Choriste du mois


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 03. [Hamilton's] Cassie don't preach, I'm in trouble deep...

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MessageSujet: 03. [Hamilton's] Cassie don't preach, I'm in trouble deep...   Mer 25 Déc - 21:43



La tache de peinture se craquelait.

Une silhouette trouble, lumineuse, très blanche, un peu effacée, des traits peu perceptibles. L’apparition entière bourdonnait avec les notes qu’elle semblait évoquer.

- God will take care of you…

Étalée sur sa pommette, fendillée par un sourire rêveur, la trace bleue s’étendait jusqu’au coin de son œil levé avec son jumeau vers des cieux qui dégouttaient lentement tout autour d’elle une pluie bien trop colorée. La fenêtre ouverte en chassait l’odeur chimique à coup de bourrasques glacées que Grace ignorait avec le dédain candide d’une gamine risquant l’amputation pulmonaire post-choc hypothermique pour le simple plaisir de donner une vie éphémère de bonhomme de neige aux premiers flocons tombés dans son jardin. Les feuilles de journal froissées s’agitaient sur le sol où elle les avait éparpillées.

Une enfant blonde, son œil bleuâtre luisant, un serre-tête mince glissé sur sa tête. Sa voix pleine d'un échos inattendu accompagnait celle de Grace.

- Through every day, o'er all the way
He will care for you...


De toute façon, elle n’avait que faire des degrés sensiblement trop bas qu’affichaient tous les thermostats d’Ohio. Sous son ciel d’été artificiel, ponctué de quelques nuages tout en arabesque, il n’y aurait plus jamais d’hiver. C’était comme Narnia, mais en inversé. Elle était la Sorcière Blanche qui avait bien récité ses prières, mis ses souliers vernis, dit non à la chasse aux bébés phoques et était devenue une gentille fille.

-God will take care of you...

Et la vision céleste pigmentée rendait décidément beaucoup mieux que la reproduction de la Cène les Second Chances en lieux et place des principaux acteurs, Charlie en Judas, qui d’autre ?, qu’elle avait originellement prévu.

Elle hocha la tête. Le soir venu, elle vérifierait si la peinture phosphorescente qui lui avait coûté un bras d’enfant avait bien les effets escomptés et que les étoiles qu’elle avait servi à dessiner formaient effectivement dans le noir complet la silhouette d’un Jésus concrètement intergalactique.

Une jeune fille, à peine adolescente, encore les traces rosâtres de l’enfance dans les courbes de son visage, habillée d’un uniforme impeccable modulait une harmonie.

- Through days of toil when heart doth fail
God will take care of you
When dangers fierce your path assail...


De la main qui ne caressait pas machinalement son ventre sous la salopette élimée qu’elle avait enfilée, elle effleura le mur repeint quelques jours auparavant. Ses yeux s’arrêtèrent une nouvelle fois, globuleux d’une tendresse étonnante, sur les liserés blancs dont elle l’avait décoré, au grand détriment de son poignet tout simplement paralysé après l’exercice qui s’était avéré beaucoup plus périlleux que ne le laissait le supposer le sourire détendu des participants à la vidéo explicative qu’elle avait déniché sur internet. Ce n’était pas exactement parfait. Mais elle aurait préféré rater une messe, doublée d’une communion, que de ne jamais laisser quelqu’un d’autre s’en charger. Ses maigres talents trempés d’amour étaient suffisants.

- God will take care of you...

Et puis, elle n’aurait qu’à écrire une citation biblique sur les traces de coulure que sa prévenance n’avait pas sur gérer. Ca faisait toujours bien, une citation biblique, pour une chambre d’enfant.

Les plus petits aiment créer des bonhommes de neige. C’était un peu ça. Chaque action, chaque décision, ça accentuait la réalité. Grace rendait de plus en plus tangible son propre petit bonhomme. Et celui-là ne disparaîtrait pas après le Nouvel An. Non. Lui, resterait. Pour toujours.

Sourire.

Elle l’échangea en écho avec une jeune presque femme déjà, qui affichait une blondeur de dix-sept ans dont la douceur tempérait le charisme indéniable.

-God will take care of you
Through every day, o'er all the way
He will care for you...


Ses parents n’en reviendraient pas. Et pas simplement parce qu’elle avait passé deux semaines enfermées dans la pièce en quasi-autarcie, véhiculant de multiples outils et pots à l’usage indéterminé qui, une fois passée la porte barrée d’un « PROJET DE GRACE », disparaissaient à jamais dans le trou noir qu’elle semblait précéder. Petit manège qui n’avait suscité aucunes questions, premièrement parce qu’ils étaient dans l’optique positive de laisser leur fille de gérer à sa façon le départ qu’on aurait pu croire plus déchirant de sa sœur, ensuite parce que de façon générale tout ce qui ce qui touchait à Grace ne souffrait aucune interrogation rationnelle. Ni parce que réaménager la chambre de Cassandra en petit cocon bleuté pour Grille-Pain était la façon la plus ingénieuse qu’elle avait trouvé pour leur annoncer l’existence de ce-dernier.

Une vingtaine d’année de Foi et d’Engagement dressait leur aura à sa droite et comblait les lacunes des octaves aigues de la quasi-future maman.

- God will take care of you...

Non. Le pasteur et sa femme ne pourraient que s’extasier devant les goûts décoratifs de leur benjamine, qu’ils trouveraient nécessairement exquis. Le principe de la grossesse passerait évidemment au second plan. Mais Grace était disposée à laisser son utérus rempli sur le côté si son devoir artistique l’exigeait.

-God will take care of you
Through every day, o'er all the way
He will care for you...


Une bague apparaissait à la base d’un des doigts diaphanes.

Elle leva ses bras très haut au-dessus de ta tête, arquant son dos un maximum, manquant de basculer en arrière dans l’action. Elle grimaça un sourire et se releva péniblement, ses jambes engourdies par la posture assise qu’elle avait prise depuis un bon quart d’heure. Sur la pointe des pieds, elle s’approcha de la fenêtre, la referma doucement. S’appuyant contre la glace froide, elle contempla la pièce vide qui s’était au fil des jours remplies de souvenirs, d’échos d’un passé si doux, les fantômes de sa sœur, Cassandra alignées dans l’espace comme dans les notes, multiples, différentes mais avec toutes ce même regard, ce menton redressé si connu, cette chrétienté presque effrontée.

-God will take care of you.

Elle cligna des yeux. Le noir de ses paupières absorba les visages. Le vide et le silence. Elle n’avait fait que murmurer. Elle embrassa les lieux d’un regard circulaire.

Oui, définitivement, le berceau en bois flotté serait parfait.

Doucement, elle retira l’oreillette de son oreille droite, massant le lobe agressé, de laquelle s’écoulait déjà les notes pop de la chanson suivante. Elle alla récupérer l’appareil de la poche ventrale de son vêtement, plus sac de loques que réelle pièce de garde robe, mais elle prétendrait sur la sainte recette des bases à cupcakes que c’était vintage et très art-pop, persuadée qu’Il avait apprécié la performance. Elle le savait. Elle le sentait. Il était en elle. Il était à elle. Il était elle. Point.

Elle ouvrit la porte avec précaution, soulevant la clinche un maximum pour être sûre que le bois ne frotte pas contre le sol, ne laissant tout d’abord qu’un mince interstice entre le dehors si redoutable et le dedans si fantasmé, juste assez pour laisser passer son regard et son souffle court. La zone libre de toute présence non-désirée, elle passait une bonne minute, de cinq centimètres en cinq centimètres, à augmenter de plus en plus l’espace jusqu’à ce que l’embrasement soit mathématiquement parfait pour qu’elle puisse tout juste se glisser dans le couloir. Extirpée de son projet maternel, elle en refermait vivement le seul accès, vérifiant jalousement une dernière fois qu’aucun globe oculaire impromptu n’ait pu en découvrir un millimètre cube.  Comme au sortir d’une église, elle se signa, sans vraiment de raison très claire. Grace n’était de toute façon pas du genre à avoir besoin d’une motivation précise pour laisser éclater sa dévotion.

Ce petit cérémonial s’était installé en même temps qu’elle dans la chambre délaissée. Que quelqu’un soit là ou pas. Elle ne pouvait pas relâcher son attention. C’était son secret. C’était un petit monde étrange, plus perpendiculaire que parallèle, suspendu entre futur et passé, un endroit où elle voyait des choses et n’en voyait plus d’autres au gré de ses envies. Un lieu où elle pouvait abandonner sa gaine. Et avait même l’excuse des travaux physiques pour le justifier auprès de sa prudence extra-naturelle. C’était peut-être une ruine, un résidu d’histoire et d’espoir, mais c’était son rêve de seconde main à elle. Et cela méritait donc tous les soins à le garder intact.

Ainsi qu’un bon pot de glace au yaourt pour en célébrer l’existence.

Une lueur dangereuse s’alluma dans son regard à l’évocation de la nourriture. Peu importait qu’ingurgiter des produits givrés à moins dix soit relativement déconseillé. Ses obscures compétences mathématiques s’entêtaient à penser que négatif et négatif formerait forcément une température positive dans son estomac. Et elle ne doutait pas que Grille-Pain apprécierait la bouillotte fournie.

Ses glandes salivaires s’activaient déjà quand un détail stoppa sa course. Elle pivota sur elle-même, de quarante-cinq très précis degrés. Une nouvelle silhouette s’était matérialisée. Grace sourit. Ses lèvres s’entrouvrirent mais elle se figea d’un coup.

Cette Cassandra-là ne chanterait pas avec elle.

-Oh.

La chanson était terminée.  

-Cassie.

Silence.

-Salut. Papa et maman sont sortis.

Nouveau silence.

-Quelle surprise. Une… bonne… surprise. Tu…

Son regard palpait la silhouette de la jeune femme.

-… vas bien ? Je… Hum… Tu as oublié quelque…

Ca n’allait pas. Non. Si la situation avait été normale, Grace aurait déjà bien trop dangereusement enroulé ses bras autour du cou de sa sœur, aurait pris sa position de bébé koala et le « Oh. Cassie. » se serait changé en un « Oh ! Mais voilà une jeune femme livre, émancipée et indépendante, pleine de vie et avec des cheveux incroyables ! Un nouvel après-shampoing ? Framboise ? Mais je connais cette mine… Amoureuse ? Evidemment. Vous vous êtes rencontrés parce qu’il vend du savon biologique pour le commerce équitable ? Je le savais. Allez, vient prendre un yaourt, qu’on discute de ma robe de demoiselle d’honneur en coton recyclé.» ou quelque chose d’approchant. Certes, ça aurait transformé la scène en une pub au très mauvais casting, mais ça aurait évité à la plus jeune d’endurer l’atmosphère de plomb qu’elle n’avait pas vu venir à l’instar de son aînée.

L'étude lente de sa soeur s'arrêta à ses mains. Elle se figea.

-…chose ?

Sourire de circonstances : absolument artificiel.
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MessageSujet: Re: 03. [Hamilton's] Cassie don't preach, I'm in trouble deep...   Ven 27 Déc - 22:12

Cassandra avait lâchement cédé à l'irrésistible appel des vitrines de magasin. Les quelques sacs qui tapissaient la banquette arrière de sa voiture étaient les vestiges matériels de son instabilité émotionnelle et de la corruption de son esprit. Encore quelques années plus tôt elle était insensible aux chants envoûtants des mannequins sans visages et aux sempiternels échos qui retentissaient à chaque passage en caisse. Aujourd'hui elle n'était plus que le produit de la mélancolie et de la superficialité qu'elle engendrait. L'insidieuse promotrice de son nouveau goût pour la mode, comme pour pas mal d'autres choses, portait évidemment le nom de Joanna Ellingson. Comme souvent lorsqu'elle était ennuyée par la routine de ses journées, elle en profitait pour la joindre et l'entrainer dans ses folies coutumières, prétextant que c'était pour Cassandra le meilleur remède contre son angoisse latente. Au fond, Cassie la soupçonnait simplement de vouloir se donner bonne conscience en sachant qu'elle était l'instigatrice même de ce stress croissant. Depuis que leur vidéo promotionnelle était dans la boite, Cassie ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter à l'idée qu'elle ne convienne pas au reste du groupe. Pire, elle avait peur que Madeleine ne la fasse fuir sur internet avant même qu'elle n'ait pu opposer le moindre véto. C'était donc simplement pour lui occuper l'esprit que Joanna se faisait un malin plaisir à envahir sa vie dès qu'elle en trouvait l'occasion. Parfois, comme ce jour, Cassie lui en était profondément reconnaissante. D'autres fois elle finissait par se dire qu'elle ne cèderait plus à l'insistance hystérique de son amie, avant de faillir à ses engagements. Il lui avait fallu tomber au fond du trou pour réaliser comme les apparences pouvaient jouer des tours. Si une tenue et une coiffure radieuses pouvaient être le résultat manifeste d'un épanouissement spirituel infaillible, dans d'autres cas elles n'étaient que l'illusion ostentatoire du bonheur. C'était pour cette raison qu'elle avait craqué pour ce manteau rouge flamboyant qui, sur ses épaules, suffirait à lui seul à égayer sa démarche. Dans un sens elle considérait que Dieu Lui avait fait un incroyable cadeau en lui ouvrant les yeux sur les jugements hâtifs qu'elle avait pu avoir à l'encontre de ces femmes dont l'apparente superficialité l'avait contentée à se forger une solide opinion. Il lui fallait voir bien au delà des accessoires et des attitudes, et c'était en ça que l'exercice de la philanthropie était si délicat.

Néanmoins elle avait résisté à l'envie de se noyer un peu plus dans le pathétique en inondant l'habitacle d'une chanson déprimante. Grace l'avait assez gavée de mauvais films pour qu'elle soit lucide sur l'extrême pathos auquel elle se risquait. Revigorée, elle hocha la tête pour chasser ces idées noires de son esprit avant d'ouvrir la portière. Le ciel d'un gris menaçant présageait d'un orage à venir. Cassie espérait seulement qu'il n'était pas l'horrible augure d'une tempête au sens figuré. Depuis son départ du domicile familial quelques semaines plus tôt elle n'avait pas pris beaucoup de temps pour rendre visite à sa famille, se contentant des matinées de messe qu'elle passait à leurs côtés chaque dimanche. A plusieurs reprises Candace l'avait conviée à se joindre à eux pour déjeuner après le sermon de leur père, mais elle avait prétexté des affaires importantes. La vérité était qu'elle avait peur d'être confrontée à ses parents et de devoir impunément leur mentir sur ses états d'âme. De toute évidence une partie d'elle s'en voulait de ne pas être exactement la fierté qu'elle avait toujours pu être à leurs yeux et elle espérait sincèrement que Grace avait endossé ce rôle auquel elle avait toujours aspiré. Empoignant à la volée un sac de chez Macy's, elle s'extirpa de la voiture et se précipita, tête baissée pour se protéger du vent glacial, jusqu'au perron. Pas non plus prête à agir comme une totale étrangère, elle se munit de son trousseau de clés et pénétra sans plus attendre dans l'enceinte de la maison. Les lumières éteintes et le silence complet témoignaient de l'absence du reste de la famille. "Maman, papa, Grace, vous êtes là ?" cria-t-elle pour s'en assurer, déposant le sac dans le vestibule. A la hâte elle monta à l'étage et inspecta la chambre de ses parents. Personne. Délicatement elle poussa la porte de la chambre de sa sœur. Toujours personne. Cassie entreprit alors de revenir sur ses pas lorsqu'une vieille amie l'honora de sa visite : la curiosité. Si Cassie n'avait jamais remis en doute la confiance qu'elle accordait à Grace, elle ne pouvait en revanche contester le fait que les paroles de Charlie ne cessaient de la hanter comme une infernale rengaine. C'était mal et contraire à tous ses principes mais Cassandra avait envie de s'assurer que Charlie avait eu tort afin qu'elle puisse enfin vanter l'innocence de sa sœur sans la mauvaise foi intrinsèque des rapports familiaux sains. Elle alluma la lumière et, sur la pointe des pieds comme un bandit, elle fouilla la pièce avec une méticulosité purement bienveillante. Au bout de cinq minutes elle dut se rendre à l'évidence que sa sœur était aussi blanche que l'image qu'elle se faisait d'elle et cette perspective la fit soupirer de soulagement. Satisfaite elle se laissa tomber sur son lit, sa tête se cognant contre la couverture rigide d'un livre. Il s'agissait de sa Bible, celle dont leur père leur avait fait cadeau lorsqu'elles avaient été en âge d'en lire les lignes par elles-mêmes. Cassandra esquissa un sourire nostalgique avant d'en feuilleter quelques pages. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle tomba sur des billets d'avion.

Un vol à destination de New York, à la date exacte où elle avait décollé vers l'Europe. Les sourcils froncés par l'incompréhension, Cassie décida de continuer son inspection et se permit même l'écart de violer sa plus grande intimité en ouvrant le tiroir de sa table de chevet. Des livres de pâtisserie, des babioles, quelques photos et... une ordonnance un peu particulière, cachée tout au fond. Le cœur de Cassandra manqua un battement et, l'espace d'un instant, elle se força à se focaliser sur sa respiration au risque de s'évanouir. Dieu tout puissant elle avait été une sœur indigne. Trop obnubilée par son propre malheur pour réaliser que Grace était enceinte et qu'elle mentait depuis plusieurs mois pour une raison qu'elle ignorait toujours. Pourquoi avoir prétexté une excursion au Vatican pour s'envoler vers la capitale américaine ? Trop abasourdie pour recoller les morceaux du puzzle, Cassie se redressa lentement pour ne pas retomber au sol avant de se diriger vers la salle de bain. C'est alors qu'elle tomba nez-à-nez avec Grace, toujours aussi radieuse d'hypocrisie. Machinalement Cassie dissimula les bouts de papier derrière son dos mais il n'était pas question de jouer à ce jeu là. Pas maintenant. "Est-ce que tu peux m'expliquer ça ?" demanda-t-elle en lui tendant d'une seule main les deux objets du délit. Elle reviendrait plus tard sur le comment du pourquoi elle avait trouvé ces informations, à cet instant la déception l'empêchait de ressentir la moindre once de culpabilité.
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MessageSujet: Re: 03. [Hamilton's] Cassie don't preach, I'm in trouble deep...   Sam 28 Déc - 21:07

Grace fixait le petit bout de papier. Le petit bout de…

-Rien.

De rien. Ce n’était…

-Rien. Vraiment. C’est…

Rien. Aucune raison de s’attarder dessus. Aucune raison à son cœur de s’arrêter brusquement, à sa gorge de se serrer jusqu’à l’auto-étouffement, à ses ongles de lui perforer les paumes. Aucune raison de considérer ça comme quelque chose de problématique. Comme quelque chose de dangereux. Comme quelque chose. Basiquement, ça n’avait aucune consistance réelle. Aucune raison d’être accepté dans son petit monde. Aucun intérêt.

-Rien.

Point barre.

Ce n’était rien qu’un morceau de blanc. Ce n’était même pas une vraie couleur. C’était méprisable. Autant tout de suite crier à l’arnaque aux pigments.

Et pourtant, Grace ne pouvait en détacher ses yeux dont les paupières semblaient avoir bloqué leur mécanisme de cillement. Le ridicule petit rectangle. Bien trop métaphorique pour rester ignoré, sa blancheur salie par les noms de médicaments majoritairement imprononçables, tous d’une longueur qui laissait soupçonner qu’ils n’étaient pas tous exactement anglais. Une minuscule fenêtre sur une vie. Sur sa vie. Une fissure dans les murailles désinfectées, parfaitement lisses et fréquemment repeintes, qu’elle avait érigée tout autour d’elle. Depuis Wyatt. Depuis le lycée. Depuis bien plus tôt encore, peut-être.

Revenu de toutes ces années, d’un tréfonds enfantin noyé de sucre et de comptine, un son plaintif siffla entre ses lèvres étroitement serrées l’une contre l’autre, toute deux pâlies sous la pression.

- Rends-le-moi.

Elle pouvait peut-être encore colmater la brèche. Mais elle n’était pas tout à fait sûre d’être prête à encaisser Cassandra en chef inspectrice des travaux.

Grace comprit qu’elle avait fait une erreur stratégique. A l’instant même où ses doigts se refermait sur la main de sa sœur. Ses cils s’entrecroisèrent devant son regard troublé. Ses neurones semblèrent se reconnecter d’un seul coup. Son sourire se reforma. Ses dents serrées, parfaitement alignées les unes sur les autres.

-C’est à maman, Cassie. Tu sais. Elle n’est plus si jeune. Parfois, un peu d’aide est la bienvenue avec… « tout-ça ».

Elle désigna d’un petit mouvement circulaire son ventre. Sa petite démonstration se stoppa néanmoins bien vite quand elle réalisa que ce n’était peut-être pas exactement la zone anatomique sur laquelle elle voulait particulièrement le plus attirer l’attention et sa main gauche rejoignit vivement sa petite compagne droite à l’extraction des documents malheureusement plus si secrets des doigts de sa sœur.

Le contact avec le papier lui arracha un frisson. Ses narines frétillèrent. Elle pouvait presque sentir l’odeur, le parfum qu’elle avait si souvent imaginé s’élevant du fond de sa table de nuit. Embaumant peu à peu la pièce soudainement à la fois plus grande et beaucoup plus petite. Elle serrait les draps, s’accrochait à son oreiller. Et elle pouvait sentir l’étreinte. Elle ferma les yeux. Ils s’étaient revus. Il devait prétexter que c’était uniquement pour le traitement. Elle respectait les contraintes administratives. Le système avait cela de commun avec l’église, si on négligeait le protocole, c’était l’Apocalypse assuré. Elle revoyait la main. Sa main. Glisser le long du papier. Pour elle. Qu’importait le stylo. Qu’importait le but. Elle avait depuis bien longtemps décidé que ses souvenirs étaient ce qu’elle en faisait. Et en l’occurrence, c’était bien sa main que la sienne avait attrapée avec tant d’assurance. Ses yeux s’ouvrirent.

Ses doigts se crispèrent. Sa voix se faisait plus basse à mesure qu’une tache rose fiévreuse s’étalait de plus en plus sur ses deux pommettes.

-Tu imagines l’embarras dans lequel tu vas la mettre ? Si tu commences à fouiller là-dedans… Personne n’aime parler de ses médicaments, ou de ce qu’il faut faire pour se les procurer… Tu… Tu ne veux pas mettre maman dans l’embarras, hein, Cassie ?

L’ancienne n’aurait jamais osé passer au-delà d’un tel argument. Mais cette nouvelle Cassandra dont elle avait tant entendu parler, sans vraiment pouvoir dire qu’elle la connaissait, comment réagirait-elle ? Grace ne pouvait qu’espérer que sur ce point, elle soit semblable à sa version précédente.

Ses prunelles s’étaient durcies, complaintes figées par la panique la plus primitive enchainée à ses dents toujours aussi impeccablement dévoilées.

-Lâche ça, Cassandra.

Elle était entrée. Dans sa chambre. Il n’y avait pas d’autre explication. L’information avait pris son temps pour monter jusqu’au cerveau de la jeune femme. Cependant, quand elle y parvint, ce fut toute entière, avec son absurdité et son aspect profondément choquant. Elle avait tous les droits de hurler. Tous les droits de lui en vouloir. Elle devrait s’estimer heureuse. Oui. Elle devrait déborder de gratitude envers Grace, pour sa commisération, pour tenir l’affaire comme sans importance, pour lui offrir une chance d’éviter l’objet de la honte qui la consumerait très certainement. Pour leur proposer une porte de sortie, à toutes les deux.

-Lâche ça, et allons en bas. Boire du thé. Nous parlerons de toi. Nouvelle vie. Nouvel appartement. Nouveau look, hein ?

Regard rapide sur la jeune femme. Menton relevé.

-... Tellement de choses.

Tellement de sujets différents à aborder. Différents de celui sur lequel elle voulait les entraîner. Et forcément bien plus préférables.

-Ca vaudra mieux. Pour tout le monde.
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MessageSujet: Re: 03. [Hamilton's] Cassie don't preach, I'm in trouble deep...   Dim 29 Déc - 23:36

Tout lui semblait grotesquement irréel. La vision de Grace, irradiée de candeur comme à son habitude, sur un fond lugubre de film d'horreur ne ressemblait à rien d'autre qu'à une vulgaire névrose. C'était donc ça, lorsqu'elle s'était laissé tomber sur le lit sa tête avait cogné si fort sur la Bible de sa sœur qu'elle avait fini dans un profond coma dans lequel se jouaient ses pires cauchemars. Tout ceci était soit une épreuve à laquelle Dieu la soumettait, dans le but rationnel de juger de sa foi, soit la matérialisation d'un inconscient qu'elle avait décidé d'enfouir très loin dans son esprit. Il était vrai que pendant longtemps elle s'était bercée d'illusions à propos de Grace, mais le déni dans lequel elle s'était enfermée ne lui avait jamais paru illégitime, parce qu'enfanté par toute l'affection qu'elle portait à sa cadette. Ce décor d'épouvante, ces pièces à conviction, son subconscient avait usé des supercheries les plus effroyablement crédibles pour lui véhiculer le même message que Charlie, avec plus de crudité, avait essayé de lui transmettre quelques semaines plus tôt : elle se leurrait sur la nature de Grace. Elle avait tout faux, du début à la fin. Cassie s'était acharnée à se persuader du contraire, mais de toute évidence la réalité avait fini par la rattraper avec une cruelle limpidité. Mais après tout elle n'était pas certaine de pouvoir en vouloir à Grace d'avoir contribué chaque jour à broder un peu plus le voile qui avait bien pu lui recouvrir les yeux. Cassandra était passée maîtresse dans l'art de camoufler ses démons intérieurs et de cultiver les bonnes apparences. En même temps que son doux rêve de mariage son masque de sainteté s'était brisé au sol en des centaines de morceaux. Des morceaux sur lesquels ses proches s'étaient jetés et lui avaient définitivement arrachés afin de pouvoir s'accrocher à cette image de perfection qu’elle avait simulé toutes ces années. On ne lui avait laissé que les miettes d'un misérable souvenir qu'elle s'était empressée de chasser avec rébellion. Pour Grace c'était la même chose, sauf qu'à défaut de s'effondrer en public elle venait de se faire sonder par la surnaturelle clairvoyance de Cassandra. Réflexion faite elle n'était peut-être pas morte sur cette Bible. Cette dernière lui avait simplement transmis le don de faire remonter à la surface des vérités endormies dans les tréfonds de son âme.

Ou peut-être qu'elle avait dû se rendre à l'évidence parce qu'il était écrit noir sur blanc que sa sœur était une menteuse. Cassandra essayait tant bien que mal de se convaincre encore du contraire, elle se torturait l'esprit pour lui chercher des excuses vraisemblables, mais contrairement à sa sœur, les médecins ne mentaient pas. Certes ils édulcoraient parfois la réalité, un peu comme elle, mais ils ne mentaient pas. Et même si elle avait très rarement mis les pieds dans un avion, elle demeurait assez lucide pour savoir que non, un billet à destination de New York n'emmenait pas à Rome. Une escale oui, mais un vol à destination de New York non. Elle avait beau chercher du réconfort dans l'attitude de Grace, son état de nerf ne faisait qu'empirer à mesure qu'elle la voyait se liquéfier en face d'elle. Grace était comme une enfant recouverte de chocolat qui, dans un dernier effort désespéré, tentait de rejeter la faute sur l'animal quelconque qui avait eu le malheur de se mêler au tableau. La laisser s'enfoncer dans un tel déni était du pur sadisme qui, contrairement à Joanna, ne procurait à Cassandra aucun plaisir malsain. C'était même tout l'inverse, elle avait l'impression que, comme si elles étaient liées par une espèce de force cosmique, elle pouvait ressentir la détresse de sa sœur, et cette agonie spirituelle la prenait littéralement aux tripes. Elle lui céda les papiers, impuissante, avant de la laisser déblatérer des excuses absurdes qu'elle parvenait pourtant à formuler avec une extrême adresse. Depuis combien de temps entretenait-elle ses mensonges ? Cassie n'était même plus certaine de pouvoir lui faire confiance à nouveau maintenant qu'elle voyait la facilité avec laquelle ses histoires rocambolesques lui venaient à l'esprit. "Non, non." trancha-t-elle lorsque Grace essaya de dévier la conversation avec une hypocrite bienveillance. "Non Grace, ça ne vaudra mieux pour personne. Admettons que tu dises vrai, et tu seras d'accord pour admettre que c'est invraisemblable... pour l'Amour de Dieu Grace, maman enceinte ? Tu crois qu'elle m'a pas assez bassinée avec toutes ces choses embarrassantes pour que j'ignore les conséquences de la ménopause ? Je t'en prie, c'est limite si j'avais pas un calendrier avec la date fatidique marquée d'une énorme croix rouge. Le jour où tu n'auras plus aucune chance d'avoir un frère. Alors bref, admettons que tu dises la vérité. Le billet d'avion c'est à maman aussi ? Elle emprunte souvent ton prénom pour faire des virées estivales à New York ?" Son ton était sec, amer, le mélange acidulé de toutes ces émotions contradictoires qui faisaient tourner son esprit en bourrique. En témoignaient ses tirades décousues et si peu éloquentes pour une fille qui, depuis sa plus tendre enfance, s'était efforcée de calquer la diction et l'élocution d'un pasteur adulé.

Sans bouger, Cassandra lorgnait sa sœur de haut en bas, puis de bas en haut, comme si c'était la toute première fois qu'elle posait les yeux sur elle. C'était peut-être le cas dans un sens. L'avait-elle jamais regardé avec autant d'animosité et de ressentiments ? C'était comme si elle ne la voyait non plus comme l'innocente enfant qu'elle avait toujours considéré mais comme un Judas au sommet de sa supercherie. Elle réalisa alors qu'un détail lui avait échappé. Si lors de son arrivée Grace n'avait été ni au rez-de-chaussée, ni dans sa chambre, où Diable avait-elle pu se cacher aussi silencieuse ? Lorsqu'un enfant était hors de vue, terré dans un extraordinaire mutisme, c'était très rarement un bon présage. "Tu faisais quoi d'ailleurs avant que j'arrive ?" demanda-t-elle, les yeux plissés. Elle avait remarqué les quelques tâches de peinture sur le bout de ses doigts, qu'elle espérait certainement nettoyer sans se douter une seconde qu'elle tomberait nez-à-nez avec elle dans le couloir, mais c'était à son tour d'être mise à l'épreuve.
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MessageSujet: Re: 03. [Hamilton's] Cassie don't preach, I'm in trouble deep...   Ven 31 Jan - 20:13

Elle avait enfin entre ses mains le butin tant convoité. Tout allait redevenir normal. Rayonnante, elle aurait pu avaler d’un seul coup l’ensemble des papiers incriminants et les faire disparaître à tout jamais. Les dissoudre à l’acide gastrique, en même temps que leurs conséquences, et, Magie !, pouvoir prétendre, après un bain de bouche mentholé, qu’ils n’avaient jamais existé.

-Non, non.

La voix de sa raison et de sa sœur s’étaient mêlées dans une même exclamation. Oui. Elle devait être raisonnable. Jamais elle ne pourrait se résoudre à détruire des pièces si précieuses à son panthéon amoureux. Elle ne pouvait tout simplement pas se passer d’objets, de symboles, qui lui apportaient tant de bonheur. Et, plus concrètement, elle doutait foncièrement de l’impact positif d’un meet and greet entre sa flore bactérienne et des ordonnances médicales. Elle secoua lentement sa tête, abandonnant à regret son projet, et plaça les documents dans sa poche ventrale, avec une précaution proprement inutile. Les soustraire à la vue de sa sœur serait bien suffisant.

Grace releva soudainement son regard, le fixant dans celui de Cassandra, hochant frénétiquement la tête d’avant en arrière alors que celle-ci lui exposait l’hypothèse qu’elle puisse dire la vérité. Ses mouvements cervicaux dévièrent vers la négation avec la suite du discours, sans que l’énergie qu’elle y mit fut en quoique ce soit changée. A plusieurs la bouche, elle ouvrit largement la bouche, toute prête à exposer force réthorique et vocable éblouissant, mais, faute d’arguments, ou même de sons humainement audibles, à offrir, elle devait systématiquement la refermer. L’effet facial était sinon artistique, au moins intéressant. Voire même séduisant si on prenait le point de vue d’un lamantin en pleine période de reproduction.

Elle grimaça du bout des lèvres quand Cassie évoqua les laïus aux relents hormonaux dont Candace avait peut-être un peu trop usé pour avertir de l’état de son anatomie. Certes, l’amour d’une fille pour sa mère se devait d’être particulièrement profond dans les milieux WASP. Mais même à l’inconditionnel, il y avait des limites à placer. Alors que le frère jamais acquis rodait au détour d’une phrase, Grace laissa divaguer ses yeux rêveusement.

-… ménopause.

-Les Voies du Seigneur sont impénétrables. Tout comme celles des trompes de Fallope., prêcha-t-elle avec conviction, un haussement d’épaules plein de dédain pour les cas de grossesse non-miraculeuses.

Néanmoins, elle devait admettre que Cassandra savait se montrer convaincante. Un point qu’elle avait si souvent admiré, et qui tendait le moindre de ses muscles d’appréhension maintenant. Elle considéra un instant l’option de la tumeur maligne et du traitement d’une clinique new-yorkaise spécialisée pour justifier le voyage, mais quelque chose lui disait que sa sœur ne serait peut-être pas particulièrement réceptive à cette thèse. Une lueur s’éteint dans son regard, alors qu’elle tentait un enthousiaste :

-Elle aime voyager, tout le monde aime…

-Elle emprunte souvent ton prénom pour faire des virées estivales à New York ?

Sourcil levé.

-Oh.

Silence.

-Hé bien, peut-être que, je dis bien peut-être, hein,… hum… Maman est mon… hum… Tu sais… Ca… heu… Ca arrive parfois… Même nom… Là… Tu… Peut-être que maman est mon… Homonyme ?

Le mot tomba comme un objet particulièrement lourd s’écrase sur le sol.

Elle plissa les paupières et pencha sa tête sur la droite, analysant sa phrase. Définitivement, elle manquait d’adverbes… Ou était-ce seulement un minimum de logique qui y faisait défaut ? Nouvelle grimace.

Ok. Grace avait peut-être des capacités de confiance en elle, au sens le plus littéral du terme, relativement évoluées. Pour ne pas dire préoccupantes. Elle pouvait se persuader d’un spectre particulièrement large de concepts vaseux et de pseudo-faits. C’était devenu une véritable forme d’art chez elle. Et son cerveau en était le chef d’œuvre contemporain. Mais, même pour elle, il y avait des choses qui outrepassaient un peu trop les lieux communs de la réalité. Pire que tout, le faisceau du regard de Cassandra écorchait ses convictions et encourageait les balbutiements qui s’accumulaient dans sa gorge. Elle attendait. Elle attendait qu’elle mette ses mains sur ses joues, les larmes plein les yeux, transfiguré de fierté, et la détrompe au moyen d’arguments juridiquo-sociaux incompréhensibles, et donc crédibles, et lui révéler dans une étreinte énorme le secret des Hamilton : toutes les filles de cette famille étaient nommées Grace.

Etonnamment, Cassandra ne semblait pas exactement disposée à laisser quelque chose de tous cela se produire. Soupir.

- D’accord. Maman ne s’appelle pas Grace., admit-elle avec une moue dubitative.

Elle déglutit.

-Et il est éventuellement possible qu’elle ne soit peut-être pas…

Enceinte.

Un grondement du tonnerre au loin donna une justification au blocage de ses cordes vocales. Elle leva ses pupilles dilatées vers le plafond, comme si elle s’attendait à le voir s’ouvrir sur un éclair vengeur. Frissonnant, son menton se baissa une fois le son absolument disparu, farouche. Ses yeux allaient de gauche à droite, comme si elle s’attendait à voir surgir quelque chose des coins sombres. Pourtant, elle finit par s’arrêter. Elle entendait son cœur battre contre ses tempes. Sous ses cils blonds, elle lorgna sa sœur, troublée. Non. Elle n’était pas prête. Elle ne prendrait pas conscience. Ca serait bien trop de joie d’un coup. A encaisser, sans préparation. Elle ne pourrait physiologiquement pas accepter le choc. Et Grace ne pouvait définitivement pas gérer une crise cardiaque sans une trousse de premiers secours à disposition. Non. Elles n’étaient pas prêtes.

L’image des faux-billets italiens qu’elle avait présentés à ses parents flottait derrière ses pupilles, de plus en plus floue, peu à peu effacée par sa vraie destination.

-… Je veux dire… Je… Les billets sont… A mon nom… Oui… Mais… C’était une… une erreur… Oui… Ils… Je… Trompés… Rome… Complet… Donc… Hum… New-York… C’est beau, New-York… Je… Les billets sont à moi.

La phrase avait coulé un peu trop vite, un peu trop bas, presque étonnée. Elle monta ses doigts à ses lèvres et appuya l’ongle du pouce contre l’inférieure des deux.

-Tu faisais quoi d'ailleurs avant que j'arrive ?

-Quoi ?

Les yeux écarquillés comme si elle venait à peine de se réveiller, Grace recula d’un pas, barrant machinalement de son corps le passage à la chambre de sa précédente propriétaire. Elle plaqua sa main contre sa nuque, y pianotant nerveusement. Une façon comme une autre d’en cacher les tremblements.

-Je… Oh… Rien… Je peignais… Oui… Je peins… Des trucs. Plein de trucs. Des trucs qui ont… besoin d’être… peints. C’est mon hobby. Ca libère mon Chi.

Elle fit frétiller ses doigts pour symboliser l’énergie dégagée, puis, croisant le regard bleu, laissa mollement retomber sa main.
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MessageSujet: Re: 03. [Hamilton's] Cassie don't preach, I'm in trouble deep...   Dim 16 Mar - 16:36

Comme Cassandra, Grace dégageait cette exceptionnelle aura de confiance. Sauf qu'en plus, elle pouvait profiter des certitudes naturelles qu'imposaient les personnes crédules, encore épargnées par la perversité du mensonge. Ce halo de pureté avait le don d'inciter à la confidence et de dissiper la méfiance. Si elles n'avaient pas autant de scrupules à l'égard du respect de leurs parents, les sœurs Hamilton auraient pu à de nombreuses reprises abuser d'une confiance dignement méritée. Cassie avait déjà la désagréable sensation d'avoir effrité leur estime en les privant du lien qu'elle avait failli consolider avec la famille Hawkins. Depuis, ces derniers désertaient les bancs de l'église, plus par embarras que par vengeance. Grace demeurait le seul pilier de leur fierté et, de par son ingénu optimisme, avait toujours écarté l'éventualité qu'un jour elle puisse abuser de leur confiance. Joseph et Candace Hamilton, contrairement aux autres parents, savaient faire preuve d'une implacable objectivité en ce qui concernait leurs filles. Du moins c'était ce qu'elles avaient toujours cru, parce que jamais elles n'avaient tenté le Diable en quête des limites de l'autorité parentale. Et même si, dans le pire des cas, Cassie pouvait concevoir un mensonge par omission de la part de Grace, elle avait toujours nourri l'espoir qu'à elle, la vérité lui serait accordée. Peut-être bien que c'était l'évidence la plus difficile à admettre : Grace avait certes grandi au point de se laisser pervertir par le mensonge, mais surtout elle ne lui accordait plus le même prestige qu'auparavant. Elle n'avait plus confiance en elle, du moins pas assez pour lui confier des secrets que Joseph aurait méprisé sans un mot. Dans la plus grande intimité, la famille Hamilton se laissait corrompre à petit feu par les démons de leur exemplarité.

La dernière interrogation de Cassandra n'était pas anodine. C'était une perche qu'elle tendait à sa sœur, dans l'espoir qu'elle infirme ses soupçons en lui prouvant que non, elle n'était pas totalement indigne de sa confiance. Cassandra avait beau être plus pudique sur ses états d'âme, il n'empêche que Grace avait toujours eu ce don pour l'inciter à partager et extérioriser, même si parfois elle le faisait par égoïsme plutôt qu'autre chose. Si la réciproque n'était pas toujours vraie, elle l'était quand même dans la plupart des cas et, inconsciemment, Cassie ne pouvait s'empêcher de déterminer quand avait eu lieu cette rupture entre elle et Grace. Quand exactement avait-elle rendu légitimes les secrets de sa sœur ? L'hypothèse du mariage restait la plus plausible, pourtant Grace avait été bien plus impliquée qu'elle, si bien qu'au final elle avait porté l'attention sur elle et s'était appropriée ce moment. Cassandra ne lui en voulait pas, elle lui était même reconnaissante d'avoir dissipé le malaise en prenant en charge tous les détails qui lui rappelaient qu'elle était condamnée, un jour ou l'autre, à décevoir tous les gens qu'elle aimait. Si pour elle la chute avait été brutale, elle l'avait sans doute été pour Grace également, qui avait tendance à prendre un peu trop à cœur des choses qui ne la concernaient que de loin. Si elle lui en voulait, c'était certainement d'avoir éloigné Jeremy d'elle en provoquant la discorde au sein de leur couple. Malheureusement, le discours décousu de Grace n'avait pas la prétention de faire montre d'une fraternité longtemps estimée. Chaque mot, haché par son inaptitude au mensonge, était un couteau de plus assené dans son cœur. Et elle continuait, encore et encore, sans qu'à un seul instant sa jugeote ne l'intime de cesser de creuser un peu plus la tombe de leur unité. Pour parfaire un peu plus le tableau pathétique de leur échange, elle avait cette lueur d'effroi dans les yeux, comme si elle venait de voir le fantôme de la réalité. Son plaidoyer ne méritait même pas une quelconque répartie, pourtant Cassandra était déterminée à lui arracher des aveux, ne serait-ce que pour savoir pourquoi sa sœur était soumise à un tel traitement hormonal. Et si les aveux ne venaient pas d'elle, Cassandra n'aurait aucun scrupule à soutirer au seul gynécologue de la ville des informations soumises au secret professionnel. "Grace arrête, tu sais aussi bien que moi que ton discours est incohérent. Alors s'il-te-plait, dis-moi la vérité. Pourquoi cette ordonnance et que faisais-tu réellement à New York ? Tu crois que je vais tout répéter à papa et maman, c'est pour ça que tu m'écartes de toutes tes manigances ? Je t'ai toujours tout dit Grace. Tout. Et toi aussi, de ta tristesse de me voir entrer au lycée jusqu'à ton béguin insensé pour un garçon que tu n'avais vu qu'en photo." dit-elle, plus amère qu'elle ne l'espérait.

Son prétexte de peinture et de Chi tenait debout, dans la mesure où on connaissait le personnage, mais l'absurdité de son raisonnement antérieur rendait toutes ses affirmations douteuses. Mais surtout, ce mouvement de recul qu'elle avait eu, et ce besoin instinctif de défendre le fruit de son art n'avaient fait que la discréditer encore davantage. Malgré une curiosité qui la rongeait maladivement, Cassandra se retint de bousculer sa sœur pour pénétrer dans la chambre et assister, impuissante, au grand final de leur scène de ménage. Elle n'était pas prête à faire face à cette vérité-là. "Tu sais quoi peu importe ce que tu peignais, j'espère juste que tu auras assez de discernement pour fermer cette porte à clé quand je serai partie, parce que maman ne sera sans doute pas aussi magnanime que moi. Tu veux vraiment affronter les parents toute seule ? Parce que si dans deux minutes tu ne fais pas la lumière sur tout ça, c'est ce qui se passera, je peux te l'assurer." Oui, cela ressemblait étrangement à du chantage. Mais jusqu'à preuve du contraire, le chantage avait toujours fait mouche sur les esprits faibles.
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MessageSujet: Re: 03. [Hamilton's] Cassie don't preach, I'm in trouble deep...   Dim 20 Avr - 21:19

-Grace arrête, tu sais aussi bien que moi que ton discours est incohérent. Alors s'il-te-plait, dis-moi la vérité.

La vérité.

Il lui fallut un moment. Une fraction de seconde. Un petit rien de temps. Juste de quoi comprendre. Juste de quoi réaliser. De saisir au vol l’idée qu’elle-même ne la savait plus. Qu’au milieu de son petit monde, empêtrée comme dans cette salopette trop grande, elle ne savait plus à quel point elle avait gribouillé sur la réalité. A quel point elle l’avait rectifiée, touche après touche, fausse note après fausse note. Il ne lui fallut pas plus que cet instant. Elle n’était pas exigeante. Non. Elle avait tourné la tête, oublié où elle était, s’était souvenue de qui elle était, avait vu le monde sombrer, elle n’avait pas pleuré, elle avait tremblé, et il ne lui avait fallut que cette seconde. Pour tout balayer. Pour s’autodétruire, par principe de sécurité. Pour tout recommencer. Et sourire.

C’était absurde. Incohérent. Cassie l’avait bien vu. Mais Grace s’en fichait. Grace était Grace. Grace était Incohérente. C’était un Cercle. C’était beau. C’était rond. Un seul trait. Une seule courbe. Simple. Parfait. C’était la forme des oranges. Qui n’aimait pas les oranges ? Personne. Tout le monde buvait, en avec joie !, leur jus à la rigueur. Les liquides avaient une forme définie. Ronde. Ils le cachaient juste très bien. Dieu aimait les oranges, de toute façon. Dieu aimait les Cercles. C’était sa forme géométrique préférée, elle était quasiment sûre de l’avoir lu quelque part dans l’Ancien Testament.

-Pourquoi cette ordonnance et que faisais-tu réellement à New York ? Tu crois que je vais tout répéter à papa et maman, c'est pour ça que tu m'écartes de toutes tes manigances ?

-Oui.

Grace avait glissé sa syllabe avec une assurance bâtie sur un pur sentiment de soulagement. Cassandra lui trouvait une excuse solide et logique à ses pensées en chute libre.

Tout. Tout. Elle lui avait tout dit. Trop peut-être, et pourtant pas assez. Comment expliquer sinon la disparition de Jeremy dans leur vie ? Ce Mal inoculé après la rupture, qui l’infectait peu à peu et qui effrayait la pianiste ? Pourquoi Grace refusait-elle si fortement de lui annoncer la Nouvelle là où elle n’aurait eu aucun problème à en faire une annonce au mégaphone au centre commercial du coin ? La relation de confiance que Cassie évoquait, toute prête à distribuer des badges brodés Hamilton² en fredonnant un Ave Maria soft, n’était plus qu’un écho, un souvenir perdu quelque part entre leur puberté tardive et la soirée disco. Elle réprima un tressaillement.

-… ton béguin insensé pour un garçon que tu n'avais vu qu'en photo.

Grace releva la tête d’un seul coup. Du bout des doigts jusqu’au creux de ses entrailles, un frisson glaça le moindre centimètre cube de chaire qui la composait.

-Nous étions jeunes et puis…

Elle détourna les yeux et une rougeur marbrée relativement ignoble s’étendit sur ses pommettes pour ponctuer le marmonnement qui se précipitait à ses lèvres.

-…ce n’était pas « un béguin insensé »…c’étaitdel’Amour.

Les mots se chevauchaient, rapides, mâchonnés, comme si, à ses yeux, plus leur vitesse augmentait, plus leur conviction était effective. Cela n’a avait aucun sens, mais Grace avait depuis bien longtemps dépassé le stade de la simple raison humaine dans cette conversation.

-Tu sais quoi peu importe ce que tu peignais,…

Elle hocha vigoureusement la tête.

-… j'espère juste que tu auras assez de discernement pour fermer cette porte à clé quand je serai partie,…

Haussement de sourcils très lent.

-… parce que maman ne sera sans doute pas aussi magnanime que moi.

Sa mâchoire inférieure tomba, en simultané avec la montée d’altitude alarmante de ses sourcils, jusqu’à une expression étonnée plus ou moins traumatique dont surprise et angoisse se disputaient les droits d’auteur.

-Tu veux vraiment affronter les parents toute seule ?

Mouvement de dénégation.

-Parce que si dans deux minutes tu ne fais pas la lumière sur tout ça, c'est ce qui se passera, je peux te l'assurer.

Elle referma sa bouche. Un « Tu n’oserais pas » mourut avait même d’avoir dépassé ses amygdales. C’était Cassandra. Bien sûr qu’elle oserait.

-Oh.

Ses yeux exprimaient la peur. Et autre chose. Une lueur qui ressemblait à quelque chose de pire. Quelque chose qui dépassait l’outrage ou la vexation, la rancœur ou la menace. Quelque chose que les sœurs Hamilton n’avaient que rarement eu l’occasion de croiser au cours de leur vie commune. Tout au fond de ses pupilles hyper-dilatées, il y avait une microparticule de déception qui braquait son pâle faisceau sur la personne de Cassandra. Ses traits se tordirent douloureusement.

Cassie n’avait aucun droit. Elle n’était plus chez elle entre ces quatre murs. Elle les avait laissés, elle l’avait laissée, sans un regard en arrière. Elle n’avait aucun ordre, aucun, à donner dans cette demeure. Grace était un barrage. Un bon barrage. Grand. Et Fort. En titane. Et sa soeur avait beau vriller son regard droit sur elle, elle ne cèderait pas, Ô non. Elle résisterait. Parce qu’il n’y avait aucune raison pour qu’elle lui réponde. Elle était adulte. Elle était grande. Et forte. Cassie n’était pas shérif de Lima, encore que sa crinière blonde n’ait rien à envier à cette de Warren. Cet interrogatoire à tendance chambre de torture – Big Sister n’avait aucune légitimité. Elle n’avait pas de compte à lui rendre. Elle n’était pas la petite fille qui lève les yeux vers sa grande sœur et répond sagement aux questions. Elle ne l’était plus. Alors pourquoi est-ce que des mots ruisselaient de sa bouche à cet instant précis ?

-Très bien. J’ai été à New-York. Pour un séminaire d’écriture. Alors ? Heureuse ?

Elle porta le revers de sa main à sa bouche, comme si elle venait de prononcer une injure particulièrement scabreuse. Ses yeux roulèrent vers le bas, comme si la moquette était une entité apaisante et maternelle qui ne lui infligerait pas la honte que le reste du mobilier lui renvoyait en pleine face. Son cerveau bouillonnait. Mi-confession, mi-diversion, elle n’était pas très sûre d’être en état de pouvoir choisir ses mots avec autant de soin qu’elle ne l’aurait voulu, mais elle devait bien faire avec les neurones à vif qu’il lui restait.

Elle se mordit l’intérieur des joues, pinça ses lèvres, ses dents, recouvertes par la supérieure, s’enfonçant dans celle du bas. Sa voix était blanche.

-C’est exactement pour ça que je n’ai rien dit, Cassandra.

Bras croisés sur sa poitrine.

-Je…

Petit hoquet.

-Tu es comme papa. Si je t’en avais parlé, tu aurais voulu que je te dise tout, l’essentiel et les détails, le plus vite possible, tu aurais voulu tout savoir, tout comprendre. Alors que… Je ne savais pas. Rien.

Regard troublé.

-Je n’avais aucune idée de où j’allais… Enfin… Si, j’avais une adresse et un programme et… mais… Je… Tu vois ce que je veux dire…

Front plissé. Pendant un instant, un sourire d’excitation s’était matérialisé sur son visage durci. Puis s’était évanoui.

-Je savais seulement que ce n’était pas ce que papa aurait voulu que je fasse de mon été. Que ce n’était pas quelque chose que tu aurais fait…

… Avant.

Elle s’épargna de prononcer cette remarque, mais c’était pourtant la pensée qui avait bondit au premier plan.

-Je ne voulais pas de ce regard., souffla-t-elle, tendant un index inquisiteur vers les prunelles bleutées de Cassandra.
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MessageSujet: Re: 03. [Hamilton's] Cassie don't preach, I'm in trouble deep...   Ven 25 Avr - 12:05

Pas plus de quelques secondes furent nécessaires à la manifestation de ses remords. Malgré tous les changements opérés en sa sœur, Cassie n'était résolument pas capable de la considérer avec tout l'estime dont elle était digne. Une partie d'elle s'accrochait fermement à l'idée que Grace serait toujours l'enfant crédule qu'elle observait d'un œil bienveillant. La vérité était qu'il lui était bien plus facile d'accepter ses propres transformations plutôt que celles de sa cadette. Quoiqu'il advienne, Grace demeurait la valeur sûre de la famille Hamilton. Perdue dans son existence tourmentée, Cassie se rassurait en constatant, au loin, que la vertu de Grace brillait toujours du même éclat. Dans ces moments d'incertitude, elle avait l'habitude d'être guidée par le phare sécurisant de son amitié. Si quelqu'un se devait de rester la même, c'était bien Grace. Cette pensée avait beau être égoïste, elle avait gangréné dans l'esprit de Cassie avec une déconcertante facilité, sûrement parce qu'au fond elle avait toujours fait preuve de condescendance envers les autres, et plus particulièrement envers Grace. Son chantage n'était rien de plus qu'une tentative désespérée de s'accrocher à la maigre possibilité que subsistait en sa sœur cette part de puérilité rassurante. Elle avait même, en quelque sorte, forcé sa naïveté à se manifester, et c'était bien cette réalité qui faisait si honte à Cassandra. Elle voulait, elle exigeait même, que Grace reste sa petite sœur adorée. Celle qui faisait les mauvais choix mais qui se tournait toujours vers elle avec admiration, pour finalement se rendre compte que la voie la plus sûre à emprunter était la sienne. C'était d'autant plus faux que Cassandra venait de goûter au revers de la médaille, et que si Grace faisait preuve de bon sens, elle ne perdrait pas son temps à répéter les mêmes erreurs qu'elle. C'était d'ailleurs peut-être bien ce qu'elle faisait et, même si c'était le comportement le plus avisé à adopter, Cassie aurait au moins apprécié être celle qui lui aurait soufflé l'idée, juste pour avoir la satisfaction d'être utile à ce monde. Mais non, Grace avait mûri sans son aide et sans même qu'elle ne s'en rende compte.

La vérité fut bien plus douloureuse à entendre. Après réflexion, Cassie aurait préféré qu'on lui serve l'illégitimité de sa trop grande considération sur un plateau plutôt qu'on lui balance à la figure le caractère hérité de son paternel. En plus de lui prodiguer un vif pincement au cœur, cette confession lui arracha une grimace de stupeur, pas parce qu'elle était inattendue en soi, mais parce qu'elle avait toujours entendu la voix de sa mère prononcer ces mots plutôt que celle de Grace. Sauf que dans sa tête, Candace avait fait preuve d'une incroyable fierté, tandis que le ton de reproche de Grace laissait entendre que, au contraire, ressembler à son père était la pire des insultes. Ce n'était peut-être - sûrement - pas l'effet escompté, mais l'esprit troublé de Cassie avait de lui-même fléchi l'intonation de Grace de manière à en faire une accusation. Un an plus tôt, Cassandra considérait encore son père comme la perfection inégalable, si bien qu'elle s'efforçait de le comparer sans arrêt à Jeremy. Aujourd'hui, il n'était plus que l'ombre de sa propre dignité. Le reste des propos de Grace ne comptait pas. Les qualificatifs qu'elle associait à leur père n'avaient aucune importance - parce que nul doute que pour Grace, Joseph demeurait un modèle absolu. Pour elle, être comme lui c'était faire preuve d'une inflexible curiosité. C'était faire semblant d'être à l'écoute, d'être impassible et totalement objectif dans son jugement, alors qu'en réalité les discours des autres n'affectaient en rien leur sentence. Le pire, c'était qu'elle avait raison. Cassandra était exactement comme leur père. Lorsque Shandy lui avait confié être en couple, elle avait aussitôt jugé son tendre jules indigne de sa compagnie. Quoiqu'elle lui dise, son verdict était implacable et sans appel. Et même si elle venait à le rencontrer, même s'il s'avérait être l'opposé de ce qu'elle avait imaginé, elle ne reviendrait pas sur sa première impression. Elle le savait, parce qu'elle avait fait exactement la même chose avec Ezrael, lorsqu'il sortait avec Christa au lycée. Entendre cette vérité était bien plus difficile que de l'admettre. Elle avait fait la paix avec son hérédité depuis bien longtemps déjà.

Qu'entendait-elle par ce regard ? Voulait-elle parler de ce regard d'apparente placidité qu'elle avait fini par copier d'un père pasteur ? Ce regard qui, derrière un voile d'abnégation, se voulait réprobateur ? Ce n'était pourtant pas ce regard qu'elle lui jetait à cet instant. C'était un regard d'infinie tristesse, d'incompréhension et de déception. Où, sur le chemin de leur cordiale fraternité, avait-elle bien pu perdre l'estime de sa sœur ? Certes, elle avait souvent remis ses choix en question, mais jamais, non jamais, ne lui avait-elle expressément imposé les siens. Jamais. Pas même lorsqu'elle avait voulu imiter les Cheerios de McKinley. "Tu vois tu as tort Grace. Je ne suis pas tout à fait comme papa." rectifia-t-elle sans masquer son amertume. Pour une fois, elle ne se déguisait pas sous un vernis de condescendance. Elle affichait clairement sa peine. "Oui j'aurais voulu tout savoir évidemment, parce que c'est ce que font les gens quand ils s'intéressent aux autres. Mais c'est quelque chose que j'aurais fait. Je l'aurais fait si j'en avais eu envie. Mes rêves sont peut-être plus simples à réaliser, parce qu'ils rejoignent ceux des parents, mais je suis persuadée que, si j'avais voulu autre chose que faire du bénévolat au Pérou, je l'aurais fait." Elle en doutait, mais son assurance faisait croire le contraire. "Depuis cinq ans j'étudie l'astrophysique... Je suis littéralement dans les étoiles." dit-elle en échappant un rire de dépit. "Alors si quelqu'un comprend ce que c'est de poursuivre un rêve, aussi peu conventionnel soit-il, c'est bien moi." conclut-elle en baissant lentement les yeux, mélancolique. "Oui, c'est moi." renchérit-elle dans un murmure, alors qu'elle tournait les talons. Elle n'avait plus la force d'affronter cet échec.
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MessageSujet: Re: 03. [Hamilton's] Cassie don't preach, I'm in trouble deep...   Sam 3 Mai - 2:07

-Tu vois tu as tort Grace. Je ne suis pas tout à fait comme papa.

La peine transperça la digue impassible de ce masque digne et pâle qu’elle avait depuis bien longtemps confondu avec le visage de sa sœur. Les flots amers jaillirent entre les syllabes de la blonde et heurtait Grace avec une violence silencieuse. Le souffle coupé par l’inhabituelle démonstration d’émotion de Cassandra, elle émit un son bas et plaintif. Le râle du remord qui rongeait sa gorge comme du métal en fusion. Peut-être qu'elle exagérait. Peut-être qu'elle surinterprétait. Mais même ses capacités pourtant avérées de déni et d'adaptation à la réalité n'étaient plus un recours face à ce spectacle inconnu. Trop préoccupée pour laisser ses yeux briller de larmes, Grace se contentait de battre des paupières, alarmée.

-Oui j'aurais voulu tout savoir évidemment, parce que c'est ce que font les gens quand ils s'intéressent aux autres.

Grace se mordit violemment la lèvre inférieure.

Elle voulait.

Elle voulait laisser sa bouche ouverte et regarder passivement s’écouler des mots qui diraient tout à Cassie pour elle. Qui lui diraient que ce n’était pas la peine. Qu’elle mentait et qu’elle le savait très bien. Qu’elle ne s’était jamais trouvée intéressante, encore moins à ses côtés, et que personne ne pourrait la contredire. Que l’indulgence de sa curiosité avait quelque chose de profondément douloureux. Que son approbation lui paraissait, au fond, artificielle, concédée par charité. Elle voulait lui dire qu’elle n’avait pas besoin de son intérêt, pas besoin d’elle. Mais elle aurait menti.

Elle ferma les yeux.

Elle voulait s’excuser pour ce qu’elle n’avait pas dit, pour ce qu’elle allait penser, effacer toute cette scène, elle voulait la prendre dans ses bras, la serrer très fort et rire doucement. Elle aurait voulu qu'elles soient ce genre de soeurs qui peuvent éclater de rire au milieu d'une conversation comme celle-ci. Le genre de soeurs qui n'auraient jamais eu besoin d'une conversation comme celle-ci. Elle aurait voulu redevenir ce cliché d’une famille parfaite. Elle espérait pouvoir oublier ce face à face avec tous ces sentiments mêlés sur ce visage qu’elle ne pouvait qu’à peine regarder à présent. Mais elle ne le pourrait jamais.

Quelque chose venait d’évoluer, de se transformer, irrévocablement. Elle le sentait, perdue dans cette faille qui s’était ouverte béante entre ses désirs contraires, ses envies et ses devoirs de toute façon avec le temps devenus indistinguables, interchangeables.

- Depuis cinq ans j'étudie l'astrophysique... Je suis littéralement dans les étoiles.

Grace se figea.

Cinq ans.

Une espèce de silence se fit dans son esprit. Le bourdonnement continuel d'idées brouillonnes cessa un instant, laissant tout autour de la conscience de la pianiste un vide dont elle n'avait jamais pris conscience auparavant.

Grace s'était pliée à ses parents. A son père. Depuis sa naissance jusqu'à il y avait peu, elle avait suivi le modèle instauré pour Cassandra et s'y était forgée avec une docilité infaillible. Elle avait suivi un cursus scolaire, sinon exemplaire, tout du moins très correct, était parvenu à faire passer à sa conscience le cap difficile de l'adolescence sans trop de dégât visible, avait appris à sourire, à prier, à voir le monde avec les yeux de son père. Le pasteur avait voulu qu'elle suive des études de Droit, et elle s'y était soumise, persuadée que les meilleures décisions ne pouvaient appartenir qu'aux autres. Mais pas Cassie. Non. Cassandra la Pure, l'Oratrice, la Charismatique, Cassandra devenait Astrophysicienne.

Cinq ans. Déjà. Cinq ans que sa sœur contemplait cette univers bien plus profondément qu'elle n'en aurait sans doute jamais l'occasion. Et pas une seule fois Grace ne l’avait interrogée. Pas une seconde parmi les cent cinquante-sept millions sept-cent quatre-vingt-quatre six-cent trente qui les séparaient de l'instant où avait été scellé le chemin d’étude emprunté par sa sœur, elle n’avait eu l’idée de s’intéresser à ce choix inattendu. Au pourquoi. A comment Cassandra le vivait. A la passion qu’elle pouvait y trouver, ou non. Si elle était satisfaite, toujours avide de connaissance, si elle avait des projets professionnels qui se profilaient, si sa vision avait évolué, en quoi contempler l'Oeuvre du Tout-Puissant avait pu éclairer son âme, pourquoi la Grande Ourse ressemblait-elle à une poêle à frire... Elle avait accepté l’information. L’avait applaudit. Pire, y avait même trouvé de l'orgueil. Mais ne s’y était jamais arrêtée. Ce constat glaça lentement Grace, anesthésiant un à un le moindre de ses nerfs à mesure qu’elle prenait conscience de l’ampleur croissante du gouffre qui s’était étendu entre elles. Elle y voyait sombrer les unes après les autres les illusions qu’elles avaient érigées en pont, et ne savait déjà plus lesquelles elle voulait sauver.

-Alors si quelqu'un comprend ce que c'est de poursuivre un rêve, aussi peu conventionnel soit-il, c'est bien moi.

Son front se plissa.

Cela aurait été bien trop simple d’accuser les spectres du pasteur et de Jeremy qui rodaient encore dans la maison, tapis dans des coins que Grace ne pouvaient pas redécorer. Elles étaient hantées par bien d’autres démons. Et le déni qui les aveuglait était peut-être le plus important de ceux-ci.

-Oui, c'est moi.

Bien plus écho que véritable son, le murmure effleura à peine ses tympans. La silhouette s'éloignait.

Elle fuyait. Elle la fuyait. Elles se fuyaient.

Il fallait que ça cesse.

-Cassie !

Elle attrapa son poignet. Elle aurait pu, du, faire plus. Elle n’y arrivait pas.

-Je…

Que faire ? Que dire ? L’accuser d’abandon ? Encore une fois ? Pourquoi ? Pour la forcer à en dévoiler plus que ce qu’aucune ne voulait ? Était-elle assez sadique, assez masochiste, pour pousser plus loin la torture ? Fallait-il rester là, debout, indéfiniment, en attendant que les plaies se résorbent ? Faire semblant ? Et fuir encore plus sûrement ? La lèvre de Grace tiqua. Faire semblant, ça lui semblait bien. Ca lui semblait mieux. Faire semblant, c'était déjà y croire un peu. C'était un début. Pas une fin.

-Je suis là...

Surtout pas une fin.

-Toujours.
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MessageSujet: Re: 03. [Hamilton's] Cassie don't preach, I'm in trouble deep...   Jeu 5 Juin - 15:21

A en juger par la ribambelle d'émotions qui modelait son visage, Grace non plus n'avait pas prévu un tel retournement de situation. Le dos tourné, Cassandra n'était plus que spectatrice de sa propre désolation, et peut-être que c'était cette perspective qui avait enjoint sa sœur à faire tomber le masque du déni. La colère de Cassandra n'était plus qu'un souvenir lointain, les vagues réminiscences d'un cauchemar au réveil. Dérisoire, elle avait laissé place à des sentiments longtemps refoulés d'insécurité et de mélancolie. C'était comme si soudainement elle avait réalisé qu'on l'avait admirée tout ce temps pour les mauvaises raisons. Ce n'était pas véritablement elle que Grace avait autant estimé, c'étaient les idéaux qu'elle portait en elle. En fait, Cassie avait berné sa sœur de la même façon qu'elle avait berné son père. Elle n'avait fait apparaitre que le meilleur, que les vertus que l'on attendait d'elle, et avait masqué les imperfections qui la rendaient humaine. La mascarade avait duré jusqu'à ce jour, alors même qu'elle était persuadée d'avoir déjà écorché l'image que Grace se faisait d'elle lorsque, à son prétendu retour de Rome, elle avait assisté au spectacle affligeant de sa décadence. Mais le pire, c'était que Grace avait suivi son exemple. Elle s'était escrimée à être la digne fille de son père tout en dissimulant, peut-être avec plus de difficulté, les défauts de ses ambitions. Prête à fuir la scène, Cassie en réalisait alors toute l'ironie. Elle ne pouvait pas blâmer Grace de n'avoir pas vu en elle les qualités de confesseur de leur père. Elle ne pouvait pas la blâmer d'avoir menti sur la destination de ses vacances, alors qu'elle-même mentait par omission sans vergogne depuis des années. Ce qui la rendait triste la rendait à la fois extrêmement fière. Grace était devenue elle. Elles étaient les mêmes. Elles avaient les mêmes craintes, les mêmes rêves excentriques et les mêmes mécanismes de défense. Et ce n'était que maintenant, alors qu'elle sentait la corde de leur amour se rompre, que Cassandra prenait conscience qu'au contraire, leur lien n'avait jamais été aussi fort.

Au contact de sa peau, tout son corps se relâcha comme par magie. Elle avait espéré, l'espace de ces quelques fractions de secondes, que Grace la coupe dans son élan impulsif et malhonnête. Heureusement pour elles, la cadette Hamilton était beaucoup moins têtue que son ainée, et peut-être qu'elle avait perçu la faille de leur mésentente bien avant que Cassie ne décide de prendre congé. Oui Cassie était prête à lui pardonner quelques mensonges. Le séminaire, les faux souvenirs d'une Italie stéréotypée, peut-être même l'honneur qu'elle avait cru lui procurer en lui léguant le Club de chasteté. Mais il y avait une chose qu'elle ne pouvait mettre sous silence, c'était sa grossesse cachée. Pourtant, alors que la main de sa sœur effleurait son poignet comme elle l'avait fait maintes et maintes fois, la rancœur qu'elle avait accumulée ces cinq dernières minutes s'était dissipée au profit d'un soulagement inopiné. Ses mots, maladroitement choisis, étaient le parfait antidote à sa peine. Elle le sentait. Malgré les hésitations de sa voix, quelque chose s'était consolidé entre elles. Peut-être une confiance égarée quelque part sur la route de leur déni respectif. Cassie ne voulait plus être cette sœur qui inspirait de la crainte autant qu'elle suscitait l'admiration. Elles avaient déjà une mère qui remplissait ce rôle à merveille. Longtemps Cassandra avait cru bon de compléter l'éducation prodiguée par leurs parents, parce que c'était ce à quoi servaient les grandes sœurs selon elle. Sauf qu'elles étaient toutes les deux adultes désormais et qu'en ce qui concernait Grace, il n'était plus question d'éducation mais simplement de conviction. Elle se devait de faire confiance à l'héritage de l'instruction parentale et la laisser faire ses choix en conséquence. Elle voulait être témoin des décisions de Grace et non actrice. Mais comment lui faire comprendre, après tant d'années de bienveillance excessive, qu'elle ne la considérait plus comme l'enfant crédule qu'elle croyait encore avoir devant elle à peine quelques minutes plus tôt ? Comment pouvait-elle balayer d'un revers de la main le devoir qu'elle se faisait de la protéger des aléas de la vie ? De la protéger des hommes parce qu'elle avait souffert, de la protéger des filles en jupes courtes parce qu'elle avait pleuré ? Grace avait tout résumé en quelques mots. Elle était là pour elle. Toujours.

Lentement Cassandra pivota sur ses talons, essuyant avec son index la larme qu'elle avait sentie perler au coin de son œil. Elle ne savait pas quoi dire. Elle n'avait rien à dire. Il lui suffisait de la regarder, de feindre un sourire malgré l'embarras et de la prendre dans ses bras. Et ce fut exactement ce qu'elle s'empressa de faire, dans un ordre incertain. Son étreinte était chaleureuse, quoiqu'un peu indécise. Non elle ne pourrait pas s'empêcher de s'inquiéter pour sa sœur. Mais elle espérait désormais que Grace lui ferait part de ses incertitudes sans craindre d'être jugée. Il lui semblait retrouver sa sœur après plusieurs années de séparation. Elles avaient des tas de choses à rattraper. Elles devaient éclaircir les zones d'ombre de leur vie qu'elles avaient soigneusement entretenues. Et surtout, elles devaient se soutenir mutuellement, comme elles l'avaient finalement toujours fait malgré elles. Lorsque Charlie était venue la confronter lors de la soirée d'Halloween, Cassie ne s'était pas posé la question de savoir si oui ou non son discours était justifié. Elle avait même été cruellement consciente que Grace cachait délibérément des choses. Mais elle s'était fait un devoir d'être dans son camp quoiqu'il se passe.
Le claquement sourd de la porte d'entrée l'arracha à son étreinte. "Gracie, nous sommes rentrés." informa Candace depuis le vestibule, où Cassandra devinait qu'elle se débarrassait de son manteau tandis que leur père se dirigeait vers la cuisine. Après une œillade complice, Cassie invita sa sœur à ouvrir la marche tandis qu'elle la suivait dans l'escalier. Un jour elles devraient affronter le jugement de leur père. Certainement pas aujourd'hui, mais c'était inévitable. Et ce jour-là, elles pouvaient être assurées de pouvoir bénéficier du soutien de l'autre.
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MessageSujet: Re: 03. [Hamilton's] Cassie don't preach, I'm in trouble deep...   

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03. [Hamilton's] Cassie don't preach, I'm in trouble deep...

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