Choriste du mois


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 04. A strong foe is better than a weak friend

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MessageSujet: 04. A strong foe is better than a weak friend   04. A strong foe is better than a weak friend EmptySam 9 Juin - 23:11

04. A strong foe is better than a weak friend N177ub_th 04. A strong foe is better than a weak friend Wjayhv

Etouffé par le silence pesant régnant dans la bibliothèque des médias, Gale ne laissait que les clics répétitifs de la souris entre ses doigts le distraire. Il n’y avait rien de vraiment réconfortant dans cet endroit, et pourtant, il s’y plaisait. Il suffisait de franchir le seuil de la porte pour comprendre qu’en ces lieux se tenait le royaume secret des jeunes étudiants en multimédias de l’université : le sol parqueté craquait sous les pieds des élèves, occupés à fureter dans les rayons remplis de vieux films ou en quête d’un précieux poste d’ordinateur. Dans le fond, une bibliothèque plus décorative qu’autre chose couvrait le mur—de toute sa scolarité, le jeune homme ne se souvenait pas avoir un jour aperçu un bouquin dans les parages—et le milieu de la salle était occupé de rangées d’ordinateurs. A l’image de ses petits camarades, le blondinet fixait inlassablement son écran, concentré. Personne à juger, personne pour le juger : cet étrange tableau lui convenait parfaitement.

Le jeune homme n’était pas vraiment d’un naturel à se lamenter. S’il pouvait taire ses problèmes et se murer dans un sempiternel mutisme, il le faisait. Mais dernièrement, un nuage de tracas n’avait cessé de s’accumuler au-dessus de sa tête, à tel point que ce n’était pas l’altruisme qui le faisait se taire, mais bien la colère. Amoureux des études, il n’avait jamais voué une haine contre le système scolaire comme en ce moment. Et pour cause : il allait injustement rater son semestre—et son année dans la foulée, il en était profondément convaincu. Le pire dans tout ça, c’est qu’il n’y avait personne—pas un seul coupable—à blâmer, et au final, c’était à la terre entière qu’il en voulait. Lui y compris.

Le plagiat dont il était la victime pour ce dossier de fin d’année était encore dur à avaler. Et l’indifférence avec laquelle les professeurs lui avaient fait comprendre qu’il devrait se débrouiller seul déconcertante. Jamais, ô grand jamais il ne pourrait fournir les efforts nécessaires à la confection d’un nouveau projet—à quelques semaines de l’échéance finale, il ne tentait même pas de s’en convaincre. C’était d’autant plus difficile à supporter que les enseignants semblaient prendre un malin plaisir à préciser, au moins à chaque cours, à quel point la note attribuée à ce travail était primordiale, comptant pour pas moins de 25 pour cent de leur moyenne—un détail lourd de conséquences pour son moral. Et fidèle à lui-même, il avait gardé tout ça pour lui.

Ca n’était pas tout à fait vrai : il en avait informé la dernière personne à laquelle il aurait cru pouvoir confier un secret. Madeleine Wild. Mais dans le cas de la jeune fille, c’était différent : il ne l’avait pas mise dans la confidence pour espérer sa pitié ou quoi que ce soit d’autre en retour—il ne voulait pas de tout ça. Il l’avait fait parce qu’il savait que justement la jeune femme n’essaierait pas de lui remonter le moral à coup d’excuses bidons ou de promesses miraculeuses en l’air. Tous les deux n’étaient pas vraiment amis, c’était un fait. Gale voyait plutôt sa camarade comme une rivale—s’envoyant des piques à tort et à travers, une certaine compétition s’était instaurée entre eux. C’était à celui qui ramassait les meilleures notes. Même s’il refusait de l’admettre, l’exercice était périlleux : bien souvent, ils s’en sortaient avec des notes identiques, les félicitations de leurs professeurs mais une mine défaite provocant l’incompréhension de leurs petits camarades.

Sa seule préoccupation du moment consistait à tuer des vagues de zombies dans un jeu préinstallé sur l’ordinateur dans l'unique espoir d’oublier, aussi longtemps que possible, que ce serait bientôt contre sa tempe qu’il aurait envie de braquer un fusil. Et sa tentative portait ses fruits : absorbé par sa partie, les seuls signes de vie qu’il laissait paraître étaient les clignements de ses yeux et sa langue pendouillant sur le coin de ses lèvres—il se confondait à merveille dans le décor. Pourtant, une ombre perturbatrice vint bientôt l’arracher à son occupation, et en constatant que celle-ci restait fixe, il se sentit observé et fut forcé de détourner son regard de son viseur. Un visage familier était tourné vers lui et il recula en plissant les yeux pour venir heurter le dossier de son siège. Face à lui se tenait Madeleine—c’était la seule fille qu’il côtoyait réellement dans le campus, il eut vite fait de la reconnaître—mais, presque étourdi, il ne trouva rien de mieux à faire que froncer les sourcils, muet.

« Wild, qu’est-ce que tu fiches ici ? », lâcha-t-il enfin d’une voix étouffée. Reprenant ses esprits, il se frotta les yeux hâtivement avant de couler un regard vers la fenêtre laissant apparaître un soleil de fin d’après-midi. Il se demandait depuis combien de temps il pouvait bien être là. Émergeant un peu plus au fil des secondes, il finit par percuter, et se rattrapa avant de laisser à la jeune femme l'occasion de répondre. « Ah, on devait se rejoindre ici. C’est vrai », ajouta-t-il platement tout en portant une main fébrile dans sa chevelure, signe manifeste de sa gêne. Être étourdi n’était pas dans ses habitudes, il était inquiet à l’idée que cela pût le devenir. « Mais tu sais quoi ? Laisse tomber », déclara-t-il avant de lâcher un soupir discret. Ce rendez-vous ne rimait à rien, il ne savait même pas pour quelle raison la jeune fille avait insisté à ce point : Lui prêter main forte pour faire un nouveau dossier, c’était carrément aller à l’encontre de leurs principes, non ? « Tu as sans doute mieux à faire et moi… » Il haussa les épaules avec une nonchalance manifeste et braqua de nouveau les yeux vers son écran. « Moi je vais continuer à descendre des zombies en attendant de repiquer mon année ».
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MessageSujet: Re: 04. A strong foe is better than a weak friend   04. A strong foe is better than a weak friend EmptyDim 10 Juin - 22:46

Assise au milieu d’une rangée à mi-chemin de l’amphithéâtre globalement déserté par des étudiants trop occupés à réviser à la bibliothèque des cours achetés aux anciens élèves pour les derniers examens du semestre, Madeleine luttait contre le sommeil pour suivre avec toute son âme ce cours d’économie du cinéma qui ne la passionnait pas le moins du monde. Pas de fête à la pension la veille pourtant, elle avait été en pleine forme le reste du temps, mais la puissance soporifique du dernier cours de la journée n’était pas à sous-estimer et elle dut poser son front dans le creux de sa main pour l’empêcher de heurter sans retenue le bois de la table. Le professeur dans son horrible costume en velours vert sombre gesticulait à grands renfort de cris dans son micro en frappant régulièrement l’écran de toile sur lequel était projeté son diaporama. Outre le fait de manifester son enthousiasme débordant pour la crise de la vente de DVD dans la région de Columbus, ce petit manège avait pour effet de réveiller son assemblée somnolente à intervalles réguliers. Non, vraiment, ce n’était pas sa matière préférée. Tous ces chiffres insensés qu’elle devait apprendre par cœur, ces concepts abscons qui ne faisaient sens que pour les matheux fous qui avaient réussi à s’immiscer dans l’administration pour prendre le contrôle du département et imposer à un auditoire massivement créatif, des cours de théorie aussi ennuyeux que la pluie, ça n’avait aucun intérêt. Elle aurait dix fois préféré avoir un cours supplémentaire sur l’histoire du cinéma ou n’importe quel autre sujet pourvu que ça ait une visée professionnelle ou artistique... Seulement les hautes autorités en avait décidé ainsi, et elle n’avait pas le pouvoir de s’y opposer. Elle aurait pu faire comme la majorité des étudiants et aller voir ailleurs si la neige ne tombait pas, mais ce n’était pas comme si elle avait le choix ! Elle n’avait pas pointé absente une seule fois, et avait signé religieusement chaque feuille d’émargement pour récolter les points bonus d’assiduité. Si elle s’en donnait les moyens, elle pouvait majorer dans cette matière et rabattre son caquet à son rival de toujours qui avait eu le malheur de la doubler d’un demi-point en philosophie.

Bien qu’ils en fussent à leur dernière année universitaire, la plupart de ses petits camarades étaient encore majoritairement à classer dans la catégorie “paumé” ou “touriste”, surfant sur la vague de popularité des artistes sur le campus, vendant des donuts au cinéma pour se faire un peu d’argent, bref, rien de bien transcendant. Mais il restait tout de même un peloton de tête de qualité, dans lequel il fallait compter ce maudit Gale Hemmens : un blondinet à gueule d’ange qui faisait les délices de tous les professeurs avec son talent un tantinet énervant. La jeune femme lui avait déclaré la guerre du jour où les premiers résultats étaient tombés et c’était un combat sans trêve depuis. Lui seul avait les capacités de la mettre dans des états pareils à la fac et son sérieux était d’autant plus frustrant qu’il ne semblait pas en profiter le moins du monde pour draguer les gourdes du dernier rang qui ne juraient pourtant que par lui dans les toilettes ou autour de la machine à café. Gale Hemmens avait cette aura de perfection silencieuse qui ne faisait qu’aiguillonner la compétitivité de Madeleine à chaque fois qu’une note tombait. Sentant ses paupières lourdes se fermer alors que son attention dérivait à des miles d’ici, elle se concentra une ultime fois pour recopier le contenu de la nouvelle diapositive. Ce n’étaient que quelques chiffres bon sang ! Si elle arrivait à rattraper son (très très) léger retard sur lui, la première place était à elle pour ce semestre. Scrutant la salle du regard, elle ne repéra pas sa tête de turc blonde du premier coup. Il était pourtant plutôt dans les premiers rangs d’ordinaire... Se redressant un peu au-dessus de sa table, elle se pencha vers l’avant en plissant davantage les yeux pour sonder chaque crâne qui s’offrait à elle, offrant au passage une vue directe sur son soutien-gorge à ce bon vieux professeur d’éco qui se racla bruyamment la gorge pour la rappeler à l’ordre. Se rasseyant sagement dans le fond de son strapontin inconfortable, l’étudiante resta immobile le temps que son professeur détourne les yeux et entreprit de se vriller en tous sens pour chercher à l’arrière. Il n’était pas là ! Le sale traître !

À présent parfaitement réveillée, Madeleine jeta un coup d’œil à sa montre. Il ne restait plus que quelques minutes avant la fin de son cours mais leur rendez-vous n’avait pas été fixé avant une demi heure, pause café oblige. Comment avait-il osé sécher un cours ? Elle lui avait servi un cessez-le-feu sur un plateau d’argent en lui proposant son aide et voilà comment il la remerciait ? En allant faire l’école buissonnière ? Elle était furieuse. Furieuse contre lui et surtout furieuse contre elle d’avoir mis de côté sa fierté pour aider un lâche. Quelques jours plus tôt alors qu’ils discutaient entre deux cours, Gale avait trouvé le moyen de lui larguer une bombe en pleine figure en lui annonçant qu’il ne rendrait rien pour le cours d’écriture de scénario parce qu’on lui avait volé son idée de projet et qu’il n’avait pas le temps de recommencer à moins d’une semaine de la deadline. Seulement ne rien rendre à un cours obligatoire qui avait un coefficient aussi décisif dans la moyenne équivalait à rater son semestre quoi qu’il arrive. Sous le choc, Madeleine n’avait rien trouvé de mieux à faire que d’éclater de rire devant l’incongruité de cette nouvelle. Elle savait que tous n’étaient pas clairs dans le milieu de la réalisation, mais de là à plagier quelqu’un de plus talentueux que soi pour glaner une note au-dessus de la moyenne, c’était du grand art. Si elle avait proposé un coup de main à son concurrent le plus sérieux ce n’était pas par pitié, et il le savait parfaitement. Elle n’était pas son amie. Il avait le duo Dwayne et Caleb pour lui servir d’escorte dans les couloirs de la fac. Elle était sa rivale. Rien de plus. Or en tant que rivale, elle ne supportait pas de gagner par élimination. Si elle était première cette fois, ce ne serait pas parce qu’il avait été victime d’un méfait. Hors de question. Sa fierté ne le tolèrerait pas.

Attrapant son sac d’une main et jetant sa caméra sur son épaule, la jeune femme sortit comme une furie de la salle à peine la sonnerie avait-elle retenti, pour foncer droit sur la bibliothèque multimédia. Entrant en faisant voler la porte, ce qui lui valut un regard noir de la responsable qui devait encore être en train de tchater sur facebook, elle se mit immédiatement en quête de sa proie dans les allées d’ordinateurs coupées de longues rangées de films classés selon une méthode unique qui interdisait à tout être humain de s’y retrouver. Lorsqu’enfin elle réussit à repérer le bon blond, elle s’approcha de lui, faisant claquer ses talons sur le parquet suivant une cadence lente, et son sang ne fit qu’un tour en apercevant les zombies qui défilaient sur son écran et qu’il massacrait à coup de clics hasardeux. Fulminant intérieurement, elle fit demi-tour pour se rendre de l’autre côté de l’allée et se planter face à lui de l’autre côté de son écran. Croisant les bras sous sa poitrine, elle fronça les sourcils en le dévisageant, attendant patiemment qu’il lève le nez de son jeu. Et lorsqu’il se décida enfin à remarquer sa présence, il ne trouva rien de mieux à faire que de l’interroger sur les raisons qui l’amenaient jusqu’à ce repère de geeks. «Tu te fous de moi ?» lâcha-t-elle dubitative et rageuse. De toute évidence oui. Son ton traînant et ses airs de victime résignée ne firent qu’aggraver la colère de Mad qui posa la sacoche contenant sa caméra sur la table pour attraper son livre d’histoire dans son sac. Prenant son plus beau sourire d’actrice, elle pencha la tête sur le côté. «Ah vraiment ?»

Elle leva le livre au-dessus de sa tête avant de l’abattre d’un coup sec sur celle de Gale qui avait repris son clic intensif en décidant de l’ignorer. «Je ne gagne pas par défaut Gale Hemmens. Alors tu vas me fermer ce truc idiot immédiatement avant que je ne m’énerve vraiment.» Poussant l’écran de devant elle avec le livre qu’elle tenait toujours fermement, prête à frapper, elle s’assit en face de lui et laissa son sac glisser sur ses genoux. «Qu’est-ce que tu fais là exactement ? Tu joues à quoi ? Et ne me répond pas à Zombie Slaughter 3.» ajouta-t-elle menaçante. «Quand j’ai dit que j’étais prête à t’aider à boucler en temps et en heure c’était pas pour que tu me dises que tu repiquais sans te battre.» Suffisamment loin de l’entrée, elle laissa sa voix s’emporter, trahissant l’étendue de sa déception face au comportement de l’étudiant. La justice n’avait rien à voir là dedans. Elle se moquait bien de savoir qui était responsable de tout ça ou même des sentiments du petit à ce sujet, si elle avait voulu s’intéresser aux sentiments des autres elle aurait fait psycho. Ce qui comptait c’était qu’il se remette en selle pour reprendre la compétition. «Je ne pensais pas que tu étais un loser Hemmens.» lui cracha-t-elle amère. «Un loser ne me bat pas en philosophie du cinéma, c’est mort. Alors au boulot !»
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MessageSujet: Re: 04. A strong foe is better than a weak friend   04. A strong foe is better than a weak friend EmptyVen 6 Juil - 22:29

Si la jeune femme flambait d’une colère noire Gale, lui, s’efforçait au calme avec une facilité déconcertante. D’ordinaire, ce genre d’animosité entre eux l’amusait, mais pas à cet instant. Toujours assis sur sa chaise, il se demandait plutôt pourquoi il n’arrivait pas à l’imiter et simplement céder à la colère de la sorte : c’était pourtant évident, il savait que cela n’aurait rien changé. Il connaissait suffisamment Madeleine pour la savoir impulsive ou capable de s’énerver pour un rien—or, lui ne l’était pas. Il n’avait pas envie de subir ses foudres une fois de plus, profondément convaincu que leur partenariat était d’une manière ou d’une autre voué à l’échec, et l’invita donc poliment à s’en aller tout en ressaisissant la souris pour continuer sa partie. Hélas, plus coriace que prévu, elle resta plantée face à lui et fureta dans son sac pour en extirper un objet que, du coin de l’œil, il reconnut comme étant un livre. Il n’eut pas le temps de lâcher l’écran du regard pour s’en assurer et sentit un coup violent s’abattre sur son crâne. Une douleur aigüe et lancinante ne tarda pas à s’éveiller. « Ouch ! » lâcha-t-il en gémissant sous le choc, tout en portant une main fébrile sur la zone d’impact. Rouvrant délicatement ses paupières, il grimaça à la vision de l’épais manuel dans les mains d’une Madeleine presque fière—cette idiote ne faisait vraiment pas dans la dentelle. Sans attendre, il la foudroya du regard, comme pour lui faire comprendre que ce n’était pas nécessaire et qu’il aurait peut-être même fini par céder si elle avait insisté. Mais non, elle n’était pas encline à privilégier les méthodes douces, ce n’était plus une surprise. « T’es vraiment malade, Wild, tu le sais ? » ajouta-t-il sans méditer plus longtemps. Mais la blonde n’eut pas l’air d’écouter. Elle s’entêta au lieu de ça à lui faire remarquer à quel point il était lâche, ce qui le fit bouillonner davantage de l’intérieur.

« Avant de me traiter de loser, mets-toi à ma place une seconde, tu veux ! » lui répondit-il sèchement. Sur la forme, elle n’avait pas entièrement tort—il se laissait clairement aller à l’échec—mais son manque d’intérêt pour lui l’empêchait de voir qu’il vivait toute cette histoire très mal. « Un foutu long mois de travail acharné pour rien et tu veux que je saute de joie à l’idée de tout recommencer. Eh bien désolé de te décevoir mais non, je ne suis pas assez cinglé pour faire ça », lui avoua-t-il, sans pour autant adoucir son ton. Il savait qu’elle se fichait éperdument de ses états d’âme, c’était précisément la raison pour laquelle il avait cru bon de la mettre au courant, mais il s’était surestimé en croyant pouvoir en faire autant et se remettre au travail si facilement. C’était d’autant plus frustrant que les derniers résultats qui étaient tombés dépassaient largement ses espérances—qui sait, peut-être aurait-il même pu terminer le semestre en pole position, si tout ça ne s’était pas produit. Il se chasse cette idée de la tête : il s’était suffisamment torturé l’esprit inutilement. Enfonçant ses doigts dans sa chevelure pour frotter son crâne endolori, il soupira un grand coup avant de s’échiner à fermer son jeu sur lequel, depuis le début de leur petite conversation (qui n’était pas plus une dispute que d’habitude), clignotait avec arrogance la phrase "game over". Une image qui, curieusement, le fit réaliser quelque chose d’important : il s’était trompé, la partie était bien loin d’être terminée.

Qu’est-ce qui lui avait bien pris de sécher les cours sans le moindre scrupule ? Il n’en savait rien. Depuis ses récents déboires sentimentaux, le blondinet avait perdu goût à beaucoup de choses, à tel point qu’il semblait avoir oublié que sa scolarité restait l’un des seules auxquelles il pouvait encore s’accrocher. Il ne pouvait tout simplement pas se permettre de redoubler : au milieu de son dossier irréprochable, il n’osait même pas s’imaginer à quel point de genre de détail pouvait lui coûter cher. Non, il lui fallait cette année, qu’il termine dixième ou même vingtième, ça n’était même pas négociable. Il se leva d’un bond sans même éteindre l’écran de l’ordinateur, et attarda son regard sur celui de Mad pour la fixer quelques secondes. Sans ciller, il la gratifia d’un air presque solennel qui le surprit lui-même : sa violence n’était peut-être pas aussi gratuite qu’il se l’était imaginé jusqu’ici, songea-t-il. Il garda cette remarque pour lui et sans même remercier sa camarade pour ce réveil express, se pencha pour attraper son sac qu’il glissa d’un geste sur son épaule. « J’ai du mal à l’admettre, mais tu as raison, je ne suis pas un loser. C’est d’ailleurs pour ça que je vais t’écraser en beauté cette année », déclara-t-il avec une teinte de malice et de défi dans les yeux pour mettre fin à son silence. C’était gonflé de sa part, surtout en considérant la proposition de la jeune femme mais quelque chose lui disait qu’il ne craignait rien. Madeleine faisait partie de ces gens qui n’avaient qu’une seule parole et en l’occurrence, elle s’était engagée à l’aider. Déterminé, il poursuivit : « Mais avant ça, il y a un crétin de hacker à qui je dois donner une leçon, si tu es toujours partante… » Elle eut l’air d’acquiescer. « Bien ».

Gale n’avait pas en tête d’aller dénicher l’identité du coupable pour lui refaire le portrait (c’était certainement hors de son domaine de compétences, quoique cette dernière perspective ne lui déplaisait pas entièrement) mais parvenir à produire un projet encore meilleur que celui qu’on lui avait sournoisement dérobé suffisait à le satisfaire. Il ne se voilait pas la face : c’était un pari risqué, mais le grain de folie au fond de lui n’avait pas failli à lui rappeler qu’il ne risquait désormais plus rien. Il ne se savait pas particulièrement doué pour le travail en équipe, mais maintenant qu’il y réfléchissait il se surprenait à imaginer que leur tandem pût fonctionner. Il esquissa un sourire en coin : encore fallait-il qu’ils arrivent à mettre leur rivalité de côté—c’était facile en théorie. Il poussa la chaise du coup d'un genou avant de reprendre. « Bon, vu que je… qu’on redémarre de zéro, il faut choisir un film », formula-t-il tout en s’avançant pour quitter l’allée d’ordinateurs toujours bondée de dégénérés avec leurs casques sur les oreilles. Le projet en question consistait à l’analyse scénaristique d’une œuvre cinématographique européenne de la première moitié du XXème siècle—ils avaient du pain sur la planche. Désormais face à la jeune femme prête à le suivre dans le rayon des films, il fit l’effort de s’arrêter une seconde et, posant sa main sur le manuel qui avait percuté son crâne un peu plus tôt il murmura à la jeune fille, non sans effort et sans vraiment savoir pourquoi : « Merci ».
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MessageSujet: Re: 04. A strong foe is better than a weak friend   04. A strong foe is better than a weak friend EmptyMer 11 Juil - 21:49

Le moins qu’on puisse dire c’était que Madeleine était franche. Quoique menteuse émérite. Crue était sans doute le mot. Elle ne s’embarrassait pas de formes quand la vérité pouvait sortir telle qu’elle la constatait. La jeune femme était extrême en tout point, elle était aussi indifférente aux inconnus qu’attentionnée avec ceux qu’elle connaissait. Ses émotions et ses multiples amis imaginaires lui dictaient le plus clair de sa conduite si bien qu’elle était rarement cohérente. Effectivement, elle était malade. Ce n’était pas la première fois qu’on lui disait, et certainement pas la dernière. Seulement tant qu’on ne l’enfermerait pas de force dans un hôpital pour la mettre sous médication et effacer ces vagues tendances schizophréniques avec lesquelles elle avait vécu presque toute sa vie, elle ne changerait pas d’un iota. C’était son charme. Elle avait appris à faire peu de cas de ce que les autres pensaient d’elle à son retour d’Inde. Elle était l’aînée de ses voisins d’amphi d’au moins cinq ans, travaillait toujours dans le même lycée infernal, vivait en colocation avec les plus gros fêtards de la ville. Ce n’étaient pas les critiques qui manquaient à son sujet, mais le tout glissait allègrement sur son pelage soigné. Les mots de l’étudiant n’avaient sans doute aucune valeur, simple protestation après un coup bien senti, mais la surveillante se sentit plus froissée encore par cette attitude. Elle ne lui devait rien. Elle faisait des efforts pour venir l’aider. Elle se passait en général très bien des leçons de morale des autres et ce n’était pas pour en faire mais cette fois elle était venue le chercher jusque dans son repère de geek en puissance pour le rappeler à l’ordre, et Figgins ne la payerait même pas pour ça. L’espace d’une seconde la blonde eut envie de ramasser ses affaires et de faire demi-tour en lui faisant tomber l’intégralité du rayon dans son dos sur la tête, mais elle se contenta d’inspirer profondément. La colère ne résout rien, la colère ne résout rien, la colère ne résout rien. Fermant les yeux pour faire le vide dans son esprit elle entendait déjà les conseils de Samantha qui lui intimait de se casser d’ici en quatrième vitesse avant d’utiliser un câble usb pour l’étrangler. Non, elle avait promis de l’aide, il fallait juste qu’elle trouve un moyen de le convaincre de revenir dans la partie, et pas celle de Zombie Slaughter. Rouvrant les paupières pour le fixer de son regard acier, elle secoua la tête dépitée. «Pauvre bébé...» murmura-t-elle excédée. Il avait décidé de lui faire perdre toute forme de sang-froid, mais elle avait décidé qu’elle serait plus forte que lui à ce petit jeu. Elle ne tenait pas à se faire arrêter pour agression de toute façon. Sans doute était-ce son âge avancé, mais elle le trouvait tellement immature. Sous ses airs de garçon mûr et sage se cachait donc cet enfant de cinq ans incapable de faire la part des choses. Intéressant. Elle ne manquerait pas de lui renvoyer en pleine figure le moment venu. Pour l’instant elle avait une mission. Alors pourquoi perdre son temps à lui expliquer quelque chose dont elle était parfaitement consciente ? Bien sûr qu’il n’allait pas tout recommencer gaiement en laissant le voleur s’en tirer. Il n’était pas masochiste à ce qu’elle sache.

Pianotant avec ses ongles sur la table pour garder son calme et ne pas l’assommer une seconde fois, Madeleine cherchait un moyen de réveiller le compétiteur en lui. Quelle corde sensible pouvait-elle bien tirer en dehors de celle de son ego ? Il fallait admettre qu’elle ne connaissait pas grand chose à sa vie, pour ne pas dire rien du tout. Il avait sûrement une existence palpitante, seulement la blonde était dans l’ensemble assez peu encline au badinage à l’université. Elle avait beau appartenir à la classe des animaux sociables, elle n’en demeurait pas moins farouchement indifférente à la plupart des autres habitants de la planète. Seul ce qui était caché avait de l’intérêt. Parce qu’il fallait gratter pour atteindre sa cible, enquêter, fouiner, monter des échauffourées. Or ce petit là n’avait pas le profil. Elle avait cru comprendre qu’il sortait avec Robertson seconde, mais elle s’intéressait de plus près à ce qui se passait entre cette dernière et le mouton noir de l’association d’Emma (ça, par exemple, c’était suspect) si bien qu’elle n’avait jamais poussé. Elle ignorait s’il travaillait, s’il vivait chez maman, s’il n’était pas un prototype humain sorti des usines Mattel. Tout ce qui avait compté jusqu’à ce jour c’était son nom en-dessous ou au-dessus du sien sur les listes officielles. Pleine de questions nouvelles à son sujet, elle avait presque perdu de vue son objectif premier, laissant peser un lourd silence sur la conversation. Avant d’être finalement doublée par Hemmens lui-même, visiblement touché par la grâce divine entre temps. Haussant les sourcils d’un air amusé à sa remarque soudainement pleine de confiance, elle n’était peut-être pas la seule “cinglée” ici. «Je ne rêverais pas trop si j’étais toi, blondinet.» Souriant en le voyant regonfler les voiles de son navire sous son nez, elle leva les yeux au ciel en guise d’acquiescement lorsqu’il posa une énième fois la question de sa participation au projet. Autant d’incertitude dans un seul corps adulte, comment était-ce même possible ? «Donner des leçons c’est mon métier.» plaisanta-t-elle en sortant son bloc note fétiche et son gros crayon de bois en spirale multicolore. Travailler en groupe n’était pas dans ses habitudes. Elle préférait les nuits blanches dans la solitude aux soirées bibliothèques organisées, mais contrainte et forcée elle s’était déjà adonnée à l’exercice pour plusieurs cours. Elle n’arrivait toujours pas à croire qu’elle allait aider Gale, en s’associant à lui, simplement parce que son ego ne supporterait pas d’être première par défaut. Peut-être qu’un psy s’imposait après tout. La colocataire de Jessica ne travaillait-elle pas dans le centre ville ? Perdue dans ses pensées, la voix de Gale la ramena une fois de plus à la réalité. Voilà pourquoi elle n’aimait pas travailler à plusieurs. Elle avait un rythme particulier qui rendait fou de rage celui qui n’arrivait pas à la suivre. Mais son partenaire n’allait pas en plus faire la fine bouche, si ?

S’enfilant dans une rangée de vieux films à sa suite, elle s’arrêta de justesse avant de le heurter. Qu’est-ce qu’il voulait encore ? S’assurer qu’elle ne le planterait pas à mi-rayon ? Mais à sa grande surprise, ce fut un remerciement presque inaudible qui s’échappa de ses lèvres auquel elle répondit par un pouffement de rire. «Allez avance.» fit-elle en le poussant pour atteindre le rayon de leurs pires cauchemars. Se plantant devant le cinéma muet du début du siècle précédent, elle tritura quelques DVD avant de se retourner une nouvelle fois vers lui. «Tu n’as aucune idée de qui ça peut être ? J’espère que ton massacre de zombie ne reflète pas tes compétences en informatiques et que tu sais protéger tes données. Le minimum vital quoi.» Reposant la jaquette d’une version remasterisée de la Charette fantôme elle se retourna vers lui avec un air mystérieux. «Tes gentils copains ne t’auraient pas fait un coup pareil ?» Agitant le Cuirassé Potemkine sous son nez elle ajouta : «Ta petite amie n’est pas au KGB ?»
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