Choriste du mois


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 03. Christmas murders

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MessageSujet: 03. Christmas murders    Sam 30 Nov - 23:59


Noël. Près de trois semaines d’avance et déjà le marché était installé sur la place Bellefontaine. De même que les illuminations, les promotions spéciales, les devantures neigeuses couvertes de petits pères Noël et de rênes aux nez rougeoyants, les paquets cadeaux, et le matraquage publicitaire. Partout ce n’étaient que cantiques et chansons niaises vous fredonnant doucement que tout allait bien dans le meilleur des mondes, et que vous seriez couverts d’amour et de présents pendant les fêtes. Sur la route le menant à Columbus, Larry changea la station de radio de son Aston Martin pour retomber sur cette insupportable chanson pleine d’espoir et de bons sentiments qu’il avait déjà fui trois fois. Maybe this Christmas. Pendant toute son enfance, Larry avait détesté Noël. Ce n’était qu’une occasion de plus de rappeler à sa famille et ses amis qu’ils ne pouvaient pas se permettre de céder à la tentation de faire de beaux cadeaux, et de dépenser sans compter pour le Vendredi Noir. Là où dans les films, les sapins étaient grands, et verts, gonflés d’épines et de guirlandes colorées, et recelaient des montagnes de trésors tous plus époustouflants les uns que les autres, la réalité n’était que déception. Ses parents faisaient toujours du mieux qu’ils pouvaient, bien sûr, mais comment faire face comparé au rêve américain affiché sur tous les écrans ? Le seul réconfort qu’il trouvait pendant cette période de froid polaire et de faux semblants se trouvait dans les livres, qui, eux, ne cédaient pas à la tentation facile du cliché commercial qui avait depuis longtemps remplacé la nativité. Pas de Père Noël, pas de sapin, pas de cadeaux, rien que des mots.

Le temps avait passé depuis, et il avait désormais les moyens de s’offrir le plus gros arbre capable de passer la porte de son appartement et de couvrir sa femme de biens matériels aux prix tous plus exorbitants les uns que les autres. Il n’avait plus à ressentir l’amertume de Noël, mais il n’en demeurait pas moins que l’écrivain avait conservé cette rancœur contre les fêtes de fin d’année, et qu’il n’était jamais en reste lorsqu’il s’agissait d’en pervertir les mythologies ordinaires. C’est pour cela qu’il avait sauté sur la proposition que lui avait faite la bibliothécaire générale de Ohio State University. Un séminaire d’écriture sur le thème de Noël ? Voilà l’occasion rêvée de faire des fameuses fêtes de famille le point de départ d’un crime atroce. Après tout, ils ne s’attendaient certainement pas à faire découvrir l’écriture des contes à leurs participants en invitant un auteur connu pour ses romans noirs et ses thrillers policiers, pas vrai ? Le salaire qu’il touchait pour faire cette intervention était plus qu’honorable —rien en comparaison de ce que promettait le cambriolage prochain de la veuve Holcomb, mais honorable. Personne ne lui avait réclamé de présentation informatique où il exposerait de manière rébarbative les publications de sa maison d’édition sur des diapositives animées qui feraient planter son ordinateur. Il était libre de faire tout ce qui lui plairait, et le voleur comptait bien en profiter.

Poussant la porte de l’imposant bâtiment aux mille fenêtres, Larry repoussa ses lunettes de soleil d’aviateur sur le haut de son crâne pour admirer la vue. Derrière l’accueil on devinait déjà les premières rangées de livres en libre service à chaque étage à travers les parois vitrées qui donnaient sur le hall d’entrée. Les tables en bois massif étaient couvertes de papiers en tous genre et les bruits des crayons et des claviers résonnaient de manière étouffée sous la coupole. S’il avait pu aller à l’université, Larry aurait sans doute passé le plus clair de son temps dans un endroit pareil, aussi remarquable par son architecture que par les secrets du savoir qu’il recelait. Toutefois, pas le temps de s’apitoyer sur son sort, aujourd’hui il était Hilton Surray, écrivain à succès dont personne n’aurait pu soupçonner qu’il n’avait pas mis un pied dans le supérieur, et il allait donné à tous ces petits intellos à la manque une leçon d’écriture qu’ils n’oublieraient jamais. Il se dirigea droit vers la première hôtesse et lui adressa son plus beau sourire carnassier en appuyant un coude sur le comptoir : «Hilton Surray. Je viens animer un séminaire d’écriture. Auriez-vous l’extrême amabilité de m’indiquer la salle ?» Doucement, il tira sur l’extrémité de ses gants en cuir noir pour les retirer, et les glissa dans la poche de son manteau de laine lorsqu’enfin la jeune femme sembla retrouver ses esprits pour bondir hors de sa chaise et lui ouvrir le chemin. «Monsieur Surray ! Je suis vraiment désolée, je ne vous avais pas reconnu.» marmonna-t-elle ne baissant les yeux, ses petits talons noirs cliquetant sur le sol carrelé du hall tandis qu’elle fonçait en direction de l’ascenseur. Et comment aurait-elle pu ? Larry n’avait jamais fourni de photographie à son éditeur pour apposer son portrait sur la quatrième de couverture. Il ne se cachait plus depuis sa sortie de prison, mais conservait cete image mystérieuse de l’auteur aussi insaisissable que ses meurtriers. Gardant les lèvres scellées, il suivit son éclaireuse jusqu’à un recoin de la bibliothèque qui semblait avoir été aménagé pour l’occasion.

On se serait cru à la croisée des mondes, entre Halloween et Noël, les meurtres d’Agatha Christie et l’atelier du Père Noël. La décoration était parfaitement ridicule, mêlant haches et elfes, sapins pailletés et lumières tamisées, mais il faudrait se contenter de ce décor pour éveiller les quelques esprits curieux venus s’aventurer jusqu’ici pour le rencontrer et participer à ce qu’il avait décidé être l’élaboration du crime parfait. Il salua une dernière fois la jeune femme d’un signe de tête, puis l’écrivain se déplaça d’un pas nonchalant jusqu’au bureau qui devait de toute évidence être le sien puisque vacant face aux autres, occupés par des badauds dont il tâcherait d’extraire les pires horreurs. Il ôta son manteau et le plaça précautionneusement sur le dossier de sa chaise avant de faire le tour de la table pour s’asseoir sur le rebord. «Qui a tué la grand-mère ?» demanda-t-il à voix haute et claire à son assemblée en guise d’introduction. «Ou bien était-ce le père ? Le frère ? La cousine germaine ?» Joignant ses mains devant lui, Larry laissa un sourire jouer sur ses lèvres en attendant une réaction quelconque de son audience. «Personne ?» relança-t-il une dernière fois. «Pour commettre le meurtre parfait le jour de Noël, vous m’accorderez qu’il nous faut d’abord une victime.» Le romancier décroisa les doigts pour prendre appui sur le bureau et se relever, faisant quelques pas autour des premières tables pour contempler les apprentis rédacteurs. «Et c’est précisément ce que nous allons faire : tuer quelqu’un le jour de Noël, et permettre à notre criminel de s’en sortir. Et je ne parle pas du meurtre d’un elfe du Père Noël par un renne, je vous en prie.»
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MessageSujet: Re: 03. Christmas murders    Mer 11 Déc - 20:27

Le vent glacé soufflait dans le cheveux de Jordan qui courait tant bien que mal au travers de allées gelées de l'université. En retard, encore. Il remonta le col de sa veste et sauta sans aucune classe au dessus d'une plaque de verglas. Ses poumons étaient en feu, il avait le nez rougit par le froid et c'était à peine si il pouvait bouger les doigts. Il ne lui restait plus que quelques mètres et il pourrait profiter de la chaleur de la bibliothèque universitaire. C'était un endroit bien étrange pour Jordan. Il n'avait jamais fait d'étude et il avait dû mettre les pieds à l'université seulement deux ou trois fois dans sa vie. Mais là, c'était l'opportunité. Il allait rencontré Hilton Surray, le célèbre écrivain. De plus, c'était un atelier d'écriture et le journaliste était plutôt à l'aise avec cette forme d'art. Il était même plutôt bon à vrai dire. Des meurtres, de l'écriture, un professionnel, Jordan n'avait pu ignorer l'annonce. Il avait fait des pieds et des mains pour obtenir une place, mais son nom et son sourire avait finit par avoir raison de la petite secrétaire.

Il poussa violemment les portes de la bibliothèque et rentra d'une démarche assurée, occultant le fait qu'il avait des stalactites qui lui coulaient du nez. Il marcha jusqu'à l’accueil et demanda à l'hôtesse de lui indiquer l'endroit où se déroulait l'atelier. Il suivit au pas de course la direction indiquée et arriva enfin au recoin aménagé pour l'occasion. Tout le monde était déjà assit, mais heureusement pour lui Surray n'était pas encore arrivé. Il afficha un grand sourire en arrivant au niveau de bureau, tous alignés en rang d'oignon. Il enleva ses gangs comme l'un de ces gangsters des années soixante dix et les enfonça dans la poche de son manteau « Avery, le seul et l'unique, pour vous servir. » il fit un léger signe de la main et remit ses cheveux en place « Je vous en prie. » finit-il par dire alors que tous le regarder avec des yeux ronds. Une place était encore libre à côté d'un jeune homme. Il alla s'asseoir à ses côtés, dans un vacarme bien à lui. Il se retrouva à côté du mur, avec au dessus de sa tête un elfe tenant une hache. R-I-D-I-C-U-L-E. Ça le mettait presque mal à l'aise. Il retira son manteau qu'il posa sur le dossier de sa chaise. Derrière lui, une jeune femme qui chantonnait joyeusement Jingle Bells afin de passer le temps, ce qui tapait légèrement sur les nerfs de Jordan. A peine deux minutes s'étaient écoulées que Jordan en avait déjà sa claque. Il se retourna brusquement « Si vous n'arrêtez pas de chanter cette stupide chanson de vôtre voix de crécelle, je me verrais contraint de vous ligoter avec une de ces guirlandes lumineuses et de vous achevez avec la hache de cet elfe. » dit-il d'une voix sans intonation. Elle le toisa. « On est dans un pays libre, je fais ce que je veux. » Gamine. Il haussa un sourcil. « Vous vivez dangereusement mademoiselle. ».

Il se retourna vivement vers l'entrée lorsqu'il entendit Hilton arriver. « Un grand écrivain ». Mouais. C'était un peu exagérer, il devait faire un mètre soixante les bras levés. Il aurait pu jouer un Hobbit, ça aurait été très crédible. Jordan le suivit des yeux alors qu'il s'installait. Il ne prit pas la peine de se présenter et se lança directement dans le vif du sujet. Il chercha une victime pour son meurtre parfait le jour de noël. Personne dans le « public » ne réagit à ses questions. Jordan regarda vivement autour de lui. La belle-mère, il fallait tué la belle-mère. Non trop facile. La grand-mère ? Ce n'est pas assez tragique, elle était déjà en sursis. La cousine ? On s'en fou de la cousine. Le frère ? Déjà mieux. « La fille ! » déclara-t-il en levant la main. Parfait. Son voisin de table le regarda de travers. « Qu'est-ce t'as ? Tu veux un autographe ? » lui cracha-t-il. L'autre lui ria au nez. « La fille, c'est vraiment idiot. » Jordan le regarda de haut. Comment osait-il ? « C'est toi l'idiot. » Il était jaloux, voilà tout. Le jeune homme tourna la tête et l'ignora. « Monsieur Surray, avouons que la fille, c'est parfait ! Non ? Tragique à souhait. Elle a trop fouiné dans les affaires de son nouveau beau-père et bam ! » Oui, il était fier de lui. Comment ne pas l'être ? Son voisin soupira bruyamment en levant les yeux au ciel. Jaloux. Jaloux, jaloux et encore jaloux. Evidemment ce n'était que l'idée de départ, il fallait approfondir le mobile, la psychologie des personnages. Mais le plus gros du boulot était fait. Puisqu'il ne voulait pas d'un meurtre de renne par un elfe armé et que les trois quarts de l'assemblée semblaient avoir le Q.I d'une moule, il fallait bien que le journaliste se dévoue. Ce n'était pas son idiot de voisin de table ou la chanteuse de salle de bain qui allaient inventer un meurtre digne de ce nom. Jordan prenait son boulot de sauveur très à cœur. Il se posa dans le dossier de sa chaise et suivit du regard l'écrivain qui déambuler dans les rangs. Le photographe croisa ses mains et joua avec ses pouces. Il aurait dû se reconvertir en écrivain, ça lui allait à merveille.
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MessageSujet: Re: 03. Christmas murders    Dim 22 Déc - 16:58

À quoi pensait-il au juste en acceptant ce séminaire ? Ah, oui. Le plaisir de détourner toute cette joie de Noël factice pour faire ressortir le pire criminel enfoui en chacun. De toute évidence, la petite assemblée avait encore quelques réserves à rentrer dans le vif du sujet à en juger par le silence qui répondait à ses questions. Peut-être qu’une série de diapositives présentant son passé d’écrivain et la biographie factice qu’il avait inventée de toute pièce avec son éditeur aurait permis aux plus timides de sortir de leur torpeur. Je vous montre que je suis un être humain normal mais néanmoins capable de coucher les pires abominations sur le papier, et puis vous vous mettez à table pour exorciser tous vos démons de repas de famille passés à rêvasser de planter une fourchette dans la main de Tatie Jackie qui vous racontait pour la dix millième fois sa rencontre avec le sosie d’Orlando Bloom à la supérette du coin. Plaçant ses mains de chaque côté de ses hanches pour s’agripper à la table et ne pas trahir sa nervosité, l’écrivain sonda la salle du regard à la recherche de celui qui aurait une petite lueur d’inventivité dans le fond des yeux mais qui se cachait encore derrière un voile de pudeur ou de gêne. Larry n’était clairement pas aussi à l’aise assis sur le bureau de la bibliothèque universitaire que dans le petite salle de classe qu’on lui avait allouée à McKinley pour animer une partie du club de littérature. Les lycéens inscrits dans son groupe n’étaient peut-être pas tous de futures grandes plumes, mais ils n’avaient en général pas de honte à juger les autres et à laisser libre cours à leur imagination, aussi perverse soit-elle. Le cocktail parfait pour se lancer dans l’écriture et la critique. Rien de tel que la jeunesse corrompue de l’Ohio pour être créatif, et écouler des stocks de drogues diverses. Mais il n’était pas temps de penser à ses affaires. La littérature était un loisir qui devait lui permettre de sortir la tête du guidon, tout affairé qu’il était à préparer l’intervention chez Brittany jusque dans des détails ridicules. Un break bien mérité après son récent accrochage avec la petite amie de son plus jeune dealer qui avait failli remettre en cause toutes ses opérations en voulant jouer les héroïnes de pacotille. S’il remettait la main sur cette petite garce, il ne pourrait plus jurer de rien. Par chance, un brun assis au milieu du petit groupe finit par se manifester en levant bien haut la main, le tirant de ses pensées houleuses. «Un courageux !» s’exclama Larry d’un ton enjoué pour tâcher d’enhardir le reste des participants. Mais de toute évidence le jeune homme ne lui prêtait plus la moindre attention, trop occupé à agresser son voisin de table. Seigneur...

Laissant son premier participant actif aller jusqu’au bout de son idée une fois son altercation terminée, Larry plaqua son sourire le plus bienveillant sur ses lèvres et se redressa pour faire quelques pas en direction de la première rangée de petits bureaux. «Il n’y a pas d’idée idiote.» dit-il posément, en épinglant du regard le petit malin qui avait jugé bon de rire sans rien proposer d’autre. «Toute piste mérite d’être exploitée, c’est pour cela que je voudrais entendre plus d’avis.» Posant ses mains sur la table de la jeune femme qui le regardait avec de grands yeux effrayés et le rose aux joues, il se pencha vers elle. «Qu’en pensez-vous mademoiselle ? La fille et le beau-père ?» Ne lui laissant pas le temps de répondre, il se déplaça vers sa voisine qui semblait beaucoup plus composée et sûre d’elle. «Une famille recomposée ? Est-ce que c’est l’image que l’on veut donner pour notre petite histoire de Noël ?» Se détachant des tables, il croisa ses mains à la base de son dos en faisant quelques pas d’un air pensif, partageant avec eux le fil de ses idées à voix haute. «Bien sûr, dans une société comme la nôtre le divorce est chose commune. Pas besoin de fêtes de fin d’année pour briser un noyau familial déjà tout prêt à imploser. Je vous l’accorde.» L’écrivain poursuivit son chemin entre les tables, suivi des yeux de manière presque angoissante par tous ces adultes qui avaient soif de littérature, ou beaucoup de temps à perdre, et ne fit halte que face au jeune homme qui avait levé la main en premier. «Qu’a-t-il donc fait, votre beau-père ?» Ses yeux glissèrent sur son voisin le ricaneur. «Est-ce lui qui s’est chargé du sale boulot ? Ou bien est-ce la mère, qui vieillit mal et en veut à sa fille d’avoir la jeunesse qu’elle a perdu à jamais ? Soupçonne-t-elle une aventure entre son nouveau mari et la jeune fille ? Est-elle de mèche avec l’autre ?» Larry s’immobilisa devant le bureau, ses mains toujours liées derrière lui, bien décidé à ne pas lâcher le morceau avec ce moqueur du dimanche. «Et vous jeune homme ? Que venez-vous faire ici si c’est pour dénigrer les idées de vos petits camarades du jour ?» Son regard noir se durcit nettement, de même que ses lèvres fines s’étendirent en une ligne sèche. «Qu’avez-vous à nous proposer de mieux que votre voisin ?» insista-t-il devant le silence embarrassé qu’il venait de réinstaurer dans la salle.

«Revenons-en à la fille.» finit-il par déclarer en tournant les talons pour rejoindre son avant-poste face à tous les participants. Il devait conserver son masque d’écrivain sympathique pendant encore quelques heures et ne pouvait pas se permettre de laisser son tempérament prendre le dessus à chaque fois que l’un de ces idiots ferait quelque chose d’irritant ou d’inadéquat. Il n’avait de toute évidence pas hérité de la future promotion du prix Pulitzer, mais aujourd’hui son rôle n’était pas d’apprendre à ces gens à écrire ou à s’améliorer, mais simplement de leur faire passer quelques heures dans le calme en leur faisant miroiter la publication d’une nouvelle collective dans l’une des revues littéraires diffusées dans l’université.
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MessageSujet: Re: 03. Christmas murders    Dim 2 Fév - 14:01

Les gens de cette ville pouvait vraiment être idiot, en commençant par son voisin de table. Il avait pu le remarquer déjà à l'époque où il n'était qu'un lycéen, et depuis son retour de Londres rien avait changé. Les journalistes du journal de Lima qui étaient tous de parfaits abrutis, qui avait toujours des idées d'articles plus médiocres les unes que les autres, du genre « Madame Datcher et ses dix-huit chats » ou « Comment perdre du poids en continuant de manger des donuts. ». Quel est l’intérêt de ces articles ? Il n'y en a aucun. Heureusement, Jordan était là pour relever le niveau. Mais il ne serait pas toujours un simple journaliste. Certes il était un photographe de renommée mondiale, demandé de partout et dont les expositions rameutaient les foules, mais il voulait plus. Un jour peut-être créerait t-il son propre magazine. L'idée n'était pas exclue, bien au contraire il y pensait activement.

L'écrivain Surray s'approcha de leur table, et déclara qu'il n'y avait pas d'idée idiote. Jordan afficha un air satisfait et lâcha un petit « Nah ! » vainqueur. Il avait envie de lui tirer la langue également, mais c'était plutôt immature. L'écrivain dit alors qu'il voulait entendre plus d'avis et il commença à déambuler à travers les rangs à la recherche d'avis. Mais tous étaient aussi silencieux les uns que les autres. Il revint finalement vers eux, posant des tas de questions, d'abord à Jordan puis à son abrutit de voisin aussi vivace qu'une huître en chaleur. Il évoqua les raisons du meurtre, les complices, la façon dont elle avait été tué. Finalement, cet écrivain lui plaisait bien. C'était en quelque sorte une version plus âgé de Jordan, en moins sexy et beaucoup moins grand. Le brun toisait son voisin de table alors que Monsieur Surray lui demandait si il avait une meilleure idée, puisque celle du journaliste ne semblait pas lui plaire. Jordan croisa ses doigts et appuya sa tête sur ses poings comme une jeune lycéenne, et il battit des cils de manière ridicule, attendant une réponse de la part du jeune homme. Ce dernier balbutia quelques inepties, puis il finit par ce taire.

L'écrivain tourna les talons et proposa de revenir à la fille. Encore une fois, personne ne se manifesta. Décidément, ils étaient vingt, mais ils n'étaient pas très productifs. Jordan leva de nouveau la main, plus calmement cette fois, puisque de toute manière, personne n'allait l'interrompre. « La fille aurait pu ne jamais apprécier son beau-père, qui aurait pu lui-même vouloir abuser d'elle. » c'était assez banal il fallait l'avouer, mais il n'était pas aidé par le reste de l'assistance. Il retourna vers les autres jeunes qui se trouvaient derrière lui, aussi animés que des plantes vertes. « Je sais pas, aidez moi ! » en vain. Il fit de nouveau face à Surray « Il l'aurait tué pour l'empêcher de tout dévoiler à sa mère à la veille du repas ? Il aurait pu le maquiller en suicide. Une ado mal dans sa peau qui se suicide ça n'éveillerait pas les soupçons. » c'était peut-être que l'écrivain Surray allait rigoler de cette proposition, mais Jordan n'était pas écrivain, et il était le seul à participer.

Son voisin de table soupira bruyamment, une nouvelle fois. « Si ça te plaît pas, tu n'as qu'à trouver une meilleure idée ! » déclara-t-il. Soudain, il sentit quelque chose heurter l'arrière de sa tête. « Oh ! » s’exclama t-il avant de se retourner vivement. Il découvrit alors le jeune homme assit derrière arborant un sourire narquois « Fou la paix à mon pote, c'est pas de sa faute si tes idées son naze. ». Jordan plissa le nez. De mieux en mieux. Il se retourna et serra les dents. Son idiot de voisin de table pouffa de rire. Le journaliste le toisa, mais préféra se taire, vu que tout cela ne semblait pas amuser l'écrivain. « Monsieur, je pense qu'en creusant un peu, ce n'est pas une si mauv... » une boule de noël rouge heurta sa tempe cette fois. Jordan devint aussi rouge que l'objet qui venait de l'agresser et il se retourna d'un coup. « Bon ça suffit maintenant ! C'est pas de ma faute si je suis le seul qui une once de bon sens ici ! » il était vraiment au bord de la crise de nerf. Il lui balança sa gomme dans la figure et fit de nouveau face à l'écrivain, l'air boudeur. Un nouvel objet volant non-identifier traversa la salle et atterrit sur monsieur Surray. Le brouhaha cessa d'un coup. Jordan leva les mains au ciel « C'est pas moi ! » jura le brun, la bouche entre-ouverte. Ils étaient mal, très mal. Mais cela ne sembla pas arrêter les autres andouilles qui se trouvaient derrière lui.
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MessageSujet: Re: 03. Christmas murders    Ven 28 Fév - 19:31


Seigneur. C’était bien pire que de donner un cours à des enfants, puisque l’assemblée n’avait absolument plus l’âge de se comporter de la sorte, mais la scène qui se jouait sur les tables du milieu ne semblait choquer personne d’autre que lui. Entre les regards noirs échangés, les remarques idiotes concernant le petit fayot qui avait répondu en premier et maintenant les onomatopées d’autosatisfaction, Larry se sentait déjà au bout du rouleau et peinait à voir le bout du tunnel. Et il n’y en avait visiblement pas un pour rattraper l’autre, ni même pour faire diversion en proposant une nouvelle idée révolutionnaire pour l’élaboration de leur intrigue. L’écrivain devait toutefois tenir bon, et animer cette séance jusqu’à la dernière seconde rémunérée sous peine de se faire mal voir par sa maison d’édition, et la bibliothèque, qui possédait quelques exemplaires de ses écrits, et achèterait donc vraisemblablement les prochains. S’il voulait que ses rentrées d’argent restent vraisemblable pour le commun des mortels trop occupé pour aller fouiller dans ses relevés de compte, il lui fallait tout de même vendre quelques livres. Notamment à la belle brochette d’apprentis écrivains qui bataillaient ferme pour le prix du manque d’inspiration le plus flagrant. Prenant une profonde mais discrète inspiration, Larry s’attacha à relancer le débat autour de leurs personnages principaux. Il était plus fort que cela. Ce n’était tout de même pas une bande d’incompétents de base qui allaient lui taper sur le système au point de le départir de son air bonhomme de parfait chrétien. Ses nerfs étaient certes de plus en plus à vif à mesure que l’échéance que Robin et lui s’étaient fixé pour le grand casse chez Brittany se rapprochait, mais il ne pouvait se permettre de faire une redite de son manque total de professionnalisme avec la petite copine du jeune Ainsworth. Quelle que soit l’issue de leur cambriolage, leur couverture devait rester intacte pour ne pas attirer l’attention. Plus que jamais il fallait se fondre dans la masse et jouer le rôle qu’ils s’étaient attribué dans la communauté de Lima. Ce qui signifiait donc ravaler son cynisme et continuer à sourire en aiguillant les idées soumises, aussi agaçant que puissent être les participants.

Et justement voilà que le génie littéraire de leur après-midi revenait à l’attaque. N’y avait-il donc personne d’autre pour prendre la parole ? Pourquoi diable payer une entrée à ce pseudo festival hivernal pour jouer les mollusques avachis dans une chaise inconfortable ? Le voleur réussit cependant une fois de plus à se convaincre que toutes les remarques étaient bonnes à prendre, et qu’il fallait peut-être un peu plus de temps aux autres pour se chauffer. Quoi qu’il en soit, ce garçon avait visiblement de quoi nourrir leur récit d’une bonne dose de drame familial, bien qu’il cherche un peu d’aide du côté de ses camarades apathiques qui ne faisaient que juger sa performance sans piper un mot. Enfance douloureuse ? Peut-être. Toujours était-il que tout ceci était glauque à souhait pour les fêtes de Noël et Larry n’aurait pas pu être plus satisfait de la tournure que prenait le récit.  Après tout, son objectif était avant tout de pervertir tout cet esprit de Noël affable et bon enfant. Enfin, il aurait apprécié que quelqu’un d’autre se manifeste et que ce qui devait être un atelier d’écriture sur le papier s’anime d’avantage, mais c’était autre chose. « Ce n’est pas mauvais mais… » commença-t-il pour être grossièrement interrompu par le même jeune homme, encore et toujours lui, qui s’en prenait cette fois à son voisin de table. « On se calme, tout le monde a le temps de proposer sa touche personnelle pour l’histoire, rien ne presse, nous sommes ensemble pour… » Cette fois Larry lui-même coupa sa phrase en plein élan après avoir été témoin d’un jet de boulette de papier droit sur la tête de Premier de la Classe qui faisait déjà volte-face sur sa chaise. Impuissant à quelques mètres de la scène, Larry sentit une amertume dans le fond de sa gorge qui trahissait en général l’imminence d’une catastrophe. Tout ceci allait dégénérer et l’auteur n’avait aucune idée de comment calmer le jeu sans perdre son sang-froid. Ses lèvres pincées dans un sourire doucereux qui n’illustrait pas le moins du monde son état d’esprit, l’écrivain s’efforçait de ne pas répondre à l’agitation croissante dans la salle en faisant celui qui était sourd aveugle et muet.

Comme attendu, la situation empirait un peu plus chaque seconde échappant complètement au contrôle du trafiquant. Une guéguerre venait même de s’ouvrir, avec lancers de projectiles divers, et les poings de Larry se serraient si fort que ses phalanges en étaient entièrement blanches. Tout ceci ne l’atteignait pas. Il était plus fort. Il était maître de lui-même. Il ferma les yeux un instant pour se répéter ce mantra stupide tandis que le niveau de décibels dans la salle s’approchait de celui du décollage d’un avion, et il s’était presque persuadé qu’il pourrait terminer son heure de présence imposée en ignorant le petit groupe de trouble-fêtes une fois qu’ils en auraient fini avec leur crêpage de chignon lorsqu’un ange Gabriel vint le heurter en pleine poitrine. Les yeux du trafiquant se rouvrirent lentement pour examiner la mine horrifiée de quelques participants vraisemblablement normaux, et l’air passablement stupide de la petite bande d’enfants de quatre ans enfermés dans les corps d’adultes majeurs et vaccinés. Il ne devait pas craquer. Il ne devait pas craquer. Il ne devait pas… Pourtant lorsque le brun bavard s’écria comme un gamin pris la main dans le sac que ce n’était pas lui, Larry sentit le fil si fin de son self-control se rompre et il vint frapper de toutes ses forces la table contre laquelle il était toujours appuyé. La violence de son geste fit sursauter quelques unes des participantes, mais le quadragénaire était bien trop enragé pour regretter son acte. « Je peux savoir ce que vous faites exactement ? » gronda-t-il de sa voix la plus grave. « Je n’ai pas de temps à perdre avec une bande de décérébrés qui préfèrent lancer les composantes d’une crèche à la tête de leurs voisins plutôt que de se concentrer soixante minutes sur l’élaboration basique d’une intrigue basique pour un concept basique. » Après avoir ramassé la figurine qui l’avait heurté, il se rapprocha de la tablée qui avait initié ce mouvement de rébellion sur laquelle il claqua l’objet. « Maintenant si vous souhaitez qu’on mette en application la réalisation du meurtre parfait en étouffant l’un de vous avec de la décoration de Noël, n’hésitez surtout pas à me faire signe. »

#oeuf n°17
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MessageSujet: Re: 03. Christmas murders    Ven 27 Juin - 18:59

Jordan n'avait pas imaginé un seul instant qu'une séance d'écriture aurait pu prendre un tel tournant. Le brouhaha de l'énorme dispute qui venait d’éclater devenait presque insupportable. C'était presque incroyable l'ampleur que les choses avaient pris. Chacun donnait de la voix, même ceux qu'on avait pas entendu depuis le début, défendant pour certain leur ami, pour d'autre leur honneur, et pour d'autre encore leur crèche de noël. Un silence lourd s'était installé dans la salle, alors que tout le monde avait les yeux braqués vers l'écrivain. Jordan, qui avait ressentit le besoin de se déculpabilisé, baissa enfin ses mains. Il ne savait pas trop comment Monsieur Surray allait réagir. Jusqu'à maintenant, il avait été très calme, peut-être trop calme d'ailleurs. Le photographe pinça sa lèvre inférieure, tentant d'oublier l'abrutit assis à côté de lui. Lorsque l'écrivain frappa violemment la table sur laquelle il était appuyé, plusieurs filles sursautèrent, et Jordan se mordit la lèvre ce qui le poussa un lâcher un léger « Aïe ! » avant de s'enfoncer dans sa chaise. Son voisin de table pouffa de rire et lui souffla « Femmelette ! ». Le photographe leva les yeux au ciel, mais ne répliqua pas, ayant trop peur de subir les foudres de leur professeur du jour. « Je peux savoir ce que vous faites exactement ? ». Jordan s'enfonça un peu plus dans sa chaise alors que l'écrivain leur gronda qu'il avait mieux à faire que de perdre son temps.

Il le regarda ramasser l'objet qu'il s'était pris en pleine poitrine, le voyant approcher, Jordan priait intérieurement pour qu'il ne vienne pas à leur table. Malheureusement, ils étaient bien la cible de l'écrivain. Ce dernier claqua l'objet contre leur table, et le brun ne pu s'empêcher de sursauter. « Maintenant si vous souhaitez qu’on mette en application la réalisation du meurtre parfait en étouffant l’un de vous avec de la décoration de Noël, n’hésitez surtout pas à me faire signe. ». Le journaliste fixa le petit objet et l'imagina un court instant coincé au milieu de sa trachée, ce qui lui arracha une grimace de dégoût. Il cligna plusieurs fois des yeux et releva son regard vers l'écrivain. « Pour ma part ça ira, je préfère continuer l'histoire du meurtre de la jeune fille par son beau-père. » il se reprit rapidement « Ou quoique ce soit d'autre – puisque ça ne semble pas convenir à tout le monde. » tant que ça n'a pas de rapport direct avec moi, cette figurine et ma trachée voulu t-il ajouter, mais il préféra taire ses inquiétudes. Il se retourna vers ses « camarades » qui hochèrent tous la tête à ses paroles – sauf son voisin de table, une nouvelle fois. Après cet incident, ils semblaient à peut près tous d'accord, sur le fait qu'il devait se remettre au travail sans ne plus chercher les problèmes. Le jeune photographe attrapa son calepin ainsi qu'un stylo, à l'aide duquel il poussa discrètement le figurine de crèche vers son voisin de table – ces petites choses le mettaient mal à l'aise, surtout depuis qu'on venait de le menacer avec. « On... on pourrait tout reprendre depuis le début, non ? » il leva les yeux vers Surray qui semblait toujours sur les nerfs, puis il jeta un coup d’œil derrière lui « Je sais pas, aidez moi crotte ! » une petite voix dans sa tête lui disait de taire, pourtant, ce silence et ce manque d'imagination le pousser à continuer de s'enfoncer, en bon Avery qu'il était.

Il attendit quelques instants, mais la réactivité n'était toujours pas de mise. Jordan tapota doucement ses doigts sur la table, en attendant que quelqu'un fasse ou dise quelque chose, ne voulant prendre les choses en mains vue où ça les avait mené la dernière fois. C'était fou quel manque de participation il pouvait y avoir, ou bien était-ce un manque d'imagination ? Enfin, si c'était le cas, que faisait-il ici ? On ne se paye pas un stage d'écriture si on est pas capable d'imaginer un meurtre « basique » comme l'écrivain l'avait si bien précisé. Si ils continuaient ainsi, l'ennuie allait finir par prendre le dessus, et Jordan n'avait tout de même pas payé pour ça – et surtout, il détestait s'ennuyer, comme tout humain normalement constituer, non ? « Bon... » souffla t-il. « Monsieur Surray ? Puis-je ? Je pense que vous avez mieux à faire que d'attendre le déluge... ou que le petit Jésus de cette crèche ne remonte de lui même dans son berceaux. » il posa son regard sur la figurine qui gisait au sol, d'une façon presque tragique. Était-il une victime de la bagarre qui avait éclaté plus tôt, ou s'était-il jeté de son lit devant tant de médiocrité, le mystère restait entier.
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03. Christmas murders

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