Choriste du mois


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 02. Sing with me, if it's just for today, the good lord will take you away

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MessageSujet: 02. Sing with me, if it's just for today, the good lord will take you away   Mar 13 Aoû - 23:35

Ingrid avait décidé de profiter des vacances de la Toussaint pour faire des activités qu'elle n'avait plus le temps de faire en période scolaire. Depuis son arrivée à McKinley High, elle avait passé tellement de temps à étudier, à chanter, à faire des efforts pour améliorer celle qu'elle était, à s'obliger à aller vers les autres, à ne plus être timide. En fait, elle avait passé un temps fou à réfléchir, passant à côté d'un bon nombre de choses qui comptaient pour elle. A commencer par le piano. Elle n'avait plus pris une leçon de piano depuis son arrivée à McKinley, et n'ayant pas de piano à disposition chez Quinn, elle devait se contenter de quelques rares improvisations sur le piano à queue dans la salle du Glee Club. Mais dans sa vie d'avant, le piano était une activité fondamentale qui lui manquait à présent cruellement.

Elle en avait discuté avec Quinn, elle lui avait expliqué à quel point caresser les touches d'ivoire était important pour elle, et lui avait raconté qu'à Stockholm, elle en jouait souvent, et qu'elle jouait des berceuses à ses petits frères et soeurs. L'idée avait semblé intéresser la jeune femme en ce qui concernait l'endormissement parfois difficile de Prince à l'heure de la sieste. Elles avaient donc convenu ensemble qu'Ingrid pourrait acheter un petit piano, ou alors un synthétiseur, qu'elle pourrait ainsi emmener partout. En fait, Ingrid paierait, mais Quinn acceptait que l'objet prenne un peu de place parmi le peu qu'il en restait dans le petit appartement. C'est donc tout en joie qu'Ingrid s'était renseignée sur internet sur les différents endroits où elle pourrait trouver un piano et des partitions à Lima.

En fait, elle se rendait compte qu'elle était une sorte de Geek, puisque dès qu'elle cherchait une réponse à une question ou un lieu où se rendre, elle faisait appel à son probable meilleur ami : Google. C'est fou la quantité d'informations qu'on pouvait trouver sur ce moteur de recherches. Bon ok, c'était un peu le but d'un côté, mais on dénichait parfois des choses tellement improbables (on se passerait des détails). En tout cas, Google était fort utile lorsqu'il s'agissait d'arpenter la toile afin de trouver des choses concrètes. Et là, Ingrid avait trouvé le Gramophone Record, un disquaire et magasin de musique de Lima. Elle n'était pas sûre à cent pour-cents d'y trouver un clavier, mais elle y trouverait au moins quelques partitions.

Elle avait pris le bus pour se rendre dans le Vieux Quartier de Lima et trouver la vieille bâtisse. Il faisait un temps radieux, et Ingrid aurait préféré aller faire un footing dans le parc plutôt que de rester à l'intérieur d'un bâtiment, qui plus est vieux et sombre. Mais elle était tellement ravie d'avoir enfin devant elle la perspective de pouvoir à nouveau faire courir ses doigts sur les touches qu'elle avait oublié son principe du "Il fait beau, je dois aller dehors" pour une après-midi. Elle n'eut aucun mal à repérer la vieille bâtisse parmis les autres vieux bâtiments, grâce à ses néons flashys "Gramophone Record" qui contrastaient avec la vieillesse sombre de l'endroit.

Lorsqu'elle entra en ce lieu, elle crut tout d'abord être en proie à une hallucination. Elle ferma les yeux, pensant que c'était un rêve, et que lorsqu'elle se réveillerait, tout serait différent. Mais lorsqu'elle les rouvrit, elle se rendit compte que tout était bien réel. Elle était au paradis. Des instruments de musique en tous genres, de toutes tailles, de tous timbres étaient vendus ici. Wouah... Elle en aurait du choix concernant son piano. Son critère numéro 1 était la taille, il fallait qu'il soit petit afin de ne pas prendre trop de place inutilement chez Quinn. Ensuite, elle aviserait en fonction de la sonorité, de l'émotion mélodique qu'elle arriverait à faire ressortir des touches.

Qui de mieux placé pour la conseiller qu'un vendeur ? Si elle était au Paradis, Dieu lui donnerait la force d'aller vers les personnes présentes en ce lieu, sans craintes ni anxiété. Sa timidité était donc restée sur le pas de la porte, laissant place à un grand sourire, et des yeux éclatants de bien-être, et d'une feinte confiance en elle. Elle alla donc sans hésitation vers un vendeur assis derrière un bureau, et qui semblait être inoccupé.
- Bonjour ! sourire Freedent. Je cherche un petit piano, ou un synthétiseur, qui ne prenne pas beaucoup de place dans un appartement, mais avec un joli son.
- Nous devrions avoir quelque chose qui fera l'affaire par là bas. (Il indiqua le "rayon" piano, d'un geste de la main). Après-vous, dit-il en tendant le bras dans la direction indiquée.

C'est qu'en plus, il était galant. Il marquait un bon point, et Ingrid n'était étonnamment, pour une fois, absolument pas gênée. Décidément, cette boutique faisait d'elle quelqu'un de différent. Elle passa donc gracieusement devant le vendeur, se dirigeant là où il lui avait dit d'aller. Elle s'arrêta devant une rangée de claviers peu encombrants, qui conviendraient certainement à merveille. Le vendeur lui fit un sourire avant de s'installer derrière un synthétiseur pour lui faire une démonstration.
- Celui-ci est le moins cher que nous ayons, il convient tout à fait au budget d'une lycéenne, mais le son semble légèrement "contrefait", enfin, on entend bien que ce n'est pas un vrai piano.
- Hmm... Je veux bien entendre quand même.

Effectivement, il ne fallut pas longtemps à la jeune fille pour déceler le manque d'originalité des sons émanant de ce synthétiseur. Elle se détourna donc de celui-ci et du vendeur dès qu'elle avait décidé que, peu importe son petit prix, elle n'achèterait pas cet objet. Cependant, un autre avait capté son attention, et inconsciemment, sans même l'avoir entendu, elle avait décidé que ce serait celui-la, elle le sentait, comme s'il l'appellait. Elle s'installa donc derrière et s'apprêta à jouer quelques notes.
- Excellent choix ! intervint le vendeur. Celui-ci est plus authentique.

Elle le gratifia d'un sourire, puis commença à jouer une mélodie qu'elle connaissait bien, pour l'avoir jouée, et même chantée un nombre incalculable de fois. Une chanson qui lui rappelait à quel point sa famille était importante pour elle, peu importe la distance à laquelle elle était d'elle. Dès les premières notes, le son du piano l'emporta loin, très loin, chez elle, la faisant redevenir elle-même. Fini cette assurance feinte, à quoi bon être quelqu'un qu'elle n'était pas ? Cette musique l'atteignait au plus profond de son coeur, lui rappelant qui elle était, et qui elle aimait.

(La musique serait éventuellement Distance, de Christina Perri et Jason Mraz si ça te plait)
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MessageSujet: Re: 02. Sing with me, if it's just for today, the good lord will take you away   Jeu 15 Aoû - 14:15

Sans trop savoir pourquoi, Grace s’attendait à tomber sur un domestique. Qui l’aurait faite patienter une demi-heure avant de la renvoyer vers l’assistant d’un assistant, à qui elle aurait du donner un code d’accès spécifique. Dans un délai de cinq secondes. Pour que son appel soit transféré sur une ligne privée au signal crypté où elle aurait pu, enfin, laisser un message sur le répondeur des Faithorn.

Bien au contraire, c’était la voix claire et devenue si familière de la maîtresse de maison qui avait suivit la première tonalité. Cela l’avait tellement surprise qu’elle avait raccroché dans un petit cri, envoyant le téléphone faire son baptême de l’air à travers sa chambre, bien trop choquée pour agir comme toutes personnes humaines normalement civilisées, et non pas forcément constituée quand on pensait aux réelles bouées mamellaires prêtes à exploser à tout instant qu’on greffait aux adeptes frénétiques de la réponse téléphonique manuelle.

Attitude impardonnable qui l’avait, bien évidemment, engagée, à la deuxième tentative d’appel, dans un long monologue suppliant, tous en pathos hormoné et promesse de panier garnis en offrande pour racheter cette conduite. Discours larmoyant qui trouva sa fin avec l’exposition de la véritable raison de l’appel de la Hamilton.

-Oui, donc, Madame Faithorn, je…

[…]

-Oui, oui, bien sûr, « Robin », d’accord, désolée Mada… Enfin.

Pause paniquée. Décision de ne plus évoquer la moindre forme d’appellation de son interlocutrice, cela lui éviterait des débats internes peut-être un peu trop muets pour une conversation.

-Je vous appelais donc parce que j’ai bien reçu la liste…

Elle baissa la voix, à cause du secret qui embaumait l'événement, et de sa bien trop grande tendance à la suspicion pour ne pas envisager que la mairesse ne les ait d’ores et déjà tous mis sur écoute. Paranoïa parfaitement justifiée qui expliquait également le petit code alimentaire qu’elle mit en place pour le reste du dialogue.

-La liste « d’ingrédients » pour notre « repas »… Oui, le « plat » que vous, votre mari et moi… Oui, c’est cela… Oui… Vous… Non, non, ça me convient très bien mais… Vous n’avez pas peur que ça soit un peu trop… « épicé » ?

Elle se mordit la lèvre inférieure d’angoisse alors qu’un rire lui arrivait en grésillant à l’autre bout du fil du téléphone qui en était pourtant dépourvu. Ironique ? A force de manger du miel et de la noix de coco ramollie, les œsophages ne risquaient pas l’ulcère ? Grace n’était pas très sûre de, vouloir, comprendre. Elle sourit avec humilité au spectre de Robin qu’elle imaginait face à elle.

-D’a… d’accord… On en rediscute à la prochaine « réunion des voisins de quartier »…

Sachant qu’elles n’habitaient absolument pas dans la même région de Lima.

- Oui… Dîtes à votre mari, s’il vous plait, que je me charge d’aller donner les instructions au… Oui, pour les retouches, pour les « tabliers »…. Non, bien sûr que non, ça me fait plaisir…

Ce n’était pas tout à fait faux. Elle trouvait un plaisir incommensurable à faire du couple des Anciens son œuvre de charité du moment, à aider ces deux personnes presque âgées dans la pénibilité que l’appartenance à une chorale bourrée d’œstrogènes encore boostés aux restes d’adolescence de leur propriétaire devait obligatoirement leur infliger. De plus, il était très important qu’elle règle elle-même les quelques détails de mensuration des costumes, sa progéniture se faisant parfois un peu trop insistante à refaire sa décoration utérine sans hésiter une seconde à maroufler le placenta et à pousser les murs.

-On… Oui, on se recontact, Madame… Robin… Faith… Orn…. Amie ? … Je… Heu… Je…

En l’occurrence, elle raccrocha, plaquant désormais sur son front constellé de plis soucieux, shar-pei improvisé, le téléphone, tentant de se consoler en se disant que Robin Faithorn prendrait peut-être ça pour une très mauvaise imitation d’E.T., dont elle justifierait toute seule l’apparition sauvage en guise de conclusion à leur échange, encore que Grace ne soit pas parfaitement sûre que ça retirât franchement la dose de honte étalée sur sa situation.

Relâchant l’appareil qui rebondit sur les notes enchevêtrées sur ses draps dans une logique qui lui était toute personnelle, Grace étira bien haut ses bras au-dessus de sa tête. Elle fit craquer avec une grimace apeurée, toujours un peu effrayée de le voir se détacher spontanément, son cou endoloris par les quelques heures qu’elles avaient passées assise en tailleur, à travailler un papier pour Bartowski, parallèlement aux notes qu’elle prenait sur le numéro auquel elle avait convenu de participer pour la soirée élaborée dans le plus grand secret par les Forces Alliées. Violet et bleu, si ce n’était pas exactement les couleurs le plus adaptées aux tenues disco, ça restait tout de même un bon camaïeu, après tout. Coïncidences ? Comme si ce genre d’absurdité dimensionnelle pouvait exister dans un monde régit par son Dieu. Alors que ses yeux tombaient sur les pages qu’elle avait écrites, Grace conclut qu’il était peut-être potentiellement temps de faire une pause et de s’aérer un peu après y avoir découvert qu’à partir de sa deuxième heure de travail, des croches de solfège avaient remplacés tous les « d » de son texte.

Jambes, serrées l’une contre l’autre, balancées hors du lit. Mouvement de pivot pour se relever. Parce que c’est quand même plus amusant, plus choriste, et donc plus chrétien, que de simplement plier les genoux. Le dossier complet et force raturé qu’elle avait élaboré pour les costumes demandés calé dans le creux de son coude, Grace ne s’attarda pas plus, adressant un sourire à sa mère dont elle préféra ne pas remarquer l’air soucieux alors qu’elle bondissait presque à l’extérieur. Sept huitième en tweed et blazer en tartan rouge et smalt, persuadée de devoir mettre à l’honneur les prétendues origines écossaises que son nom supposait, tout chez la jeune fille criait l’automne qui arrivait bien plus sûrement que toutes les feuilles orangées que sa délicatesse pour les créatures peut-être minuscules mais bien vivantes qui se cachaient en-dessous obligeait la jeune fille à éviter dans de grands sauts, gymnastique peut-être matinale d’autant plus exigeante qu’elle avait eu l’imprudence de mettre des bottillons, certes turquin, mais surtout à talons.

Glissant des écouteurs dans ses oreilles, attardant par tic, voire toc, son pouce sur le lobe qui leur était assigné, elle avança à pas décidés. Cependant, les rues de Lima qui l’entouraient se trouvèrent bientôt brouillées par les pensées parasites auxquelles elle avait espéré échapper en s’éloignant de la maison familiale. Y rencontrer le spectre de sa sœur passée, et l’image déjà préoccupante de son futur, entre les chuchotis liquides du fœtus qu’elle se refusait à déclarer sans que toute la famille n’ait été préalablement éblouie par toute la perfection du père, le tout glacé par la dissolution de la chorale, choc que Grace, impuissante, n’avait toujours exactement assimilé. Cette situation aurait pu l’encourager, la réveiller, la soulever dans la révolte à facettes qui grondaient en sourdine boogie et glitters. Mais, avoir l’impression d’agir sans le soutien absolu de Cassandra, cela avait quelque de si blasphématoire qu’elle devait sans cesse se rappeler qu’ils se démenaient pour son bien, au fond.

Car, si elle était tentée de croire que seule la beauté de l’aide apportée aux petits vieux de la chorale la motivait à partager un trio et exécuter un maximum de tâche pour les Faithorn’s, il fallait bien qu’elle l’admette : dans cette course à la blanchisserie, ce n’était qu’une fuite qu’elle dissimulait.

The sun is filling up the room
And I can hear you dreaming
Do you feel the way I do right now?
I wish we would just give up


Elle prétendait à qui voulait l’entendre, sachant que cela concernait le public très restreint de sa conscience et des quelques aliens télépathes qu’elle soupçonnait Sylvester d’avoir attiré et introduit dans le plus grand secret à Lima pour déclencher une invasion planétaire, Apocalypse avancé, qu’elle avait emprunté cette technique de fuite en avant à Napoléon.

Cause the best part is falling
Call it anything but love


Elle n’était pas très sûre de qui était cet homme qu’elle évoquait avec l’affection que l’ont porte à un grand oncle éloigné particulièrement riche au bord de l’agonie, mais elle savait qu’il était européen, et cela lui suffisait comme acompte sur sa valeur morale.

And I will make sure to keep my distance
Say, "I love you," and you're not listening


La main sur la porte, elle poussa. Une clochette glissa en échos son murmure métallique dans la bande son qui massait ses tympans.

And how long can we keep this up, up, up ?

La dernière syllabe s’attarda sur ses lèvres. Alors qu’elle arrachait d’une main les bouts de plastiques de ses oreilles rougies, elle stoppa net sa progression. Les notes emportées avec les écouteurs n’étaient pas disparues. Bien au contraire, plus qu’auparavant Grace avait l’impression que la musique était jouée tout auprès d’elle, comme si quelqu’un… Comme si quelqu’un martelait, et de façon un peu trop crispée, les touches d’un piano. Juste derrière elle.

Please don't stand so close to me
I'm having trouble breathing
I'm afraid of what you'll see right now


Elle s’était retournée. Et avait continué à chanter, par habitude. Les compétitions de chorale étaient le booty camp le plus efficace qui soit en matière de concentration sur ses chansons. Pourtant, derrière ses octaves maîtrisés, Grace était troublée.

I give you everything I am
All my broken heart beats
Until I know you'll understand


Premièrement, elle n’était pas entrée dans la bonne boutique. Et ce genre de constat, ce n’était jamais vraiment très rassurant. Ensuite, elle se retrouvait face à un ange. Ce qui, pour toute personne normale aurait pu conduire à un internement volontaire en HP dans l’heure qui suivait la prise de conscience de l’hallucination.

And I will make sure to keep my distance
Say, "I love you," when you're not listening
And how long can we keep this up, up, up ?


Mais pas pour Grace. Non. Là où les gens peu éclairés auraient exorbité leur yeux avec un hurlement hystérique, elle se contenta de fermer les siens sur une prière.

And I keep waiting
For you to take me
You keep waiting
To save what we have


Elle glissa une main presque caressante sur le piano.

So I'll make sure to keep my distance
Say, "I love you," and you're not listening
And how long can we keep this up, up, up?


Un sourire à l’apparition qui la suivait dans les hauteurs des accords et du vibrato.

Make sure to keep my distance
Say, "I love you," when you're not listening
How long 'til we call this love, love,…


Elle quitta sa voix de tête sur le mot qu’elle savoura presque.

-… Love ?

Le silence arriva, ondulant aux dernières vibrations de l’instrument.

-Et voilà. Bravo., fit-elle avec un léger rire rendu très français.
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MessageSujet: Re: 02. Sing with me, if it's just for today, the good lord will take you away   Jeu 15 Aoû - 19:25

En commençant à jouer les premières notes de la musique, Ingrid plongea dans un état non loin de la transe. Son esprit partit loin de Lima, très loin. Chez elle. Chez elle, avec sa famille. Avec sa famille qui lui manquait toujours plus. Plus les jours passaient, plus elle pensait à eux. Avant de commencer à chanter, et bien que les paroles lui viennent très naturellement, ce jour là, Ingrid pensa à leur sens. Ces paroles lui faisaient d'autant plus penser à ses frères et soeurs, dont elle s'occupait dès le lever du jour. Lorsqu'elle les réveillait en ouvrant les volets, et que le soleil commençait à emplir leurs chambres, elle avait l'impression de connaître leurs rêves comme si elle était dans leur tête. Et elle savait qu'ils sentaient à quel point elle les aimait, qu'elle les aimait plus que tout.

- The sun is filling up the room
And I can hear you dreaming
Do you feel the way I do right now
I wish we would just give up ♪


Seule la dernière phrase du couplet la dérangeait. Jamais elle n'aurait souhaité abandonner, les abandonner. Elle se sentait extrêmement coupable, puisque c'est bien l'impression qu'elle avait, de les avoir abandonnés. Elle les avait laissés en Suède par pur égoïsme, pour réaliser son rêve. Elle les avait abandonnés et elle savait qu'elle ne rentrerait les voir que dans un bon moment. Elle était en vacances, elle aurait pu aller les voir tout de suite, mais elle avait fait le choix de rester ici pour ses vacances ci. D'autant plus que, Quinn avait besoin d'elle en ce moment, puisque les petits étaient en permanence à la maison, et qu'elle continuait évidemment de travailler. Ingrid aimait Quinn et ses enfants autant que sa famille, ils étaient exactement comme une deuxième famille, et ils avaient plus besoin d'elle que ceux avec qui elle avait des liens du sang.

- Cause the best part is falling
Call it anything but love ♪


Ses doigts caressaient toujours le piano. Elle se rendit compte que les larmes lui montaient aux yeux. Le manque était certainement le pire sentiment qu'elle ait pu avoir. Pire que l'anxiété, pire que la gêne. Le manque était tel un monstre, qui la dévorait de l'intérieur, lui dévorant les entrailles et lui arrachant les ventricules et les brûlant dans un feu de joie, consumant sa conscience. D'ailleurs, il fallait qu'elle se donne bonne conscience immédiatement, au moins pour empêcher les larmes de couler. De toute façon, même si elle avait voulu de tout son cœur passer les vacances à la maison, elle n'aurait pas pu. Elle n'aurait pas pu, parce qu'elle aurait raté la soirée d'Halloween, et la tortionnaire qui lui servait de chef de cœur lui aurait fait un sermon, ou pire, elle l'aurait torturée. Elle ne connaissait pas vraiment les interlignes du contrat qu'elle avait signé, mais elle sentait qu'il se passerait quelque chose de terrible si elle n'allait pas à la soirée 20'.

- And I will make sure to keep my distance
Say, "I love you," and you're not listening ♪


Elle arriva donc à se donner bonne conscience en pensant aux éventuelles, ou plutôt probables, représailles de Sue Sylvester, si elle avait quitté Lima. Elle réussit ainsi à empêcher les larmes qui lui montaient aux yeux avant que celles-ci puissent couler. Elle inspira un bon coup, avant de chanter la dernière ligne du refrain. Combien de temps pourrait-elle encore tenir sans voir sa famille ?

- And how long can we keep this up, up, up ♪

Etrangement, elle ne se sentit plus seule. Elle avait l'impression que quelqu'un était présent avec elle. Que quelqu'un ressentait la même chose et l'exprimait de la même façon. Elle se rendit compte que de toute façon, même si elle était loin de sa famille, elle n'était pas seule à Lima. Il y avait des gens sur lesquels elle pouvait compter. Et penser cela la ramena à la réalité. Elle se rappela qu'elle se trouvait au Gramophone Record, qu'elle était venue pour acheter un piano afin d'en jouer chez Quinn, d'avoir les mêmes habitudes que chez elle, car elle était comme chez elle ici. Elle leva la tête, s'apprêtant à sourire au vendeur et à lui annoncer qu'elle allait prendre ce piano, lorsqu'elle se rendit compte que quelqu'un l'avait rejointe dans sa chanson. Visiblement, la blonde qui chantait connaissait bien la chanson, et Ingrid se tut, l'écoutant chanter le début du deuxième couplet, la rejoignant sur la fin des phrases, comme dans l'interprétation originale de ce duo.

- ... Right now ♪

Visiblement, la personne qui se trouvait dos à elle ne semblait pas avoir remarqué sa présence, et Ingrid se demandait pourquoi elle chantait la chanson, si elle n'avait pas entendu quelqu'un la chanter. Peut-être que c'était un réflexe pour elle, que c'était inconscient ? Après tout, la jeune fille aussi se mettait souvent à chanter naturellement, sans raison, sans même s'en rendre compte, lorsqu'elle entendait une mélodie qu'elle connaissait.

- All my broken heart beats
Until I know you'll understand ♪


Elle sourit à la jeune femme qui venait de se retourner, l'air surpris, peut-être même un peu perdu. Ingrid appréciait toujours ces moments de partages où elle n'était pas la seule à chanter, où sa voix se mélangeait avec une ou plusieurs autres, créant ainsi une harmonie, une fusion musicale. C'était quelque chose de beau, de magnifique même. Et même si leurs voix étaient un peu différentes, la voix d'ange de la jeune fille se mariait bien avec la voix plus aigue de la personne qui se trouvait à présent en face d'elle.

- And I keep waiting
For you to take me
You keep waiting
To save what we have ♪


Toujours pianotant sur les touches, avec beaucoup de douceur, Ingrid fermait les yeux, pour s'imprégner encore plus de la chanson, du moment, pour ressentir la fusion des voix. Entendre leurs cordes vocales vibrer ensemble était à quelque chose de fabuleux. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, la jeune fille remarqua la main de la blonde posée sur le piano. Elle avait donc pris conscience qu'en fait, elles chantaient ensemble depuis un petit moment, et se joignait donc pleinement à ce moment de partage. La Suédoise écouta la voix de sa partenaire de chant s'adoucir.

- ... And how long can we keep this up, up, up? ♪

Lorsqu'Ingrid remarqua le sourire de l'autre blonde, elle le lui rendit, s'apprêtant à donner plus de puissance pour les dernières notes de la chansons.

- Make sure to keep my distance
Say, "I love you," when you're not listening
How long 'til we call this love, love, looove ♪


Ingrid continua à faire jouer ses doigts sur les touches d'ivoire jusqu'à la fin du morceau, savourant chacune des notes avec une infinie passion. Le piano dégageait quelque chose de bon, il avait un son superbe. Le choix de la lycéenne était fait, ce serait celui-la, définitivement, et pas un autre. Elle allait l'annoncer au vendeur, quand, encore une fois elle fut distraite par la jeune femme avait qui elle venait de chanter. Elle fut surprise d'entendre les félicitations de celle-ci.
- Oh euh... bravo à toi.. euh, à vous, plutôt !

La jeune fille était très gênée, cette personne n'était pas beaucoup plus âgée qu'elle, mais elle l'était tout de même, et le minimum du respect était de la vouvoyer. Il fallait qu'elle trouve quelque chose pour faire passer sa gêne, qu'elle se rattrape.
- Vous avez une très jolie voix !

La jeune fille se rappela de quoi elle avait été distraite, et s'excusa par avance auprès de son interlocutrice de la seconde d'inattention qu'elle allait lui accorder. Ingrid annonça au vendeur son choix, et, se sentant déjà propriétaire de l'objet, resta assise derrière celui-ci, et refocalisa son attention sur la blonde qui se trouvait en face d'elle.
- J'aime beaucoup cette chanson.
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MessageSujet: Re: 02. Sing with me, if it's just for today, the good lord will take you away   Mer 28 Aoû - 22:10

Elle passa une main presque tremblante dans ses cheveux blonds, ses doigts libres d’activités capillaires intempestives frémissants au contact de l’instrument luisant sur lequel tu n’avais pas su résister à les poser.

Cela faisait si longtemps qu’elle n’avait plus eu l’occasion de voir un piano.

Depuis que les portes de l’annexe de l’église s’étaient refermées sur les espoirs des Second Chances de briller, verrouillée à double tour par les très métaphoriques clefs de la ville, aux mains décharnées de l’ancestrale mairesse de Lima. Quant à l’instrument qu’elle avait chez elle, il semblait irrémédiablement désaccordé depuis déjà plusieurs semaines, Signe du destin qu’elle avait préféré ignorer là où sa sœur lui avait accordé un regard appuyé en voyant les faits corroborer sa petite prophétie concernant leur disparition aux abîmes de la chanson prétendument inévitable.

Mais, de toute façon, ce n’était pas tant le contact physique avec les touches qui lui avait manqué. Le piano, cela avait un sens beaucoup plus profond que le simple tapotement technique. Ce qui lui manquait, c’était l’âme qu’elle pouvait y mettre et broyer au mortier de ses partitions, qu’elle pouvait fractionner et recracher en notes qu’on lui avait toujours assurées superbes. C’était ce plaisir presque réciproque qu’il lui amenait.

Ce lien si spécial qu’elle avait peut-être négligé au profit de la compétition.

Pouvait-on empaqueter son talent ? L’étiqueter et le mettre dans une boîte en aluminium, ne plus travailler que le design de celle-ci, sachant que son contenant se conservera jusqu’au moment où il faudra le déballer ? Dieu n’admet pas d’additifs dans sa Foi. C’était peut-être pour ça que leur succès s’était périmé avant même l’ouverture du rideau.

Son regard bordait la surface noirâtre laquée, porté dans un vide qui remplit alors les paroles de son interlocutrice vaguement oubliée.

-Vous avez une très jolie voix !

Se rappelant alors soudainement qu’elle n’était pas la seule individu de type humain dans la pièce, elle quitta sa posture vaguement inquiétante de semi-câlin adressé à l’instrument et se redressa, glissant ses bras un peu trop tactiles derrière son dos. Décrétant néanmoins que son amour ne devait pas être stoppé par des principes aussi minimes que l’inanité du réceptacle de ses sentiments, elle réussit à ne même pas rosir de sa situation et à adresser un sourire entendu à la blonde.

Entre pianistes, il fallait bien que le courant passe. Elle aussi était dans le secret. Elle savait. Chaque doigt posé sur le clavier était une caresse, chaque vibration de ses cordes était sa respiration, chaque trace était une marque de sa guerre perdue d’avance mais si glorieuse face au silence. Les mélopées étaient successivement ses rires les plus bruyants et ses agonies les plus mineures. Jusqu’au mutisme. Jusqu’à la mort éphémère. Jusqu’à la prochaine fois.

-Merci ! Ce n’est pas faute d’avoir travaillé…

L’emploi du passé lui meurtrit un peu le cœur, mais elle se contenta de reboucher l’éclat commis d’une couche épaisse de paillettes et de pseudo-cheveux synthétiques de perruque « coupe afro » fluorescente.

-La tienne est vraiment… , elle échappa de peu à l’hybris avec le " divine " qui manqua de franchir le bord de ses lèvre. Un peu paniquée, elle se rabattit donc sur un plus " simple mortel ",… Intéressante. Vraiment très intéressante, oui. Ta maîtrise vocale est bien plus soignée que ta technique au piano…

Petite grimace avec un regard pas exactement désolé sur les mains de la jeune fille, un petit rire dans la gorge.

Elle afficha un sourire qui excusait à peine le manque dont elle faisait preuve sans même se rende compte de son importance flagrante. Voyant cependant le visage de la jeune créature interpelée, il lui apparut éventuellement nécessaire d’émettre une précision :

-On voit que tu n’as plus pratiqué depuis longtemps… Enfin, on entend…

Elle hocha la tête lentement, pour approuver ses propres dires, balançant au visage de l’inconnue toute la compassion dont son regard bleuté était capable dans une telle situation.

- J'aime beaucoup cette chanson.

-Et tu l’aimerais sans doute beaucoup plus si tu marquais ton mi avec une octave plus basse, au lieu de changer de gamme, annonça-t-elle avec une indulgence guillerette, agitant pouce et index devant elle, persuadée d’incarner la sagesse artistique à l’état brut.

Grace pencha sa tête sur le côté. Un mince ride sur le front.

-Oh mais…

Soudain, ses yeux clairs s’ouvrirent à l’extrême, donnant à son expression à peu près la même apparence que si elle venait de s’apercevoir que la jeune fille était en possession d’un exemplaire dédicacé de la biographie de Katherine Heigl, un marque-page Grace Kelly en prime, et qu’elle ne pourrait le lui arracher des mains qu’en l’étranglant purement et simplement. Enfin. Plus ou moins.

-… tu as un accent !

Un sourire éclatant s’étendit sur ses lèvres au point qu’on aurait presque pu croire qu’il allait continuer indéfiniment et s’enrouler lentement autour de son visage, jusqu’à la momification dentaire parfaite.

-Tu es… russe ? Italienne ? Non…, elle ferma à moitié les paupières, un bout de langue rose coincée sur sa commissure droite.

Soudain, elle se figea. Une seconde de silence total se coula entre elles.

-… Française ?

Ses capacités pulmonaires éclatèrent dans toute leur splendeur musicale sur ce dernier mot, presque porté en triomphe par ses cordes vocales apparemment renforcées en acier.

-Tu es française ? Tu es française. Tu as l’air française. Mon Dieu. Une française. A Lima. Une française à Lima. Et c’est bien ? La France ? C’est comment ? Très français, non ?

Elle était à deux doigts d’attraper la toujours très inconnue blonde et de la secouer jusqu’à ce qu’elle lui donne les informations désirées.

-Mon dieu. Tu viens de France.

Elle se stoppa un instant, plantant un regard malicieux sur la jeune fille, décidée à l’impressionner et, pour cela, toute prête à écorcher une nouvelle fois la langue dans Molière à la pointe de la sienne.

-Tu peux m’appeler « Grasse ».
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MessageSujet: Re: 02. Sing with me, if it's just for today, the good lord will take you away   Jeu 29 Aoû - 18:30

Ingrid caressait toujours les touches de son piano, sans appuyer dessus. Juste pour le contact avec l'objet. Elle avait toujours pensé que chaque instrument de musique avait une âme. Mais elle avait choisi le piano parce qu'une vive émotion s'en dégageait, et qu'elle avait toujours aimé observer la grâce des pianistes lorsque leurs doigts dansent sur les touches, créant par là une mélodie. Pourquoi son interlocutrice avait-elle utilisé le passé concernant le fait qu'elle travaille sa voix ? Peut-être qu’elle chantait régulièrement par le passé mais plus maintenant. Ou peut-être qu’elle n’y avait plus goût, mais ce n’était pas l’impression qu’elle donnait. En tout cas, elle semblait vouer un culte sans pareil au piano, vu la position qu'elle avait pris auparavant par rapport à celui sur lequel Ingrid était en train de jouer. C'aurait presque paru étrange. Et pourquoi dans cette réponse un contraste négatif avec le compliment qu'Ingrid venait de lui faire ? Lui dire que sa voix était très jolie n'était pas censé amener quelque chose de négatif dans la réponse. Enfin peu importe, l'adolescente ne comprenait pas, mais elle allait faire comme si.

La jeune femme en face d'elle trouvait donc qu'elle avait une voix intéressante. En quoi une voix pouvait-elle être intéressante ? Une voix pouvait être belle, travaillée, rocailleuse, grave, puissante, éraillée, cassée, douce, fragile. Mais intéressante, que cela voulait-il dire ? Qu'on pouvait en faire un business ? Avait-elle dit le mot intéressante comme on le dit d'un livre qui fait réfléchir sur soi-même ? "Stop Ingrid, trop de questions" se dit-elle. Il fallait qu'elle arrête de chercher un sens dans ce que disait son interlocutrice. Enfin, elle avait semblé marqué une hésitation avant de prononcer ce mot, alors peut-être qu'elle pensait à un autre mais avait manqué d'imagination et employé ce terme ci à la place. L'adolescente décida de ne plus réfléchir, et d'accepter ce que sa récente partenaire de duo disait, sans se poser la moindre question.
[color=black- Merci.[/color]

De toute façon, elle n'avait pas besoin de réfléchir plus, c'était en fait une référence à sa technique vocale. Ok, d'accord. Cela était plus compréhensible ainsi. La blonde en face d'elle venait en revanche de mettre le point sur la corde sensible de la technique au piano. Ingrid ne comprit pas vraiment où elle voulait en venir, et lui lança un regard accusateur, plus qu'inquisiteur. Elle s'efforçait de faire ce qu'elle pouvait pour jouer du mieux qu'elle pouvait, elle avait suivi des leçons pendant dix ans, et croyait avoir acquis un bon niveau. Mais ce n'était visiblement pas le cas. Ou alors c'est que sa voix était vraiment phénoménale pour surpasser à ce point son niveau en piano, mais elle refusait d'y croire. Elle ne put s'empêcher d'être déçue d'elle-même. Mal jouer était une des pires choses qui pouvait lui arriver. La façon dont elle ajouta l'excuse du temps, rassura Ingrid. Enfin, ce "rassurer" n'était pas vraiment le bon mot, mais ce qu'elle lui avait dit plus tôt devenait tout de suite bien plus excusable. D'autant plus qu'elle faillit se noyer dans l'océan de compassion qu'elle pouvait observer dans les yeux expressifs de la personne en face d'elle.
- En effet. Ca fait plus de deux mois que je n'ai pas joué, répondit-elle avec un sourire désolé. Navrée d'avoir ruiné vos tympans.

C'était l'impression qu'elle avait quand elle n'atteignait pas la perfection. Elle avait l'impression de détruire les oreilles des autres. Et le pire, c'est qu'elle n'avait même pas réussi à se rendre compte de ses propres fausses notes. Décidément, elle avait bien trop la tête ailleurs pour jouer correctement. Il faudrait qu'elle se reconcentre. Autant chanter était quelque chose de naturel, d'humain, autant jouer du piano était une invention saugrenue, qui ne faisait pas partie des capacités naturelles d'un humain de base. En fait, il faudrait qu'elle travaille plus, beaucoup plus, pour rattraper le retard technique qu'elle avait accumulé en deux mois. En tout cas, il faudrait qu'elle travaille son oreille, elle se sentait on ne peut plus coupable de s'être trompée.
- Vous avez sans doute raison, je vais essayer pour le mi.

Elle joua les notes précédentes, et essaya donc de passer le mi dans une octave plus basse, et oui, ça rendait mieux. Elle lança un sourire reconnaissant à la jeune femme, cela serait amplement suffisant, pas besoin de paroles pour la remercier de son conseil. Qu'avait-elle fait pour que la blonde tire cette tête, à mi-chemin entre la surprise et l'extase ? C'était si bien que ça qu'elle ait appliqué son conseil ? Ah, en fait, ça n'avait aucun rapport. Oh non... elle avait découvert l'accent d'Ingrid, qu'elle s'efforçait de faire disparaître depuis son arrivée à Lima. Elle ne voulait plus être cataloguée partout où elle allait comme "l'étrangère". Elle était très fière de ses origines scandinaves, elle aimait beaucoup son pays, mais là elle était venue pour subir le dépaysement le plus total, pour vivre d'une autre façon, et prendre l'accent d'ici était une étape de sa métamorphose complète pour vivre pleinement le rêve Américain.

Elle aimait la Russie, et l'Italie. On lui avait parfois dit qu'elle ressemblait à une poupée russe. Elle avait le teint pâle, et elle était blonde. Elle venait effectivement d'un pays où il faisait froid la plupart du temps, où elle voyait peu la lumière du soleil en hiver, et où il n'était pas suffisamment important pour la faire prendre un teint hâlé en été. Mais ce pays n'était pas la Russie. Et elle avait beau apprécier les pâtes, les pizzas et les glaces Italiennes, elle n'avait jamais visité ce pays. Elle aurait pu donner à son interlocutrice la bonne réponse tout de suite, mais cela semblait lui faire tellement plaisir de chercher qu'elle ne le fit pas, la laissant deviner toute seule. Soudain, elle vit le visage de celle qui lui parlait s'éclairer, comme si elle se trouvait face à une ambassadrice Ikéa. Sauf que non, elle semblait croire être devant un chef étoilé d'un restaurant de la Tour Eiffel. Non, elle était bien trop enthousiaste à l'idée que l'adolescente puisse être française, il fallait qu'elle lui dise tout de suite que ce n'était pas le cas avant qu'elle parte trop trop dans son délire et qu'elle soit déçue. Oh non, il ne fallait pas qu'elle crie ça trop fort, elle voulait absolument garder sa nationalité Européenne incognito.
- Stop ! stop ! ne dites pas ça trop fort s'il vous plait ! dit-elle avec une expression presque effrayée sur le visage.

Et là, ce fut le comble. Ingrid avait des bonnes notions de français et savait ce que le mot "grasse" signifiait en français. Cela signifiait qu'elle était enveloppée d'une bonne couche de graisse. Savait-elle vraiment ce qu'elle était en train de dire ? Non, il fallait que la Suédoise lui explique.
- Euh non, non non. Je ne vais pas vous appeller "Grasse", ça voudrais dire que vous êtes.. comment dire ? Enveloppée ?

Ou peut-être qu'en fait elle avait juste essayé de traduire son prénom, qu'elle savait donc parfaitement ce qu'elle disait. C'était bien de vouloir prononcer son prénom avec un accent français, même si ce n'était pas très réussi, mais il ne fallait pas. Un prénom reste un prénom, peu importe le pays dans lequel envie. Si quelqu'un nommé Tom allait au Japon, on l'appellerait Tom, et pareil dans n'importe quel pays du monde. Mais au moins, maintenant, elle connaissait le prénom de la personne à qui elle parlait, ce qui pouvait être quelque chose d'utile dans une conversation. Et le seul prénom anglophone pouvant être prononcé comme étant "grasse" en français, était Grace. Comme Grace Kelly.
- J'imagine que c'est Grace, votre prénom ? Comme Grace Kelly ?

Il fallait maintenant qu'elle passe par l'étape la plus difficile de la conversation, elle allait devoir décevoir Grace. Elle devait lui avouer qu'elle n'était pas française.
- Mais euh... je ne suis pas française. En fait, je suis Suédoise.

Le sourire qu'elle lui adressa était celui d'une personne gênée. En fait, elle ne savait vraiment pas où se mettre. Elle n'aimait pas décevoir les gens, surtout que Grace avait l'air tellement optimiste par rapport à la France... Elle aurait peut-être du garder le mystère un peu plus longtemps, pour ne pas la décevoir. Non, après réflexion, c'était sans doute mieux comme ça.
- Mais j'ai déjà été en France, et je parle un peu français ! ajouta-t-elle rapidement pour se rattraper, comme pour s'excuser de l'abomination qu'elle avait osé proférer.
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MessageSujet: Re: 02. Sing with me, if it's just for today, the good lord will take you away   Mer 9 Oct - 17:42

- En effet. Ca fait plus de deux mois que je n'ai pas joué…

Comme pour les chiens, quand on désirer parler de temporalité avec des pianistes, il fallait changer de système métrique. A la pas si simple différence que, quand sept années sont définitivement fixées à l’espace-temps physiologique des pas toujours très sympathiques canidés, chez les musiciens, aucun n’était branché sur le même principe cosmique que les autres. Autant que pour mesurer l’impact de la drogue chez les junkies les plus variés, l’âge, la pratique et, par-dessus tout, le manque de la Bête à quatre-vingt huit touches, étaient des facteurs déterminants pour pouvoir envisager le temps de son essence pianistique. Deux mois, annonçait l’inconnue. A vue d’équation, ses expériences et constatations réunies dans cette jauge qu’elle lui imposait le plus délibérément du monde, cela devait sans doute se traduire par quelque chose comme trois ans et cinq jours. Six si la manifestement lycéenne était végétarienne. A quatre semaines près.

L’œil expert du jockey qui choisit la jument qui lui pondra, enfin… , le meilleur étalon possible, Grace examinait la blonde qui lui faisait face derrière l’instrument, ses doigts tapotant mécaniquement sur les feuilles de papiers, autrefois dossiers ordonnés, désormais œuvre d’art contemporaine blanchie au chlore, qu’elle y avait étalées par relativement mauvaise habitude de croire sienne toute surface pianistique.

Alors qu’elle hésitait à fourrer un pouce sous la lèvre supérieure de la jeune fille pour en inspecter la dentition, celle-là continuait sa pensée dont les accents control-freak échappèrent totalement à Grace.

-Navrée d'avoir ruiné vos tympans.

Elle arrondit un sourcil dans un souci de pure symétrie avec sa bouche, dans l’instant si parfaitement ovoïde qu’elle devrait se concerter avec sa conscience encore intacte pour déterminer si elle pourrait la refermer, au risque d’un assassinat à l’arme dentaire sur une mouche, après tout créature de Dieu comme les autres qui aurait pu s’y engouffrer.

- Oh ! Mais, tu n’as rien ruiné du tout ! Sauf peut-être la partition mais…

Observant l’air que ce rapport logique esquissait sur les traits de la jeune créature, elle adoucit son ton joyeux :

-… Enfin. Un accord. Ce n’est pas grand-chose. Surtout si tu as arrêté de jouer…

A temps.

-… depuis si longtemps. Tu te débrouilles vraiment pas mal, si on plisse des yeux.

Bien enfoncée dans la tête de Grace, cette phrase avait un sens si profond et logique qu’elle en opina gravement de celle-ci, ses paupières recroquevillées en guise d’illustration.

-Il suffit juste d’entendre moins. Pour écouter mieux. Il faut juste y croire sans trop y penser, et la faute disparaît.

Air rêveur.

-J’ai l’habitude de ne rien écouter, pour tout entendre, tu comprends ? C’est pour conseiller. Décortiquer et corriger. Avant, je donnais même des cours particuliers...

Les paroles de la jeune fille s’échouaient sur ses lèvres et servirent d’engrais logorrhé au sourire d’une nostalgie vaguement malsaine qui s’y épanouit. L’anonyme ré-exécuta la séquence. La rangée de dents méticuleusement soignées fendait soudainement en deux le visage de la choriste. Elles venaient de remonter le temps. Trois cent-septante jours. Deux mois. C’était déjà quelque chose.

-Tu vois. C’est déjà beaucoup mieux. Tu n’as pas encore de…

Froncement de sourcil. Trop habituée à discuter avec le Seigneur, les communications mortelles nécessitaient des capacités de retransmissions de pensées à l’oral qui la dépassaient définitivement.

-… Tu n’as pas encore Le talent, mais tu as des compétences. Il te faut juste retrouver de la méthode…

Soudain, un reflet de ce que Grace interpréta comme de la panique furieuse passa dans le regard de la pâle jeune fille. Apparemment, le fait que la Hamilton ait si habillement découvert son identité la gênait plus ou moins profondément. Du moins, c’est ce qu’elle déduit à la vue des plaques roses qui étaient apparues sur les joues gonflées de la française.

-Pourquoi ?, s’exclama-t-elle avec une tonalité relativement ultra-sonique, Tu es infiltrée ?, souffla-t-elle, cherchant à décrypter dans le visage de l’inconnue les traces d’une approbation qui devait à n’en pas douter apparaître.

Lentement. Lettres après lettres. Croyant garder un air naturel, Grace forma avec ses doigts l’acronyme « CIA ».

-Le cheval galope dans les fourrés, je répète, le cheval galope dans les fourrés, tenta-t-elle en guise de code de reconnaissance, concentrée.

Scrutation de réaction. Une terroriste estampillée Green Peace, peut-être ?

Non.

Plus réaliste.

Une ninja.

- Euh non, non non. Je ne vais pas vous appeller "Grasse", ça voudrais dire que vous êtes... comment dire ?

Grace hocha la tête avec force. Bien sur. Evidemment. Des noms de code.

- Enveloppée ?

-Roger, Cachetée.

Clin d’œil.

Grace avait ce pressentiment qu’elles étaient sur la bonne voie de la communication

- J'imagine que c'est Grace, votre prénom ? Comme Grace Kelly ?

Un couinement explosa dans les tympans de tout individu se trouvant à moins de deux kilomètres à la ronde du magasin.

Enfin quelqu’un qui avait un peu de bon sens dans cette ville.

-Oui. Voilà. Grace. Grasse. C’est ça. Comme Grace. Kelly. Tout comme elle. Enfin. Pas « tout ».

Son intonation souffreteuse libellait un grand drame intérieur.

-Mais presque. Et c’est déjà ça. Tu comprends ?

Evidemment qu’elle comprenait.

Soudain. Un adjectif. Quelques syllabes groupées. Ecorchées par la pointe d’une langue européenne. Balancé dans la conversation. Et qui changeait tout.

La mâchoire de Grace s’ouvrit d’un seul coup, laissée si pendante qu’elle du plaquer sa main sur sa bouche pour s’assurée qu’elle ne fracasse pas quelques lames de parquet.

C’était donc ça.

Une ninja suédoise.

-Tu aimes donc Abba ?, tenta-t-elle aimablement, comme si elle parlait de son alcoolisme précoce à une trentenaire repentante.
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MessageSujet: Re: 02. Sing with me, if it's just for today, the good lord will take you away   Mer 13 Nov - 22:26

Comment ça ruiné la partition ? Ingrid n'avait tout de même pas perdu l'oreille à ce point là ? Un stress l'envahit tout à coup. Elle dirigea ses yeux écarquillés de Dory des océans sur la jeune femme, puis se leva presque pour attraper ses feuilles étalées - dans le désordre - sur le piano. Il fallait qu'elle vérifie ce qu'elle avait raté au plus vite. Impardonnable. Elle ne pouvait pas s'auto-pardonner de ruiner une musique. La musique ô combien sacrée qui emplissait sa vie d'émotions dont elle n'aurait même pas idée qu'elles puissent exister si elle n'écoutait pas ces douces mélodies. Ses mains ordonnèrent les feuilles à une vitesse fulgurante, avec des gestes mécaniques. Un automate, voilà à quoi elle ressemblait. Elle avait tellement l'habitude de ranger ses partitions. Enfin, elle n'avait pas vraiment l'habitude qu'elles ne soient pas déjà ordonnées. Tout était toujours parfait, organisé. Elle ne put s'empêcher de jeter un regard avec une imperceptible lueur d'agacement à l'intention de l'Américaine qui semblait penser bon de lui donner une leçon de piano, lui donnant plus de fil à retordre que nécessaire avec ses remarques et sa négligence envers les partitions.
Juste un accord. Ah. Bon. Ouf. Si on plisse les yeux ? Pour le coup, ce fut l'adolescente qui plissa les yeux dans la direction de sa professeur improvisée. Elle ne savait pas ce qu'elle devait comprendre dans cette phrase. Encore une expression Américaine sans doute. Trop d'expressions étranges dans ce pays. Et puis, pourquoi les yeux ? Pourquoi pas renifler une mélodie tant qu'à faire ? Remarque, si la jeune Suédoise avait si mal joué, autant se boucher le nez pour ne pas risquer une intoxication aux gaz nucléaires. Elle retrouva un peu de contenance, sentant que la phrase de son interlocutrice était absurde. Peut-être était-elle folle au bout du compte ?
- Dans ce cas, il vaudrait mieux être sourd et aveugle, n'est-ce pas ? Question rhétorique.

Tandis que la blonde en face d'elle déblatérait un discours quasiment incompréhensible sur la nécessité de ne pas entendre pour mieux écouter, Ingrid revérifiait sa partition. Elle n'avait pas pu se tromper, c'était impossible. Tout était toujours bien d'habitude. Tout devait toujours être parfait. En y réfléchissant, le discours de son interlocutrice n'était pas si absurde qu'il en avait l'air. La jeune fille la regarda avec perplexité. Après tout, si on écoutait pas vraiment, on n'entendait que les imperfections, parce qu'elles sautaient aux oreilles. C'était sans doute un bon moyen de s'améliorer. Finalement, peut-être que ces paroles n'étaient pas dénuées de sens.
Des cours particuliers, vraiment ? Ingrid était donc en position d'infériorité, et allait boire cul-sec les paroles de maître Yoda. Les grands maîtres ont toujours raison.
- Vous pourriez me donner des cours ? demanda-t-elle, une lueur d'espoir éclairant son visage pâle.

Il fallait absolument qu'elle reprenne des cours, c'était nécessaire si elle voulait atteindre à nouveau la perfection. L'absolution de toutes les erreurs pianistiques qu'elle avaient pu commettre dans sa vie, de toutes les notes qu'elle avait pu omettre. Fut un temps, elle avait la méthode. Et elle savait qu'en travaillant, elle pourrait obtenir le talent. Elle travaillerait dur, aussi dur que sur ses cours. Peut-être que le piano l'aiderait à rentrer à Harvard d'ailleurs, la conseillère d'orientation le lui avait dit. Elle pouvait donc autoriser son esprit à considérer ce loisir comme une activité scolaire sans risquer d'avoir une conscience de plomb. Mais elle n'avait pas d'argent à dépenser. Flûte. Enfin, "piano" pour le coup. Si elle en croyait la fascination éprouvée par l'inconnue pour la France, elle devrait pouvoir s'en tirer en lui proposant quelque chose de Français.
- Je n'ai pas beaucoup d'argent, mais je peux vous payer en croissants, tenta-t-elle de proposer avec une expression gênée, mais toujours aussi pleine d'espoir.

Lorsque maître Yoda lui demanda si elle était infiltrée, la jeune Suédoise fut surprise par l'expression convaincue de la jeune femme. Ainsi, ce n'était pas une blague ? Bon sang, Ingrid croyait pourtant avoir vu quelque chose dans le genre sur un papier Carambar, probablement dans une blague emplie de niaiserie sur le comble des agents secrets, ou quelque chose comme ça. Observant silencieusement l'inconnue former un acronyme tout aussi inconnu qu'elle avec ses doigts, Ingrid se sentit dénuée de toute compréhension. La jeune femme était-elle finalement folle ? Ou alors l'adolescent était-elle si perdue qu'elle semblait l'être dans ce monde ? Mais, dans quelle langue parlait cette dame ? Pourquoi parlait-elle d'un cheval qui galope dans un... un quoi d'ailleurs ? La jeune fille tentait de comprendre le langage codé que semblait tenter de développer son interlocutrice.
- Je suis désolée, je ne comprends pas.
Gêne intense.

Oula. Mais qui était donc Roger ? Quel était le mot qu'elle avait utilisé après. Ingrid n'en avait aucune idée, son manque de vocabulaire en Anglais venait de la rattraper pour la seconde fois. Deux mots non compris en l'espace de deux phrases, c'était trop. Que faire ? Elle se sentait désemparée face à ces choses qu'elle ne comprenait pas. Elle inspira un grand coup, peut-être qu'il y avait une fuite d'oxygène à travers les trous de mémoire de son cerveau. Peut-être qu'elle comprendrait mieux les choses après, mais il fallait déjà qu'elle éclaircisse un point.
- Qui est Roger ?

AIE. Qui avait lâché un cochon d'inde dans la boutique ? En entendant un petit couinement aigu, Ingrid baissa tout à coup la tête vers le sol à la recherche du petit rongeur à l'origine de ce son. Puis se rendit compte que c'était la maintenant dénommée Grace, mais qui restait déterminée à ce qu'on l'appelle Grasse. Il fallait vraiment qu'elle lui explique. Elle semblait aimer le rapprochement avec Grace Kelly. Il fallait que la Suédoise trouve une comparaison du prénom qu'elle s'était choisie avec Grace Kelly afin de l'en dégoûter. Et puis, l'accent français, pouah.. Non.
- Oh, en fait "grasse" veut dire "big", ou plutôt "fat". Enfin, que vous êtes grosse clairement. Tout le contraire de Grace Kelly, ajouta-t-elle avec un hochement de tête réprobateur.

En y pensant, c'était drôlement gênant ce qu'elle venait de dire en fait, il fallait qu'elle se rattrape vite. Cela lui arrivait bien trop souvent lorsqu'elle parlait anglais, elle ne disait pas les choses comme elle aurait aimé les dire.
- Enfin, vous n'êtes pas grosse, loin de là hein, ce n'est pas ce que je voulais dire. Donc je ne veux pas vous appeler Grasse. Et puis Grace, c'est joli.

Ingrid avait l'étrange sensation d'être comme une grande soeur dans l'histoire. C'était exactement comme lorsqu'elle expliquait des choses à ses frères, elle avait presque le même ton doux, et sans équivoque. Comme lorsqu'elle leur avait appris la chanson Mamma Mia, leur apprenant au passage quelques mots d'anglais. Tiens donc, Grace Kelly bis était donc télépathe ?
- Entre autres oui. Mais c'est un peu cliché, non ? J'aime les artistes du monde entier en fait.

Sauf les chanteurs de métal et de hardrock.
- Enfin, tant que la mélodie reste une mélodie, et que la voix reste une voix, pas un cri de porcelet égorgé.

En parlant de voix, celle de l'homonyme de la princesse de Monaco était belle. Elle avait du talent. Il fallait qu'elle en fasse quelque chose.
- Vous devriez faire de la chorale, vous savez ? Vous avez une voix magnifique. Enfin, le souci, c'est qu'en vous disant ça, je vous encourage à aller voir l'ennemi.

Ce qui n'était pas spécialement une bonne idée au vu de la tension palpable entre les chorales qu'Ingrid sentait de plus en plus au fil des répétitions des New Directions et des Urban Hymn en prévision de la soirée d'Halloween. Elle entendait sans cesse parler de la concurrence grandissante avec les deux autres chorales qui menaçaient de refaire surface.
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MessageSujet: Re: 02. Sing with me, if it's just for today, the good lord will take you away   Sam 16 Nov - 22:32

- Dans ce cas, il vaudrait mieux être sourd et aveugle, n'est-ce pas ?

-C’est ainsi que l’on se rapproche de Dieu., nota-t-elle d’une voix délétère.

Relativement adepte des mystifications religieuses, parfois un peu sectaires, mais toujours particulièrement peu crédibles, en tout genre, Grace faisait partie de ces protestantes contemplatives, qui allumaient des cierges, s’attardaient à l’esthétique des rites et concédaient aux saints catholiques des vertus, certes très humaines, qui rendait leur âme sinon plus importante, tout du moins beaucoup plus visible que celles des autres mortels de ce bas monde.

Et parmi toutes ces figures multi-représentées jusqu’à l’industrialisation la plus complète, dans cette aire où chacun achète son stickers bénis à deux dollars le miracle, elle sélectionnait comme parmi un jeu de carte les handicapés comme des jokers. A l’échelle des pokémons, les sourds, les muets, les aveugles étaient la dernière évolution des chrétiens de type canonisé.

A ses yeux azurins, perdre la norme humain, c’était gagner dans celle du Divin. C’était un peu le système d’assistance sociale du divin. Le dédommagement de l’âme pour service de transport défectueux. Comme si l’handicap remplissait toutes les cases de mauvais Karma de votre abonnement au Paradis et vous octroyait donc un bon gratuit pour le carré VIP du père Gabriel. Pourtant, cette petite théorie qu’il fallait quand même avouer très fumeuse n’était pas exactement l’élitisme de la déglingue qu’on aurait pu imaginer au premier coup d’œil. Ainsi, l’élévation par la dégradation était accessible à tous. Au-delà des tentatives d’amputation volontaire et autres automutilation que cela pouvait supposer, merci du peu, Grace avait très récemment appris que l’on perdait son odorat en dormant. Cette découverte, en soi absolument inutile, revêtait pour une maniaque de la Foi dans son genre un caractère véritablement théologique. Et offrait un argument tout trouvé à ses achats de nouveau oreiller cent pour cent coton et d’applications d’interprétation de rêve, déboursement largement conseiller par sa voyante personnelle quoique virtuelle. Si le rêve était l’expression du sommeil, et que celui-ci privait le corps d’un de ses sens les plus importants, il était absolument légitime pour elle de vouloir décoder les petits sms psychiques privés que pouvait très bien lui avoir laissé le Sauveur toutes ces années de prières.

C’était là un très grand problème pour les temps technologiques dans lesquels évoluaient la jeune femme. Après tout, à l’heure de l’I-Phone et de la troisième dimension cinématographique démocratisée, pourquoi le Seigneur n’avait-il pas intégré au cerveau humain une fonction de sonnerie à la réception de ces messages ? Ou, s’il en avait mis une, pourquoi les hommes étaient-ils livrés à eux-même en mode silencieux ? Et surtout, pourquoi, après des années d’inspection du mode d’emploi biblique, Grace l’était-elle toujours ?

Les ondes. Les vibrations. Peut-être que c’était là tout le problème. On lui avait déjà pas mal parlé des risques de ces choses absolument invisibles, indolores, imperceptible, mais qu’on devait pourtant croire bien existantes. Et particulièrement redoutables. En cela, elle n’avait pas de mal à mettre sa crédulité dans ces affirmations. N’était-ce pas le même principe qu’elle appliquait chaque jour au Dieu ?

-Les vibrations. Tout est dans les vibrations.

Elle s’était longtemps interrogée sur ce que la musique pouvait bien être à l’aune de la surdité. La réponse était revenue, lancinante. Les vibrations. Rien que des vibrations. Et Dieu que cela devait être bon pouvoir les distinguer. De pouvoir en saisir la moindre irrégularité. Et la retranscrire comme une partition. Peut-être que les sourds avaient la solution. Qu’ils avaient la Clef. Peut-être que les sourds n’entendait pas notre monde, car ils avaient la tête bien trop pleine des murmures de Là-Haut.

Son index effleura le verni luisant du piano. Pensivement.

- Vous pourriez me donner des cours ?

-On ne peut pas apprendre à devenir sourd, lui répondit-elle, sincèrement désolée.

Une seconde passa.

-Oh ! Tu veux dire de piano ?

Grace la jaugea d’un regard lourd de rayons X, mordillant sa lèvre inférieure. Blonde. Enfin… Coup d’œil sur les racines. Oui. Blonde. Etrangère. Accent. Douée. Pourquoi pas après tout ? Elle avait toujours aimé donner. Transmettre son savoir, c’était déjà quelque chose. Depuis que Lisa avait été diplômée, elle n’avait plus eu vraiment d’occasions pour s’exercer au quatre-mains. Elle qui passait son temps à déchiffrer les Signes les plus infimes, serait-elle capable de refuser une pareille évidence ?

Soudainement, ses réflexions se trouvèrent coupées à la lame bourdonnante d’un accent liquide.

- Je n'ai pas beaucoup d'argent, mais je peux vous payer en croissants

Elle releva la tête, une lueur inquiétante dans les prunelles.

-Croissants ? Croissant. J’aime les croissants. Croissant. C’est un joli mot. Un mot français. Oui. Un mot très français… Un peu comme Champagne ou… Grille-pain.

Ses yeux s’embuèrent d’une réflexion lointaine. C’est alors que, inattendu, un éclat métallique fixé entre ses doigts fendit brusquement l’air et s’abattit sans ménagement sur l’avant-bras de la sudéoise dont Grace avait fermement maintenant le poignet de l’autre main. On aurait pu concéder à la scène un vague petit côté meurtrier si la cible avait été un peu plus mortelle, si l’arme mise en question avait été un peu plus qu’un simple stylo à bille et les dommages autres qu’une simple série de chiffres.

Elle aurait pu simplement lui proposer son portable pour y inscrire son numéro. Mais non. Grace avait gardé quelques manies. L’écriture anatomique spontanée faisait partie de celles-ci.

-Marché conclu.

Et alors qu’elle appuyait sur le petit bouton qui rétractait la pointe de l’instrument, la pianiste écarquilla ses yeux ponctuellement masqués par des paupières surprises par la question de la jeune fille.

-Qui est Roger ? Mais… C’est… toi… Je suppose… Il… Je ne sais pas.

Elle fronça ses sourcils minces, troublée.

-Tu… Tu ne sais pas ? Tu es bien sûre ? Alors… Alors tu n’en es pas.

Un espion aurait pu répondre à cette question. C’était ainsi que Grace faisait la différence entre elle-même et les autres. Ce qu’elle ne pouvait faire définissait la norme. Le reste des actions étaient réparties en différentes castes sociologiques soigneusement classée par son esprit surchauffé. Le fichier d’Ingrid venait tout juste d’être archivé qu’il fallait déjà le changer de case. Cela ne lui plaisait que moyennement.

-… « big »…

Elle n’avait pas une tête à espionner les gens de toute façon.

-… « fat »…

Ou plutôt, elle avait bien trop une tête d’espion pour pouvoir espionner. Elle aurait été trop facilement repérable. Pauvre petite chose.

-…, que vous êtes grosse clairement. Tout le contraire de Grace Kelly.

-Que je… Tout le contraire de…, Grace, les yeux un peu trop exorbités pour un individu de l’espèce humaine, émit un petit hoquet tragique, posant sur son ventre des doigts frémissants, une longue ride sur toute la largeur de son front, hésitant entre rires et larmes, sans trop savoir pourquoi elle devait se sentir si touchée par ces paroles.

- Enfin, vous n'êtes pas grosse, loin de là hein, ce n'est pas ce que je voulais dire. Donc je ne veux pas vous appeler Grasse. Et puis Grace, c'est joli.

-Mais… Tu… Tu n’es pas logique., décréta la jeune femme avec gentillesse, après un soupir de soulagement à peine dissimulé. Sa main ne quittait pourtant pas son flanc, comme si la position était naturelle. Et puis, enchaîna-t-elle sur les goûts musicaux de la créature nordique, Abba n’est pas un cliché. C’est un monument national. Que tu devrais chérir. Sois fière, jeune fille. , avança-t-elle, hochant gravement la tête, le poing presque sur le cœur devant un élan patriotique pour un pays qu’elle connaissait à peine.

La toujours très inconnue chanteuse s’épancha sur une question qui perturba grandement la fille du pasteur.

-La mélodie n’est mélodie que si elle est la mélodie. Pourquoi la mélodie serait-elle autre chose que mélodieuse ? Auquel cas, ce ne serait plus la mélodie. Et à la seconde prêt où il ne naîtrait pas, le problème serait réglé., nota-t-elle, perdue dans ses propres méandres céphaliques.

-…la voix reste une voix, pas un cri de porcelet égorgé.

-Dis-ça à Céline Dion, fit-elle, du Sacré dans les codes vocales à l’évocation de pareille divinité du strass et du falsetto.

Elle hésita à prononcer une prière puis se retint. Elle partagerait cet instant de communion avec son parquet, le soir même.

- Vous devriez faire de la chorale, vous savez ? Vous avez une voix magnifique. Enfin, le souci, c'est qu'en vous disant ça, je vous encourage à aller voir l'ennemi.

Elle lâcha un rire clair.

-Oh ! Merci ! Mais, tu sais, je suis déjà dans…

L’ennemi. Voix bien placée. McKingley.

-Oh.

Evidemment.

-Tu… fais partie du Glee Club de McKingley High, n’est-ce pas ? Les New Direction ?

Son regard sonda celui de la jeune fille.

-La chorale de… Sue Sylvester ?

Un trémolo étrange vibra aux coins de ses lèvres.

-Je fais… Je faisais partie des Second Chances. La chorale de la paroisse. De Cassandra Hamilton. J’imagine que tu as du entendre parler d’elle. Je suis sa sœur. Grace. Grace Hamilton.
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MessageSujet: Re: 02. Sing with me, if it's just for today, the good lord will take you away   Mar 19 Nov - 21:47

-C’est ainsi que l’on se rapproche de Dieu.
Hmm oui. Sans aucun doute. Si son interlocutrice semblait fanatique, c'était loin d'être le cas d'Ingrid. Elle croyait en Dieu, et allait très régulièrement à la messe, mais ne sentait nul besoin de se rapprocher de lui. Après tout, dans son monde à elle, il n'y avait que des licornes qui mangeaient des partitions et faisaient des cacas notes de musique. Elle n'avait pas besoin que Dieu soit plus présent dedans, sinon les charmants équidés à corne risquaient de manger la Bible et de faire des cacas cierges, ce qui serait sans aucun doute beaucoup moins joli. La vie sous forme de symphonie était belle, magnifique même. Mozart avait du être une licorne très talentueuse. Maintenant, c'était à Ingrid de suivre ses traces, à elle de devenir une de ces impétueuses créatures fantastiques ayant la capacité de transcrire une partition en une mélodie parfaite. La perfection, voilà ce qu'elle voulait atteindre, et c'était sans doute la chose qui la rapprochait le plus de l'entité divine.
Les chansons qu'elle chantait aussi parfois, la rapprochaient de Dieu. Elle se sentait parfois comme une messagère de la foi lorsque sa voix emplissait les chansons chrétiennes de lueurs d'espoirs insoupçonnées. En fait, elle n'était pas une prophète, mais elle pouvait tout aussi bien être un ange. Mais ce qu'elle voulait au fond d'elle-même, c'était devenir mieux qu'un ange. Un archange. S'élever au rang de l'ange Gabriel. Oui, il était vraiment angélique celui-la. Non, stop. Elle ne devait pas penser à ce genre de choses. C'était sans doute la seule chose que Dieu ne lui donnerait jamais : une promotion en tant qu'archange pour être enfin élevée à la hauteur de ce qui, dans son entourage, se rapprochait le plus de la perfection.

-Les vibrations. Tout est dans les vibrations.
La jeune fille savait très exactement de quoi son interlocutrice parlait. Ces vibrations, qui annonçaient parfaitement à la fois le rythme d'une mélodie, et son émotion, son contenu. Un concerto d'anges dans les cieux donneraient des vibrations de toutes les intensités, de toutes les couleurs et de toute les formes. Un message de paix, que la population mondiale entendrait. Un message d'amour, que la famille d'Ingrid entendrait. Ce qu'elle aurait aimé pouvoir être un ange à ce moment là, pour pouvoir leur envoyer tout son amour en se téléportant chez eux et en leur chantant une chanson à la hauteur de ses sentiments. Les yeux verts de la Suédoise se posèrent sur la fervente chrétienne en face d'elle.
- Vous croyez aux anges ?

L'idée des cours semblait être la meilleure idée que la jeune Scandinave puisse avoir pour se rapprocher le plus de la perfection et pouvoir faire passer son message d'amour, du moins son message d'amour pour la musique, au reste du monde.
-On ne peut pas apprendre à devenir sourd.

Non. Certes. Il suffisait de se percer les tympans, ça allait plus vite. Ingrid s'était déjà demandé comment les phoques et les poissons des profondeurs faisaient pour toujours entre quelque chose après avoir passé autant de temps avec une pression atmosphérique si intense. Peut-être que cette pression leur faisait ressentir encore mieux les vibrations, et qu'au bout du compte ils étaient mélomanes ? C'était sans doute cela la raison pour laquelle on ne comprenait pas les cris des phoques, ils n'étaient tout simplement pas sur la même fréquence. Ils étaient sur une fréquence divine que seuls les anges pouvaient entendre.

-Oh ! Tu veux dire de piano ?
Evidemment. Pourquoi prendre des cours de surdité ? Enfin quoique peut-être qu'apprendre le langage des signes pouvait être utile pour apprendre à parler aux phoques, et pour ainsi ramener un charmant selkie à la maison. Un selkie, ou un ange d'ailleurs. L'ange G... Non, en fait.
- Oui, de piano, déclara-t-elle innocemment, comme si rien d'autre ne lui avait traversé l'esprit.

Elle regarda la jeune femme avec une expression neutre, et innocente à la fois. Probablement même implorante en fait. Ces cours de piano serait la solution idéale, elle en était convaincue. A la tête de son acolyte, Ingrid vit immédiatement que les croissants étaient une idée ingénieuse. C'était du génie, du pur génie, de lui avoir proposé cela. Donc si Ingrid ne pouvait pas être un archange, elle pourrait au moins se reconvertir en génie. Elle n'eut pas le temps de comprendre ce qui se passait lorsque la foudre s'abattit sur son poignet à la vitesse de l'éclair. En y songeant, foudre et éclair, c'était tellement logique. La foudre divine venait de s'abattre sur elle, et l'adolescente se surprit elle-même à avoir le réflexe de résister. Ce ne fut que lorsqu'elle se rendit compte que la foudre était en fait un stylo, et que l'intervention divine était en fait une suite de chiffre, que ses muscles se relâchèrent d'eux-même. Un peu violente comme méthode, tout de même.
- Je... Euh... Merci, lança-t-elle, une lueur effrayée traversant contre son gré son regard.

Ce geste avait confirmé la suspicion de folie qu'Ingrid avait concernant la jeune femme après sa mention d'un dénommé Roger. Elle s'exprimait vraiment dans un langage très étrange. Ou alors, c'était juste du vieil anglais américain, de l'époque de la colonisation ou quelque chose comme ça.
-Qui est Roger ? Mais… C’est… toi… Je suppose… Il… Je ne sais pas.

Finalement, elle semblait perdre la tête. Elle était donc folle. Vraiment.
-Tu… Tu ne sais pas ? Tu es bien sûre ? Alors… Alors tu n’en es pas.

Mais en être de quoi ? Décidément, l'adolescente n'y comprenait rien. Elle décida de lâcher l'affaire et de laisser la dénommée Grace sombrer dans les abysses de la folie. Enfin, peut-être qu'elle lui tendrait une corde pour l'aider à remonter la surface. Sinon elle n'aurait plus de prof particulière de piano payable en viennoiseries, ce qui serait drôlement embêtant si elle comptait atteindre un jour la promotion escomptée au sein de la voûte céleste. Alors, en la regardant se décomposer au fur et à mesure qu'elle se rendait compte que la traduction qu'elle imaginait de son prénom l'éloignait de Grace Kelly.
-Mais… Tu… Tu n’es pas logique.

Malgré le sourire de Grace, l'envoyée du Pôle Nord sentait que cette dernière était perdue. Ingrid songea que le moment était venu de passer pour une sauveuse en la rassurant.
- En fait, la vraie traduction de "Grace" en français est "grâce", ce qui est effectivement un sens beaucoup plus proche de la réalité de Grace Kelly, et qui vous rapproche ainsi beaucoup plus d'elle. Elle est gracieuse, majestueuse.

Entretenir les fous dans leurs délires était important pour leur santé mentale. Enfin, pour ne pas les déprimer en plus de les rendre fous.

- Abba n’est pas un cliché. C’est un monument national. Que tu devrais chérir. Sois fière, jeune fille.
Cela tombait bien, Ingrid adorait Abba. Elle n'avait juste pas osé l'avouer immédiatement de peur du jugement de sa récente partenaire de chant. Beaucoup de gens jugeaient cela "old school" d'aimer Abba. Mais la jeune fille adorait écouter les musiques de ce groupe. Pas plus que les autres chansons qu'elle écoutait généralement, mais certaines des chansons faisaient partie de ses coups de coeur. A quoi bon contredire Grace ? Et puis, la jeune fille était d'accord, elle n'allait pas la contredire.
- Oui, vous avez raison, annonça-t-elle d'un ton impérieux.

-La mélodie n’est mélodie que si elle est la mélodie. Pourquoi la mélodie serait-elle autre chose que mélodieuse ? Auquel cas, ce ne serait plus la mélodie. Et à la seconde prêt où il ne naîtrait pas, le problème serait réglé.
Encore une démonstration illogique et irrationnelle de la folie. Ingrid observa silencieusement la réflexion de la jeune femme. Elle n'avait rien à dire, puisqu'elle ne comprenait pas. Peu importe, malgré leur différence de langage, l'adolescente était persuadée qu'une bonne connexion pouvait s'établir. Et en parlant chorale, elle sentait qu'elle était sur la bonne voie.

-Oh ! Merci ! Mais, tu sais, je suis déjà dans…
Ou justement...
-Oh.
Elle venait de rompre le dialogue fastidieusement instauré.

-Tu… fais partie du Glee Club de McKingley High, n’est-ce pas ? Les New Direction ?
Un sentiment de fierté envahit Ingrid. Même si les New Direction étaient ramenés au rang de taupe, entendez par là "plus bas que terre", par leurs camarade de WMHS, Ingrid était fière d'appartenir à ce groupe qui lui permettait de partager ses émotions avec les autres en chanson. Un seul détail gâchait le tableau : elle n'y avait pas été intégrée par choix personnel, mais forcée par la dictatrice du moment : Sue Sylvester.
-La chorale de… Sue Sylvester ?
- Oui, très exactement, dit-elle avec une expression d'agacement parfaitement compréhensible sur le visage.

-Je fais… Je faisais partie des Second Chances. La chorale de la paroisse. De Cassandra Hamilton. J’imagine que tu as du entendre parler d’elle. Je suis sa sœur. Grace. Grace Hamilton.
Pourquoi tant d'hésitation ? Il y avait quelque chose qui clochait, Ingrid devait absolument découvrir quoi, pour satisfaire sa curiosité personnelle. Cela lui titillait l'esprit, et maintenant qu'elle se savait face à une folle, elle pouvait définitivement oublier sa timidité. Après tout, elle était mieux dans sa tête.
- Oui, j'en ai entendu parler. Pourquoi avez-vous arrêté ?

Question piège, elle le savait. Il fallait absolument qu'elle ait une réponse à cette question, elle se devait de découvrir ce qui gênait tant Grace, dorénavant Hamilton. Après son envie d'être un ange ou un génie, la vendeuse Ikea se transformerait désormais en détective. Elle devait percer à jour le mystère Hamilton. Peut-être que finalement la jeune femme n'était pas folle à lier, mais protégeait juste un secret. Secret que l'adolescente rêvait de connaître.
- Je veux dire, c'est vraiment dommage, avec vous, la concurrence aurait été intéressante. Rajoutons-en une couche. Enfin bon, je dis "concurrence" mais au final, je m'en fiche de la compétition des chorales. Je chante pour m'amuser, parce que j'aime ça. Pas pour gagner un quelconque honneur.

Mais peut-être une promotion.
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MessageSujet: Re: 02. Sing with me, if it's just for today, the good lord will take you away   Ven 20 Déc - 15:14

- Vous croyez aux anges ?

La surprise souleva un de ces sourcils blonds.

Est-ce qu’elle avait l’air d’une de ces satanistes alcooliques aux cheveux gras qui brûlaient des effigies de Mickey Mouse sur des parkings de supermarché premier prix, prête à s’envoyer des rails de maïzena car tout son argent était déjà passé dans des stickers blasphématoires pour sa voiture tunée avec amour ? Elle osait bien espérer que non, or, en ce cas, pourquoi ce petit elfe aux yeux à la symétrie douteuse dont Grace soupçonnait de secondes en minutes, lentement mais surement, le communisme dissimulé soulevait cette question ?

Ingrid devait être une altermondialiste de la philosophie. Pas totalement athée, mais trop claire de chevelure pour se prétendre agnostique. Le dédain des croyances n’allaient définitivement qu’aux bruns. De plus, elle était Européenne. Autant dire que ce dernier point représentait un super malus sur l’échelle de la stabilité théologique. Néanmoins, la Hamilton pouvait comprendre sa jeunesse et les questionnements que cette-dernière pouvait amener chez les faibles de foi. Il lui faudrait encore quelques années pour pouvoir ajouter des breloques à son chapelet. Le contact Dieu est un bijou qu’on entretient, et si les diamants sont les meilleurs amis d’une femme, les certitudes divines de Grace, portées en diadème, étaient les seules relations sociales dont elle avait besoin. Et dont elle disposait, à vrai dire.

Oui, elle croyait aux anges. Elle croyait en tout ce qu’il était bibliquement possible de croire. Et plus encore. Ce n’était pas un menu sélectif. Ce n’était pas un fast food de la pensée. On ne picorait pas des croyances de-ci, de-là dans le grand buffet du Seigneur, pour garder des neurones minces et une conscience purement esthétique. Non. Il fallait accepter tout, risquer l’explosion artérielle pour peu qu’on ait ingurgité de chaque plat dans le banquet pastoral. La Foi était un organe qu’on engraissait pour contempler et célébrer béatement à Noël. Comme les oies n’ont pas de mécanisme de déglutition, la chrétienne n’a pas de barrage à l’acceptation. La raison est inutile quand on a un livre saint scrapbooké.

Ces petites créatures ailées étaient les Sms Originaux. Lumineux, musicaux, ils délivraient les messages du Divin en temps réel. Si les ailes, véhicule de fonction, avaient été un symbole de leur appartenance àYahvé&Co particulièrement distinctif quelques millénaires auparavant, Grace avait désormais tendance à penser, avec une nécessaire petite larme au coin de l’œil, que, trop souvent confondus avec des pigeons et autres bêtes nuisibles quoiqu’emplumées, ils avaient été chassé par la civilisation dans laquelle elle avait le malheur d’être tombée.

Cependant, si la disparition du service de correspondance en lui-même la chagrinait pour sa valeur de tradition, de grand Show façon Nativité et Résurrection, Las Vegas en Judée, elle n’avait jamais eu à proprement dit besoin des anges. Ils n’étaient qu’un outil, un petit accessoire typé Black Good Friday, une carte de rechargement aux communications divines. Grace avait déjà un forfait communion illimité. Pourquoi s’attacher aux petites roues du vélo quand on avait déjà son propre jet ?

Quatre yeux bleus se touchèrent du regard et entrecroisèrent leur battement de paupière. C’était comme une symphonie. Mais sans le son.

-C’est eux qui croient en nous.

Pause pleine de spiritualité.

-Tout comme les licornes.

Retour à une conversation bien plus réaliste. Kind of.

- En fait, la vraie traduction de "Grace" en français est "grâce", ce qui est effectivement un sens beaucoup plus proche de la réalité de Grace Kelly, et qui vous rapproche ainsi beaucoup plus d'elle. Elle est gracieuse, majestueuse.

Grace ferma à moitié ses paupières sur son regard évasif.

-C’est amusant. Plus tes phrases sont longues, plus ton accent est prononcé.

Elle appuya son pouce froid sur le menton de la jeune fille, un petit sourire sur les lèvres.

-Tu es absolument incompréhensible. J’aime ça, Ingrid. Il ne nous a pas jeté de la Tour pour rien. Mais avec toi, j’ai l’impression que les langues se mélangent. Et quand j’aurais appris à te décripter, alors, là, on pourra peut-être enfin le monter, cet escalier…

Grace parlait des mythes comme si elle les avait vu passer. Et, à vrai dire, dans son esprit brumeux, elle n’était pas tout à fait sûre de ne pas y avoir participé. Depuis toujours, la présence divine avait gradué son existence, jusqu’à se confondre avec son essence. Au point où elle en était, qu’est-ce que ça changeait qu’elle se considère comme témoin direct ? Elle ne pourrait pas être plus certaine des prodiges si elle les avait vraiment constatés, elle était déjà au dernier niveau de l’abandon d’attaches chronologiques. On pourrait lui annoncer qu’elle avait pleuré avec Marie sur le corps de Christ qu’elle n’en serait même pas étonnée. Ca lui paraîtrait être la plus simple des normes. Et Hamilton junior serait bien contente qu’on lui rappelle un si cher souvenir.

Ici, Babel se mélangeait à Ikéa dans un cocktail à avaler sans notice explicative.

Elle lâcha le visage de la jeune fille, peut-être un peu trop tard pour avoir l’air saine d’esprit.

-Pourquoi avez-vous arrêté ? Je veux dire, c'est vraiment dommage, avec vous, la concurrence aurait été intéressante. Enfin bon, je dis "concurrence" mais au final, je m'en fiche de la compétition des chorales. Je chante pour m'amuser, parce que j'aime ça. Pas pour gagner un quelconque honneur.

Grace passa une main dans ses cheveux et détourna ses iris ternis sur les feuilles qu’elle rassemblait de l’autre, machinalement. Sa voix se fit basse. Méfiante. Un peu anxieuse.

-Tu es bien la seule, Ingrid.

Elle releva soudain son visage, les joues rosâtres, le regard brillant d’une lueur presque hargneuse.

-Elle, elle s’en soucie. Elle, elle ne cherche pas de concurrence intéressante. Elle détruit la concurrence, tout court. Elle n’aime pas la musique, Ingrid, elle n’aime pas Dieu. Et crois-moi, il le lui rendra bien. Elle ne t’aime pas. Elle ne vous aime pas. Je doute qu’elle s’aime elle-même. Elle me fait peur, Ingrid. Très peur. Mais toi, toi…

Intensité dramatique.

-Toi, tu devrais être terrifiée. Elle va t’aiguiser. Jusqu’à la perfection. Et si elle doit te briser dans le processus, elle le fera.

Clignement des paupières. Un sentiment étrange sous les cils. De la haine ?

-Elle le fera.

Rejet de cheveux en arrière. Papiers plaqués contre sa poitrine.

- J’en ai vu. J’en ai vu, de ces étoiles. Elles sont là. Elle les fait briller. Fort. Fort. Fort. Et puis : Pouf. Et puis : Crack. Et puis : Boum. Vous êtes interchangeables, Ingrid. Et quand ton accent lui déplaira, tu…

Sa voix se brisa. Elle posa la main sur la porte. Sa stature comme molestée par l’impiété. Elle se retourna. Son regard ardent. Sa voix trop grave. Trop basse. Pour ne pas être entendue. Peine perdue.

-Never trust Sylvester.
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MessageSujet: Re: 02. Sing with me, if it's just for today, the good lord will take you away   Lun 23 Déc - 11:24

-C’est eux qui croient en nous.
Si seulement c’était le cas, ça serait bien plus aisé d’obtenir une promotion. Les anges ignoraient  visiblement les individus inférieurs à eux. Si les anges prêtaient plus d’attention aux simples mortels, il était évident que tous auraient des anges gardiens protecteurs, empêchant tout un chacun de sombrer dans la dépression, la drogue, l’alcool (y compris le sang du Christ, Dieu sait pourtant qu’il encourage ses hommes à devenir alcoolique lors de la messe du dimanche matin), ou même la folie. Sans doute que si les anges croyaient vraiment en Grace, ils lui auraient envoyé un ange gardien pour la prévenir de la folie. Comme on dit « mieux vaut prévenir que guérir ». Trop tard.

-Tout comme les licornes.
Lisait-elle dans les esprits ? Si Ingrid avait laissé vagabonder ses pensées de licornes, elle n’avait toutefois pas envisagé que quelqu’un puisse les entendre. Ou peut-être étaient-ce juste les vibrations de ses pensées. Les ondes. Oui, elles étaient sans doute sur la même longueur d’onde. Ou presque, car si elles l’étaient réellement, cela aurait ramené la pauvre oursonne polaire au rang de la folie profonde. Elle haussa un sourcil suspicieux. Comment quelqu’un pouvait-il lire dans ses pensées ? Peut-être Grace était-elle une sorcière ? Dans ce cas, il aurait fallu la brûler au bûcher, dans de longues souffrances interminables, enfin interminables jusqu’à la mort, et une autre sorcière avec un pouvoir de résurrection l’aurait trempée dans la boue et l’aurait ressuscitée. Comme le Messie. La jeune Suédoise devait définitivement arrêter de regarder des séries américaines, cela la rendait presque aussi folle que son interlocutrice.

-C’est amusant. Plus tes phrases sont longues, plus ton accent est prononcé.
Forcément. Sourire entendu. Plus les phrases étaient longues, moins il était naturel de les prononcer en anglais, et plus l’accent revenait. Il n’y avait rien à faire pour ça. Sauf qu’une concentration extrême pourrait peut-être l’aider à atteindre l’accent parfait. La concentration et l’exigence envers soi-même menaient toujours à la perfection, ou à ce qui, sur Terre, s’en rapprochait le plus. G. Il fallait atteindre la perfection, tout le temps. La perfection et la plénitude étaient deux mots très proches. Sauf qu’une fois la perfection atteinte, il ne fallait pas relâcher ses efforts pour maintenir le niveau. Jamais. La perfection était une perpétuelle course contre soi-même, pour laquelle il n’y avait jamais de vainqueur, jamais de fin.

-Tu es absolument incompréhensible. J’aime ça, Ingrid. Il ne nous a pas jeté de la Tour pour rien. Mais avec toi, j’ai l’impression que les langues se mélangent. Et quand j’aurais appris à te décripter, alors, là, on pourra peut-être enfin le monter, cet escalier…
Le pouce de Grace sur son menton était un contact particulièrement effrayant. Pourquoi cette inconnue à moitié folle, dorénavant professeur de piano, se permettait un tel rapprochement physique ? C’était frustrant de se sentir en position de fuite impossible. Si elle fuyait, elle avait peur de vexer la jeune nonne. Si tu fuis une guêpe, elle te pique. Et peut-être était-elle assez pieuse et assez folle pour se promener avec un pieu dans son sac, dans l’unique but de chasser le démon en chaque personne qu’elle rencontrait. Il ne fallait surtout pas qu’Ingrid bouge. Elle n’avait pas le diable au corps, au contraire, elle rêvait d’atteindre la perfection des anges. Que ferait un ange dans cette situation ? Un sourire béat. Voilà, elle avait trouvé la solution. Elle tenta misérablement de sourire à l’homonyme de la princesse de Monaco, malgré qu’elle ne se rappelle pas exactement de quoi cette dernière parlait. Sans doute de la tour de Pise et la création des langues, ou quelque chose comme ça. C’était vague dans sa tête. Elle allait à la messe tous les dimanches, mais ne se rappelait tout de même pas de chaque passage de la Sainte Bible. Juste des plus importants. Elle se contentait de croire, sans chercher à plus connaître son Dieu. Savoir qu’il existait était suffisant. Lorsqu’après un long moment, Grace lui lâcha le visage, Ingrid ne put s’empêcher de se sentir particulièrement soulagée, même si elle fit en sorte que cela ne se voit pas sur son visage.
- Bien sûr. Un jour nous atteindrons la perfection des langues. La perfection tout court, comme ça, on sera assez parfaites pour ne pas se fouler la cheville dans les escaliers.

Assez parfaites pour perfectionner les chorales. Que tout le monde soit parfait serait la perfection. Que chacun chante pour le plaisir de chanter, pour le plaisir de partager la musique. Sans prises de têtes, sans insultes, sans adultères à la musique. Comment pouvait-on tromper la musique d’ailleurs ? La musique, elle, ne trompe jamais. Ce sont les chanteurs qui se trompent entre eux. Mais l’erreur est humaine, et la perfection est angélique. Ingrid savait qu’elle n’était pas un ange, et que la quête de la perfection serait longue et difficile, mais elle savait qu’elle pouvait y arriver.

-Tu es bien la seule, Ingrid.
La seule à essayer d’atteindre la perfection et l’harmonie entre tous les musiciens et chanteurs du monde. Harmonie tant sur le plan musical, au niveau de la justesse des notes, que sur le plan mental, au niveau de la justesse des cœurs. Cela ne faisait aucun doute qu’elle était la seule. Mais elle lutterait jusqu’au bout pour qu’un jour les gens arrêtent de se prendre la tête au-dessus d’une partition. Elle lutterait sans relâche pour qu’on accorde à la musique le pouvoir qu’elle avait jadis : le bonheur, l’élévation spirituelle, le transplanage pour de nouveaux horizons, la tolérance, l’amour. Elle observa longuement Grace, son inquiétude était flagrante, ou sa névrose. Il ne fallait pas qu’Ingrid ouvre la bouche pour en rajouter une couche.

-Elle, elle s’en soucie. Elle, elle ne cherche pas de concurrence intéressante. Elle détruit la concurrence, tout court. Elle n’aime pas la musique, Ingrid, elle n’aime pas Dieu. Et crois-moi, il le lui rendra bien. Elle ne t’aime pas. Elle ne vous aime pas.
Sylvester. Ca ne pouvait être qu’elle. Sylvester qui détruisait la concurrence sans prendre la peine de l’écouter. Sylvester qui l’impitoyable, qui ne faisait aucun accord avec personne, qui n’était d’accord qu’avec elle-même.

-Je doute qu’elle s’aime elle-même.
Ingrid dut interrompre Grace, c’était plus fort qu’elle :
- Elle est imbue d’elle-même. Elle s’aime comme elle n’aime personne. Elle s’aime tellement qu’elle ne sait parler que d’elle et de ses trophées. Elle ne parle que de ça parce qu’elle ne connaît que ça aussi. Elle ne s’intéresse à rien d’autre, elle est ignorante. Si tu veux mon avis, c’est là qu’est son point faible.

Peut-être en avait-elle trop dit. Peut-être pas.

-Elle me fait peur, Ingrid. Très peur. Mais toi, toi… Toi, tu devrais être terrifiée. Elle va t’aiguiser. Jusqu’à la perfection. Et si elle doit te briser dans le processus, elle le fera.
Sylvester qui voulait toujours atteindre la perfection. Mais pour la mauvaise raison. Elle voulait juste s’apporter quelque chose à elle-même, pour sa satisfaction personnelle. Elle ne voulait rien apporter au monde. Ni la paix, ni l’amour, ni quoi que ce soit d’autre. Elle était machiavélique, fourbe, manipulatrice, profiteuse. Ingrid avait déjà commencé à s’en rendre compte lorsqu’elle avait compris qu’elle ne pourrait pas rentrer chez elle à cause de la chorale, mais Grace était en train de lui ouvrir les yeux. Au sens propre comme au figuré. La jeune Suédoise pourtant si paisible d’habitude sentait la rage monter en elle. En fait, Sylvester l’avait tout simplement privé de sa vie. Elle était déjà dans le stade du processus où elle brisait Ingrid. Mais celle-ci ne dirait rien, attendant de voir la suite, toujours aussi pacifiste.

-Elle le fera.
Cela ne faisait plus aucun doute à présent. Le visage d’Ingrid avait pris une expression dure, fermée. Elle avait les dents serrées, pour se retenir de dire quoi que ce soit qui puisse empirer la situation.

- J’en ai vu. J’en ai vu, de ces étoiles. Elles sont là. Elle les fait briller. Fort. Fort. Fort. Et puis : Pouf. Et puis : Crack. Et puis : Boum. Vous êtes interchangeables, Ingrid. Et quand ton accent lui déplaira, tu…
Le plus inquiétant dans cette phrase, en était la fin. Ou justement, la non fin. L’adolescente ne voulait pas croire ces propos d’interchangeabilité. Elle savait qu’elle était l’unique personne au monde à Lima à se soucier de la vraie valeur de la musique, elle ne pouvait être changée avec personne. Mais ça, Sue Sylvester ne le savait pas. Elle ne savait rien de toute façon.

-Never trust Sylvester.
Et c’est à ce moment précis qu’Ingrid comprit dans quelle embrouille elle s’était fourrée en acceptant de s’inscrire au Glee Club. Sue avait l’intention de l’exploiter jusqu’au bout, de jouer toutes ses cartes juste pour gagner une foutue compétition des chorales. C’est à ce moment là qu’Ingrid se trouva un nouveau but dans la vie. Elle ne tairait jamais plus les agissements de Sylvester. Elle ne souffrirait plus du manque de sa famille à cause du tyran. Elle ne quitterait pas non plus le Glee Club, elle se battrait de l’intérieur.
- Never.

Elle se retourna, et prit congé de Grace sur ce dernier mot solennel, un accord tacite. Elle avait un piano à payer, et une nouvelle bataille à mener.
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02. Sing with me, if it's just for today, the good lord will take you away

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