Choriste du mois


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 05. Jesus is my friend.

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Not everybody just gets to blurt out how they fuckin’ feel every minute
Age : 20 ans
Occupation : Employée à mi-temps à la Lima Station, étudiante au Lima Health Sciences Program de l'Ohio State University
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Statut : En couple avec Jamie Ainsworth
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Glee club favori : Je me fiche totalement des chorales
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MessageSujet: 05. Jesus is my friend.   Jeu 27 Sep - 20:03

Le grand jour était arrivé. Après des semaines à repousser l’échéance tant redoutée, se trouvant mille excuses pour échapper à la fatalité, Harper se tenait sur le parvis de l’Église de Lima, habillée avec la robe que sa mère lui avait prêtée pour l’occasion, et coiffée de ce serre-tête qu’elle trouvait immonde qui lui comprimait les neurones, au point qu’elle avait l’impression désagréable de ne plus être maîtresse de ses pensées. Tenant fermement la main de son plus jeune frère dans la sienne, Harper jeta un coup d’œil incrédule aux jumeaux qui la dévisagèrent, visiblement encore sous le choc de cette visite impromptue dans le lieu que leur sœur exécrait le plus au monde. Jesus Sainsbury le lui paierait, c’était de sa faute s’ils se retrouvaient ici. Elle lui avait fait une promesse, elle devait se résoudre à la respecter, pour l’honneur, disait-elle. Enrubannée dans sa tenue qui la mettait indiscutablement en valeur, Harper profita que l’attention de sa famille soit détournée par le clocher qui raisonna soudain, pour respirer une grande rasade d’air plutôt doux qui lui donna la sensation d’avoir des centaines de lames acérées qui lui chatouillaient l’estomac. Elle n’avait rien mangé, ce matin. Elle était trop anxieuse pour avaler quoi que ce soit, même les pancakes aux pépites de chocolat que sa mère avait cuisiné dès le lever du soleil. À voir les allées fleuries de l’Église, désertes, il y avait fort à parier que l’office avait déjà commencé. Harper sortit soudain de sa rêverie lorsqu’une grande femme blonde au sourire radieux se posta face à elle pour lui replacer correctement ses longs cheveux sur ses épaules élégamment couvertes. La jeune fille cligna des yeux, adoucissant instantanément ses traits tirés par un excès de sommeil (un fait rare qui méritait d’être souligné). Quand la veille pendant le dîner, Harper avait annoncé à Mariella et ses frères qu’ils iraient à la messe le lendemain matin, elle eut à faire à une tout autre personne. Sa mère s’était levée aux aurores, avait cuisiné, s’était apprêtée (Mariella était une femme magnifique, Harper avait irrité de ses traits poupins et de ses yeux d’un bleu glacial, mais profond), se maquillant comme elle en avait l’habitude pour son époux puis vaporisant son chemisier du parfum qu’il préférait. Elle avait même pris l’initiative de s’occuper de son fils, le dernier, toujours, laissant à sa fille aînée le luxe de faire une grasse matinée, ce qu’elle n’avait pas fait depuis bien des années. L’annonce de ce périple religieux avait eu un effet thérapeutique sur la jeune femme, si bien qu’Harper avait l’impression d’avoir retrouvé une vraie maman ; aujourd’hui, l’aînée des Pritchard était en congés. Ça ne durerait sûrement pas, mais tant que Mariella était lucide, sa fille en profiterait et savourerait l’instant.

« Voilà, comme ça. Tu es magnifique dans cette robe, je t’avais dit qu’elle était faite pour toi. » Lui souffla sa mère, bienveillante, prenant le temps de lisser les quelques mèches indisciplinées qui retombaient près des joues rondes de sa fille. Harper sourit, sentant la main de son frère se resserrer autour de sa paume moite. Il leva la tête, la regardant avec des yeux comme des soucoupes « Elle a raison, maman. T’es belle, Lilibeth. » Cette fois, Harper émit un petit rire et grimaça, se penchant légèrement pour venir frôler le bout du nez du petit avant de le chatouiller « Ne m’appelle pas Lilibeth, et je pourrais me promener avec un sac à patates sur la tête que tu me trouverais jolie, petit menteur. » Les jumeaux s’approchèrent à l’unisson, tout sourire. Mariella épousseta leurs épaules, concédant de sa voix claire « Allez, nous sommes déjà en retard. C’est l’heure, les enfants. » Et les Pritchard entrèrent sur les l’écho des rires d’Harper et de son frère, toujours cramponné à son poignet.

Leur entrée avait fait sensation : « Les Pritchard, à l’Église ? Depuis combien de temps ne les a t-on pas vus ici ? Mariella a tellement minci. Elle semble plus belle que jamais, le temps n’a pas d’effet sur elle. Son chemisier est vraiment ravissant ! Et ses cheveux, ce sont des boucles naturelles ? Cette fille là-bas, c’est Harper ? Comme elle a grandi ! Comment s’appelle le petit dernier ? Je ne me souvenais pas qu’elle avait eu un autre enfant. Le pauvre chaton, il n’aura jamais la chance de connaître son père, c’est une tragédie. Au moins, il est mort pour la patrie, ses enfants doivent être fiers de lui. » Harper avait rongé son frein, ignorant les pépiements sur leur passage, avançant d’un pas tranquille sous les regards étonnés d’une ribambelle de fidèles assoiffés de nouvelles fraîches. Elle s’y était attendue, en réalité et au fond, elle ne pouvait pas en vouloir aux gens de se poser des questions même si cela l’agaçait plus que tout. Mariella insista pour s’asseoir au premier rang, Harper chercha automatiquement Jesus du regard. Elle ne savait pas si elle devait lui sourire, lui faire un signe de la main, l’insulter ou encore l’ignorer, comme elle avait pris l’habitude de le faire depuis quelques jours au lycée. Son frère ne lui lâchant pas la main, effrayé par le monde autour d’eux, elle invita sa mère et ses frères à la suivre lorsqu’elle trouva enfin Jesus et ses parents, suivant sagement la messe, comme chaque dimanche. La blondinette fit s’installer son petit frère à côté de son camarade de classe, salua d’un signe de tête avenant la famille du jeune homme puis s’assit à côté du petit avant de tourner le visage vers Jesus pour la gratifier d’un sourire poli. Se faisant rappeler à l’ordre par sa mère, celle-ci lui ordonna d’une voix douce d’écouter les paroles du curé qui, imperturbable, continua à prononcer son sermon.
À croire que la religion, c’était comme le vélo : ça ne s’oubliait pas. Suivant la messe avec intérêt, Harper n’avait rien oublié de ses années passées à être l’une des fidèles les plus assidues. Chantant dans la chorale, baptisée et fière de l’être, à l’époque, elle retrouvait ici des habitudes qu’elle avait abandonnées sans regret. Cependant, elle n’oubliait pas non plus que ce Dieu que tout le monde célébrait aujourd’hui était un imposteur, qu’il n’existait pas et elle se renfrogna, baissant aussitôt la tête. Aussi, quand elle jeta un regard en biais à sa mère et qu’elle la vit boire les paroles du prêtre, elle esquissa un faible sourire, admettant mentalement qu’elle avait peut-être privé sa génitrice de ce qui semblait être son seul et unique plaisir, sa seule échappatoire. La fin de l’office sonna et lâchant enfin la main de son frère, ce dernier chopa littéralement la manche de Jesus qui se levait lui aussi. Harper n’eut pas le temps de le retenir, ni même de s’en affoler, car sa mère et les jumeaux la quittèrent pour aller saluer une vieille connaissance qui les accueillit, les bras ouverts. Reportant son regard sur Jesus et son petit frère, Harper s’agenouilla pour être à hauteur du gamin, et chuchota en plissant les contours du col de sa chemise :

« Va rejoindre maman et les garçons, j’en ai pour une minute. C’est un ami, je dois lui dire un mot. » Le petit hocha vivement la tête, l’embrassa sur la joue et lâcha la manche de Jesus, lui faisant un petit signe de la main chaleureux pour lui dire au revoir. Ne quittant pas sa sœur du regard, marchant à l’aveugle, il rejoint sa mère qui le prit dans ses bras, s’amusant de l’expression horrifiée sur son visage. Toujours agenouillée, Harper fronça doucement le nez, observant un moment sa famille avant de se lever, haussant les sourcils en croisant le regard de Jesus « Désolée pour ça, il est du genre à s’attacher très vite aux inconnus. Je crois que tu es devenu son nouveau meilleur ami, félicitations. » dit-elle, pince-sans-rire. Les parents de Jesus passèrent à côté d’eux, Harper les salua une seconde fois et remarqua que sa mère et ses frères prenaient la porte. Angoissée à l’idée de les laisser seuls à l’extérieur bien qu’ils paraissaient en bonne compagnie, elle désigna la sortie du menton et ajouta à l’encontre de Jesus « Tu m’accompagnes ou tu as des obligations ? »


Dernière édition par Harper E. Pritchard le Dim 4 Nov - 0:52, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: 05. Jesus is my friend.   Dim 30 Sep - 12:07

Son livret de chant tenu fermement entre ses mains, Jesus gardait les yeux un peu plus levés que les autres paroissiens, alignés en masse dans les rangées, le menton levé, le regard lumineux. Ses parents lui avaient souvent fait remarquer avec une teinte de fierté qu'il avait cette aura différente des plus assidus de l'office lorsqu'il priait, qu'il dégageait ce quelque chose qui pour eux en faisait un être à part. Bien sûr le discours d'un parent est toujours dépourvu d'objection et de mesure, mais dans un sens les parents de Jesus n'avaient pas tort. Ils n'étaient pas les seuls à s'interroger parfois en s'émerveillant de ce qu'il qualifiait d'un don, d'une faculté à entrer dans un échange privilégié avec le Seigneur. Msgr Hollyfrog, le prêtre de l'église catholique de Lima l'avait en sympathie bien plus que d'autres jeunes aussi dévoués par exemple. En effet, Jesus n'était pas seulement ce gamin obsédé par les règles, les dogmes et les principes, il était empli de spiritualité et de foi qui l'élevait bien plus haut que les lois du Seigneur, dans le sens où il n'avait pas à les respecter, car il ne l'entendait pas de cette manière, elles étaient tout simplement naturelles et éminentes à ses yeux. Il les suivait comme on suit son instinct. En résumé, il était croyant, dans le sens de croire réellement, il croyait en Dieu plus qu'en n'importe qui d'autre et lui accordait une confiance des plus aveugles comme on ne pourrait jamais en confier à un Homme. Voilà pourquoi, en ces temps de rassemblement, de prière et de partage, Jesus donnait ce sentiment d'être quelqu'un à part, car il n'aimait rien de plus que ces moments d'échange privilégiés avec le Seigneur, ces moments où à son sens, l'humanité entrait en contact avec son Père. Et si tout cela pouvait paraître fou aux yeux d'un athée comme tout ses camarades de Mckinley il n'en avait cure car il savait que lui, chaque dimanche, il était au rendez vous, un rendez vous qu'aucun ne pourrait égaler.
C'est donc avec ferveur et l'esprit apaisé que Jesus se tenait parmi ces rangées de bancs. Il fréquentait habituellement l'église catholique avec ses parents, mais depuis un moment c'est avec le sermon du révérend Hamilton que la famille Sainsbury priait avec tout les autres protestants. D'une part parce que Msgr Hollyfrog assurait de moins en moins d'office à cause de son âge et des soucis de santé qui s'accumulaient, mais d'autre part parce que Jesus l'avait demandé à ses parents, et ce dans l'unique but d'être présent à un autre rendez vous : celui qu'il avait donné à Harper Pritchard. La jeune fille lui avait promis de venir à la messe comme il le lui avait proposé, ou plutôt demandé voilà de cela quelques semaines. Autant dire que les rendez vous manqués s'accumulaient mais le lycéen avait confiance en son amie et savait qu'elle viendrait un jour ou l'autre, ce jour là ou dans un an peu importait.
Et même si Jesus était patient, il ne put cacher son enthousiasme lorsqu'il tourna la tête vers les portes qui s'ouvraient devant la famille Pritchard. Harper, sa mère et ses frères faisait une entrée des plus remarquées. En plus d'arriver en retard, les murmures comme des bruissements de feuilles au passage du vent s'échangeaient d'oreille à oreille jusqu'à obtenir un bruit de fond que Jesus déplorait. Il était conscient de l'effort qu'avait surement du être cette démarche pour Harper, et pour rien au monde il n'aurait voulu qu'elle lui soit pénible, mais pouvait on empêcher les gens de parler de cette famille qui semblaient revenir sur le chemin de la foi après des années d'absence alors qu'elle comptait parmi les plus fidèles. Sur la pointe des pieds, le jeune homme s'assurait qu'aucun membre de cette famille ne laisse échapper une grimace de mécontentement sur le chemin de l'allée, et alors qu'ils s'approchaient, Jesus put apercevoir un peu mieux Harper, si bien qu'il n'était plus vraiment sûr que ce fut elle. Peut être avait elle une sœur aînée, quoiqu'il en soit, cette jeune fille était magnifique, et finalement les bruissements de feuilles sur son passage ne faisaient peut être que souligner la beauté de cette apparition. Mais bien vite celle qui semblait tout droit sortie du sanctuaire des vestales fut identifiée comme étant Harper et sitôt qu'il l'eut reconnu Jesus lui lança un signe de la main accompagné d'un large sourire. Elle était venue finalement, comme elle l'avait promis. Il s'était à présent retourné vers l'autel l'air satisfait, les yeux toujours un peu levés et indiquait à ses parents de se tasser sur le côté pour laisser aux Pritchard de l'espace.

Tout en récitant ses prières, Jesus glissait quelques œillades du côté d'Harper, mais également de sa famille. Il constatait avec satisfaction qu'ils semblaient tous dans leur élément, et madame Pritchard semblait même très en forme. Il fut presque étonné même de voir qu'Harper se souvenait de toutes les prières, certes ils avaient fréquenté très longtemps l'église, mais il avait été persuadé qu'elle avait plus qu'oublier toute cette vie là, qu'elle l'avait presque reniée, et les prières avec. Mais bien au contraire, elle semblait parfaitement dans son élément. Et aux yeux de Jesus, elle aussi semblait avoir le regard un peu plus haut que les autres, le menton bien levé, quelque chose qu'elle dégageait de très particulier. Elle avait un très beau profil : son serre tête qui ramenait ses cheveux blond en arrière les laissait également tomber sur ses épaules en boucles parfaites, laissant ensuite à cette robe magnifique d'un blanc des plus purs le soin d'habiller le reste de son corps sur toute sa longueur. C'était une réelle transformation, et Jesus la voyait comme une apparition... Il restait concentré malgré tout, mais une partie de son esprit était occupé à se demander ce que son amie pouvait bien adresser comme prière au Seigneur. Lui parlait elle seulement ? Et si oui, qui lui disait elle ? Des reproches, des vœux, des secrets ? Quelques soient ses prières, il espérait de tout son cœur qu'elles allègeraient le sien.
L'office à peine terminé, un enfant s'agrippa à sa manche à peine fut il levé. Le petit frère d'Harper se cramponnait ainsi alors que Jesus, le sourire aux lèvres, faisait passer son regard d'Harper à son frère, comme s'il était en quelque sorte désemparé face à cet élan d'affection aussi vif l'inattendu. Sa sœur vint s'agenouiller à sa hauteur certainement pour le diriger vers leur mère tandis que Jesus disait à ses parents de partir devant. À la remarque d'Harper, Jesus rit timidement puis laissa passer ses parents avant de lui répondre. « Tu devrais plutôt t'excuser de m'avoir enlever à mon nouveau meilleur ami alors ! » Étrangement Jesus restait un peu gêné face à cette situation. Harper avait l'air plus innocente que jamais et pourtant elle l'intimidait bien plus qu'au lycée, sans compter qu'il redoutait son compte rendu à propos de l'office, car nul doute qu'il lui en demanderai un. Quand Harper lui proposa de sortir, il lança un regard vers Grace dans les bancs d'en face. Habituellement il l'aurait rejoint sans tarder mais ces derniers temps, il prenait malgré lui ses distances, tout ça à cause de ce Billy, présent lui aussi à l'église, chaque dimanche. Il se retourna vers Harper et quitta son expression un peu boudeuse pour un sourire plus chaleureux. « Non non, sortons, je t'accompagne. »
Ils commencèrent leur marche en silence à travers l'allée puis Jesus se décida à entamer la conversation malgré son malaise, qu'il jugeait totalement injustifié de toute façon. « Je suis content que tu sois venues finalement, avec ta mère en plus. Elle m'a l'air en forme, ça fait plaisir à voir... Ça semble être une bonne sortie en définitive non ? » Il adressa un sourire à Harper puis se rendit compte qu'il se faisait encore insistant, qu'il avait l'air de vouloir lui arracher le 'tu avais raison' que personne ne veut jamais dire. Il se ravisa aussitôt après s'être pincer les lèvres comme s'il avait gaffé. « J'ai encore l'air de faire de la pub hein ? Désolé pour ça. » Ils arrivèrent devant la lourde porte de l'église et Jesus l'ouvrit pour laisser passer Harper devant. La lumière était intense et chaude, surtout en sortant de l'édifice. Jesus aperçut les frères d'Harper en plein jeux puis se tourna vers elle. « Tes frères aussi sont en pleine forme je crois ! »
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MessageSujet: Re: 05. Jesus is my friend.   Dim 30 Sep - 23:01

Aussi étrange que cela lui parût, l’ambiance chaleureuse qui régnait autour d’Harper la fit sourire. Pas le sourire crispé dont elle gratifiait Sunny Palmer quand cette dernière répondait avec aplomb à ses petites provocations puériles. Non, un vrai sourire qui découvrait ses dents droites, creusant des fossettes presque adorables au creux de ses joues rosies par la température agréable. Passé le choc de revoir les Pritchard à l’office, les fidèles qui connaissaient Mariella et ses enfants s’empressèrent d’accaparer toute leur attention : comment allaient-ils, que devenaient-ils ? Harper, toujours vigilante, n’avait pourtant pas peur que sa mère perde l’esprit, cette fois-ci. C’était étrange, rien ne lui indiquait qu’un détail ne lui ferait pas de nouveau perdre pied ; ça arrivait tout le temps. Elle était lucide et puis, une odeur, une expression, un regard la faisait retourner dans sa torpeur, celle qui obligeait sa fille aînée à reprendre les rênes, soucieuse de ne pas perturber ses frères et leurs équilibres. Mais aujourd’hui, Harper sentait que tout se passerait bien, ça ne s’expliquait pas. Sa mère souriait, s’intéressait aux autres en prenant des nouvelles de vieilles connaissances qu’elle n’avait pas vues depuis des lustres, cloitrée chez elle, malade. Elle l’entendait même rire, ce qui, ça aussi, était devenu un luxe, chez les Pritchard. Harper avait eu tort, elle ne l’admettrait pas tout de suite, elle avait encore de nombreux conflits à régler avec le Créateur, cela prendrait beaucoup de temps, elle le savait. Elle était têtue, elle savait que ses arguments n’étaient pas idiots, que ses convictions valaient toute aussi bien que celles de tous ces gens réunis dans ce lieu de prières. Néanmoins, elle était prête à concevoir qu’elle avait minimisé le pouvoir qu’avait la religion sur sa mère qui semblait plus en forme que jamais, éblouissante et heureuse. Il n’en fallait pas plus pour qu’Harper se mette à sourire, elle aussi. Naturellement, c’est vers Jesus que la jeune fille alla après l’office. Elle était venue pour lui – pas dans le sens romantique du terme, pas du tout. Elle lui avait promis qu’elle ferait l’effort de s’y rendre. Harper, sous ses défauts évidents, était une jeune fille qui tenait toujours ses promesses, elle s’en serait voulu de le faire attendre encore. Or, elle n’avait pas le temps pour la culpabilité alors, elle avait attrapé cette perche que son camarade lui avait tendue en lui envoyant un texto avenant quelques jours avant ce dimanche. Toujours était-il qu’elle ne savait pas pourquoi elle était là. En dehors de cette promesse, elle ne devait rien à Jesus. Peut-être qu’elle voulait se prouver à elle-même que la foi tenace qu’elle avait reçue à sa naissance n’existait vraiment plus ?

Congédiant son petit-frère pour avoir le loisir de discuter avec Jesus, Harper se releva, fronçant avec ses doigts le tissu du jupon de sa robe mal dressée. Elle constata que l’attention de l’adolescent était portée sur une jeune fille qui quittait l’Église. Harper tourna la tête pour la regarder brièvement, par curiosité. D’ordinaire, elle aurait trouvé une blague pour mettre Jesus dans l’embarras, ça l’amusait. Elle savait, malgré le fait qu’ils se côtoyaient très peu, qu’il n’était pas aussi à l’aise que les membres de l’équipe de football avec la gent féminine. Quoi que ces derniers temps, elle avait l’impression que tout tournait autour de Jesus Sainsbury. Ce qui, en réalité, n’était pas si étonnant que ça, mais elle ne s’aventurerait jamais à le concéder, elle était trop loin de tout ça. Regardant une longue seconde la jeune fille en question, elle reporta ses yeux bleus sur Jesus, clignant avec grâce, quand il lui dit qu’il l’accompagnait. Opinant du chef, elle lui emboîta le pas, marchant à ses côtés dans l’allée embouteillée par des fidèles qui se retournèrent sur leur passage.
Harper était venue à la messe, avec sa famille, qui plus est. Qu’est-ce que Jesus attendait d’elle suite à ça ? Elle pensait qu’il lui suffirait de lui parler quelques secondes pour pouvoir plier bagage et rentrer chez elle, mais Jesus ne se laisserait pas berner aussi facilement. Alors, que devrait-elle faire ? Lui faire un compte-rendu, lui avouer avoir apprécié ce moment ? Parce qu’elle avait aimé voir sa famille en communion avec autre chose que les soucis qu’ils traînaient comme un boulet depuis des mois. Seulement, la perspective de devoir accueillir un inconnu (pour elle, Dieu était devenu un inconnu) dans son foyer lui hérissait le poil. Elle n’avait pas confiance en quelqu’un qui lui avait enlevé la personne qu’elle aimait le plus au monde, qui avait détruit sa famille, qui continuait à la faire souffrir malgré ses efforts pour s’en sortir. Elle savait que Jesus et sa vision des choses ne comprenaient pas son raisonnement, mais il n’était pas à sa place non plus, il n’avait aucune idée de ce qu’elle pouvait vivre, elle ne lui souhaitait d’ailleurs pas d’être à sa place.

Progressant jusqu’à la lourde porte en face d’eux, Harper chercha quelque chose à dire. Elle sentait les regards s’attarder sur elle en particulier, ne comprenait pas qu’on puisse manquer autant de discrétion et peut-être pour la première fois de sa jeune vie, elle se sentit très mal à l’aise. Machinalement, elle attrapa le bras de Jesus pour se rassurer – son petit-frère tenait bien cette manie de quelqu’un, il ne fallait pas chercher bien loin – et lorsqu’elle se rendit compte que ce geste pouvait traduire sa gêne qu’elle tentait à tout prix de cacher en se tenant droite comme un piquet, elle le récupéra rapidement, le croisant sur sa poitrine mise en valeur par sa robe et y ajoutant rapidement l’autre. Elle profita que Jesus se mette à parler pour dissiper toute trace de son embarras, tournant le visage vers lui, ne pipant mot. Son regard confus devait passer pour de l’agacement parce qu’il s’excusa aussitôt ; tant mieux, elle pourrait rebondir sur ça. S’engouffrant entre l’entrebâillement de la porte, le soleil lui fit plisser les yeux. Elle porta sa main en visière en disant :

« T’es pas le président du club de chasteté pour rien, c’est ton boulot de promouvoir la messe et tout ces trucs. Tu es tout excusé, mais c’est exceptionnel. » Elle le gratifia d’un clin d’œil taquin « C’est ton jour de chance, profite et savoure. » Aujourd’hui, la règle d’or d’Harper était la clémence, la messe avait bon effet sur elle, finalement. Avançant de quelques pas en émettant un petit rire, elle pivota quand Jesus désigna ses frères. Une fois encore, elle sourit et reprenant sa marche jusqu’au banc en face de l’entrée de l’Église, elle lui répondit « C’est sa première fois, au petit. Les deux autres ont été baptisés, comme moi, mais lui, il ne connaît pas tout ça. Je crois que c’est pour ça qu’il a si peur, le lieu l’impressionne. » Harper s’assit prenant soin de ne pas froisser ses beaux vêtements puis, elle leva la tête vers Jesus comme pour l’inviter à la rejoindre. Elle était consciente que cet échange de banalité ne durerait pas, mais ne savait pas ce qu’elle devait dire, ce qu’il attendait. Clairement, elle n’avait pas eu une illumination en entrant dans l’Église. Elle concevait que cet office avait visiblement fait du bien aux siens… et après ? Plissant davantage ses yeux éclaircis par le soleil, elle prit le temps de s’humecter sa bouche charnue, passant sa langue sur sa lèvre supérieure en chassant de la poussière invisible sur son jupon du bout des doigts. Ne supportant pas le silence qui s’était installé entre eux, elle releva le menton, ses yeux se posant instinctivement sur sa famille au loin ; elle les couva du regard « Je suis désolée, Jesus. » dit-elle. Harper secoua légèrement la tête tout en regardant de nouveau le jeune homme, un sourire sans joie accrochée à son visage « Je crois pas que ça marchera avec moi, ton lavage de cerveau spécial pécheurs. Je sais que c’est sincère, que tu essaies juste de m’aider. Ça n’a rien à voir avec ta démarche, je t’assure. » Elle se stoppa pour déglutir, reprit en omettant de continuer sur cette lancée « Peut-être que ça a fonctionné sur eux. » Elle regarda en direction de ses frères « Mais moi, c’est au-dessus de mes forces, je suis trop en colère contre lui. » Harper releva graduellement les yeux pour très brièvement croiser le regard de Jesus et pour ne pas faillir, elle finit par détourner la tête, la mine contrite.
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MessageSujet: Re: 05. Jesus is my friend.   Mer 3 Oct - 23:31

La lumière était aveuglante, aveuglante mais douce, comme bienveillante. Chaque dimanche après la messe Jesus avait l'impression que le Seigneur lui rappelait les bienfait de sa création. Comment ne pas croire que la lumière du soleil en cette fin de matinée ne soit pas divine ? Elle était si aveuglante qu'Harper posa sa main sur son front pour, à sa grande surprise, relever son insistance avec humour. « Si c'était mon jour de chance, je n'aurai pas l'impression que le mot gourou se cache encore une fois dans ta bouche ! » Il lui sourit un instant puis reprit plus sérieusement. « Mais puisque tu le dis, je vais en profiter, les dimanche sont faits pour ça ! » Ils sortirent tout les deux puis se dirigèrent vers les bancs, Harper avec un sourire aux lèvres. À sa remarque à propos de ses frères, elle indiqua à Jesus que c'était pour le plus jeune de la fratrie son premier office. Le tout premier de sa vie. Sans savoir pourquoi, Jesus, à la lumière de cet élément, le regarda un peu plus s'amuser. Il ne pouvait s'empêcher de se sentir quelque peu ému en sachant que ce petit garçon avait fait sa première rencontre avec Dieu... Avait il déjà conscience de ce que cela impliquait ? Sans se questionner plus longtemps il répondit au regard d'Harper en s'asseyant à ses côtés. Inconsciemment il fixa son regard sur la dentelle de sa robe avant de remonter jusqu'à son visage avant de détourner le sien, un peu honteux de s'être attardé ainsi sur elle. Seulement, il n'avait pas l'habitude de la voir telle qu'elle était et il ne pensait pas seulement à sa tenue, qui contrastait manifestement avec celle qu'elle affectionnait sûrement pour se lancer sur la piste. Non, elle paraissait différente à bien plus d'égard, elle semblait pensive et presque troublée et intimement, il espérait que cet office avait eut l'effet d'un choc pour elle. Il était incapable d'imaginer meilleur remède à ses maux que cet entretien avec Dieu, ces retrouvailles comme il aimait les considérer. Après tout, sa famille paraissait avoir retrouvé un proche aujourd'hui, comme un ami qui leur avait manqué jusqu'ici, pourquoi n'en aurait il été de même pour Harper ? Il n'y avait aucune raison à cela, et même si cette deuxième rencontre pouvait la troubler, elle semblait nécessaire à ses yeux, après tout, lui même traversait parfois des périodes de doute et sa foi n'en ressortait que plus forte. Comment la rendre plus intense si ce n'est en la mettant à l'épreuve ? Il espérait en tout cas que celle d'Harper avait passé les tests, qu'elle avait fait un score à la hauteur des attentes de la jeunes filles, où plutôt de ses attentes à lui. L'idée qu'il faisait du problème de celle qu'il voulait voir comme son amie à présent un peu trop le sien ne lui traversait l'esprit pas même l'espace d'un instant, car il savait qu'on pouvait dire ce qu'on voulait de lui, il faisait toujours preuve d'une empathie assez exceptionnelle, d'une générosité à toute épreuve et dans le fond, toujours profondément désintéressée malgré tout. Certes il aimait servir ses intérêts mais comme avec Harper qui refusait de rejoindre le Celibacy club, il parvenait à terme à dépasser ce désir égoïste et à embrasser toute entière la détresse d'autrui. Quoiqu'il y avait des limites, Crystal Clark ou Sunny Palmer pouvait toujours aller se brosser pour qu'une prière leur soit consacrée de sa part, et pourtant dieu sait qu'elles en avaient besoin les pauvres.

Jesus était resté un moment à fixer dans le vague ce regroupement chaleureux de paroissiens, plongé dans ses pensées. Cette réunion d'homme et de femme, elle était pour lui encore une œuvre divine, celle qui rassemble les Hommes, car où sinon sur le parvis d'une église pouvait on voir des gens parfois inconnus se faire des embrassades parfois emportées, parfois pudiques mais toujours sincères ? Oui, Jesus était très naïf sur le monde chrétien et sur ses fidèles car nul doute qu'il y avait sûrement parmi ce parfait panier de crème quelques garces hypocrites et autres vils arrivistes.
Mais il n'eut de toute façon pas le temps d'en arriver à cette triste conclusion puisque Harper, dont il avait presque oublier la présence alors qu'elle occupait toutes ses pensées, prit la parole en lui présentant des excuses. Il fit volte face devant cette démarche inattendue. « Mais... tu n'a rien fait qui doivent être excusé ! » Il répondit à son sourire, mais le sien était visiblement inquiet. Il avait peut être minimisé le choc qu'avait pu être se retour peut être trop brusque à l'église. Il la regarda avec insistance puis baissa les yeux quand elle lui avoua, sans jamais perdre son humour un peu cynique, qu'elle ne ressentait visiblement pas cette euphorie que partageait sa famille. Elle était en colère contre Lui disait elle, et à ces mots, Jesus leva les yeux comme pour l'interroger.
Étrangement il Lui en voulait lui aussi à son tour. Il ne savait pas pourquoi mais quelque chose n'avait pas marché, Harper méritait de retrouver félicité et quiétude mais il avait le sentiment qu'on l'en privait, qu'Il l'en privait. Et à ses reproches, Jesus n'avait aucune excuse à fournir pour Lui. « C'est moi qui suis désolé dans ce cas, j'espérai que ça puisse t'apporter quelque chose, que te retrouver ici agirait comme un remède mais je me suis peut être trompé, alors que je t'avais promis le contraire. » Il se leva sans aller plus loin puis se retourna vers elle en pinçant les lèvres. « Est ce que tu vas revenir quand même ? » Il pivota vers sa famille, toujours en joie devant l'église. « Est ce que tu reviendrais pour eux ?... » Il s'arrêta un moment, donna un coup de pied dans un caillou en faisant les cent pas devant le banc, les mains dans les poches, puis releva la tête. « Et même pour toi tu sais. Si tu éprouves de la colère, de l'incompréhension, alors quoi de mieux que d'interroger celui que tu accuses ? » Il se rassit à côté d'elle, troublé à son tour. « Et puis tu sais, faut il vraiment l'accuser ? Je n'en sais rien au fond mais je ne crois pas que le Seigneur ne soit qu'une entité qui donne et qui prend. » À mesure qu'il parlait, son regard se perdait au loin encore une fois, comme s'il croyait de plus en plus à ce qu'il disait, comme s'il était avec Harper pour réfléchir à ces choses là, sans être celui qui doit convaincre celle qui devait être convaincue. Il partageait ses pensées à voix haute, conscient qu'elle l'écoutait, en attendant presque une approbation de sa part. « Je ne pense pas qu'il décide de la vie et de la mort, il se contente d'accompagner dans la naissance et d'accueillir à la mort, rien de plus. Il a déjà donné son fils pour nous sauver, et un livre pour nous guider, que peut il faire de plus que ça ? » Jesus ne voulait pas le dire explicitement pour éviter de heurter Harper mais il réalisait à présent que cette guerre, la guerre d'Irak, avait été l'œuvre des hommes et uniquement la leur, alors comment Lui en vouloir pour ça. Il n'avait pas enlevé la vie de Monsieur Pritchard, il l'avait accueilli après que l'erreur de l'Homme l'ai amené à lui, à son sens, c'était aussi – et aussi peu – simple que ça. Il se retourna vers Harper et lui adressa un large sourire. « Tu sais que Ryan Fairchild crois que je suis le Jesus biblique ? Peut être qu'il a raison, peut être que le Seigneur a ressuscité son fils pour m'amener à toi et te sauver de tes doutes ! » Il rit très franchement avant de s'interrompre progressivement en réalisant qu'il venait de pêcher en plaisantant ainsi sur le Seigneur.
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MessageSujet: Re: 05. Jesus is my friend.   Ven 5 Oct - 15:09

Spontanément, Harper venait de baisser sa garde. Elle n’avait pas mesuré l’impact qu'auraient ses paroles sur Jesus, ni même sur elle. Elle avait éprouvé le besoin de se justifier (de se confier ?) alors que pour une fois, il ne lui avait rien demandé. L’affabilité de Jesus faisait de véritables miracles, la rumeur circulait dans les couloirs de WMHS, mais avoir la preuve en direct que ce garçon pouvait déplacer des montagnes rien qu’avec un bon discours était saisissante, déstabilisante, aussi. Elle était tout bonnement tombée dans son piège. Un piège qu’elle savait irréfléchi, c’était sans doute pour ça qu’elle avait succombé. Harper voulait lui faire comprendre qu’elle avait tout un dentier contre celui auquel son camarade de classe croyait farouchement. Harper ne devait pas être un cas isolé. Des centaines, voire des milliers de personnes étaient en colère contre Dieu, entraînant le déclin total d’une foi qui les avait construits, parfois depuis leur naissance, parfois depuis moins que ça. Il s’agissait d’un moyen facile de désigner un coupable alors qu’à l’évidence, il n’y en avait pas. Harper avait besoin de rejeter la faute sur quelqu’un, c’était humain. Elle avait pensé à blâmer Mariella, pendant un temps. Elle n’avait pas pu. Elle était instable et lâche au point de s’en remettre totalement à sa fille, mais elle non plus, elle n’avait rien demandé. Harper était même persuadée que si elle en avait eu la force, sa mère aurait tout fait pour que son époux reste auprès d’elle et de ses enfants, quitte à se le mettre à dos jusqu’à la fin des temps. Son père avait donné sa vie pour la patrie, il y avait de quoi être fier. Il avait préféré une guerre que l’adolescente peinait encore à comprendre, à sa famille. Avait-il pensé à l’éventualité de ne jamais revenir ? Apparemment pas. Sinon, les dettes qui obligeaient son aînée à frauder et à se saigner aux quatre veines pour assurer de bons repas à ses frères, une guérison à sa mère, n’auraient jamais existé. Personne ne lui avait dicté son choix, il avait pris la décision tout seul. Brusquement, Harper s’aperçut que ce n’était pas à Dieu, ni à personne d’autre à qui elle devait en vouloir, mais à son propre père. Sauf qu’on lui avait appris à ne pas pointer du doigt son prochain. Qui plus est, la personne qui lui avait offert la vie. La honte de ressentir de la colère pour son géniteur monta en elle et Harper compta sur la chaleur environnante pour expliquer la teinte soutenue que prirent ses pommettes. Elle n’avouerait jamais en vouloir à son père, elle préférait cent fois sacrifier sa foi plutôt que d’être une fille indigne.

Plongée dans un débat intérieur sans précédent, Harper était parvenue pendant une longue seconde à oublier qu’elle n’était pas seule. Ce fut seulement quand Jesus prononça à son tour des excuses qu’elle se souvint de sa présence et qu’instinctivement, elle retourna son minois penaud vers celui qui la regardait aussi. Les quelques regrets qu’il prononça la rendirent triste, cependant. Elle ne voulait pas qu’il pense qu’il avait quelque chose à se reprocher, il avait agi en son âme et conscience. Il n’y pouvait rien si elle était en colère contre le monde entier, encore moins si elle était têtue comme une mule. Se repentir sans éprouver la moindre gêne, c’était tout lui. Comme prendre autant à cœur le malheur des autres, c’était ce qui le caractérisait le plus. Harper était la première à se moquer de Jesus en prétendant que sa naïveté dégoulinante de bons sentiments la rendait malade à vomir, mais elle ne lui enlèverait pas le fait qu’il était quelqu’un de profondément gentil. Elle l’aurait sans nul doute porté davantage dans son cœur s’il n’essayait pas constamment de la rallier au côté religieux de la force. Seulement, et elle n’arrivait pas à croire que cette pensée lui frôlait l’esprit, elle appréciait l’attention qu’il lui portait et ses efforts pour l’épauler.
Ils n’étaient que des adolescents. Jesus et Harper auraient dû jouir de leur jeunesse en faisant comme tous les jeunes de leur âge. En sortant avec qui se présentait à leur porte, en s’inquiétant pour leur avenir, en spéculant sur les résultats de l’élection du roi et de la reine du bal de promo, en programmant leurs vacances et j’en passe. Au lieu de quoi, ils se posaient des questions existentielles sur la vraie fonction de Dieu : était-il celui qui décidait ou celui qui endurait, horrifié par le comportement des Hommes qu’il avait créés ? Omettant volontairement de répondre à toutes les questions de Jesus, Harper baissa de nouveau la tête lorsqu’il revint s’asseoir à ses côtés. Il posait les bonnes questions, il connaissait son sujet par cœur, et démunie face à ses arguments, Harper creusa davantage sa tombe en se murant dans un silence perturbé par les gazouillis des oiseaux et les rires des fidèles qui se pressaient pour rejoindre leurs voitures.

« Je sais ce que tu penses. » finit-elle par dire, la voix étouffée par un chagrin qu’elle peinait à masquer. Elle releva très brièvement les yeux pour cligner en réaction aux rayons du soleil qui lui chatouillaient les rétines. Regardant difficilement devant elle à cause de la lumière trop vive, elle reprit avec une certaine quiétude « Que la guerre est notre œuvre, tout simplement. Que si mon père est mort là-bas, c’est à cause d’un engin explosif improvisé lancé par une escouade irakienne, pas parce que Dieu l’a décidé. Et je crois que tu as raison, Jesus. » Elle pinça les lèvres, les maintint un moment pincées pour ne pas se trahir puis regarda le jeune homme qui appuya ses pensées. Dans un sourire triste, elle dit « D’accueillir à la mort. » répéta-t-elle, amère. Elle détourna les yeux, un sourcil arqué « J’en connais une autre qui accueille à la mort. Elle porte un grand manteau noir à capuche et une grande faux, je suis sûre que tu vois de qui je veux parler. » Aussitôt, elle ferma les paupières en baissant le menton, riant légèrement « Comparer Dieu à la Faucheuse est sans doute l’un des pires blasphèmes que je n’ai jamais prononcés. Je savais déjà que je n’irais pas au Paradis, mais si je continue sur cette voie, je vais officiellement finir en Enfer. »

Après ça, Harper laissa le silence s’installer peu à peu. Elle releva le menton pour regarder le parc de l’Église qui se vidait, retrouvant la paix qui lui incombait. Elle aperçut sa famille rejoindre celle de Jesus plus loin, sa mère donnant l’impression d’entretenir un débat vivant avec le père du jeune homme. Le petit-frère d’Harper se tourna vers elle, lui faisant un signe de la main auquel elle répondit en remuant ses doigts tout près de son visage. Cette conversation qu’elle entraînait avec Jesus, elle ne savait pas où elle les mènerait. Elle savait que les intentions du garçon étaient louables, qu’il tachait avec diplomatie de l’aider, mais elle n’avait pas assez confiance en elle pour prétendre réussir à fournir assez d’effort pour exaucer les souhaits du jeune homme. Pourquoi devrait-elle s’y contraindre, d’ailleurs ? Jesus reprit la parole, sortant une nouvelle fois Harper de ses pensées et dans un rire plus franc, elle lui répondit en feintant l’outrage :

« Quelle impertinence, Sainsbury ! Ton Père aurait pu te faire un peu moins orgueilleux. Tu vas finir par avoir les chevilles tellement enflées que tu ne pourras plus passer les portes. » Elle lui sourit sincèrement, le regardant plus longtemps que d’ordinaire. Derechef, elle détourna les yeux en ajoutant sur le même ton « Et puis, qui sait ? Peut-être que ce Ryan se trompe. C’est peut-être moi que Dieu a mis sur ta route. Tu sais, pour te tester. » Harper risqua un regard un biais vers Jesus puis, elle fit glisser son serre-tête par l’arrière pour libérer ses longs cheveux dans lesquels elle passa une main pour en ébouriffer une partie. Libérée de cet étau désagréable, elle soupira de contentement et se leva avec une certaine élégance pour venir se planter juste devant Jesus « Je reviendrai. Pas tous les dimanches, mais… pour eux, je vais essayer. » La jeune fille lança un regard par-dessus son épaule, opina une fois du chef avant de tendre la main pour toucher maladroitement celle de Jesus. Pour renforcer ses propos auxquels elle cherchait toujours un sens, sachant très bien que sa foi n’était pas rétablie, elle complèta dans un chuchotement « Je te le promets. »
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MessageSujet: Re: 05. Jesus is my friend.   Sam 27 Oct - 12:23

Étrangement, Harper semblait Candide en plaisantant ainsi sur son avenir en Enfer. Elle semblait fraîche et enfantine presque, c'est ce qu'elle dégageait en tout cas, assise là sur ce banc, riant puis reprenant son air grave dans l'instant. Elle l'attendrissait bien plus qu'il ne l'aurait imaginé. Jesus aussi était entre les rires et les confidences. Tout deux n'étaient peut être pas encore assez à l'aise pour parler de vive voix d'eux même sans saupoudrer le tout avec un peu d'humour, ils paraissaient être en équilibre instable, effrayés à l'idée de s'abandonner tout entier à l'émotion et à se laisser aller complètement à la plaisanterie. Ce genre de situation faisait battre les cœurs à tout allure, et celui de Jesus ne dérogeait pas à la règle. Ils ne se connaissaient pas tant qu'on aurait pu le croire finalement, et c'était cette impression de franchir les limites qui était si angoissant et excitant à la fois. C'était ça d'apprendre à connaître quelqu'un, tout simplement.
Ils se dévoilaient avec pudeur sans perdre l'assurance qu'ils en disaient peut être trop, mais cela faisait du bien.
« Tu as raison, si je ne peut plus passer les portes de l'église, je serai bien puni ! » Il rit une nouvelle fois de bon cœur, sans se sentir coupable, juste en riant toujours. Mais quand Harper lança sur un ton taquin qu'elle était peut être celle qui avait été envoyée par Dieu, il se fit plus sérieux tout à coup. Cette pensée le laissa perplexe, car peut être Harper avait elle raison. Il baignait dans une assurance insolente depuis toujours, dans une foi tenace et sans écorchures et d'aussi loin qu'il se souvienne, il n'avait jamais douté de Dieu, il n'avait jamais eut à relever aucun défi pour se rapprocher de lui un peu plus. Pourtant il le savait, la foi se nourrissait du doute, elle ne pouvait pas être constante et droite, elle avait besoin de mise à l'épreuve, de challenge pour se consolider encore un peu plus. Elle avait besoin de se frotter au monde pour se raffermir. Jesus avait soudain l'impression d'avoir été protégé de tout ça. Des défi il en avait bien sûr, McKinley en avait à revendre pour lui, mais au fond, sa foi avait elle été une seule fois questionnée ? Avait il une seule fois été mis devant la question fatale de l'existence réelle d'une entité divine au dessus de lui ? Non, il n'en avait jamais douté, comme un guerrier aveugle qui combat pour son roi invisible, il avait bravé les dangers un par un mais personne n'avait été là pour lui dire « Où est ton roi et que fait il, que t'apporte t'il ? » Harper l'avait charié de nombreuses fois mais sans jamais le toucher au cœur, aujourd'hui était la première fois qu'il se laissait attendrir par les angoisses de la jeune fille. C'était la première fois qu'il s'était senti en difficulté pour répondre des agissements de son Seigneur. Harper pouvait elle être son défi ?
Quand elle lui glissa un regard sur le côté, il le lui rendit, à la fois inquiet et confiant. Il la regardait toujours quand ses cheveux, libérés de son serre tête, retombèrent sur ses épaules. Toujours encore quand elle y passa ses mains... Mais très vite il détourna le regard, une nouvelle fois. Se pouvait il que cette jeune fille, dans un robe blanche de vestale, au cheveux blond des enfants soit un défi pour sa foi ? Elle avait l'air si innocente, si frêle... Pourtant, ils savaient l'un comme l'autre que tout ça n'était qu'un apparat. Une fois au lycée, elle referai son apparition dans sa tenue de sport avec ses manières douteuses et son impertinence.

Quand elle se leva d'un bond, il lui sourit en levant la tête, une grimace sur le visage pour se garder de la lumière aveuglante du soleil. Il ne se méfierai pas d'elle, il voulait son défi, et si elle devait l'être, qu'il en soit ainsi.
« Tu le promets ? » Et lui promit d'essayer de revenir puis il se leva à son tour pour se mettre à sa hauteur. Un peu gêné, il baissa les yeux puis les releva tout en frottant la terre du pied, les mains dans les poches.
« Tu pourrais aussi revenir pour moi... Je veux dire, pour qu'on rattrape le temps perdu ! » Il se sentait très maladroit mais il voulait qu'elle revienne, il avait terriblement besoin d'une amie comme elle, il le sentait, et elle, elle avait besoin d'un ami comme lui. Si elle ne revenait pas chaque fois, il craignait qu'elle ne revienne jamais, comme un thérapeute qui ne vois jamais revenir son patient avec déception. Pour s'éviter cette allure de gamin engoncé, il marcha vers les quelques personnes encore devant l'église et lui fit signe de le suivre.
« Viens. » Elle le rattrapa et il continua toujours un peu hésitant. « Depuis que Monseigneur Hollyfrog est souffrant, ma famille et moi sommes obligés de venir à la paroisse protestante, et ça irait tout à fait en situation normale mais... » Il se tourna vers elle avec une grimace puis ajouta « On ne se parle plus vraiment ! Nous ne sommes pas fâchés mais c'est compliqué depuis un moment. Il y a certaine chose que je dois régler. Alors tu vois, ça me ferait plaisir d'avoir une amie sur les banc de l'église avec qui parler, sans trop blasphémer après la messe ! » Il rit en repensant à leur parole à tout les deux quand ils arrivèrent devant les marches de l'église.
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MessageSujet: Re: 05. Jesus is my friend.   Sam 27 Oct - 15:08

Harper n’était pas convaincue des paroles qu’elle avait proférées plus tôt. À savoir, qu’elle était peut-être celle que Dieu avait mise sur le chemin de Jesus pour les tester, lui et sa foi. Ce n’était qu’une plaisanterie spontanée, une énième provocation pour le déstabiliser, alors qu’elle s‘était pourtant jurée de ne jamais plus le bousculer. En y songeant après coup, elle comprit que pour elle, comme pour Jesus, cette reprise de contact à laquelle ils ne s’étaient pas préparés, engendrerait une remise en question. C’était une problématique à laquelle Harper n’avait pas de solution, si seulement la vie était aussi facile qu’un exercice de mathématiques, elle en ressortirait victorieuse à tous les coups, mais force était de constater qu’elle était trop naïve, et que ses aptitudes en algèbre ne l’aideraient sûrement jamais à trouver la vérité, ou le bon chemin à emprunter. Harper se sentait désorientée, faible. Ç’avait commencé dès la fin de ce cours d’Histoire duquel elle était ressortie bouleversée. Le dialogue qu’elle avait entretenu avec son camarade de classe n’avait fait que l’enfoncer davantage dans cette quête de réponses vitales qu’elle avait pourtant abandonnées, il y avait bien des années. Jesus avait réussi à la faire douter, à subtilement la contraindre à revoir son jugement pour être certaine qu’elle avait bien fait le deuil de sa foi, et sans s’en apercevoir, Harper était rentrée dans son jeu innocent, sans craindre de perdre la face. Le deuil de sa foi, elle l’avait fait ; c’était ce qu’elle pensait. De son côté, elle n’était toujours pas prête à renouer avec la religion, mais admettre que sa famille avait grand besoin d’un soutien spirituel était déjà un pas-de-géant, c’était inespéré. Manifestement, Jesus avait réussi sa mission. Finalement, il n’avait pas eu à beaucoup insister, tout simplement parce que Harper avait confiance en lui, et que quelque part, elle n’aurait pas supporté de le décevoir. C’était étrange, étant donné qu’il y avait quelques semaines encore, elle ne considérait même pas Jesus comme un ami, mais plutôt comme une vieille connaissance qu’elle avait tout simplement perdue de vue. Comme quoi, les choses changeaient, et trop rapidement à son goût.

Debout face à lui, Harper le regarda se lever à sa suite, après lui avoir promis d’essayer de revenir les dimanches suivants, avec sa famille. Sa parole était d’or. Harper avait promis, elle reviendrait donc, et à coup sûr. Son regard éclairé croisa le sien, mais elle ne s’attarda pas, préférant se lancer dans une fallacieuse contemplation d’un buisson derrière le jeune homme, tout en triturant du bout de ses doigts les ornements fantaisies de son serre-tête. Ce fut lorsque Jesus émit la supposition qu’elle puisse revenir pour lui qu’Harper fit glisser son regard sur son visage, le fixant avec plus d’intensité que d’ordinaire. Elle ne savait pas dans quel but il avait dit ça, elle ne cherchait pas vraiment à le savoir, c’était inutile. Elle le connaissait suffisamment pour savoir que ses intentions étaient toujours louables, et sans ambiguïtés. Ce qu’elle savait, également, c’était que dans d’autres circonstances, elle n’aurait pas hésité pour retourner sa maladresse contre lui, et se moquer de son étourderie, mais cette fois, c’est elle qui fut troublée, et dans un sourire timide, elle baissa la tête en opinant légèrement ; elle reviendrait aussi pour qu’ils rattrapent le temps perdu, si c’était ce qu’il voulait, elle n’était pas réfractaire à cette idée.
Perdue dans ses pensées, Harper ne remarqua pas tout de suite que Jesus avait pris sa route, et quand il l’invita à le rejoindre, elle s’activa pour marcher à ses côtés, glissant autour de son poignet fin, son serre-tête dont elle ne savait quoi faire. Il lui expliqua le transfert de sa paroisse habituelle, à celle protestante. L’écoutant un moment sans l’interrompre, Harper répondit à ses mots par de petits sourires aimables. Passant de nouveau une main dans ses longs cheveux, elle attarda ses doigts sur ses pointes, les frottant les unes contre les autres, en tiquant à ses derniers mots.

« C’est compliqué avec monseigneur Hollyfrog ? » demanda-t-elle, perplexe. Elle n’attendit pas sa réponse, et dans un sourire espiègle, elle continua en avançant toujours, le regard perdu dans la mosaïque de béton qu’elle foulait « Cette fille que tu regardais tout à l’heure, elle n’est pas ton amie ? C’est la fille du révérend Hamilton, si je ne m’abuse. Je pensais que toi et ta famille vous étiez proches de la sienne, j’ai dû rater plus de choses que ce que je pensais. » Harper n’était pas idiote, comme tout le monde le savait. Elle avait bien vu la façon dont Jesus avait regardé cette jeune fille, et ce regard absent qu’elle avait décelé, c’était le même qu’il lançait parfois à Lisa Roberts, la présidente des élèves. La rumeur disait que Jesus était amoureux d’elle, Vivaldine lui en avait souvent parlé. Harper n’était pas du genre à écouter les rumeurs, mais lorsque ses dernières se faisaient persistantes comme celle-ci, elle ne pouvait plus les ignorer, et l’attirance notoire de Sainsbury pour la miss parfaite du lycée, c’était le style de petits potins dont elle se délectait en secret. Se mordant brièvement la lèvre, elle tourna la tête pour le regarder, et imagina que ses supputations pouvaient le mettre mal à l’aise. Derechef, elle s’excusa, posant pour la seconde fois, une main sur son épaule « Ça ne me regarde pas, et puis tu as le droit d’avoir plusieurs amies. Je ne sais pas si je serai à la hauteur, je vais faire des efforts. » affirma-t-elle, de bonne foi. Elle retira sa main, bascula la tête en arrière pour regarder le ciel sans nuage en plissant les yeux ; elle ajouta avec humour « Pour les blasphèmes, je vais m’entraîner. Ça risque d’être compliqué, tu m’apprendras à être plus clémente avec lui ? » Elle pointa son index vers le ciel, avant de se mettre à rire en glissant une mèche derrière son oreille, baissant le menton. Ils s’approchèrent des marches de l’Église, et Harper en descendit une seule, se retrouvant plus petite que Jesus. Elle le regarda un moment, pencha la tête sur le côté en soupirant légèrement, s’apprêtant à ajouter quelques mots. Seulement, derrière elle, elle entendit une voix rauque l’appeler ; son frère. Harper tourna la tête pour regarder par-dessus son épaule, fronça les sourcils de mécontentement quand il lui ordonna de venir, mais sa mère lui indiqua qu’il était l’heure de rentrer déjeuner avant qu’elle n’ait le temps de le gronder, et son expression se radoucit. Elle acquiesça en sa direction, lui demandant d’un signe de main de lui laisser quelques secondes encore. Après avoir eu son autorisation silencieuse, Harper reporta son attention sur Jesus, et dit « Je dois y aller. » Beaucoup plus gauche, elle lui sourit, restant planter un cran au-dessous de sa taille habituelle. Pour retrouver bonne contenance, elle repassa une main dans ses cheveux, puis glissa de nouveau son serre-tête sur son crâne, ce qui dégagea son front ; pour la première fois de sa vie, Harper ne savait pas quoi dire.
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MessageSujet: Re: 05. Jesus is my friend.   Dim 4 Nov - 0:12

Jesus acquiesça d'un signe de tête indiquant qu'en effet Msgr Hollyfrog n'allait pas très bien. Il n'allait pas bien du tout même. Il était hospitalisé depuis plusieurs semaines pour ses problèmes de cœur, laissant ainsi la paroisse catholique sans église. Tous savaient qu'il était âgé et que quand bien même il sortirait de l'hôpital, il ne remettrai sûrement plus jamais les pieds dans son église pour y célébrer l'office. Une petite pointe de tristesse piqua le cœur de Jesus à cette idée, le vieil homme lui était très attaché, et la réciproque était vraie. Mais il ne resta pas sur cette note mélancolique bien longtemps puisqu'il crut décelé dans les propos d'Harper à propos de Grace quelques sous entendus. C'est vrai qu'il s'était interrogé sur la nature de ses sentiments pour la jeune fille à une époque, il aurait pu tomber amoureux d'elle peut être mais il avait mis très vite les choses au clair dans son esprit. Grace n'était qu'une amie, presque une sœur même, lui qui était fils unique. Il n'avait aucun problème avec elle en particulier, mais plutôt avec ce que Billy ressentait pour elle, Billy qui était toujours de la partie chaque dimanche à présent, et cette jalousie était typique de ce caractère possessif que Jesus nourrissait pour ses amis les plus proches comme les filles Hamilton. Il tiqua un instant en fixant le sol puis secoua vivement les mains devant lui.
« Oh non non non c'est pas... » Ils s'interrompit et Harper s'excusa de se montrer indiscrète. Il sourit quand elle se défendit de peut être ne pas être une amie à la hauteur, comme si elle lui conseillait de rester bien entouré et de ne pas compter pour elle. Cela l'arrangerait bien se disait il, cela aurait permit à Harper de se défiler encore une fois devant la perspective d'avoir un ami, de se lier réellement à quelqu'un. Il garda ces remarques pour lui bien heureusement mais n'en pensait pas moins. Il se contenta de lui sourire avec compassion.
Quand elle pointa son doigt au ciel, Jesus le suivi machinalement pour regarder en l'air à son tour et il se tira un nouveau sourire sur son visage. La façon dont ils parlaient de Dieu depuis le départ, comme d'une personne presque physique qu'ils auraient pu toucher juste à côté d'eux, cette façon très concrète, elle l'amusait, et en même temps le satisfaisait. Il se disait que c'était déjà un premier pas pour Harper de parler de lui non plus en terme d'interrogation mais plutôt avec cette pointe d'expérience. Pour continuer sur cette plaisanterie, il lui prit le doigt pour l'abaisser.
« Hey on ne montre personne du doigt comme ça, première leçon ! » En s'approchant des marches, il reprit plus sérieusement. « Ne t'en fais pas, tu seras bientôt aussi clémente avec lui que lui l'est avec toi, il est très patient de toute façon, il a l'éternité. » Il perdit bien vite son sérieux tout en se demandant pourtant s'il était vraiment recommandé de plaisanter ainsi sur le Seigneur. Cette question qui d'habitude lui aurait occupé l'esprit avec angoisse, il la balaya bien vite finalement. Il ne le réalisait pas encore mais il aurait pu s'étonner de ce rapport décomplexé qu'il prenait avec le religieux en compagnie d'Harper, moins que de l'irrespect, il se montrait plutôt espiègle avec celui devant lequel il s'était toujours courbé sans relâche.

Ils montèrent quelques marches, Jesus une de plus que Harper quand l'un de ses frères l'appela. En même temps qu'elle tourna la tête, il se hissa sur la pointe des pieds pour regarder la famille Pritchard sur le départ, puis baissa les yeux quand il compris qu'ils attendaient la jeune fille. Harper sembla demander un instant à son frère puis se retourna pour annoncer qu'elle devait partir. Il ne répondit rien à son sourire, ni à cette annonce, car comme elle, il restait planté là sur place sans rien faire. Il l'observait seulement remettre son serre tête comme si elle reprenait un rôle, attendant qu'elle fasse un geste pour lui dire finalement au revoir. Il était peut être un peu déçu, mais la déception ne justifiait plus ce silence qui s'éternisait maintenant.
« Oui, je crois que tu es attendue... » Il glissa un regard vers sa famille puis adressa un sourire gêné à Harper avant de se pincer les lèvres et de se balancer sur ses pieds. « Dans ce cas... Je te souhaite... Bon appétit... » Ne sachant désespérément que faire, il grimpa une première marche à reculons comme pour initier un mouvement. Il se trouvait rarement dans ce genre de situation, celle où il fallait savoir quoi faire, savoir à quel point deux personnes étaient amies, savoir ce qu'on attendait de lui. Finalement, il ne la prit pas dans ses bras pour lui dire au revoir, il s'éloigna ainsi à reculons, et cela valait mieux que de lancer ce "bon appétit !".
« On se voit demain, au lycée ? Passe une bonne journée Harper ! » Sans plus de discours, il se retourna et rejoignit ses parents encore à discuter devant la porte de l'édifice. Il était étrangemant très souriant et nerveux. Mais aussi heureux, de se sentir à ce point utile à quelqu'un dont la situation lui avait occupé l'esprit pendant un long moment. Il se risqua à un regard en arrière, trop furtif pour voir quoi que ce soit puis regarda un instant en l'air. Bizarrement, il s'excusa pour Harper auprès de Dieu pour l'avoir pointé du doigt, lui demandant de ne pas lui en vouloir.
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