Choriste du mois


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 03. The enemy inside

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MessageSujet: 03. The enemy inside   Sam 16 Nov - 19:27

The enemy inside
is not fooled by sweets and smiles
Keegan serra les dents et garda les yeux fixés sur l’affiche annonçant le Marché de Noël. Il ignorait de son mieux la petite famille occupant la majorité de l’ascenseur à ses côtés. Il n’aurait rien eu contre eux en temps normal, même si les enfants-rois et leurs parents inaptes l’exaspéraient au plus haut point, mais les cris plaintifs et aigus usaient sa patience déjà bien entamée. Il avait utilisé le parking souterrain pour éviter la foule du marché, mais il commençait à le regretter. Les petits espaces clos comme celui-ci n’arrangeaient pas son état. Il resserra le col de sa veste en cuir noir autour de son écharpe de cachemire gris.

Il sortit en trombe et slaloma entre les badauds, fixant ses alentours comme il l’aurait fait pour un terrain hostile en mission, repérant les personnes (cette fille à la voix stridente et son petit-ami en pleine dispute conjugale devant une boutique de lingerie) et lieux à risques (la boutique de jouets  dont la vitrine regorgeait de jeux bruyants). Trop préoccupé pour réaliser qu’il flirtait de manière inquiétante avec un stress post-traumatique (s’il avait nié à sa psychiatre militaire tout problème handicapant après l’explosion, il n’allait certainement pas changer d’avis pour un banal achat en période de Noël !), Keegan se concentra sur l’objectif de sa mission.

Sa traversée du rez-de-chaussée fut rapide et discrète. Ses longues foulées l’amenèrent à l’escalier : ignorant l’escalator où stagnaient la plupart des civils, il préférait avaler les marches deux à deux. A l’étage, il se repéra d’un coup d’œil circulaire avant de se diriger vers le Levi’s Store. Le bruit était un peu moins fort à ce niveau et le sifflement persistant à son oreille gauche lui rappela que son pire ennemi était encore à ses côtés.

De sombre humeur, il entra dans le Levi’s Store les sourcils froncés et les épaules tendues, ce qui ne s’arrangea pas vraiment lorsqu’il réalisa que la bande sonore du magasin reprenait les mêmes chansons traditionnelles qu’il entendait en boucle où qu’il aille depuis deux semaines… et ils étaient encore à trois semaines de Noël ! Pas étonnant que ses acouphènes ne le lâchent pas depuis trois jours quand il n’avait qu’une envie : s’arracher les oreilles.

Dans la section pour hommes, Keegan s’attela à rechercher un jean à sa taille d’apparence satisfaisante, bien déterminé à esquiver la séance essayages pour abréger sa torture. A sa droite, un mannequin sans-tête prenait ses aises juste à côté d’un présentoir à chaussures et Key manqua lui donner un coup de coude plus d’une fois.
Cela finit d’ailleurs par arriver de la manière la plus brusque et bruyante qui soit, lorsqu’une arrivée brutale à sa gauche (le côté qu’il essayait toujours de ménager, mais où son acuité visuelle et auditive restait plus faible) le percuta et le fit tituber de quelques pas. Bien qu’il réussisse à rester debout, le mannequin fut propulsé sur le présentoir, embarquant avec lui la plupart des chaussures, sans oublier d’assener un coup aux mollets de Keegan au passage, à un endroit qui entraina un réflexe tel qu’il fléchit automatiquement les jambes et dut se rattraper au meuble des jeans pour ne pas tomber.

Un flot de jurons lui échappa durant cet épisode et il leva un regard noir et menaçant sur le danger public à l’origine de l’assombrissement considérable d’une journée d’ores et déjà considérée comme pourrie.  « Qu’est-ce que c’était que ça ?! Est-ce que vous couriez ?! Dans un magasin ! Vous avez quel âge, cinq ans ?! » s’emporta-t-il, exaspéré par ce qu’il considérait comme étant le pompon, dans toute cette constante agitation.

Seule l’expression contrite qui s’afficha sur un visage d’ange l’empêcha de poursuivre dans une tirade soigneusement assaisonnée, mais il serrait si fort les mâchoires qu’on aurait probablement pu le comparer à une bête sauvage prête à charger. Le sifflement lui accaparant toute l’oreille gauche, aggravé par la bousculade, n’arrangeait pas les choses : son sourcil gauche était agité par un tic nerveux, signe avant-coureur de mauvais augure.
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MessageSujet: Re: 03. The enemy inside   Mer 20 Nov - 15:35

Les yeux pétillants, Christabella suivit du regard les pas de danse qu'esquissaient deux chanteurs, accompagnés par deux autres compères, l'un au piano, l'un au saxophone, et qui avaient entonnés Let it snow. De nombreux passants s'étaient arrêtés pour les regarder chanter, créant un petit cercle souriant et battant la mesure. La chanson terminée, Christabella fut l'une des premières à applaudir. Sans hésitation, elle glissa quelques pièces dans le petit panier en osier que l'un des deux chanteurs fit circuler, et ne put retenir un petit rire, lorsqu'il lui fit un clin d’œil charmeur. C'est avec difficulté qu'elle s'extirpa de la foule qui réclamait une nouvelle chanson, à la fois parce qu'il y avait beaucoup de monde, et également parce qu'elle mourrait d'envier de rester sur place pour en entendre davantage. Mais ses achats de Noël ne se feraient certainement pas seuls, aussi s'engouffra-t-elle dans le centre commercial bondé. Le chauffage qui tournait à plein régime tranchait vivement avec le froid glacial qui régnait dehors, pourtant il lui fallut quelques minutes pour se réchauffer, et ôter son bonnet ainsi que ses gants, qu'elle glissa dans son sac en bandoulière. Aujourd'hui, elle comptait acheter ses cadeaux de Noël, et prévoyante, avait opté pour une tenue pratique et un sac qui ne l'encombrerait pas. Pleine d'enthousiasme, elle se faufila à travers les autres acheteurs qui se débattaient avec des sacs en papiers et des paquets cadeaux.

C'était son deuxième Noël depuis que ses parents l'avaient mise à la porte, mais cette année, Christabella prenait la chose différemment. Elle s'était fait une raison. Sa famille ne voulait plus d'elle, qu'il en soit ainsi. L'an dernier, elle avait tenu à leur envoyer des présents, mais n'avait pas reçu de réponses. Pas un mot, rien. Résignée, elle avait passé les fêtes de fin d'année en solitaire.
Cet année serait différente. La liste de personne à qui elle comptait faire un présent était assez courte, en fin de compte, aussi pourrait-elle faire plaisir de façon correcte. Cassandra et Ezrael étaient bien entendu en tête de liste, suivis de près par Robbie et sa petite fille, à laquelle elle s'était attachée, et par les membres des Second Chance. Ce serait assez rapide, finalement, et elle avait pris le temps de réfléchir à ce qu'elle offrirait, pour ne pas perdre de temps dans les boutiques bondées. Partout où ses yeux se posaient, elle voyait des visages rougis par l'effort, déformés par l’anxiété et le stress, et elle se demanda pourquoi, dès qu'il s'agissait d'acheter des cadeaux, tout le monde était autant sur les nerfs. Noël était sensé être une fête joyeuse et pleine d'amour !
Christabella adorait Noël. Elle avait passé toute sa vie à refouler sa joie à l'approche de cette fête, qui n'était pas célébrée de façon très conventionnelle chez les Gillespie. Il n'y avait pas de sapin, pas de présents. En revanche, on fêtait l'arrivée de Jésus avec force prières et remerciements. La jeune femme avait encore en mémoire les longues messes, debout dans le froid, pour remercier Dieu. L'année dernière elle avait tenu à respecter cette tradition familiale. Mais cette année, elle comptait fêter Noël comme tout le monde. Dans son salon trônait majestueusement un sapin, qu'elle avait décoré avec soin. Et à son pied elle déposerait les cadeaux qu'elle comptait offrir. Elle avait déjà commandé une dinde entière pour le repas du réveillon -il faudrait d'ailleurs qu'elle songe à inviter Ezrael à dîner. Noël, cette année, serait fêtée dans la plus pure tradition américaine.

Il fut facile d'acheter les cadeaux pour les filles de la chorale, car elle avait opté pour un même présent : un panier de produits pour le corps. Savon, shampoing, crème parfumée, le tout joliment emballé. La seule différence consistait dans le parfum choisi. Il y avait de la vanille pour l'une, de la fraise pour une autre, du caramel ou encore du chocolat. Simple, mais efficace. Pour Robbie, en revanche, c'était plus délicat. Que pouvait-on offrir à un garçon qui arbore des tatouages et des piercings, mais qui adore sa fille plus que tout ? Le cadeau de Livia avait été nettement plus simple à trouver, à cet âge là, du moment que ça fait de la lumière et du bruit, c'était parfait. Perplexe, Christabella entra dans le Levi'Store du centre commercial, avec l'espoir qu'en cherchant le cadeau pour Ezrael -un pull- elle tomberait sur le présent parfait pour Robbie.

Comme dans toutes les autres boutiques, ici aussi il y avait foule. Habilement, Christa se faufila jusqu'au rayon des pulls, et une fois la taille et la couleur repérée, elle put déambuler dans le magasin. Un jean, c'était bien trop intime comme cadeau. Mais pourquoi pas une écharpe ? Attirée par le portant des écharpes en laine, Christabella ne vit pas le couple qui échangeait des propos de façon virulente. Ou plutôt, elle les vit, mais par politesse, choisit de les ignorer pour ne pas jouer les voyeuses. Elle les contourna, et ne remarqua pas que la demoiselle faisait volte-face pour s'éloigner de son petit ami, après l'avoir traité de « tête de mule » parce qu'il s'obstinait à ne pas porter de ceinture, lui étant persuadé que c'était plus « swag », et elle arguant qu'à force, il allait finir par s'étaler par terre après avoir trébuché sur son pantalon. Christabella fut propulsée vers l'avant, et aurait atterrie la tête la première au milieu des jeans, si une imposante masse ne l'avait stoppée dans son élan. Elle retrouva son équilibre en même temps que l'homme qu'elle venait de bousculer, au milieu d'un fracas qui fit tourner toutes les têtes dans leur direction. Consternée, Christa leva les yeux vers l'inconnu, prête à se confondre en excuses...
… et les mots moururent dans sa gorge. Furieux, probablement humilié parce qu'il avait manqué tomber par sa faute et en plein milieu de la foule, l'homme se tourna vers elle pour la houspiller avec violence. La bouche entrouverte, Christabella resta pétrifiée, incapable de prononcer un mot. Autour d'eux, les clients se détournaient déjà, indifférents à cette situation qui devait se produire souvent en cette période de l'année où tout le monde était stressé et prêt à s'emporter facilement. Les joues brûlantes, Christa cligna des yeux. « Je... suis désolée... » couina-t-elle faiblement.
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MessageSujet: Re: 03. The enemy inside   Jeu 21 Nov - 17:57

Trier. Plier. Ranger. Les doigts allaient vites. Les gestes étaient réguliers, rapides. Couleur. Taille. Rayon. Tout devait être rangé dans la minute. Malgré le monde. Les coups de coude malhabiles. Les mouvements d'épaules dangereux qui passaient plus d'une fois trop près de la tempe d'Andrew qui travaillait, au dessus des présentoirs, souvent le dos courbé, vers les zones critiques de collisions. Trier. Plier. Ranger. Ce qu'il venait de faire quelques secondes plus tôt. Mais le client était roi au royaume du bonhomme hiver, surtout quand on approchait les fêtes de fin d'année, le stress et l'excitation allant de paire. Ici, les piles de pulls n'étaient plus droites, les vêtements bien mal pliés par des mains pressées et souvent novices. Là, c'est une ceinture qui refusait de tenir sur son crochet, tombant dans un bruit métallique qui passait presque inaperçu dans le vacarme qui régnait dans le Levis Store de Lima. Il devait faire vite. Faire bien. Dans la mesure du possible. Sous le regard réprobateur et toujours aussi gracieux de sa chef. Fausse blonde, lunettes écaillées, rides de la cinquantaine qu'elle voulait cacher sous une couche de maquillage bien peu naturelle. Autant d'indices qui pouvaient expliquer ses aigreurs. Andrew la pardonnait, la ménopause n'était jamais un cap facile à passer. Pauvre femme. Mais à l'autre bout du magasin c'est une guerre qui se tramait, et le jeune homme allait bien malgré lui se retrouver au centre du conflit.

Pourtant, Andrew était parti du principe qu'il allait passer une bonne journée. Il neigeait, et malgré les embouteillages matinaux que le jeune home sentait poindre et la vitesse réduite dû à l'épaisseur pourtant dérisoire des flocons sur la chaussée, il ne pouvait être que de bonne humeur. Bien sûr, il avait pour habitude de s'en persuader en se levant. Rester positif. Il faut, surtout quand vous avez l'impression que vos cheveux se sont essayés à l'art très -trop- moderne pendant la nuit, ou qu'ils ont fait un remake d'une guerre totale sur le crâne. Et que le miroir renvoie une image qui ne vous plait pas le matin, surtout en terme d'heures à passer avec le pot de gel dans la main. Mais ce matin là, Andrew s'était promis de rester positif. Optimiste. Philosophe même, soyons fous. Parce qu'il avait trop peu dormi, la faute à ses extras de la veille dans le Bar-karaoké de Lima, et qu'il se sentait lentement replonger dans une torpeur qu'il se devait maîtriser. Mais surtout parce que c'était sa dernière semaine de boulot avant les fêtes de fin d'année. Et il comptait bien ne pas trop se prendre la tête avec les exigences des mamies gâtées et gâteuses, des enfants capricieux et des parents exaspérés. C'est avec un sourire vissé sur le visage qu'il démarra la voiture, et avec ce même sourire qu'il arriva sur son lieu de travail, sifflotant même des aires que Noel lui inspirait. Il se serait bien permis de sautiller en arrivant, s'il n'avait pas eu cette peur de se prendre les pieds dans un tapis ou recoin de meuble, ou si la patronne avait eu la décence de prendre son jour de repos. Mais elle était déjà là, la chevelure blonde et les racines brunes laissées libres de tout mouvement, les hurlements déjà bien en place. Mais Andrew n'était que joie et amour. Noel oblige après tout.

C'est en rangeant une pile de cet affreux pull orange, ou brique, bizarre en tout cas, qu'il entendit la guerre éclater. Mais pas dans ce silence habituel que laissaient les clients d'ordinaire. Non, avant Noel, chacun était enfermé dans une bulle d’égoïsme et d'indifférence. Personne ne s'était écarté, et Andrew du se relever pour voir l'étendu des dégâts qu'il imaginait déjà. Des chemises au sol ? Des pantalons qui gisaient, misérables, sous les pieds des passants ? Andrew se trompait, et il ne tarda pas à regretter que ce ne soit qu'une question de piles de vêtements tombées par terre. Et il croisait déjà le regard furibond de sa chef, les yeux sortant presque des orbites comme ces vieilles sorcières, hurlant sans doute mentalement "Mais vous foutez quoi, allez y espèce de sombre abruti !" Comment aurait-elle pu le louper, le petit vendeur de fringues, avec son pantalon rouge et sa chemise verte, dernier écart qu'elle lui autorisait et qu'elle utilisait bien malgré lui ? Même son nœud-papillon rouge et ses cheveux gominés étaient un affront à ses yeux. Alors il irait se débrouiller avec le carnage qui avait lieu dans le rayon des hommes. Andrew soupira, reposant le dernier pull orange, ou brique, ou bizarre, sur le haut de la pile, et se dirigea vers la zone critique, le Bagdad du Levis Store.

Il y a avait eu des morts, le jeune homme eu une pensée pour la famille de William, le mannequin sans tête et maintenant manchot, à l'allure si décontractée quand il risquait sa vie tous les jours. Et des blessés, mais heureusement leur vie n'était plus en danger. Les chaussures réintégreront leurs étagères, loin des bras meurtrier -et détachés pour le coup- de William. Certains pantalons semblaient avoir survécu au pire, il faudrait tout de même leur proposer l'aide psychologique. Et au milieu de ce carnage qu'Andrew devait ranger, bon soldat qu'il était, un homme énervé qu'un tic nerveux rendait dangereux et instable. Et en face une jolie jeune fille, visiblement désolée, sans doute vraiment désolée. Mais qui a bousculé qui dans l'histoire ? C'est quand même pas William qui a foutu ce bordel ? Toujours faire preuve d'humour dans les situations critiques, ça désamorce plus d'une situation. Le jeune vendeur se présenta alors, elfe géant rouge et vert, sourire éclatant et cheveux tout aussi brillants, sourcils moins électrisés que ceux de l'homme en colère. Psychologue, ou habitué aux situations de crise, il se plaça mine de rien entre la jeune femme et l'homme furibond. Pas complètement, mais un bras qui faisait mine d'aller chercher une chaussure orpheline suffisait à créer une barrière entre les deux individus. Son visage tourné vers l'homme qu'il considérait comme devant être pris en charge le premier, il lança:

"Tout va bien messieurs dames ? Je peux vous être d'une quelconque utilité ?"

Puis en regardant William qui gisait au sol, le pauvre malheureux, sans doute à la recherche de son bras, il s'adressa aux deux, cette fois ci avec le bras du mannequin qui ponctuait de ridicule tous ses gestes.

"Ne vous inquiétez pas, William, le mannequin sans tête, a toujours été d'une maladresse maladive. Ce n'est pas de votre faute. On pense sérieusement à le renvoyer."

Cette dernière remarque avait été lancé avec les signes d'un rire dans la voix. Une bonne humeur qu'Andrew voulait encore cultiver quelques heures. Mais qu'il sentait s'envoler bien loin, explosée par les bombes que lançaient les yeux de l'homme sur le territoire ennemi. William lui aurait bien agité le drapeau blanc de la paix, s'il avait retrouvé son bras qu'il voyait gigoter dans la main d'Andrew. Et le jeune homme était certain que sa tentative d'humour n'avait pas tout à fait désamorcé la situation. Et dire que la journée était loin d'être terminée.
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MessageSujet: Re: 03. The enemy inside   Mar 26 Nov - 23:21

Malgré lui, Keegan sentait sa respiration s’accélérer, au même titre que son rythme cardiaque. La bousculade avait aggravé la tension et l’état de stress dans lequel il se trouvait, lui rappelant inconsciemment les situations de combat qui l’avaient conditionné par le passé. Sa main droite se crispa sur le présentoir tandis qu’il essayait de reprendre contrôle de lui-même, commençant à prendre conscience qu’il s’engageait sur une pente glissante de mauvais augure. L’expérience lui avait appris que plus il s’emporterait, plus les choses s’aggraveraient, sur tous les niveaux.

Le silence contrit et le faiblement couinement de la jeune femme qui avait capté son attention l’aidèrent à désamorcer cette bombe interne. Il se força à inspirer plus profondément et lentement pour se calmer, fermant les yeux tandis qu’il serrait les dents pour se recentrer. Il se força à rationaliser et ignorer les bruits l’entourant. Ceux-ci étaient devenus quasiment stridents et agressifs, comme des centaines de menaces l’encerclant et le menaçant, prêts à attaquer simultanément. Il fit de son mieux pour les filtrer en se concentrant sur sa propre respiration.

Tous ses efforts furent ruinés par une voix affectée d’une sollicitude  horripilante. Keegan rouvrit les yeux pour poser son attention sur cette nouvelle menace (contre sa santé d’esprit), fusillant du regard le vendeur couvert de produits chimiques (quelle quantité transportait-il rien que dans ses cheveux ? était-ce explosif ? toxique ? hallucinogène ? … cette dernière option expliquerait certainement ce mélange des couleurs qui lui vrillait le nerf optique). Les mâchoires contractées, Keegan se força à laisser passer quelques secondes avant de lui répondre. Malheureusement le lutin saisit l’occasion pour rajouter un monologue sans queue ni tête et, même après les quelques secondes supplémentaires nécessaires à son esprit surchauffé pour comprendre qui était ce foutu William, Key sentit ses dernières traces de sang-froid fondre comme neige au soleil.

Il se redressa de toute sa taille, les épaules carrées et le regard noir. Le sang battait à ses tempes et ses acouphènes atteignaient maintenant un niveau sonore significatif. En conséquence, sa voix fut un peu plus forte qu’il n’en avait conscience lorsqu’il répliqua :  « Vous êtes certainement le plus susceptible ici de vous faire renvoyer pour stupidité chronique ! Cette chose n’avait rien à faire à un tel endroit dans un magasin bondé : c’est un danger public empêchant toute retraite ou couverture dans le cas où une civile excitée vous sauterait à la gorge ! » s’emporta-t-il en indiquant successivement de la main le fameux William puis l’ingénue figée sur place.

 Seules ses dernières onces de self-control l’empêchèrent de porter l’argument sur le plan physique. Cependant, si  le gominé continuait à agiter ce bras synthétique de manière inconsidérée, et dans sa direction, il ne répondrait probablement plus de rien sous peu. Ce n’est pas un bout de plastique qui ferait beaucoup de dégâts, certes, mais ce genre de considérations devenait peu à peu superflues tandis que sa lucidité vacillait. Le regard de Keegan se fixa malgré lui sur l’objet, le suivant des yeux comme un animal acculé surveillerait le danger le plus immédiat. Tout son langage corporel criait au danger (pour qui ? c’était une autre histoire) et il laissa échapper malgré lui un grondement de mauvais augure.
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MessageSujet: Re: 03. The enemy inside   Jeu 28 Nov - 15:55

Christabella mettait un point d'honneur à ne jamais se faire remarquer. Habituée à se faire discrète en toutes circonstances, à ne pas attirer l'attention sur elle plus que de raison, la jeune femme était donc horrifiée face à la situation dans laquelle elle se trouvait. Involontairement, elle venait de bousculer un homme à la haute stature, et qui la foudroyait du regard, les yeux brûlants de colère. Sa mâchoire se contractait et il semblait lutter contre quelque chose. Mal à l'aise, Christa se tordit les mains nerveusement, hésitant sur la conduite à adopter. Devait-elle réitérer ses excuses et prendre la fuite, et tant pis pour les cadeaux d'Ezrael et de Robbie ? Ou bien s'offusquer de la réaction démesurée de l'homme ? Provoquer un scandale ? Non, ce serait bien pire, et elle ne le supporterait pas. Elle fuyait les conflits, autant que possible, non pas par lâcheté mais parce qu'elle ne voulait pas traverser des émotions trop violentes comme la colère, le ressentiment. La violence. C'était particulièrement naïf de sa part, mais sa bonté n'avait pas de limite.
Les joues brûlantes, la jeune femme voulut s'excuser une nouvelle fois mais un des vendeurs la prit de court en se glissant prestement entre elle et l'homme qu'elle venait de bousculer. Inconsciemment ou non, il se plaçait en première ligne si l'homme perdait le contrôle de ses nerfs et se mettait à distribuer des coups. Un peu surprise par cette apparition soudaine, Christa cligna des yeux. Le vendeur lui tournait le dos, et elle ne voyait de lui que sa tenue, assez voyante mais qui collait parfaitement à la saison, et sa nuque ainsi que ses cheveux brillants. Sa voix s'élevait clairement dans le brouhaha du magasin, et il s'efforça de désamorcer la situation avec un peu d'humour. Peu à peu, Christabella se remit à respirer, et se détendit. Elle s'excuserait auprès du client, paierait ses articles et cette situation embarrassante ne serait plus qu'un vilain souvenir.

Malheureusement, les plaisanteries du vendeur ne furent pas du tout du goût de l'homme mécontent, qui au lieu de se calmer sembla s'emporter davantage, haussant la voix. Mais son discours avait de quoi laisser perplexe, et Christa fronça légèrement les sourcils. Où avait-elle déjà entendue ce genre de mots ? Et la réponse lui vint rapidement : dans un film de guerre ! Elle passait un nombre incalculables d'heures à regarder des films, tout genres confondus, et ceux qui se déroulaient pendant la guerre ne faisaient pas exception. Retraite, couverture, civile. L'homme qui les fusillait du regard, le vendeur et elle, était un militaire. Ce qui expliquait également sa carrure impressionnante. Un militaire avec un caractère assez difficile, mais un soldat néanmoins.
La perspicacité de Christabella lui ayant permis, par déduction, de comprendre pourquoi le client dardait autour de lui des regards vifs et acérés, comme s'il vérifiait qu'aucune menace ne se profilait, elle se détendit complètement. Ce n'était pas un homme simplement agressif, qui montait sur ses grands cheveux à la moindre contrariété. C'était un homme qui avait l'habitude d'être sur la brèche. Modelé et façonné pour devenir un défenseur, ce devait être un réflexe pour lui que de juger de la sécurité. Certes, cela n'expliquait pas forcément pourquoi il avait houspillé Christabella de la sorte, mais elle était rassurée.

La réaction qu'elle eut alors était une nouvelle fois la preuve de sa naïveté, mais c'était plus fort qu'elle. Si Ezrael avait été présent, il se serait arraché les cheveux de consternation. Lui qui lui avait fortement recommandé d'arrêter de se jeter tête baissée sans réfléchir, il aurait été furieux contre elle. Mais à présent qu'elle comprenait un peu mieux la situation, Christabella ne pouvait se retenir. Elle fit un pas en avant et posa la main sur le bras en plastique du mannequin, qui s'était détaché lors de sa chute, pour inciter le vendeur à ne plus l'agiter en tout sens. Elle le remercia d'un sourire, puis se tourna vers l'homme, le militaire. « Je suis désolée. On m'a bousculé et j'ai perdu l'équilibre. Je ne l'ai pas fait exprès. » s'excusa-t-elle, en lui adressant un hochement de tête. « Nous sommes dans une boutique de vêtements, et c'est Noël. » ajouta-t-elle. « Je doute que quiconque veuille vous sauter à la gorge, et encore moins qu'il soit nécessaire de sonner la retraite. » Consciente qu'elle se montrait un tantinet impolie, elle se mordilla la lèvre inférieure. Ce n'était pas son intention, loin de là, mais ses mots risquaient d'être mal perçus. « Tout va bien. » nuança-t-elle, sans qu'il soit possible de savoir s'il s'agissait d'une question, ou d'une constatation.
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MessageSujet: Re: 03. The enemy inside   Lun 2 Déc - 22:30

Andrew les entendait. Dans la pièce sombre, vissé sur sa chaise dont le dossier lui rentrait aimablement dans le dos et l'assise lui tannait la peau de son postérieur, il les voyait passer devant ses yeux. L'ecran blanc vibrait, les baffles de la petit salle hurlaient des bruits d'explosions et de fusils qui tiraient, encore et encore. Et les obus passaient d'un bord à l'autre du cadre. Le rétroprojecteur, trop à droite pour le tableau blanc de la classe, offrait une image pas vraiment nette, striée de lignes fines et noires dues sans doute à l'âge du matériel. Le son résonnait, pas assez fort pour que toute la classe entende, trop sans doute pour la prof d'espagnole qui hurlait des insanités dans cette si jolie langue du sud qu'Andrew avait refusé d'étudier. Il était au premier rang, la nuque courbée, la tête levée vers le tableau blanc, seule source de lumière dans la pièce plongée dans le noir. Et ses yeux brillaient devant les explosions, la voix off qui racontait la vie des soldats au front, à l'arrière ou dans les tranchées. L'arrivée des américains, en 1917, et le tournant décisif de la guerre. Mais le jeune homme retenait surtout les visages déformés par la peur, la haine de l'ennemi, de cet autre que l'on éliminait une fois le désert létal du no man's land passé. Les visages détruits par les obus. Et la dernière phrase du film éducatif, blanche sur fond noir. Plus jamais ça.

Alors, devant la cliente qui bégayait en vain des excuses et qui tentait de calmer le jeux, et l'homme en furie qui tentait de trouver une porte de sortie dans le rayon chaussures, Andrew eu un sentiment de déjà vu. Ses cours d'histoire. Avec cette femme, adorable, et d'une patience d'or, alors qu'elle ressemblait à une chouette docte. L'homme devant lui était un ancien combattant, un homme perturbé par les horreurs de la guerre. Une de ces victimes détruites par les visions de corps calcinés, de familles séparées, d'obus filant dans le ciel. Ou alors un de ces tarés qui regardaient Rambo III en pensant retrouver une flamme patriotique. Bon dieu, il y a de sacrés phénomènes de nos jours. Andrew décida d'agir comme il l'aurait fait en face d'un braqueur, ou d'un policier qui le pointerait du bout de son pistolet. Ou alors était il simplement mu par ce qu'il avait vu dans certains films d'action. Il posa le bras en plastique de William, qui gisait non loin. Encore une victime de plus. Il le poussa, lentement, du bout de sa chaussure, et ouvrit ses mains, paumes plates vers l'homme acculé entre les pointures 44 et 45 pour hommes. Le jeune vendeur pensait agir pour le mieux, présentant ses mains vides comme un signe de pais, un drapeau blanc que tout le monde connaissait. Son arme fictive était loin, écartée de la scène du crime vestimentaire. On n'était jamais trop prudent. Il entendait déjà d'ici la trompette en cuivre de la retraite, comme dans le film de la Première Guerre Mondiale qu'il avait vu en cours, il y a longtemps. Mais ici, pas de tranchées dans laquelle se terrer, pas de camions dans lesquels se propulser pour évacuer les blessés et ramener les corps. Le soldat client était seul et encerclé. Et semblait traversé par des tics nerveux qui inquiétaient Andrew. Le visage fermé, le sourire évanoui, les sourcils froncés au dessus de ses yeux verts, il s'adressa à l'homme.

"Désolé monsieur. Il est pourtant courant de voir les magasins de vêtements des mannequins pour présenter les produits. Ce n'est peut être pas judicieux de les mettre pendant les périodes de grandes affluences, mais nous comptons sur nos clients en général que ces présentoirs ne les gênent pas pendant leurs achats."

Il fit un pas, un seul, se plaçant entre l'homme et la jeune femme. Il voyait sa patronne leur jeter un coup d’œil, le regarder sévèrement, l'ignorer en soupirant, et repartir en courant conseiller cette dame qui sentait d'ici le parfum hors de prix et l'autosuffisance. Mais Andrew lui enviait bien volontiers sa place à cet instant. Que valait-il mieux ? Un ancien soldat psychotique ou une vielle femme bourré de fric et d'arrogance ?

"Tout va bien, je suis, nous sommes, mademoiselle et moi-même, désolés."

Andrew se retournait déjà vers la jeune fille, se pinçant la lèvre inférieur à peine eut-il le dos en direction de l'homme. Il en avait vu pourtant des documentaires animaliers. Crocodiles. Lions. Éléphants. Hyènes. Tous préconisaient une seule chose : ne jamais tourner le dos à un animal qui se sentait menacé. Et le client agressif était un animal qui ne pouvait plus reculer. Il respira. Une fois,. Fort. Et se recomposa le visage aimable et confiant qu'il avait l'habitude de porter. Souriant timidement, il lança à l'attention de la demoiselle.

"Tout va bien pour vous mademoiselle ? Vous ne vous êtes pas fait mal dans la chute ?"

Après tout, l'homme n'était pas le seul client de ce magasin. Et monopoliser l'attention en faisant le clown et en mimant une crise d'hystérie avait le don d'exaspérer le jeune homme. Mince quoi, si tu veux attirer tous les regards, fais comme moi, porte un pantalon rouge ! Et puis il était un peu égocentrique ! Après tout, on lui avait foncé dessus, et sa réaction était naturelle, humaine. Mais on avait foncé dans la fille, et c'est peut être elle qui avait le plus mal dans l'affaire. Lui était un homme robuste et bien bâti, militaire de surcroît (même fantasmé par un esprit dérangé) et elle une jeune fille frêle et fine. Alors, Andrew prit le parti de focaliser son attention sur la jeune fille et s'assurer, avant d'aller ranger les chaussures qui gisaient derrière le présentoir, que tout allait bien. Que tout irait bien. Et qu'une bombe n'irait pas exploser. Au pire des cas, élève studieux, Andrew pourrait mener une guerre de position en face de l'homme, entre deux piles de pulls et une de pantalons.
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MessageSujet: Re: 03. The enemy inside   Sam 4 Jan - 17:53

Excuses et explications arrivaient un peu tard pour apaiser le buffle profondément irrité, mais la disparition du bras en plastique leur valut un répit. Keegan se força à respirer profondément. Le sang lui était monté au visage (il arborait probablement une couleur sanguine peu seyante) et la chaleur avec. Il se sentait mal, étouffé par des sensations aussi agressives que confuses : stress, colère, frustration... Et l'adrénaline qui coulait dans ses veines le rendait fébrile. Pour ne rien arranger, une fine couche de sueur commençait à recouvrir sa peau, le rendant plus qu'inconfortable.

Il n'avait plus qu'une envie : filer d'ici et retrouver l'air libre (et agréablement glacial). Lâcher le présentoir s'avérait plus difficile qu'il n'y paraît cependant : outre sa main crispée, c'est son self-contrôle qui risquait de perdre toute fondation. Ses acouphènes l'assourdissaient, l'agaçaient, et son oreille interne ne semblait pas non plus d'humeur coopérative. Il avait rarement eu une telle sensation de perte de repères, l'impression qu'il allait perdre l'équilibre s'il osait faire un pas, faute de pouvoir garder la tête droite et les pieds au sol.

« Mes excuses, »  souffla-t-il bientôt malgré tout. Indistinctement, il était conscient que son comportement n'était pas acceptable, qu'il n'était pas sur le terrain au Moyen Orient mais bien au beau milieu d'un centre commercial en période de Noël. Cela pouvait s'avérer tout aussi nuisible pour la santé, mais les règles y étaient légèrement différentes parait-il. Notamment parce que vous ne pouviez pas y faire passer aussi facilement un lutin multicolore, un mannequin démembré et une poupée en porcelaine pour des menaces potentielles.

Keegan esquissa un signe vers la sortie en les informant dans un marmonnement qu'il allait partir, mais ce qu'il craignait arriva : une inclinaison de la tête malheureuse et tout ne fut plus que bruit strident. Le sifflement occultait tout. C'était le coup de trop. Sa vision s'obscurcit, son équilibre s'effrita et il s'effondra, les genoux touchant terre violemment, une seule main lui évitant une rencontre de face avec le sol tandis que l'autre se crispait autour de son oreille gauche, s'enfonçant dans des cicatrices quasiment invisibles. Il laissa échapper sans s'en rendre compte un grognement de douleur.

Il en était à un stade où l'inconscience aurait été plus que bienvenue, mais son organisme n'était pas vraiment du genre à lui accorder facilement ce genre de répit.  Les choses se semblaient se distordre pour une âme ainsi torturée. Trente secondes comme trente minutes auraient pu passer lorsqu'il sentit une main ­(le toucher était quasiment le seul de ses sens à rester intact dans une telle crise) se poser sur son épaule. Il prit sur lui pour murmurer, aussi clairement que possible sans être capable de se comprendre : « Poche... veste... MP3... titre : acouphènes. »

Ce n'était pas la première fois que cela lui arrivait inopinément, mais c'était bien la pire de ses crises depuis son rétablissement. Il avait adopté de nombreuses techniques au fur et à mesure pour prévenir au maximum la survenue des acouphènes et les gérer quand ils se faisaient entendre, mais rien n'était miraculeux. Il avait d'ailleurs bien vite laisser tomber les médicaments officiels. Quand il était dans cet état, le seul apaisement qu'il pouvait obtenir, c'était se concentrer sur un autre son, quelque chose d'apaisant, rythmique, qui occulterait peu à peu le sifflement.  
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MessageSujet: Re: 03. The enemy inside   Lun 20 Jan - 23:41

Enfant, Christabella s'était un jour retrouvée dans une situation similaire. Elle devait avoir huit ou neuf ans, pas plus, et alors que ses parents et ses aînés servaient la soupe aux démunis, elle avait par mégarde bousculé une femme âgée, qui marchait en s'appuyant sur une canne. La dame, qui venait profiter des repas chauds parce qu'elle n'avait que peu de moyens, avait chancelé mais, aidé d'une tierce personne, avait pu retrouver son équilibre, et ne lui en avait pas tenu rigueur. Le sourire qu'elle avait adressé à Christa avait suffit à rassurer la petite fille qu'elle était, et qui s'était répandue en excuses, mortifiée et honteuse. Une main parcheminée lui avait caressé la tête, et l'incident était clos. Malheureusement, la mère de Christabella avait assistée à toute la scène, et s'était résolue à apprendre à sa fille les bonnes manières. A la façon Gillespie. Bien que n'appréciant guère de se montrer en spectacle, elle avait forcé Christa à s'excuser une énième fois, en lui serrant le bras si fort que les yeux de Christa s'étaient mouillés de larmes. Et comme si ce n'était pas suffisant, elle s'était ensuite sentie obligée de rabaisser sa petite fille en expliquant qu'elle n'était qu'une enfant indisciplinée, maladroite et capricieuse, bien trop vive et qui lui faisait vivre un enfer.
L'enfer, c'est en rentrant à la maison que Christabella le vécut. Parce que ses parents, bien décidés à lui faire comprendre qu'une petite fille ne devait pas courir, l'avait punie et enfermée, la privant de dîner et l'obligeant à prier jusqu'à ce que ses genoux lui fassent mal. Avec des genoux qui saignent, lui dirent ses parents, elle ne risquait plus de courir.

Aujourd'hui, Christabella avait l'impression de revivre cette situation. Une simple bousculade prenait des proportions impensables. Sauf que cette fois, elle n'était plus une petite fille, sa mère n'allait pas se précipiter pour la punir, et elle ne passerait pas des heures à prier pour demander pardon d'être maladroite. Maintenant qu'elle s'était -une nouvelle fois, décidément elle ne faisait que demander pardon aujourd'hui- excusée, aussi calmement que possible, le militaire tendu et prêt à bondir au sol et à ramper allait se calmer lui aussi, et chacun pourrait reprendre ses activités, y compris ce vendeur serviable mais qui devait se ruiner en gel pour les cheveux. « Je vais bien, merci. » lui répondit-elle néanmoins, avec un petit sourire. Puisque l'affaire était réglée, elle pouvait retourner à ses courses. Et fuir cet endroit dans lequel elle ne remettrait plus les pieds, du moins pas en période de Noël. Ni en période de soldes. Jamais, en fait. Avec un autre sourire à l'intention du militaire qui venait lui aussi de s'excuser, Christabella s'apprêta à tourner les talons.
Elle voulait trouver un cadeau pour Robbie et Ezrael, et rentrer chez elle. Après un bon thé bien chaud, elle se mettrait devant un film, probablement un dessin-animé, et oublierait ce petit accrochage. Seulement, voilà, les choses ne se passent pas toujours comme on le souhaite. Du coin de l’œil, elle vit le militaire s'effondrer, et elle s'immobilisa. Pourquoi se tenait-il l'oreille ? Elle savait que le bruit qui régnait dans le magasin était pénible, mais de là à se rouler par terre... Etait-il blessé ? Il lui fallut moins d'une seconde pour se pencher vers lui, son instinct prenant le dessus. Il avait mal, il souffrait, elle devait l'aider. Peu importait qu'il se soit montré désagréable.

Elle eut du mal à l'entendre et dût pratiquement coller son oreille près de la bouche du soldat pour comprendre les quelques mots qu'il articulait avec difficultés. Il parlait de sa poche et... d'un mp3 ? Les sourcils froncés, Christa leva un regard d'incompréhension vers le vendeur. Hésitante, elle glissa sa main dans la veste de l'homme. Elle avait l'impression d'avoir les doigts glacés et elle rougit, malgré elle, de cette proximité soudaine et qui la mettait profondément mal à l'aise. Le seul homme dont elle avait été proche à ce point était Ezrael, et lorsque ses doigts rencontrèrent la surface dure et lisse du lecteur mp3, elle s'empressa de se reculer. Sans trop savoir ce qu'elle faisait, elle se mit alors à la recherche du titre évoqué.
Vous avez déjà eu l'impression que tout l'univers se ligue contre vous, pour vous faire passer une mauvaise journée ? Que quoi que vous fassiez, il se passera forcément quelque chose pour tout gâcher. Christabella était sortie uniquement pour faire ses achats de Noël. Tout ce qu'elle voulait, c'était acheter des cadeaux pour les gens qui lui étaient chers, et passer le reste de la journée au chaud. Quand elle vit l'écran du mp3 afficher une pile vide, puis s'éteindre, elle eut presque envie de jurer. Autour d'elle, la plupart des clients vaquaient à leurs occupations, sans se soucier de cet homme à terre. Les yeux de Christabella fouillèrent la foule, sans trop savoir ce qu'elle cherchait. De l'aide ? Un miracle ? Cet homme avait besoin de quelque chose, une chose qui se trouvait sur son mp3. Une chanson, probablement. Pour quelles raisons, elle l'ignorait. Christa déglutit, puis se pencha à nouveau vers le militaire, sa bouche près de sa joue, afin qu'il soit le seul à l'entendre. Et elle fit la seule chose qui lui vint à l'esprit : elle se mit à chanter.

« Said the little lamb to the shepard boy
Do you hear what I hear?
Ringing through the sky shepard boy
Do you hear what I hear?
A song, a song
High above the trees
With a voice as big as the sea
With a voice as big as the sea 
»
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MessageSujet: Re: 03. The enemy inside   Jeu 23 Jan - 17:44

Irréaliste. Tout était tout bonnement irréaliste. Mais les événements avaient, tout compte fait, beaucoup plus de sens. Comment une jeune femme avait pu bousculer un homme pourtant imposant. Pourquoi s'était-il mis en colère. Ses crises -de démences ?- au milieu du magasin de vêtements. Son attitude si vindicative, si effrayante. Andrew comprenait mieux. Les yeux grands ouverts, il avait vu s'effondre le colosse au sol, et la jeune femme se précipiter vers lui, écouter le murmure inaudible aux oreilles du jeune vendeur, se saisir d'un MP3 qui ne lui servit à rien puisqu'elle s'était mise à chanter. On lui faisait une farce. Il en était convaincu. Andrew jeta d'ailleurs un coup d'oeil autour de lui, mais ne vit que des badauds évitant soigneusement la scène, sans un regard pour eux. Pas de caméras cachées. Peut être était-ce réel alors. On aurait pu peindre l'action. Elle accroupie vers lui, chantant une sorte de berceuse, en tout cas un titre qui lui était inconnu. “And so the lion fell in love with the lamb…" pensa le jeune homme. Comment pouvait on spontanément venir en aide à quelqu'un qui venait de presque vous agresser dans un lieu publique, surtout quand l'homme en question avait une attitude étrange. Comme celle d'un militaire en retraite forcée. Ou d'un accro en manque.

Le magasin avait une charte. Les vendeurs devaient aider les clients et les satisfaire. Cette règle s'appliquait surtout à l'aide vestimentaire, aux conseils en matière de mode. Mais le regard agacé de la patronne lui fit bien comprendre qu'il devait se dépêcher de régler la situation, ça pouvait faire peur aux clients de voir un homme à terre, aidé par une madone évanescente en pleine chanson. Surréaliste. Manquerait plus que quelques anges et un âne. Tout à fait d'époque. Andrew soupira, discrètement, et s'accroupi vers l'homme qui semblait ne plus avoir de contact avec la réalité. Mais pourquoi lui avait-elle pris le MP3 ? Elle était loin d'avoir le physique d'un pickpocket profitant de la situation d'un homme à terre pour le voler. Même s'il ne fallait bien évidemment ne jamais se fier aux apparences, et Andrew en était bien au fait avec son travail de vendeur. La jeune femme chantait plus distinctement, maintenant qu'Andrew s'était approché du duo improbable. Mais la mélodie comme les paroles ne lui dirent rien. Aucune idée, ni aucune façon de l'aider dans ... d'ailleurs que faisait-elle au juste ? Essayait-elle de le calmer ? De le ... bercer ? Si l'homme lui avait donné son MP3, il devait avoir une raison. Sortant de sa poche son smartphone, Andrew fit défiler les dossiers de sa playlist, s'arrêtant sur celui intitulé "Zen". Surtout ne pas lever les yeux, on risquerait de se moquer de lui et de ses goûts musicaux, allant des classiques des comédies musicales aux titres pops d'anciennes chanteuses à la mode.

Andrew avait ses petits habitudes. Ecouter de la musique en faisait parti, mais il définissait rigoureusement les moments de la journée, et ses activités avec un genre particulier de musique. Salsa quand il cuisinait, techno lorsqu'il faisait du sport, rock ou pop de façon général, quand il prenant sa douche, marchait dans la rue ou faisait le ménage. Mais le soir, devant sa tasse de chocolat chaud fumante et un bon livre, il ne pouvait pas écouter de chanson trop identifiables, qu'il pouvait chanter et donc le déconcentrer quand il tenter de se détendre avant la nuit. Il avait donc créer cette playlist zen, mélange de berceuses, de chansons tristes -et donc qu'Andrew appréciait particulièrement- ou encore de rythmes internationaux. Déroulant ses écouteurs, il lança un regard amical et appréciateur à l'égard de la jeune femme, et porta les écouteurs aux oreilles de l'homme. Andrew n'avait aucune idée du titre que l'application MP3 de son téléphone était en train de jouer. Il savait seulement que ça serait une chanson douce, reposante, apaisante.

Se redressant doucement, il s'adressa à la jeune femme.

"Merci pour votre intervention. Si j'ai bien compris, il vous a demandé de jouer un titre sur son MP3 ? Il y a eu un souci avec l'appareil ?"

Et au passage, un ton plus bas.

"En tout cas, vous chantez divinement bien. Quoique je ne connaisse pas la chanson."

Puis il soupira, le visage fermé. Il détestait être obligé de jouer le rôle du vendeur sans coeur, surtout dans ce genre de situation. Et se lança.

"Par contre, je vous demanderai de me donner le MP3, s'il vous plait."

Regard lancé vers la patronne.

"Vous comprenez, c'est une question de responsabilité du magasin."

Dernier soupire, il détestait vraiment se faire passer pour un méchant. Il tenta d'adresser un sourire à la jeune femme, histoire de la rassurer, de lui faire comprendre qu'en aucun cas son honnêteté était remise en cause. Mais il savait pertinemment qu'il ne serait pas crédible, ni convainquant.
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MessageSujet: Re: 03. The enemy inside   Sam 15 Fév - 22:48

Il était toujours difficile pour Keegan de se remettre d’une crise aussi sévère que celle-ci. Cela nécessitait généralement du temps, de la musique et du calme. Aussi, que Christabella réussisse aussi rapidement et contre toute attente à endiguer la catastrophe par une chansonnette de Noël, c’était… quasi-miraculeux. Il leva des yeux voilés par la douleur sur elle, un court instant, et l’acouphène sembla se faire plus distant. Malgré tout, les écouteurs qui lui furent tendus étaient bienvenus : ils rendaient la musique plus omniprésente, occultant les bruits divers l’agressant de toute part. Key put enfin reprendre sa respiration sans avoir l’impression d’être  scié en deux par une lame sonore.

Il se redressa quelque peu et interrompit (sans vraiment s’en rendre compte) la discussion concernant son lecteur MP3. « Merci, »  dit-il d’une voix un peu rauque mais plus compréhensible que précédemment. Il lui fallut quelques secondes pour prendre sur lui. Il se passa une main sur le visage et se força à poursuivre. Aussi difficile que ce fut pour lui et sa fierté d’admettre ses faiblesses, c’était un peu tard pour s’en préoccuper. Le mal était déjà fait. « Ces acouphènes sont une torture. Désolé pour cette scène… et j’étais probablement un salaud un peu plus tôt aussi, pardon pour ça également. »

Malgré la douleur (ou peut-être grâce à la douleur car précédemment ce n’était qu’une nuisance, une frustration l’énervant encore et encore, alors que maintenant il s’agissait de quelque chose qu’il avait appris à compartimentaliser), il avait les idées plus claires qu’un peu plus tôt. « Je vais juste… sortir d’ici, si vous voulez bien me donner un coup de main. »  Son équilibre était toujours bancal quand il était dans cet état, mais il n’avait qu’une envie actuellement : se planquer dans un coin, tranquille, et ne plus bouger. Puisqu’il lui serait impossible de rentrer chez lui dans cet état, il se satisferait de la banquette arrière de sa voiture, au sous-sol. Tant qu’il ne s’agissait pas d’un lieu lumineux, bruyant, ouvert et public, ça lui conviendrait. Il ne demandait qu’à être misérable en paix, et sans bousiller encore un peu plus sa fierté.

En s’appuyant sur un meuble et avec un peu d’aide, il réussit à se remettre debout, bien que sa tête lui paraisse lourde avec cette fausse impression qu’il dodelinait de la tête et se trouvait sur un bateau tanguant de droite à gauche. Lorsqu’il releva les yeux sur la jeune femme (dont il n’avait eu qu’une image très floue dans son état de nerf précédent), il lui adressa un petit sourire en coin contrit. « Vous avez une très jolie voix au fait, très apaisante. »  

Il lâcha finalement le présentoir à chaussures, fit un pas en arrière et inclina légèrement et lentement la tête dans un tour à 180°. « Je devrais pouvoir atteindre ma voiture. Encore désolé, »  dit-il en prenant soin de s’adresser au vendeur (bien qu’il ne garderait pas une très bonne impression du gominé, Key avait probablement été le plus grossier des deux) comme à la cliente (aussi innocente qu’un angelot, ce qui était évident pour tout individu non aveuglé par l’anxiété et la colère). Trop perturbé pour penser à leur souhaiter un joyeux Noël, leur demander leur nom ou toute autre futilité du genre, Keegan se contenta de se diriger vers la sortie, d’une démarche assez peu assurée, définissant bien le principe du ‘lentement mais sûrement’.  
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MessageSujet: Re: 03. The enemy inside   Mar 4 Mar - 19:48

Quelques années auparavant, Christabella n'aurait jamais été capable de chanter en public. Elle n'avait pas assez confiance en elle, et en sa voix. D'ailleurs, si elle avait rejoint la chorale de Cassandra, ce n'était pas par amour de la chanson, mais pour être auprès de sa meilleure amie. Pourtant, à force de chanter, elle y avait pris goût. Elle avait appris à pousser sa voix, à la maîtriser pour la moduler, et surtout, elle avait appris à contrôler ses peurs. L'adolescente timide qu'elle était au lycée était devenue une jeune femme sûre d'elle et de sa voix. Elle n'avait pas hésité à chanter, peu lui importait qu'il y ait foule dans le magasin, que les gens ralentissent dans leur courses aux achats pour l'écouter, et qu'on la dévisage avec curiosité, voir avec pitié parce qu'elle se donnait en spectacle. A genoux, elle ne voulait qu'une chose, venir en aide à cet homme qui souffrait, et qui lui lançait un regard embrumé, presque suppliant.
Pour autant, elle n'aurait pas refusé qu'on lui donne un coup de main, parce qu'elle ne savait pas du tout si elle faisait ce qu'il fallait. Elle s'était dit qu'une chanson douce apaiserait cet homme torturé, mais en vérité, peut-être qu'elle lui cassait juste les pieds à gazouiller de la sorte. S'il y avait un médecin, c'était le moment pour lui de se manifester.

Fort heureusement, le vendeur finit par se glisser entre eux, et enfonça des écouteurs dans les oreilles du militaire. Christabella se recula aussitôt, en lâchant un petit soupir. Si l'homme avait eu besoin de son baladeur, il n'y avait plus qu'à espérer qu'un substitut suffirait. Christa se releva en titubant. Quelques clients la fixaient franchement, comme si elle était une bête de foire, et elle leur rendit leur regard. « Je crois qu'il avait besoin d'une musique. D'une chanson, je ne sais pas. » soupira-t-elle. « Merci. » ajouta-t-elle face au compliment que le vendeur lui adressa.
Ses joues se teintèrent de rouge lorsqu'il finit par lui demander de rendre le mp3 qu'elle était allée chercher dans la poche de l'homme à genoux. Elle réalisa soudain... qu'il la prenait pour une hypothétique voleuse ! Mortifiée, et un tantinet vexée, Christa tendit le petit appareil à son propriétaire, qui se relevait enfin en chancelant, en le tenant du bout des doigts comme si le mp3 lui brûlait la peau. « C'est... ce n'est rien. » bredouilla-t-elle faiblement, toujours consternée d'avoir été presque traitée de pick-pocket par le vendeur. Elle avait envie de pleurer. Et en même temps, elle avait envie de le remettre à sa place. Elle n'était pas une voleuse, elle venait d'aider un pauvre malheureux qui souffrait énormément. Christa se mordilla la lèvre inférieure. « Merci. » répéta-t-elle. Oui oui, elle chantait bien. Formidable. Une voleuse à la jolie voix.

Profitant du fait que le militaire, qui marchait d'un pas peu assuré, s'éloignait pour quitter le magasin, Christabella récupéra les achats qu'elle avait fait précédemment. « Je m'en vais aussi. Je crois que... je n'achèterais rien. » Elle n'avait pas de cadeaux pour Ezrael et Robbie, mais il était hors de question pour elle de faire ses courses dans ce magasin. Elle pouvait encore sentir le regard des gens sur elle, et si elle ne regrettait pas le moins du monde d'avoir cédé à son impulsion et d'avoir chanté, si elle ne regrettait pas d'être venue en aide à quelqu'un, un acte aussi naturel pour elle que respirer, elle n'avait que moyennement apprécié d'être pratiquement soupçonné de vouloir dérober le mp3 du militaire. Mal à l'aise, elle enfonça le nez dans son écharpe et se faufila au milieu des clients, direction la sortie du magasin.
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