Choriste du mois


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 06. Premiers pas en terres inconnues

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MessageSujet: 06. Premiers pas en terres inconnues   Lun 11 Mar - 19:43


(9 juin 2016, Bureau du principal Figgins, 10h)

- Bureau du principal Figgins... Ce doit être ici.

Dans les couloirs, les diverses conversations animées menées par les lycéens en pause résonnaient tant et si bien que Kamui se sentait légèrement déboussolé. Il avait été convoqué ce matin à dix heures au bureau du principal pour rencontrer une certaine Madeleine Wild, surveillante du lycée, laquelle lui présenterai l’établissement à l’occasion d’une visite guidée. Arrivé légèrement en avance, Kamui pu être témoin de la sonnerie si banale de ce lycée marquant la fin d’une heure de cours, et l’invasion subite des couloirs par les lycéens, déboulant en trombe tels des déferlantes depuis les salles s’ouvrant tout à coup à la façon d’écluses qui cèdent sous le poids de l’eau jusqu’alors tant bien que mal retenue. Largement intimidé, le japonais s’était senti obligé de reculer pour rencontrer dans son dos une porte vitrée close. Figurait aux côtés de cette porte une plaque dorée indiquant le nom du principal, une information qui soulagea Kamui au point de lui faire oublier ce qui l’oppressait quelques secondes auparavant. Au-delà de la baie vitrée, le bureau était organisé en deux espaces eux-mêmes séparés par une nouvelle baie vitrée : un espace devant servir de secrétariat puis enfin, au fond, le bureau du principal, donc la décoration était bien plus soignée que celle du premier bureau. Ce décalage ne le choqua pas particulièrement. Non, ce qui le dérangea, c’était le manque de goût du proviseur pour l’ameublement de son propre espace. Ne le lui a-t-on jamais dit ?

C’est dans cette première partie qu’était présente une femme blonde dont l’âge échappait à Kamui (il était très mauvais pour estimer l’âge des occidentaux, comme ceux-ci l’étaient pour estimer l’âge d’un asiatique), affairée à la lecture de quelques documents. Était-ce pour s’occuper pendant l’attente ou bien par nécessité dans son travail ? Se sentant coupable de la déranger, Kamui souffla une fois, deux fois, ferma le poing, l’approcha de la vitre le séparant de son lieu de rendez-vous puis toqua. Il attendit qu’elle lui fit signe d’entrer pour pousser la porte, prenant grand soin de ne pas s’appuyer en dehors de la poignée afin de ne pas laisser de trace gênante, et entra en refermant la porte derrière lui.

- B... Bonjour...

Sans qu’il ne comprennent pourquoi, Kamui bégaya sur une phrase qu’il s’était pourtant répétée tout au long du trajet. «Bonjour, je m’appelle Kamui Matsuo, j’ai rendez-vous avec Madame Madeleine Wild à dix heures» n’était pas hors de ses moyens. Non, au lieu de se montrer confiant comme il savait l’être à Kyōto, il rougit d’embarras et bégaya de plus belle.

- J’ai... rendez-vous avec Madame Mada... Madeleine Wald... Wild... à dix heures...

Il tourna légèrement la tête pour jurer contre lui dans sa langue maternelle, avant de se ressaisir et de rougir encore plus à cause de sa piètre performance. Si on plaçait derrière sa tête le drapeau du Japon, le rouge du disque solaire semblerait bien fade à côté des couleurs vives de ses joues. Ah, qu’il faisait chaud d’un coup. Et le temps parut bien long, comme pour le torturer encore plus. Kamui se promit de redoubler d’effort dans ses études : c’était inacceptable à ces yeux de se retrouver dans une telle situation !


Dernière édition par Kamui Matsuo le Lun 18 Mar - 7:10, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: 06. Premiers pas en terres inconnues   Ven 15 Mar - 15:48

Ajustant sa jupe beige avec un soupir de satisfaction, Madeleine s’adossa un instant à la porte du laboratoire de chimie que Samuel venait de quitter cinq minutes plus tôt et ferma les yeux. Sa tête inclinée en arrière, elle cogna plusieurs fois son crâne contre le bois tandis que la culpabilité grandissait en elle, succédant au plaisir éphémère de sa relation avec le surveillant. Elle avait adoré la dernière demi-heure au moins autant qu’elle allait se détester pour le reste de la journée. Il n’était pas encore dix heures et elle avait trouvé le moyen de se faufiler en douce dans une salle de classe inoccupée pour un aller-retour au septième ciel avec cet idiot à la libido surdéveloppée. Encore. Pourquoi fallait-il qu’elle cède aussi facilement à ses avances ? Un texto un peu osé et elle débarquait chez lui dans les cinq minutes, un regard un peu trop appuyé ou une main qui traînait sur son dos et elle le traînait dans un recoin sombre. Elle lui avait tenu tête pendant des mois, elle lui avait refusé encore et encore le droit de s’approcher d’elle à moins d’un mètre, elle lui avait craché au visage ses quatre vérités, et maintenant elle ne savait plus contenir le flot de désir qui l’emportait à chaque fois que ce regard vert la dévisageait. Ses paupières lourdes se soulevèrent péniblement alors qu’elle s’arrachait à son dossier. Ses doigts glissèrent entre ses mèches blondes désordonnées pour leur redonner un peu de discipline, puis elle s’assura que son décolleté ne lui vaudrait pas de remarque de la part de Madame la future directrice adjointe avant de tourner les talons et de s’élancer dans les couloirs perchée sur ses talons aiguilles comme si de rien n’était. Depuis qu’elle avait annoncé de manière plus ou moins contrainte à Anna que son collègue de travail était devenu son seul partenaire du moment, elle profitait de la compagnie du jeune homme beaucoup plus que de raison. Il n’y avait rien d’officiel, aucune promesse de fidélité, pas la moindre trace d’amour, mais, libérée de cette censure qu’elle s’était imposée jusqu’alors, les derniers mois qu’elle avait passés à ses côtés avaient suffi à éponger un peu le rejet de Dorian et sa disparition subite. Samuel était le candidat idéal pour rebondir. Et il avait beau lui jurer que ses sentiments étaient sincères et insister pour passer à l’étape supérieure et s’afficher au grand jour, toute leur relation reposait sur le physique et rien d’autre. Elle pouvait tolérer le rejet de Robertson. Il était parfait. Enfin, aussi parfait qu’on pouvait l’être selon ses critères de sélection. Et elle... Eh bien elle avait encore quelques points mineurs à retravailler, comme la réapparition de ses amis imaginaires, le fait qu’elle trouve approprié de cambrioler le casier d’un élève pour fumer de la marijuana, ce genre de broutilles. Mais Samuel, jamais. Elle ne supportait pas l’idée qu’il puisse toujours entretenir sa liaison avec cette peste de Cheerio, mais si elle n’attendait rien de lui, elle ne pouvait pas être déçue.

Secouant la tête pour chasser ses pensées sombres, elle manqua de peu la collision frontale avec son employeur préféré. Elle releva le nez juste à temps et opéra un brillant quart de tour qui la plaqua contre les casiers. Ignorant la douleur d’un cadenas dans son dos, elle s’y appuya de manière très décontractée. «Principal Figgins ! Quel plaisir.» lança-t-elle avec son sourire le plus éclatant, contente d’avoir retouché son rouge à lèvres avant de sortir de la salle. Il ne pouvait pas deviner, n’est-ce pas ? Rangeant dans un coin de son esprit sa folle matinée, elle examina plus en détails l’homme planté devant elle. L’indien avait l’air très mécontent, pour changer. Et son sixième sens inouï, ainsi que les regards noirs qu’il lui lançait, lui indiquèrent que c’était spécifiquement après elle qu’il en avait. Toussotant pour s’éclaircir la gorge, elle fit battre ses longs cils dans l’espoir de l’apaiser un peu. «Est-ce que je peux... faire quelque chose pour vous aider ?» demanda-t-elle assurée, sans laisser son ton fléchir. Après toutes ces années passées à travailler pour lui, elle n’en était pas à son premier coup d’essai quand il s’agissait d’apaiser les foudres du dirigeant suprême de cette bâtisse. Il aurait eu mille occasions de la virer mais ne l’avait jamais fait. Soit il redoutait de ne jamais lui trouver de remplaçant qui accepte de travailler pour un salaire aussi modique, soit il était plus sensible à ses charmes qu’il ne voulait bien le laisser entendre. La réponse se trouvait certainement à mi-chemin entre les deux, et tout ce qui importait c’était que Mad ait de quoi payer le loyer et le reste. «Nous avions rendez-vous il y a un quart d’heure dans mon bureau. Vous devez montrer le lycée au nouvel élève.» Son accent roulait sur chaque mot et l’irritation était visible sur son visage brun. «Oh...» Sa bouche s’arrondit en feignant la confusion. Coulant un regard vers l’horloge accrochée sur le mur en face d’elle, Madeleine soupira discrètement en maudissant à nouveau Samuel intérieurement. Il lui avait bien semblé avoir un rendez-vous ce matin-là, mais il n’était pas encore dix heures, elle n’était donc techniquement pas en retard, elle passerait juste sur les instructions longues et ennuyeuses de son patron. «Je vérifiais que les retardataires n’essayaient pas de rentrer en classe sans mot à la place de Samuel, je n’ai pas vu le temps passer !» carillonna-t-elle finalement avec autant d’assurance que si le mensonge avait été réalité, sa vengeance était assurée. «Je vais m’en occuper tout de suite. Votre bureau n’est-ce pas ?» Sans attendre la réponse, elle fondit sur l’aile de l’administration à toute allure pour échapper aux remontrances qui ne tarderaient pas. Une fois la porte en verre refermée derrière elle, elle lâcha un cri de frustration et serra ses deux poings le longs de son corps. Pourquoi fallait-il toujours qu’elle se coltine les visites guidées ? Est-ce qu’on ne pouvait pas leur coller un plan ou un GPS dans les pattes et les laisser se débrouiller à la façon Man vs Wild ? Les plus faibles se feraient slusher au premier virage et les plus forts rigoleraient grassement avec l’équipe des Titans à la fin de leur tour. Et elle pourrait aller faire sa première sieste de la journée dans le bureau des surveillants.

Un bruit dans son dos lui fit faire volte-face et elle détendit immédiatement son corps pour adresser un sourire aussi chaleureux qu’hypocrite au nouvel arrivant. Enfin elle allait faire la connaissance du seul élève suffisamment stupide pour se faire transférer à McKinley à deux pas des vacances. Les bras croisées sous sa poitrine, elle le jaugea rapidement de la tête aux pieds, s’attardant sur son air contrit et ses joues rouges. De toute évidence, il faisait partie des faibles. Son bégaiement et son accent n’allaient pas l’aider. La jeune femme ne put s’empêcher d’arquer un sourcil lorsqu’il malmena son nom généreusement accompagné d’un “madame” qui lui fit serrer les dents. «Madeleine ça suffira.» le coupa-t-elle sans attendre de savoir s’il avait autre chose à dire, ignorant son petit aparté auquel elle ne comprit rien. Bizarre ce gosse. Elle n’avait bien sûr pas eu le temps de vérifier son nom ou son dossier, et tout ce qu’elle savait c’était qu’il était nouveau, et sûrement étranger. Ça c’était intéressant... «Bon, alors, avant de commencer tu vas me donner ton nom, et puis pour gagner du temps tu vas me dire ce que tu veux savoir.» S’avançant jusqu’au bureau où trônait l’une des brochures horriblement laides que Figgins avait commandées au printemps pour la rentrée prochaine, elle s’assit contre le rebord en saisissant la plaquette pour l’inspecter de plus près. Ah s’il l’avait laissée s’occuper des photos... «On a le grand tour, le moyen tour, le petit tour et le fais un tour tout seul. Tous généreusement offerts par la maison. Questions incluses dans le service.» Retrouvant le regard perdu du jeune homme qui avait viré couleur tomate, elle lui offrit un sourire plus accueillant que le précédent et attendit patiemment sa réponse en pliant le papier qu’elle tenait toujours. À en juger par sa tête, il avait peut-être encore un peu de mal avec l’humour...
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MessageSujet: Re: 06. Premiers pas en terres inconnues   Dim 17 Mar - 19:33

Sa phrase d’accroche n’avait pas eu l’effet escompté, et Kamui, loin de s’imaginer tomber nez à nez directement avec Madeleine en personne, irrita suffisamment la surveillante pour qu’elle le coupe dans son élan. Lorsqu’il compris l’erreur qu’il avait commise, la gêne s’empara de lui de ses bras glacials. C’était dans ce genre de situation qu’il ressentait une sorte de vertige, les couleurs devenant alors plus fades et les sons brouillés comme s’il avait été sonné par un coup porté droit au visage. Se ressaisissant bien tant que mal, Kamui la laissa expliquer non sans sarcasmes ce à quoi était voué leur entretient. Encore mal à l’aise avec l’humour américain, le japonais prit une poignée de secondes pour formuler dans sa tête une réplique appropriée à la situation. Du moins, il l’espérait. Il se calma en contrôlant sa respiration, et articula patiemment sa réponse. Le sourire plus accueillant que Madeleine lui adressa lui sembla finalement encourageant et compatissant.

- Oh, je ne suis pas venu pour acheter le bâtiment, n’est-ce pas ? Alors... un petit tour rapide suffira ?

Kamui adressa ensuite un sourire d’ange à Madeleine, sourire dont il avait la spécialité et qui savait faire flancher la volonté des lycéennes pour qu’elles se plient à ses quatre volontés. Il était moins sûr que les américaines, et encore moins les adultes, se laissent prendre au jeu si facilement. En tous cas, le sourire qu’elle lui fit le rassura si bien qu’il ne trébucha pas dans la prononciation de sa phrase. Bien sûr, son accent restait légèrement prononcé, mais n’était-il pas venu dans ce pays pour le supprimer ? Reprenant son sérieux, il entreprit de répondre aux questions qui lui avaient été posées, articulant posément lorsqu’il énonça son nom, indiqua qu’on lui avait permis de suivre quelques cours pour bien se préparer en vue de la rentrée d’automne, que par conséquent il aimerait disposer d’un emploi du temps d’un élève de terminale, et enfin demanda qu’elle lui indique les lieux importants comme l’infirmerie ou la cafétéria. Prononcer toutes ces demandes requit une certaine énergie, telle qu’il n’avait jamais soupçonnée. C’est sur le terrain qu’on se rendait compte de la concentration et de la gymnastique mentale nécessaires pour converser entièrement dans la langue étrangère, et bien sûr en dehors de tout contexte purement scolaire. Pour Kamui, être livré à soi-même était une expérience nouvelle puisque son job à la librairie lui avait été fourni par sa grand-mère et sa tante directement.

Au moment où Madeleine s’apprêtait à répondre, les bruits d’une violente dispute retentirent et firent sursauter le japonais. Il ne s’attendait pas à assister si rapidement aux coutumes locales : un lycéen en blouson rouge épais, entouré de quelques camarades portant le même uniforme, tenait dans sa main droite un gobelet en plastique duquel coulait sur le carrelage un liquide rouge fluorescent, alors qu’à ses pieds était étendu un autre, couvert de la même substance. Il était facile à deviner que le premier avait bousculer le second avant de vider sa boisson sur la tête de sa victime. Une lycéenne semblait prendre la défense du pauvre garçon étalé au sol, ses cris résonnant à travers la vitre du bureau.

Kamui regardait la scène, médusé. Jamais, au grand jamais ce genre de spectacle aurait pu se tenir dans son ancien lycée arpenté bien plus par l’orgueil et le déni des autres pratiqué par ses élèves que par ces démonstrations gratuites de la hiérarchie en place. Oh, il avait bien entendu parlé des actes de harcèlement dans les lycées populaires, sortes de sports nationaux qui consistaient à soulever les jupes des filles ou à jeter diverses rumeurs pour empêcher le retour d’un élève. Ce qui le protégeait alors au Japon était son nom : personne n’aurait osé s’en prendre au fils Matsuo. Une position confortable dont Kamui avait allègrement profité. Il se rendit aussi compte qu’ici, son nom n’était qu’un mot dénué de sens. En même qu’il apprendrait la langue, il savait qu’il allait devoir apprendre à se défendre, seul face à des personnes sûrement insensibles et incompréhensives devant sa culture et ses habitudes.

Le mouvement soudain de Madeleine coupa court aux pensées de Kamui et éveilla en lui une certaine curiosité : comment réagissaient les surveillants de ce lycée face à ce problème ? Suivant le cas, il saura s’il pourra placer sa confiance en eux ou bien s’il sera vraiment seul au milieu de cette jungle.
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MessageSujet: Re: 06. Premiers pas en terres inconnues   Mar 9 Avr - 21:09

S’il y avait une chose que Madeleine aimait encore moins que d’être de corvée de self et d’avoir l’odeur persistante de vieille friture sur ses vêtements et cheveux, c’était de faire la tournée du lycée avec un petit nouveau qui la supplierait sûrement de lui donner une liste des lycées encore ouverts aux inscriptions dans les environs s’il ne s’enfuyait pas en pleurant au milieu de la promenade. En réalité, la surveillante se demandait comment McKinley avait encore autant d’inscriptions chaque année. Leur équipe de football était bancale, et les autres clubs ne brillaient guère plus, le corps enseignant était basique au mieux, les Cheerios avaient perdu de leur superbe après avoir échoué avec leur nouvelle coach, mais certainement pas de leur acidité. Les lancers de glace pilée avaient l’air de se multiplier à mesure que l’on avançait dans la saison. Sans doute un moyen d’évacuer la frustration des mauvais perdants en s’en prenant aux geeks, chanteurs, abstinents, étrangers, et globalement à tout ce qui ne portait pas un gilet de sport et avait moins de 20 ans. Poussant un profond soupir en constatant que visiblement le garçon ne saisissait pas tout ce qu’elle disait puisqu’il n’avait pas répondu à la moitié de ses questions, elle secoua la tête. L’humour n’était de toute évidence pas une valeur universelle. Elle en aurait presque été déçue, mais au moins il n’avait pas exigé d’aller jusqu’au stade où ses talons aiguilles se seraient lamentablement enfoncés dans le gazon. Elle pouvait marcher des kilomètres perchée sur dix centimètres, mais crapahuter dans les gravillons et le gazon, très peu pour elle. Arquant un sourcil interrogateur au large sourire du jeune homme qui de toute évidence était satisfait de sa réponse, elle lui tourna le dos aussitôt et s’avança vers le bureau pour y trouver le dossier qui la renseignerait plus efficacement. «Très drôle.» marmonna-t-elle en poussant les papiers qui ne l’intéressaient pas sans chercher à savoir s’il existait une sorte de logique dans le classement de son employeur préféré qui, par chance, n’avait toujours pas reparu depuis qu’il avait failli la prendre la main dans le sac, ou le jean de Samuel, du tout comme. Finalement un dossier cartonné rose pâle estampillé de la mention “Étudiants en échange” jaillit de sous les relevés de compte assez inquiétants et autres plaintes du conseil des parents d’élèves. Voilà qui expliquait l’accent suspect et encore moins compréhensible que le babil figginsien. S’asseyant sur le rebord du bureau, elle feuilleta les premières pages et son regard s’illumina à l’instant où elle lut la nationalité du jeune homme. Bingo. En une seconde elle venait de passer de l’indifférence la plus profonde à un intérêt certain pour ce gamin. Oh elle aurait pu faire une descente à la librairie et ravir tous les guides existants sur l’Asie pour fantasmer à son prochain voyage, mais 1. elle n’avait pas l’argent nécessaire pour investir dans ce genre d’ouvrage 2. elle avait balancé son guide sur l’Inde au bout d’une semaine tant il lui avait été inutile et ne comptait pas reproduire la même erreur deux fois. Si Dieu avait existé, il n’aurait pas pu être plus clair quant à ses intentions pour elle.

La blonde avait à peine commencé à affuter ses griffes pour arracher au petit japonais jusqu’à la dernière goutte d’information sur son pays dans un Anglais acceptable que des cris stridents détournèrent son attention de sa cible. Les sourcils froncés, elle lâcha le dossier ouvert sur le bureau derrière elle avant de marcher d’un pas décidé vers la baie vitrée et de constater qu’une fois de plus il se trouvait des adolescents suffisamment arriérés pour se livrer au petit jeu du granité sur faible en face de l’administration. Sérieusement ? Est-ce qu’Internet dévorait leur cerveau comme un ver solitaire ou bien était-ce le résultat de plusieurs générations éduquées à WMHS ? Coulant un regard inquiet vers son futur nouveau protégé, Madeleine roula des yeux en constatant qu’il avait un peu pâli à la vue de ce spectacle et que de toute évidence il la supplierait de le renvoyer quand le chat lui aurait rendu sa langue. Il était hors de question qu’on lui enlève sa source d’information flambant neuve avant qu’elle n’en ait fait bon usage. Ça non. Sans un mot, la jeune femme s’élança vers la porte qu’elle poussa avec un grognement furieux qui ne laissait rien présumer de bon pour ses victimes. Elle n’était pas connue pour être la plus stricte en matière de punitions avec ce genre de délits. Elle passait en général sans rien dire, ou indiquait le placard à balais le plus proche avec un regard sévère indiquant qu’elle ne nettoierait pas après eux. Un muffin aux noix de pécan faisait des miracles quand il s’agissait d’éviter un couloir à l’heure où l’un des petits se ferait enfermer dans un casier quelconque. Des années d’indifférence et de corruption avaient fait d’elle une candidate tout à fait éligible au poste d’employée la plus raillée. Mais tout le monde la savait folle à lier et c’était risquer gros que de la brosser dans le mauvais sens. Alors si jamais elle montrait le moindre signe de mauvaise humeur ou qu’elle était surprise à parler seule dans les couloirs, la vitesse avec laquelle ces petits morveux savaient décamper la rendait presque fière. Son irritatiomètre crevait déjà le plafond alors que la petite hystérique continuait à piailler après les malabars footballeurs qui riaient grassement en échangeant coups de coudes et regards entendus. Ravalant l’envie de tous les frapper, elle prit une profonde inspiration avant de manifester sa présence par un petit raclement de gorge. «Oui ?» demanda-t-elle avec un sourire en se penchant entre deux sportifs, s’accrochant à la manche de l’un deux pour admirer l’étendue des dégâts du slushy sur le garçon et le sol. Immédiatement elle sentit le biceps qu’elle avait agrippé se crisper sous ses doigts, et la piailleuse se tut. Un sourire froid étira ses lèvres alors qu’elle jetait un coup d’œil vers Kamui qui n’avait pas bougé. Bien. Tant qu’il l’attendait. «Joli travail. Pour une fois vous avez réussi à en mettre plus sur notre ami que sur le sol, ça vous permettra de partir plus vite en permanence après avoir trouvé la serpillère pour nettoyer tout ça.» Sans attendre les protestations, elle planta ses griffes dans le manteau de l’autre garçon sans rien laisser paraître de sa colère sur son visage.

Il lui avait finalement fallu moins de cinq minutes pour gérer la situation. Oh il y avait eu d’autres cris de la petite-amie de la victime qui n’avait lui envie que d’un coup de main pour se laver les cheveux, mais rien d’ingérable. Et elle revenait l’air triomphant vers le bureau du principal pour récupérer le Japonais. «On y va ?» demanda-t-elle d’un air enjoué. «Je te conseille de rester près de moi. On ne sait jamais ce qui peut arriver ici... Ils sont un peu rudes.» musa-t-elle innocemment avant de contourner la flaque de glace fondue pour s’enfiler dans les couloirs. Il fallait qu’elle soit subtile... De toute évidence il était impressionnable. Mais elle n’avait pas toute la journée pour lui faire avouer des choses intéressantes. «Vous avez des joueurs de foot au Japon ?» Ahem... Elle avait déjà fait mieux, mais elle blâmait l'idiotie des molosses qui cherchaient un balais et avaient déteint sur elle.
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MessageSujet: Re: 06. Premiers pas en terres inconnues   Jeu 6 Juin - 16:44


(Bureau du principal Figgins, 10h)

L’efficacité avec laquelle la surveillante prit le contrôle de la situation étonna Kamui. Il s’imaginait des hordes de colosses indomptables, avides de violence, mais il était prêté à croire qu’une paire d’ongles acérés et de talons aiguilles affutés suffisaient à prendre le dessus. Ou bien elle avait une réputation bien particulière qui lui donnait l’avantage dans ces circonstances. Fort bien, il devra apprendre à user d’elle comme d’un bouclier ou d’une arme dissuasive. À l’abri dans le bureau, il regarda en détail les réactions des lycéens face à l’ironie de Madeleine. Tous semblaient de plier docilement à ses «conseils», sans oser lever les yeux sur elle, et tous s’exécutèrent lorsque qu’elle décida qu’il était temps. Lorsqu’elle revint dans le bureau, Kamui lui adressa un sourire complice. Ils avaient trouvé un terrain d’entente. Après quoi il se laissa guidé à travers les couloirs.

- Vous savez, à vos côtés je ne me fais pas bien de soucis... Vous connaissez l’art et la manière.

Sans en dire plus sur la nature de son compliment, entre ironie et hypocrisie, il reçu la tentative d’accroche de la surveillante comme telle. Elle avait eu l’amabilité de poser la première question, ce que Kamui détestait faire puisqu’il était encore bien plus maladroit. Ceci dit, il lui aurait semblé plus simple de s’intéresser à ses études, c’est le sujet canonique pour engager une conversation.

- Le foot... Nous avons une équipe, mais je ne m’y intéresse pas trop. D’abord parce que l’équipe nationale n’a jamais été brillante à ma connaissance, mais aussi parce que ce n’est pas le sport préféré de la population. Le baseball anime bien plus les discussions. Personnellement, je préfère le tir, qu’il soit à l’arc ou au pistolet.

Kamui a souvent eu l’occasion de tirer à l’arc. C’était un sport qu’il trouvait bien plus intéressant à pratique de par la concentration nécessaire à chaque tir. Viser, retenir son souffle, se stabiliser, décocher.

- Et vous, vous aimez ça ? Le foot.

Une question encore une fois posée par politesse. À vrai dire il s’en moquait si elle aimait ou non ce sport. Il n’écouta d’ailleurs pas sa réponse, bien plus intéressé par la salle qu’ils approchaient. La plaque vissée à côté de la porte indiquait qu’il s’agissait de l’infirmerie. Échappant un léger «excusez-moi», il s’approcha de la porte vitrée de quelques enjambées et jeta un œil pas vraiment discret. Une infirmière s’occupait d’un élève se plaignant visiblement de la cheville, et aucun des deux ne le remarquèrent. Mais surtout, la personne qu’il cherchait n’était pas présente. Quand il se retourna, dépité, il dû affronter le regard interrogateur de Madeleine. Oui, elle devait se demander à quel fou elle avait affaire.

- Pardon... Vous savez pour quels jours sont programmés les stages de premiers soins donnés par des ambulanciers de l’Hôpital St Rita ?

Et il rougit immédiatement, se rendant compte qu’il trahissait un intérêt bien trop vif à l’égard de l’infirmerie. Du moins, aux infirmiers. Pour peu qu’il n’y en ait qu’un seul, et la surveillante saurait immédiatement qu’il avait des vues sur Keegan.

- Je... Au Japon, nous n’avons pas de stages comme ceux-ci, ils ne concernent que les préparations aux tremblements de terre, et on m’a dit que ceux donnés à Lima sont très formateurs ! Alors... Je... voulais en profiter le plus possible, pour savoir... enfin... Vous savez ?

Il eut un léger rire, sa gêne transpirant par tous ses pores.
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MessageSujet: Re: 06. Premiers pas en terres inconnues   Lun 29 Juil - 17:32

Une fois la première crise évitée, Madeleine n’avait plus qu’à se concentrer pour réussir à trouver le parfait timing qui lui permettrait de balader le gamin dans tout le lycée tout en lui tirant les vers du nez concernant son pays d’origine. Alors qu’elle dévalait les couloirs à grandes enjambées en passant devant la plupart des salles de cours sans indiquer leur nom ou usage, la blonde était déjà perdue dans le dédales de ses tout nouveaux rêves japonais. Il lui semblait bien avoir vu un DVD de Mémoires d’une Geisha dans le salon de Glenn lors d’une soirée, depuis qu’elle avait hérité d’une clef c’était open bar dans sa précieuse collection et elle ne manquerait pas d’aller se servir au plus tôt pour ajouter une touche historique à ses rêveries exotiques. Elle avait déjà vu Lost in translation une bonne dizaine de fois, et s’était même essayée à un atelier de calligraphie offert par un charmant étudiant d’origine japonaise sur les pelouses de l’OSU l’été dernier dont elle gardait un excellent souvenir (plus de l’étudiant que de la calligraphie par ailleurs, mais c’était tout de même à inscrire sur sa Liste Des Pours Pour Partir Au Japon). Elle s’arrêta finalement devant l’une des salles de chimie et se tourna vers Kamui qui n’avait pas exactement l’air convaincu par sa démonstration d’autorité pourtant beaucoup plus réussie que d’habitude. Ok, il avait l’air un peu bizarre et peut-être qu’il ne se sentait pas d’humeur à partager ses connaissances en matière de culture nationale, mais qui ne tente rien n’a rien et la surveillante se sentait d’humeur entreprenante. Après tout ils ne se connaissaient que depuis cinq minutes, et il n’avait sans doute pas encore eu l’occasion de croiser des lycéens bienveillants qui jugeraient utile de raconter les méfaits (ou bavures, selon le point de vue) les plus connus de Madeleine Wild. Tant qu’il était encore sous l’illusion qu’elle était une figure d’autorité valable et respectée, la jeune femme comptait bien lui arracher tout ce qu’il pourrait lui dire d’intéressant, même si elle devait lui faire visiter le vestiaire des Cheerios pour se faire.

Cependant elle n’eut pas le temps de rouvrir la bouche pour modifier sa question sur le foot ou chercher un thème qui soit plus attrayant que tout à coup, miracle, il se mit à lui parler en abondance de sport. Bon. Il était temps qu’il vienne faire un peu d’immersion. Deux semaines au lycée et il comprendrait que même les professeurs de littérature ne soignaient pas leur grammaire de la sorte. Mais c’était un bon début ! Enfin... Si on pouvait appeler le fait qu’un gamin mineur ait déjà appris à tirer avec deux types d’armes un bon début. À sa connaissance il n’y avait guère qu’au Texas que les adolescents apprenaient à tirer avant de savoir faire des additions. Et ils ne prétendaient pas faire d’une séance de dégommage de bouteilles de bière vides et autres canettes un sport. Et puis du tir à l’arc ? Est-ce qu’ils jouaient aux cowboys et aux indiens dans la cour de l’école avec balle à blanc et flèches à ventouse ou quoi ? Dire que la surveillante était troublée était un doux euphémisme. Elle n’avait jamais rien vu qui pointe dans ce sens dans aucun film. Au mieux elle s’imaginait davantage des petits ninjas en devenir apprendre à casser en deux des géants malgré leur petite taille. Mais des archers et des fines gâchettes, pas vraiment. Il fallait à présent décider si cette découverte était une bonne découverte ou une mauvaise découverte. Avait-elle vraiment envie d’aller prendre des photos d’une jeunesse armée jusqu’aux dents ? Peut-être. C’est plongée dans ce dilemme que la question du garçon finit par pénétrer son cerveau. «Hein ?» réagit-elle avec un temps de retard avant de se ressaisir. «Euh oui, oui oui. J’étais cheerleaders quand j’étais au lycée et j’ai toujours eu beaucoup... d’admiration pour les joueurs.» Après une œillade glissée en direction de Kamui, Madeleine ne poussa pas plus loin ses explications du fondement de la vie d’une immense partie de la population masculine des États-Unis d’Amérique sur le football américain, devant lequel elle s’enivrait, s’empiffrait, s’énervait et beaucoup d’autres choses encore qui requéraient un niveau d’intensité que le petit n’avait visiblement pas. Ce n’est que lorsqu’ils s’arrêtèrent devant l’infirmerie qu’elle présenta le plus brièvement possible qu’elle vit sa curiosité piquée. Il n’avait pas écouté un seul mot de sa visite guidée et lorsqu’il lui posa sa première question, Madeleine réalisa qu’il n’avait peut-être pas besoin d’une visite après tout puisqu’il semblait plus au courant qu’elle de ce qui se passait entre les murs du lycée. Qu’est-ce que c’était encore que ces histoires de stages ? Pourquoi est-ce qu’on ne lui disait jamais rien à la fin ? C’était toujours sur elle que tombaient les visites, parents, enfant, touristes, délinquants en TIG, mais quand il se passait des trucs intéressant, elle était la dernière au courant. La surveillante resta bouche bée une seconde puis serra la mâchoire de frustration en prévoyant pour la énième fois le meurtre parfait pour le principal Figgins. «Aucune idée.» répondit-elle franchement. «Tu n’as qu’à rentrer prendre une brochure, Peyton met toujours les papiers d’information sur le bureau à l’entrée à gauche.» Sur ce elle ouvrit la porte avec suffisamment de détermination pour l’envoyer claquer contre le mur. «Hey Pey’, je te présente Kamuki, c’est un élève japonais qui vient finir ses études là. Il est calé en tremblements de terre mais pas en premiers secours.» Elle accompagna ses salutations d’un petit coucou de la main avant de pousser le japonais dans la pièce vers les divers dépliants avant de prendre suite et d’ignorer le regard rond du sportif du dimanche en train de se faire soigner. «Et y en a beaucoup des tremblements de terre ou... ?» S’appuyant contre la paroi du mur, elle croisa les chevilles et attendit sagement qu’il trouve son bonheur dans le tas de papier légèrement désordonné offert à lui. «Je veux dire, on est pas obligé de faire ce genre de formation pour visiter le Japon pas vrai ?»
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06. Premiers pas en terres inconnues

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