisser retomber sur le verre. Non, il n’avait pas envie de sortir. Encore quelques minutes et il trouverait bien la force de regarder un film. Juste quelques secondes de plus... Il referma les yeux et se laissa glisser sans effort dans un état de semi-conscience avant de s’endormir tout à fait.

Il faisait si sombre. Et cette musique entrecoupée de vibrations sonores était insupportable. Que pouvait-il bien se passer ? Ouvrant tout à coup les yeux, Wyatt se redressa brusquement pour mettre la main sur son téléphone. Trop tard, la messagerie venait de se mettre en marche. Depuis combien de temps s’était-il assoupi ? Pas si longtemps que ça à en croire l’horloge à droite de la télévision. Il frotta son visage avant de reprendre l’appareil pour constater avec effroi qu’il venait de manquer un appel de sa sœur. Décidément les dieux jouaient contre eux en ce moment. Composant rapidement le numéro de sa messagerie, le message qu’il y découvrit acheva de le tirer de sa torpeur. Comment ça elle allait arriver chez lui bientôt ? Son ton avait l’air plus inquiet que d’habitude... À moins qu’il ne se fasse des idées à force de se faire du souci à son sujet. Mais tout de même... Qu’avait-il pu se passer pour qu’elle décide tout à coup de venir le trouver après ce silence interminable ? Est-ce qu’elle avait senti comme lui l’absence pesante de son frère ? Ils n’avaient rien de jumeaux... Les espoirs de Wyatt étaient minces. Elle n’avait pas mentionné Ems dans son message mais peut-être que sa baby-sitter était indisponible pour la soirée et qu’il devrait prendre soin de sa nièce pendant qu’elle irait dîner avec son bouclé... En tout cas voilà de quoi résoudre la question de savoir ce qu’il ferait. Si elle venait jusqu’ici il pourrait lui proposer à dîner, ou au moins de rester boire quelque chose avant de partir rejoindre celui dont elle portait à présent le nom. Elle ne prendrait sûrement pas de bière mais il avait une bouteille de vin blanc chilien au réfrigérateur qui serait sûrement plus dans ses goûts. Elle ne pourrait pas lui refuser cette faveur. Se dressant sur ses pieds pour s’assurer que tout était propre et en ordre, il remit l’écharpe qui traînait toujours dans le placard de l’entrée autour d’un cintre, mit sa tasse vide dans le lave-vaisselle puis retourna s’asseoir au même endroit sans trouver de repos. Un sentiment d’impatience mêlé d’inquiétude battait dans ses veines, enfin il allait la voir, et il aurait l’occasion de lui parler seul à seul, sans personne pour les interrompre. Il lui demanderait. Il fallait qu’il lui demande. Est-ce qu’il n’était plus digne de sa confiance ? Est-ce qu’il devait se résigner à n’être plus qu’un individu comme les autres pour elle ? Le son de la sonnette dans l’entrée manqua stopper son cœur et il se dirigea comme une flèche à la porte pour l’ouvrir avec un sourire doux en découvrant sa sœur se tenir seule à la porte. «Ça faisait longtemps ‘Ma...» dit-il avec hésitation avant de la prendre dans ses bras.


Dernière édition par Wyatt Pillsbury le Mar 12 Juin - 0:45, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: 04. If you stayed over   04. If you stayed over EmptyJeu 7 Juin - 18:18

Assise au bord du lit conjugal, Emma posa ses deux coudes sur ses genoux et se prit la tête entre les mains, au bord des larmes. La dispute qui venait d’éclater semblait encore résonner dans la pièce, faisant bourdonner ses oreilles. Elle ne savait même plus comment tout ceci avait commencé, tout semblait si compliqué ces derniers temps qu’elle n’aurait su dire quel était le motif réel de leurs conflits. Ses longues heures supplémentaires passées à la LPA ? Le frère de la jeune femme qu’elle ne voyait plus à cause de cette stupide querelle entre Will et lui ? Était-ce son amitié avec Scott ? Sa rivalité avec Holly ? Une larme roula sur sa joue, et elle laissa ses paupières retomber devant ses yeux, comme pour résister à l'appel des autres larmes. Comment la situation avait-elle pu virer au cauchemar en l’espace de quelques jours à peine ? Elle se souvenait encore de cette soirée qu’elle avait passée en compagnie de son mari, des semaines plus tôt. L’une des plus belles soirées de toute sa vie. A ce moment-là, tout semblait idyllique, et pourtant c’était bel et bien au cours de cette fameuse soirée en amoureux que tout avait changé. Elle avait finalement cédé et accepté de concevoir un second enfant, ou du moins d’essayer. La nouvelle avait fait le bonheur de Will : il rêvait depuis des années de donner un petit frère ou une petite sœur à Emily, et cette envie s’était faite encore plus présente au cours de ces derniers mois. Il avait tenté de la convaincre par n’importe quel moyen, lui faisant même la promesse d’être à ses côtés pendant les neuf mois qui précéderaient la naissance de l’enfant, ces neuf mois qui faisaient si peur à la principale intéressée. Elle l’avait écoutée, puis s’était finalement faite à l’idée qu’il était temps de surmonter une nouvelle fois ses craintes. Après tout, ce ne serait que l’histoire de quelques mois : à côté des belles années qui les attendaient, ce n’était presque rien, n’est-ce pas ?

Seulement voilà, ils n’auraient jamais pu imaginer que cela prendrait tant de temps. Ils avaient vu un spécialiste, appliqué ses conseils à la lettre, et pourtant les tests de grossesses demeuraient négatifs en dépit de tous leurs efforts. Au fil des semaines, le doute s’était immiscé dans l’esprit de la conseillère d’orientation qui avait fini par imaginer que si elle ne tombait pas enceinte, c’est qu’il y avait une raison à cela. Peut-être qu’elle n’était tout simplement pas prête à avoir un nouvel enfant. Peut-être que c’était une mauvaise idée, en fin de compte. Elle n’avait osé partager ses doutes avec Will, de peur de le blesser, mais il avait semblé le comprendre de lui-même lorsqu’il avait vu sa motivation descendre en flèche du jour au lendemain. A partir de là, une certaine tension s’était installée entre elle, les éloignant naturellement l’un de l’autre. Emma faisait des efforts, essayait d’arranger les choses, mais ses tentatives semblaient vaines : à chaque fois qu’elle y mettait du sien, un nouveau conflit éclatait et la faisait douter. Un soupir franchit les lèvres de la jeune femme qui se redressa finalement avant de se résigner et de s’allonger sur son lit. Son regard vide se fixa sur le plafond, et elle posa une main sur son ventre qu’elle aurait souhaité plus arrondi. Elle savait que si elle était tombée enceinte plus tôt, toutes ces querelles n’auraient jamais existé. Au contraire, Will serait fou de joie et prendrait sûrement soin d’elle, comme il l’avait promis. Malheureusement, le sort s’acharnait contre eux, et il en était tout autre. Les derniers reproches de son époux lui revinrent à l’esprit, et elle se revoyait pleurer face à lui, tout en criant des mots qu’elle ne pensait même pas. La situation était chaotique, elle n’avait jamais vécu pareille détresse en plusieurs années de couple. Elle savait que ce n’était sûrement qu’une crise, typique de celles que tous les couples pouvaient avoir, surtout après tant d’années de vie commune. Seulement, ces disputes affaiblissaient son moral, et sa sensibilité à fleur de peau rongée par la nervosité ramenait les vieux démons du passé, ceux qu’elle pensait pourtant ne plus jamais revoir.

Emma cligna des yeux et écrasa une larme sur sa pommette. Elle devait faire quelque chose, elle ne pouvait pas rester ainsi. Elle n’était même pas certaine de vouloir passer la nuit dans cette chambre et faire comme si tout allait bien alors que les larmes viendraient baigner ses grands yeux bruns à la minute même où Will éteindrait la lumière. Si seulement elle pouvait oublier sa peine ; si seulement elle était capable d’aller le voir, de s’accrocher à son cou, et d’agir comme une épouse comblée. Elle secoua lentement la tête, affligée par toute cette situation qu’elle haïssait. Elle finit néanmoins par sortir de sa torpeur et attrapa son portable dans la poche de sa jupe. Faisant défiler le répertoire devant ses yeux, elle plissa les yeux lorsque le dernier nom s’afficha. Wyatt. Cela faisait des jours qu’elle ne l’avait pas vu, et le manque engendré par cette absence se faisait de plus en plus ressentir. Fronçant les sourcils, elle se mordit la lèvre et hésita une seconde avant de presser son doigt contre l'écran tactile et de porter le portable à son oreille. Après plusieurs sonneries, elle tomba sur le répondeur et la voix charmante de son frère cadet qui parvint à lui redonner le sourire. Lorsque le sempiternel « bip » se fit entendre à la fin du message vocal, elle s’éclaircit la voix et se lança. « Hm, bonsoir Wyatt. Je… je suis désolée de t’appeler à cette heure-ci, mais j’ai besoin de te parler ». Elle s’interrompit une seconde, un laps de temps suffisant pour qu’elle prenne sa décision. « Je suis sur le point de quitter l’appartement, je serai chez toi dans une quinzaine de minutes, en espérant que tu n’avais rien de prévu ce soir. Dans le cas contraire, je te promets de ne pas t’embêter trop longtemps. A tout à l’heure ».

Elle raccrocha et, glissant son portable dans sa poche, se releva. Heureusement pour elle, Emily était déjà couchée et ne poserait pas de questions si elle s'absentait. Quant à Will… eh bien, elle aviserait. Se dirigeant vers la salle de bain, elle jeta un coup d’œil à son reflet. Ses cheveux étant légèrement plus ébouriffés qu’à l’accoutumée, elle passa une main dans les mèches rousses afin de les remettre en place. Ses yeux rouges et bouffis la dévisageaient toujours dans le miroir, mais elle trouverait bien une excuse pour justifier cet état. Tournant les talons, elle attrapa son sac dans la chambre et rejoignit le salon. Will était assis sur le sofa, et bien que son regard soit fixé sur l’écran de télévision, il semblait ailleurs, bien loin des joueurs de football américains qui se démenaient sur le terrain. « Will ? » Dit-elle d’une voix légère afin de capter son attention. Il tourna rapidement son regard vers elle et elle sentit son cœur se serrer. Résistant à l’envie de le rejoindre dans le sofa et ainsi enterrer la hache de guerre, elle se mordit encore la lèvre d’un air embarrassé. « Je vais chez Wyatt » Annonça-t-elle, sans parvenir à esquisser le moindre sourire. Il acquiesça, et elle se retourna afin d’attraper son manteau qu’elle enfila rapidement avant de quitter l'appartement.

L'immeuble de Wyatt se trouvant à quelques kilomètres seulement du sien, le trajet fut de courte durée et une dizaine de minutes plus tard elle se trouvait face à la porte de l’appartement de son frère. Elle hésita un moment, le poing levé vers celle-ci. Elle savait qu’elle ne pouvait pas tout dire à Wyatt, qu’elle ne pourrait se confier qu’à moitié. Rien que la mention d’un second enfant parviendrait à la mettre en rogne, or elle avait eu son quota de disputes pour la semaine. Elle devrait donc choisir les informations qu’elle divulguerait avec précaution. Après une dernière seconde d’hésitation, elle frappa à la porte et attrapa son flacon de gel désinfectant pour les mains en attendant sa réponse ; le seul fait d’avoir posé sa main contre cette porte suffisait à la faire frissonner. Lorsque son petit frère apparut derrière la porte, elle venait de ranger le produit dans son sac et se frottait encore les mains avec frénésie. L’image de Wyatt parvint à l'arrêter et quand il vint la prendre dans ses bras après avoir prononcé quelques paroles qui réanimèrent la culpabilité de la sœur ainée, elle enfouit son visage dans son cou, s’accrochant à l’une des personnes qu’elle aimait le plus au Monde.

Elle resta de longues secondes dans cette position, résistant à l’appel des larmes qui menaçaient une nouvelle fois d’affluer. Malheureusement, elle finit par se dégager de son étreinte et plongea son regard dans le sien. Esquissant un maigre sourire, elle lui prit la main avec légèreté. « Ça me fait plaisir de te voir, Wyatt ». Lâchant sa main à contre cœur, elle pénétra dans l’appartement et traversa le couloir qui déboucha sur le vaste salon. Ses yeux se posèrent sur chaque parcelle de la pièce, appréciant l’aménagement de celle-ci et le goût de son petit frère en matière de décoration. Elle se retourna d’ailleurs vers lui après quelques secondes silencieuses, et détailla sa tenue décontractée qui contrastait tant avec les costumes qu’il adorait porter. « Je ne te dérange pas, j’espère ? Je suis vraiment désolée si c’est le cas, ce n’était pas mon intention » S’excusa-t-elle, penaude. Posant ses doigts sur son visage, elle se frotta légèrement les yeux qui trahissaient la fatigue qu’elle avait accumulée ces derniers jours. Si elle avait été en présence d’une autre personne, elle aurait été gênée de se montrer dans un tel état, mais avec Wyatt c’était différent. Après tout, il avait été confronté à pire que ça, il était son frère et avait passé toute son enfance avec elle.

Elle détourna néanmoins le regard, plus honteuse qu'elle n'osait l'admettre, et s’avança au hasard vers la table de la salle à manger, située un peu plus loin. Posant une main sur l’une des chaises lui faisant face, ses grands yeux bruns se posèrent sur la longue table alors qu’un détail attirait déjà son attention. Au bord de celle-ci, un mince filet de poussière recouvrait la surface lisse. Wyatt était pourtant très soigneux et s’il n’était pas maniaque, il aimait que tout soit en ordre. Mais ce ne fut pas tant la surprise qui envahit la jeune femme, car au moment où son regard avait croisé cette image, la panique l’avait envahie et son obsession était revenue à la charge, ne lui laissant aucun répit. Ses poings se serrèrent automatiquement, sa respiration se faisant lourde tandis que son cœur tambourinait déjà contre sa poitrine. Une nouvelle larme glissa sur sa pommette et en quelques secondes à peine, elle fondit en larmes, incapable de se retenir en dépit de la présence de son petit frère dans son dos.
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MessageSujet: Re: 04. If you stayed over   04. If you stayed over EmptySam 9 Juin - 10:50

À la seconde où il la vit, Wyatt sentit comme une petite décharge de bonheur et de soulagement, et ne put résister à l’envie de s’accrocher à elle pour sentir sa chaleur contre lui et s’assurer qu’il n’était pas encore assoupi sur son canapé à rêvasser. Il était simplement heureux de voir sa sœur se présenter seule chez lui pour parler, et ce malgré les accents tristes de sa voix sur sa messagerie. Rien qu’une seconde, rien que le temps de la tenir dans ses bras et de sentir son visage dans son cou, il ne dirait rien, pour ne pas prendre le risque de briser cet échange silencieux. Peut-être n’était-il plus son confident, et peut-être lui cachait-elle quelques choses qui ne le regardaient au fond sans doute pas, mais il n’avait pas tout à fait perdu le privilège tacite d’être là pour elle à n’importe quel moment. Lorsqu’il avait déménagé à Mansfield avec le reste du clan Pillsbury et que sa sœur aînée était restée derrière à Lima, le seul moyen qu’ils avaient trouvé pour rester proches et garder contact avait été le téléphone. Pas de brefs coups de fils pour savoir si tout allait bien des deux côtés du combiné, mais de longues discussion dont on savait seulement quand elles commençaient, où tout était passé en revue dans les moindres détails, où parfois le silence suffisait, le simple bruit de la respiration de l’autre, comme s’ils étaient assis ensemble sur un banc au soleil. Il regrettait un peu ces échanges interminables qui avaient cessé le jour où il avait plié bagage pour s’installer dans cet appartement à seulement quelques miles d’elle. Mais ce qu’il avait retenu de ces appels où il tenait encore à merveille son rang de confident, c’était les intonations de la voix de sa sœur. Il avait fini par en connaître les moindres inflexions, la plus petite nuance. Une voyelle qui traînait trop à la fin d’une phrase, des consonnes martelées, une manière plus enthousiaste que d’habitude de faire monter sa voix pour conclure une question ou au contraire un ton grave pour mettre un point. Il lisait dans ces détails, qui passaient inaperçus la plupart du temps, les humeurs de sa sœur aînée, ses tracas, ses secrets. Et cette fois-ci encore, il avait vite retrouvé ses habitudes pour sonder en profondeur ce message qui aurait pu paraître anodin s’il n’était pas devenu si rare. Quelque chose s’était sûrement passé chez elle. Probablement une dispute avec Will, ce qui eut pour effet de froisser d’abord le gynécologue qui se trouvait en fait bien heureux de pouvoir profiter de ce différend de couple pour retrouver son aînée préférée. Il ne résisterait pas longtemps à l’envie de l’interroger à ce sujet, et elle essaierait vraisemblablement d’esquiver la conversation, mais elle ne pourrait jamais tout à fait se défiler. Elle n’avait jamais été une très bonne menteuse. Les deux billes brunes qui vous fixaient droit dans les yeux trahissaient souvent ses pensées, et elle avait toujours une petite hésitation à parler quand elle tentait de fabuler. Emma était honnête et intègre, elle inspirait la confiance précisément parce qu’elle ne pouvait pas vous trahir, c’était inconcevable. Peut-être était-ce dans les gênes Pillsbury que de dire ce que l’on pense, toujours était-il que dans le domaine privé, la franchise de Wyatt et celle de sa sœur s’exprimaient de manière bien différentes. Tandis que le premier était parfois rude, comme il l’avait été avec Anna, lorsqu’on poussait à bout sa patience, il n’avait jamais vu Emma s’emporter, même quand il avait été odieux au sujet de William. Elle ne lui avait jamais crié dessus, n’avait jamais eu un mot plus haut que l’autre, elle avait toujours été douce, égale à elle-même, montrant pour toute réponse un air profondément attristé s’il allait trop loin avec ses critiques. Aujourd’hui c’était à lui de ne pas se montrer puéril et de passer outre son antipathie pour le directeur de chorale et écouter ce que sa sœur pourrait lui dire sans la faire fuir.

L’invitant à entrer, il constata la couleur un peu rouge de ses yeux bouffis de fatigue. Elle avait l’air épuisée. Encore plus épuisée que la dernière fois qu’il l’avait vue. Il la savait très occupée avec son association et son travail au lycée. Elle n’était pas du genre à compter ses heures ou à être avare de son temps avec ceux qui en avaient besoin, ou faisaient semblant d’en avoir besoin pour abuser de sa gentillesse. Une fois rentrée elle devait encore s’occuper de sa fille, de son mari, ménager du temps pour ses amis... Il avait beau être occupé au cabinet et à la chorale, le rythme de sa sœur lui imposait un profond respect et c’était sans doute d’elle qu’il tenait sa persévérance dans l’effort alors qu’il aurait pu se reposer sur ses acquis pour en faire le moins possible et se contenter de la médiocrité et des horaires de bureau traditionnels tout en s’en tirant avec un salaire indécent. Pressant tendrement sa main en retour, il remarqua sa rougeur inhabituelle qui contrastait avec la tiédeur de sa paume et cette subtile odeur de solution désinfectante à laquelle il s’était habitué à son contact. Elle n’avait pourtant eu aucune raison de s’en servir pour venir chez lui... Pas depuis qu’elle avait enfin trouvé une paix relative avec ses troubles en tout cas. Fronçant les sourcils, intrigué par ce comportement étrange tout autant que par le profond épuisement qu’il lisait sur ses traits alors qu’elle le regardait honteuse, et sans doute trop consciente de l’état alarmant dans lequel elle se présentait à lui. Il lui sourit malgré tout en la regardant parcourir la pièce du regard. En y réfléchissant bien, c’était peut-être la première fois qu’elle venait chez lui. Qu’elle prenait le temps d’entrer en tout cas. Le jeune homme fut soulagé d’avoir rangé ce qui dépassait avant l’arrivée de sa sœur. Sans être aussi méticuleux qu’elle, il aimait que les choses soient à leur place et que l’appartement soit toujours propre. «Tu ne me déranges jamais, ne raconte pas de bêtise.» dit-il avec un sourire encourageant pour essayer de chasser cet air préoccupé de son joli visage. «D’ailleurs j’ai quelque chose pour toi au frigo ! Ne bouge pas, je suis sûr que tu vas aimer. Je l’ai vue l’autre jour chez le caviste, et c’est vraiment une pure merveille. Il est sucré et léger en bouche sans perdre son caractère...» Laissant sa sœur derrière lui dans la salle à manger, il s’enfila dans la cuisine pour en tirer deux verres et attraper la bouteille de vin dans la porte du frigo. «Tu m’en diras des nou...» Lorsqu’il revint sur ses pas, il fut à deux doigts de lâcher la bouteille sous le choc. Sa sœur était en train de pleurer. Il s’était éloigné trente secondes tout au plus et elle fixait la table, les poings serrés, les épaules secouées de sanglots, incapable de retrouver son calme, le visage baigné de larmes.

Posant ce qu’il tenait encore dans les mains sur la table en toute hâte, il prit sa sœur dans ses bras en l’entourant de toute sa force pour la presser contre sa poitrine et étouffer ses sanglots dans son sweat bleu marine. «Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qu’il y a ? Emma calme toi, calme toi, ça va, ça va aller, je suis là, ça va aller.» Resserrant un peu plus son étreinte, il posa une main sur ses cheveux pour caresser doucement sa tête. «Ça va aller» murmura-t-il une fois de plus d’un ton doux. Il n’avait pas l’habitude de la voir aussi faible et il ne savait plus ce qui était le plus choquant de ses larmes qui coulaient sans retenue ou de leur cause inconnue. Elle avait beau être passée par des moments difficiles, et avoir eu plus de mal que lui à grandir et à faire toutes les expériences de l’adolescence et de l’âge adulte, entravée par sa maladie, elle avait toujours gardé son rang de grande sœur avec lui et rechignait un peu à se montrer dans toute sa fragilité. Wyatt était déstabilisé par ce comportement inattendu. C’était la première fois qu’il la voyait pleurer en vrai. Il l’avait déjà entendue pleurer au téléphone et avait mis sur le compte de la distance son impuissance, mais maintenant qu’elle était là, contre lui, que pouvait-il faire de plus ? Que pouvait-il faire pour faire cesser ses larmes ? S’écartant un peu d’elle, il passa ses mains sur ses joues pour essuyer les pleurs salés qui roulaient sur ses joues rosies et lui sourit avec un air profondément peiné trahissant son anéantissement face à cette situation inédite. «Ne pleure plus, s’il te plaît. Dis-moi ce qui ne va pas. Qu’est-ce qui s’est passé ? Est-ce que c’est... ?» Interrompant sa phrase, il ne voulait pas évoquer le nom de Will de peur d’entrer dans un accès de colère s’il s’avérait qu’il avait quelque chose à voir avec l’état présent de sa sœur. Ce ne serait pas la servir que de s’emporter contre son mari. Il fallait qu’il reste maître de lui malgré la panique qui le gagnait. S’il la braquait elle se sentirait sans doute trahie et se refermerait sur elle-même. Elle était venue trouver du réconfort auprès de lui, il était hors de question qu’il bafoue cette confiance à cause de son impulsivité. Glissant son pouce sur sa joue droite, il écarta une chaise de la table et la fit asseoir, en gardant sa main gauche pressée dans la sienne. «Tu veux le goûter ce vin chilien ? Rien qu’une gorgée d’accord ?» Ouvrant d’une main le bouchon de la bouteille entamée, il servit un fond de verre qu’il poussa vers la jolie rousse avec un sourire encourageant, incapable de rassembler ses idées pour la réconforter sans en savoir plus.
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MessageSujet: Re: 04. If you stayed over   04. If you stayed over EmptySam 16 Juin - 14:44

L’atmosphère qui régnait dans l’appartement de son petit frère était réconfortante, chaleureuse. Le parfum qui embaumait les pièces lui était familier, au même titre que la décoration intérieure qui collait tant aux goûts de Wyatt ; à la fois sobre et élégant, modeste et démesuré, un savant mélange de contrastes qui caractérisaient à merveille le cadet des Pillsbury. Tout était dans l’art de ne pas en faire trop, mais également dans celui de montrer à ses invités richesse et créativité. S’il y avait bien une personne qu’Emma pouvait se vanter de connaitre, il s’agissait bel et bien de son petit frère. Aussi étrange que cela puisse paraitre au regard de leurs conflits passés mais également de leurs personnalités radicalement opposées, le lien qui les unissait était plus puissant que la plupart des relations fraternelles. Il aurait été mentir que d’affirmer que tout avait toujours été aussi rose entre eux. Lorsqu’ils étaient jeunes, l’hyperactivité du plus jeune avait été source de nombreuses querelles, et synonyme de lourdes conséquences pour la plus âgée. Emma avait subi plus qu’elle n’avait vécu ces disputes qui éclataient fréquemment dans la demeure des Pillsbury. Elle le laissait faire à peu près tout ce qu’il voulait, jouant silencieusement le rôle de la victime lorsqu’il décidait de s’en prendre à elle sans raison apparente, sinon celle de s’amuser un peu et ainsi rompre l’ordre qu’il haïssait alors. Et si la sœur ainée tolérait cette attitude sans trop broncher, le mal qui la rongeait n’avait fait qu’accroitre par sa faute. Elle ne l’avait jamais reconnu en sa présence, c’était évident : elle aimait bien trop son frère en dépit de tout ce qu’il avait pu lui faire. Cependant, force était d’admettre que l’impatience de Wyatt avait eu des répercussions désastreuses, et qu’elle avait même été la cause principale de la phobie qui l’avait terrassée pendant de si nombreuses années.

Malgré tout ce qui avait pu se passer entre eux, l’amour qu’Emma portait à son petit frère ne connaissait pas de frontière. Ces derniers temps, elle avait volontairement pris ses distances avec lui, une décision douloureuse qu’elle avait néanmoins jugée nécessaire. Depuis qu’il était revenu à Lima, les tensions qui existaient déjà entre Will et lui avaient pris des proportions ahurissantes, à tel point que la jeune femme avait été plus ou moins amenée à les éloigner l’un de l’autre, et ainsi prendre du recul par rapport au comportement de son frère cadet. Elle savait qu’ils avaient tous les trois leurs torts dans cette histoire : Wyatt était trop dur vis-à-vis du professeur d’espagnol et manquait cruellement de confiance de ce dernier, Will se montrait trop méfiant, refusant catégoriquement toute intrusion du Pillsbury dans sa vie de famille, et de son côté, Emma n’avait pas la force nécessaire pour mettre un terme à cette situation complexe, et regrettait amèrement les confidences qu’elle avait faites à son frère des années plus tôt. Au cœur de ces conflits se trouvait Emily, qui à force de voir sa famille se déchirer pour des raisons qu’elle ignorait ou qui étaient hors de sa portée, s’en trouvait grandement perturbée. C’était surtout pour elle qu’Emma avait pris les décisions fâcheuses. Pour son équilibre et sa santé.

Dos à Wyatt, Emma se rappelait les phrases qu’il avait prononcées lorsqu’elle était entrée dans son appartement. Elle se doutait bien qu’il ne la rejetterait pas : il fallait être aveugle pour ne pas voir la détresse dans les grands yeux bruns, et il n’était pas du genre à ignorer sa souffrance. Wyatt l’avait toujours accueillie à bras ouverts. Il ne lui avait pas tourné le dos une seule fois dans sa vie, et il lui avait prouvé à de nombreuses reprises qu’il serait toujours à ses côté quand ça n’irait pas. Autrefois, il avait été son bourreau ; aujourd’hui, il était son confident et celui qui la protégeait le mieux. Il y avait quelque chose de réconfortant dans l’idée d’être aussi liée à un membre de sa famille : bien loin de pouvoir se targuer d’être proche de ses parents, Emma pouvait se consoler en se disant que son frère, lui, ne l’avait jamais laissée tomber et au contraire, la soutenait comme personne. C’était probablement la raison pour laquelle son nom s’était imposé à elle ce soir-là, la raison pour laquelle elle avait quitté son appartement pour rejoindre son frère. Elle ne pouvait peut-être pas tout lui dire, mais elle pouvait toutefois se confier en choisissant avec précaution les mots qu’elle emploierait.

Les mains crispés sur le bord de la chaise, Emma laissait les larmes rouler le long de ses joues, impuissante. Elle s’était fait la promesse de ne pas craquer face à son frère, et voilà qu’elle se trouvait dans l’incapacité de mettre un terme aux sanglots qui la secouaient de toutes parts. Ces derniers temps, sa vie si rangée semblait virer au désastre le plus complet. Tout le Monde pensait à tort que sa vie était parfaite, mais la perfection n’existait pas, pas même pour elle. La plupart du temps, elle était d’accord avec ses proches : son existence aurait difficilement pu être plus agréable et satisfaisante. Elle avait un mari qu’elle aimait plus que tout, une fille qui faisait son bonheur et sa fierté au quotidien ; son travail la rendait heureuse, elle exerçait une profession qui lui plaisait en plus d’être à la tête d’une association qui sonnait comme le plus grand accomplissement de sa carrière. Elle comptait parmi son entourage de nombreux proches, comblait le manque cruel d’affection maternelle par une relation fusionnelle avec un frère qu’elle chérissait. Elle avait à peu près tout pour être heureuse, jusqu’à ce que la nervosité fasse d’elle la victime de ses maux d’autrefois ; jusqu’à ce que les disputes se succèdent, et que les solutions disparaissent.

La main de Wyatt se posa sur son épaule, la faisant frissonner, et elle se retourna afin d’accepter l’étreinte qu’il lui offrait. Nouant ses bras autour de sa taille, elle enfouit son visage baigné de larmes dans son sweat, à hauteur de son torse. Les mots murmurés par son frère avaient quelque chose d’apaisant et pourtant, à mesure qu’il parlait, ses larmes se multipliaient. Elle sentit sa main sur ses cheveux et serra le poing derrière son dos. Elle avait honte : honte de se montrer sous ce jour, honte de ne pas être en mesure de contrôler toutes ces émotions qui la traversaient, et honte d’avoir laissé sa phobie se frayer un chemin jusqu’à elle. Pendant ces secondes qui semblaient s’étirer inlassablement, elle tenta à plusieurs reprises de se calmer, en vain. Ce ne fut que lorsqu’il la fit asseoir sur l’une des chaises positionnées autour de la table qu’elle riva le regard au sol tout en retrouvant peu à peu ses esprits. Elle avait été incapable de répondre aux interrogations de son frère, bien trop tourmentée par ses propres questions. L’encourageant, il lui proposa le vin chilien qu’il avait ramené et remplit très légèrement un verre qu’il lui présenta. Emma releva le menton et posa furtivement son regard sur son frère avant de le diriger vers le verre. Passant ses doigts tremblant sur ses yeux rougis, elle renifla doucement et attrapa de sa main libre le verre de son frère. « Merci » Fit-elle à voix basse en portant le vin à ses lèvres après l’avoir apprécié du regard. Emma n’était pas une grande experte en la matière, mais le goût de la boisson lui piqua légèrement la langue et eut quelque chose de réconfortant, sans qu’elle ne sache vraiment quoi.

« Merci » Répéta-t-elle une nouvelle fois en plaçant le verre sur la table. Elle se risqua à sourire, mais le résultat ne fut guère encourageant. Posant son coude sur le bord de la table, elle pressa son visage contre la paume de sa main tout en observant Wyatt d’un air peiné. « Je suis désolée, vraiment d-désolée ». Serrant la main de Wyatt dans la sienne, elle fuit son regard, trop penaude pour savoir l’affronter. « Je… je n’avais pas l’intention de t’offrir un tel spectacle, c’est pitoyable… ». Elle releva timidement le regard, serrant les mâchoires avant de s’éclaircir la voix afin de se donner le courage qui lui manquait cruellement. « Je crois qu’ils sont revenus… je crois que mes problèmes sont revenus. J’ai peur, Wyatt. Peur de tout perdre, peur de redevenir cette femme torturée. J’en ai assez de me battre, c’est trop dur… Je ne suis plus certaine d’en être capable ». Une larme s’échappa de son regard et s’écrasa sur sa joue. Ses doigts se resserrèrent sur les siens et elle prit une longue inspiration, que les sanglots perturbèrent. « C’est trop dur » Dit-elle à nouveau, abattue par cette révélation qu’elle n’avait jamais énoncée à voix haute, mais qui était pourtant évidente. « Et je suis fatiguée » Ajouta-t-elle après quelques secondes silencieuses. Se redressant, elle posa sa deuxième main sur celle de Wyatt. « Comment suis-je censée élever ma fille alors que je ne suis même pas capable de me prendre en main ? Et je donne tous ces conseils à ces jeunes, tous les jours, mais je n’en applique pas un seul. C’est tellement hypocrite… »
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MessageSujet: Re: 04. If you stayed over   04. If you stayed over EmptyMer 20 Juin - 21:53

Le désespoir de sa sœur aînée était d’autant plus cruel aux yeux de Wyatt qu’il le mettait face à son impuissance. Il ne savait pas qui blâmer, ne voulait pas attaquer à l’aveugle, n’osait pas s’imaginer coupable alors qu’elle acceptait si volontiers son étreinte. Son esprit ne trouvait pas le repos alors qu’il cherchait une solution mathématique à cette équation insoluble. Son cœur qui battait lentement dans sa poitrine se serrait à mesure qu’il redécouvrait ce visage chéri baigné de larmes, rougi par des pleurs qu’elle n’arrivait plus à cacher, tiraillé par la fatigue, tordu dans une grimace de dégoût d’elle-même si évident qu’il était pénible au jeune homme de soutenir cette vue. Elle qui était si paisible, si douce, si mature, quelle pouvait être la raison d’une telle violence ? Il aurait préféré qu’elle crie, qu’elle casse le verre, qu’elle claque quelques portes, qu’elle sorte de cette torpeur qui semblait paralyser son corps maigre et tremblant. La sensation de ses phalanges crispées dans son dos quelques secondes plus tôt, le bruit de sa respiration saccadée, elle évitait toujours de le regarder dans les yeux alors que ses iris vert sombre dans la lumière tamisée de l’appartement n’avaient de cesse que de la scruter. En réalité il aurait voulu la soustraire à sa vue tant il lui était difficile de supporter cet air malheureux que ses mots apaisants ne parvenaient pas à adoucir et qu’un fond de vin blanc ne suffirait pas à effacer. Mais elle était là, devant lui, et elle ne pourrait pas raccrocher le combiné pour cacher sa honte. Elle était sa grande sœur et en consumait certainement une forme de fierté. Elle ne se serait jamais abaissée à pleurer en sa présence, ni en la présence de personne. La jeune femme était plus forte que beaucoup. Elle était passée par tellement de choses. La vie n’avait pas été tendre avec elle, et lui non plus, loin de là. Les choses n’avaient pas toujours été faciles entre les deux enfants Pillsbury. Emma avait toujours été une petite fille discrète, timide sans doute, qui préférait subir en silence plutôt que de monter à l’assaut, tandis que lui avait été l’enfant roi. Le second enfant. Le petit dernier de la famille, adoré de ses parents, de ses oncles et tantes, de toute la clique des supremacists qui tournaient autour du clan Pillsbury. Il avait toujours bénéficié d’un traitement de faveur dont personne ne s’était caché. Il était l’héritier mâle, celui qui propagerait fièrement le nom de Pillsbury et qui prônerait les mêmes valeurs de supériorité et d’exception. Quel qu’ait été le méfait, tout était justifié pour lui, il n’avait découvert que tardivement la notion de culpabilité, trop occupé à vaquer d’une occupation à l’autre, consumant son enfance à grande vitesse, brûlant la chandelle par les deux bouts. Hyperactif, trop intelligent pour son propre bien, arrogant dès le plus jeune âge, il avait toujours eu en lui toute la confiance qu’Emma n’avait pas et avait su en jouer contre elle, l’écraser avec tout ce qu’elle n’avait pas. Il aimait sa sœur certes, mais elle était avant tout une cible de choix, toujours à portée de main, toujours à sa merci. Et personne pour l’en empêcher ou le contredire. Leur entente n’était venue que bien plus tard. Et ce n’était très certainement pas grâce aux conseils de la famille que les éternelles fraternelles s’étaient apaisées. Bien qu’il préférât ne pas évoquer cette longue enfance commune, les larmes d’Emma étaient aujourd’hui encore déclencheur d’une culpabilité à rebours, irrationnelle et injustifiée, qu’il ne réussissait pas à se pardonner. Si elle pleurait, c’était de sa faute. Il aurait dû être là pour elle, et lui éviter le tracas qui avait provoqué cet état.

Étirant ses lèvres en un sourire pincé en entendant ses excuses, il resserra ses doigts sur les siens alors que leurs paumes partageaient une chaleur familière rassurante. Elle essayait si fort de garder la tête haute et de ravaler son chagrin que la peine de Wyatt s’accroissait de seconde en seconde et ses traits fins se contractaient en une grimace de douleur qu’il ne parvenait pas à dissimuler. Il aurait voulu lui dire qu’il était là pour elle, qu’elle ne devait pleurer devant personne d’autre que lui, qu’il serait toujours là pour elle, un soutien indéfectible dans toutes les épreuves... Mais quelle valeur auraient ces mots dans la bouche de celui qui s’était opposé si violemment à son union avec celui qui était désormais son mari et ne semblait pas se soucier de savoir ce qui poussait sa femme à fuir le domicile familial pour se réfugier ailleurs et pleurer loin de son regard ? Sans doute moindre. Il l’avait trahie. Il s’était juré de tout faire pour son bonheur, de racheter ses erreurs passées en lui offrant pour le reste de ses jours un endroit où se ressourcer et où trouver du réconfort, et pourtant il n’avait pas su dépasser sa rancœur contre William et lui faire confiance. Les semaines qui avaient suivi le mariage avait été silencieuses. Douloureusement silencieuses. Ils n’avaient jamais eu l’occasion de reparler de tout ça en réalité. S’évitaient-ils ? Ou bien s’agissait-il simplement d’un hasard malheureux ? Il n’avait jamais eu l’occasion de se racheter une conduite, de lui prouver qu’il pouvait être moins immature, et qu’il avait été capable de digérer son mariage à un homme qu’il méprisait mais dont il ne dirait plus rien. Mais elle était là. En dépit de tout ce qu’il avait fait et dit, elle était là. Elle était venue le trouver lui, et pas un autre. Pas ses témoins ou amis, pas ses collègues, pas son mari, mais lui. Aussi fier soit-il d’avoir gardé pour elle une place précieuse, la situation n’en restait pas moins inconfortable et il n’était pas plus avancé quant à ce qu’il était censé dire ou faire. «Ne dis pas ça» souffla-t-il en détournant à son tour le regard pour fixer l’écran de télévision noir accroché au mur. «Je suis... content que tu sois venue me voir malgré tout.» Sa franchise serait sans doute dérangeante pour la jeune femme et ranimerait la crainte qu’elle avait peut-être fini par éprouver à son égard parce qu’elle trahissait cet égoïsme qui le caractérisait tant. Reposant ses pupilles sur ses cheveux roux qui tombaient devant son visage en dissimulant ses yeux bruns, il aurait voulu rajuster une mèche derrière ses oreilles, lui caresser la joue, lui donner plus que cette main qui tremblait sensiblement dans la sienne. Lui qui se vantait d’avoir les mains parfaitement immobiles et de pouvoir suturer comme personne, voilà qu’il se mettait à trembloter quand il aurait dû être plus fort que jamais. La rage se mêlait au chagrin, la rage de ne pas pouvoir agir, de ne pas savoir, de n’être qu’un soutien dérisoire, incapable de lui redonner un peu de courage et d’estime.

Lorsqu’elle prit à nouveau la parole, ses mots semblèrent fendre l’air comme une lame pour heurter le cadet de plein fouet. Le terme de “problèmes” aurait pu recouvrir n’importe quel sens, seulement pour Emma il n’y avait qu’une seule espèce de problèmes. Une espèce qui s’était éteinte à la naissance de sa fille. Un vieux démon dont Wyatt portait encore tout le poids de la responsabilité et pour lequel jamais il ne trouverait la paix. Un monstre sous le lit de la conseillère d’orientation, prêt à l’entraîner dans les ténèbres de la paranoïa à tout moment. Son dos se courbait à mesure qu’elle lui révélait l’étendue de ses craintes et le jeune homme ne put que s’affaler contre le dossier de sa chaise, le regard vide. Il fallait digérer la nouvelle. Il fallait qu’il se reprenne. Elle pouvait relever la tête à tout moment. Il ne devait pas lui montrer cet air horrifié. Le même air de panique qu’il avait eu enfant en découvrant sa sœur, les mains ravagées et presque en sang à force de se les laver encore et encore pour ôter l’odeur de la fosse dans laquelle il l’avait poussée parce qu’elle lui avait refusé l’attention qu’il exigeait. C’était de sa faute. C’était entièrement de sa faute. S’il n’avait pas été si égoïste, s’il ne s’était pas laissé emporter par son impatience, s’il n’avait pas été Wyatt en somme, elle n’aurait jamais eu à souffrir de la sorte. Ce n’était pas de la faute de William Schuester après tout. C’était de sa faute à lui. Et c’était à lui qu’elle était venue se confier. Et elle osait se traiter d’hypocrite... Lâchant le rebord de la table qu’il avait agrippé sans s’en rendre compte en l’écoutant, il passa sa main sur sa joue pour y essuyer une nouvelle larme qui allait mourir sur ses lèvres. «‘Ma...» chuchota-t-il impuissant en réajustant les mèches de cheveux qui barraient son visage. Il avait un temps voulu se spécialiser en psychiatrie, pour traiter les troubles obsessionnels comme ceux de sa sœur, mais au final son égoïsme l’avait emporté une fois de plus et il n’en avait fait qu’à sa tête en laissant derrière lui les démons d’Emma pour d’autres espaces intimes. «Arrête de te rabaisser !» gronda-t-il en fronçant les sourcils, se redressant pour se rapprocher d’elle et plonger son regard dans celui de sa sœur sans plus de détours. «Ce n’est pas de ta faute, tu le sais très bien. Tu es une mère formidable pour Emily, elle t’admire tellement, et tous ces élèves que tu aides et que tu as aidé ! Comment est-ce que tu peux encore douter de toi ? Tu es extraordinaire Emma. Tu es unique. Et tu es bien plus forte que tous ces idiots qui essaieront de te dire le contraire.» Attirant son visage au sien, il posa son front contre celui de la jeune femme et ferma les paupières en respirant doucement et profondément, comme pour lui imposer un rythme et l’aider à retrouver son calme. «Tu es capable d’accomplir n’importe quoi. Tu n’es pas seule, tu ne seras jamais seule, tu ne dois pas te battre seule.» Mêlant ses doigts aux siens, il sentait ses forces l’abandonner et frotta doucement son front contre le sien. « Je suis là moi...» Soupirant douloureusement en terminant sa phrase de manière presque inaudible, il savait qu’il était la principale raison de ses tortures passées et malgré la sincérité de ses paroles, elles étaient souillées de toute cette culpabilité dont il ne savait se défaire mais qu’il étoufferait pour elle, et qu’il aurait le temps de ressasser une autre fois, dans l’intimité de la solitude. «Alors ne t’excuse pas...»
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