Choriste du mois


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 06. Une rencontre chaleureuse

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MessageSujet: 06. Une rencontre chaleureuse   Jeu 21 Mar - 18:14


(Librairie, 23 août 2017, 15h20)
Ambiance musicale

- Tiens, Kamui. Termine de ranger cette caisse au rayon littérature étrangère et ce sera tout pour aujourd’hui.

Hochant de la tête pour signifier son accord, Kamui s’empara de la lourde caisse verte qu’on lui tendait puis se dirigea vers le rayon indiqué. Ses frêles bras supportèrent tant bien que mal le poids infligé le temps du déplacement, et tremblèrent comme des feuilles d’érables en automne une fois délivré de la charge, tout aussi rouge que celle-ci à cause de l’effort demandé. Mais ce n’était pas là la seule raison de son état fébrile. La chaleur sèche et accablante de ce jour de canicule jetait sur ses épaules une chape de fatigue telle qu’il n’en avait jamais connu, bien différente de la chaleur humide et étouffante de son pays natal qu’il combattait à grand renfort de courants d’air. Dans la boutique, exigüe et dépourvue d’ouvertures permettant à l’air de circuler, Kamui dépensait d’autant plus d’énergie qu’il devait faire face à son travail et aux hautes températures. Le manque de sommeil aussi se faisait sentir : depuis sa première visite à Mc Kinley, qui lui avait ouvert les yeux sur sa capacité à s’exprimer plutôt faible, Kamui mettait les bouchées doubles dans ses études de l’anglais à grand renfort de films, de romans et de journaux. Le gérant de la boutique avait par ailleurs bien remarqué son état fébrile, et le ménageait donc un peu.

Ce job de lycéen représentait pour Kamui l’occasion rêvée de mettre en pratique son goût pour la littérature tout en découvrant toujours de nouveaux auteurs, de nouveaux horizons par le biais d’œuvres venant de pays auxquels il ne se serait autrement pas intéressé, et aussi de partager sa passion et ses connaissances en matière de littérature japonaise. Son arrivée a elle-même attisé chez le libraire l’envie de découvrir cette littérature, allant même jusqu’à mettre en avant quelques unes de ses œuvres majeures. En cette période intenable, un souffle de fraîcheur venant d’un Pays de Neige était si bien venu... Il lui prit une heure pour mettre correctement en rayon l’entièreté des ouvrages à classer, une heure pendant laquelle Kamui puisa dans ses ressources afin de mener à bien sa tâche.

Lorsqu’il annonça au gérant de la boutique s’il restait autre travail, celui-ci lui répondit qu’il valait mieux ne pas tenter le diable, le priant ainsi de se reposer pour tenir le coup sans pour autant l’encourager de façon franche et directe. Le lycéen reçu ce conseil pour argent comptant, récupéra ses affaires dans son vestiaire et emprunta le chemin du retour. Le soleil martelait le trottoir et les passants, dardant ses rayons tout azimut sans offrir quelconque répit. L’orientation de la rue empêchait les bâtiments de projeter leur ombre salvatrice, ce qui poussa les citadins habitués à s’armer de divers chapeaux. Le bitume ardent recrachait son excédent de fièvre en un écran trouble qui donnait l’impression que la rue, déjà longue en temps normale, s’étendait sur des kilomètres et des kilomètres. Entreprenant sa pérégrination tel un alpiniste la montée des monts les plus hauts, Kamui tituba après seulement cinq minutes de marche, au point qu’il dû s’arrêter pour prendre appui contre un mur. Sa main lui renvoyait la légère brûlure infligée par les briques chauffées, mais son cerveaux ne savait plus analyser ces signaux. Une femme plutôt jeune s’approcha de lui pour s’enquérir de son état et reçu pour simple mais significative réponse qu’un malaise de la part de Kamui.

La forte odeur d’un plaisant parfum éveilla Kamui et le força à reprendre ses esprits. Sa vue était encore trouble lorsqu’il ouvrit les yeux pour examiner alentours. Le soleil de plomb avait perdu en intensité, mais le bitume sur lequel il était allongé procurait toujours cette même sensation de brûlure. Il entendait une voix suave sans parvenir encore à saisir le sens des paroles. Alors qu’il reprenait progressivement conscience, la sensation d’une main secouant son épaule attira son attention. Levant les yeux de la main, jusqu’aux épaules de cet homme bienveillant, il vit enfin son visage. Bien qu’il ne parvînt toujours pas à saisir le sens des mots qui lui étaient adressés, Kamui en ressentait le ton rassurant et réconfortant. L’homme se pencha pour lui faire boire de l’eau grâce à une bouteille avant de poursuivre son monologue. Une seule question vint à l’esprit du japonais, qu’il formula à voix basse à destination de celui qu’il commençait à considérer comme son héros.

- Quel est votre nom... ?


Dernière édition par Kamui Matsuo le Jeu 6 Juin - 16:43, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: 06. Une rencontre chaleureuse   Dim 24 Mar - 23:51

Il aurait probablement pu prendre ses fonctions dans de meilleures conditions que celles s’abattant actuellement sur Lima. Cette canicule lui rappelait quelque peu ses campagnes militaires au Moyen-Orient et lui faisait parfois regretter Hawaii et son climat insulaire (du vent et des embruns marins… il donnerait cher pour un brin d’océan en cet instant). Mais ce n’est pas comme s’il avait le temps de se tourner les pouces en pensant au pays. Entre déshydratations et coups de chaleur, les appels étaient fréquents et l’ambulance bien souvent en mouvement aux quatre coins de la ville. Lui qui connaissait très mal les rues de Lima commençait peu à peu à se repérer grâce au coaching de sa coéquipière. Néanmoins, pour cette fois-ci, il lui avait laissé le volant tandis qu’on leur déclinait les informations nécessaires à leur nouvelle intervention, à la radio : « Jeune homme asiatique, environ dix-huit ans, a fait un malaise sur la voie piétonne. »

Agrippant solidement la poignée au-dessus de sa tête, Keegan observa attentivement leur parcours et leur arrivée, sonnerie chuintante, dans le vieux quartier. Décrocher un CDI d’ambulancier à Lima avait été une surprise inattendue qu’il n’avait pas réellement anticipée. A l’origine, il n’était même pas sûr de rester dans l’Ohio maintenant que la raison de sa venue avait été réglée. Et puis, cette opportunité et une brève visite à la chambre d’hôpital d’Oxanna l’avaient convaincu. Il avait l’expérience médicale. Maintenant, il lui fallait simplement s’approprier Lima, ses rues, ses habitants, et son climat détestable. Il nota comme repère la librairie qu’ils dépassèrent quelques courts instants avant de s’arrêter sur le bas-côté.

En un clin d’œil, Key sautait à bas de l’ambulance et rejoignait en quelques pas la jeune femme nerveuse se tenant près d’un adolescent inconscient. L’ambulancier s’accroupit pour diagnostiquer l’état de son patient. Sans surprise, il découvrit une température cutanée élevée et un pouls rapide. Il posa quelques questions précises et professionnelles au témoin ayant appelé les urgences et vérifia qu’elle avait bien laissé ses coordonnées au 911 avant de la remercier et de la laisser filer. Malheureusement, la jeune femme n’avait clairement pas été formée aux premiers secours puisque la victime n’était pas en position latérale de sécurité, mais ça n’avait rien d’étonnant. Qu’elle ait appelé et soit restée jusqu’à l’arrivée de l’ambulance valait déjà un sourire et quelques paroles cordiales.

Sa coéquipière, Evelyn, s’accroupit de l’autre côté de leur jeune patient et ouvrit le sac de premiers secours. « Coup de chaleur. On a de l’eau fraiche ? » Eve, la plus habituée à l’organisation de l’ambulance, hocha la tête et se releva pour aller chercher le nécessaire. Keegan se concentra sur leur patient dont il aperçut le frémissement des paupières. Il posa une main rassurante sur l’épaule de l’adolescent et lui parla calmement : « Tout va bien. Vous avez fait un malaise et les urgences ont été appelées. On va s’occuper de vous. Restez calme. »

Evelyn retourna avec une bouteille d’eau fraiche dans laquelle elle avait inséré une paille et Keegan la saisit. Il prit soin d’hydrater les lèvres du garçon avant de le laisser prendre quelques petites gorgées précautionneuses. Sa partenaire lui tendit ensuite le brumisateur et Key en fit un usage libéral : dispensant une brume apaisante sur le front, les joues, le cou et l’encolure rougis du garçon avant de s’attaquer à ses avant-bras. L’instant d’après, Evelyn, le portefeuille de l’adolescent entre les mains, lui annonçait : « Kamui Matsuo, 17 ans, japonais. »
« Monsieur Matsuo ? » réessaya Keegan, espérant ne pas avoir besoin de ressortir ses maigres compétences en langue nippone (celles-ci se réduisant quasiment à ‘Domo arigato’, ‘Konnichiha’ et ‘Sayonara’). « Me comprenez-vous ? »

Il vit les lèvres du jeune homme bouger et se pencha pour l’entendre. En reconnaissant la bonne vieille langue anglaise, Keegan se détendit un peu et adressa un signe de tête à sa coéquipière. C’était un problème de moins à régler. Il lui fit signe de sortir le brancard. « Mon nom est Keegan Jefferson. Je vais m’occuper de vous, restez calme. » Il lui proposa de nouveau la bouteille d’eau avant de lui demander gentiment : « Pouvez-vous me dire ce qu'il s’est passé ? Avez-vous mal quelque part ? »
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MessageSujet: Re: 06. Une rencontre chaleureuse   Ven 29 Mar - 22:50


(Librairie, 23 août 2017, 15h20)
Ambiance musicale

Parmi toutes les informations que Kamui recevait, seule celle à propos du nom de l’ambulancier résonna clairement dans son esprit. Aussitôt, ce 23 août, ce malaise, cette canicule, ce Pays de Neige, tout devint synonyme de Keegan Jefferson. Il plongea son regard dans celui de Keegan, buvant ses mots comme il buvait l’eau qu’on lui procurait, et ce bien que ses yeux n’avaient pas la vigueur ni l’éclat de santé qu’on lui connaissait habituellement. Lorsque Keegan lui demanda de décrire le moment où s’est évanouit et s’il ressentait quelconque douleur, les mots se bousculèrent dans la bouche de Kamui. Tant et si bien qu’il en sortit une phrase à mi-chemin entre l’anglais et le japonais. La proximité de l’ambulancier le perturbait aussi sans qu’il n’en sache bien la raison. Il inspira longuement pour reprendre le contrôle de son verbe et de ses pensées, puis sourit à Keegan, exprimant sa gratitude et, en quelque sorte, sa joie de l’avoir rencontré. Il pensait que sans cet accident, il n’aurait jamais pu découvrir un homme qu’il pourrait considérer comme son héros, un sentiment nouveau pour lui.

Sous le regard insistant de Keegan, Kamui se décida à répondre clairement, prenant son temps pour formuler ses phrases. À cause de la fatigue, son accent nippon transparaissait de façon étonnante, mais il restait compréhensible. Il lui raconta sa longue nuit d’étude à grand renfort de précis de grammaire, de dictionnaires et de traductions d’articles de journaux locaux, puis son éreintante journée à la librairie, les livres qui défilaient sous ses yeux, passant par sa main de la caisse de rangement au rayon, les titres qui se dérobaient à sa vue, les pas titubants qu’il effectuait, puis lors de sa sortie dans la rue le sentiment d’un poids pesant sur ses épaules, rendant sa démarche lourde et incertaine, la rue elle-même serpentant par sa propre volonté. Et enfin une jeune femme lui demandant comment il se sentait, déclenchant son malaise. Au fil de ses explications, Kamui ferma les yeux et se laissa se reposer au plus près de Keegan. Il avait si sommeil.

Quelques tapes sur sa joue le tira de ses rêveries. Ne pas dormir, lui disait-on, ne pas dormir. Puis on le força à boire, ce qui était chose bienvenue. Là où certains se seraient inquiété des réactions à venir de la part de la famille, Kamui préféra s’intéresser à Keegan. Pourquoi était-il ambulancier ? Ici, à Lima, qui plus est. Quel âge avait-il ? Que connaissait-il du Japon ? Avait-il déjà voyagé ? Il se décida finalement à engager la conversation, ne s’occupant d’absolument rien d’autre que de son héros. Le rouge s’empara de ses joues.

- Est ce que... On pourra se revoir ? J’ai envie de discuter... avec vous.


Dernière édition par Kamui Matsuo le Dim 28 Avr - 11:35, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: 06. Une rencontre chaleureuse   Mer 24 Avr - 18:18

Les explications, tout d’abord confuses puis plus claires mais divaguant quelque peu, de Kamui raffermirent les ambulanciers dans leur diagnostic. Malaise due à une importante fatigue et une évidente déshydratation. Rien d’extrêmement dangereux en l’état, mais il devait être réhydrater sans tarder. Tandis qu’Eve arrangeait le brancard, Keegan força de nouveau son patient à boire.

« Monsieur Matsuo, nous allons vous transférer sur le brancard puis dans l’ambulance. Nous serons à l’hopital sous peu, » lui expliqua-t-il calmement. Au signal de sa collègue, il glissa une main sous la tête de Kamui, un bras sous son torse, et le souleva délicatement dans son nouveau cocon. Ils déplièrent ensuite les jambes métalliques croisées du brancard pour le surélever et le faire rouler jusqu’au véhicule. Keegan monta le premier à l’arrière de l’ambulance et souleva le brancard pour l’installer en sécurité, amarré à une paroi.

Tandis qu’Eve rangeait leur matériel et chargeait le sac à sa place, Key attrapa une poche de solution injectable et l’accrocha à l’un des supports de l’ambulance. Avec une compresse, il désinfecta le creux d’un bras. « Je vais vous faire une perfusion, afin de doper votre taux de sucre dans le sang et de vous réhydrater. Respirez profondément. » Les portes de l’ambulance se refermèrent derrière eux. Keegan effectua la piqûre avec célérité et efficacité. Lorsque le véhicule démarra, Kamui était perfusé et à l’abri du soleil (bien qu’il ne fasse malheureusement pas plus frais à l’intérieur).

Remarquant ses yeux fermés et sa respiration ralentie, Key lui tapota gentiment les joues et l’encouragea de nouveau à boire. Tant qu’il n’était pas pris en charge dans un établissement médical, mieux valait le garder éveillé. Se préoccupant peu de l’attention qui lui était portée, Keegan aspergea de nouveau la peau pâle au brumisateur. Mais lorsqu’il releva les yeux sur son visage, il fut quelque peu surpris et inquiet de le voir si rouge. Avant qu’il n’ait pu s’enquérir de son état, Kamui faisait mine de parler et il se pencha légèrement pour l’entendre.

*Eh bien,* se dit-il, *j’ai de la chance qu’Eve n’ait pas entendu ça. J’en aurai entendu parler pendant des semaines.* Mais il le prit avec le sourire, bienveillant et amusé à la fois. Son patient était un jeune homme étranger au cerveau liquéfié par le soleil, il méritait bien un peu d’indulgence. « Nous nous reverrons peut-être à l’hôpital. Je passe toujours voir mes patients si j’en ai l’occasion, » lui assura-t-il simplement.
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MessageSujet: Re: 06. Une rencontre chaleureuse   Sam 27 Avr - 14:25


Hôpital StRita, 23 août 2017, 19h10
(Ambiance musicale, que j’ai modifiée)


La lumière d’un soleil embrasant l’horizon teintait la chambre aseptisée où reposait Kamui de tons rouge orangés, d’où résultait une atmosphère intimiste, entre ombre et pénombre. Sur les murs, à l’origine d’un blanc pur, évoluaient les stries projetées par les persiennes à demi-fermées. Elles couraient les unes après les autres au rythme du soleil couchant. Lorsqu’il ouvrit les yeux, ses premières pensées ne furent pas accaparées par le souci de savoir où il se trouvait alors. Non, ce fut plutôt la sensation de chaleur persistante au niveau de sa nuque, cette même chaleur que l’on sent émaner du corps d’une personne bénéficiant de toute notre attention et qui nous irradie et nous réchauffe bien plus qu’un feu de cheminée. Cette même chaleur, encore, que l’on perçoit lorsque lové au creux de son lit. Kamui voulu porter sa main à sa nuque comme pour s’en emparer, mais fut retenu par la douleur d’un cathéter dont la présence ce fut discrète jusqu’alors. Ce n’est qu’après cet rappel à la réalité qu’il sonda sa mémoire à la recherche de quelques indices. Il revoyait parfaitement sa journée de travail qui fut un calvaire pour lui, puis sa tentative désespérée de regagner l’appartement de sa tante. Ensuite, plus rien, sauf un nom : Keegan, et un visage.

Il se releva doucement, sentant ses sens encore perturbés, et resta ainsi assis, les yeux dans le vague à amasser ses souvenirs. Naquit dans son esprit un ébauche de poème en anglais, fils de ses sentiments confus où seul Keegan semblait d’une netteté paranormale. Il repéra ses affaires déposées sur une chaise non loin, se rua pour s’emparer d’un stylo et de son bloc de papier, puis retourna sur le lit pour le consigner.

Déchirant le brouillard
Voici
Le visage blanc d’un ami

Laissant tomber son matériel à ses côté, Kamui se laissa aller en arrière, s’étendant en travers du lit, sa nuque reposant juste au bord. Il soupira, s’interrogeant bien sur les décisions qu’il devra prendre par la suite, non seulement concernant la charge de travail qu’il s’inflige lui seul, mais aussi par rapport à cette étrange réaction qui l’oblige à admirer l’ambulancier. Il avait quitté le Japon dans l’espoir de se retrouver, non pas pour courir après des chimères. Il commença même à penser que quitter Takayuki fut une mauvaise idée, finalement.

Le bruit de la poignée pivotant contre son gré l’ôta de ses rêveries. Il se redressa d’un coup d’un seul, projetant son stylo au sol jusqu’au pas de la porte. Il s’accrocha aux draps, s’ils pouvaient toutefois le retenir dans son léger vertige, et attendit quelques instants pour se ressaisir. Puis il se retourna pour connaître son visiteur. À la vue de Keegan, tous ses démons s’envolèrent et laissèrent sur ses lèvres une moue satisfaite. L’ambulancier ferma doucement la porte, ramassa le stylo et vint le rendre à son propriétaire, le taxant d’un sourire amusé.

- Merci. Pour tout ce que vous avez fait... Merci.

Kamui reprit son bien et referma aussi son bloc, bien qu’on eut amplement le temps d’en lire le contenu. Keegan lui demanda comment il se sentait, ce qui fut bien pratique pour éviter tout silence pesant.

- Je vais bien, merci. Malgré ma tête qui me lance encore un peu, et mes souvenirs embrouillés quant à ce qu’il s’est passé...

Le japonais rougit à sa réponse. Il aurait été plus correct de dire qu’il ne se souvenait que de lui. Cependant, cela l’aurait mis dans l’embarras, bien plus que ce qu’il s’apprêtait à demander.

- Et vous ? Je veux dire... Votre travail n’a pas été trop difficile aujourd’hui ? Enfin, si vous avez déjà terminé votre journée...

(NB : le poème est de Yotsuka Ryū, traduit par Corinne Atlan et Zéno Bianu)
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MessageSujet: Re: 06. Une rencontre chaleureuse   Jeu 2 Mai - 18:55

Enfin débarrassé de son gilet d’ambulancier, Keegan respirait plus facilement dans l’air climatisé de l’hôpital, malgré ses effluves – désormais familières – de désinfectant. Les mains dans les poches de son jean, il s’accola au bureau des infirmières et offrit un sourire amical à la jeune recrue de service. Son expression exténuée s’effaça aussitôt pour laisser place à un étirement rêveur des lèvres et des yeux, tandis qu’elle lui demandait ce qu’elle pouvait faire pour lui. Il se renseigna sur l’état des patients qu’il avait amené durant son service, discutant et plaisantant tranquillement, sachant que les infirmières étaient bien souvent demandeuses d’un peu de distraction amicale. Lorsque l’infirmière-en-chef débarqua avec un air pincé, pensant visiblement que sa subordonnée flirtait durant son service, Keegan la salua poliment mais s’éclipsa sans se faire prier.

La dernière chambre qu’il visita était celle de Kamui. L’enfant épileptique de la chambre d’à côté l’avait aspergé de son jus d’orange et Key tira distraitement sur son T-shirt blanc pour éviter qu’il ne colle à sa peau moite. Son attention était concentrée malgré tout sur le jeune japonais. Celui-ci s’était évanoui peu de temps avant qu’ils arrivent à l’hôpital et avait apparemment piqué un somme bien mérité, de ce qu’on lui avait dit. C’était une bonne chose, son métabolisme avait besoin de repos et sa perfusion s’occupait des nutriments.

« De rien, » répondit-il tranquillement, le sourire aux lèvres, le stylo tendu. « C’est mon travail, et je le fais avec plaisir. Comment vous sentez-vous ? » Il hocha la tête à la réponse de son patient (ex-patient, il devait vraiment se rappeler qu’à partir du moment où ils entraient à l’hôpital ils n’étaient plus sous sa responsabilité). « C’est tout à fait normal. Vous avez fait un malaise. Déshydratation et fatigue combinés font mauvais ménage. Votre organisme a décidé de se reposer sans votre accord, puisque vous n’étiez pas de cet avis, » expliqua-t-il avec humour. Plus sérieusement, les sourcils froncés, il ajouta sur ce ton mi-paternaliste, mi-autoritaire qui lui collait à la peau depuis ses années en tant que commandant d’unité : « Vous surmener ainsi est contreproductif. Il vous faut du repos, beaucoup d’eau et une bonne alimentation pour tenir le coup, surtout par cette chaleur. Le médecin qui passera vous décharger de l’hôpital vous fera probablement une liste de recommandations, mais c’est important : repos et diète équilibrée. » Et, histoire de souligner ce conseil, Keegan se saisit de la carafe d’eau. Il remplit un verre d’eau qu’il déposa sur la table de chevet, en une invitation silencieuse à boire.

« Oui, je viens de terminer mon service, » assura Key en balayant d’un geste distrait les hésitations et interrogations de Kamui sur sa journée. « Beaucoup de routine. La canicule affaiblit les populations sensibles. Tout spécialement lorsqu’elles ne prennent pas assez soin d’elles. » Coup d’œil appuyé sur le jeune homme pour en rajouter un petit coup.

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MessageSujet: Re: 06. Une rencontre chaleureuse   Mer 8 Mai - 11:27


Hôpital StRita, 23 août 2017, 19h10
(Ambiance musicale)


L’attitude presque protectrice de Keegan à son égard embrouillait encore plus son esprit. Kamui était touché par ses attentions, bien qu’il savait pertinemment que ce ne lui était pas exclusif. C’était son métier qui le menait à être avenant, prévoyant et attentif aux besoins des autres. C’était tout de même un comportement qu’il n’avait pas l’habitude d’observer dans son monde de solitude, dans sa bulle de froide et sèche richesse. Ce comportement le laissait aussi se souvenir de sa grand-mère, qui était la seule personne qui se montrait réellement proche de lui, et tout autant à son écoute. Peut-être était-ce là la raison de ce sentiment de sécurité et de familiarité qu’il ressentait lorsqu’il voyait Keegan, et ce malgré leur rencontre encore bien récente. Ainsi, il écouta sagement ses conseils, prêt à lui prouver qu’il sait aussi prendre soin de lui.

Lorsque Keegan lui tendit un verre d’eau pour appuyer ses propos, Kamui remarqua son T-shirt blanc humide qui lui collait à la peau, soulignant ses muscles saillants d’homme en excellente forme physique. Son regard bloqua là quelques secondes, et son esprit ne fut plus intéressé que par sa vue. Les mots de l’ambulancier ne furent pas même entendus, exceptée la petite remarque qui lui était adressée. Sentant son corps chauffer, il détourna le regard et prit une moue mi-boudeuse mi-amusée pour répondre qu’il avait bien compris. Plus pour se calmer que pour appliquer les conseils de Keegan, il bu la moitié du verre du verre servi. Ce n’est pas autant que son esprit se reposa. Il voulait en savoir plus à son propos, toujours plus. En avait-il seulement le courage ?

Kamui se leva et s’approcha de la fenêtre pour regarder à l’extérieur. Le couchant l’inspirait toujours plus dans son lyrisme, mais il ne voulait se livrer à la poésie en présence de quelqu’un d’autre. C’était un moment très intime avec ses mots, et il se savait incapable de les écrire s’il était observé. Il lui inspirait aussi l’envie de poser les questions qui le taraudent, mais il lui faudra amener le sujet par les petits sentiers. Il se retourna et s’appuya contre la fenêtre pour faire face à Keegan.

- Ça fait longtemps que vous travaillez ici, n’est-ce pas ? Des personnes comme moi, vous avez en voir souvent... des personnes comme moi. Une question totalement aléatoire : avez-vous voyagé ? Comme je viens de l’étranger, je m’y intéresse un peu.

Il était intéressé oui, mais il voulait surtout gagner du temps. Toujours par soucis de se rapprocher de lui, Kamui se souvint qu’il avait étudié le langage familier en cours. Les professeurs lui avaient dit que là où au Japon on utilisait le langage poli même si on se sentait proches, comme dans les lettres ou dans les milieux aisés auquel il appartient, aux États-Unis il était plus facile d’utiliser un langage relâché pour signifier la proximité.

- Est-ce que, même après ma sortie de l’hôpital... Nous pourrons revoir ? Et... pouvons-nous laisser le registre élevé de côté ?


Dernière édition par Kamui Matsuo le Mar 14 Mai - 19:43, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: 06. Une rencontre chaleureuse   Sam 11 Mai - 19:38

Keegan s’appuya d’une pression de la hanche contre le lit, les mains lâchement enfouies dans ses poches, les coudes décollés des côtés pour permettre à l’air de circuler et de sécher un peu plus rapidement son T-shirt (on avait passé le stade du ‘rafraichissant’ pour un ‘collant’ peu agréable ; s’il n’avait pas été à l’hôpital, il l’aurait déjà retiré, purement et simplement). Il suivit Kamui du regard, se gardant bien de se rapprocher pour éviter tout malentendu – l’attraction du jeune homme était flagrante – et sentiment d’étouffement (l’atmosphère était déjà bien assez suffocante sans en rajouter).

Incertain de ce que le nippon entendait par des ‘personnes comme lui’, Key préféra esquiver en répondant très honnêtement : « A vrai dire, je travaille à Lima depuis peu, je viens de Hawaii. » Légèrement avachi contre le lit (son travail n’avait aucunement souffert de la chaleur caniculaire, ses campagnes militaires l’avaient préparé à des conditions bien plus difficiles encore, mais il restait humain et donc fourbu), Keegan inclina la tête et sourit. « Je faisais partie de l’armée avant de devenir ambulancier. J’ai vu une partie du Moyen-Orient, quelques lieux d’Amérique du Sud et un peu d’Asie. » Il resta vague. Certaines de ses missions restaient classifiées. « Malheureusement, je n’ai jamais pas eu beaucoup l’occasion de m’adonner au tourisme. » Une honte probablement mais, en tant que SEAL, sa préoccupation principale n’était pas l’utilisation optimale de ses – rares – congés.

Aux questions suivantes, Keegan eut un moment de flottement. Il se redressa quelque peu et croisa les bras devant lui, incertain. Devait-il prendre cela comme une tentative de rapprochement excessif ou comme un simple intérêt amical ? Key était très ouvert d’esprit, mais il était aussi purement hétérosexuel, intéressé par une féroce blondinette, et doté du double d'années que le lycéen. Le laisser se faire des idées serait inapproprié, mais le rembarrer quand il avait été tout ce qu’il y a de plus discret l’aurait été tout autant.

Il haussa finalement les épaules, gardant sa décontraction et son détachement habituels. Autant ne rien changer. « Ok, » accepta-t-il simplement. Officier qu'il était (ou avait été), Keegan savait respecter le décorum... et l'envoyer bouler aussi sec. Sa façon de parler avait été le dernier de ses soucis sur le terrain. « Tu es au lycée WMHS, n’est-ce pas ? … Alors on se reverra sans doute, je m’occupe des stages de premiers secours là-bas. Il y en a plusieurs au cours de l’année, jettes-y un coup d’œil et tu devrais pouvoir m’y retrouver. »

D’un coup de rein il se détacha définitivement du lit. « Je vais y aller, tu as besoin de repos et le médecin ne devrait pas tarder. » Ce n'était pas qu'il tenait à s'éloigner de Kamui, mais il devait vraiment retirer ce foutu T-Shirt. De plus, certains médecins n'appréciaient pas vraiment que les ambulanciers prennent leurs aises sur leur territoire, il l'avait appris à ses dépends. « Prend soin de toi. » Il lui tendit la main.
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MessageSujet: Re: 06. Une rencontre chaleureuse   Jeu 6 Juin - 16:43


Hôpital StRita, 23 août 2017, 19h10
(Ambiance musicale)

Pour Kamui, la tension se faisait de plus en plus ressentir. Il était dans cet état où l’on se sentait fondre et flotter à la fois à trois pieds au dessus du sol. Il écouta la très brève réponse de l’ambulancier, sentant qu’il pourrait boire ses paroles bien plus facilement que les verres d’eau qu’il lui tendait. Le fait que Keegan lui indiqua qu’il donnait des stages de premiers secours dans son lycée le rassura, bien que ces stages n’étaient pas le cadre dont il rêvait pour le rencontrer de nouveau. C’était toujours mieux qu’un froid refus, pensa-t-il. Il se renseignera dans l’espoir de dégoter une date en accord avec son job à la librairie. Alors que Kamui allait lui demander plus amples explications à ce sujet, Keegan fit mine de partir, prétextant l’arrivée du médecin, puis lui tendit la main. C’était une habitude chez les occidentaux, de serrer la main aux personnes que l’on retrouve ou que l’on quitte, tout comme l’on fait la bise aux femmes par ailleurs ; une habitude que le japonais ne comprenait pas réellement. Il avait encore du mal à s’y prêter lorsque le moment de se séparer venait, et ce malgré les quelques mois déjà passés à Lima. Aussi il mit quelques secondes à réaliser que ce signe amical devait recevoir une réponse. Il quitta sa fenêtre pour franchir les deux mètres le séparant de Keegan, et serra la main de façon bien maladroite, ce qui arracha un léger sourire à l’ambulancier.

- Ou... oui. Dorénavant, je ferai plus attention. Donc... Bonne journée ?! Et bon courage pour la suite !

Tout à fait maladroit. Heureusement qu’il s’y fera, à ces habitudes. Du moins il en avait l’espoir. Il laissa l’ambulancier retourner à son travail, et probablement se changer avant vu l’état de son t-shirt. Il chassa aussi les images peu catholiques qui vinrent assaillir son esprit. Ce dernier avait d’ailleurs raison : à peine était-il sortir de la chambre qu’on frappa à la porte. Le médecin l’ayant en charge entra, analysa rapidement son état, consulta les résultats des quelques analyses qu’ils ont effectuées à l’entrée de Kamui dans l’hôpital, puis décida de le relâcher après quelques conseils pour éviter de revenir faire un séjour. Il ne lui restait plus qu’à régler les soins administrés, et il était de nouveau libre comme l’air.

En sortant de l’hôpital, Kamui décida d’appeler sa tante pour, bien sûr, la rassurer, mais aussi tout lui raconter. Non pas qu’ils étaient bien proches, mais c’était la seule personne avec qui il pouvait s’exprimer pour le moment. Et puis au delà des différences culturelles, elle était aussi celle la plus complice avec sa grand-mère dans l’organisation de son départ pour les États-Unis. C’était une personne de confiance.
(Fin du sujet)
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06. Une rencontre chaleureuse

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