Choriste du mois


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 05. Tik Tok

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MessageSujet: 05. Tik Tok   Ven 26 Oct - 16:31

Il était 9 h. Il ne fallait pas être Einstein pour comprendre qu’Harper était en retard. De, seulement, vingt-cinq minutes. Quelle médiocre performance ! Elle avait déjà fait bien pire, et en coulant un regard las à l’horloge qui trônait au haut de la devanture de WMHS, elle fut presque déçue d’observer qu’elle était très loin d’avoir battu son record personnel. L’avantage de ce retard, c’était qu’elle interromprait sans doute le discours soporifique de son professeur de biologie ; entre recevoir la reconnaissance éternelle de ses camarades de classe, confrontés aux mystères de la nature, et flâner encore un peu en espérant tomber par hasard sur le coach McKay, son choix était vite établi. Elle aurait dû regretter d’être déplorable dans la gestion du sablier géant qui la menaçait telle une épée de Damoclès au-dessus de sa jolie tête blonde, mais Harper ne pouvait pas aller contre sa nature profonde, c’était malsain. Au lieu de s’apitoyer sur ses tares, elle s’engagea nonchalamment dans le couloir, mâchouillant avec désinvolture la vieille barre protéinée qu’elle avait trouvée au fond de son sac. C’était, presque, tous les jours, le même rituel. Son petit-frère l’avait mise en retard, très inquiet de devoir passer devant toute sa classe pour son exposé traitant de la découverte des restes d’une épave au fin fond de l’Atlantique. Elle avait dû l’accompagner jusqu’à la porte pour être sûre qu’aucune crise de panique ne vienne perturber le trafic dense dans les couloirs de son école. On ne pouvait pas reprocher à Harper de mal faire son boulot de grande sœur. Le bien-être de ses frères était plus important que de respecter à la lettre un emploi du temps de fou qu’on lui imposait. Et puis, l’atout non négligeable qu’elle avait, c’était que, grâce à ses résultats scolaires parfaits et ses exploits à la course, elle apparaissait comme le poulain de certains professeurs, voire même du principal Figgins, le grand patron tandoori. Harper n’était, certes, pas du genre à se reposer sur ses (nombreux) acquis, néanmoins, étant donné sa prédisposition à ne pas respecter les règles, le soutien manifeste des figures d’autorité de ce lycée avait quelque chose de particulièrement réconfortant, alors pourquoi s’en priverait-elle ? Ce fut sur cette sage pensée qu’elle dévala les trois petites marches qui la menaient jusqu’à une rangée de casiers. En passant à proximité d’une poubelle débordant de toute part, elle y lança l’emballage de sa barre protéinée, rassasiée. Elle devait trouver Madeleine.

Madeleine Wild, surveillante de son état, faisait partie de ces figures d’autorités qu’elle avait réussi à se mettre dans la poche. Ainsi, Harper obtenait assez aisément des billets d’excuses pour ses retards légendaires, sans avoir besoin de se justifier. Madeleine était devenue la fournisseuse officielle de Harper, celle à qui elle s’adressait à coup sûr pour être certaine de rentrer en cours. Cependant, avec la jeune femme, les choses étaient différentes qu’avec le reste de la populace McKinleite : ce n’était pas Madeleine qui lui mangeait dans la main, mais le contraire. Harper avait, comme qui dirait, besoin de se faire pardonner d’une faute dont Madeleine elle-même, n’était pas au courant. Alors, peut-être qu’il arrivait à Harper d’en faire trop à son intention, considérant que les muffins aux potirons qu’elle avait cuisinés exprès pour elle pendant la période d’Halloween feraient passer le vol de 500 $ qui lui appartenait, comme une lettre à la poste. Mais comme il n’y avait aucune raison qu’elle l’apprenne, et que Harper travaillait sur le remboursement de cet emprunt, elle ne risquait rien, absolument rien ! Cela ne l’empêcha pas de frissonner, angoissée à l’idée de devoir s’expliquer sur ce malentendu. S’apprêtant à s’engager à l’angle d’un couloir, visant le casier d’Elijah Burlingame devant lequel la surveillante campait régulièrement, elle n’entendit pas le clapotis régulier de ses talons sur le sol, douce musique à ses oreilles opportunistes. Roulant des yeux avec ostentation, elle sut derechef qu’elle ne faisait pas sa ronde, et agacée par le détour qu’elle avait dû faire, Harper tourna les talons pour, cette fois, se rendre au fief des surveillants : l’administration.

Arrivée devant la porte, la jeune fille s’arrêta, le visage rembruni. Elle essayait toujours d’adopter un entrain surfait lorsqu’elle s’adressait à Madeleine. Elle ne savait pas exactement pourquoi, sûrement parce qu’elle avait l’impression que chacune de ses sombres œillades pouvait potentiellement passer pour un aveu de son implication dans la perte de son argent. Alors, comme à l’accoutumée, Harper prit une grande inspiration, gonflant sa poitrine qui manqua de faire sauter les boutons de son gilet, et se força à sourire de toutes ses dents. Attrapant la poignée de la porte, elle l’ouvrit avec grandiloquence, accompagnant son entrée théâtrale, par un chantant :

« Good morning, Vie… » Nette, Harper se figea, relâchant sa respiration dans un bruit semblable au son de la trompette de Milo Greengrass, et baissa les bras qu’elle avait tendus sur les côtés dans un éventail sublime. Ce n’était pas Madeleine qui se trouvait derrière le bureau, c’était un autre surveillant, et pas des moindres : Timothy Ainsworth, ou le tatoué mélancolique. Croisant son regard glacial, Harper ne se sentit plus obligée de jouer la comédie ; elle ne l’aimait pas beaucoup, pour des tas de raisons puériles, mais avant tout parce qu’il était aussi arrogant qu’elle. Dans un petit sourire narquois, elle se redressa, arquant un sourcil en même temps « Je suis venue voir miss Wild, elle traîne dans le coin ? » demanda-t-elle, belliqueuse. Elle fit un pas dans le bureau, passant sa langue sur ses dents pour finalement reprendre d’un ton monocorde « Je suis en retard, c’est toujours elle qui se charge de ça. » Dans un regard furtif, Harper toisa la silhouette du surveillant, derrière le bureau, avant de ramener son sac devant elle. Après quelques manœuvres d’ouvertures de fermetures éclair, elle sortit son carnet de liaison « Je suppose que vous êtes aussi capable qu’elle de signer ce genre de truc. », et le lança volontairement à Tim. Haussant une épaule, elle prit un air faussement désolé quand le carnet s’échoua devant lui et minauda, hypocrite « Oups, vraiment désolée, il a glissé. »


Dernière édition par Harper E. Pritchard le Lun 3 Déc - 16:05, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: 05. Tik Tok   Sam 27 Oct - 16:43

Le pouvoir conférait à son détenteur une jouissance toute particulière à laquelle Tim avait cédé. Il s'était laissé corrompre par ce sentiment de supériorité, à la limite du despotisme, qu'il avait tant maudit durant son jeune âge. Comment pouvait-on détester autant l'autorité et pourtant y prendre goût au point d'apparaitre aux yeux des autres comme un tyran ? Tim s'était toujours dit qu'un jour, s'il avait l'opportunité de détenir le destin des autres entre ses mains, il ferait preuve du laxisme auquel on le l'avait jamais habitué. Mais ces pensées n'étaient qu'un vaste mélange de l'innocence de la jeunesse et de l'hypocrisie générale qui régissait le monde adulte. Les gens se disaient souvent tolérants, ils ne voyaient aucun inconvénient à voir la nature grandir à son gré dans le jardin du voisin, mais lorsqu'il s'agissait du leur, leur jugement était tout autre. Tim était alors devenu tout ce qu'il avait détesté, ce genre de surveillant sans vergogne qui se moque des excuses les plus banales et refuse même de concéder ses erreurs de jugement. Un jour, alors qu'une élève était apparue avec la sempiternelle excuse du "raisons personnelles", il avait jugé bon de blaguer sur la mort de son hamster avant de la voir éclater en sanglots devant lui. Son manque d'empathie lui avait alors intimé de valider cette absence, dans le simple espoir de se libérer des responsabilités desquelles il venait d'hériter. Oui, Timothy était assez paradoxal dans sa manière d'agir, et parfois il aimait bafouer les ordres proclamés par le grand manitou Figgins, juste pour se rassurer de sa liberté de mouvement. Seulement cette fois-ci tout était différent, et à la grande surprise de Samuel, Tim avait accepté sans aucun compromis de se charger du cas Harper Pritchard, pour lequel de toute évidence Madeleine était une incompétente de grande renommée.

De prime abord, Harper était l'exemple même de l'élève que Timothy ne pouvait pas voir en peinture. Elle se jouait des règles et des conventions sous prétexte que ses notes étaient exemplaires et que ses devoirs étaient rendus à temps. Pendant longtemps son statut presque modèle lui avait valu des passe-droits mais c'était simplement parce qu'elle faisait en sorte d'être contrôlée par Madeleine. Cette dernière devait certainement savoir que le cas Pritchard aurait éveillé chez Tim une rancœur exacerbée par le temps. Les années passaient mais l'injustice régnait toujours. Du moins jusqu'à aujourd'hui. Les passe-droits, Tim les donnait au contraire aux élèves plutôt moyens dont il était réceptif à la détresse. Il y avait cependant quelque chose d'étrange chez Harper qui suscitait en lui une curiosité inhabituelle. Ses retards à répétition suggéraient quelque chose qui le dépassait totalement. Elle était bien assez intelligente pour savoir lire l'heure et assez pour savoir que la ponctualité était une qualité appréciée par les patrons. Tim avait tout d'abord cru qu'elle voulait simplement se moquer d'eux en soulignant leur inutilité mais il n'adhérait pas à son petit numéro. Et tôt ou tard, il découvrirait la vérité.

D'un geste las, Timothy jeta un coup d'œil furtif à l'écran de sa montre. Harper était censée commencer à 8h30 et elle n'était toujours pas apparue. Bien sûr, elle aurait pu être déjà en classe, mais c'était une utopie qui ne lui traversait même pas l'esprit. Vissé sur son siège, il l'attendait de pied ferme, comme s'il était le seul juge apte à la condamner enfin. Cette situation ne l'enchantait pas particulièrement, ce n'était pas comme s'il était au beau milieu d'un concours avec Madeleine pour lequel la règle d'or était d'envoyer le plus d'élèves possible en salle de permanence, où Samuel s'engageait à leur faire passer un sale quart d'heure. Ce jeu était pourtant amusant et dénotait d'un certain sens de la pédagogie qui échappait totalement aux trois surveillants. Cela apprenait aux élèves à apprécier leur première heure de cours. Une heure que Miss Pritchard semblait d'ailleurs mépriser. En parlant du loup, cette dernière venait d'entrer sans politesse aucune dans le bureau, de la façon la plus rayonnante et ridicule qui soit. Voir son expression se déconfire au fur et à mesure procura à Tim une satisfaction presque sadique. Il était comme un Détraqueur qui venait de pomper toute sa bonne énergie pour alimenter la sienne. Ce fut pour cette raison qu'un sourire amusé se dessina sur ses lèvres, alors qu'Harper se rendait compte de la position indélicate dans laquelle elle s'était glissée avec entrain. "Vieille peau tu allais dire ? Nan, elle est pas là aujourd'hui." dit-il pour conclure la phrase de la jeune fille. Harper était forte, et il l'admirait pour l'orgueil dont elle faisait preuve : comme il l'aurait fait à son âge elle ne se laissa pas atteindre par le ridicule et essaya de tourner la situation à son avantage. Ce qu'elle ignorait sûrement, c'était que Tim avait des années d'expérience en plus dans ce domaine. "Tu es en retard ? J'avais même pas remarqué." ironisa-t-il en arborant une expression d'une innocence mesquine. Dans une dernière tentative désespérée, Harper lança son carnet de correspondance en articulant des propos d'une extrême insolence qui glissaient sur Tim comme de l'eau de pluie. On apprenait pas au vieux singe à faire la grimace. "Malheureusement il se trouve que non Harper, j'en suis incapable..." Sur sa lancée, Tim s'interrompit net, peu disposé à jouer du même ton arrogant que celui qu'empruntait la jeune fille. Quel genre d'adulte serait-il sinon ? "Comme ça tu pourras profiter de ton temps libre en permanence pour apprendre à lire l'heure, d'accord ?" C'était plus fort que lui, à croire que sa maturité était bien en dessous de celle de son interlocutrice... d'ailleurs il n'en doutait pas et c'était bien cette réalité qui l'agaçait le plus. "Tu es un mauvais exemple pour tes camarades Harper. Tu crois qu'on joue dans la même cour ? Très bien, alors toi aussi tu devras répondre de tes actes maintenant. A commencer par une heure de retenue pour retards à répétition. Et crois-moi, ce genre de truc je suis capable de le signer."
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MessageSujet: Re: 05. Tik Tok   Dim 28 Oct - 15:29

Harper se laissait rarement déstabiliser, ce n’était pas l’apparition divine de son surveillant fétiche qui dérogerait à cette règle, plutôt finir en Enfer. Elle ne s’était confrontée à Timothy que quelques fois, toujours en public, se moquant ouvertement de son expression de dédain permanente, seul point commun qu’ils semblaient partager. Aussi, tous les deux trop orgueilleux pour admettre qu’ils sortaient du même moule, c’était une lutte verbale sans pitié qui se déroulait chaque fois qu’ils se croisaient. Un peu comme avec Seth Catalano, le professeur d’espagnol de Harper, à la différence près que le surveillant Ainsworth, lui, était un adversaire à sa taille. Parfois même, bien meilleur qu’elle, il l’avait déjà prouvé à de maintes reprises. Sans doute qu’Harper aurait dû conseiller à Catalano de prendre des leçons avec Tim, histoire de faire naître en lui, une lueur d’espoir ; elle aurait adoré voir cette lueur, vive et confiante, s’éteindre quand pour la énième fois depuis le début de l’année scolaire, elle lui clouerait le bec sans même élever la voix. Cette pensée fugace lui procurait une jouissance telle, qu’elle esquissa un faible sourire, perdue dans ses songes. Seulement, en croisant le regard de son interlocuteur, trônant fièrement derrière son bureau, Harper sut instantanément que la tâche ne serait pas aisée, et son sourire s’estompa. N’insistant pas sur les lacunes culturelles du jeune homme qui semblait penser qu’elle était assez irrespectueuse pour que son « Good morning, Vie… », faisait référence aux rides marquées de Madeleine, elle se promit, toujours avec la plus grande des générosités, de lui offrir pour la fête des larbins, le DVD du grand classique de Barry Levinson, « Good Morning, Vietnam », histoire qu’il puisse briller en société, et cesser d’enfin se ridiculiser, comme il venait de le faire, sans s’en apercevoir. De nos jours, on embauchait vraiment n’importe qui, se dit-elle. Préférant donc mettre tout de suite les pieds dans le plat pour amortir la chute douloureuse qu’elle pressentait déjà, ce fut tout naturellement qu’elle présenta son carnet de liaison au surveillant ; ou plutôt, qu’elle le lui lança, jouant l’innocente, pour pimenter l’action. Une nouvelle fois, ses yeux croisèrent ceux du surveillant, et évidemment, elle ne lâcha pas prise, maintenant le contact aussi longtemps qu’elle en était capable. Autant dire que ce duel pourrait durer des minutes, voire des heures entières.

Harper ne savait pas comment l’expliquer, mais tout en lui l’agaçait ; sa façon de regarder les élèves comme s’il s’agissait de petites brebis à égorger, ses tatouages, son accent débile, sa coupe de cheveux grotesque et cet excès de zèle qui ne l’impressionnait pas le moins du monde. Il y avait des fois, où sans raison, le courant ne passait pas avec quelqu’un. C’était ce qu’il se passait avec Timothy, ils n’étaient pas sur la même longueur d’onde. Il était idiot qu’ils se fassent des politesses, ils l’avaient assimilé rapidement. Ne baissant pas sa garde, ne prenant même pas le temps de ciller, Harper l’écouta ouvrir la bouche pour articuler des propos qui ne manquèrent pas de la faire sourire. Pour autant, elle ne flancha pas.

« Quoi, vous savez pas écrire ? » répondit-elle, sérieuse en haussant un sourcil « Figgins devrait revoir ses critères d’embauche. » Elle sourit graduellement, détendant son front, une expression de défi teintant les traits de son visage trop rond. Harper savait que, de toute façon, même avec ses sarcasmes et son attitude, Timothy serait obligé de l’expédier en cours, alors pourquoi bouder son plaisir ? C’était une certitude profonde, elle n’aurait qu’à lui fournir une excuse quelconque, il était peut-être fort en ce qui concernait les joutes verbales, mais elle décelait chez lui un éclat de crétinisme fort avancé qu’elle trouvait tout à fait navrant. Pour préserver sa sensibilité, qui se cachait bien profond sous les couches d’encre de ses tatouages hideux, elle se garda bien de le lui dire, inquiète de le voir éclater en sanglots devant elle, comme l’avait fait Madeleine, quelques mois plus tôt, lorsqu’elle était venue lui rendre son sac à main, dépouillé des 500 $ qu’elle avait empruntés. Sécher les larmes de Timothy, c’était au-dessus de ses forces, elle serait trop tentée d’en faire couler d’autres. Ses yeux commençants à légèrement lui picoter à cause de l’absence de clignements, Harper plissa les paupières, quand Tim lui parla de permanence. Elle avait dû mal saisir, ce fut pourquoi elle s’obstina à jouer l’idiote, plissant davantage les yeux, et tâtant du bout des doigts, les bords du bureau devant lequel elle était debout.

« J’ai pas permanence, j’ai cours de bio. » Hypocrite, elle le gratifia d’un sourire forcé, qui suréleva ses jolies pommettes « Aw, je vous remercie de vous inquiéter de mes lacunes, mais vous devriez plutôt vous concentrer sur les vôtres. Vous savez, Rome ne s’est pas construire en un jour… » Elle élargit son sourire, pendant que la situation lui échappa totalement, et que dans le regard de Timothy, elle comprit qu’elle n’aurait pas le droit de se rendre à son premier cours de la journée. La voix du jeune homme lui parut soudain se projeter en écho dans sa tête, et elle laissa tomber son sac à dos au sol, juste à ses pieds. Elle fit glisser son regard sur ses lèvres qui remuaient au ralenti (elle remarqua au passage qu’il avait de très belles dents bien droites), rompant le contact de ses pupilles avec les siennes ; mauvais exemple, répondre de tes actes, heure de retenue. Harper ouvrit grand la bouche, se laissa asseoir sur la chaise derrière elle, et se contraignant à le regarder de nouveau dans les yeux, elle dit plus fort qu’elle ne l’avait prédit « Ah, mais non, je crois que ça va pas être possible ! » Sous le choc, elle écarquilla les yeux en soufflant, bouillant à l'intérieure « Moi, je suis un mauvais exemple pour mes camarades, vous vous foutez de moi ! » Elle posa une main sur sa poitrine dans le feu de l’action. Ses joues virèrent au cramoisi. Elle ne devait pas avoir d’heures de retenues relevées dans son dossier scolaire, c’était ce genre de petites erreurs idiotes qui valaient aux meilleurs de passer à côté d’une bourse sportive, elle ne pouvait pas se le permettre. C’était la raison pour laquelle elle s’adressait toujours à Madeleine : elle savait qu’avec elle, elle ne risquait pas d’avoir de mauvaises appréciations au conseil de classe, c’était tout. Se mordant très fort la lèvre, elle continua un ton en dessous, après avoir passé ses deux mains dans ses cheveux détachés « J’ai manqué aucun cours depuis le début de l’année scolaire. C’est vrai que je suis souvent en retard, mais je ne rate jamais un cours ! Je rattrape les minutes que j’ai manquées en restant plus longtemps à la fin ! Regardez, regardez dans vos petits papiers débiles, regardez ! » Désespérée, elle pointa du doigt le registre ouvert devant Tim. Clignant furieusement des yeux plusieurs fois à la suite, elle constata qu’il n’en fit rien. De fait, elle répéta, posant ses yeux humides sur la tablette en désordre « Qu’est-ce que vous attendez, vérifiez ! »
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MessageSujet: Re: 05. Tik Tok   Ven 2 Nov - 12:12

D'un regard circonspect, Timothy dévisageait Harper, non pas avec cette lueur de mépris qui brillait souvent dans ses yeux mais plutôt avec l'intention de remarquer tous les détails qui faisaient de Harper une bien piètre harpie. C'était le surnom que semblaient lui donner ses camarades, et même si cette coïncidence l'avait d'abord beaucoup amusée, elle avait fini par éveiller en lui une prudence et une clairvoyance inhabituelles. Le fait est que, malgré les années, Tim continuait négligemment de juger les gens sur leur apparence ou une première impression. Qui pourrait se douter que derrière ces cheveux de blé et ces yeux bleus pétillants pouvait se dissimuler une telle arrogance et un tel dédain pour les règles de société ? Pourquoi les gens craignaient-ils Harper Pritchard ? Elle avait l'air d'une poupée anticonformiste aux formes bien trop généreuses pour son âge. Elle semblait respirer l'innocence et transpirer la crainte, un peu à l'image de cette mauvaise plante qu'avait disposée Figgins dans le coin du bureau des surveillants. Quelle atrocité, Tim se surprenait même à la mépriser comme tous les autres. Mais cette Harper, elle était forcée de masquer ses faiblesses derrière son assurance et sa brutalité. Il aimait bien ce paradoxe chez elle, mais il était malheureusement pour elle bien trop avisé pour savoir que nul ne se rebellait sans raison. Le mépris puisait souvent dans une source inconnue du public que l'orgueil dissimulait encore davantage. A la limite Harper aurait pu faire illusion avec une cigarette au bec et quelques tatouages, mais sa manie de vouloir être la meilleure et la parfaite santé requise par son coach ne trompait personne : elle avait des secrets. Longtemps Tim ne s'était pas encombré des détails de la vie privée des élèves de McKinley, lui mieux que quiconque savait qu'une fois le hall franchi les lycéens aimaient déposer avec leurs livres tous leurs soucis dans leur casier, jusqu'à ce que la cruelle réalité les rattrape le soir. Mais pour une raison qui lui échappait, sa vision des choses avait évolué. Il avait envie de prouver à Figgins qu'il était capable de remplir cette mission à laquelle personne n'avait prétendu jusque là. Pourquoi ? Lui-même ne le savait pas. Entrer dans les petits papiers de Figgins n'avait jamais été dans ses objectifs et encore moins prouver sa compétence. Peut-être grandissait-il, enfin.

Anormalement calme, Timothy soutenait le regard de Harper avec une détermination qui, justement, n'avait plus rien de puéril. Il n'était pas question de gagner cette bataille pour renforcer son égo - peut-être un peu c'était vrai - mais simplement pour exercer le rôle auquel il avait prétendu en signant son contrat de travail. Les conséquences que pourrait avoir sa réussite sur son entourage n'était qu'un bonus auquel, certes, il avait beaucoup pensé. A croire que même cinq ans après il avait besoin de reconnaissance. L'impétuosité, l'arrogance, la condescendance de Harper ricochaient sur son armure d'indifférence. Malgré les piques et les insultes que glissait Harper avec une subtilité honorable, il ne cillait pas. Ce jeu relevait presque du sadisme, lui qui savait comme le zèle jouait avec les nerfs de l'autre. Il ne se serait jamais cru capable de pouvoir se vanter d'un calme pareil face à une élève récalcitrante. Force était de constater qu'il avait fini par aiguiser ses méthodes et dompter son impulsivité naturelle. Après tout Harper était une adolescente et une fille de surcroit, il serait bien désobligeant de sa part de lui montrer que ses propos l'atteignaient. Il savait de plus pertinemment que s'emporter était la manière la plus idiote qui soit d'abdiquer. Il avait réussi ce coup de maître à maintes reprises à son âge, et n'avait cessé de se répéter que l'exclusion était un moyen pour le professeur de hisser le drapeau blanc et d'admettre la défaite. La sentence était l'arme du faible.

Ce qu'il n'avait pas prévu en revanche, c'était l'effet que produirait cette révélation sur Harper. Peut-être avait-il tort, elle ne lui ressemblait pas tant que ça. Lui aurait accepté la punition avec une dignité déplacée et aurait profité de son heure de retenue pour repousser encore et encore le retour fatal à la réalité du domicile familial. La mine déconfite de Harper n'éveilla même pas en lui un plaisir malvenu mais plutôt une dangereuse empathie qu'il balaya aussitôt. Après tout, elle jouait bien les gros bras tous les jours dans les couloirs, pourquoi ne jouerait-elle pas la fillette ébranlée pour éviter de récolter les fruits de son insolence ? Brillant, pensait-il. Impassible, il la regardait s'écrouler devant lui sans le moindre remord. "Tu ferais mieux de baisser d'un ton Harper, je crois que c'est dans ton intérêt." conseilla-t-il d'une voix monotone, comme s'il avait répété cette phrase des milliers de fois en sachant que c'était un mensonge. "Je me fiche de tes excuses, c'est à toi d'arriver à l'heure à tes cours, pas aux professeurs de t'accorder des minutes supplémentaires bénévolement tout ça parce que tu suis tes propres règles. C'est fini." dit-il avec fermeté. "Tu crois que ta condition de bonne élève peut t'octroyer des privilèges ? Pourquoi est-ce que je devrais coller une heure de retenue au petit rigolo du fond qui réclame de l'attention pendant le cours parce qu'il n'en a pas de la part de ses parents et pas à toi, sous prétexte que tes résultats n'en pâtissent pas. C'est des conneries tout ça, vous voulez abolir la hiérarchie à McKinley, alors voilà par où je commence."

Sans s'en rendre compte il s'était laissé emporter par ce sentiment d'injustice qu'il avait foncièrement toujours ressenti. Sa rancœur l'aveuglait mais il lui semblait qu'au contraire elle lui ouvrait les yeux. Evidemment le rigolo du fond c'était lui, et il espérait bien qu'Harper ne soit pas assez futé pour se rendre compte que l'amertume influençait son jugement. "Pourquoi est-ce que tu joues les dures Harper ? Tu viens de me démontrer le contraire. Crois-moi, je suis gentil, tu mérites bien plus qu'une heure de retenue pour sanctionner tes actions, et encore plus pour ton insolence. Alors à moins que tu me fournisses une excuse de taille, tu accepteras cette sanction."
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MessageSujet: Re: 05. Tik Tok   Dim 4 Nov - 15:43

Baisser d’un ton, venait-il de lui conseiller ? Surement pas, elle n’allait pas le baisser son fichu ton, pas avant qu’il vérifie dans ses dossiers ou dans n’importe quel autre de ses registres débiles que la retenue avec laquelle il la menaçait n’était pas méritée. En fait si, elle l’était. Et c’était bien ça qui l’embêtait le plus. Harper savait qu’elle avait clairement outrepassé le règlement, qu’elle s’était octroyé quelques droits en arrivant continuellement en retard sinon, pourquoi aurait-elle choisi le surveillant qui signait régulièrement ses billets, elle n’était pas idiote. Ses vraies raisons étaient bonnes. Elles ne les expliqueraient pas au surveillant Ainsworth, elle ne l’expliquerait à personne tout court, ça ne les regardait pas. Qu’est-ce que ça changeait d’arriver à l’heure ? Deux minutes à attendre que le professeur daigne rejoindre sa classe et ses élèves, c’était deux minutes où elle pouvait pour la cinquantième fois expliquer à sa mère quel numéro elle devait composer si jamais il lui arrivait malheur durant son absence, ou si jamais elle avait vraiment besoin d’elle au cours de la journée. Harper avait le sens des priorités et la sienne, c’était sa famille. Sous quel prétexte devait-elle s’en excuser ? Toutes les choses qu’elle apprenait en cours, elle les assimilait avec une rapidité hallucinante. Elle n’avait pas à se forcer pour être brillante, c’était une sorte de don qu’elle avait depuis son enfance, comme ses aptitudes en sport. Elle ne ratait pas grand-chose quand il lui arrivait de manquer plus de quinze minutes de classe, ses camarades étaient souvent là depuis le début du cours, ce n’était pas pour autant qu’il parvenait à la vaincre avec leurs médiocres résultats. Ses professeurs savaient d’avance que si un devoir-surprise tombait à n’importe quel moment de la semaine, la meilleure copie qui en ressortirait, serait immanquablement celle d’Harper Pritchard. Était-ce présomptueux de sa part de penser qu’elle était la meilleure ? Bien sûr que ça l’était. Pourtant, ce n’était que la stricte vérité.
Mais son problème actuellement n’était pas de prouver à la Terre entière que son quotient intellectuel valait dix fois mieux que celui de l’équipe entière du décathlon scientifique de l’an dernier. Son plus gros problème, c’était Timothy Ainsworth qui avait littéralement son avenir entre ses mains tatouées. Une heure de retenue, ce n’était rien du tout, une pièce dans une fontaine et encore. Seulement, c’était l’appréciation du surveillant qu’elle redoutait ; elle voyait dans son regard dur et froid qu’il ne lui ferait pas de cadeau, elle le sentait. Elle s’attendait à ce qu’il la descende au conseil de classe qui n’allait pas tarder à arriver, qu’il remette sur le tapis ses nombreux retards. Sans compter que la parole de Seth Catalano irait également en sa défaveur et que le petit incident lors de leur sortie à l’Ohio State Université jouerait en sa défaveur. Sûrement qu’à la fin du conseil, le principal Figgins déciderait pour l’exemple de faire apparaître son inaptitude à se présenter à l’heure dans son dossier scolaire sans tâches, ce qui n’était jamais arrivé auparavant. Son dossier scolaire justement, il était parfait. Elle faisait tout pour que ses vagues d’arrogance n’interfèrent pas avec son talent pour les études et jusqu’à présent, elle s’était plutôt bien débrouillée. Bon sang, pourquoi Madeleine n’était pas présente, aujourd’hui ? Fronçant les sourcils, les lèvres légèrement retroussées sur ses dents droites, Harper lança un regard assassin à Tim qui visiblement n’en avait que faire de sa bonne foi. Fulminant, Harper soupira grossièrement en se laissant tomber en arrière pour s’adosser à la chaise sur laquelle elle était assise. Elle n’échapperait pas à son discours prémâché, ça l’énervait déjà et faisant gigoter sa jambe sous l’effet du stress, elle se redressa en le regardant de nouveau droit dans les yeux.

« C’est de ma faute si les élites ont la belle vie dans ce foutu bahut peut-être ? » Son ton était cassant, et malgré le fait qu’elle faisait elle-même partie de ces soi-disant élites, on ne pouvait ignorer le dégoût pour cette injustice dans le grain de sa voix « Nan, ça l’est pas. Vous voulez qu’on parle du nombre de fois où les Titans ont eu le droit de sécher les cours en utilisant des prétextes bidon, alors qu’on sait tous qu’ils vont espionner les New Directions pour être sûr de les choper à la sortie avec leurs slushies ? Si mes retards ne sont pas normaux, c’est quoi ça alors ? C’est la tradition, alors on laisse passer ? C’est pas moi qui ai demandé à ce qu’on me laisse rentrer en cours à chaque fois que je dépasse la fin du sablier. » Elle reprit une profonde inspiration en plissant les yeux « C’est sûr que ça m’arrange, mais ne me mettez pas dans la même case qu’eux. » Davantage, elle plissa les paupières en le regardant et ajouta « Ça serait une grave erreur. »

Pour la première fois, Harper détourna le regard. Elle cilla un moment, avant de mentalement s’arrêter sur les propos du jeune homme. Son ton paraissait amer, elle l’avait remarqué. Il avait beau garder cette attitude très digne, elle avait l’impression que ce qu’il venait de lui dire sur le rigolo du fond de la classe le touchait plus qu’il ne voulait bien l’admettre en présence d’une élève. Harper n’était pas habilité à prendre en compte ce genre de détails qu’elle remarquait, parce que ce n’était pas son rôle. Elle était peut-être présomptueuse, elle n’en restait pas moins respectueuse. Tim restait un adulte, elle était une adolescente, chacun à sa place. Son père n’aurait pas apprécié qu’elle se mêle de ce qui ne la regardait pas et bien que sa curiosité fut piquée à vif, elle ne rétorqua rien, trop occupée à songer à ce qui allait lui arriver. Maintenant c’était sûr, cette fois. Elle n’irait plus en cours.
Ce fut la voix de Timothy qui la ramena dans le bureau et précipitamment, elle retourna la tête vers lui. S’il tentait de faire de la psychologie de supermarché avec elle, sa tentative serait vaine ; le premier qui avait réussi à lui arracher des explications, c’était Jesus et il avait peiné pour en arriver à un résultat probant, ce n’était pas sous la menace que la blondinette lâcherait prise ; elle était persuadée de tenir bon même sous la torture, elle n’avait pas peur. Bizarrement pourtant, son pouls s’accéléra davantage et pour la seconde fois, elle baissa les yeux. Seulement, elle n’avait pas le droit d’être faible, elle n’avait pas le droit de montrer que les insinuations du surveillant la touchaient, et dans un petit rire sardonique, elle releva la tête en la secouant lentement de droite à gauche.

« Vous parliez de privilèges, tout à l’heure. Mais regardez-vous, vous profitez de votre autorité pour soutirer des infos personnelles sur les élèves. Si on ajoute votre retenue, je mettrais ma main à couper que ça se rapproche du chantage tout ça, mais pour c’que j’en sais… » Elle arqua un sourcil, se mordit la lèvre en souriant avant de reprendre « Je pensais que vous étiez différent des autres, malgré toutes les choses négatives que je pense de vous. Du coup, j’crois pas que vous soyez digne que je vous explique, monsieur Ainsworth. » Elle se leva, la tête haute et sûre d’avoir retrouvée bonne figure, elle se risqua à de nouveau affronter son regard perçant « Je suppose que ça veut dire je vais devoir accepter ma punition, alors. »
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MessageSujet: Re: 05. Tik Tok   Mer 14 Nov - 14:31

Ce ne fut qu'après un court instant que Tim se rendit compte que l'amertume lui avait fait baisser sa garde. Dans un moment de faiblesse il s'était implicitement livré tel qu'il était à une élève : quelqu'un d'incompris que la rancœur rongeait plus jour après jour. Si Harper était si impudente qu'elle le laissait paraitre, elle aurait profité non sans impunité de cette faille dans les remparts de son adversaire pour lui assener le coup de grâce et en finir avec cet interrogatoire. Sous ses faux airs placides il dissimulait une crainte confuse qu'il balayait aussitôt que son statut le lui intimait. Avoir peur d'une ado, c'était le monde à l'envers. Durant de longues années Tim avait perfectionné l'art de tourner la situation à son avantage, mais dans un élan d'incompétence ou de confiance exacerbée il avait laissé la situation lui échapper. Quoiqu'on en dise, le métier de surveillant, au même titre que celui de professeur, était difficile. Pas pour tous, certes, mais il l'était pour quiconque entendait le faire correctement. Jusqu'ici Tim avait négligé les responsabilités et les règles tacites qu'impliquaient les relations entre adultes et adolescents, et ce fardeau lui était tombé dessus sans qu'il n'y soit préalablement préparé. On ne s'improvisait pas fin psychologue, il était mieux placé que quiconque pour le savoir, alors que durant toute son adolescence personne n'avait véritablement réussi à percer son armure d'indifférence, mais il se disait qu'après tout il était ici pour apprendre. Les cours de l'OSU lui inculquaient la théorie, une bien ennuyeuse théorie qu'il écoutait d'une oreille dissipée, et son rôle de surveillant lui permettait de l'appliquer. Sans même le savoir Harper venait d'endosser le costume de parfait petit cobaye dans sa tentative inespérée de reconversion. Ironie du sort, lui qui avait souvent joué avec les nerfs des psychologues se trouvait à son tour dans la délicate position de celui qui n'avait pas le droit de hausser le ton, au risque de dévoiler ses faiblesses. La jouer fine c'était bien au dessus de ses moyens, mais il était prêt à s'essayer au tact et à la condescendance si c'était le seul moyen de parvenir à ses fins.

Harper ne faisait visiblement aucun effort pour dissimuler son agacement, alors qu'elle s'affalait de plus en plus sur sa chaise. Elle avait beau jouer les inaccessibles, son petit numéro de l'adolescente alarmée par la menace de l'heure de retenue n'avait pas échappé au surveillant. Il y avait trois types d'élèves à McKinley - et Tim était même persuadé que c'était une règle universelle - : celui au premier rang, qui répond à toutes les questions et vous ordonne de vous taire lorsque vous faites un bruit de trop. Celui-ci n'a jamais d'heure de retenue, il ne sait donc pas ce que cette punition implique. Il y a bien évidemment celui du fond de la classe, bruyant, qui tend à confondre la classe avec une cour de récréation. Celui-ci accepte la punition sans rechigner, après tout c'est juste une heure de plus à son palmarès. Et il y a celui, comme Harper Pritchard, qui s'assoit où il reste de la place parce qu'il arrive en retard et se croit au dessus des autres. Cet élève a beau feindre une certaine assurance, la punition lui fait aussitôt réaliser les limites à ne pas dépasser, et c'est alors un élève tout chamboulé qui vient vous demander à la fin du cours de vous épargner, à l'abri des regards accusateurs de ses camarades. Pas peu fier de cette analyse, Tim était intimement persuadé qu'Harper finirait par craquer et lui révéler sa véritable identité. Il la laissait alors déblatérer ses propos d'adolescente arrogante qui sait tout mieux que tout le monde tandis qu'il essayait vainement de se souvenir des techniques de yoga de sa mère. "Les Titans c'est une autre histoire et je m'en occuperai le moment venu, mais il faut bien commencer quelque part, non ? Qu'ils sèchent un cours ou pas, tout le monde s'en fiche, leur seul espoir d'intégrer l'université c'est leur talent discutable pour le football. Eux ont au moins le mérite d'être ponctuels pour balancer des slushies à la figure." Tim avait bien noté la contradiction de ses propos, mais le sort des New Directions était le cadet de ses soucis. Il fallait éliminer la mauvaise graine et, par le plus grand des hasards, c'était tombé sur Miss Pritchard.

Tim était curieusement attentif aux signes qui pourraient trahir l'adolescente, et sa manie de bouger les jambes frénétiquement démontrait soit une hyperactivité refoulée, soit une tension apparente. "C'est pas des informations personnelles que je demande Harper, c'est des explications. Mais de toute évidence tu n'en as pas à fournir alors oui, je suppose que tu devras accepter ta punition." répondit-il sans ciller et sur un ton des plus formels. Comme s'il allait tomber dans le panneau de la fille qui, par miracle, se fichait des conséquences de ses actes, alors qu'elle avait failli pleurer sur son épaule deux secondes plus tôt... certes, il exagérait, mais il savait bien qu'au fond Harper n'était absolument pas disposée à accepter la sentence. Elle était maligne, c'était certain, mais pas plus futée que lui. Du moins il n'était pas disposé à accepter cette vérité lui non plus. "Je pense qu'il serait aussi bon de t'assigner un binôme qui s'assurera de ta bonne foi. Une sorte de liberté conditionnelle si tu veux. Ou alors je vais devoir te coller des travaux d'intérêt général avant les cours jusqu'à la fin de l'année, histoire de m'assurer que tu arriveras au moins à l'heure. Tu décides, puisque tu es prête à accepter ta punition." Était-ce de l'abus de pouvoir ? Peut-être, mais c'était après tout la seule arme dont il disposait.
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MessageSujet: Re: 05. Tik Tok   Jeu 15 Nov - 18:05

Au fond, rien n’empêchait Harper d’avouer ses problèmes au surveillant, si ce n’était son orgueil. De toute manière qu’est-ce que ça changerait si elle lui expliquait ses véritables raisons ? Changerait-il d’avis sur la punition qu’il lui infligerait pour autant ? Prendrait-il pitié au point de lui proposer de l’aide ? Harper ne savait pas ; le jeune homme restait stoïque, ses émotions étaient indéchiffrables. Elle qui arrivait à appuyer sur les faiblesses des autres pour en ressortir victorieuse se sentait démunie face au monstre de sang froid qui se trouvait face à elle. Cette situation lui était étrangère, et comme à chaque fois que la blonde se retrouvait face à l’inconnu, elle se braquait un peu plus encore. Cependant, Timothy était peut-être fort, mais elle n’était pas en reste. Le petit sursaut de panique qu’elle avait eu plus tôt n’était plus qu’un lointain souvenir, même si les enjeux restaient très distincts dans son esprit. Elle avait une chose plus importante à protéger, quelqu’un. Ce n’était pas elle, c’était sa mère et ses frères. Ils étaient son secret, elle ferait toujours tout pour les protéger et de nouveau, il semblait que l’opportunité de le démontrer lui était offerte sans qu’elle n’ait rien demandé.
Car en effet, ce n’était pas uniquement la perspective de ruiner son image de grosse dure qui faisait faire des cauchemars à la jeune fille, ni même d’entacher son dossier scolaire parfait, c’était surtout l’idée de parler à un adulte détenteur d’une certaine autorité, avec un pouvoir plus grand qu’elle l’imaginait, qui l’effrayait davantage. Elle ne concevait pas que son cas personnel puisse remonter aux oreilles de Figgins ou pire, à celles d’une assistante sociale. Elle savait ce qui arrivait aux familles dans le besoin comme la sienne, elle ne voulait pas être séparée de ses frères, ils étaient encore trop jeunes. Sans compter que, même si sa mère n’était pas totalement présente, son entité était importante pour l’équilibre de ses frères, comme pour le sien. Harper ne pouvait pas parler, elle en avait envie parfois, c’était vrai. L’éclatement de sa famille était une épée de Damoclès au-dessus de sa tête qui l’obligeait à ne jamais flancher. Il fallait croire que cette menace permanente fonctionnait à merveille puisque jusqu’à présent, jamais Harper n’avait faibli.

Croyant bien faire en rentrant dans le jeu du surveillant, l’adolescente accepta, non sans s’affubler de plusieurs jurons mentaux, cette punition qu’il lui proposait. Tout ce qu’elle voulait, c’était en finir et se rendre en cours. Elle aimait beaucoup jouer pourtant, mais Timothy semblait prendre un certain plaisir à malmener ses nerfs. Elle n’avait clairement pas la main dans cette partie, elle ne pouvait pas le supporter. Roulant nonchalamment des yeux lorsque le jeune homme lui rappela qu’elle n’avait aucune explication à lui fournir, Harper songea que s’il savait qu’elle en avait de très bonnes en réalité, il regretterait de s’être montré aussi odieux avec elle. C’était l’hôpital qui se foutait de la charité, elle n’était pas tendre avec lui non plus, mais contrairement à lui, ce n’était pas son travail d’arrondir les angles pour se montrer courtois, alors elle n’avait pas à s’excuser d’être une sale petite arrogante. Tapotant du bout des doigts le devant du bureau devant lequel elle s’était levée, elle haussa les sourcils en attendant la sentence… qui retomba comme le mouton de la guillotine sur le cou délicat de Marie-Antoinette. Ne réagissant pas sur le moment, Harper plissa progressivement les yeux, regardant par la fenêtre à laquelle Timothy faisait dos. Elle fixa l’horizon, se demanda un temps qu’elle arme elle aurait pu utiliser pour lui enlever ses jolies quenottes une-pas-une, et après une réflexion intense, décréta qu’une mort rapide l’emplirait d’une joie plus délectable. Se mordant la lèvre, Harper fulminait à l’intérieur et c’est dans un effort considérable qu’elle consentit à de nouveau baisser son regard sur le jeune homme. En croisant son regard, elle eut envie de lui cracher à la figure.

« Un binôme. » répéta-t-elle d’une voix anormalement calme. Elle haussa un sourcil pendant que l’information s’infiltra lentement mais sûrement dans son cerveau et soudain, elle se mit à rire. Sa première idée fut d’accepter les travaux d’intérêt général, mais elle savait qu’elle ne pourrait jamais s’y rendre et ce traître de Timothy le savait bien ! Aussitôt, son rire nerveux cessa ; elle le regarda droit dans les yeux « Je veux des heures de colle pendant la pause du déjeuner si ça peut vous donner l’impression d’avoir réussi votre pari avec ce débile de Youngblood, mais le binôme, c’est hors de question. Je suis en retard, j’ai pas volé le sac d’une petite vieille à un passage piéton ! » Elle fronça brièvement le nez, l’image de Madeleine apparaissant devant ses yeux – elle secoua la tête. Tout en se renfrognant, Harper se courba pour récupérer son sac qu’elle jeta sur son épaule. Elle fit quelques pas vers la porte sans que Tim lui donne l’autorisation puis faisant volte-face, la poignée de la porte déjà dans sa main, elle lui dit d’une traite « Vous savez, monsieur Ainsworth, moi j’y peux rien si le petit rigolo qui réclame de l’attention pendant le cours n’en avait pas de la part de ses parents. Il devrait apprendre à faire la part des choses, à ne pas être en colère contre la terre entière parce qu’il n’aura jamais la vie de ceux qui ont eu une enfance heureuse et des parents qui l’aimaient. » Elle serra les mâchoires, raffermissant sa prise sur la poignée de la porte. Elle ne savait pas pourquoi, était-ce à cause de la colère ou parce qu’elle se rendait compte que, comme Tim, elle était en colère contre le terre entière, mais son cœur cognait vraiment fort dans sa poitrine au point que ses palpitations montèrent jusqu’à sa gorge puis à ses tempes. Déglutissant difficilement à cause de sa bouche pâteuse, Harper détourna la tête en prenant appui sur l’une de ses jambes puis sur l’autre, et même si elle connaissait déjà la réponse, elle demanda « Je peux aller en cours ? »
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MessageSujet: Re: 05. Tik Tok   Lun 3 Déc - 13:32

Pourquoi Timothy faisait-il tout cela ? Etait-ce véritablement une révélation de conscience ou au contraire un besoin inconscient de prouver quelque chose ? Il s'était toujours répété qu'il serait le surveillant proche des élèves, le bon pote à qui l'on confie ses secrets les plus intimes sans aucune impunité ni pudeur, et ce jusqu'à ce qu'il referme la porte du bureau de Figgins après son entretien. Puis la réalité le frappa aussitôt. La jungle de McKinley n'avait pas besoin d'un captif en plus mais de quelqu'un pour y rétablir l'ordre. L'idée de savoir que les Cheerios faisaient encore la loi le révoltait au plus haut point, et ce fut avec une certaine satisfaction qu'il s'était juré de reprendre de droit cette autorité qu'il méritait. Mais finalement, cette confrontation avec Harper lui était apparue comme la preuve véritable de sa frustration. Même lorsqu'il s'amusait à jouer les surveillants aux méthodes laxistes, tout le monde se fichait bien de lui faire des confidences. Tout avait un prix, et la proximité qu'il pouvait bien entretenir avec les lycéens venait toujours de paire avec une petite concession de sa part. Ce petit jeu avait duré bien trop longtemps. Tim devait bien avouer que foncièrement il espérait que Harper lui révèle la vérité et lui accorde une confiance qu'il n'aurait lui-même jamais accordée à une figure de l'autorité, quelle qu'elle soit, mais l'effondrement de ses espérances avait obstrué à jamais la brèche de son intransigeance. C'était injuste et Harper était la première et certainement pas la dernière à en payer le prix, mais s'il fallait user d'abus de pouvoir pour parvenir à ses fins, il était prêt à prendre le risque d'affronter les principes qu'il avait défendus toute sa vie. Le temps passait mais jamais les choses ne changeaient. Il avait été bien naïf de penser que des adolescents se confieraient à lui parce qu'il arborait une mine décontractée et s'amusait autant qu'eux dans les couloirs du lycée. Non, en quittant McKinley la première fois il avait à jamais rompu le lien qu'il pouvait bien avoir avec l'adolescence, et quiconque n'était pas un adolescent ne méritait pas leur attention.

Son nouveau leitmotiv avait alors été "que ferait Emma Pillsbury" ? Pourquoi les gens se confiaient-ils à elle et pas à leur coach sportif, tout aussi compréhensif à priori ? Avaient-ils pitié d'elle et de ses manies étranges ? C'était une explication rationnelle, lui-même avait failli céder en constatant l'état de choc dans lequel il l'avait mise. Ou peut-être était-ce sa contrainte au secret professionnel ? Dans tous les cas il était un incompétent. Dans quel univers parallèle Harper Pritchard pourrait avoir pitié de Timothy Ainsworth ? Toute cette psychologie inversée était bien trop compliquée pour lui, si bien qu'il envisagea un instant à revenir à ses anciennes méthodes. Laisser les autres se débrouiller avec leurs problèmes était bien plus simple que de s'entêter à chercher des solutions. Harper avait peut-être raison de se braquer, il était le moins bien placé pour lui prodiguer le moindre conseil. C'était bien ce qui le chagrinait, mais son orgueil lui intimait avec véhémence de ne pas rendre les armes, parce qu'au fond, Tim savait qu'elle avait besoin d'aide.

Son élan de compassion inhabituel fut coupé aussitôt que la jeune fille rétorqua. Bien évidemment elle n'allait pas accepter cette sentence sans au moins essayer de la contester, c'était typique de l'arrogant de base. Seulement il y avait des limites à ne pas franchir qu'Harper tendait à mépriser aussi. Elle était bien trop aveuglée par l'aura d'assurance qu'elle croyait dégager pour faire preuve de discernement et de bon sens. Pire, elle faisait en sorte d'envenimer la situation. "Ce débile de Youngblood reste encore plus haut que toi dans la hiérarchie de ce lycée, alors un peu de respect." défendit-il, même s'il savait que Samuel avait une case en moins. "Et j'espère pour toi que cet exemple est anodin, parce que voler les sacs des petites vieilles c'est vraiment digne de lâcheté."
Lorsque l'adolescente se leva sans autorisation, Tim fut proie à une indignation aussi soudaine qu'effrayante. La situation lui échappait complètement, et cette vérité le mettait totalement hors de lui. Il était inenvisageable que cette peste pourrie gâtée quitte ce bureau en ayant le dernier mot. Surtout lorsque ce dernier l'affectait autant. Pour qui se prenait-elle ? "Tu sais quoi vas-y Harper. Mais la prochaine fois réfléchis-y à deux fois avant de parler. Tu as peut-être le droit d'avoir la langue bien pendue pour parler aux Titans et aux Cheerios, et c'est tout à ton honneur, mais quand il s'agit des adultes, il y a des règles à respecter. Des règles que tes parents auraient dues t'enseigner. Sors de là maintenant !" De toute évidence aucune trêve n'était d'actualité. Harper avait au contraire déclenché une guerre nucléaire. Et elle la perdrait, c'était certain.
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