Choriste du mois


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 03. Maybe Christmas, the Grinch thought, doesn't come from a store.

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MessageSujet: 03. Maybe Christmas, the Grinch thought, doesn't come from a store.   Dim 17 Nov - 18:33


-Et, madame, genre… heu… vous genre vendez ça, mais genre… bah… vous avez pas d’autres trucs pour goûter, là ?

-Hé bien, tu as déjà mangé cinq échantillons, mais j’imagine que…

-Lâchez immédiatement mon enfant ! Monstre ! Au Feu ! Au Viol ! Au bûcher, au bûcher ! Elle s’en prend à mon Jerry ! Mon Jerry !

La mère permanentée attrapa la jonction grassouillette entre la main et l’avant-bras dodu qu’on ne pouvait décemment appeler poignet de son fils très sphérique, jeta un regard noir à la très probable psychopathe qui tentait de l’appâter et s’en allait à reculons, la tenant en respect de la menace d’un envoi de sac à main. Grace ainsi rejetée au banc de la société commerciale regardait les quelques clients s’éloigner de la petite table, surchargée de petit pot dont le contenu avait un aspect aussi gluant que gras, qu’on avait essayé de faire passer pour un stand.

Elle n’était pas surprise. Son instinct l’avait averti que la vente allait être difficile quand elle avait découvert que le produit dont elle devait se faire le visage était une marque de gelée qui avait sorti une gamme de Noël, promettant des goûts de dinde grillées, de foie gras et d’écrevisses concentrés dans des cubes tremblotants. Autant dire que Grace n’avait même pas osé en prendre une cuillerée.

Du bout du doigt, elle massa son lobe rougit par les boucles d’oreille en forme de boules de Noël que lui avait imposé le costume. Elle tira une nouvelle fois sur l’ourlet effiloché de la robe uniquement composée de guirlandes rouge et dorées d’un tape-à-l’œil le plus vulgaire entremêlées. Au final, elle finissait par se persuader qu’elle aurait du prendre le costume de renne. Au moins ça aurait attendrit les enfants. Et la fine couche de moisissure sur les bois aurait écarté les clients un peu trop avides de monter sur les genoux de cette mère Noël improvisée.

Grace se retrouvait donc démunie, entre ces adolescents aux hormones stimulées par le froid, les parents affolés de voir leurs enfants gavés de nourriture pas particulièrement identifiable par une totale inconnue, les paroissiens qui au-dessus de leur sourire éclatant gardait une lueur particulièrement réprobatrice dans leur yeux, qui ne tarderait certainement pas à se transformer en une rumeur dégoulinante de sous-entendu sur les bancs de la prochaine messe, et une bande de punk végétariens qui lui avaient pris un petit pack pour le lui envoyer en pleine figure en ricanant. C’était donc une jeune femme à l’odeur de volaille, que trois tours acharnés aux lavabos des toilettes du Centre Commercial n’avaient pas réussi à éliminer, le serre-tête-cervidé de travers, un petit amplificateur à piles plus proche du jouet que du matériel professionnel relié à un micro de mauvaise qualité entre les mains, qui tentait d’attirer les regards désabusés des acheteurs.
Une chemise imbibée de sueur et un block-note couvert d’une écriture rageuse apparurent dans son champ de vision.

-Hé ! Toi, là, Gale…

-Grace.

-Ouais, c’est ça… Tu remplaces Bonita, hein ?

-Vous voulez dire… Karen ?

-Ouais, bon, on va chipoter, hein, elle a toujours eu plus une gueule de mexicaine que de mormone, hein, s’tu vois c’que j’veux dire…

-Elle est hawaïenne.

-Ouais. C’est pareil. Génial. Bref. Je me fous que tu sois complètement nulle, tu dois me liquider le stock de gelée. Vite-fait.

-Mais…

-Ta voix m’agace. Shut it. T’es payée pour ça. Il te reste une heure, Boobsie. Tu te débrouilles comme tu veux. C’est ton problème.

Son départ fut ponctué du petit bruit mécanique de la trottinette électrique dont le manche ployait sous le poids de son occupant.

Elle avait toujours bien compris que les gens qui venaient à la LPA avaient des problèmes. Mais cette immersion dans la vie d’une de ses plus proches protégées, fût-elle de dix ans son aînée, offrait une toute nouvelle dimension à sa compassion.

Jetant un regard paniqué à la petite montagne de petits pots alignés dans un ordre relatif dans un petit panier censé être typique et traditionnel malgré la forte odeur de col à métaux qui s’en échappait, tapant le sol de la pointe de l’escarpin trop petit et bien trop haut, paire fournie avec la robe-sapin, agitant par la même occasion les grelots ternis accrochés au talon, la Hamilton tapota machinalement le minuscule micro contre sa lèvre. Un grésillement s’en suivit. Couinant de surprise, elle écarta vivement l’objet de sa bouche puis, ses sourcils se fronçant très lentement, elle observa l’attirail de médiocre qualité dont elle disposait. Dans les enceintes du Centre Commercial, les notes d’une chanson tombaient dans un silence momentané.

Et, soudain, un son. Une petite séquence. Du piano.



Grace réagit à l’instinct. D’un mouvement rapide, elle poussa le bouton de l’amplificateur jusqu'à ses capacités maximales, le jeta dans le panier à petit pot et glissa ce-dernier à son bras. La guitare explosait dans les tympans des tous récents esclaves de pré-Noël, et Grace montait sur son pseudo-stand, priant Dieu de toute sa petite âme candide de lui éviter une chute plus ou moins mortelle.

Si quelques personnes n’avaient pas encore remarqué cette jeune femme blonde debout sur son ersatz de scène, parlons plutôt de tabouret, une fois que ses lèvres s’entrouvrirent, tous furent obligés de s’arrêter sur le spectacle qui se déversa à flot dans l’allée du magasin.

« - Jingle Jell, Jingle Jell, Jingle Jell Rocks…
Jingle jells swing and jingle bells ring,
Snowing, and blowing up bushels of fun
Now the Jingle snack has begun…


Un coup de hanche. D’un mouvement souple, elle s’assit sur son minuscule podium, un clin d’œil marquant dans le néant le croisement de ses jambes.

-Jingle Jell, Jingle Jell, Jingle Jell Rock
Jingle Bells chime in Jingle Jell time
Dancing and eating in Jingle Jell Square
In the frosty air ! …


Elle s’en écarta et s’avança parmi la foule qui, apparemment débloquée, hésitait entre le sourire et la fuite à toutes jambes. Sans attendre, elle glissa sa main dans son panier.

-What a bright time, it's the right time
To rock the night away…


En ressortant une dizaine de pots en équilibre plus qu’instables compte-tenu de ses déplacements. Dansant à moitié, continuant à chanter imperturbablement, Grace distribuait allègrement, ou plutôt fourait précipitamment entre les mains des gens à proximités, ses produits.

-…Jingle Jell time is a swell time
To lunch on a “All-you-can-eat buffet”…


Le bruit de l’Autorité, aka le ronronnement crachotant de la trottinette, s’approcha. Sans perdre un instant, continuant sa distribution, pivotant sur elle-même, elle monta sur l’escalator, s’installant sur la rampe montant.

-…Giddy up jelling horse, pick up your feet
Jingle around the clock
Mix and a mingle to a jellin' eat
That's the Jingle Jell rock…


Arrivée au premier étage, elle entreprit d’en faire le tour à coup de petits bonds, la voix tremblant d’un rire heureusement maîtrisé.

-Jelly rock, jelly rock, yeah, jelly rock,…

Sans ménagement, elle attrapa les mains d’un jeune home absolument innocent et inconnu qu’elle entreprit de faire tournoyer avec elle. Comme si c’était la chose la plus naturelle du monde.

-… jelly rock, jelly rock, jelly rock, jelly rock, jelly rock. »

Stoppant d’un coup ce qu’elle appelait très faussement des arabesques, mais ne cessant ses dandinements frénétiques, elle tendit son micro au garçon, profitant de ses deux mains libres pour distribuer plus de nourriture.

Il connaîtrait la chanson. Tout le monde la connaissait.

C’était sa part de magie de Noël à elle. Et elle la réclamait immédiatement.


Dernière édition par Grace Hamilton le Lun 25 Nov - 20:10, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: 03. Maybe Christmas, the Grinch thought, doesn't come from a store.   Lun 18 Nov - 22:38


Bruit. Chaleur. Et bousculade. On se croirait dans le début d'un poème de Victor Hugo. Mais malheureusement pour Andrew, ce n'était que les joies du centre commercial à quelques jours des fêtes de Noel. Le voici, le vendeur de jeans, au milieu de l'immense hall d'accueil, ne sachant quoi faire ou chercher pendant que les hommes se bousculaient, que les femmes traînaient enfants ou maris, parfois les deux, derrière elles, dans un sillage implacable et tyrannique. Parce que ni enfant ni mari n'avaient voix au chapitre.  Et dire qu'on se pensait dans une société civilisée ou évoluée. Andrew se souvenait de ces documentaires sur les fourmilières, ou les ruches, avec leur hiérarchie matriarcale et les foules myrmécéennes qui allaient et venaient, écrasant sur leur passage les feignantes et les rêveuses. C'était le Noel des fourmis, et Andrew était en passe de se faire écraser par le caddie d'une maman insecte sans doute en manque de sucre ou de patience à force d'entendre sa gamine brailler parce qu'elle n'avait pas eu la dernière poupée à la mode. Pauvres parents, Noel est un vrai calvaire pour eux. Mais quelle idée de faire des gosses ? On ne les oblige pas, c'est écrit dans le contrat ! [/i] Mais le jeune homme pensait qu'avoir de telles réflexions quelques jours avant Noel n'était pas très chrétien.

Alors il évita souplement la furie maternelle et son engin métallique pour se diriger vers les magasins rez-de-chaussé, faisant le tour des victuailles et attendant l'illumination divine. Parce qu'organiser un repas de Noel en solitaire, ça ne se fait pas en deux jours, mais ça se prépare soigneusement. Juste pour se donner bonne confiance, ou se dire que c'est Noel pour tout le monde, même pour les hommes célibataires et n'ayant pour seule vie leur métier. Un résumé qui pouvait déprimer tout être normalement constitué, mais Andrew était d'un naturel optimiste, comme ces femmes dans les pubs de cosmétiques qui parlaient de leurs rides avec ce sourire crispé et sans nul doute botoxé. Il fallait être sacrément optimiste pour parler de ses rides avec cette joie sans doute motivée par l'argent qu'elles recevraient. Alors, telle une Eva Longoria à la retraite, secouant sa tignasse soigneusement gominée et ses sourcils virils en direction du magasin ventant la qualité de ses dindes rôties et de son foie gras maison et français. Bouffe, bouffe, bouffe, à croire qu'ils nous vendent au poids après les fêtes.

Pour éviter de prendre du poids rien qu'à la vue du gras d'un foie qui ne porte que trop bien son nom, en en salivant devant les pains d'épice au sucre, fruits confits, nature, ou au miel, le jeune homme décida de se diriger vers les boutiques où seul son portefeuille risquait sa vie sans pour autant en avoir les conséquences sur la ligne d'Andrew, les boutiques de vêtements. Joie et bonheur dans le coeur du vendeur. Noel commençait vraiment. Sous la forme d'une armée de nœuds papillons, de gilets hivernaux et admirablement bien coupés, de pantalons colorés et de bretelles ajustées. Si Andrew souriait, son coeur de demoiselle accro au shopping qu'il tentait de taire pleurait à chaudes larmes et remerciait le ciel. Et comme Andrew était un feignant qui ne se l'avouait pas, il décida de prendre l'escalator. Mais il regretta bientôt son choix. Vieux qui sentent le rance. Femme trop parfumée. Enfants qui tapent dans les cottes de leurs voisins. La joie de la claustration lente et roulante.

L'avantage du première étage, en plus de fuir les calories que l'on pouvait attraper en regardant les vitrines dégoulinantes de sucre et de gras, c'est aussi d'échapper aux représentants de commerce, aux ventes presque forcées de papier cadeau pour les enfants qui ne vont pas à l'école ou encore de distribution d'échantillon ventant les vertus et la marque qui se gardait bien de préciser le prix desdits produits. Mais à peine mettait il le pied sur le sol lustré et lisse du centre commercial qu'une musique de Noel se fit plus forte , plus présente que la bande son habituelle à laquelle le jeune homme avait le droit. Et puis, la chanteuse chantait bien, vraiment bien. Mais déjà la foule regardait dans sa direction. C'est quoi se bordel ? Et la tornade blonde l'emporta, à renfort de regards limpides et de boucles parfaites, mais surtout d'une mélodie qu'il ne connaissait que trop bien. Il revoyait en l'espace d'un instant les Noel qu'il avait passé avec sa famille, les rires quand ils mettaient les bonnets rouges de Père Noel, les chansons qu'ils interprétaient en décorant le sapin, l'enroulant dans des guirlandes scintillantes, relevant les branches qui ployaient sous les lourdes boules colorées. Mais déjà le micro se rapprochait, terriblement, le forçant à réagir sous le regard impérieux de l'impératrice des gelées salées. La chanson si familière aidant, et pour répondre à la supplication des deux grands yeux de la demoiselle, Andrew joua le jeux, et poursuivit la chanson.

Jingle-bell, jingle-bell,
jingle-bell rock,
Jingle bells chime
in jingle-bell time.


Sa voix commença étranglée, serrée, comme enrouée. Elle le prenait un peu de court en même temps. Elle est gentille, mais il était venu faire ses courses à la base, pas se lancer dans un concours de chant. Mais finalement, il y a des jours comme ça où tu te dis que tu n'as rien à perdre. Alors il s'empara du bras de la jeune femme et entama une danse qui ressemblait à celle d'un cabaret. Une jambe croisée à gauche, levée et pointé, une jambe levée à droite, levée et pointée. Et la fille qui virevolte quand il lui en donne l'impulsion d'un coup de poignet. Toute pression s'était envolée. Andrew aimait jouer le jeu et puis finalement, que risquait il. Bien sûr, son sourire n'était pas naturel, son enthousiasme trop exagérée. Et ses pas de danse, sans doute les seuls qu'il connaissait, peut être peu dans le thème de Noel. Mais le jeune homme s'amusait, et puis on lui avait tendu un micro.

Dancin' and prancin'
in Jingle Bell Square
In the frosty air.
In the frosty aiiiir !


Et une dernière note, le regard séducteur planté dans celui de la jeune femme, toujours son panier vissé sous le bras, les sourcils virils frétillants vers elle, et le sourire colgate éclatant. On se croirait dans une pub Email Diamant. Sa voix, suave plus que rauque désormais, s'était libérée. Le bras levée, dans une posture de comédie musicale tout à fait artificielle, mais c'était d'époque, il lâcha cette dernière note qu'il s'étonna de trouver juste et bien chantée. Tu t'améliores mon petit, on pourrait presque faire un chanteur de toi, Drew. Oui, le Andrew est un animal qui aime se parler à lui-même. Mais déjà, il continuait, plus doucement, comme il l'aurait sifflé dans la rue, entamant quelques pas d'une danse qui pourrait s'apparenter à un charleston revisité par un non initié. Il se voyait déjà, vêtu de blanc, le parapluie ouvert, virevoltant entre flocons de neige d'un Noel idéal. La rue serait déserte, l'image en noir, et en blanc, avec ce grésillement qui ajoute tout ce charme, et la neige épaisse sur les toits et les trottoirs.

Jingle-bell, jingle-bell,
jingle-bell rock,
Jingle bells swing
and jingle bells ring.
Snowin' an blowin' up bushels of fun,
Now the jingle hop has begun.


Rendant le micro à sa partenaire éphémère, essoufflé quelque peu par un note et une chorégraphie pas tout à fait prévues, il glissa, dans le vacarme de ce qui devait être des applaudissements ou les sifflets de la sécurité qui résonnaient autour d'eux, quelques mots à l'intention de la jolie blonde :

"Merci, ce fut un plaisir, mon petit chaperon rouge."

Oui, une jolie fille avec des pots de gelées sous le bras, ça fait forcément remonter des souvenirs de comtes à Andrew. Restait à voir si elle lui donnerait le rôle du Grand Méchant Loup ou du charmant chasseur.
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MessageSujet: Re: 03. Maybe Christmas, the Grinch thought, doesn't come from a store.   Dim 24 Nov - 15:13

Jamais elle n’aurait pu croire que la simple petite voyelle du terme Rock pouvait exiger plus de trente secondes de prononciation. Et pourtant les vocalises de la dernière syllabe de la chanson venaient de défier ces certitudes d’élocution.

Agitant sa main sans trop savoir pourquoi, sinon qu’elle avait vu beaucoup, trop ?, de chanteuses reconnues exécuter ces quelques chorégraphies digitales, et supposait donc qu’une bonne partie de leur talent vibratoire y était concentré. Dans un esprit de rentabilité, elle plaça de l’autre main un petit pot près de son visage, de telle sorte que l’intensité dramatique de ses paumes influence l’attractivité de la gelée.

Ca avait été naturel, physiologique, comme dans ces schémas de système digestif stylisé ventant les vertus pourtant fort peu glamour car laxatives de yaourt industriel à la texture vaguement peu comestible. Mais en mieux. Ici, les bienfaits symbolisés en petites flèches au vert gastrique étaient dirigés vers le haut et se voyait expulsé en notes étonnamment synchronisées avec le jeune homme. La pratique de la chorale avait cela de bon. Elle était suffisamment aguerrie pour pouvoir calquer sa tonalité sur celle d’un parfait étranger à n’importe quel moment impromptu d’improvisation musicale sauvage. Bon. Sa propension un poil névropathe à considérer sa vie comme une comédie musicale latente aidait aussi à cette capacité d’adaptation.

Elle devait néanmoins reconnaître que Dieu avait été particulièrement clément quand il l’avait guidée pour son choix. Et pas seulement parce qu’elle n’avait à sa disposition d’autre partenaire qu’une probable centenaire qu’elle soupçonnait depuis une bonne minute de dissimuler une arme éventuellement chimique dans son déambulateur. Non. Elle aurait été plus que ravie de remettre en place la hanche artificielle de la sus-citée terroriste à bas de contention après l’avoir fait tourner jusqu’à l’apoplexie harmonique. Mais elle estimait que les propriétés d’acoustique du dentier étaient plutôt contestables. A l’exception des Faithorn, dont les prouesses en chant dépassait l’handicap de leur dentition bien trop parfaite pour ne pas être estampillée made in China. Grace ne pouvait donc que se réjouir d’avoir sélectionné un binôme qui faisait moins que le triple de son âge et dont la vitesse de progression pouvait dépasser le centimètre à la seconde.

La musique s’arrêta. D’un geste théâtral, elle exécuta une petite révérence absolument pas orthodoxe et éteint du même coup l’amplificateur. L’adrénaline descendit d’un seul coup. Une main sur le bas du dos, l’autre sur celui du ventre, elle laissa passer quelques instants pour retrouver son souffle, dans ses yeux une lueur angoissée embuée de trouble.

"Merci, ce fut un plaisir, mon petit chaperon rouge."

Elle l’observa un instant. Un sourcil relevé. La mine perplexe.

Depuis quand était-elle sienne ? Ou petite ? Ou rouge ?

Ou même chaperon ?

Elle n’était pas une pièce d’habillement. Elle n’était pas un chaperon.

Elle jeta un coup d’œil derrière. Non. C’était bien à elle qu’il s’adressait. Elle mordilla sa lèvre inférieure. Ca devait être un compliment.

-Je… Merci… Je… crois.

Ses yeux retournèrent sur le jeune homme, grand ouvert sur la panique de ne savoir que dire.

-Vous… aussi… Ma… Grande… Pelisse… Verte.

Un silence s’installa.

Très logiquement, Grace décida que la scène précédente était nulle et non-avenue, et, sur ce non-lieu de la réalité, se contenta de la supprimer purement et simplement de sa mémoire. Et, dans un élan de sociabilisation, décida d’enchaîner sur un sujet moins controversé que leur appartenance respective à la classe vestimentaire.

-Vous faîtes souvent des grimaces en chantant ?, lâcha-t-elle avec un accent radieux plein d’une condoléance candide.

Puis, son sourire coula lentement le long de ses joues. Traînées de maquillage social peut-être transparent mais tellement visible.

-Oh. Vous. Vous… êtes malade ? C’est ça ? Vous avez… un problème ? Aux dents ? Aux gencives ? Vos gencives, vous… vous ne les protégez pas avec un dentifrice adéquat, n’est-ce pas ? Mon dieu… Vous ne vous lavez pas les dents ? Et vos mâchoires sont donc… Vous… Oh Grand Dieu… Vous avez le tétanos ? C’est…

Elle baissa la voix. Le bord de ses yeux scintillants déjà de larmes pas encore parfaitement formées.

-… C’est votre traitement, c’est ça ? Vos…

Ici, toute sa physionomie se chargea d’une épouvante absolue.

-… Vos sourcils ?

Elle plaqua trois doigts contre ses lèvres tremblantes. Les écartant un peu pour laisser passer son filet de voix.

-Avec les médicaments, les hormones, ça vous détraque le système pileux, c’est ça ? … Oh… Seigneur… Je suis désolée. Vraiment désolée.

Du bout de l’index, elle effleura comme des bestioles velues et grasses les sourcils et les longeas avec une lenteur frissonnante et fascinée à la fois.

-Je prierai pour vous…, souffla-t-elle.

Sans attendre, elle fouilla son petit panier et en ressorti un petit calepin et un stylo à bille. Le tenant à la manière d’une arme particulièrement menaçante pour le papier cible de sa folie littéraire, elle leva les yeux sur l’inconnu.

-… Ca sera à quel nom, pour le cierge ?
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MessageSujet: Re: 03. Maybe Christmas, the Grinch thought, doesn't come from a store.   Jeu 28 Nov - 19:23

Les fêtes de fin d'année sont toujours une période de joie quand elles approchent. Familiale et de repas gourmands lorsqu'on s'y retrouvait en famille ou entre amis. Et de remords une fois la dinde et les douze desserts passés. Mais ce sont surtout les résolutions qui fermaient le bal. Et Andrew venait d'en faire une. Devant ce démon étrange et blond au visage d'ange, le cierge à la main, la moue mutine qui semblait se moquer de lui. Une résolution qui était facile à tenir : ne plus jamais chanter pour une inconnue. Et accessoirement ne plus aller à l'Eglise, de risque d'y croiser la furie qui se tenait devant lui. Elle a un pète au casque ou quoi ? Ou alors peut être avait-elle bu pour supporter la foule. Ce qui était compréhensible. Le jeune homme se découvrait cynique quand il était mal à l'aise, ce qui ne lui plaisait pas plus que ça. Mais elle venait de l'agacer. Il se forçait à respirer, à rester calme et à ne pas lui faire manger ses gelées étranges par tous les tours. Pauvre fille. Et pauvres images terribles qui défilaient devant les yeux du vendeur. C'était d'ailleurs la vente qui lui avait appris le self-controle qui tentait de le retenir de lancer une pique acerbe. A supporter les clients les plus impitoyables. Ou les plus exigeants. Avec des goûts étranges ou complètement décalés, frôlant la faute impardonnable. Elle était là, le cierge à la main. Alors il repris ses exercices de respiration et décida de la considérer comme ces enfants autistes qu'il rencontrait de temps à autres, avec leurs visages lunaires et leur comportement unique et fantasque.

"Non merci, mais c'est vraiment très gentil de votre part de me le proposer. Je vais bien. Tout va bien."

Je suis gay, tout me plait ? Mais après tout, si la demoiselle faisait parti d'une Eglise ou d'une secte, il valait mieux pour le jeune homme ne pas hurler dans l'étage bondé du centre commercial qu'il préférait les garçons. Et puis, certaines pratiques n'étaient pas encore entrées dans les mœurs. Il s'imaginait déjà, elle lui courant après, lui promettant de sauver son âme s'il venait en thérapie que l'Eglise lui proposait, ou un groupe de vendeurs de gelées en furie, des crucifix en bois à la main, des torches dans l'autre pour allumer son bûcher salvateur. Alors il brûlerait, la pois que constituerait la gelée salée rependant une odeur de repas complet et bio dans les halls du centre commercial. Mais bien sûr, sur son pilori, un arc en ciel illuminerait le plafond du centre commercial, éclairant le visage d'Andrew, Roi des Gays. L'image s'estompait dans son esprit, et il prit le parti de s'expliquer sur la métaphore qui, il se l'avouait, était un joli exemple de son humour frisant (pour un garçon qui porte au naturel les cheveux bouclés, c'était presque un comble) le zéro absolu. Un pas un arrière, et il s'excusait, un sourire contrit sur le visage, une main passée sur le sourcil droit. Qu'avaient ils ses sourcils ? Il aimait les remuer, en jouer, et les trouvait expressifs. Bon, on lui avait déjà proposer de les épiler, de les réduire, mais Andrew les aimait comme ça, naturels et amazoniens.

"Excusez moi pour le petit chaperon rouge, mais avec votre visage angélique et vos petits pots de gelées ... Pardon en tout cas, c'était un peu déplacé. En tout cas, vous chantez divinement bien."

Le vocabulaire était choisi. Elle semblait un peu fanatique, complètement tarée, mais gentille. Et dire que certains trouvaient l'Eglise inoffensive et pacifique. Il fallait brosser ce genre de gens un peu dangereux malgré eux dans le bon sens. Andrew allait peut être finir par y croire en Dieu. Aux Dieux, n'importe lesquels. En par prier. Prier qu'Il, Ils, le sauvent. D'elle. Si l'on doutait que les anges de l'apocalypse eurent un jour existé, Andrew en avait maintenant la preuve. Mieux que le Big Foot. La vendeuse de gelées de Lima.
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MessageSujet: Re: 03. Maybe Christmas, the Grinch thought, doesn't come from a store.   Lun 23 Déc - 21:11

La pilosité avait toujours eu une importance sociale fondamentale.

A l’image des Dieux certes parfois un peu trop cannibales vikings, Joseph, Jésus, les Rois Mage, Dumbledore et toute la petite clique mythique des Barbus par-delà le temps et les mythologies présentaient la figure paternelle, protectrice, comme nécessairement velue. Les pores des Gollum, Dalaï-Lama, qui n’était après-tout rien d’autre qu’un vieil individu sectaire à la tenue répréhensible en toute autre occasion qu’une pyjama-party beaucoup trop influent pour un non-chrétien, et Bruce Willis, apologie vivante du package sueur et cinéma où pleurs sentimentaux rimaient avec parties génitales meurtries, ne présentaient-ils pas un manque d’accueil à la gente pileuse proprement révoltant, et d’autant plus chez ceux qui semblaient l’adopter par choix ?

Oui. Définitivement, le Mal n’était pas l’Oréal.

Méduse n’était-elle pas un de meilleur exemple ? Dotée d’un cuir chevelu littéralement cauchemardesque, à une époque où trouver un après-shampoing dont la composition ne soit pas un placenta de chèvre broyé était relativement impossible, ce n’était pas pour rien que cette punition des dieux avait été si particulièrement soulignée.

Néanmoins, il ne fallait pas négliger la petite coupe, bien dégagé derrière les oreilles, qu’il avait fallu lui administrer pour qu’elle arrête de jouer la taxidermiste avec toutes les créatures qui présentaient un pénis entre les cuisses. Et c’était à cet aspect du mythe que Grace songeait alors que, la bouge entre-ouverte sur un abime d’incompréhension apeurée, elle tentait de déterminer si les sourcils de l’homme était effectivement bouclé ou s’ils étaient simplement laineux. Et, par extension, combien de couverture elle pourrait confectionner pour les pauvres s’il acceptait de se livrer à une menue épilation. Ses calculs se trouvèrent compliqués quand elle songea aux capacités de repousse très certainement incroyable dont devait disposer le jeune homme. Ses yeux luisèrent d’une lueur dangereuse, mais charitable. Aucun enfant n’aurait froid cet hiver.

Elle examina d’un œil prudent le crâne de son interlocuteur, hochant vaguement la tête à ses propos.

-Un peu de vinaigre et ça partira tout seul, crut-elle n'avoir que pensé, effleurant du bout de l’index, mais pas trop longtemps, de peur de le perdre dans la gaine gluante qui l’entourait, une des mèches luisantes de gel texturisant.

Elle ne pouvait décemment pas les proposer recouvert d’une épaisse couche de goudron à la confection. Non. Elle devrait traiter les cheveux avant d’envisager leur donner une utilité plus concrète que le déguisement de Chewbacca permanent dont se trouvait affublé la pauvre chose en face d’elle.

-Je vais bien. Tout va bien.

Elle agita le menton, pas dupe pour trois sous. Sourire doux.

-Vous n’avez pas à mentir, vous savez. Vous pouvez me parler. J’ai des capacités d’écoute et de concentration très…

Une ride se dessina sur son front. Elle appuya le bout du cierge sur le torse de l’homme, entre l’accusation et la réflexion.

-Vous n’avez pas pris une de mes gelées… Vous êtes le seul… Vous n’allez pas bien… Vous ne mangez manifestement pas assez… Je… Mais…

Elle battit des paupières violemment.

-Oh ! Mais… Vous devez être végétarien ! C’est pour ça, que vous refusez de vous alimenter ? Par protestation ? Altermondialiste, peut-être ? J’admets que les animaux sont mignons mais… A vrai dire, je n’ai jamais vraiment compris le principe de la sous-alimentation sélective, notre Seigneur n’a pas placé un bœuf dans l’Étable pour qu’on lui préfère un substitut mi-carton, mi-tofu-biodégradé mais…

Ses yeux dérivèrent. Reconcentration. Ré-agitation du potiquet à l’odeur de volaille froide devant le nez de l’inconnu.

-Mais vous n’avez pas à vous en faire, vous savez. C’est cent pour cent dépourvu de viande. J’ai regardé la composition.

Elle le fixa, comme prête à finir pendue par les pouces en place Belle-fontaine si on lui dénichait la plus infime trace de fibre animale dans la gelée qui s’agitait mollement entre ses doigts rosis.

-J’ai regardé la composition.

Rejet de cheveux en arrière. Coup d’œil aux sourcils un peu trop actifs pour être totalement inoffensifs. Certes, ils étaient certainement le symbole d’une activité satisfaisante de ses glandes, mais tout de même. Quelle bête pouvait bien s’y être nichée ? Beaucoup trop pour qu’elle ne se prépare pas à se jeter sur le côté à la moindre alerte.

-Excusez moi pour le petit chaperon rouge, mais avec votre visage angélique et vos petits pots de gelées ... Pardon en tout cas, c'était un peu déplacé. En tout cas, vous chantez divinement bien.

-Arrêtez de blasphémer.

Petit coup de réprimande. Rose sur les pommettes. Sourire ravi un peu dissimulé. Déplacement à ses côtés. Bras passé fermement sous le sien. Petite marche forcée avec elle, remake d’un conte adapté aux murs de la sordide maison de repos où il est raconté.

- Même si c’est très gentil de votre part, de le faire. Très gentil. Vraiment. Vous n’êtes vraiment pas mal non-plus, je veux dire… Quel organe ! Avec un peu de travail…

Tête penchée sur le côté.

-Vous devez la travailler, oui… Vous avez déjà fait partie d’un Glee Club ? Vous devez faire partie d’une Glee Club. Vous savez ce qu’est un Glee Club, n’est-ce pas ? Si non, vous pouvez déménager. Lima et les chorales, c’est un peu comme le Tennesse et les ratons laveurs… C’est notre truc.

Petit rire. Un petit pot lancé dans une poussette qui passa.

- Ou, si vous êtes trop timides, ce dont je doute vu votre tenue, vous pouvez peut-être passer à une messe, à l’occasion, si vous voulez prendre le micro…

Clin d’oeil.

-Et ne vous en faîtes pas, nous n’excluons personne…

Rangée de dent. Ton plus bas.

-Personne.

Prunelles dans les siennes. Voix assez FBI dans la forme.

-Orthodoxe, hein ?
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MessageSujet: Re: 03. Maybe Christmas, the Grinch thought, doesn't come from a store.   Mer 8 Jan - 14:56

Un jour, Andrew avait cru lire au détour d'un livre : « Jamais la psychologie ne pourra dire sur la folie la vérité, puisque c'est la folie qui détient la vérité de la psychologie. » Ou peut être était-ce sur une de ces pages pop-up qui apparaissaient dans un plop discret sur l'écran de son ordinateur. Le jeune homme avait d'ailleurs toujours été étonné du magnétisme de son laptop sur les publicités ventant la psychologie ou les bienfaits d'un régime à base de choux rouge, évitant soigneusement les pages pornographiques et cris animaux qui les accompagnaient en général. Andrew ne cessait d'observer la jeune fille devant lui qui semblait venir d'un autre monde -ou peut être était-ce d'une autre époque ?- qui flottait presque au dessus du sol lorsqu'elle déambulait entre les passants, refourguant au passage ses petits pots suspicieux. Une autre époque véritablement, avec ses yeux, immenses et limpides, qui avaient l'avantage d'être deux comme on pouvait parfois l'entendre à la radio. Et ce visage, sublime, pâle et allongé, encadré par une cascade de boucles dorées. Mais c'était le regard clair et presque enfantin qui fascinait Andrew. Au point qu'il n'osait interrompre la conversation qui était complètement surréaliste.

Il aurait pu se débarrasser de la jeune femme, bien sûr. Même s'il en avait de sérieux doutes à mesure que la discussion avançait. Et pouvait il appeler vraiment ça une discussion ? Elle l’assommait à force d'assertion, son esprit slalomant à travers des certitudes fumantes quand un Schumacher en bout de piste. Ou pouvait elle chercher tout ça ? Participait-elle, sans le savoir, à une entreprise d’insertion des jeunes en mal d'intégration ? Dans tous les cas, Andrew se sentait piégé, acculé par un félin magnifique qui l'avait pris par surprise à coup de sourire et d'assurance déconcertante. Et de petits pots ridiculement mignons. Quoique étranges. Les questions qu'elle lui posait sur sa religion avait le don de l'agacer. Déjà parce que ce n'était en aucun cas le sujet, pas au milieu d'un centre commercial, un micro sans doute encore ouvert dans une main qu'il ne pourrait dire amicale, même s'il se doutait bien que les personnes venues faire leurs achats de Noel croyaient dans l'ensemble à ce Christ crucifié. Mais surtout parce qu'Andrew ne savait pas se placé au milieu de toutes ces croyances, superstitions, religions. Il se souvenait encore d'un de ses professeurs assénant en cours : "Une religion, ce n'est qu'une secte qui réussi. Comment pensez vous que les romains considéraient les chrétiens à l'époque ?" Alors il s'était mis à douter. Quand ses parents récitaient le bénédicité et que son père jurait contre une équipe de baseball l'instant d'après. Quand il entendait que Dieu n'était que bonté et pardon, mais qu'il enverrait les homosexuels en enfer. Quand écoutait les sermons des prêtres, et les scandales dans lesquels ils étaient mêlés. Andrew ne doutait plus aujourd'hui. Il croyait en un dieu, qu'importe le nom qu'on pouvait lui donner. Mais ne croyait pas en une religion que les hommes auraient écrit, que les Hommes auraient manipulé.

La voix de la jeune femme perça ses tympans et le rideau brumeux de ses pensées. Orthodoxe, hein ? Sa voix basse s'était faite douce, moins enfantine, plus suave. Peut être s'était-il trompé lui aussi. C'était juste une jeune femme passionnée, vraiment croyante. Lorsque la ferveur frisait le fanatisme, le mysticisme, ce n'était jamais bon signe.

"Non du tout. Désolé, je ne saurais pas vous répondre. Je crois. Mais je ne sais pas en qui."

Rire gêné. Sourcils qui se froncent. Andrew avait toujours une tête étrange quand il riait quand il était dans une posture délicate. Il ne savait pas à quoi répondre. Et si toutes les questions, purement rhétorique pour certaines, nécessitaient une réponse.

"Cependant, je veux bien assister à un office. J'avoue que ça fait un moment que je ne suis pas entré dans une église."

Trop de mauvais souvenirs. On y allait que lorsqu'on était triste. Que l'on venait de perdre quelqu'un. Ou que l'on cherchait des réponses qui souvent étaient perdues dans l'écho silencieux des murs froids d'une église. Les cierges, l'homme crucifié et son regard peiné, pour lui, pour eux, et les vitraux, tout était triste dans une église. Même la flèche et ses cloches ne chantaient que pour sonner la mort d'une nouvelle heure de la journée, ou jouer le dernier hymne d'une vie qui venait de s'éteindre. Un monument créé par un mort, pour les morts. Et les vivants y entraient, passaient à côté, oubliaient. Comment Andrew pouvait-il aimer les églises ? Mais la jeune femme semblait si pleine de vive, souriante et aimable. Elle avait ce physique si stéréotypé de la chrétienne blonde aux yeux bleus, qui devaient préparer des petits biscuits de Noel en chantant et les distribuer aux SDF sous le porche de des immeubles du quartier. Ou à préparer des cartons d'affaires qu'elle ne mettrait plus pour une jeune maman sans le sous. Un ange fanatique qui attaquait les mortels avec des substances gélatineuses végétariennes. Même Dieu utilisait les armes chimiques maintenant.

"Je m'appelle Andrew."

Main tendue. Évitant le cierge vaudou qu'elle tenait encore dans ses bras. Au moins elle ne lui avait pas arraché un de ses cheveux. Et ne surtout pas donner son nom de famille. Elle serait bien capable de lui laisser le cierge sur le pas de la porte de son appartement. Ou pire. Le demander en ami sur Facebook.
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MessageSujet: Re: 03. Maybe Christmas, the Grinch thought, doesn't come from a store.   Dim 2 Mar - 14:59

-Non du tout.

La pianiste contint un vagissement bouleversé. Le fait qu’elle se trouve à une vingtaine de centimètres du visage visiblement régulièrement hydraté de son interlocuteur avait sans doute joué dans l’apparition de cette inattendue contenance émotionnelle et salivaire.

-Désolé, je ne saurais pas vous répondre.

De petits points noirs tremblotants s’accumulaient dans son champs de vision. Après une analyse rapide, Grace conclu qu’en les reliant soigneusement un à un, activité ô combien productrice de chef d’œuvre formaté chez les deux-cinq ans, le dessin fournit serait l’esquisse délicate d’une danseuse façon Degas. Ou la coupe sagittale d’un tatou. C’était à l’appréciation de l’artiste.

- Je crois.

Réouverture des voies respiratoires. Dissolution des gribouillages mentaux.

-Mais je ne sais pas en qui.

Grace l’observa avec son air profondément lointain. Ce genre de regard qui effrayait toujours la caissière que la question des moyens de paiement arrivait au bout des tonnes d’aliments que Grace arrachait au monde cruel et capitaliste des supermarchés chaque semaine que Dieu m’était à sa disposition, et décidait généralement de philosopher de longues minutes sur la problématique avant de conclure qu’elle avait de vieux bons d’achat probablement à la limite de l’expiration.

-En Dieu, évidemment.

Ses sourcils étaient haussés bien haut, comme il convenait dans ce genre de situation au-delà du surréalisme. Qui, étonnamment, semblaient se répéter avec une persistance particulière depuis quelques temps. D’aucun parleraient de l’énergie particulière qu’un changement d’années pouvaient apporter au Cosmos. Elle privilégiait ici la théorie de l‘intoxication généralisée aux émanations de neige décorative sur sapin.

-On sait tous ce en quoi on croit. C’est inné. C’est logique. C’est comme savoir que le soleil va se lever. Ou que l’eau ça mouille, l’acide, ça pique, tout-ça. Ou comment faire une omelette. C’est dans le génome humain.

Respiration.

-J'avoue que ça fait un moment que je ne suis pas entré dans une église.

Grace resta interdite. Tout cela était absurde. Impossible. Il paraîtrait que garder la bouche ouverte permet réellement d’améliorer les capacités de concentration. En ce cas précis, Grace, qui dévoilait largement ses amygdales à l’inconnu notoire, et ses pauvres neurones en pleine surtension étaient la preuve évidente qu’il n’en était rien.

-Mais… Pourquoi ?

La supplique révoltée n’allait bien sur pas sans les reliefs plaintifs d’un bébé chèvre fraichement tondu geignant dans le froid d’un hiver montagnard.

-C’est bien, les offices. C’est même très bien. Même plus que ça. Beaucoup plus. Vous devez venir. Vous allez voir. J’ai même une application sermon. Elle est gratuite.

Pause.

-Enfin… Non. Mais que vaut l’argent dans le monde de notre Seigneur ?, balaya-t-elle mouvement de la main particulièrement dédaigneux.

Sourire peut-être même pas assez nerveux. Le prénom apparu dans la conversation.

-Andrew. C’est très…

Elle ouvrit la bouche. La referma. La ré-ouvrit. Et l’action se répéta à loisir, trop convulsive pour ne pas être inquiétante, jusqu’à ce qu’un adjectif choisit au plus grand hasard, nouvelle édition de sa traditionnelle petite loterie grammaticale improvisée, s’éructait de sa poitrine.

-… russe.

Froncement de sourcils.

-Non ? Ou… Je ne… Vous ne trouvez pas que ça fait russe, vous ? Moi, oui. C’est vraiment très russe. Vos parents sont russes ? Ou Norvégien, peut-être ? C’est la même chose, non ? Vous êtes russe ? Vous parlez russe ? Vous enseignez le russe, non ? Vous êtes bien sûr ? J’ai toujours voulu apprendre à parler russe… Pas vous ? Ah non, puisque vous l’êtes… Enfin… J’imagine… Ca ne doit rien empêcher… Mais… Ca serait… Etrange.

Silence dont la Hamilton ne saisit absolument pas la profondeur gênante. Rejet de cheveux en arrière. Sa voix baissa soudain, passant de l’ultra-son enjoué au chuchotement pensif, sans même qu’elle ne s’en rende compte.

-La Foi, c’est la seule chose qu’on ait, tu sais. C’est un peu notre bon de commande, notre code barre, depuis la Création. Il le sait. Tu le sais. Tout le monde le sait. L’admettre, voilà à quoi sert les offices. Et à le célébrer. Dieu est partout où on souhaite qu’il soit…

Et Grace en savait quelque chose.

-Regarde autour de toi. Il est là. Laisse-le t’aimer, Andrew.

Elle releva son menton, savourant comme un véritable miracle olfactif les bouffées d’oxygène mêlé de vapeur de parfum bon marché très certainement cancérigène qui s’accumulait dans ses poumons à chaque inspiration. Ses iris illuminés, probablement résultat d’une hyperglycémie en pleine action. Elle s’astreint à ne pas tomber à genou devant la Grandeur Divine qui l’emportait, eut-elle égard pour la quadragénaire bien tassée qui traînait à leur côté sa surcharge pondérale saucissonnée dans un tailleur aux proportions impressionnante, et dont le visage rougeaud de l’effort que la marche lui imposait ne semblait pas disposée à affronter un obstacle au-delà de la canette placé sur son chemin. Elle se contenta d’un jappement doublé d’un frisson ravi et d’une tétanie apparemment complète du visage dans sa posture la plus extatique. Autant dire qu’elle était au maximum de ses compétences en matière de discrétion.
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MessageSujet: Re: 03. Maybe Christmas, the Grinch thought, doesn't come from a store.   Mer 19 Mar - 13:36

Un bourdonnement. La blonde était un bourdonnement au creux de ses oreilles. Elle ne s'arrête jamais de parler celle-là ? Andrew avait déjà eu cette impression. Allongé dans l'herbe, les mains passées derrière la tête, à apprécier la brise printanière. Et un bourdon avait ronronné non loin de son oreille, au cœur d'une fleur de trèfle. En cours, un peu plus tôt. Un professeur de littérature qui lisait un énième passage d'un énième classique anglais, pompeux et carrément barbant. Andrew avait vite décroché du cours, regardant par la fenêtre, observant un mur blanc qui semblait n'avoir jamais eu autant d'intérêt. Et aujourd'hui dans le centre commercial, les écouteurs sur les oreilles, le brouhaha de la foule se déversant autour de lui, toile de fond de ses chansons préférées qui braillaient dans ses oreilles à grands renforts de femmes afro-américaine et d'octaves. Mais Grace avait cette tendance désagréable à savoir moduler sa voix. Elle devait le sentir, quand il décrochait. Elle se lançait dans des démonstrations mystiques, la voix tantôt basse et grave, tantôt aiguë et terriblement enfantine. Donc agaçante. Réflexe idiot, il tourna sa tête autour de lui, essayant de voir si quelqu'un pouvait l'aider. Ce qu'elle du prendre pour une volonté de sa part de trouver Dieu quelque part. "Regarde autour de toi. Il est là".

"Tu es toujours comme ça ?" Andrew était d'une patience exemplaire. Sauf avec les personnes âgées qui mettaient leur chariot de course au milieu du rayon pour parler avec leur voisin de chambre de la maison de repos. Ou avec les enfants qui braillaient en plein caprice devant leurs parents désespérés, dépressifs ou complètement blasés. Mais il pouvait rajouter à sa liste les blondes aux yeux étrangement clairs et sous acide. "Je veux dire, on se croirait dans une comédie musicale mise en scène par une communauté mormone." Il leva les yeux au ciel, passant une main lasse dans son épaisse chevelure. Il aurait pu partir, vexé par les réflexions qu'elle avait faite à son égard. Qu'avaient-ils tous contre ses cheveux ? Ses sourcils ? De toute façon, il ne croyait pas. Ne croyait plus. Après tout, il faisait parti de ces pécheurs que l'Eglise ne pouvait pas pardonner. Il ne croyait pas non plus son discours sur l'application smartphone -elle était sérieuse ?- et sur le code barre. On était en pleine science fiction.

"Je crois que Dieu et moi on s'est mis d'accord. Une question de bien commun tu vois. Je ne m'occupe pas de ses affaires, et il fait de même." Mon dieu, était-il vraiment en train de parler religion. Changer de conversation. Vite. Trouver un truc. Ses yeux ? Ses cheveux ? Non, surtout pas quelque chose qui tournait autour d'elle. Et de sa vie. Elle serait capable de dire qu'elle devait tout à Dieu. Merci Darwin et papa maman. Et l'évolution. Même pokémon avait compris le principe de l'évolution. Alors que l'Eglise était en retard. Comme d'hab'. Bras. Main. Micro. Pot. Oui, parler des pots. De ce qu'elle faisait ici à chanter avec de la gelée dans les mains. "Et sinon, tu fais quoi ici, à distribuer des pots de gelées ? C'est pour une association particulière ?" Si elle lui disait que c'était pour l'Association de Dieu contre la Faim dans les églises du Soudan, il s'enfuirait en courant. Et puis elle parlait de logique. Rien n'était logique dans la religion. Le pain, le vin, le sang, ils buvaient le sang du Christ quoi ! Marcher sur l'eau, la mer rouge de sang, même le Paradis. Bref. Question pour un champion.

"D'ailleurs, comment Marie peut être la mère de Dieu si Jesus est fils de Dieu ?" Tu as trois heures, tu peux utiliser ta calculatrice sweety, mais je veux voir ton brouillon. Good luck. D'ailleurs, il n'y avait pas plus paien que l'américain de base. Andrew était certain qu'elle fêtait Halloween, qu'elle mettait un sapin à Noel -non mais allo, des sapins à Jerusalem ?- et qu'elle célébrait plus le lapin de Pâques et ses chocolats qu'autre chose. Mais Andrew sentait le piège venir. Et il se préparait psychologiquement à un cours de plusieurs heures sur la philosophie chrétienne. Amen.
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03. Maybe Christmas, the Grinch thought, doesn't come from a store.

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