Choriste du mois


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 02. Crazy in love

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We don't own our heavens now.
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MessageSujet: 02. Crazy in love   Lun 5 Aoû - 22:02


Un coup de brosse. Deux coups de brosse. Trois coups de brosse.

Lentement, délicatement, comme un prédateur traquant sa proie, transis de cette obsession suave dont on ne sait trop si elle vient du cœur ou du l’estomac, l’éclair d’argent remontait le flot doré de la chevelure où Grace le promenait. Elle aussi était en chasse, la rétine acérée, le souffle fébrile, elle ratissait méthodiquement le moindre cheveu, toute prête à défaillir à la moindre bouleversante découverte d’un nœud dans son immensité capillaire.

Dieu merci, son inspection se fit sans aucun choc septique du genre, et c’est même avec un petit soupir de soulagement qu’elle déposa son arme luisante sur le coin de sa coiffeuse. Un sourire s’épanouit derrière la mince couche de rouge cerise dont étaient recouvertes ses lèvres. Ce genre de sourire que n’aurait pas renié un méchant de dessin animé triomphant dans son plan machiavélique et absolument ridicule pour faire sombrer le monde sous une épaisse couche de purée de pomme de terre fumante. Le sourire d’une femme amoureuse. D’une jeune fille, car, pouvait-on réellement parler de femme en évoquant Grace, plus candide qu’un bébé faon anorchide sur les terrains, assez mal entretenus par ailleurs, de l’amour ?, qui voyait enfin venir à elle l’heure de son premier rendez-vous avec celui qu’elle aime, qui l’aime en retour, et dont le sourire éclatant comprend l’option haleine mentholée.

Ses yeux rencontrèrent leurs homologues bleutés dans la glace. Un pincement familier lui signala qu’elle avait correctement accroché ses boucles d’oreille. Noyée dans la lumière maussade qui suintait à travers les vitres, elle attendait, comme si un timing était déterminé pour qu’elle s’habitue à la douleur.

Soupir.

Son Homme.

Il était incroyablement beau, parfaitement intelligent, docteur, de bonnes mœurs, à même de transmettre, voire d’enrichir, le patrimoine génétique vocalisant des Hamilton, roux, et Grace était pratiquement sûre que ce-dernier gène serait récessif. Et si la nature venait à contredire cette conviction, étayée à coup de cierges et de prières, elle s’assurerait de faire entrer sa progéniture dans le monde merveilleux de la teinture capillaire bio-éco-responsable dès le plus jeune âge. En somme, il était, à ses normes très précises, l’homme parfait.

A l’homme parfait, il fallait bien, au moins, la femme parfaite. Et pour lui offrir ce bien légitime dû, elle ne devait donc plus être Grace. Non. Cela ne suffisait plus. Pour être à la hauteur, Grace devait devenir Kelly.

Grace Kelly.

Véritable descendante et réincarnation cinématoscopée de la très Vierge Marie, cette femme, ce modèle intemporel, incarnait toutes les perfections auxquelles prétendait la jeune Hamilton. Et ce n’était pas moins que la princesse monégasque que la pianiste comptait présenter aux yeux de son indéniablement futur époux.

Elle s’arracha à son siège et s’avança jusqu’au lit. Ses doigts glissèrent avec admiration entre les plis de la robe qui s’y étalait.

Elle avait modéré ses cheveux jusqu’au soyeux docile propre à l’actrice, travaillé l’attitude et l’accent, s’était endoctrinée avec les mimiques les plus subtiles et avait développé une sensualité vintage toute artificielle. Tremblante d’excitation, elle ne pouvait pourtant en cet instant se concentrer à reproduire toute cette physionomie étudiée avec soin, quasiment éblouie par le tissu qui habillait désormais son corps blafard. Car c’était là où tout se jouait. La pièce principale de son Œuvre. Pour parfaire le rôle qu’elle s’était tout naturellement attribuée, Grace avait déniché l’exacte réplique de son costume dans « Fenêtre sur Cour ». Elle passa une main mécanique sur les plis du bas de la robe qui lui descendait jusqu’aux chevilles, avant de découvrir avec un bonheur presque malsain qu’il n’y en avait aucun. Qu’il n’y avait aucune erreur, que tout était parfait.

Battement de paupières.

La robe parfaite. Le couple parfait. La vie parfaite.

La vie qu’elle était bien décidée à faire devenir définitivement sienne.

Sourire.

Car elle l’était déjà un peu, après tout.

Un dernier regard à son reflet cinématique, elle ajusta le dos-nu qui dévoilait sa blancheur presque spectrale, ses mains, lovées dans le satin blanc de ses gants, replacèrent bien vite ses lunettes noires et pianotèrent précipitamment jusqu’à la porte, dévoilant au monde, ou, tout du moins, au couloir, l’apparition nostalgique vaguement glauque en laquelle elle s’était grimée.

Un pas. Deux pas. Trois pas.

Ses pieds chaussés d’escarpins noirs esquissèrent quasiment des entrechats sur le trottoir humide qu’elle rejoignait sans tarder. Tous les véhicules du domicile pastoral se trouvant monopolisés, Grace, souriant rêveusement, laissa une pirouette langoureuse amener les petits trois mètres cube de jupe qu’elle représentait désormais jusqu’à la banquette relativement collante d’un taxi au propriétaire médusé.

-Je…

Sans attendre, elle lui glissa, ou, plus réalistement, manqua de peu de l’éborgner en lui envoyant droit sur le globe oculaire, une carte cornée par le temps et les témoignages d’affection adoratrice que ce petit bout de carton blanchi au chlore, insidieusement volé chez Emma, avait pu recevoir en l’honneur de l’Homme qu’il représentait. Déchiffrant le lieu d’exercice du Docteur Pillsbury, le taximan sourcilla, apparemment peu convaincu par les potentiels moyens de paiement que la créature plus ou moins névrosée, quoique souriante, postée dans son véhicule étroit pouvait lui apporter. Semblant néanmoins se rappeler qu’elle l’avait elle-même commandé, il finit par s’exécuter, plissant des regards soupçonneux dans son rétroviseur, des fois qu’elle se soit mise en tête de dissimuler une bombe sous ses jupons surdimensionnés pour déclencher sous son siège un bon vieil attentat à l’artisanale.

Grace se trouvait bien loin de toutes ces préoccupations terroristes, les seules déflagrations qu’elle entendait étaient celles qui pulsaient dans son myocarde, à mille lieues des voitures piégées, sa petite âme ne voyait que l’Amour et le Destin comme destriers pour sa Quête. Quant à la mort, elle aurait pu être petite, si seulement elle avait été en mesure d’émettre des pensées moins platoniques que le flot interrompu de licornes et pièces montées qui dégorgeaient de ses synapses rosâtres.

Si nul ne pouvait décemment entraver son cheminement sur la route du bonheur, Sainte-Rita y marqua pourtant un péage.

Abandonnant les dollars réclamés entre les mains grasses du conducteur, elle continua en décor extérieur la petite comédie musicale de sa vie.

Derrière ses verres noirs, son regard échoua sur le panorama de l’entrée de l’hôpital. Emue jusqu’au trouble, parvenue enfin au but, ses yeux s’embuèrent d’une brume poisseuse qui se répandit jusque dans son esprit en ébullition. Engourdie de plaisirs imminents, elle vit défiler autour d’elle le petit théâtre où allait se jouer son avenir marital plus qu’elle ne s’y avança elle-même.

Un service. Deux services. Trois services.

Gynécologie.

Etirant jusqu’à ses coudes ses gants fripés par la course, réfléchissant un instant à la poésie aseptisée de ce mot étalé, immuable, sur la petite plaquette du couloir, elle finit par pousser la porte d’une espèce de bureau fleurant le patchouli et la lingette hydratante. Une large masse rose entourée d’un fumet de paracétamol s’imposa à sa vue, incarnation méfiante de la Justice Administrative.

-Vous êtes ?

-Ici, éclaira-t-elle avec un sourire d’évidence.

Regard féroce.

-Vous avez un rendez-vous ?

Comment pouvait-elle savoir ?

-Hé bien…

-Vous avez pris un rendez-vous ?

-Je viens voir le Docteur Pillsbury, bien sur…

-Vous avez pris un rendez-vous ?

-Je…

-Vous n’avez pas pris de rendez-vous.

Le regard haineux que l’infirmière lui envoya ne parvint pas à entacher la candeur de la pianiste.

-Dîtes-lui simplement que la femme de sa vie est là.

Sourire entendu. Elle retira ses lunettes mais ne prit pas la peine de s’asseoir. Son instinct psychosé devait, par pur hasard, la servir, car à peine cinq minutes de patience lui furent demandées avant que le bulldog chloroformé revienne, l’œil torve, les bajoues rougeaudes.

-Il accepte de…

-Evidemment.

Un sourire sucré. Un grognement mécontent. Une porte.

Elle s’avança dans le cabinet qu’on lui indiquait avec l’aisance de la future femme du maître des lieux, qu’elle était, et, sans mains gantées sagement réunies sur sa hanche droite, attendit.

Soudain, un bruit.

Un couinement de chaussure. Deux couinements. Trois couinements.

La porte s’ouvrit. Et grinça.

Une fois. Deux fois. Trois fois.

Trois. Encore et encore. Et encore.

Le Père. Le Fils. Le Saint-Esprit.

La Trinité. Les Trinités. Partout. Tout le temps.

Battement de cils dans le reflet que projette la transparence de la fenêtre.

Grace Kelly.

Elle.

Un.

Demi-tour. Sourire d’extase pure.

-Wyatt.

Lui.

Deux.

Un doigt glisse sur la mince ceinture noire. Juste au-dessus de son ventre.

Eux.

Trois.

Amen.
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MessageSujet: Re: 02. Crazy in love   Mar 6 Aoû - 17:27

Assis sur le tabouret qu’il avait installé à côté de la table d’auscultation, Wyatt s’autorisa quelques secondes de blanc pour permettre à son esprit déjà fatigué malgré l’heure relativement peu avancée dans sa journée de travail de se reposer. Il avait été tiré de son lit (une fois de plus) par l’infirmière de garde qui lui annonçait que l’une des patientes de sa clinique dont le col était enfin suffisamment dilaté exigeait que ce soit lui qui assiste à la naissance de son premier enfant et qu’elle refusait de pousser jusqu’à ce qu’il soit là. Un accouchement par voies naturelles, tout ce qu’il y avait de plus classique. Il n’avait donc pas tiqué lorsqu’on lui avait collé deux internes fraîchement sortis de leurs salles de cours dans les pattes pour qu’ils observent. Grave erreur. Très grave erreur. En bon professeur il avait voulu les faire participer pour qu’ils tirent quelque chose de cette expérience. Après que le père de l’enfant, qui pleurait depuis la veille au soir quand il avait quitté la chambre de sa patiente, ait coupé le cordon, il proposa à la jeune femme en blouse bleue qui avait l’air plus de retirer le placenta. Rien de plus simple. Tout le travail était fait. Qu’est-ce qui lui avait pris de faire du zèle ? Toutes ces heures passées à Ste Rita avait fini par avoir eu raison de sa façade de médecin hautain et inapprochable. Il n’avait jamais souhaité travailler dans le public mais maintenant qu’il y était, il pouvait au moins en profiter pour partager son savoir de manière plus pratique qu’à l’Ohio State. Sa bonté le perdrait. Mais on ne l’y reprendrait plus. Quand l’apprentie chirurgienne poussa un cri et que soudain le placenta lévita dans les airs pour le heurter en pleine poitrine alors qu’il se tournait pour voir ce qui se passait dans son dos, toute pulsion de transmission du savoir quitta son corps. Se surprenant lui-même, il ne hurla pas immédiatement après la jeune femme. Il essuya tranquillement les gouttes de sang qui avaient atterri çà et là sur son visage d’un revers de poignet ganté puis demanda patiemment à l’infirmière de bien vouloir s’assurer que sa patiente avait tout ce dont elle avait besoin et d’appeler l’entretien pour qu’ils s’occupent de la bombe au placenta qui venait d’exploser à leurs pieds. Il félicita les jeunes parents, ôta sa blouse de protection, puis sortit de la salle avec les deux internes sur les talons. Ce n’est qu’une fois la porte refermée derrière eux qu’il lâcha les chiens de sa furie. Les exercices de respiration auxquels il s’était soumis sous la direction de Megan Morgan ne lui avait jamais été aussi utiles. Sans se vanter, il pouvait assurer que sa leçon sur toutes les raisons qui faisaient qu’ils ne seraient jamais de bons médecins s’ils ne savaient garder leur sang froid que devant des cadavres avait été entendue dans au moins deux ailes de l’hôpital sur au moins trois étages. Une fois qu’il fut certain de s’être bien fait comprendre et qu’on ne lui refilerait pas d’interne avant deux éternités, il prit congé du public attroupé au bout du couloir pour prendre une douche et changer de vêtements. Le sang n’avait certes pas filtré au delà de sa blouse de protection, mais il ne tenait pas à avoir de souvenir de ce glorieux épisode de sa vie. Pour calmer ses nerfs il avait donc demandé à s’occuper des consultations d’urgences pour attendre les quelques rendez-vous qu’il avait déplacé de son cabinet à l’hôpital.

«Vous voyez docteur, si je me mets comme ça, ça fait pas mal. Mais il préfère cette position là, vous comprenez, mais c’est assez inconfortable, c’est pas que ça brûle... C’est plus comme un pincement, vous voyez ? J’ai déjà essayé de lui dire mais il n’arrête pas de me dire que ça ne dérangeait pas son ex, et je me demandais si c’était parce que j’avais une malformation ou un truc qui cloche ?» Le regard vague du gynécologue était toujours posé sur la jolie blonde qui était allongée sur la table pour mieux pouvoir lui mimer en détails toutes les positions qu’elle pratiquait régulièrement avec son partenaire, mais il avait perdu le fil de son histoire au bout de la deuxième situation. Retrouvant finalement ses esprits, il baissa le regard vers le clipboard où reposait son dossier médical et parcourut distraitement ses dernières analyses. Il avait dû mettre trop de temps à répondre puisque tout à coup l’étudiante avait enfin décidé de remettre ses deux pieds sur la petite marche au pied de la table et agrippa fermement son avant-bras. «Je ne suis pas malade hein ? S’il m’a refilé un truc je jure que je vais le tuer. Il m’a dit qu’il avait fait des analyses après avoir rompu avec cette pétasse. Tu m’étonnes qu’elle n’ait pas mal, elle a dû se faire toute l’équipe de basket de la fac, remplaçants inclus sans compter les quelques cheerleaders qu’elle a réussi à soûler. J’aurais jamais dû lui faire confiance quand il a dit que c’était bon. J’aurais dû demander à voir les tests. Mon dieu docteur est-ce que ça va faire mal ? Est-ce que ça se soigne ? Est-ce que j’en ai pour longtemps ?» Bon. De toute évidence ce n’était pas son jour. Plaquant son sourire le plus rassurant, il posa son dossier sur la petite tablette à sa gauche puis prit la main de la jeune femme dans la sienne pour lui faire lâcher prise avant que ses faux-ongles ne lui transpercent la peau. «Non Sadie, tout va bien. Vous n’êtes pas malade, néanmoins je vous encourage à l’avenir à ne pas croire vos partenaires sur parole lorsqu’ils vous disent être sain, ça nous évitera quelques frayeurs.» Replaçant les mains de la jeune fille qui continuait à s’accrocher à lui comme si sa vie en dépendait sur ses genoux, il tira son bloc d’ordonnances de sa poche et se redressa. «Vous allez me dire quelle pilule votre gynécologue habituel vous prescrit et je vais vous refaire une ordonnance. Si vous n’avez pas de contraceptif oral je vous conseille de reprendre rendez-vous, avec votre médecin ou avec moi, pour que nous puissions faire un bilan. Pour ce qui est de vos... gênes.» Une série de coups secs retentirent contre la porte de sa salle de consultation et le gynécologue fronça les sourcils en ignorant la personne qui jugeait utile de ne pas lire le panneau “Consultation en cours”. «Ça ne semble être qu’une question de... souplesse.» Les coups reprirent, plus vifs, accompagnés d’une voix qu’il reconnaissait comme celle de l’infirmière à l’accueil appelant son nom. «Du yoga, de la gymnastique ou de la danse devraient vous aider si vous souhaiter poursuivre dans cette voie. Excusez-moi un instant.» Le médecin se leva pour aller ouvrir la porte et tomba nez-à-nez avec une Martha encore plus furieuse que d’habitude. «La femme de votre vie est là.» cracha-t-elle d’un ton moqueur et irrité. Wyatt la dévisagea une seconde bouche bée avant de réagir. «Pardon ?» bafouilla-t-il surpris par cette annonce inattendue. «Habillée comme si on était dans les années vingt. Elle a cru que j’étais son esclave ou quoi ? Va falloir lui dire qu’on débarque pas comme ça dans un hôpital en exigeant de voir son mec, doc. Elle est sérieusement tarée votre copine.» Et sans plus d’explications, la grosse infirmière noire croisa les bras sur son imposante poitrine en attendant une réponse de sa part. Wyatt resta figé une seconde de plus, incapable de comprendre pourquoi Charlie viendrait le voir à l’hôpital au milieu de la journée sans le prévenir, en s’annonçant comme la femme de sa vie, et en traitant le personnel comme des laquais. «Je... J’arrive.» finit-il par lâcher un peu par défaut puisqu’on ne semblait pas lui offrir d’alternative. «Génial.» grommela l’infirmière avant de tourner les talons et de repartir vers le bureau en piétinant le sol comme s’il avait fait quelque chose de mal.

Il expédia la fin de sa consultation en mode pilotage automatique puis retira sa blouse rose pour l’accrocher derrière sa porte et se diriger vers les admissions et tirer ses nouveaux problèmes au clair. Il poussa la porte battante d’une pas décidé et sonda la salle du regard dans l’espoir de trouver Charlie avec toute sa tête pour qu’elle lui explique à quoi elle jouait exactement. Du coin de l’œil il vit l’air mauvais de Martha qu’il prit sur lui d’ignorer et passa en revue les patientes qui attendaient assises sur les sièges inconfortables et regardaient toutes d’un air ébahie dans sa direction lorsque finalement son attention se porta vers celle qui était sous son nez depuis le début lorsqu’elle appela son nom. Avant qu’il ne puisse contrôler sa réaction, ses yeux s’écarquillèrent de surprise et sa bouche tomba ouverte alors qu’il lâcha un discret «Oh mon...» Grace Kelly était au service gynécologique. Et elle le regardait comme s’il venait de trouver une solution au SIDA et au cancer dans les cinq dernières minutes. Outre le fait que cette jeune femme soit habillée comme dans un film des années cinquante, quelque chose le troublait. C’était comme s’il la reconnaissait  mais il ne parvenait pas à remettre un nom sur son visage. Une patiente ? Une ancienne connaissance ? La fille de sa maîtresse en maternelle ? Personne dans la salle d’attente ne semblait perdre une seule miette du spectacle et le médecin n’appréciait pas d’être épié de la sorte. Il se retourna vers le bureau des infirmières où Martha n’était plus seule et après avoir jeté un regard noir dans leur direction il ordonna fermement : «Je ne prends plus de consultations.» Il prit ensuite gentiment la jeune femme par le bras qu’elle pressait contre son ventre pour l’entraîner à sa suite vers la salle de consultation qu’on lui avait attribué sans lui adresser un mot en cherchant à toute allure où il avait bien pu voir cette fille auparavant. Une fois la porte refermée derrière eux, il se retourna vers elle et réalisa à peine que sous le choc, il avait complètement oublié ces histoires de femme de sa vie. Après plusieurs secondes de silence inconfortable, il se décida finalement à réagir. «Qu’est-ce que je peux faire pour vous ?» demanda-t-il stupidement comme si tout était parfaitement normal et qu’il ne venait pas de traîner un sosie de Grace Kelly avec de plus jolis cheveux dans sa salle de consultation sous le regard médusé d’une dizaine de femmes.
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MessageSujet: Re: 02. Crazy in love   Mer 7 Aoû - 14:19

Du bout de ses escarpins vernis à la pointe courbée de ses cheveux luisants, Grace flottait. Littéralement. Dans les airs. A quelques centimètres au-dessus de sol moquetté de l’hôpital. Comme une espèce de montgolfière design et ridiculement redimensionnée. Modification génétique ou simple lévitation télékinésique, le prodige ne trouvait aucune explication dans le monde partagé par le commun de mortels, et Grace n’allait certainement pas en chercher une. Car le phénomène lui était propre, et qu’il fallait au moins bien ça pour célébrer les retrouvailles avec l’incarnation athlétique de son Destin. Certes, les personnes autour d’elle l’auraient nié. Elles auraient fermé leur yeux pourtant tout prêt à jaillir de leur orbite. Ils auraient clamé qu’elle se contentait de sautiller stupidement dans le couloir, les mains dans le dos, un large sourire sur le visage, unique raison des regards de morue dessalée qu’elles lui envoyaient. Elles auraient tout de même pu y dompter la haine que suscitait chez elles l’obligation de devoir ajourner l’inspection de leur morpion potentiel et autres sécrétions utérines tout aussi glamour.

Oui, toutes ces personnes auraient menti et prétendus que rien de plus étrange que la douceur de ses cheveux et l’air vaguement psychosé qui émanait de son regard euphorique ne l’habitait. Mais Grace, elle, savait. Elle connaissait la vérité. Elle flottait.

En effet. Nul amateur sérieux de film d’animation romantique, de comédie musicale à la limite de l’antique et d’effets spéciaux cinématographiques aussi cheap que raté dans les publicités des années soixante, ne pouvait décemment ignorer le pouvoir antigravitationnel de l’Amour. Et encore moins ne se permettrait jamais de le remettre en question. Car rien n’était à y redire. L’Amour était non-seulement l’amour, mais aussi la Foi. La capacité d’admettre l’improbable grandiose, le magnifique inutile, le noir lumineux, le koala carnassier, la Sylvester à peine née, et tout-ça avec le sourire. L’Amour, c’était la double-pensée coupée en deux, une novlangue morte, c’était la Dictature du Bonheur pour tous. Et c’était à cela que tendait de plus en plus Grace à mesure qu’elle s’extasiait sur la personne de Wyatt. C’était à l’Absolution de toute logique, de tous besoin d’esprit ou d’être, le bûcher du Je, où le Nous renait des cendres, qu’elle rêvait, qu’elle voyait derrière ce dos massif qui la devançait pour ouvrir une porte.

Sourire ravi.

Dans ce petit monde expérisentimental, la flottaison, c’était un peu les règles à la puberté de l’euphorie, le changement de coloration du kilo de crevette mis à tremper qu’était le couple à la cuisson de leur amour, une super-promotion au rayon du futur conjugal : c’était un Signe indicateur irréfutable.

Alors, si elle devait défier toutes les règles de la Science et du Seigneur pour faire valider sa carte d’accès à cet univers imaginé, si cela suffisait comme preuve, alors, oui, Grace flottait.

Elle était chrétienne. Il était roux. Et ils chanteraient un duo parfait devant l’autel.

Sans doute du Whitney Houston.

Le silence s’était installé en même temps qu’elle-même, désormais assise bien droite sur sa chaise, le dévorant des yeux. Pas un silence gêné. Pas un silence tendu. Un silence contemplatif, serein, presque religieux.

Elle l’observa, lui, eux, et le futur qui les attendait, grand soleil, petits oiseaux et indice de pollution minimale à l’appui. Sa mâchoire forte et virile. Ses mains, ces faiseuses de miracle, dont elle préférait éluder les profondeurs physiologiques qu’elles avaient déjà exploré, sauvant et offrant au monde les vies qu’y avait apporté la Volonté Divine. Ces mains qui l’avait touchée. Un frisson délicieux la parcouru depuis l’endroit où sa main avait effleuré son bras, se propageant sur tout son épiderme. Elle en était convaincue, c’était un saint qu’elle découvrait avec tant d’euphorie qu’elle en aurait eu des spasmes. Un ange qui avait plongé des Cieux, non pour le vice, mais pour la Femme. Pour elle, aussi, un peu, peut-être. Du moins, l’espérait-elle avec délice et fascination.

«Qu’est-ce que je peux faire pour vous ?»

Grace ferma les yeux, savourant les graves qui se glissaient le long de ses tympans, un sourire de béatitude sur le visage.

Parfait.

Elle sentait bien le petit tremblement. Cette fébrilité dans l’octave.

Le même trouble qu’il avait affiché sur le visage alors qu’il s’était avancé pour l’enlever à la salle d’attente. Elle avait bien vu son choc, sa confusion. Elle pouvait le comprendre. Constater tous les efforts qu’elle avait faits pour atteindre son niveau, et y parvenir, découvrir sa seule et unique moitié dans l’éclat de la perfection monégasque, cela devait avoir quelque chose d’émouvant.

Il ne l’avait pas embrassée.

Comme un gentleman. Intime et discret, éblouissant de retenue. Peut-être aussi par égard pour son maquillage si soigneusement choisi et étalé. Elle était presque sûre qu’il devait être homme à faire attention aux détails.

Alors elle s’était passée de ses lèvres, même si c’était douloureux, même si ça l’asphyxiait, même si elle ne pouvait plus respirer que son oxygène. Que désormais qu’ils s’étaient retrouvés, c’était la fin et le début. Que se serait par lui, pour lui, qu’elle vivrait.

Car il lui avait fait comprendre. Il lui avait fait passer le message.

Ses yeux s’ouvrirent.

-Ca ne paraît pas évident ?

Cette main sur son bras. Sur son corps. Ca n’avait rien de banal. Rien d’étonnant. C’était un Signe. Un code. Il était là. Il savait qui elle était. Il rompait la distance et ne voulait plus jamais la voir se reformer entre eux. Ils étaient en symbiose.

Ca avait été doux, subtil, parfait, à son image. Trop de regards, de présence et de haine inévitable. Trop de rétines fragiles qu’une trop grande exposition à leur amour éblouirait jusqu’à la cataracte. Le bonheur des autres, c’était le début de la tristesse personnelle, et à la mesure du sentiment de Grace, c’était au moins le suicide minutieux au cure-dent qui attendait celui qui en prendrait conscience.

Elle y avait répondu. Sa main était descendue, doucement, lentement, le long de son avant-bras à la largeur appréciable jusqu’à son poignet qu’elle avait serré avec autant de dévotion que ces phalanges étaient capables de retransmettre.

-Je suis venue parler du mariage, Wyatt…

Sourire poli.

Et désormais qu’ils se retrouvaient dans cette pièce, seuls, isolés, Grace ne voulait plus voir aucun obstacle les séparer. Par-dessus le bureau, unique, et bien dérisoires, muraille à cette espèce de fusion siamoise que voyait désormais la choriste comme son avenir le plus logique, elle glissa son bras, attrapant la main du docteur.

-De ton futur mariage…

Il était là. Palpable. Tangible. Adorable. Cet amour promis et signé sur pixel enfin projeté dans les trois dimensions de son désir. La barrière de l’absence s’effondrait et c’était déjà le manque qui s’installait. L’envie. Le besoin. L’ordre. D’aimer, encore, et encore, jusqu’à se meurtrir, jusqu’à ce que ça fasse mal, jusqu’à ce que ça pique, pour être bien sûre que ça fasse du Bien. De se consumer en rythme, de se lover sur lui, imprégner sa peau, s’incruster dans sa chaire, au milieu de ses taches de rousseur, devenir aussi évidente que celles-ci. Et y rester. A Jamais. A sa place. Enfin Heureuse.

-De notre mariage.

L’objet de sa passion bien légitime se dressait devant elle, et face à ce miracle hydroalcoolisé, elle respirait et retenait le plus longtemps possible l’air dans lequel il était planté. Comme si c’était un peu de lui qu’elle inspirait, qu’elle absorbait et garderait jusqu’à la Fin. Et à cette simple étincelle, elle sentait sa Foi gonfler jusqu’à faire éclater sa raison, son cœur s’embraser dans une Grande Illumination. Pyromantique, elle laissait l’incendie la ravager pour mieux l’éteindre à l’eau de ces prunelles qu’elle fixait sans retenue.

-Car, vois-tu, nous n’avons plus vraiment le choix. Nous n’en avons jamais eu, à vrai dire…

Hochement de tête grave. Sourire amoureux.

-Ne t’inquiète pas, j’ai déjà prévenu Charlie…
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MessageSujet: Re: 02. Crazy in love   Mer 7 Aoû - 23:09

Lorsqu’on est roux, et qu’en plus on est un Pillsbury, on ne s’abaisse pas, en temps normal, à des remarques vides de sens parce qu’on n’arrive pas à gérer une situation aussi stressante qu’imprévue. Il souhaitait certes savoir ce qu’elle venait faire dans son cabinet, ou sa salle de consultation c’était du pareil au même, et en quoi il pouvait l’aider, bonnes manières obligent. Mais il avait un milliard d’autres questions plus pressantes. Par exemple : S’était-elle vraiment présentée comme la femme de sa vie à l’accueil ou bien était-ce un blague de mauvais goût d’une infirmière amère devant cette beauté peu commune ? Pourquoi ? D’où le connaissait-elle ? Pourquoi venir le trouver à l’hôpital ? Pourquoi fallait-il que ça tombe précisément aujourd’hui alors qu’il aurait tout donné pour retrouver le quotidien paisible de son cabinet privé où une machine à café italienne l’attendait entre chaque patiente plutôt que des internes incompétents et des sociopathes qui se prenaient pour un crossover entre une star du porno et une gymnaste russe mal échauffée ? Une fois ces préliminaires passées, il aurait pu passer à une seconde série de questions concernant sa tenue, les foutues étoiles qu’on pouvait littéralement voir dans ses yeux quand elle le regardait, et cet air ravi qu’elle avait maintenant en gardant ses paupières closes comme si elle voulait mémoriser cette scène délicieuses. Mais non. De toute évidence son sang-froid avait décidé d’aller faire un tour aux Bahamas et il se retrouvait planté là, à se demander qui était cette fille qui était certes des plus jolies, mais qui commençait à lui faire un peu peur à tenir aussi fermement son bras. Il aurait volontiers relâché son étreinte mais la jeune femme semblait en avoir décidé autrement et comme elle avait l’air dans une espèce de transe, le médecin n’osait pas retirer son bras pour ne pas rompre l’équilibre de toute évidence précaire de sa psyché.

Malgré son profond sentiment de désarroi, le gynécologue parvint à rester de marbre lorsqu’elle fit finalement allusion à l’évidence de leur situation. Éclater de rire aurait sans doute été mal venu. Ce qui devenait de plus en plus évident, c’était qu’il devait avoir un sosie ou un jumeau dont il avait été séparé à la naissance et dont personne ne lui avait jamais parlé au service psychiatrique qui avait de toute évidence égaré l’une de ses patientes. Avec un peu de chance elle était inoffensive et n’était pas nymphomane. Après la matinée qu’il venait d’endurer et ses heures de sommeil insuffisantes, il n’était absolument pas en état de neutraliser la jeune femme si jamais elle décidait de lui sauter dessus. Alors qu’il réfléchissait déjà à une manière de la reconduire en douceur vers la sortie sans qu’elle ne devienne violente, elle poursuivit le fil de ses idées apparemment claires comme de l’eau de roche pour le reste de l’humanité mais dont personne n’avait jugé bon de l’informer. Vraiment, était-ce trop demander d’être mis au courant des principaux sujets de discussion dans cet hôpital ? Quelqu’un se mariait, il devait apparemment se sentir concerné, et personne n’avait eu la présence d’esprit de mettre une note sur son casier. Venait-il de prendre la fiancé de l’un des résidents pour une nymphomane échappée de sa camisole de force ? Est-ce qu’ils avaient envoyé la future mariée ou la plus jolie de ses demoiselles d’honneur dans l’espoir de lui faire cracher quelques billets pour l’enterrement de vie de garçon ou un voyage de noce ? Wyatt fronça les sourcils à cette pensée mais ne put s’empêcher de rendre le sourire poli qu’elle lui adressa. Il n’avait pas d’argent à gaspiller, mais si elle le demandait gentiment... Peut-être qu’il pouvait faire un effort, pour lui faire plaisir. Il avait toujours été faible face avec les femmes, et plus elles étaient belles, moins il savait dire non.

Il s’apprêtait donc à demander plus de détails quant à ce mariage quand l’inconnue familière mais toujours anonyme passa à la vitesse supérieure et glissa sa main dans la sienne. Deux solutions, soit elle avait un budget vraiment serré pour sa lune de miel, soit il s’agissait d’une demoiselle d’honneur qui cherchait aussi un cavalier. Dans un cas comme dans l’autre, il ne pourrait pas grand chose pour elle. Son sourire se fit donc plus discret et il affecta un air navré pour lui annoncer qu’elle n’avait malheureusement pas parié sur le bon cheval et qu’il ne serait pas en train de perdre son temps à Ste Rita s’il avait eu les moyens de faire des donations pour les mariages d’autrui. «Je suis...» commença-t-il avant d’être interrompu et son sang se glaça. Comment ça son futur mariage ? Les pupilles du docteur s’élargirent et il quitta les yeux bleus de la jeune femme pour contempler ses sourcils puis sa chevelure blonde parfaitement tirée en arrière. Il fallait bien avouer qu’il n’y connaissait pas grand chose en matière de colorations, mais elle avait l’air d’être une blonde authentique. Sa peau pâle n’était pas semée de tâches de rousseur. Elle ne correspondait absolument pas au genre de personne que le clan Pillsbury aurait pu envoyer pour le forcer à rentrer à Mansfield épouser une riche rousse de leur connaisse. Elle n’était pas rousse ! Il n’allait pas se marier ! Il venait à peine d’emménager avec Charlie. C’était sans doute considéré comme un pas en avant dans leur relation, mais il n’avait jamais songé au mariage. Est-ce que Charlie voulait se marier ? Est-ce que cette fille était une amie de Charlie qu’elle avait mise dans la confidence et qui était venue enquêter ? Est-ce que c’était pour ça qu’elle avait l’air familière ?

Wyatt commença à se sentir mal, soudain pris de vertiges, il aurait bien voulu s’asseoir ou prendre appui sur quelque chose mais comme la seule solution qui lui était proposée était la main de la blonde, il s’y agrippa plus fermement. Il aurait voulu croire qu’il avait touché le fond. Vraiment, que pouvait-il y avoir de pire ? Sa petite amie parlait avec des gens qu’il ne connaissait ni d’Ève ni d’Adam de mariage alors qu’ils venaient d’emménager ensemble et qu’il était noyé par le boulot pour payer ses loyers, ses factures, ses avocats, ses détectives privés, son train de vie. Il pouvait presque sentir la lame du couteau sous sa gorge et il ne comprenait toujours pas comment il avait pu en arriver là. Et Grace Kelly continuait à lui sourire d’un air ravi comme si tout allait bien. En fait, à la regarder on aurait pu croire que rien n’aurait pu surpasser ce moment de son existence alors qu’elle lui annonçait son mariage... avec elle. Puisque son système circulatoire n’avait pas repris du service depuis l’annonce de ses noces, cela ne laissait plus que ses poumons qui se vidèrent de tout l’air qu’ils contenaient. Il cligna des yeux une fois, lentement, comme s’il ne s’agissait que d’une hallucination et qu’elle allait se volatiliser quand il rouvrirait les yeux. Il allait revenir à lui et retrouver Sadie les jambes en l’air et tout irait mieux. Malheureusement elle était toujours là, souriante, ravie, béate presque, et elle plus elle parlait, moins il comprenait. Quel choix ? Pourquoi devaient-ils se marier ? Pourquoi pensait-elle qu’ils devaient se marier ? Pourquoi lui ?

Les yeux verts du médecins luisaient de toute son incompréhension et il essayait, il essayait vraiment de garder son calme et de ne pas lui hurler qu’il ne la connaissait pas, qu’il ne l’avait jamais vue, et qu’ils n’allaient pas se marier. Pas aujourd’hui, pas demain, jamais. Il força une profonde inspiration et tâcha de trouver un angle d’attaque pour lui annoncer la nouvelle. Par ailleurs, il était revenu à sa première théorie. Le jumeau maléfique en moins. Elle avait peut-être vu sa photo sur le tableau ou l’avait aperçu au détour d’un couloir et s’était renseigné à son sujet, peu importait, elle semblait le connaître. Il regardait rarement la télévision, mais en général ce n’était pas une bonne chose d’être dans la ligne de mire d’un psychopathe. Il devait donc désamorcer cette bombe sans la faire exploser. «Je... tu... euh...» commença-t-il à bafouiller en réalisant qu’il ne connaissait toujours pas son nom et qu’il ne pouvait pas l’appeler Grace... Et une fois de plus, elle ne l’aurait de toute façon pas laissé terminer sa phrase, et ce qu’elle avait à dire envoya un courant électrique dans tout son corps, chacun de ses muscles se contractant sur son passage. «Comment ça tu as prévenu Charlie ?» Enfin une phrase complète ! Alleluia. Malheureusement le gynécologue était trop aveuglé par la colère pour célébrer ce petit miracle de la nature qui venait de lui rendre sa langue. «Est-ce que c’est elle qui t’envoie ? C’est une blague ? Une caméra cachée ?» Le médecin arracha sa main à la jeune femme et commença à scruter les angles de la salle en quête d’un appareil vidéo quelconque. «C’est sa manière de se venger pour avoir annulé le dîner de la dernière fois ?» Si c’était une blague de la choriste, il ne trouvait pas ça drôle. Du tout. Et si c'était une manière d'avoir son attention, il n'appréciait pas non plus. Et il saurait trouver le temps d’être clair sur le sujet. «Et qu’est-ce que c’est que ces histoires de mariage à la fin ?!» demanda-t-il en se retournant à nouveau vers la blonde tirée à quatre épingle, se rapprochant dangereusement d’elle, furieux d’être manipulé de la sorte alors que ses nerfs étaient déjà suffisamment mis à rude épreuve.
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MessageSujet: Re: 02. Crazy in love   Jeu 8 Aoû - 18:41

Grace nageait dans un bonheur stationnaire, une euphorie constante, submergée d’une satisfaction à taux fixe, son état spirituel était proche d’une espèce de piscine infinie remplie de gélatine colorée parfumée à la framboise qui ne piquait pas les yeux. Tout était doux et parfait. Elle, Wyatt, jusqu’à ce bureau qu’elle ne tarderait pas à redécorer avec tous le bon goût que son sens aiguisé pour le choix du papier peint à imprimés animaux supposait. Elle prendrait tous les soins nécessaires pour que l’homme de sa vie évolue en toute circonstance dans un cadre charmant, douillet, relaxant, chrétien et toujours avec une légère, et subtile, évocation de sa personne amoureuse. Elle réfléchissait déjà à un stickers personnalisé. Et pourquoi pas un poster ?

C’était ça le secret. Susciter le désir dans l’absence la plus totale. Ne laissez que quelques signes, quelques traces, pour qu’au bout du chemin, la récompense n’en soit que d’autant plus appréciable et appréciée. Ces rudiments du jeu de piste de la Tentation, elle les avait acquis avec le temps, sur le tas, au cours de sa propre traque sentimentale, dont elle voyait enfin la ligne d’arrivée. Et si ce savoir un peu glauque lui venait, même le plus indirectement du monde, du Pillsbury, c’est qu’il ne pouvait être que prodigieux et bénéfiques en tout instant.

Pourtant dans ses longueurs langoureuses, il y avait comme une odeur de chlore qui lui irritait les méninges. Elle ne tarda pas à en découvrir l’origine, pourtant si prévisible.

-Comment ça tu pas prévenu Charlie ?

Dans le panel mélodique de la voix que lui avait accordée, à très juste titre, le service « cadeau de fidélisation des clients prometteurs » du Ciel, les seules fausses notes se trouvaient sur ce-dernier nom, et elles écorchaient d’autant plus violemment les oreilles de l’Hamilton. Une légère grimace étira sa lèvre supérieure.

Wyatt avait balbutié un bon moment avant de pouvoir parvenir à prononcer cette phrase. Evidemment. Il ne voulait pas la heurter avec la présence, même grammaticale, si désagréable de celle qui avait fait figure d’usurpatrice si, trop, longtemps. Sans doute était-il troublé, un peu honteux, peut-être de l’avoir fait attendre, ne savait-il comment lui annoncer les choses, pour qu’elle ne s’imagine pas qu’il ait eu de réels sentiments pour l’Autre et ne s’éloigne de lui. Sourire. Comme si c’était désormais envisageable.

Elle lui aurait bien dit qu’il n’avait plus à prononcer ce prénom, à évoquer cette personne qui n’était plus alors qu’un mauvais cauchemar, qu’elle était là maintenant, que tout était terminé, qu’elle avait tourné la page, fermé la couverture et changé de tome à sa place. Qu’il ne restait plus qu’Eux, et que c’était très bien. Mais elle ne voulait pas le contredire dans des efforts si adorables de délicatesse en ce jour de célébration, et qu’il n’était de toute façon que plus beau lorsqu’il agitait ses lèvres parfaites.

-Oui. Je lui ai dit. Pour nous deux. Elle l’a très bien pris.

Dans le sens où la Brown était l’incarnation du Démon et qu’elle aurait été tout à fait à même de l’égorger avec ses ongles mal manucurés pour que la Prophétie Téléphonique ne se fasse pas et qu’elle gardât son monopole illégitime des taches de rousseur en Ohio, on pouvait même considérer ses pâles revendications comme un véritable triomphe du Divin et de l’Amour en ce bas monde.

-… elle qui t’envoie ?

- Dieu m’envoie, précisa-t-elle, pour le mettre à l’aise.

Il évoqua une blague, des caméras cachées dans la pièce. Un sourire éblouissant transperça son visage presque amorphe de cette overdose absolue de plénitude et de rousseur tant convoitée qui lui étreignait l’âme jusqu’à y laisser des marques consenties.

C’était normal. Il devait avoir du mal à croire en sa chance.

-Ne t’inquiète pas, tout-ça, c’est bien réel…

Leur nous était bien réel. La moindre fibre de ses muscles vibrait de cette énergie dont Il était le générateur et son cœur le réacteur. Un battement. A la systole, une fission. La fracture d’elle, en deux. En Grace Hamilton et Madame Pillsbury. Entre le passé et ce qui était, pour son plus grand bonheur, le présent. Un coup sourd qui y répond. A la diastole, une fusion. La recomposition de son être, non-pas avec son passé, mais bien avec son futur. Avec Wyatt. Partie intégrante l’un de l’autre. Associés et dépendants. Déjà unis par des liens presque plus qu’immortels.

-Venger… Annulé…

Grace revint à la réalité avec le plaisir d’une petite fille qui retrouver en replay la scène préférée de son dessin animé vénéré.

-Oh, elle ne se vengera pas, Wyatt… Je t’aime. Tu m’aimes. Ce genre d’évidence, ça va bien au-delà de la haine…

Hochement de tête convaincu.

- Et qu’est-ce que c’est que ces histoires de mariage à la fin ?!

N’y tenant plus, elle se leva, contourna la table, et annihila toute forme de séparation entre eux en déposant sa main fraîche sur la joue un peu fiévreuse du gynécologue. Sourire compréhensif. C’était rapide, bien sûr. Cela paraissait irréel, surtout pour un homme de science bien moins familiarisé qu’elle avec le principe du Miracle sauvage. Tant d’Amour d’un coup, de vœux exhaussés, le pauvre chéri avait besoin d’éclaircissement.

Elle prit sa voix la plus douce et pédagogique pour enchaîner :

- Du calme, Wyatt, du calme… Je ne demande rien dans la seconde. Mais il faudra bien s’y résoudre. Je suis la fille d’un pasteur, Dear, il y a certaines choses qui doivent être faites dans la Tradition

Elle posa sur lui un regard plein de volupté attendrie et, lui tournant le dos, s’éloignant vers le centre de la pièce avec un soupir gémissant, comme s’y s’arracher à lui lui causait une douleur physique, elle poursuivit, d’une voix plus basse :

-Je suis venue aujourd’hui, ici, pour que tu vois pourquoi le temps nous manque…

Le temps, mais pas les sentiments, à cet idiome, elle n’avait besoin d’aucune démonstration.

Elle tritura nerveusement la discrète boucle de sa ceinture.

-Pour que tu le voies…

Soudain, la robe tomba.

Un mouvement d’épaule, quelques doigts agiles et, comme Dieu le voulait manifestement depuis le début, la vingtaine de mètre carré de tissus s’était retrouvées étalés sur le sol, concentriquement autour de ses escarpins collés l’un à l’autre.

-Que tu voies ce que tu m’as fait…

Le long de ses cuisses blanches, courrait les bandes de dentelles noires de porte-jarretelle accrochés au satin de la même couleur de sa culotte, échos moiré au soutien-gorge qui galbait sa poitrine. Grace n’était pas habituée à de pareilles extravagances, mais c’était par égard pour Kelly qu’elle s’était renseignée sur les habitudes sous-vestimentaires et s’était acharnée à s’en procurer des copies, sinon exactes, au moins très… convaincantes sur sa personne.

Seule trace de la Hamilton sur ce corps paré pour l’Amour, une mince croix d’argent luisante logée fort ironiquement au creux de son décolleté.

-Ce que notre Amour a construit…

Alors, Grace, perchée sur ses talons, un sourire serein, enivré, sur le visage, se tourna sur le côté. Et, dans le contraste faiblard de la lumière, Lui. Le ventre gonflé par trois mois de grossesse qu’elle tenait entre ses mains aimantes, tremblantes de révérence, se révéla dans toute sa splendeur maternelle.

-Je pensais lui donner un prénom français… Quelque chose de raffiné… Et d’exotique…

Elle pencha doucement sa tête vers lui, ses yeux brillants au croisement des siens, dans la voix la fierté absolue de montrer son Œuvre à son presque-époux.

-« Grille-Pain Pillsbury ». Tu aimes ?
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MessageSujet: Re: 02. Crazy in love   Ven 9 Aoû - 18:05

Ayant finalement retrouvé l’usage de la parole, Wyatt entendit plus qu’il n’écouta les réponses de Grace pour ne pas s’interrompre. Il était bien trop occupé à essayer de comprendre ce qui était en train de se passer pour prêter attention à ce qu’elle disait. Et puis à chaque fois qu’elle ouvrait la bouche, elle ne faisait que le pousser un peu plus loin dans les profondeurs abyssales de l’absurde. Non, vraiment, il ne pouvait pas croire que sa Charlie soit à l’origine de cette mascarade. Ce n’était pas le genre de la jeune femme. Elle était plus franche et directe que cela, jamais elle n’aurait envoyé quelqu’un faire le sale boulot à sa place. Et il ne lui connaissait pas d’amour particulier pour le cinéma hitchockien. Ça n’avait aucun sens. Depuis leur dispute de juin, ils ne s’étaient pas querellés une seule fois. Et il ne s’était pas du tout agit d’un quelconque mariage mais d’une folle qui était venue l’agresser à l’église et de Ruby. Une folle qui l’avait agressée à propos de lui... Qui lui avait annoncé qu’ils devaient rompre parce que Dieu les avaient réunis... Soudain il sentit une main froide se poser sur sa joue et enfin il assembla les pièce du puzzle. Une lueur de compréhension s’éclaira dans son regard alors que la jeune femme reprenait le plus calmement du monde en lui parlant comme à un enfant pour venir confirmer ses soupçons. Grace Hamilton. Comment avait-il pu ne pas la reconnaître ? Il avait déjà dû la voir pendant la compétition des chorales mais avait été trop occupé à observer sa petite amie sur scène, sa sœur avait peut-être même une photo d’elle dans son salon mais sa nièce distrayait toujours son attention quand il leur rendait visite. Autant d’excuses valables pour son manque de réactivité, mais malgré tout, ces cheveux blonds, ce visage angélique, ces bonnes manières poussées à l’extrême, ça ne pouvait être qu’elle. Emma ! Comment avait-il pu oublier ? Il avait dû faire face à la colère de sa sœur qui lui avait reproché de tromper Charlie et de faire entrevoir à la cadette Hamilton un mariage en bonne et due forme sans l’en informer. Ils avaient failli se brouiller à nouveau parce qu’elle refusait de croire que Grace lui avait menti. Il n’y pensait plus du tout. Il avait voulu profiter de ses vacances avec Charlie loin de Lima et de toutes ces histoires absurdes, puis il s’était retrouvé embarqué dans les déboires de la clinique avec le départ du Dr. Ryan avec la caisse et la secrétaire et l’incompétence du Dr. James, il avait commencé à travailler comme un forcené et toute cette affaire était passée à la trappe. Et maintenant elle venait lui exploser en plein visage.

À en juger par le comportement névrotique de la fille du pasteur et la conviction avec laquelle elle parlait de leur union à venir, Wyatt comprenait mieux pourquoi Emma avait mis sa parole en doute. Elle semblait absolument persuadée de leur amour. S’il n’avait pas lui-même été le futur marié dans son scénario, il aurait pu se laisser berner et croire que le Wyatt Pillsbury de ses rêves lui avait fait sa demande après des mois passés à filer le parfait amour. Charlie n’avait pas dû être suffisamment claire dans ses explications, et Emma n’avait de toute évidence pas fait passer le message non plus. Sa colère oubliée, Wyatt regarda avec pitié la jolie blonde qui lui souriait comme si elle lui pardonnait un moment d’absence dans l’une des nombreuses discussions qu’ils avaient eu au sujet de leur mariage. Comment cette pauvre fille en était-elle arrivée là ? Est-ce que le pasteur était trop occupé à compter ses ouailles pour réaliser que sa benjamine avait de sérieux soucis de santé mentale ? Est-ce qu’elle n’avait donc aucun ami pour lui remettre les idées en ordre ?  Toujours figé sur place, il ne put même pas soupirer de soulagement en la voyant s’éloigner un peu de lui tant il était abasourdi par sa présence à l’hôpital. C’était insensé. Les yeux vers le sol, il cherchait une solution pour la ramener à la raison. Peut-être devrait-il la laisser continuer à se faire des idées pour se renseigner discrètement auprès de ses collègues de psychiatrie sur la marche à suivre dans un cas pareil. Il ne donnerait pas de nom, irait voir le pasteur discrètement pour l’informer de la situation. Peut-être avait-elle juste besoin d’un traitement médical. Elle était clairement inoffensive, juste obsédée par lui pour une raison qu’il n’arrivait pas à comprendre. Il n’était certes pas croyant, mais quand bien même, il voyait mal le Saint Esprit se pointer à sa porte avec une carte de la Saint Valentin où était inscrit son nom en lettres gothiques dorées Wyatt Pillsbury sera ton âme sœur, vous vous marierez et aurez douze enfants pour recréer les disciples de Jésus. Amen. C’était grotesque. Ses yeux étaient sur le sol alors qu’il réprimait un sourire sarcastique lorsqu’il entendit le bruissement du tissu. Il releva les yeux et une fois de plus il ne put contrôler sa mâchoire qui tomba ouverte. Double D. Le gynécologue aurait aimé pouvoir dire qu’il avait chastement détourné les yeux, mais il fallait bien avouer que cela faisait un certain temps qu’il n’avait pas eu le spectacle d’une aussi belle poitrine. Se ressaisissant finalement, il porta son regard sur le ventre légèrement bombé de la jeune femme sur lequel elle avait délicatement posé ses mains comme pour lui montrer quelque chose, ignorant au passage les reste de sa lingerie fine dont il avait déjà apprécié bien trop de détails, pour garder les idées aussi claires que possible. Et ses pupilles se dilatèrent lorsqu’enfin il comprit ce qu’elle entendait par “ce qu’il lui avait fait”.

Plusieurs solutions. La fille du pasteur avait commis le péché de chair et avait annoncé à son père, et Emma, et qui voulait l’entendre, qu’elle allait épouser Wyatt pour cacher sa faute. Pourquoi lui, il n’en avait toujours pas la moindre idée. Peut-être qu’il était le gendre idéal pour les Hamilton. Ou bien, la même fille du pasteur avait de sérieux troubles psychiques qui avaient fini par culminer dans une maladie à laquelle il n’avait encore jamais eu affaire : une grossesse nerveuse. Puisqu’elle semblait avoir décidé qu’il était l’élu de son cœur, rien de plus logique que de penser qu’il l’avait mise enceinte. Et maintenant elle venait lui annoncer qu’il fallait presser les noces pour ne pas vivre dans le péché. Remarquable. Elle avait pensé à tout. Même à un prénom. Et si le gynécologue ne parlait pas un mot de français, il aurait pu jurer avoir entendu Charlie dire quelque chose de ce genre au petit-déjeuner lorsqu’ils étaient en France. Mais qu’en savait-il ? Ce n’était de toute façon pas à l’ordre du jour, et plutôt que de perdre son temps à apprendre le français, il aurait déjà dû être en train de chercher dans sa mémoire les traitements requis pour une grossesse nerveuse. «Grace...» S’avançant d’un pas vers la jeune femme, le médecin puisait dans ses dernières forces pour garder tout son sang-froid et tâcher de la ramener à la raison. Mais avant toute chose il fallait la couvrir. Il ne voulait pas qu’on tombe sur “la femme de sa vie” en petite tenue dans sa salle de consultation. Les infirmières aimaient beaucoup trop les ragots pour qu’il ait la moindre chance de se défendre en leur faisant comprendre qu’elle était en fait une patiente. Il la rejoignit donc au milieu de la pièce et s’agenouilla à côté d’elle en l’évitant soigneusement du regard pour ramasser le lourd tissu de sa robe et la remettre sur ses épaules avec douceur. «Il ne faudrait pas prendre froid.» proposa-t-il comme justification au rejet de ses avances avec un sourire tendre. Posant sa main dans le creux de ses reins, il la poussa gentiment vers la table d’auscultation et de sa main libre il remplaça le papier de protection. Calme, contrôle, rationalité. Il pouvait gérer cette crise. Il fallait avant tout qu’elle comprenne qu’elle n’était pas enceinte, qu’elle se rendait malade, et qu’il ne serait pas son mari, mais son médecin. «Assieds-toi Grace, je voudrais qu’on parle.» Le gynécologue attira son tabouret à lui et s’installa devant elle, prenant ses mains dans les siennes, il s’éclaircit la gorge avant de reprendre d’une voix douce et posée. «Tu ne peux pas être enceinte. Ce n’est pas possible.» Ses yeux verts trouvèrent les siens et son sourire était plus tendu qu’il ne l’aurait souhaité mais il jugeait que sa performance aurait pu être pire étant données les circonstances. «Pour créer la vie il aurait fallu que nous ayons des rapports... intimes. Tu comprends ? As-tu eu des rapports intimes avec un autre homme Grace ? Tu peux me le dire, n’aies pas peur.»
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MessageSujet: Re: 02. Crazy in love   Sam 10 Aoû - 22:32

Grace avait toujours eu une vision très sacralisée des premières fois.

La première fois, c’est le début. La fin de l’ignorance, la naissance et la vie éphémère de l’espoir, la lame de la concrétisation sur sa gorge, contenues dans un instant, c’est la Mort médicale du Mal avant que le futur de le réanime. C’est quand rien n’existe suffisamment pour être gâché. Quand on a pas encore trouvé de raison exacte de son bonheur mais que l’on ressent pourtant déjà complètement celui-ci, sans culpabilité. C’est l’odeur du savon au lait d’ânesse qui suinte à travers l’emballage et qui vous fait croire que vous avez des mains douces.

C’est une promesse qu’on ne peut rompre car pas tout à fait formulée.

La première fois, ce n’est pas, encore, la déception. Et c’est peut-être pour ça que ça ressemblait si fort à la perfection.

Un Battement de cil. Un Battement de cœur.

Ses yeux bleutés frôlèrent une nouvelle fois son regard estimé amoureux et y trouva toutes les réponses aux questions qu’elle ne se posait pas.

Premier Amour. Premier enfant. Premier rendez-vous. Fût-il gynécologique.

Comme ordre de progression, on avait vu plus logique dans l’enchaînement. Cependant, On n’était pas Grace, et la jeune femme n’était pas de son avis. Dans sa structure sentimentale, cette petite âme logée au creux chatoyant de son utérus était le plus pur et fort signe d’encouragement que le Seigneur pouvait leurs envoyer. Bien plus qu’une médiocre conséquence, l’enfant à naître devenait, pas même encore au stade de fœtus, le centre névralgique de l’Amour qui se vertébrait autour de lui, comme un nid parental, un berceau accueillant, parfaitement montable sans notice explicative.

Moteur de la locomotive à la suite duquel suivant, l’un après l’autre, les wagons du petit train de leur quotidien amoureux, bientôt recyclés en tandem, parce que c’est plus écologique.

Il ne fallait pas croire.

Grace pesait à la balance déséquilibrée de son bon-sens les mots que ses pensées modulaient. Si cette seconde était consacrée si parfaite, ce n’était pas sans raisons. Et celles-ci, à défaut d’y compter la sienne, étaient tous ces, ses, débuts qui trouvaient une même suite dans ce souffle fébrile qu’elle recrachait un peu plus difficilement chaque fois qu’elle croisait ces, ses, deux étincelles vertes flottant au milieu de la salle.

Et Elle comprenait. Mieux que personne. Mieux que Fitzgerald. Elle voyait l’envers du décor. Elle déchirait la nuit des mots à main nue et exhumait la vérité passionnée. Elle était Daisy, de l’autre côté de la jetée, à l’extrême bord, à la limite du gouffre, de l’infini, et Elle pouvait voir. Voir ce qu’elle voyait. Regarder cette lueur verte qui palpitait vers cet horizon qu’était Jay. Contempler son homologue. Son double. Son morceau d’âme amputé et transplanté sous le corps d’un anonyme retrouvé. Glissé sous la surface d’un reflet juste assez déformé pour l’adorer.

Mais, alors, s’ils devaient être séparés à la fin du roman, pourquoi avait-Elle cette étrange sensation, diffuse, dérangeante, venimeuse, comme un flash d’épileptique, comme un choc septique de sa raison, que ce n’était pas la Buchanan qui abandonnerait Gatsby ? Elle ne savait pas répondre à cette question. Elle ne voulait pas l’affronter. Parce qu’elle pouvait répondre à une autre. Beaucoup plus effrayante. Parce que, si elle savait qu’elle n’aurait jamais la force de le laisser au dernier chapitre, c’était peut-être que, des deux, ce n’était pas elle qui était Daisy. Peut-être que c’était l’inverse. Que ce ne serait plus Eux. Que ce serait Elle. Elle seule.

Son rythme cardiaque s’accéléra. Elle devait éloigner ces idées impies. Remplir se vide noir qui se creusait derrière ses prunelles si claires. Immédiatement. Elle devait trouver quelque chose. Vite. N’importe quoi.

Inspiration.

Son odeur lui parvint. Son cœur chancela au barreau d’ivoire de sa cage thoracique, y cogna de toute ses forces sans y laisser de trace, avant qu’un soupire ne tombe comme un rideau sur lui. Lentement, avec toutes les précautions du monde, elle inspira l’air saturé, honoré, de cette espèce d’encens que représentait pour elle le parfum du Pillsbury. Y démêlant le gel antibactérien si coriace, familiarité acquise à force de côtoyer Emma-aux-gants-de-latex dans des situations bien moins scabreuses que ce pornom aurait pu le sous-entendre, et la senteur âcre du plastique, pour atteindre, avec une délicatesse infinie dans les sinus, l’essence même du roux.

Elle ne savait pas exactement mettre de nom dessus, comme on s’évite à trouver d’explications aux miracles. Il sentait ce que l’on s’attendait à sentir auprès d’un prince, le cheval mal décrotté et l’hypersudation des milles périls encourus en moins, de dessin animé, avec peut-être, sur la fin de la fragrance, une pointe du bébé chiot qu’offre ledit prince à l’obligatoire princesse, repulpée à coup de sortilèges et chansons particulièrement marketting, en dédommagement de l’attente et de la probable crise photosensible causée par son apparition presque divinisée, toute en son et lumière.

Grace se rendit alors compte qu’elle avait refermé ses yeux d’extase. Les ouvrant avec la joie de retrouver la vision de son rêve bien éveillé, elle découvrit le principal protagoniste de celui-ci, à genoux, face à elle. Comme pour rattraper le temps perdu dans les méandres de son moment d’absence, elle sentit la Terre tourner soudainement beaucoup plus vite sous ses pieds. Troublée, chancelante, son souffle se coupa aux bords ciselés de tendresse de son prénom que cette voix adorée prononçait.

-Grace…

Un léger mouvement de tremblement secoua son corps. On aurait pu croire que c’était de l’hésitation. Ce n’était que de l’euphorie absolue. Qu’un rêve mis bas en ce monde qui craquait les coutures de ses espoirs pour devenir enfin réalité.

-Oui, je le veux…

Le murmure, totalement inaudible au tonnerre reconnaissant de sa joie éclaire, répondait prématurément à la question qui devait franchir les lèvres si désirables du docteur. Car il avait compris. Il les avait trouvés, elle et son fils, et ne comptait plus jamais s’en séparer. Il voulait les étreindre plus étroitement encore, les enlacer d’un nouveau lien, encore plus indestructible. Elle l’avait vu dans son regard, lu dans sa physionomie, plus magazine d’art qu’encyclopédie en cinquante volume, dans les roulements de ces mots qui allaient venir, elle avait délié l’Amour. Elle y avait découvert toutes les bagues dont elle avait besoin pour être avec lui. Pour être à lui. A Jamais.

-Il ne faudrait pas prendre froid.

Elle chercha un instant la langue qu’il employait pour faire cette demande. Elle reconnut l’anglais, comme on se prend une gifle à la place de quelqu’un d’autre.

Le seul froid qui devait lui être néfaste était celui qu’elle sentait dans ses entrailles roulées en boule. Ils étaient là. Debout. Presque Nue. Presque Marié. Presque Un. Alors, pourquoi sentait-elle sur sa peau le contact des vêtements qui, comme une coulée de lave bientôt refroidie, bientôt carcan à nouveau, remontait le long de son corps, le long son âme ? Pourquoi les mains de Wyatt ne la parcourraient-elle que pour la couvrir, que pour la cacher ?

Un instant, son regard semblait perdu sans alliance à laquelle s’accrocher.

Elle sentit sa main au niveau de sa taille. Un frisson la parcourut. Un électro-choc.

Elle dessina une marelle sur le noir du gouffre qui s’étendait devant elle et le traversa à cloche pied. Comme une grande fille. Comme sa petite femme.

Son cœur réanimé propulsa suffisamment de sang dans son cerveau à l’agonie, seule et unique cause qu’elle trouvait aux roseurs qui marquait ses joues, pour qu’elle ne se rende compte que tout cela n’était que prévenance et soin extrême à son égard. Une reconnaissance presque désespérée d’avoir pu trouver une explication reluit dans son regard, sa main se blottit dans les siennes pour ne plus jamais avoir à s’en dégager.

Obéissant docilement à ses impératifs à la douceur appréciée, elle s’installa sagement à la place qu’il lui désignait. Pour retrouver une contenance, quelle qu’elle soie, elle afficha une moue attentive flanquée d’iris brillants de confiance. En lui. En Eux.

-Tu ne peux pas être enceinte. Ce n’est pas possible.

Demi-lune à fleur du gouffre, un sourire étincela entre ses lèvres rougies, comme un impact blanchâtre sur le pare-brise de son visage.

-Mais si, Wyatt, mais si… Tu peux y croire, ce n’est pas un rêve. Tu l’as bien vu, comme moi, non ?

Elle hochait la tête mécaniquement, plus comme un spasme qu’un mouvement raisonné. Il ne pouvait pas croire à son bonheur. Pourtant, il le devrait. Pour elle, au moins.

-Tu peux y croire.

Son timbre raisonnait presque d’un accent pressé, anxieux. Le genre de rythme qu’on n’insuffle pas à une affirmation. Non, le genre de ponctuation vocalisée qui nécessitait un point d’interrogation pour se justifier.

-Pour créer la vie il aurait fallu que nous ayons des rapports... intimes. Tu comprends ?

Sourcillement aggravé.

-Des rapports… Intimes ? Mais… Wyatt… Nous avons eu le plus intime des rapports, enfin… L’Amour. Tu es gynécologue. Tu sais comment ça marche. Un homme...

Un Ange.

-… Toi. Une femme...

Une Sainte.

-… Moi. Et l’Amour.

Et Dieu.

Tête penchée sur le côté, elle reposa sur ses genoux l’index qui avait voyagé de son visage au sien en fonction des personnes désignées par ses conclusions sur le processus de fécondation humaine.

-C’est tout ce dont nous avions besoin… Tout ce dont il avait besoin.

Voix vibrante de joie totale. Main sur son ventre.

-As-tu eu des rapports intimes avec un autre homme Grace ? Tu peux me le dire, n’aies pas peur.

Un mélange de choc, de stupeur et d’effroi se partagèrent le visage de la blonde créature, aspergeant son regard de terreur absolue.

-Mais enfin ! Wyatt ! Tu n’y penses pas ! Jamais, tu m’entends bien, ja-mais ! Te faire ça ! A toi ! Toi ! Wyatt Pillsbury ! L’Homme de ma Vie ! Le Père de mon Grille-Pain !

Elle s’était redressée de détermination à lui prouver que sa fidélité n’allait qu’à lui, et que cela n’était pas près de changer. Elle passa une main toute pleine de caresses dans ses cheveux cuivrés avec un ravissement de petite fille qui se répercuta jusque dans son chuchotis.

-Je ne mens pas, Wyatt. Jamais. Il faut que tu me croies.

Yeux transis.

-Avec toi, il n’y a qu’une seule chose qui pourrait me faire peur…

Sa voix se tendit d’épouvante.

-…que tu penses que je ne suis pas à toi…

Les doigts toujours emmêlés dans ses mèches orangées, ses traits se tordirent d’une douleur physiologique avant qu’elle ne marmonne :

-Tu n’aimes pas le prénom « Grille-Pain », c’est ça ?
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MessageSujet: Re: 02. Crazy in love   Lun 12 Aoû - 15:02

Il allait devoir apprendre à dire non à une jolie femme, et ce n’était pas le genre de changement que le gynécologue aurait voulu faire dans sa vie. Wyatt faisait toujours tout son possible pour éviter ce genre de situation. Professionnellement il s’y était résigné. Ça ne l’enchantait guère, mais il ne pouvait pas aller plus vite que la science. En privé, il se pliait en quatre pour satisfaire les demandes qui lui étaient faites, ou trouvait toujours un moyen de les faire changer d’avis s’il ne pouvait pas satisfaire leurs attentes. Ce n’était pas dans sa nature. Ce n’était pas lui, comme aurait dit Grayson. Il n’était pas capable de nier quoi que ce soit à deux grands yeux suppliants et un sourire éclatant. Mais il ne pouvait tout simplement pas céder à ce caprice-ci. Il avait une vie dans laquelle elle ne pouvait pas se faire la place qu’elle aspirait avoir. Charlie était la seule femme de sa vie, il l’avait senti lorsqu’ils s’étaient rencontrés pour la première fois et il savait qu’il en allait de même pour elle. Il était amoureux d’elle, leur vie à deux ne faisait que commencer, Grace ne pouvait pas continuer à croire que son Dieu avait d’autres projets pour lui. Son cœur sombra au murmure étouffé de son “oui je le veux”, mais il tint bon. Il pouvait résister à son regard bleu qui le dévorait et reflétait avec une clarté douloureuse la peine qu’il venait de lui causer en se relevant sans poser la question qu’elle semblait attendre. Tu ne connais pas cette fille, te ne dois pas te sentir coupable. Tu n’as rien fait de mal. Le médecin ne pouvait même pas faire semblant de croire un mot de ce qu’il pensait. Même un long discours n’aurait pas pu le convaincre d’arrêter de se faire du souci pour la jeune femme qui semblait désormais ravie qu’il prenne ses mains dans les siennes et lui accorde toute son attention. Il aurait dû être plus distant, ne pas la toucher, ne pas lui parler comme s’il s’inquiétait pour elle, rompre le lien affectif qu’elle voulait faire advenir. Il n’aurait pas dû lui montrer le moindre signe de faiblesse, mais il n’avait pas la force de lui briser le cœur plus qu’il n’allait déjà le faire. Elle avait l’air si fragile assise devant lui. Persuadée d’être enceinte de lui, de vivre la vie dont elle avait rêvé.

Ses lèvres s’étirèrent en un sourire compatissant alors qu’elle s’acharnait à vouloir lui montrer qu’elle avait raison. Elle le suppliait presque d’y croire. Mais le gynécologue poursuivit, imperturbable. Il ne voulait pas heurter sa sensibilité en étant trop explicite dans son choix de vocabulaire, ce qui l’avait conduit à laisser une très fine marge d’interprétation et bien évidemment, Grace s’était engouffrée dans la brèche pour faire étalage de sa connaissance très approximative des conditions de reproduction de la race humaine. C’était presque touchant. Mais c’était surtout désespérant, et les yeux verts du gynécologue se tintèrent de malaise en la voyant presser à nouveau sa main contre son ventre. D’un point de vue scientifique, c’était tout à fait fascinant. La puissance de l’esprit n’avait pas de borne. Il n’avait pas encore eu l’occasion de se pencher sur le reste des symptômes de la grossesse, mais l’arrondi parfait de son ventre et la manière dont sa poitrine débordait presque de son soutien gorge étaient les signes que ses hormones travaillaient déjà. Il retourna son regard qui s’était perdu vers son visage, et ne put y lire que le choc qu’il venait de lui asséner en osant mettre en doute sa fidélité absolue. Bien... Dit comme ça, ça faisait tout de même un peu peur. Elle voulait se montrer aimante et persuasive, passait sa main dans ses cheveux comme si elle savait que ce genre de gestes l’apaisaient. Wyatt n’osait pas se dégager de ses caresses, figé sur place par la véhémence avec laquelle elle était prête à se défendre. Sans doute avait-il été trop ambitieux en pensant qu’il pourrait se charger lui-même de sa guérison. Il lui fallait une coupure affective, et il ne serait que le souvenir permanent de ses fantasmes de future femme mariée enceinte jusqu’aux sourcils. Ses yeux se fermèrent lorsqu’elle planta le dernier clou dans son cercueil en lui confiant sa plus grande peur. Si tout ceci n’était qu’un cauchemar censé lui rappeler l’existence de Grace Hamilton et l’urgence qu’il y avait à aller la voir pour lui dire de cesser de harceler Charlie, c’était le moment de se réveiller. Il ne pourrait pas garder son calme beaucoup plus longtemps. Ses nerfs d’acier finiraient par lâcher et il devrait aller hurler quelque part pour évacuer toute la tension qui faisait ployer ses épaules. Son souhait ne fut pas exaucé et lorsqu’il rouvrit les yeux, elle était toujours là. Elle avait toujours l’air torturée par la possibilité qu’il ne la croie pas. Et elle passait toujours sa main dans ses cheveux comme s’il avait le pouvoir de la calmer.

Sa main trouva la sienne pour défaire ses doigts de ses mèches en attente d’une visite chez le coiffeur et il la pressa doucement. «Non.» commença-t-il sans vraiment savoir où il allait. «Je suis sûr que Grille-Pain est un prénom très bien, Grace. Mais il n’est pas pour nous.» Trop ambigu. «Il ne peut pas y avoir de “nous”.» Trop franc. Prenant une profonde inspiration, il reposa la main de Grace sur ses genoux pour se lever et faire les cent pas autour de la table où elle était assise. Il ne pouvait pas faire face sur tous les fronts. Devait-il commencer par la convaincre qu’elle n’était pas enceinte, ou bien par lui annoncer qu’elle n’avait fait qu’imaginer leur relation ? Il n’aurait pas été contre un petit coup de main, mais évidemment, il n’y avait jamais personne pour l’interrompre dans les moments où il en avait vraiment besoin. Levant les yeux au plafond, il cessa d’aller et venir pour retrouver sa place assis sur le tabouret en face d’elle. «Pour faire un enfant, il aurait fallu que nous couchions ensemble, Grace. L’amour ne suffit pas. Il n’y a pas d’immaculée conception.» Il priait intérieurement pour ne pas avoir à entrer dans un débat théologique qui n’aurait fait qu’aggraver son cas. «Tu ne peux pas être à moi.» finit-il par lui avouer en posant tendrement sa main sur sa joue, caressant le haut de sa pommette avec son pouce. «Tu ne peux pas.» répéta-t-il à voix basse, presque aussi peiné de devoir lui annoncer la nouvelle qu’elle n’allait l’être en l’apprenant. «Dieu a d’autres projets pour toi, avec quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui sera digne de toi. Qui prendra soin de toi. Et qui t’aimera comme tu l’aimes. Mais ça ne peut pas être moi.»
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MessageSujet: Re: 02. Crazy in love   Mar 13 Aoû - 15:47

Au milieu de ses cheveux, elle trouva sa main. Au milieu de son visage, elle trouva son regard. Au milieu de sa vie, elle avait trouvé l’Amour. C’était en tout cela que Grace croyait. En la prédestination, en l’évidence. Nul besoin de prier pour ce qui ne peut qu’arriver, pour ce qui justifie votre présence sur cette Terre. Il n’y avait qu’à fermer les yeux et remercie à mi-voix. Qu’à serrer ces doigts entrelacés, le plus fort possible, pour que plus jamais ils ne s’en dégagent. Pour qu’ils oublient tout ce qu’ils ont pu toucher avant et ne ressentent plus que le contact de sa peau. Comme une empreinte indélébile, laissée sur son corps pour marquer son âme, comme un territoire enfin atteint, comme la fin de son mal du pays, de son mal de cœur.

Sa main se posa sur son torse dont elle le félicita de la largeur d’un sourire candide. Dessinant du bout de l’index les muscles qu’elle pensait effleurer à travers le tissu, regardant distraitement par-dessus son épaule, elle ne put s’empêcher de renforcer le quota d’étoiles dans ses yeux à la vue de la couleur de la blouse qui pendait à la porte. Le rose encore imprimé dans les rétines, elle laissa échapper un petit gazouillant petit rire ravi. C’était beaucoup trop ridicule pour être officiellement obligatoire. Il ne devait l’avoir prise que pour elle, en l’honneur de leur découverte et retrouvailles, pour célébrer, à sa façon virile, l’Amour. Leur Amour. Et si la masculinité n’était peut-être pas exactement ce qui ressortait le plus de ce choix de coloris, à peu près aussi raccord avec sa fière toison orangée que Queen Elizabeth a un show-case de Lady Gaga, il n’en restait pas moins que cette attention achevait la conquête de Grace qu’il avait manifestement entreprise.

Un murmure la sortit de sa torpeur pigmentaire, elle en écoutant le roulement grave avec un inlassable et totalement improbable ronronnement.

Grille-Pain lui plaisait. Allelujah. Elle qui avait eu si peur de faire le mauvais choix, qu’il n’aimât pas le pourtant si raffiné français, qu’il ne se sentit pas à l’aise avec la numérologie du prénom, ou encore qu’il y avait chez les Pillsbury des traditions très précises sur le nombre de syllabes disponibles pour chaque appellation. Pire, que Grille-Pain ne fasse pas assez roux.

Mais tout allait bien. Non. Il l’avait dit lui-même, tout allait très bien. Il était content. C’était parfait. Parfaitement parfait. Elle pouvait se rassurer. Elle pouvait se l’avouer, maintenant, s’il n’avait pas voulu de ce prénom, elle aurait vu une bonne partie de ses espoirs se fracasser. Car, si ce n’était qu’un détail, Dieu s’y cachait forcément. Et elle ne pouvait concevoir de se mettre au devant de son Seigneur. Elle aurait vu s’écrouler des mois de préparation, des choix cornéliens et d’indécision. Toutes ses visions élaborées avec soin auraient du être retouchée, jusqu’à la plus infime. En somme, elle…

- Mais il n’est pas pour nous.

…afficherait à peu prêt la même tête dévastée que celle qui avait pris place sur ses frêles épaules. Telle une Mombi of Oz particulièrement portée sur la blondeur, quand Grace changeait d’humeur, et donc d’expression faciale, c’était quasiment sa physionomie visageaire complète qui se transformait du tout au tout. Ou, en l’occurrence, de l’absolu au moins que rien. Ainsi, son visage n’était désormais plus qu’un masque de terreur, de fièvre et d’incompréhension.

Sa voix se fit petite, craintive, comme une minuscule créature vivante se pelotonnant dans un coin de son terrier pour éviter les coups de bâton de l’enfant qui veut jouer avec elle.

-Tu… tu préfères peut-être « Croissant »… ou… ou…

Haletante, elle fronça ses sourcils blonds, son débit s’accélérant dangereusement, ses yeux passant de droite à gauche comme cherchant à savoir où ils se trouvaient et ce qu’ils pouvaient regarder sans représailles immédiates.

-Ou on pourrait l’appeler Wyatt Junior, c’est bien aussi, tu sais… Ou… Comme tu veux… Tout comme tu veux… On pourrait l’appeler comme ton père, ou… ou comme ta mère. Rose Pillsbury, ça peut-être original pour un garçon… Nous…

Mais, avant qu’elle ait pu s’étendre sur les possibilités prénominales infinies dont son Amour pour lui était capable d’admettre, la sentence tomba.

- Il ne peut pas y avoir de “nous”.

Jamais Grace n’aurait pu croire que quelque chose d’aussi doux pouvait faire aussi mal. Elle en mourut, tout simplement. Plongée dans l’obscurité, elle ferma les yeux pour se soustraire à la peur du noir, pour découvrir que ces paupières ne cachaient qu’un nouveau néant. La force du coup de poing qu’on venait forcément de lui assener dans le sternum, comment expliquer la douleur qui lacérait sa poitrine, si non ?, la laissa sans souffle. Sans espoir. Véritable déflagration, ses lèvres se refermèrent sur une âme passée à tabac, meurtrie, irradiée. Son cœur tuméfié hémorageait un refus qui se répandait dans la plus humble cellule qui la composait. Son esprit à la gueule cassée chancela jusqu’au déni pour trouver un peu de repos.

Et sur sa bouche, lentement, doucement, faussement, dans toute la souffrance collatérale qu’il impliquait en plus de celle qu’il dissimulait, un sourire humble, patient et, car parfois les miracles existent, toujours profondément amoureux. La renaissance n’est pas quelque chose de facile, tous les embryons avortés du monde vous le diront, car tout un chacun n’est pas Jésus. Tout le monde n’a pas dédié chaque seconde de sa vie à Dieu, à Lui Seul. Tout le monde n’est pas une fille Hamilton.

Et dans le gouffre où on l’avait précipité les mains pourtant si caressantes de Wyatt, Dieu paya sa dette. La Grâce accordée, elle voyait la lumière, et celle-ci était si semblable à celle qu’elle imaginait dans les yeux de cet homme qu’elle se tuait à aimer, qu’elle ne pouvait, au sens le plus viscéral du terme, croire en une seule syllabe qu’il venait de prononcer.

Elle devait espérer que la lueur émerge d’une LED, car la suite devait exiger des réserves de w(y)att en la matière.

-Pour faire un enfant, il aurait fallu que nous couchions ensemble, Grace.

Grace resta interdite. Stupéfaite. Mortifiée face à la crudité de son futur époux. It était médecin. Et si beau. Elle pouvait, devait, passer au-dessus de ça.

- L’amour ne suffit pas.

Il confondait encore amour et Amour. Ce n’était pas grave. Elle lui pardonnait. Elle lui  apprendrait.

-Il n’y a pas d’immaculée conception.

-Ne soit pas inconvenant, murmura-t-elle jusqu’à l’inaudible, comme un conseil, comme une prière.

Il brusquait et piétinait ses convictions les plus profondes, éclatait à la pointe de son speculum les croyances sur lesquelles s’étaient bâties son existence toute entière. Leur histoire d’Amour comprise. Jusqu’au plus mince de ses cheveux s’expliquaient par tous ce qu’il venait de renier. Elle inspira quand même son CO2, parce que c’était déjà quelque chose de Lui. Parce que cela lui faisait encore du bien. Parce que c’était l’Amour et qu’elle le ramènerait du bon côté. A Lui. A elle.

-Si… tu veux… Si ça t’es absolument nécessaire… Si… si tu penses que c’est mieux pour le bébé, on… on peut très bien cou… cou… cou…

Elle ferma les yeux et déglutit, fermant les poings.

-… coucher ensemble. Là. Maintenant. Tout de suite, si tu veux…

Elle ne savait pas exactement comment faire, mais, pour lui, elle était bien décidée à apprendre.

Elle ouvrit les paupières et planta ses prunelles dans les siennes, un air de défi qu’elle espérait avenant, les joues écarlates. Elle y sentit le contact de son pouce. Sentait-il la larme qu’elle y déposait ? Il bougea le long de sa pommette. Comme pour marquer la cible à viser pour le prochain coup qu’il allait lui infliger. Par instinct, par besoin, elle posa une nouvelle fois la sienne sur son visage.

- Tu ne peux pas être à moi.

Droite.

- Tu ne peux pas.

Gauche.

-Dieu a d’autres projets pour toi,…

Yeux brillants.

-…avec quelqu’un d’autre.

Uppercut.

- Quelqu’un qui sera digne de toi. Qui prendra soin de toi. Et qui t’aimera comme tu l’aimes. Mais ça ne peut pas être moi.

-Tu mens.

L’accusation était bien trop brisée pour être menaçante. Elle s’était coulée sur lui, les bras autours de son cou, au creux duquel elle avait logé sa tête. Plaquée contre son torse, elle cherchait le son de son cœur, dans l’idée qu’il chanterait peut-être son nom. C’était peut-être pour cela, qu’elle parla si bas, si comme un enfant, parce qu’elle écoutait.

-Je sais bien qu'on ne joue pas dans la même catégorie, Wyatt, que, pour toi, c’est évident qu’il y a toujours mieux à trouver…

Non. En principe, et pratique, il se devait de l’Aimer à l’absolu. Mais, dans les conditions, elle était prête à tous les sacrifices.

-Mais pas pour moi. Le mieux, le plus, le tout, c’est toi. Le seul projet que le Seigneur me destine, c’est toi. C’est vous.

Un sourire éblouissant, éclaté, désespéré fendit son visage en deux. Sa voix se fit plus haute, plus mécanique, plus adulte. Il devait voir ce qu’elle sentait. Comprendre ce qu’elle savait.

-J’aimerai faire une échographie.

Elle se détacha un peu de lui, l’observant avec sérieux.

-Tu crois qu’on pourra voir sa couleur de cheveux, à l’écran ?, fit-elle, pleine d’espoir.
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MessageSujet: Re: 02. Crazy in love   Mer 14 Aoû - 18:16

Wyatt tâchait de rester calme, sa voix grave aussi douce que possible, ne faisant aucun geste brusque. Mais chacun des mots qu’il prononçait avait l’effet d’une gifle sur le beau visage angélique de Grace et chaque fois qu’elle la voyait encaisser le coup c’était comme un gant de fer qui écrasait ses entrailles. Elle semblait en savoir tellement sur lui. Les gestes qui l’attendrissaient, le nom de sa mère, le nom de sa petite-amie et où la trouver un dimanche matin, l’endroit où le trouver lui... Elle avait dû passer des mois à se renseigner à son sujet. Des mois à fantasmer de la vie parfaite qu’il lui servirait sur un plateau d’argent. Il aurait dû trouver cela repoussant et sérieusement dérangé, mais le médecin n’avait pas la force de condamner les actes de la jeune femme alors qu’elle devait fermer ses yeux bleus pour supporter ses paroles de rejet. Elle trouvait enfin le courage de venir le trouver dans sa folie et tout ce qu’il faisait c’était briser ce rêve et se comporter à l’inverse du prince charmant qu’elle avait attendu. Il ne pouvait pas en être autrement, mais ça n’en était pas moins désagréable. En tant que gynécologue il avait appris à contrôler son empathie avec le temps. Il ne pouvait pas pleurer la perte d’un enfant avec ses parents à chaque fois qu’il avait affaire à une fausse couche. Il avait connu trop de drames qui changeaient la vie des personnes impliquées pour se permettre d’en porter le fardeau. Malgré ses airs détachés et la dose de sarcasme dont il s’armait généralement, Wyatt restait au fond de lui un petit garçon hyperactif et hypersensible qui s’était blindé avec les années pour devenir un homme sur qui on pouvait compter. Du moment où il avait compris qu’il était responsable des troubles d’Emma, il s’était juré qu’il la guérirait, qu’il serait fort pour elle et pour toutes les femmes qui auraient besoin de lui. Il n’avait pas guéri Emma. Il avait même choisi de devenir gynécologue plutôt que d’être psychiatre. Mais il n’avait jamais oublié la promesse qu’il s’était fait à lui-même de protéger celles qui avaient besoin de lui. Il n’aurait jamais pu le soupçonner, mais Grace avait besoin de lui. Elle avait même besoin de lui plus que quiconque, même si ce n’était qu’une invention de son esprit. Il ne pouvait pas l’abandonner à un psychiatre médiocre qui la traiterait comme un cas d’école. Il ne voulait pas. Il en était incapable.

Le médecin prit une inspiration douloureuse lorsqu’elle s’offrit à lui et détourna un instant le regard pour fixer le mur blanc et ne pas trahir la honte qu’il ressentait. Elle n’arrivait même pas à dire le mot pour l’amour de Dieu. Elle venait de mettre son âme, et son corps, à nu devant lui, et comme si cela ne suffisait pas, elle voulait lui donner sa vie, sa virginité, relevant à peine ses remarques blasphématoires parce qu’elle ne voulait pas le fâcher et prendre le risque de l’éloigner. Elle était prête à tout pour l’avoir, et tous ses efforts seraient vains. Plongeant son regard dans le sien alors qu’elle rouvrait les yeux d’un air plus décidé de jamais, comme si elle voulait se donner du courage avant de sauter le pas, ses yeux bordés de larmes qu’elle retenait à peine lui brisèrent un peu plus le cœur. Elle tremblait presque au creux de sa paume mais refusait de se dégonfler. Il accepta sa main sur sa joue mais ne se laissa pas détourner de sa mission. Une fois les mots dans l’air, il ne se sentait pas plus léger. Il aurait dû se sentir libre maintenant qu’il lui avait expliqué la situation en détails. C’était le moment où il était censé rompre le lien qu’elle voulait à tout prix tisser entre eux et se retirer. Mais il ne pouvait pas s’éloigner d’elle. Au contraire, le poids de la culpabilité continuait à peser lourd sur sa poitrine, et il restait immobile face à elle, observant la peine emplir les traits de son visage. Tout à coup il se sentit enveloppé de bras aussi féroces que faibles et elle l’accusait de mentir d’une voix cassée et à peine plus audible qu’un murmure. Allant contre le bon sens et le professionnalisme dont il aurait dû faire preuve, ses bras l’entourèrent tendrement, la pressant contre lui et caressant doucement ses cheveux blonds comme il avait l’habitude de faire pour consoler Emily lorsque sa nièce pleurait. Il ferma ses paupières de toutes ses forces et inhala son parfum entêtant alors que ses mots l’empêchaient de respirer correctement. Qu’est-ce qui avait bien pu la mener jusque là ? Lui avait-on fait du mal ? Elle qui avait l’air si confiante, si certaine de ce que Dieu avait prévu spécialement pour elle, comment pouvait-elle se montrer si dépréciative envers elle-même ? L’idée qu’un homme ait pu abuser de sa naïveté lui glaça le sang et il se raidit dans ses bras.

Il s’apprêtait à la réprimander et la corriger lorsqu’elle sembla reprendre de la contenance et exigea une échographie. Un instant déstabilisé par cette demande on ne peut plus sérieuse, il ne contrôla pas un éclat de rire nerveux à sa question. Il n’aurait pas dû rire. Tout ceci n’avait rien de comique, à choisir c’était tout à fait tragique. Elle se servait de ce bébé imaginaire comme d’un mécanisme de défense contre tout ce qui allait contre son rêve. Mais peut-être que l’échographie n’était pas une mauvaise idée après tout. Peut-être que si elle voyait qu’il n’y avait pas d’embryon elle finirait par accepter que tout ceci n’était qu’une illusion dont elle s’était bercée. Passant à nouveau la main dans ses cheveux soigneusement brossés, il lui sourit d’un air résigné avant de lui chuchoter : «D’accord.» Il recula d’un pas pour se détacher complètement d’elle et l’observa une seconde de plus. «On va faire une échographie, mais avant il faut qu’on parle Grace.» Plutôt que de rester sur son tabouret face à elle, il se leva pour s’installer à côté d’elle sur la table d’auscultation et reprit sa main dans la sienne. «Il n’est pas question de catégorie, ou que je trouve mieux ailleurs. Je ne cherche plus. J’ai déjà trouvé la personne qui m’était destinée.» Il serra ses doigts entre les siens et chercha son regard. «Cette personne c’est Charlie, tu comprends ? Tu ne peux pas retourner la voir pour lui dire qu’on ne peut pas être ensemble elle et moi.» Il s’éclaircit la gorge avant de reprendre un ton plus bas : «Peut-être que si le Seigneur t’a envoyé vers moi c’est pour que je t’aide à trouver celui qui est vraiment fait pour toi et qui prendra soin de toi, et de vos futurs enfants plus tard.» Le gynécologue n’avait pas très envie de s’attarder sur le terrain du divin qu’il ne maîtrisait que mal mais il sentait que c’était la seule justification que Grace accepterait pour se résigner. Il n’avait aucune intention de jouer à Dieu, mais quoi que lui réserve l’avenir, il s’assurerait que personne ne la blesserait comme il était en train de le faire et qu’elle trouverait l’homme de ses rêves. «Aucun homme n’est trop bien pour toi Grace. Et tu ne dois jamais penser le contraire. Quand tu le trouveras, tu sauras. La première fois que tu le verras, tu le sentiras. Tu n’auras plus besoin de Dieu pour te souffler qui c’est, tu n’auras pas le moindre doute.» Relâchant sa main, ses lèvres s’étirèrent en un sourire timide et il redescendit de la table pour aller chercher l’échographe portable dans un coin de la salle. «Il faut que tu retires ta robe. Je peux sortir de la salle le temps que tu te prépares si tu préfères.»
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MessageSujet: Re: 02. Crazy in love   Mer 21 Aoû - 17:05

D’accord. Il était d’accord. Il acceptait. Tout. Sans conditions. Car, voir l’enfant, n’était-ce pas la seule chose qui importait, au fond ? C’était comme s’il signait la dernière des cent quarante-trois pages du contrat, comme s’il passait directement à l’essentiel, négligeant les interlignes pour mieux les découvrir plus tard ? Sans doute. Grace ne voyait plus que cela comme explication. Comme raison à ses mots, à ces maux, à son absence, à ses regards, à sa tête tournée quand elle s’était offerte à lui jusque dans le plus simple sens du terme. Comme raison à sa survie.

-Oui. Oui, bien sur. Parlons. C’est bien, de parler. C’est important dans un couple. Ou ailleurs, même. N’importe où, quand ou avec qui, en fait. Parler, c’est nécessaire. Vital. Ca fait du bien. Et on ne veut que se faire du bien, hein ? Moi je ne veux que te faire du bien. Faisons-nous du bien. Parlons. Parle-moi. Par…

Elle se tut, déroutée dans les méandres du flot de parole qu’elle déversait avec une panique que son Amour n’approuvait absolument pas.

-Il n’est pas question de catégorie,…

Evidemment. Leur histoire était à l’image de la Sainte Famille, totalement hors catégorie. Bien au-delà de tout ce qu’on pouvait imaginer, tout ce qu’on pouvait rêver.

- …ou que je trouve mieux ailleurs. Je ne cherche plus. J’ai déjà trouvé la personne qui m’était destinée.

Les battements de son cœur s’accélérèrent. Un sourire s’épanouit sur ses lèvres. Peut-être. Peut-être qu’il venait d’avoir une révélation. Une Illumination. Là. Dans la seconde. Ou peut-être même depuis le début. Qu’il faisait cette mise en scène pour s’amuser, pour la faire rire et qu’elle serait bien trop soulagée pour lui en vouloir quand la chute tomberait.

Charlie.

Quand elle tomberait en chute libre.

La course cardiaque se stoppa. Son âme annonçait son forfait, recroquevillée à la pointe de son cœur, elle l’observa se déchirer lentement, fibre après fibre, douloureusement, en deux morceaux distincts et écorchés, s’agitant comme des poissons hors de l’eau au creux de sa poitrine. Ce n’était pas de la haine qui passait dans ces yeux. C’était le vide. Total. Absolu. Le trou noir, béant, qui avait remplacé l’espoir et l’aspirait petit à petit à l’intérieur d’elle-même. Arrachait à ces Cieux qu’elle croyait atteints et jetait à l’obscurité les étoiles qui s’étaient incrustées dans ses yeux.

Mise en abîme de force, elle ne voulait pas comprendre. Non. Elle voulait hurler. Elle voulait pleurer. Elle voulait l’embrasser. Elle voulait frapper son torse de ses poings pour forcer ce cœur à battre pour elle. L’étreindre jusqu’à ce que ses os cassent, jusqu’à l’asphyxie. Empoigner ses cheveux roux et le secouer jusqu’à ce qu’il arrête. Jusqu’à ce qu’il revienne à lui-même. A eux. Jusqu’à ce qu’il aille mieux. Jusqu’à ce qu’il vomisse ce prénom. Frapper son crâne contre le mur jusqu’à ce qu’il se souvienne. Jusqu’à ce qu’il l’oublie. Jusqu’à ce qu’il ait mal.

Jusqu’à ce qu’il l’aime.

Non, elle ne comprenait et ne comprendrait pas. Et pourtant, elle hocha la tête.

Parce qu’elle voyait bien que ça lui faisait plaisir. Parce que c’était Lui, que c’était elle, et qu’il fallait bien qu’elle comprenne pour qu’il, fût-ce de compassion, lui adresse un sourire. Pour qu’elle soit heureuse, juste une fois, comme-ça, pour essayer.

- Tu ne peux pas retourner la voir pour lui dire qu’on ne peut pas être ensemble elle et moi.

Elle l’observa avec anxiété.

-Mais je n’ai pas menti, Wyatt… Ni à toi, ni à… elle. Je… je n’ai fait que ce qui était juste, je… je lui ai dit la Vérité et…

Elle baissa les yeux, confuse. Pourquoi n’arrivait-il pas à comprendre l’évidence ? A saisir qu’elle agissait au nom du Dieu Unique, et, peut-être en plus, en celui de leur intérêt commun ? Jusqu’à quel point était-il si aveugle au Bien qu’elle lui voulait ?

-Je n’ai… Je n’ai jamais voulu faire le Mal, je te jure…

Elle le sentit plus proche près d’elle. Cela lui fit du bien, mais peut-être deux fois plus mal aussi. Plus il était proche, moins il était accessible. C’était de la métaphysique physiologique, les principes de l’Amour démontré par l’absurde, l’infini négatif derrière l’inégalité de leur équation, c’était des zestes de son cœur rapés à vif et éparpillé sur leur pièce montée déjà périmée.

-Peut-être que si le Seigneur t’a envoyé vers moi…

Vers. Pour. A lui.

Au moins il admettait cela. Ce lien, dont il évoquait lui-même la suprématie divine. Incontrôlée, un éclat de joie, tout ce qui lui restait en la matière, jusqu’à la dernière ressource réquisitionnée, passât sur le visage qu’elle leva sur lui avec une adoration déchirée.

- … c’est pour que je t’aide à trouver celui qui est vraiment fait pour toi et qui prendra soin de toi, et de vos futurs enfants plus tard.

Elle battit des cils.

-Mais… Et notre enfant ? Notre enfant présent. Si tu en veux d’autres plus tard, je suis… je suis d’accord mais… Tu ne peux pas faire comme s’il n’existait pas…

Elle ferma les yeux.

Aucun homme n’est trop bien pour toi Grace.

Ne venait-il pourtant pas de lui démontrer le contraire le plus justement ? Le plus cruellement ?

Ses paupières se serrèrent avec plus de force, comme pour devenir totalement hermétiques. A ces paroles qui creusaient un peu plus ses blessures. Imperméables. A ses larmes dont elle interdisait l’apparition. Invulnérable. A cette situation qu’elle n’avait pas senti lui échapper.

Pas le moindre doute.

-Oh Wyatt…

C’était son supplice entier qui transperçait dans son souffle frissonnant qui semblait alors plus mort que vif. Il ne comprenait. Il ne voyait pas que ce qu’il décrivait, c’était avec la plus précise exactitude ce qu’elle ressentait à chaque seconde que Dieu lui offrait en sa présence ? Ce que tous ces pores hurlaient, brûlaient, marqués au fer rouge de l’Amour qui la dévorait ? Pour cet homme qui s’évertuait à agir comme si elle était une parfaite inconnue. Un individu absolument quelconque.

Comme si elle n’était pas la femme de sa vie.

Il fallait qu’elle se déshabille. Froide. Médicale. Pasteurisée. L’information monta à son cerveau et y trancha le marasme épais qui grumelait en lieu et place de ses capacités de réflexion.

- Je peux sortir de la salle le temps que tu te prépares si tu préfères.

-Je n’ai rien à te cacher, tu le sais bien…

Non. Il ne semblait pas le savoir. Et cette révélation, ce coup de poignard, sembla réduire à de la vulgaire charpie ce qui lui restait de cœur. Elle croisa son regard.

-Reste.

Elle ne semblait pas parler que de sa préparation pour l’auscultation.

Par mécanisme, elle retira ses boucles d’oreille. La robe vint ensuite. Avec cette sensation étrange de passer de sa parure nuptiale à ses vêtements de deuil. Kelly partie en une fraction de seconde, les dessous noir de Grace marquèrent les derniers sacrements de cette vie qu’elle sentait gémir et céder tout autour d’elle malgré ses efforts pour la retenir.

Le grand corps maladif de son univers rêvé se déglinguait lentement, submergés et engloutis par les mers placides de ces yeux devenus absolument inexpressifs. Elle tentait une dernière fois. Elle jetait sa dernière carte. L’échographie, c’était l’électrochoc. La dernière manœuvre. Le dernier souffle qu’elle pouvait porter à la bouche de ses illusions.

Son sourire amorphe, cette grimace décorative que plus rien d’autre que la politesse n’animait, figea son visage pâli.

-Je présume que je dois garder mes sous-vêtements ?
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MessageSujet: Re: 02. Crazy in love   Lun 26 Aoû - 23:15

C’était comme s’il parlait dans le vide. Grace l’entendait mais ne l’écoutait pas. Elle refusait de comprendre ce qui se jouait derrière ses mots soigneusement pesés. Elle refusait de laisser la vérité éclater, préférant tourner toutes ses phrases vers leur relation illusoire, si bien que le gynécologue avait parfois l’impression que sa voix se teintait de désespoir à chaque coup d’épée dans l’eau qu’il donnait. Peut-être était-ce l’arrogance qui l’empêchait de voir qu’elle n’avait rien à faire dans sa salle de consultation et tout à voir avec le département de psychiatrie, mais les dernières minutes qu’ils avaient partagées avait contre toute raison créé un lien entre eux qu’il ne pouvait se résoudre à briser. Elle n’était pas à lui, elle n’aurait pas dû être son problème, mais c’était lui qu’elle était venue trouver et il ne pouvait pas la renvoyer sans lui avoir apporté tout ce dont il était capable. Sans pouvoir le dire à Charlie. La jeune femme n’avait pas pu dissimuler la douleur que provoqua l’évocation de sa petite amie, et Wyatt avait encore à l’esprit la réaction de jalousie violente qu’avait eue Charlie après leur altercation à l’église. De toute évidence, les choristes partageaient le même ressentiment à l’égard l’une de l’autre. Il n’y avait rien d’étonnant là-dedans, mais le gynécologue aurait préféré qu’il en soit autrement. Il aurait voulu pouvoir partager avec Charlie la détresse et l’impuissance qu’il ressentait à cet instant, victime et bourreau de Grace Hamilton, prisonnier de l’esprit trouble d’une jeune femme à l’imagination trop vive qui avait décidé de faire de lui son prince et à qui il brisait le cœur en essayant de lui prouver que rien de ceci n’avait jamais existé. Mais il savait que sa petite amie ne comprendrait pas. Elle exigerait sans doute qu’il rompe tout contact avec elle, qu’il la fasse transférer à un autre gynécologue ou qu’il la fasse enfermer en maison de repos où elle serait gavée de pilules qui ne marcheraient pas et feraient d’elle un légume. Seulement c’était hors de question. Il était le meilleur. Il le savait. Et il n’était pas prêt à mettre en péril la santé de la jolie blonde en la confiant à des mains moins expertes. Charlie n’avait vraiment fait preuve de jalousie qu’une seule fois, elle ne l’espionnait pas, ne lui demandait pas sans cesse où il était, ce qu’il faisait et avec qui. Elle avait un cœur en or et jamais elle n’aurait souhaité de mal à Grace, il en était persuadé. Mais il ne pouvait pas prendre le risque de refuser sa requête si jamais elle lui demandait de choisir entre celle qui devait devenir sa patiente et elle. Ses secrets commençaient à s’accumuler. Il ne mentionnait plus jamais Ruby depuis leur dispute, refusait toujours de lui parler de ses soucis financiers à la clinique qui le condamnaient à des heures et des heures de travail, et maintenant il allait lui cacher la présence de Grace dans sa vie. Wyatt aurait dû réfléchir à ce que cela disait sur leur relation, mais il préféra se cacher derrière le fait qu’elle n’avait toujours rien partagé sur son passé après plus d’un mois de vie commune. Il avait lui aussi droit à son jardin secret, se disait-il hypocritement alors que la blonde se défendait encore de ne jamais avoir voulu faire de mal et de ne pas mentir sur leur destin.

Il fallait qu’il fasse cette échographie. Maintenant. Qu’elle voie enfin que le ventre qu’elle protégeait sous ses doigts ne recelait pas de vie. Qu’elle comprenne que le lien qui les unissait ne serait pas celui d’être parents. Il se contraignit à rester droit et froid en lui demandant de retirer ses vêtements, mais elle refusait de lui laisser son bouclier de médecin, perçant encore et encore sa culpabilité croissante. Wyatt lui tourna le dos alors qu’elle levait les mains vers ses oreilles pour partir en quête du gel censé être rangé quelque part sur le chariot. Il aurait pu pester que rien n’était jamais à sa place dans cet hôpital infernal et qu’il était le seul membre compétent de son service, mais il était incapable de porter son esprit sur autre chose que la déception immense qu’il avait lu dans le regard de Grace en lui annonçant qu’il n’était pas l’homme fait pour elle. Ses grands yeux bleus qu’il avait vu briller d’enthousiasme et qui s’éteignaient petit à petit allaient sans doute le hanter un moment. Après avoir fouillé sans succès le chariot de la machine à ultrasons, il se retourna vers Grace juste à temps pour voir le sourire faiblard qu’elle lui adressait tandis qu’elle n’essayait même pas de cacher sa peau diaphane. Ses yeux se détournèrent légèrement pour ne pas fixer à nouveau ce corps qu’elle lui jetait au visage et il répondit sans la regarder dans les yeux. «Il faudra dégager le bas du ventre pour que je puisse prendre de bons clichés. Il suffit de descendre un peu le porte-jarretelle.» Contre son gré, ses pupilles glissèrent à nouveau vers Grace et il lui offrit un maigre sourire avant de poursuivre. «Je n’ai plus de gel, je reviens tout de suite.» Sans plus de cérémonie, il passa à côté d’elle sans la toucher et s’arrêta juste récupérer sa blouse rose pâle avant de sortir dans le couloir.

Une fois la porte fermée derrière lui, il s’y adossa et laissa sa tête tomber vers l’avant avant d’enfouir son visage dans ses mains pour frotter ses tempes douloureuses. Et si elle n’entendait pas raison même avec des preuves matérielles incontestables ? Que pouvait-il faire de plus ? Il ne pouvait pas la renvoyer au lycée en cours d’éducation sexuelle avec cette folle nymphomane de Kitteridge. Il ne la connaissait pas, ne savait donc pas qui étaient ses amis, ceux en qui elle pouvait avoir confiance. Il y avait sans doute sa sœur, puisqu’elle l’avait mise au courant de leurs fiançailles fantasmées... Mais Wyatt ne voulait pas imaginer la réaction de sa sœur s’il devait lui expliquer que Grace faisait une grossesse nerveuse à cause de lui. Il était seul. Et pour une fois, il aurait aimé avoir une épaule sur laquelle s’appuyer. «Docteur ?» La voix de Martha le tira de ses pensées, mais il ne trouva pas le réconfort dont il avait besoin dans son regard de commère en embuscade. Immédiatement, Wyatt se redressa de toute sa hauteur pour toiser l’infirmière et ses yeux se durcirent, gommant l’inquiétude qui s’y était logée. «Vous pouvez m’expliquer pourquoi il n’y a plus de gel dans le chariot d’échographie ? L’hôpital n’est tout de même pas si pauvre qu’on ne puisse pas avoir un tube de gel par salle.» En un battement de cil il avait retrouvé la sécheresse de sa voix et toute son irritation s’abattait sur la malheureuse qui avait jugé bon de venir à la pêche aux potins. «Quand il s’agit d’espionner qui me rend visite, le service complet est au rendez-vous, mais quand il faut remplacer du matériel médical de base, là par contre, il n’y a plus personne.» Il s’avança d’un pas menaçant vers l’infirmière qui semblait nettement moins encline à lui tenir tête que lorsqu’elle était venue le déranger lors de sa consultation précédente. «Une fois que j’aurai terminé ce rendez-vous, je vais faire moi-même l’inventaire de tout ce qui manque dans cette foutue salle de consultation. Je vais même dresser une liste exhaustive de tout ce dont j’ai impérativement besoin pour travailler dans de bonnes conditions. Et je vous conseille d’avoir de quoi répondre à mes attentes demain, avant que je ne vous colle le conseil de l’ordre au cul.» jura-t-il entre ses dents, ignorant les yeux ronds de la cinquantenaire pour traverser le couloir en direction de la réserve où il trouva rapidement le gel et retourna dans la pièce froide sans prendre le temps de se préparer davantage à ce qui l’attendait.

Il reprit place à côté de la table d’auscultation, relevant légèrement le dossier avant de faire signe à Grace de s’y installer sans desserrer les dents. Le regard vissé à l’écran noir de la machine qui peinait à se mettre en route, il déboucha le tube à une main et pressa une petite quantité de gel sur le ventre bombé de la jeune femme en répétant machinalement ce qu’il avait déjà dit des milliers de fois. «Attention, ça risque d’être un peu froid au début.» Lorsqu’enfin l’écran s’anima, il pressa d’abord doucement plus avec plus d’insistance la sonde sur le bas du ventre de la choriste, étalant le gel sur sa peau, l’évitant toujours soigneusement du regard pour se concentrer sur sa tâche. Malgré la tension palpable, il garda le silence en explorant les profondeurs de son ventre vide. Comme attendu. Il le savait. Il ne pouvait pas en être autrement, mais il n’en ressentait pas moins une forme de soulagement qu’il ne voulait pas expliquer. De sa main libre, il tourna l’écran vers Grace et pointa le noir uniforme de son utérus. «Il n’y a pas de fœtus.» déclara-t-il d’une voix plus douce. «Je suis désolé Grace, mais tu n’es pas enceinte.» Il bougea la sonde pour avoir une meilleure vue et prit le temps de pointer tous les angles où il aurait dû voir le début de la vie de Grille-Pain ou Croissant ou quel que soit le nom qu’elle donnerait à son premier né. «Là, ou là, on devrait voir le fœtus se former. Mais il n’y a rien.» conclut-il presque dans un murmure avant de reposer la sonde à sa place et de tirer quelques feuilles de papier pour essuyer délicatement son ventre couvert du gel visqueux de l’échographie. «Tu crois que tu es enceinte. Ton corps croit que tu es enceinte. Il bloque sans doute tes menstruations, tu as la poitrine qui gonfle, ton ventre s’arrondit, tu as peut-être même des nausées matinales. Mais rien de tout cela n’est vrai. Toi et moi, le bébé, ce n’est pas vrai.» Après s’être débarrassé du papier, il reposa sa main sur l’avant-bras de la jeune femme, ses doigts à la fois fermes et tendres, et il plongea finalement son regard dans le sien, le vert de ses iris d’ordinaire si vibrant à présent éteint et terne. «Je suis désolé, Grace.» répéta-t-il vainement, la gorge serrée. «Je suis vraiment désolé.»
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MessageSujet: Re: 02. Crazy in love   Sam 31 Aoû - 15:26

La lingerie se délaça entre ses doigts. En tombant le long de ses cuisses, les porte-jarretelles les pincèrent. Et pour affirmer cela, il n’y avait plus que le bout rougi de ses index, qu’elle était trop hébétée pour remettre en cause. Aucune sensation. Aucune douleur à l’aune de celle qui avait creusé un cratère inerte là où autrefois son cœur battait si fort pour Lui.

Corps et âme, elle ne se sentait plus la capacité ou l’envie de sentir, ressentir, rien d’autre hormis Lui. Hormis la distance qu’il lui infligeait, le bandeau qu’il lui avait jeté au visage et serré un peu trop fort sur ses yeux, la plongeant dans des ténèbres artificielles, séparée des lumières du petit monde qu’elle avait pourtant entretenu à la perfection. Séparée de cet Amour auquel elle avait cru si profondément.

Plus de dessous. Plus de dessus. Plus de lois. Plus de règles. Plus d’armure à laquelle s’accrocher quand les balles qui avait remplacé sa voix éclataient jusqu’à la moindre côte de sa poitrine. Plus gants. Plus de pincette.

Plus de gel.

Ca ou le reste.

Dans ce monde stérile, oppressant d’étendue, où on lui infligeait la survie, Grace se tenait debout sans trop savoir comment, et encore moins pourquoi. Au milieu du désastre, au milieu des cendres déjà tièdes de sa passion, que la bise glacée du pourtant si flamboyant Pillsbury avait évincée d’un seul coup. Le plus étrange était peut-être que ce n’était qu’une fois l’incendie éteint qu’elle souffrait.

La combustion a besoin d’oxygène. On l’avait mise sous vide.

On parle parfois du cri de l’hydrogène. Cette agonie évaporée avec la flamme qu’elle emporte. Et le sien, alors ? Celui qui se dessinait sur ses cils, parce que ses lèvres étaient trop occupées à trembler ? Celui qui battait en échos contre ses tempes et rebondissait à l’infini contre les parois de son crâne ? Rien. Personne pour l’entendre. Et Wyatt en dernier.

On avait tendance à croire que la cécité amène l’Illumination. Grace, elle, ne distinguait rien d’autre que la Fin, devenu à la fois son chemin de croix et son seul horizon.

Lui-même avait disparu.

Seule dans la pièce comme dans sa tête si lourde, elle fronça ses sourcils, pour faire quelque chose. Pour faire semblant de vivre. Un peu. De temps en temps. Parce qu’il le fallait bien. Parce qu’Il le valait bien.

C’était tout le butin que ces cicatrices lui avaient apporté. Le vide et l’attente. La certitude d’une résurrection des corps, des mémoires. Le Grand Come-Back. Le retour sur scène après les applaudissements. Et l’espoir d’en voir au moins un l’étreindre quand ils reviendraient. Ils ; Tous. Tout. Ce n’était pas grand-chose. Ce n’était que ce qu’elle était jusqu’à ce rendez-vous. Ce n’était que cette vie qu’on lui avait amputée.

Comme pour tenter de remplir le néant qui l’entourait et la rongeait moins lentement qu’on ne l’aurait cru, la pianiste se leva et chancela trois pas plus qu’elle ne les marcha consciemment. Ce chemin fait, cette tentative de fuite, cela fut déjà trop pour son organisme blessé. Grande Brûlée de ces feux qu’elle avait cru si doux, son âme était déjà déclarée Vétérane avant même le début de la Guerre.

Elle l’aurait laissé gagner, de toute façon.

Ses membres se jugèrent bien trop sollicités et l’abandonnèrent en même temps que le peu de raison qui lui avait survécu. Tremblante, elle s’adossa à la porte qu’elle avait atteinte sans imaginer la franchir, expirant avec difficulté. Elle suffoquait. Etranglée d’elle. En asphyxie de lui. Baissant les yeux sur le tissu contre lequel elle s’était affaissée ses convulsions cessèrent. Effleurant la manche rosâtre du bout de l’index, elle sembla s’apaiser et poussa le vice, le miracle, jusqu’au pâle sourire.

Wyatt lui était destiné. Même après tout-ça, même à cet instant précis, elle le savait, et voulait plus que jamais le savoir. Il ne pouvait en être autrement. Et si la situation qu’il avait choisie ne lui convenait pas, si ça lui faisait du rien à force de lui faire du mal, elle n’avait pas le droit de se plaindre. Tout allait pour le mieux. Pour le Plus Grand Bien. Dieu lui avait accordé la meilleure des vies possibles. Qu’elle lui plaise n’entrait pas en ligne de compte. Jusqu’alors, à ses yeux, seul le Pillsbury comptait, rien ne l’autorisait à changer d’avis en cours de route. Et si c’était lui, pas après pas, mot après mot, qui l’avait conduite où elle en était, c’était que l’itinéraire était forcément le plus pratique.

Doucement, comme manipulant un vêtement particulièrement couteux, voire sacré, la jeune femme passa la blouse.

L’odeur lui parvint. Plus proche, plus violente, que jamais.

Le monde tangua. Juste un instant. Juste une faiblesse.

Elle glissa alors son bras ainsi habillé sous l’autre jusqu’à toucher son homoplate, son homologue levé jusqu’au-dessus de son épaule, ses doigts effleurant sa nuque, son nez dans le creux du coude. Le contact physique était imbibé d’affection simulée, mais elle pouvait oublier ce détail. Elle n’était pas exigeante.

Elle les laissa retomber lentement, comme la fin d’un câlin, comme le début de l’Amour, jusqu’à ses hanches. Jusqu’à son ventre.

Jusqu’à lui.

-Papa ne veut pas être méchant, tu sais. Papa est gentil. Et fier de toi. Très fier de toi. Papa t’aime. Maman t’aime. Maman aime Papa, aussi. Et Papa…

Elle cligna des yeux, retirant lentement ses mains de son fils. Son murmure ne devint plus qu’un filet d’air à peine troublé par un souffle craquelé.

-Papa est parfait.

Et c’était tout ce qui comptait. Tout ce dont ils avaient besoin. Tout ce qu’elle avait rêvé. Sauf peut-être l’essentiel.

Des bruits de pas l’avertirent du retour imminent de l’Homme. Elle s’empressa de retirer la blouse délavée, la ré-accrochant à la hâte, retrouvant en un instant sa table et sa posture de poupée de porcelaine qu’on pouvait estimer déjà cassée tant elle était fragile.

La vitesse lui avait tourné la tête. Un peu comme lui, en fait.

Un peu malade, mais peut-être pas assez pour le docteur qu’il était, Grace entendit difficilement ses paroles. Froid. Il lui parlait de froid. La pointe des dents sur le bord de la lèvre. A force de palper ses chairs, n’avait-il pas encore compris que ses os, son sang et son âme, s’étaient glacés quand il avait refusé d’alimenter le foyer qu’elle lui avait apporté ? Que l’hiver était déjà bien là et que rien n’y changerait ?

Ses nerfs l’avaient lâché. Elle ne perçut qu’à peine le liquide épais qu’il répandit sur son ventre dévoilé, et peut-être encore moins l’objet qu’il s’évertuait à agiter dessus.

Alors, une image sombre apparu sur l’écran au petit bruit de vrombissement.

Une cartographie obscure de cette vie externe pourtant à l’intérieur de son propre corps.

Un rayon de joie, peut-être déjà faux, peut-être déjà parti, transperça son visage. L’irradia une dernière fois.

-Je crois que je vois des tâches de rousseur, souffla-t-elle avec précipitation, pressée qu’il voie ce qu’elle savait, qu’il lui explique que tout allait bien, merveilleusement Bien, et que cela continuerait. Pour toujours et jusqu’à la fin de temps. Avec lui.

Bien.

-Il n’y a pas de fœtus.

Bien.

-…tu n’es pas enceinte.

Bien.

Pourquoi s’entêtait-il ? Pourquoi refusait-il de regarder le sourire sur son visage ? Ce sourire si plein de larmes. De qui ? De quoi ? Elle ne savait plus. Elle ne savait pas. Elle, elle était heureuse. Pourquoi pleurerait-elle ? Seule, dans ce noir redevenu fœtal, rassurant, elle exultait. Elle était parfaitement Bien. Si. Elle y croyait. Plus fort. Plus fort. Encore. Plus qu’en Dieu. Plus qu’en Eux. Parce qu’au sinon, c’était la Fin. Et que ce genre d’histoire, ça ne réclame pas de tome deux.

-Là, ou là, on devrait voir le fœtus se former.

Elle posa sa main sur la machine, prête à chercher, à fouiller, à le trouver, en braille ou en morse s’il le fallait, cet enfant. Cette échappatoire, cette seule solution qu’il lui restait. Qu’il leur restait.

-Là…

Mais si. Mais si. Mais si.

-Juste là. Il y a…

Il y est.

-Mais il n’y a rien.

-… rien.

Du tout. Rien qu’une tâche. Qu’une ombre. Qu’un mensonge.

Elle le fixa. Sans siller. Sans respirer. Sans humanité.

-Tu crois…

Sais.

-… que tu es enceinte. Ton corps…

Cœur.

-… croit que tu es enceinte. Il…

L’Amour.

-… bloque sans doute tes menstruations, tu as la poitrine qui gonfle, ton ventre s’arrondit, tu as peut-être même des nausées matinales. Mais rien de tout cela n’est vrai.

Faux.

- Toi…

Lui.

-… et moi,…

Elle.

-… le bébé,...

Eux.

-…ce n’est pas vrai.

Faux. Pas vrai. Faux. Faux. Faux ? Qu’en savait-elle ? Plus rien du tout. Rien. Rien dans son ventre. Rien dans son cœur. Et elle ? Qu’était-elle ? Rien. Rien non-plus. Rien ne restait. Rien n’était. A jamais et pour la fin des temps.

-Je suis désolé, Grace.

Désolé.

Le mot la figea. Totale pétrifiée, terrifiée, statuesque, la bouche entrouverte sur cette torture qu’elle ne parvenait pas à hurler.

Il était vraiment désolé.

-Je suis vraiment désolé.

Il ne restait qu’une seule chose. La toute dernière. L’unique porte restée infranchie. L’ultime recourt. Un petit rien. Et c’était pour cela que c’était encore là.

Une seconde. Un monde entier. Un souvenir. Voilà ce qui séparait leurs lèvres. Voilà ce que traversa Grace, par Amour.

Son premier baiser.

Bouche contre bouche, elle semblait chercher. Réclamer ce souffle qui lui manquait, aller prendre cette part de douceur et de bonheur qu’elle s’était promise. Elle savait. Elle priait. Disney ne pouvait pas mentir. Un baiser. Et tout serait réglé. Le mariage, le contrat d’assurance pour le carrosse, l’emménagement dans le château. Il était son prince, après tout.

L’éternité passa. Doucement. Très doucement, elle se détacha de lui.

-J’ai besoin de quelqu’un à adorer.

A qui appartenait cette voix si désincarnée ? Quelle mourante, quelle martyre, pouvait ce permettre cette déchirure jusqu’au plus infime trémolo ? Jusqu’à la Paix ?

Le masque de douleur qu’elle arbora devait sans doute être un sourire. Une habitude. Une sale manie.

-Alors. C’est tout, c’est ça ?


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MessageSujet: Re: 02. Crazy in love   Sam 31 Aoû - 20:07

Pour la première fois de sa vie, Wyatt Pillsbury savait ce que c’était que de se sentir mal dans sa peau au point de vouloir disparaître. Et c’était une sensation qu’il aurait préféré ignorer pour le restant de ses jours. Lui qui d’ordinaire rayonnait d’assurance et de charisme, après avoir été élevé comme le Soleil du clan Pillsbury, il ne ressentait plus que ce froid glacial qui s’emparait de sa poitrine et semblait émaner de Grace pour traverser son âme. Ses excuses avaient un goût amer sur sa langue. Elles semblaient vulgaires et déplacées en plus d’être inutiles. Mais il n’y avait rien d’autre qu’il puisse communiquer. Il aurait voulu pouvoir lui dire qu’il était son seul et unique, qu’il  accorderait une danse à sa mère à leur mariage, qu’ils auraient une grande maison en banlieue avec une barrière blanche pour élever leurs enfants, et un chien, qu’il irait tous les dimanches à l’office avec elle, et qu’il la prendrait dans ses bras tous les soirs pour la bercer jusqu’à ce qu’elle s’endorme en sécurité. Il aurait voulu pouvoir ôter la douleur de son joli visage, le prendre dans le creux de ses mains et le couvrir de baisers pour faire disparaître les lignes d’angoisse et de dévastation qui s’y étaient formées. Il aurait voulu pouvoir couvrir son corps avec le sien, fondre ses bras forts autour de sa silhouette si frêle et laisser sa température passer sur sa peau. Il aurait voulu revoir ses yeux bleus briller comme lorsqu’il l’avait vue pour la première fois dans la salle d’attente de l’hôpital. Mais il ne pouvait même pas vouloir ces choses. Pas vraiment. Il ne la connaissait pas. Il ne savait pas si elle préférait dévorer un hamburger devant une série policière avachie sur le canapé ou passer du temps à se préparer pour dîner au restaurant. Il ne savait pas ce qu’elle aimait faire de ses journées, quelles étaient ses musiques favorites, les films qu’elle connaissait par cœur. Elle n’était pas la première et la dernière chose à laquelle il pensait chaque jour. Il n’avait même jamais pensé à elle jusqu’alors. Ils n’avaient jamais rien partagé. Elle ne pouvait pas le connaître. Elle avait seulement déduit des évidences après l’avoir observé de loin pendant un temps. Elle ne savait rien de son enfance, de ses démons, de ses rêves. Cela ne faisait pas une heure qu’il l’avait rencontrée. Et pourtant, il avait l’impression que le temps s’était arrêté dans cette salle aseptisée où il venait d’arracher un morceau de l’éternité dont elle avait rêvé et de briser un lien profond entre eux dont il n’avait jamais soupçonné l’existence.

Il cherchait dans son regard un indice de sa réaction tandis qu’elle restait interdite, finalement convaincue par le noir de ses entrailles affiché sur un petit écran. Finalement attentive au véritable sens de ses mots. Il détailla ses lèvres entrouvertes en espérant que les mots qui y étaient suspendus finiraient par en tomber pour lui ôter ce poids insupportable. Il voulait entendre de sa bouche qu’il était absous, que ce n’était pas de sa faute si elle avait l’air brisée et qu’elle avait juste besoin de temps pour faire le deuil de cet enfant imaginé et reprendre le cours de sa vie. Sans doute était-ce illusoire, mais il avait besoin de se cacher derrière le rempart de son égoïsme s’il voulait tenir bon jusqu’à ce qu’elle ne soit plus sous ses yeux à tenir en échec sa rationalité et son analyse clinique et froide de la situation. Il était si concentré sur sa bouche immobile qu’il ne remarqua pas qu’elle était sortie de sa torpeur pour se rapprocher de lui, et soudain ses lèvres étaient pressées contre les siennes. La surprise lui coupa le souffle et sa bouche s’entrouvrit à peine pour laisser échapper l’air de ses poumons comprimés. Elle avait un goût de cerise. Guère plus qu’une caresse lorsqu’elle toucha ses lèvres pleines, ses instances se firent plus pressantes et presque maladroites alors qu’elle explorait à tâtons. Wyatt était figé, sa main toujours posée sur le bras de Grace, inerte. Rien ne le retenait, si ce n’était l’intensité de ce baiser inattendu, pourtant il ne parvenait pas à rompre le contact, pas plus qu’à rendre ses avances. Il restait là, immobile, incapable de respirer, ses pupilles dilatées, les palpitations saccadées de son cœur trahissant son moment de panique. Était-ce un baiser d’adieu ? Ou une dernière tentative de le convaincre ? Il n’aurait pas su dire combien de temps s’était écoulé lorsque finalement les lèvres de Grace cessèrent de bouger contre les siennes et s’en détachèrent en douceur. Il sentit une dernière fois son souffle contre sa peau, puis son regard croisa à nouveau le sien et ses paupières se refermèrent pour soustraire à sa vue les iris suppliants de la jeune femme. Il n’avait pas cédé à son appel de détresse, ne lui avait pas offert ce tout petit morceau de son rêve brisé pour ne pas trahir Charlie, mais il n’était plus en mesure de réagir à présent, ne ressentant que du vide.

Le son de sa voix ne fut qu’un déchirement de plus qui fit finalement se refermer sa main sur la peau tendre de son bras. Mais il tenait sa rédemption. Ç’aurait pu ne pas être lui. Ç’aurait pu être un autre. Un homme célibataire, libre de lui offrir son attention et son amour. Un homme qui pourrait se laisser envelopper par la passion des sentiments qu’elle éprouverait pour lui. Le gynécologue rouvrit les yeux et porta sa main jusqu’au visage de la choriste pour caresser sa pommette en un geste de gratitude. Sans le savoir, elle venait de le libérer. Et il savait, il était persuadé qu’il y avait quelqu’un qui guérirait les plaies qu’il venait de lui infliger contraint et forcé. S’il ne venait pas à elle, il serait là pour l’aider à le trouver. Il soignerait son corps encore troublé par ses fables en essayant d’apaiser son esprit, et lorsqu’elle serait prête à refaire le grand saut, il s’assurerait qu’elle ne tombe que dans des bras accueillants qui la protègeraient du monde extérieur. «Non.» murmura-t-il en passant son pouce sur les sillons creusés dans ses joues par son sourire aussi faux que douloureux. «Je vais prendre soin de toi, en attendant que tu trouves celui qui est fait pour toi.» poursuivit-il à voix basse en acceptant aveuglément cette idée folle qu'elle trouverait le bon du premier coup, ou de second... «Il faut surveiller ta santé, l’évolution de ta... grossesse nerveuse.» Il hésita un instant à être franc sur son diagnostic, mais elle n’était pas une enfant et elle n’avait personne pour l’accompagner à qui il pouvait la confier. Lorsqu’elle serait à nouveau seule face à ses démons, elle devrait mettre des mots sur ce qui s’était passé. Il n’était pas apte à lui définir un trouble psychique, mais il pouvait au moins l’aider à faire un bout de chemin pour sortir de l’abîme où il semblait l’avoir plongée. «Si tu le veux bien, je peux être ton médecin. Sinon je peux te recommander un collègue, si tu es plus à l’aise avec quelqu’un d’autre...» Sa réticence était claire dans le ton de sa voix, mais il n’avait pas le droit de la forcer à rester en contact avec lui si elle préférait l’oublier totalement. La perspective de ne pas pouvoir réparer les dommages qu’il avait causés malgré lui fit se raidir ses épaules. Il n’aimait pas l’idée qu’elle disparaisse de sa vie aussi vite qu’elle y était entré. Elle méritait plus d’attention qu’elle n’en avait jusqu’alors reçu, quelqu’un qui fasse vraiment attention à elle, et malgré le désastre de son quotidien ces derniers temps, il était prêt à lui tailler une place dans son emploi-du-temps. «Quel que soit ton choix, je serai là si tu as besoin de moi. N’importe quand, pour n’importe quoi, il suffit que tu m’appelles.» Relâchant son menton, il tira son bloc d’ordonnances de sa poche pour y inscrire son numéro de téléphone avant de plier le papier pour lui tendre. «Je ne peux pas être celui que tu voulais, mais ça ne veut pas dire qu’on doive être des étrangers.» Son visage s’éclaira d’un sourire à peine esquissé mais sincère, et il se préparait malgré tout à essuyer un refus. Peut-être que ce n’était pas une bonne idée après tout. Peut-être qu’ils auraient mieux fait de s’en tenir là. En dépit de ces questions qui le taraudaient comme un bourdonnement sourd, il poussa encore d'un cran avant de se taire. «Ça peut être le début.»
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MessageSujet: Re: 02. Crazy in love   Sam 12 Oct - 21:16

« -Non. »

Jamais les Textes n’avaient parlé de l’Enfer.

L’Eden et le Pardon seuls étaient tangibles. La Damnation n’avait jamais été qu’une interprétation. Les premiers étaient divins. L’autre était humaine. Et d’autant plus démoniaque.

«…Je vais prendre soin de toi…»

Grace n’avait jamais accordé beaucoup de confiance aux hommes qui ne présentaient pas des marques significatives de martyrisassions et résurrection enchaînée sur leur Curriculum Vitae dans cette grande entreprise qu’était le Cosmos. Aussi n’avait-elle voué sa confiance hypermétrope qu’en la parole un individu ensanglanté, poilu, presque nu et mort il y avait à peine quelques millénaires. Et si cet idéal masculin avait été le principal coach de développement personnel de l’Humanité, la benjamine des Hamilton’s s’était toujours imaginées un lien un peu plus particulier que tous ses congénères avec son Sauveur. Il ne la connaissait peut-être pas, mais il la comprenait. Et c’était tout ce qui importait. Aussi, en compensation de cette attention rarement, pour ainsi dire jamais, égalée parmi les mortels, la pianiste avait offert sa vie sur une ostie à l’étude de sa, de La, Parole.

Le Messie n’avait jamais prédit de fosse et de souffrance. Il n’avait jamais promis la peur et les mutilations. Les flammes éternelles détruiraient les maux. En cela, Grace ne voyait que l’Amour de Dieu, et non sa haine. Eborgnée par sa Foi, sa survie était un glaucome qui peu à peu obscurcissait sa dernière brèche avec la réalité.

Et Grace comprenait pourquoi. Jésus ne voulait pas mentir. Il ne le pouvait pas. Alors, il avait dit la vérité. Il n’y avait pas d’enfer. Il n’y avait que la Vie. Et c’était celle-ci qui venait de s’éclater contre son visage. On avait avancé le rendez-vous de sa dernière heure. Derrière les barreaux où ses souvenirs de Droit se fractionnent, elle affronte son Jugement dernier en première de file, les yeux jetés au Ciel, l’âme piétinée au sol. L’enfer, ce n’était pas quelque chose qui nous attendait, ce n’était pas quelque chose qu’on devait craindre. C’était une expression. Un synonyme de réalité. C’était une loi naturelle, physique, c’était la gravité des sentiments, l’âme mise en chute libre jusqu’à l’impact.

Trois. Deux. Un. Boum.

Le sang explosa mollement dans une chasse au pouls abandonnée au premier round, comme la musique enrouée de fatigue d’un orchestre à la fin d’une nuit enfumée. Ses cils s’entrechoquèrent, griffèrent son visage des larmes qu’ils y éparpillèrent.

C’était une expérience inévitable. Parce que c’était en vous. Parce que ce n’était rien. Plus rien de ce que vous étiez. Rien de ce vous deviendrez. C’était le purgatoire sans rédemption. C’était la torture la plus absolue, par vous, pour vous. Pour rien.

-« …grossesse nerveuse… »

Et dans ce genre de ténèbres, il n’y a plus de veilleuse.

Elle respirait difficilement. Noyée dans la pellicule d’eau salée qui piquait les joues qu’elle faisait luire.

Grace était de bonne volonté. Presque autant que de mœurs. A cheval équilibriste sur ses lignes de cœur et de vie, elle aurait ouvert ses poings fermement serrés autour de celles-ci à la moindre syllabe qui l’exigerait. Fusse-t-elle déjà six pied sous terre. Mais elle avait du mal à comprendre quelle autre partie de son anatomie elle devait tendre pour prendre un nouveau coup, quand c’était jusqu’à ses poumons qu’on lui avait extorqué dans les tricheries de l’Amour et du Hasard.

Projections d’acide translucide, l’eau rallume le bûcher où elle gémit. L’écho de sa douleur se perd dans un bruit liquide. Dehors, on n’en percevait qu’un filet d’air, à peine un soupir. Et celui-ci était peut-être bien plus effrayant que le premier.

Il lui avait dit la Vérité.

Comme Jésus.

Il devait penser qu’elle n’était pas un enfant. Il avait raison. Il et il avaient toujours raison.

Grace n’était plus un enfant. Elle était un fœtus. Revenue en rampant jusqu’à l’accolade salutaire de son placenta, suicide inversé, avec l’alphabet qu’elle avait réapparaissait, l’enfer s’écrivait utérus. Et si la logique, si la non-existence, était le seul rempart qui la séparait de son fils, alors elle était prête à franchir cette barrière, à se désenfanter, à se recroqueviller, encore et encore. Jusqu’à l’atteindre. Jusqu’à l’étreindre.

La jeune femme était une post-pré-existante. Et si elle ne savait pas exactement ce que c’était, elle était au moins certaine de savoir que ce rien était, et de loin, préférable à tout le reste.

« … je peux être ton médecin… »

-Sois juste mon Sauveur.

La phrase écorcha ses lèvres étroitement serrées. Elle était incapable de dire si elle l’avait hurlée tant le silence de bureau lui semblait assourdissant.

« … quelqu’un d’autre... »

Animale mais effrayée, elle agrippa son poignet, secouant violemment la tête. Elle lui montra les dents. De loin, ça devait ressembler à un sourire.

« je serai là… tu as besoin de moi… tu m’appelles… »

Les mots tournaient, tournaient, tournaient, molécule de phrase, atome de vie, ils bourdonnaient en s’agitant dans son cerveau, passant à tabac ses neurones fatigués, les fumant d’une brume bleuâtre moins cancérigène que somnifère. Ils la touchaient. Il la touchait. Il la tailladait. Il devait bien l’aimer, quelque part là-dessous. Quelque part Au-Dessus.

Le contact se rompit. Il était parti. Elle suffoquait. Sa main posée là où la sienne l’avait laissée, elle sentait l’incendie qui recouvrait les traces que ses doigts avaient laissées sur sa peau. Les yeux ternis par le verni de sérénité artificielle dont elle les recouvrait, Grace voyait un papier se glisser dans sa paume plus qu’elle ne l’attrapa réellement. Elle n’avait aucune idée de ce que c’était. Mais elle l’aurait presque embrassé. Cela venait de lui. Délibérément. Sans concession. C’était un bond sur la ligne morne de son encéphalogramme.

«Je ne peux pas être celui que tu voulais,…»

Il ne pouvait pas. Peut-être le voulait-il. Peut-être pas. Tout ce qu’elle était en mesure de savoir, c’était qu’elle, le voulait. Un peu trop fort. Et qu’il n’y avait plus d’avance à espérer sur sa liste de Noël.

« … mais ça ne veut pas dire qu’on doive être des étrangers.»

Elle hocha la tête. C’était une dénégation. Dans l’espace, ni le haut, ni le bas n’existait. Si sur cette Terre, Grace était d’accord, ses vrais sentiments s’exprimaient au-loin, tout-là-bas, tout-là-haut, aux creux des étoiles qui avaient, sans un éclat, filé de ses yeux.

-Je ne le pourrais pas.

Ni ne le voudrait. Ni ne l’envisagerait. C’était impossible. C’était absurde. C’était athée.

Elle battit des paupières plusieurs fois. C’était sa façon de fermer les yeux, par intermittence, c’est plus discret. Oublier Eux, c’était oublier Lui. C’était perdre Dieu. Perdre tout. Perdre jusqu’au rien.

Et ça, elle ne le supporterait pas. Elle ne le supportait déjà plus.

«Ça peut être le début.»

Si Grace avait encore fait partie du monde vivant, elle aurait pu y croire. Avoir de l’espoir. Si elle avait encore pu souffrir, elle aurait hurlé.

Alors, elle fit pire.

Elle rit doucement.

Ce son. Cette action. C’était le renoncement. C’était la mécanique qui rayait l’humain. C’était la Vie qui s’abandonnait à l’Amour, sans même la gloire, sans même le théâtre, sans même la fin. C’était son enfant et sa Foi qu’elle niait. C’était l’horreur dans sa forme la plus brute.

-Je n’en doute pas,...

Plus.

-... Docteur.

Le titre tomba avec elle.

Violemment précipitée sur le sol, âme la première, Grace agonisait, tandis que l’image noire et blanche, vacillante, d’un vieux film passait sur son corps en sortant du bureau. Les douze centimètres d’appendices de féminité tordaient ses chevilles sans qu’elle ne ressentît plus rien. Guidée par la fonction GPS de la machine glacée qu’elle était devenue, la benjamine des Hamilton’s mit un instant à comprendre qu’elle était arrivée aux toilettes de l’hôpital.

De la pointe d’un rouge à lèvre dont elle s’ignorait la possession, elle traça sur ses lèvres exsangues un sourire bien trop parfait. Enlacée par un corset qui lui coupait le souffle et compressait son enfant, chaque commissure relevée semblait en tirer un peu plus les cordons. Les mots entendus semblaient refluer et revenir, ces mots qui s’étaient jeté sur ses oreilles et avaient suppurés pour avancer en coulée amère jusqu’à sa langue. Pour l’empoisonner plus surement.

Elle mit la main sur son ventre.

Ces bruissements, ce goût métallique qui se répandait dans sa bouche, comme l’assassinat mécanisé fait grincer sa froideur à la commissure d’autres lèvres.

Elle croisa ce regard inconnu au fond des abysses limpides.

Jamais cette femme n’avorterait.

Fût-ce d’une idée. Fût-ce pour lui. Fût-ce pour Lui.

Cette femme serait une menteuse. Car elle ne pourrait jamais être une meurtrière.

Car cette femme ne pourrait plus jamais être une suicidée.
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02. Crazy in love

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