Choriste du mois


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 03. It's all about the climb

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MessageSujet: 03. It's all about the climb   Sam 28 Déc - 1:49

Si Garrett Lloyd avait aveuglément fait confiance à sa fille lorsqu'il l'avait abandonnée du haut de ses cinq ans sur la selle d'un poney, la perspective de lui céder le volant du colosse qui lui servait de pick up le ravissait déjà moins. Il avait beau arborer ce rictus encourageant qu'Andie interprétait comme une preuve indéniable de son ravissement, il pleurait foncièrement à l'idée qu'elle puisse planter son bijou dans un arbre ou renverser une pauvre mamie et son caniche fraichement toiletté. Lorsqu'il avait dû vendre tout son bétail, son père s'était accroché à sa voiture comme l'unique source de dignité qu'il lui restait. Dans le Sud des Etats-Unis, les hommes étaient très attachés à leurs possessions, et si à Lima on ne perdait pas une occasion de se moquer des origines fermières d'Andie, à Stonewall être l'heureux propriétaire d'un troupeau était la plus inconditionnée des distinctions. Malgré tous les mots de réconfort que lui avait glissés sa femme durant la nuit, Garrett avait vraiment du mal à lâcher les rênes cette fois et, quoique la béatitude d'Andie témoigne de son aise, il ne pouvait se résoudre à détacher ses mains du volant plus de quelques secondes. Andie, quant à elle, était toujours fidèle à elle-même. Elle avait perpétuellement cet air d'enfant candide qui se nourrissait de la moindre lueur d'optimisme pour effectuer des tâches aussi futiles que merveilleuses. Le vrombissement du moteur au feu tricolore la faisait éclater d'un rire massif qui avait toujours le don de détendre son père, et ce même lorsque le cauchemar constant de son pick up dévasté le hantait. Depuis un an déjà Andie avait l'âge de conduire, seulement elle n'avait jamais eu le temps - surtout pris le temps - de s'atteler à ses devoirs d'automobiliste modèle. Ses parents savaient que malgré tout l'enthousiasme qu'elle montrait, elle n'était pas encore disposée à être assez concentrée pour venir à bout de son initiation. Alors une fois par mois elle avait le droit de conduire la voiture de son père, sous sa scrupuleuse supervision, tandis que Deborah les regardait s'éloigner depuis la fenêtre de la cuisine, amusée par l'effroi démesuré de son mari qui, pour une fois, jouait un autre rôle que celui du cowboy intrépide.

Lorsque l'engin s'arrêta brutalement devant l'entrée du lycée, Andie s'empressa de détacher sa ceinture et d'étreindre son père avant de se précipiter à l'extérieur, trop excitée à l'idée de partager cette aventure avec ses amies pour pouvoir se contenir plus longtemps. Plusieurs fois elle manqua de glisser sur une plaque de verglas mais elle se rattrapait sans gêne aux braves individus qui se trouvaient par le plus grand des hasards sur son chemin. L'un d'entre eux, un petit être chétif de première année certainement, s'écroula sous le poids de son euphorie sans même qu'elle ne lui adresse la moindre compassion, déjà propulsée à plusieurs mètres de la scène. Une fois parvenue dans l'enceinte du lycée elle tempéra ses ardeurs avec une extraordinaire imperturbabilité, son regard furetant le couloir à la recherche d'une tête familière. Son visage défiguré par ce genre de grimace qu'elle faisait toujours lorsqu'elle se concentrait, Andie était plantée dans l'entrée, jusqu'à l'instant où elle reconnut parmi la foule la tête blonde d'Harper. Son sac à dos fermement fixé sur ses épaules, elle se lança dans un sprint mouvementé et, comme souvent lorsqu'il s'agissait d'Harper, lui rentra dedans son ménagement. "Tu devineras jamais, j'ai conduit le pick up de mon père pour venir au lycée. En plus il neige, c'est trop méga dangereux mais j'ai même pas écrasé d'écureuil. Les pauvres, ils doivent mourir de froid tu crois pas ?" débita-t-elle avec un sens inné de la rhétorique chez elle. Andie Lloyd ne posait jamais de questions pour qu'on lui réponde, c'était absurde. Elle marcha alors plusieurs mètres aux côtés de celle qu'elle croyait être Harper jusqu'à ce que cette dernière l'abandonne pour rejoindre un groupe de filles mal habillées. Quelle gourde, Harper n'était même plus blonde. Ce détail, en plus de la perturber, était vraiment difficile à retenir pour celle qui avait déjà beaucoup de mal à dompter sa mémoire visuelle. Il lui avait fallu des mois pour se rendre compte que Gabriel avait vraiment quelque chose d'indien dans sa pigmentation, du sang cherokee peut-être. M. Carr lui aurait balancé sa botte à la figure s'il avait su.

Loin d'être découragée, Andie hocha les épaules, pas le moins du monde embarrassée par le fait qu'elle venait de s'entretenir pendant deux minutes avec une parfaite inconnue. Elle fit un bruit peu gracieux avec sa bouche avant de se diriger d'un pas assuré vers son casier. Depuis sa petite conversation avec Harper elle avait regagné cette fougue permanente qui animait chacune de ses entreprises. Si la plupart des Cheerios se pavanaient la tête haute parce qu'elles se savaient à l'abri des dissidences, Andie arborait elle une fierté tout autre. C'était l'insouciance qui lui inspirait ce simulacre d'assurance alors qu'elle se dirigeait victorieuse vers son casier. Ce fut avec la même insouciance qu'elle l'ouvrit, comme elle le faisait tous les jours depuis des mois, et qu'elle reçut l'avalanche d'épis de maïs qu'on lui avait précieusement réservée. A des années lumière d'être vexée ou même embarrassée, Andie se trouvait néanmoins dans une situation inconfortable qui l'obligea à se pencher pour ramasser ce qui semblait être la matérialisation de sa dignité. C'était du moins ce que pensaient ses détracteurs, tandis qu'ils beuglaient comme à leur habitude derrière son dos, provoquant sans grande surprise l'hilarité générale. Habituée à faire fi des moqueries depuis qu'elle avait décidé de prendre racine pour de bon à Lima, Andie s'accrochait à cette parcelle d'optimisme que lui avait offert son père, sa rassurant à l'idée que bientôt elle pourrait partager son euphorie avec quelqu'un qui en aurait véritablement quelque chose à faire. D'une main elle déposa son sac sur le sol, sur un carré blanc que le maïs n'était pas parvenu à atteindre, et de l'autre elle rangea une mèche de cheveux qui avait glissée devant ses yeux derrière son oreille. "Paysanne." prononça un passant derrière elle dans un éternuement peu subtil. Machinalement elle s'empara d'un épi bien dur qu'elle lui balança dans la figure avec une innocente brutalité. Puis, comme si de rien n'était, elle fourra le reste dans son sac qu'elle avait pris soin de vider au préalable, avec une exceptionnelle apathie.
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MessageSujet: Re: 03. It's all about the climb   Lun 30 Déc - 2:51

Allongé sur son lit, Addison fixait le plafond d’un air absent, effleurant machinalement les cordes de sa guitare, répétant encore et encore les notes d’une chanson qu’il avait écrite il y a bien longtemps, assis quelque part contre un arbre dans les champs de son père, et dont il avait préféré oublier les paroles. Même à des milliers de kilomètres de sa maison, il y avait des habitudes dont il ne parvenait pas à se défaire, et parmi elles, celle de se réveiller à l’aube. Il était 6h49, ça faisait une heure qu'il était réveillé et il n’avait plus la moindre chance de se rendormir. Ce qui lui laissait encore beaucoup, beaucoup de temps à tuer avant de devoir se rendre au lycée. Toute sa vie on lui avait appris que l’avenir appartenait à ceux qui se lèvent tôt, et qu’il n’était pas de trésor plus précieux que les premiers rayons du soleil caressant l’horizon. Il s’était accoutumé à nourrir tous les chevaux avant même de prendre son propre petit-déjeuner, à sortir dans les prés ceux qui avaient passé la nuit aux écuries, et rentrer ceux qui devraient travailler avec le bétail dans la journée avant de sauter dans son vieux pick-up pour aller en cours. Comme tout ce qui avait fait sa vie au ranch, les journées bien remplies lui manquaient. Ici il n’avait rien à faire. Il faisait ses heures au lycée à réparer de la déco de Noël et à nettoyer des couloirs qui seraient aussi sales qu’à son arrivée lorsque la dernière sonnerie retentirait, puis il passait par la case répétitions avec les autres New Direction qui le haïssaient visiblement mais tenaient leur langue en présence de Sylvester, contraint de chanter des chansons à des années lumières de ce qui l’intéressait vraiment, et après ça, le néant. Il n’avait pas assez d’argent de poche pour sortir tous les jours, ou explorer plus que les environs dans sa vieille voiture qu’il avait réussi à traîner jusqu’en Ohio mais qui consommait plus de gazole au kilomètre qu’un cheval boit d’eau en une journée. Pas de quoi s’effondrer sur son matelas épuisé par son dur labeur le soir venu. Cette sensation lui manquait. Celle de la fatigue productive. Le plaisir de s’endormir en sachant qu’on a fait quelque chose de sa journée, et que le lendemain était lui aussi plein de promesses.

L’adolescent ne se voilait pas la face, il avait perdu ce rythme effréné quand sa mère avait vendu le ranch plus d’un an auparavant, mais au moins à Albuquerque il avait encore ses amis. Des gens qui partageaient les mêmes valeurs que lui, et qui le comprenaient parce qu’ils le connaissait depuis toujours. Il avait eu besoin de tout le soutien qu’il avait pu trouver après que le scandale concernant sa famille avait éclaté, et ses amis du lycée lui avaient apporté un peu de stabilité dans un monde où tout partait doucement en lambeaux. Mais sa mère lui avait soigneusement arraché tout ce qui comptait le plus à ses yeux pour venir s’installer avec ce type dont elle jurait être amoureuse. Plus de ranch, plus de chevaux, plus de potes. Addison était seul ou presque dans ce bled où tout le monde jouait au parfait petit citadin alors qu’ils vivaient dans un trou glacial où il n’y avait rien à faire. Par chance, au milieu de toute l’hostilité ambiante il avait retrouvé Jamie qui l’aidait à combler les trous sans fin de ses journées. Seulement Ainsworth et la productivité, ça avait toujours fait deux. Il l’appréciait pour ce qu’il était, mais il ne fallait pas compter sur lui pour trouver quelque chose de physique à faire en général. Se tournant sur le côté il déposa précautionneusement sa guitare sur le sol et la fit glisser en douceur sous son lit, à l’abri des regards indiscrets qui essaieraient de le convaincre que cette vieillerie serait bien mieux à la poubelle, remplacée par un joujou flambant neuf, sans histoire et sans émotion. Comptez sur Ted pour ne rien comprendre à la musique. Tout ce qui faisait sens pour lui c’était les chiffres, et plus précisément, les zéros qui s’enfilaient sur son chèque à la fin du mois. Persuadé que tout pouvait s’acheter, il avait d’abord tenté de s’attirer les bonnes grâces d’Addison en lui promettant de l’argent de poche et des cadeaux divers en pagaille, mais il s’était bien vite rendu compte que pour un cowboy les biens matériels sont une nécessité sans appât. Et hop, adieu les belles offres indécentes pour acheter son silence ou sa participation active à leur petite comédie de la famille parfaite. Ce qui ne voulait pas dire qu’il ne retentait pas régulièrement de faire entrer le jeune homme dans son petit jeu de manipulations. Quel salaud. Ils n’auraient jamais rien en commun, et Addison détestait chacun des traits de son visage qu’il retrouvait chez lui.

Rejetant dans un coin de son lit le vieux tapis de selle usé que lui avait offert son père quand il était encore tout gamin, Addison se résigna à se préparer pour la journée. Il ignora cependant soigneusement la barbe de trois jours qui couvrait ses joues, sachant parfaitement que ça ferait enrager son cher papa de le voir sortir de la maison sans être rasé de près, et que ça rappellerait à sa mère qu’un jour elle avait vécu dans une maison où les hommes ne se rasaient de près que quand ils en avaient le temps, autant dire rarement. Sans compter que ça lui donnait l’air plus mature, plus brut, et que ça découragerait les plus hardis des footballeurs du lycée de venir se frotter à lui. Il descendit les escaliers en silence, filant immédiatement en direction de la cuisine pour y attraper une pomme et se faufiler dans le garage par la porte arrière. Arrivé au lycée, il avait encore suffisamment d’avance pour se faire passer une savon par le principal qui s’imaginait qu’il avait un master en serpillère et détergents pour faire briller son lycée de mille feux en permanence. Levant le nez de l’horloge derrière son volant, il remarqua immédiatement le gros pick-up qui sortait de l’autre côté du parking. Intéressant. Il y avait quand même des gens pour avoir du goût en matières de caisses dans le coin. Peut-être que tout espoir n’était pas perdu après tout. Certain de tenir là le signe que sa journée ne serait peut-être pas aussi nulle que les autres, il claqua la porte de sa voiture, ignorant les regards amusés que les plus malins osaient lui porter, avant d’enfoncer les mains dans les poches de son jean pour tâcher de garder la chaleur. « En route vers de nouvelles aventures. Tu parles. » marmonna-t-il pour lui-même en pénétrant dans l’enceinte du lycée déjà bondée d’élèves venus en avance pour montrer leur nouvelle tenue hivernale, ou partager tout un tas de ragots infondés accumulés au cours du week-end.

Il allait s’enfiler dans le couloir de l’administration lorsqu’un bruit de fracas attira son attention. Haussant un sourcil inquisiteur, le garçon tourna le menton pour chercher à identifier la source de ce bruit, et il ne mit pas longtemps à voir le tas de maïs au milieu duquel était noyée une petite blonde. Qu’est-ce que c’était que ça encore ? Après la glace pilée, les épis de maïs ? Est-ce que c’était un truc dans l’eau qui les rendait tous débiles ou bien est-ce que le froid empêchait le développement correct de leurs cerveaux dans le Nord ? Autant gagner du temps et aller ramasser ce bazar avant qu’on ne le force à le faire, Addison soupira profondément et fit demi-tour pour prêter main forte à cette pauvre fille qui portait pourtant un uniforme de cheerleader mais semblait malgré tout victime des mauvaises blagues de ses camarades. Il n’était plus qu’à quelques pas lorsqu’il entendit la remarque railleuse mal dissimulée dans une fausse quinte de toux de l’un des spectateurs et son sang se mit immédiatement à bouillir. C’était donc ça la raison de ce bizutage ridicule ? Cette fille venait elle aussi de la campagne et n’était pas au goût de ces petits prétentieux ? Ils allaient voir de quoi on était fait dans la campagne. Tout prêt à briser ce gros malin de citadin en deux, Addison fut coupé dans son élan en voyant la blonde balancer un des épis en plein sur le nez du sportif avant de retourner à la tâche de fourrer les épis dans son sac de cours déjà plein, ignorant par là même la rumeur qui courait déjà autour d’elle. Le type n’avait de toute évidence pas bien pris le répondant de Miss Campagne et il s’apprêtait à avancer sur elle pour des représailles, une main toujours posée en outrage sur son nez. Sans perdre un instant, Addison l’agrippa fermement par l’épaule et planta son presque mètre quatre-vingt dix devant lui. « Essaye un peu de t’en prendre à elle et c’est pas un épi de maïs que tu vas manger. J’suis clair ? » demanda-t-il de sa voix traînante chargée d’un fort accent du Sud, ses doigts se refermant vicieusement sur sa victime tandis que son autre poing se contractait déjà dans l’éventualité où Déficient Mental tenterait quelque chose.

Une chance pour lui, il semblait avoir un instinct de conservation suffisamment efficace pour le faire reculer en levant les deux mains. « Pas la peine de t’énerver mec, c’était une blague. » Fronçant les sourcils sur ses yeux bleu tempête, Addison attendit que le petit groupe s’éloigne pour se tourner finalement vers la cheerleader et s’accroupir à côté d’elle. Damn. Elle était jolie. Il lui prit délicatement l’épi qu’elle tenait des mains pour attirer son attention. « Besoin d’un coup de main ? » demanda-t-il avec un léger sourire un coin. « Je crois que ton sac a déjà son compte, nan. » ajouta-t-il avec un signe de menton en direction du petit sac à dos qu’elle déformait en essayant désespérément d’y faire entrer un champs de maïs.
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MessageSujet: Re: 03. It's all about the climb   Lun 17 Fév - 0:13

Dans un autre contexte, cette malencontreuse surprise aurait pu lui faire plaisir. Andie n'était pas assez susceptible pour défaire l'opportun de l'inopportun, aussi embrassait-elle les taquineries comme une marque comme une autre d'affection. Harper aurait très bien pu se charger de remplir son casier de maïs, dans une tentative maladroite de lui soustraire un peu de gaieté à une période de sa vie où elle remettait en question sa place dans le monde. Mais de toute évidence Harper était plus intelligente que ça, et elle l'aurait plutôt emmenée les yeux bandés dans un champ en bordure de la ville plutôt que de conduire le champ à elle, sous les regards railleurs de ses camarades. Il lui avait fallu un peu moins de quelques secondes pour se rendre compte de la supercherie, un record pour une fille dont la crédulité finissait par s'éroder par des vagues successives d'humiliation. La blague était d'autant plus de mauvais goût que ce maïs puait les engrais chimiques et les pesticides, panacée d'un Nord toujours plus avide de temps et de profit. Ce qui était surprenant, c'était de la voir courber l'échine face à des détracteurs qui, de toute évidence, ne connaissaient pas l'humiliation véritable. Celle qui était juste, franche et brutale et se passait de circonvolutions mesquines et hypocrites. Elle n'avait même pas rongé son frein, elle avait machinalement baissé la tête, avec dignité certes, comme pour prouver qu'elle était au dessus de ces viles manières. En réalité elle était juste fatiguée de se battre contre un auditoire qui ne parlait pas la même langue qu'elle. M. Carr lui avait répété que le proverbe "la vengeance est un plat qui se mange froid" était l'œuvre d'un de ces dégonflés de New York, trop occupés à cirer les pompes des autres pour réaliser que leur café refroidissait. Au Texas on savait manger froid, on sirotait de la limonade tout l'été - du moins c'était ce que l'esprit innocent d'Andie avait retenu - et croquait vaillamment dans les glaces à l'eau. Mais la vengeance on la dégustait pas, elle était le fruit le plus spontané de leur impulsivité caractéristique. Même si Andie avait défendu sa dignité en s'attaquant à un de ses détracteurs, elle savait foncièrement que son acte n'avait pas été à la hauteur du mal qui lui avait été fait. Toute son enfance son père l'avait bercée de "laisse pas la porte te cogner le cul en sortant" mais aujourd'hui elle n'avait même plus l'impression de le déshonorer en faisant preuve d'une inhabituelle placidité.

A trop vouloir s'intégrer, elle avait fini par en perdre des valeurs d'humilité et d'intégrité différentes de celles que l'on assimilait ici. Elle avait presque pitié pour tous ces indiens, forcés à l'assimilation pour obtenir ne serait-ce qu'un peu de crédit dans un monde qu'on leur avait arraché. Sauf qu'elle était le cowboy, abandonné dans une réserve et contraint à accepter des codes qu'elle trouvait idiots, à vénérer des divinités auxquelles elle ne croyait pas. Sinon, on lui faisait payer ses déviances. Il n'y avait pas de place pour la différence. Le pire, c'était sans doute qu'elle n'était pas la seule, mais que le reste de ses semblables croyait dur comme fer que parce qu'ils portaient une plume dans les cheveux ils étaient à l'abri des réprimandes. Elle vivait dans une meute de loups, auprès de milliers de moutons qui réprimaient leurs instincts en criant au clair de lune. Bien vite son sac fut rempli, mais elle s'acharnait à vouloir y faire entrer jusqu'au dernier épi, comme si se balader plus tard avec le fruit de son humiliation sur son dos l'aiderait un tant soit peu à se réconcilier avec son orgueil. Elle aurait surtout l'air stupide. En plus c'était immangeable, alors pas moyen d'ouvrir un stand de maïs grillé à l'entrée du lycée, comme tous ces gens dans le parc Lincoln. C'était typiquement le genre de réaction qu'aurait eu sa mère, bien plus avisée qu'elle lorsqu'il s'agissait de sauver les apparences. Andie était plutôt une rustre comme son père - c'était certainement dû au fait qu'elle était enfant unique et qu'il n'avait jamais fait de distinction entre l'éducation d'un garçon ou d'une fille - et aimait jouer des poings plutôt que de faire dans la ruse. Quand Jacob lui avait mis du sable dans les cheveux au jardin d'enfant, elle lui avait mis un coup de pelle dans la figure. Et à partir de cet instant, il avait toujours fait en sorte de se plier en quatre pour elle. C'était l'amour vache, comme on l'appelait. En partant de ce principe, elle était plus qu'adulée à McKinley. Seulement sa naïveté avait des limites, et c'était définitivement une vision trop optimiste des choses pour refléter une quelconque vérité. On la craignait, ça c'était crédible.

Trop absorbée par sa mission - c'était d'ailleurs incroyable qu'elle parvienne à se concentrer plus de trente secondes sur une seule et unique tâche, mais au moins elle parvenait ainsi à oublier qu'elle était le théâtre du drame de ce matin - elle ne réalisa même pas que l'heureuse victime de son agressivité bio, irritée par sa répartie, avait décidé de revenir à la charge. Elle ne se tourna qu'au moment de l'altercation entre un garçon inconnu au bataillon et lui. L'inconnu, a la carrure déjà imposante à priori, avait l'air encore plus menaçant lorsqu'on le regardait depuis cette position avilissante. Loin de s'imaginer qu'on s'amusait à défendre son honneur, elle se concentra à nouveau sur sa tâche, sans même écouter ce qui se disait à côté. Difficile en revanche de faire abstraction du fait que son héro venait de calquer sa position - il avait quand même l'air d'un cheval de trait à côté d'elle - et lui offrait généreusement son aide. Suspicieuse, elle resta malgré tout sur ses gardes. "Fais gaffe, j'ai des trucs encore plus dangereux dans mon sac." avisa-t-elle avec sérieux. "Comme... des carottes." Elle avait hésité avant de faire son choix, mais la façon dont elle opinait du chef rendait son discours presque solennel et tout ce qu'il y avait de plus farouche. "De glace." renchérit-elle en levant le menton, dans un ultime geste de défi. Si avec ça il n'avait pas peur, il était définitivement digne de son intérêt. "Ces gars là ont tout dans le chapeau. Mais hein, gros chapeau petit lasso comme on dit. Je sais pas ce que ça veut dire en fait mais je suis presque sûre que ça marche dans ce cas. Ouais. C’est ma mère qui dit ça quand papa et les gars font leurs intéressants en disant ouais moi je ferai ça blabla puis en fait ils se chient dans le froc."
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MessageSujet: Re: 03. It's all about the climb   Sam 1 Mar - 14:14

L’une des choses qui manquaient le plus à Addison, en dehors de son père, son ranch, ses chevaux, ses amis, et à peu près tout ce qu’il avait laissé en passant la frontière du Nouveau Mexique, c’était le franc parler des gens du Sud. Toute sa vie il avait été éduqué à être poli et respectueux envers ses aînés, à ne pas juger un inconnu selon ses apparences et à laisser sa chance à chacun. Son père avait coutume de dire qu’on ne reconnaissait un idiot qu’une fois qu’il avait ouvert la bouche, et qu’il ne fallait pas se priver de l’informer de sa condition face à face le cas échéant si on voulait voir les choses changer un jour. Ce n’était clairement pas avec ce genre de philosophie que l’on était élevé à Lima. Si le lycée qu’il fréquentait à Albuquerque avait lui aussi ses règles et sa hiérarchie sociale, comme partout ailleurs, celles-ci étaient multipliées par cent à McKinley, doublées d’une absurdité sans borne concernant les punitions que les plus forts faisaient endurer à leurs têtes de turc. Les sportifs et cheerleaders qui dans son esprit auraient dû être les héros du lycée ressemblaient bien plus à des tyrans qu’autre chose. Pas d’applaudissements ou de claque sur l’épaule pour les féliciter de leurs derniers matches dans les couloirs — si tant était qu’ils gagnent quoi que ce soit, la plupart des élèves évitaient leur regard et ne tentaient même pas de se mêler à cette petite troupe privilégiée. C’était à peine si un sportif ou une Cheerio avait le droit de s’abaisser à communiquer avec le commun des mortels, sous peine de voir sa cote plonger, mais l’inverse relevait purement et simplement du sacrilège.

En quelques jours passés dans les couloirs du lycée, Addison avait vite compris le système auquel il n’avait dès lors plus prêté attention. Il passait ses journées à faire le travail qu’on lui avait assigné à la vitesse d’un bœuf éclopé en évitant le plus possible les ennuis, et donc le contact avec la faune lycéenne. La seule personne à qui il parlait véritablement de son plein gré, c’était Jamie. En dehors de cela, le Glee Club lui en voulait toujours d’avoir retourné leur décor de Noël, et la petite K le suivait à l’occasion entre deux cours. Rien de bien excitant en somme. Mais l’adolescent se satisfaisait pleinement de faire profil bas en attendant de pouvoir quitter ce piège à rats. Après son entrée remarquée en tant que boniche à mi-temps, Addison avait été contraint de donner le ton concernant ses réactions potentielles aux provocations quotidiennes dont il risquait fort d’être la victime. Pas de chance pour ses apprentis détracteurs, le cowboy n’avait pas pour habitude de se laisser marcher sur les bottes, et s’il haussait rarement la voix, il n’avait pas besoin de ce genre de démonstrations pour s’affirmer dans un troupeau, humain ou non. Sa carrure dissuadait la plupart des petits malins de l’approcher, et les plus téméraires se dégonflaient avant qu’il ait pu en venir aux mains. Comme venait de le faire ce type qui s’en serait pris à une fille sans remords. Il allait sans aucun doute se plaindre pendant des jours de cet incident en en rajoutant des caisses pour couvrir sa lâcheté, et Addison n’avait plus qu’à espérer que tout cela ne se termine pas en mensonge sur son usage de la force qui remonterait tout droit aux oreilles de l’administration. Sylvester avait jusqu’à présent été clémente avec lui, mais il ne souhaitait pas particulièrement tester les limites de sa bienveillance.

Avant de s’inquiéter de son sort, il devait toutefois s’occuper de celui du joli brin de blonde qui le dévisageait d’un air méfiant sans lâcher sa prise de fer sur ses épis de maïs. De toute évidence elle n’avait pas la moindre idée de qui il était, puisqu’elle semblait toute disposée à le grouper avec ces débiles qui la tourmentaient. Un malentendu qu’il se ferait un plaisir de lever, mais dont il appréciait ironiquement l’anonymat. Il en avait assez d’être catalogué comme le larbin de Figgins et de devoir ramasser les papiers et gobelets qu’on lâchait parfois au sol en le voyant au bout du couloir. La pire réaction qu’elle aurait pu avoir en réalisant qui il était aurait été de renverser le maïs qu’elle venait de fourrer dans son sac en estimant qu’il était là pour le nettoyer après tout. Mais pour une raison qui lui échappait, Addison ne l’imaginait pas du tout dans le rôle de la pompom girl hautaine. Et ses doutes furent levés une bonne fois pour toute lorsqu’elle ouvrit la bouche pour découvrir un accent texan si prononcé que le jeune homme ne put réprimer son sourire. Posant un genou à terre pour se stabiliser, il leva les deux mains en l’air en signe de reddition sans se départir de son sourire en coin. Si son but était de lui faire peur, c’était franchement raté, mais elle était suffisamment mignonne pour troubler n’importe quel assaillant. « Je viens en paix. » affirma-t-il d’un ton rieur. « Je promets que tu n’auras pas à utiliser tes carottes… de glace. » Baissant les mains  pour rassembler les quelques épis qui restaient au sol, il manqua de s’étouffer dans un éclat de rire étranglé en l’entendant dire ce qui ne pouvait être qu’un proverbe texan corsé. Un langage aussi haut en couleurs n’était pas très assorti à un corps aussi délicat, mais Addison était bien trop amusé par cette fille pour s’en inquiéter. Il émit un long sifflement bas en croisant le regard de la Cheerio, ses lèvres courbées par un sourire fasciné. « On peut le dire comme ça, mais si j’étais toi je n’irais pas leur répéter. Ces mecs là n’ont pas beaucoup d’honneur, alors ce serait dommage qu’ils s’en prennent à toi parce qu’ils ont des problèmes de lasso. » conclut-il en se relevant, lui tendant la main pour l’aider à se redresser.

Elle était encore plus petite qu’il ne le pensait, mais les courbes de sa silhouette étaient encore plus attrayantes que ce qu’il avait deviné au premier regard, et le jeune homme ne put s’empêcher de laisser son regard glisser le long de ses jambes sculptées découvertes par l’uniforme minimaliste des cheerleaders. Retrouvant son regard, légèrement embarrassé de s’être laissé surprendre à la fixer, il inclina légèrement la tête à droite en détaillant son visage. « Moi c’est Addison. Et je fais ce que je dis. Ravi de faire ta connaissance Miss Maïs. »
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MessageSujet: Re: 03. It's all about the climb   Lun 3 Mar - 23:29

Si Andie était le petit chien dans l'histoire, elle dérogeait pourtant à la règle et ne se faisait pas prier pour mordre son assaillant à un instant où, trop occupé à rire de son gabarit, il baissait vaniteusement sa garde. La texane n'illustrait aucun dicton ou vérité incontestée, elle se rassurait plutôt à démontrer que, malgré toute l'admiration qu'elle vouait aux récits de M. Carr, elle n'était pas une de ses théories figées sur le bien et le mal. Son pseudo héro - elle demeurait naturellement suspicieuse - avait beau faire deux fois sa taille, en long comme en large, elle n'était pas prête à lui accorder une part de mérite dans sa tentative de résistance. Quoique Andie ne fût pas assez soucieuse pour défendre un orgueil dont elle découvrait à peine l'existence, il y avait dans son entreprise une volonté nouvelle de s'affirmer. Même si ce garçon avait, de par sa stature, effrayé les rapaces désireux de porter le coup de grâce à sa dignité éraflée, elle aimait se persuader qu'elle y avait elle-même contribué et que, sans lui, elle serait parvenue à un résultat similaire. Depuis qu'elle avait parlé à Harper - pendant des heures et des heures, jusqu'à ce que l'aube dessinant l'horizon ne souligne leur effronterie - Andie avait tant bien que mal essayé de réprimer les nombreuses pulsions sauvages qui motivaient ses actes. Du moins c'était ce dont elle se persuadait, même si au fond elle savait que son audace et sa candeur étaient tempérées, parfois, par une extraordinaire lucidité. Force était de constater que, dans la cage aux lions, être une panthère ne suffisait pas à faire la différence si la force d'âme, aussi développée puisse-t-elle être, était la seule alliée dont on puisse se vanter. Ironiquement, elle avait tiré de son amie une leçon qu'elle était la dernière à appliquer et avait décidé de faire profil bas, au moins le temps de prendre ses marques et de disparaitre, balayée par l'indifférence, aux yeux de l'ennemi. Ce garçon l'avait bien compris, si Andie portait l'uniforme des Cheerios, elle n'en demeurait pas moins une usurpatrice selon leur appréciation. Une parvenue même, leur rappelant avec innocence certes que leur rang ne dépendait plus d'une notoriété innée mais acquise avec le temps. Elle était le symbole un peu trop clinquant du rétablissement de la justice et de la méritocratie. Mais jamais, et ce malgré tous les efforts déployés, ne pourrait-elle prétendre à l'égalité. Ses cheveux, trop courts pour être disciplinés en une insipide queue de cheval, en étaient la preuve. C'était comme si Cissy l'avait condamnée, avant même qu'elle n'ait eu ses chances, à toujours être un poil en dessous d'elle.

Malheureusement Andie n'était pas de ces caractères malléables qui faisaient le ravissement de l'élite. Elle avait beau chasser le naturel, il revenait toujours au galop, à l'image de toutes les réminiscences de sa vie au Texas, qu'elle essayait vainement de garder au fin fond de sa mémoire. Le constat était qu'il lui était extrêmement difficile de se constituer des souvenirs aussi dignes d'intérêt que ceux qu'elle avait bien pu accumuler au cours de toutes ces années, rendant d'autant plus difficile la tâche de s'approprier cette nouvelle vie dont elle avait toujours rêvé. Au final le décor de son existence avait changé, mais c'était toujours la même bande sonore, toujours les mêmes péripéties, encore et encore. Peut-être parce que, au fond, elle avait peur de se détacher d'une partie d'elle qu'elle avait et qu'elle continuait à chérir. Et si ce lascar voulait parfaire un peu le gribouillis auquel ressemblait le tableau de sa nouvelle vie, elle était prête à reprendre ses bonnes vieilles habitudes et à lui montrer que, le gros chien avait beau snober le petit, il était forcé de couiner lorsqu'on lui mordillait frénétiquement la patte. S'il espérait l'amadouer au moyen d'un sourire ravageur et de muscles saillants, c'était mal connaitre Andie Lloyd, terreur de renom à Stonewall, Texas. Là bas, même les tortues se terraient dans leurs carapaces à la mention de son nom - c'était peut-être lié au fait qu'elle aimait un peu trop les asperger de limonade. Il eut l'air de se rendre, malgré l'amusement qu'on pouvait facilement lire sur son visage. Il fallait dire qu'Andie n'avait vraiment pas assuré en proférant ses menaces. Les bonnes manières auquel on la soumettait à McKinley avaient fini par rouiller son potentiel farouche. Au moins, l'entrainement intensif auquel elle avait droit tous les jours avait le don de tempérer un peu son énergie, si bien que le soir elle rentrait presque exténuée de ses journées de cours. Selon les légendes, Sue Sylvester avait sur les enfants hyperactifs le même effet qu'une bonne dose de Ritaline. De toute évidence elle était condamnée à vivre avec un surplus de vitalité, au plus grand dam de sa mère.

A mesure que le jeune homme se confiait, Andie paraissait littéralement se détendre. La main crispée qu'elle avait plongée dans son sac, pour étayer un peu ses menaces, avait lâché le pauvre épi de maïs retenu en otage. Nul doute qu'elle lui aurait balancé à la figure s'il avait, par malheur, formulé ses phrases autrement. En y repensant, l'idée des carottes de glace était idiote : même s'il faisait un froid à geler les fesses d'une belette, elle aurait fondu de toute façon, pensait-elle. En vérité, il aurait pu dire n'importe quoi qu'elle aurait abandonné son arme, parce qu'il avait ce délicieux accent du Sud qui, à lui seul, suffisait à lui dessiner une aura de confiance. C'était bien connu, tous les gens du Sud étaient respectables. En tout cas, à McKinley High oui, tant ils se comptaient sur les doigts d'une main et détonaient dans le cadre bien rangé de la vie en Ohio. "Ouais ça je sais, ils pourraient tous commencer une bagarre dans une maison vide." répliqua-t-elle en se redressant avec son aide - c'était un euphémisme, il aurait limite pu l'encastrer dans le mur à l'autre bout du couloir s'il avait mis un peu plus de volonté dans son geste. Elle aimait bien cette fermeté, ça manquait vachement aux gens du coin. Il la dépassait bien de 30 centimètres, aussi ne pouvait-elle même pas remarquer s'il la reluquait par convoitise ou juste parce qu'il se devait de baisser la tête par principe. La question lui brûlait les lèvres, mais comme lui répétait sans cesse son oncle "demande jamais à un homme d'où il vient. S'il est texan il te le dira. Sinon pas la peine de l'embarrasser." Pourtant, comme une idiote, elle s'était empressée de poser la question à Kara. Peut-être parce qu'elle n'était pas un homme... Intense réflexion qui, comme souvent, lui intimait d'arborer une mine dubitative même lorsque la scène ne s'y prêtait absolument pas. "Moi c'est Andie." dit-elle en refermant vivement son casier. "Pas Miss Maïs... Tu veux que je te dise un truc dément ? J'ai conduit le pick up de mon père ce matin, sans faire de dégâts. Tu conduis toi ?" La rhétorique selon Andie Lloyd. L'art de passer du coq à l'âne, également. "T'es nouveau ici ? Tu devrais intégrer l'équipe de foot, peut-être que ça les aiderait à gagner pour une fois." Pour sûr pensait-elle, en devinant la facilité avec laquelle il pourrait plaquer tous ces idiots. "J'étais nouvelle aussi l'année dernière et j'étais la mascotte de l'équipe. C'était plus drôle de porter le costume que ce truc mais parait que c'est moins gratin-quelque chose."
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MessageSujet: Re: 03. It's all about the climb   Ven 7 Mar - 1:22

L’espace d’un instant, Addison avait été tenté de garder un peu plus longtemps cette main si fine dans la sienne qui semblait l’engouffrer, mais il se résigna rapidement à relâcher le contact avant d’avoir l’air bizarre. Miss Maïs lui accordait le bénéfice du doute, ce n’était pas le moment de tout gâcher en se comportant comme un abruti et en s’accrochant à elle comme un taon sur une vache. Pourtant la tentation était grande. Contre sa paume calleuse après des heures passées à travailler avec le bétail en manipulant cordes et bois, sa peau avait eu l’air si douce. Mais sa poignée de main n’était pas hésitante ou timide, au contraire. Elle n’avait pas minaudé avant d’accepter la main tendue vers elle, et n’avait pas fait de scène lorsqu’il l’avait presque soulevée de terre par excès de zèle. Quoi qu’elle fasse, et quoi qu’elle dise, elle semblait habitée de ce paradoxe d’une apparence fragile et d’un tempérament de feu. C’était un peu comme si sa peau blanche apparemment sans défaut dissimulait en fait de petites cicatrices, souvenirs de blessures de guerre d’une gamine un peu plus aventureuse que les autres. Et oh ça, il aurait aimé avoir le loisir de les découvrir une à une et d’apprendre leur histoire de la bouche sans filtre de cette petite boule d’énergie. Elle ne collait pas au cliché de la Cheerio de McKinley avec ses cheveux courts en bataille et sa mine pétillante. Elle avait définitivement la plastique. Mais il y avait plus sous cette carapace de perfection qu’une autre Barbie Vicieuse, le cowboy aurait pu parier son chapeau là-dessus. Embarrassé par sa fascination pour son physique, l’adolescent ne put toutefois pas s’empêcher de détailler son visage qui paraissait lui aussi libre de tout artifice. Elle avait un regard bleu perçant qui vous traversait de part en part, et donnait l’impression trompeuse qu’on pouvait voir le fond de son âme dans ses iris translucides. Une âme découverte, innocente et franche, qui n’avait rien à cacher et vous défiait de venir la juger.

En quelques secondes elle avait réussi à faire disparaître les couloirs bruyants et la perspective d’une longue journée de plus à devoir ramasser les déchets et bricoler un char pour un défilé débile dans lequel il était censé jouer un rôle à des lieues de ce qu’il aimait faire en musique, tout ça sans même essayer. La petite avait du talent. Ou bien était-ce le caractère énigmatique de ses expressions maison, ou texanes, qui lui changeait les idées et requerrait toute son attention ? Son âme était peut-être trahie par son regard, mais le sens de ses paroles restait quant à lui globalement obscur. Il préféra donc ignorer sa remarque de peur de faire un contre-sens et de la froisser. Ça ne semblait pas vraiment appeler de réponse. Et puis qui voulait parler de ces types de toute façon ? Personne. Pas quand il y avait un sujet de conversation bien plus intéressant sous son nez. Il n’eut toutefois pas l’occasion d’orienter l’échange sur la jolie Andie, puisque celle-ci enchaînait déjà à toute vitesse dans un tout autre registre en lui tournant le dos pour refermer son casier. C’était tout ce qu’Addison pouvait faire pour concentrer son regard sur l’arrière de son crâne et ne pas suivre la ligne de son dos, jusqu’à ses reins par exemple. Une chance puisqu’elle venait à nouveau de faire volteface sans lui laisser le temps de répondre et l’aurait à nouveau pris en flagrant délit. Croisant les bras sur sa poitrine, l’adolescent laissa ses lèvres s’étirer en un sourire bienveillant, et se concentra du mieux qu’il pouvait sur ce que racontait la jeune fille pour ne pas manquer de question, sans avoir la certitude qu’elle écouterait ses propres réponses. De toute évidence, avoir une discussion normale avec Andie ne serait pas de tout repos, mais là encore, Addison n’était pas prêt à baisser les bras, jugeant qu’en savoir plus à son sujet valait bien cet effort.

Il ne put s’empêcher de ricaner à la mention des défaites répétées de l’équipe de football. Gros chapeau, petit lasso, la petite texane n’avait pas tort du tout. Ces losers passaient leur temps à s’en prendre aux autres parce qu’ils n’étaient pas capables de gagner leur respect en s’imposant sur le terrain. Pathétique. Les soupçons du cowboy furent en tout cas confirmés, puisqu’elle semblait tout ignorer des raisons qui l’avaient amené à McKinley. Il avait presque envie de ne pas lui révéler qu’il était en fait le délinquant qui avait mis en péril le spectacle de Noël de la chorale du lycée et qu’on forçait maintenant à faire le ménage en chantant dans cette même chorale. Il n’avait jamais eu honte de ce qu’il avait fait et assumait ses actes jusqu’au bout, mais pour la première fois il se sentait un peu gêné de devoir montrer la face la moins reluisante de sa personnalité. Il avait tellement de colère enfouie au fond de lui, contre sa mère, contre son père biologique, et sans doute aussi contre son père qui l’avait abandonné après avoir appris qu’il n’avait pas son sang, contre tous ceux qui lui disaient ce qu’il devait faire sans même le connaître. Il ne pouvait plus être le garçon avenant et poli qu’il avait toujours été. Il ne pouvait pas rester le même alors que tout avait changé dans sa vie. Et le seul moyen qu’il avait trouvé pour exprimer cette colère et de s’adapter à ces changements qu’il ne parvenait pas à suivre c’était de se rebeller contre l’autorité. Il ne voulait plus être pris au piège de toutes ces hiérarchies débiles qui vous disent qui vous êtes et ce que vous devez faire. Il voulait être libre. Il voulait retourner dans le Sud et vivre sans avoir besoin de l’avis de personne. Mais en attendant de pouvoir le faire, il se contentait de survivre en faisant le minimum syndical.

Chassant ses idées noires en imaginant Andie dans l’un des costumes de mascotte qu’il avait été en charge de ranger après un match amical, Addison ne put s’empêcher de penser qu’il préférait malgré tout la trouver dans la tenue qu’elle avait sur le dos. « Ouaip, je suis nouveau, et je viens tous les matins avec mon pick-up. Donc je t’éviterai pas sur la route si je te croise, puisque t’as l’air d’une experte du volant. » il lui adressa un clin d’œil en se penchant légèrement vers elle. « J’suis déjà dans le Glee Club, on verra s’ils gagnent quelque chose. Le foot ça m’a jamais vraiment tenté. » confia-t-il en décroisant ses bras pour enfoncer ses mains dans les poches de son jean délavé avec un sourire malicieux. Il n’avait pas exactement l’intention de mentir, mais il préférait différer la vérité. L’ambiance était plutôt bonne entre eux, pourquoi prendre le risque de tout gâcher en racontant ses exploits de vandalisme ? Il n’avait pas eu de conversation aussi intéressante depuis des lustres, autant que ça dure un peu. « Mais je regrette presque de pas t’avoir vue dans ton uniforme de mascotte, j’suis sûr que t’étais aussi jolie que maintenant. » La contournant doucement il lui barra la route en s’appuyant contre la rangée de casiers, tant que la sonnerie ne retentissait pas il avait tout loisir pour la retenir sans culpabiliser. « S’ils gagnent pas avec tes encouragements je sais pas ce qu’il leur faut franchement. Peut-être moins de maïs et plus d’entraînement. »
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MessageSujet: Re: 03. It's all about the climb   Ven 28 Mar - 12:06

Comme souvent les gens aimaient affubler Andie de surnoms involontairement dégradants. C'était le risque de dégager une radieuse sympathie, la confiance avait tendance à s'établir rapidement dans les deux sens au profit d'une franche camaraderie. Andie était loin de s'en froisser, parce que sa crédulité obscurcissait terriblement son jugement. A vrai dire elle considérait presque le surnom comme une marque naissante d'amitié, peut-être parce qu'elle avait tendance à extrapoler en se rassurant de ce qu'elle connaissait déjà. Si Harper l'avait nommée Laura Ingalls puis Skypie à l'aube de leur rencontre, c'était le présage évident qu'elle et Addison étaient destinés à de grandes choses. Entre eux, elle serait Miss Maïs, et elle estimait son nouveau surnom comme un gage de compassion. Après tout les surnoms étaient faits pour être réducteurs et provenaient souvent d'un inconscient plutôt enfantin. Elle comprenait également qu'en tournant la situation à la dérision il avait voulu lui remonter le moral, même si en la connaissant il aurait su que la simple évocation du Sud aurait suffit à éclipser sa peine. C'était drôle, Andie était à la fois Skypie, Texas Girl, la campagnarde, Laura Ingalls, Kiwi mais demeurait foncièrement la même. D'ailleurs c'était curieux, tous ces gens savaient-ils - hormis ses parents - que Andie était déjà un surnom en soit ? Harper oui de toute évidence, car elle aimait lui rappeler dans les situations les plus graves qu'elle s'appelait Andrea. Ce prénom, elle ne l'entendait que lorsqu'elle rendait visite à sa grand mère Jean, allergique au changement. Ou alors, il refaisait surface dans ces moments où ses parents voulaient lui annoncer la couleur : en général elle se faisait remonter les bretelles, mais ils aimaient jouer des préjugés de leur fille pour la faire paniquer avant de lui faire part d'une incroyable nouvelle. Depuis qu'elle avait compris leur petit manège, elle sautait de joie intérieurement lorsque, le matin, sa mère rendait son discours solennel en l'apostrophant par son véritable prénom. Elle était persuadée qu'un jour, ce serait la façon dont elle lui révélerait la naissance d'un petit frère ou d'une petite sœur. Un frère de préférence, pour équilibrer la petite famille.

Plus elle le regardait, plus Andie trouvait un air familier à Addison. En fait elle était bien contente d'avoir réprimé sa curiosité, parce qu'elle aimait à penser que, peut-être, ils avaient été voisins à Stonewall et qu'ils partageaient déjà d'incroyables souvenirs en commun. Dire que deux minutes plus tôt elle était prête à mordre. Il avait accompli une prouesse non pas en la distrayant de ses détracteurs mais en la soustrayant totalement au monde qui l'entourait. Si par un quelconque miracle un papillon décidait de lui tournoyer autour, peut-être l'ignorerait-elle. Andie savait qu'Addison méritait du crédit non pas parce qu'elle devinait ses origines mais parce que lui aussi semblait lui en accorder. La texane n'était pas naïve au point de croire sages et réfléchies toutes ses paroles. Elle était même tristement consciente parfois du fait qu'elle agaçait son auditoire. Mais lorsque ce dernier renchérissait sans tiquer à la mention d'un évènement ou d'un nom inconnu - elle avait fâcheusement tendance à prendre pour acquis les connaissances de ses interlocuteurs, comme s'ils étaient censés savoir qui était M. Carr à chaque fois qu'elle le mentionnait dans ses récits - elle savait que,  peut-être, il méritait d'être éclairé un jour sur la nature de tous ces faits. Lorsqu'il rétorqua Addison ne l'avait pas fait par politesse, sinon il aurait usé de ce ton neutre qui ennuyait profondément Andie. Il l'avait fait avec un entrain calqué sur le sien, pas pour la plagier honteusement mais simplement parce qu'elle avait suscité un vif intérêt. Au moins. Il avait un pick-up, magnifique, pensait-elle. C'était peut-être trop tôt pour lui demander de le conduire un de ces jours. Mais elle le ferait pour sûr, c'était une condition nécessaire selon Taylor Swift. "On devrait pouvoir venir au lycée à cheval, ce serait tellement plus pratique." dit-elle à la place. Pratique n'était peut-être pas le mot, mais ça l'était pour ceux qui, comme elle, n'avaient pas le permis. Elle faillit renchérir mais son visage se rembrunit aussitôt, alors qu'elle se souvenait brutalement qu'elle avait dû abandonner Icarus, son cheval, au ranch. Vendu comme un vulgaire meuble, à l'instar du canapé et de la balançoire sur laquelle elle avait tant de fois chuté.

Machinalement elle baissa la tête, détaillant le sol sans conviction, avant de la relever sitôt qu'il mentionna le Glee Club. Andie n'était pas tellement familière avec ce concept, mais elle pouvait au moins leur accorder que leur ambition était louable. C'était étonnant, de le savoir membre du Glee Club plutôt que de l'équipe de foot, surtout à en juger par sa carrure, mais Andie ne s'en formalisait pas. "Vous allez gagner c'est sûr, avec Sue." affirma-t-elle en opinant du chef. Cette idée saugrenue avait fait son chemin dans son esprit, mais à en croire les mythes de couloir Sue Sylvester avait le don de gagner tout ce qu'elle entreprenait. Les méthodes importaient peu après tout, la victoire ne venait pas sans sacrifices. "Vous chantez quoi en ce moment ?!" demanda-t-elle trop curieuse cette fois pour se contenir. Andie adorait la musique, mais son exercice se limitait à sa salle de bain, la voiture et à l'église de Stonewall, véritable attraction de la ville. Le pasteur Collins avait des mœurs aussi libérales que le permettait le comté et, si le rap n'était pas tabou au Texas, il aurait très bien pu percer entre les murs de l'église. A la place on voyait des cowboys enflammer les planches, dégarnis de leur chapeau par respect pour le Seigneur. C'était une ambiance assez festive et conviviale, forcément lorsque la ville toute entière tenait dans l'enceinte des lieux. Trop concentrée à vouloir rebondir sur ses exploits de mascotte, Andie n'avait au départ pas remarqué les avances à peine voilées de son chevalier servant. Curieusement gênée elle détourna le regard, malgré un sourire timide qui ne condamnait pas totalement l'audace d'Addison. "Il était trop bien, j'étais une sorte de Xena guerrière grecque." Le qualificatif était confus, mais l'image était plutôt bien rendue. "Trop badass." ajouta-t-elle, comme l'avait dit Harper avant elle. Elle la soupçonnait de l'avoir dit pour la rassurer sur son statut, mais Andie n'avait pas besoin qu'on lui fasse de faux compliments, ce costume elle l'avait autant chéri que l'uniforme qu'elle portait dorénavant. Il était unique et déchainait une fierté commune qu'on ne trouvait que dans les gradins des évènements sportifs. Il lui ressemblait. "Je crois que les gens viennent plus pour voir nos chorégraphies que pour voir les Titans se faire aplatir. Comme ça ils ont pas à payer pendant les championnats nationaux de Cheerleading. C'est pas con." Oui, Andie faisait preuve de sagesse parfois. Une sagesse légèrement ternie par un vocabulaire peu élogieux. "Tu fais un autre sport peut-être, si tu fais pas de foot ? Mmmm, de la lutte ? Du baseball ?"
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MessageSujet: Re: 03. It's all about the climb   Dim 30 Mar - 22:13

La poitrine d’Addison se serra à la plaisanterie bon enfant de la petite blonde qui tapait dans le mille sans le savoir. Pour lui, le plus pratique aurait été de ne pas aller au lycée et de rester à cheval. Mais s’il fallait voir les choses du bon côté et ne pas retomber dans sa fâcheuse tendance à tout voir en noir, il venait d’apprendre qu’Andie était aussi une cavalière, ce qui leur faisait donc un point commun, sur lequel il pourrait éventuellement jouer pour essayer de la revoir. La revoir ? Cette fille était encore sous son nez et ils n’avaient pas échangé beaucoup plus de trois phrases, dont une partie où elle le menaçait avec des carottes, mais il pensait déjà à un moyen de lui reparler… Elle avait clairement eu son petit effet sur lui. Outre le combat intérieur qu’il menait pour garder ses yeux dans les siens, aussi ravissants soient-ils, elle respirait tout simplement la joie de vivre et la sincérité. Elle venait de se faire humilier par une bande de sportifs en pleine heure de pointe mais elle gardait malgré tout le sourire et ne semblait pas se soucier le moins du monde des murmures des autres élèves qui passaient à côté d’eux. Derrière son apparence assez frêle cette fille était sacrément coriace. Elle ne se laissait pas miner par ces histoires de pyramide sociale ou de réputation, les entourant d’une bulle protectrice où ils n’étaient que tous les deux et où le regard des autres ne comptait pas. Il avait toute son attention et pour une fois, ce n’était pas pour se faire réprimander ou recevoir des ordres. Et il fallait bien admettre que ça faisait du bien.

Il se sentait bien avec Andie et il n’avait pas besoin de refaire le monde avec elle pour savoir qu’il aurait donné cher pour avoir la chance de la revoir dans d’autres circonstances. Il enviait presque son caractère ingénu et enthousiaste. Et il enviait définitivement sa capacité à ignorer ce que les autres pensaient. Addison n’avait pas grand chose à faire de l’opinion qu’on pouvait se faire de lui, il ne changerait pas pour leur faire plaisir, mais leur regard pesait lourd sur ses épaules. Il voulait juste qu’on lui fiche la paix, est-ce que c’était si dur que ça ? Déjà à Albuquerque il évitait de se mettre sous les feux des projecteurs pour de mauvaises raisons. La vanité très peu pour lui, il ne voyait pas l’intérêt de courir après l’attention. Être acclamé par la foule après un rodéo particulièrement réussi, ou applaudi par quelques clients dans un bar après une performance avec son frère, voilà de bonnes raisons de se faire remarquer. On en était loin. Il ne supportait plus d’être sans cesse épié par des petits curieux qui n’osaient pas venir chercher des noises au délinquant qui avait cassé des boules à neige, ou bien scruté par ses Rosemary et Teddy à la table du dîner sans qu’ils ne lui adressent la parole avant la fin du repas, sachant pertinemment que le garçon se contenterait de fuir le conflit en abandonnant la table. La psychologue juridique qui avait pris part à sa mise en examen sommaire par le proviseur du lycée avait déclaré qu’il avait agi pour avoir de l’attention. Un appel à l’aide. Tu parles. Cette vieille peau avait jugé sa situation familiale en cinq minutes et espérait vraiment qu’il écoute ses salades sur les raisons qui l’avaient poussé à agir de la sorte ? La bonne blague.

Addison ne put s’empêcher de rire face à l’affirmation déterminée de la blondinette concernant le sort des New Direction. Oh pour sûr, Sylvester était du genre déterminée, et elle avait l’art et la manière de mener les gens à la baguette, mais le cowboy voyait mal la chorale s’en tirer vainqueur sans sortir de la routine dans laquelle ils semblaient enfermés. Tous les solos pour la chouchoute et le reste relégué au second rang à faire des harmonies, des chorés bidons comme on en voit dans les clips pourris à la télé, et une antipathie claire au sein du groupe. Ils avaient beau tous le détester d’avoir mis en péril leur précieux char, le reste des choristes n’avait pas l’air de particulièrement s’apprécier non plus. On aurait pu croire qu’avec le traitement que le reste des lycéens leur réservait ils auraient au moins la présence d’esprit de se serrer les coudes, mais ça ne serait pas venu à l’idée de ces égoïstes du Nord. Il avait quand même eu droit à des instructions quant au comportement qu’il devrait avoir avec les autres pendant la chanson pour l’amour du ciel. Ils manquaient tellement d’harmonie qu’ils étaient obligés de jouer la comédie. Pathétique. L’adolescent s’était vite résigné, ils n’avaient pas la même vision de la musique, et il ne parlait même pas seulement des genres qu’ils affectionnaient, et les répétitions étaient souvent douloureuses pour lui. Il se contentait donc de faire ce qu’on lui ordonnait, comme tout le monde, sans poser de question, et sans vraiment prendre de plaisir. Mais il n’allait pas contredire la jolie blonde qui était sans doute la seule personne à y croire. Il esquissa même un sourire face à la curiosité d’Andie qui vivait décidément dans un monde où tout avait l’air beaucoup plus sympa. « J’peux pas le dire. C’est secret tu vois. On prépare ce truc pour la parade, et il ne faudrait pas que la concurrence nous pique nos idées. » Addison arqua un sourcil d’un air mutin puis se pencha davantage vers Andie pour murmurer. « Mais puisque j’t’aime bien je vais te donner un indice. On fait deux chansons de Noël. »

Ses yeux brillants de malice, il observa avec satisfaction que si Andie n’avait pas rougi à son compliment ouvert, il lui avait tout de même arraché un sourire plus doux qu’il grava dans un coin de sa mémoire, en espérant lui en arracher beaucoup d’autres. En attendant, son vocabulaire de plus en plus coloré et divers fit s’étendre son propre sourire, et il essaya d’imaginer la cheerleader dans un uniforme qui était à présent porté par un homme. Difficile de sa la figurer plus jolie qu’elle ne l’était dans cet uniforme rouge et blanc. Il se mordit le coin de la lèvre à la nouvelle pique envoyée en direction de l’équipe de foot. Peut-être que c’était sa manière à elle de se venger des crasses qu’ils lui faisaient, ou peut-être qu’elle était tout simplement honnête sur les performances de l’équipe… La différence était dure à percevoir, mais la vengeance mesquine n’allait pas vraiment au caractère d’Andie d'après ce qu'il avait cerné, ces lourdauds s’enfonçaient donc eux-mêmes, pour son plus grand plaisir. « J’viendrai peut-être te voir au prochain match alors. Même sans ton costume de guerrière. » promit-il avec en inclinant la tête vers son épaule. « T’es douée au moins ? » taquina-t-il en recroisant les bras sur sa poitrine d’un air faussement arrogant, ses yeux se plissant pour la scruter comme s’il pouvait deviner sa position dans l’équipe des pompoms, son sourire trahissant toutefois l’humour de la question. Flatté par son insistance sur le sport qui devait sûrement dire qu’il n’avait pas perdu tout le muscle qu’il avait depuis ses quatorze ans, et qu'elle avait donc remarqué, Addison fit mine de réfléchir un instant avant de répondre. « Nan pas de sport. J’avais pas le temps dans mon ancien lycée, je devais travailler. Mais j’ai été champion de Team Penning trois années de suite avec mon frère, si ça compte ? »
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MessageSujet: Re: 03. It's all about the climb   Mer 16 Avr - 17:12

Andie réalisa soudainement que, si Addison pratiquait un sport comme elle s'efforçait de le croire, ce n'était pas dans le cadre structuré du lycée. Bien entendu qu'il ne faisait pas partie de l'équipe de football, trop attachée à un simulacre de fraternité pour s'opposer à l'ordre régi par des conventions tacites ancestrales. Une chose était certaine, l'élite masculine, en plus d'être particulièrement mauvaise dans ce qui faisait pourtant sa renommée, était beaucoup plus lâche et servile que son équivalent féminin. A l'instar d'Andie, on observait beaucoup plus de Cheerios qui s'aventuraient hors du troupeau que de membres des Titans décidés à obéir selon leur propre loi. Addison n'était certainement pas taillé pour s'assujettir à leurs principes dépassés et à renier sa propre identité. Ce qui n'était malheureusement pas le cas de Gabriel. La texane savait mieux que quiconque que leur idylle n'était que le reflet de ce que McKinley s'attendait à voir et, malgré tout le temps passé à ses côtés pour entretenir cette illusion, elle n'était parvenue à faire la confusion entre le vrai et le faux. Le Titan était un garçon très charmant, mais elle regrettait de ne pas le voir, dans de telles situations, se mouiller un peu pour elle et bousculer le protocole. Au fond, elle se demandait même si Regina et son homologue masculin n'attendaient pas secrètement de voir quelqu'un leur marcher sur les pieds au nom de l'amour, quel qu'il soit. Addison ne la connaissait même pas et il n'avait pas hésité un seul instant à entrer dans l'arène pour la délester un peu du poids des railleries. Ils seraient deux désormais à alimenter les commérages de couloir, mais quelque chose lui disait qu'il n'était pas du genre à se formaliser des regards réducteurs et des messes basses à son égard. En fait, il avait assez de charisme pour, d'un simple coup d'œil, refroidir les ardeurs de leur arrogance. Andie était bien trop petite, trop pétillante et trop candide pour leur inspirer la moindre crainte. Hormis Harper, personne ne croyait en elle et à son potentiel pour soulever une révolte.

Même si elle avait fini par oublier la raison de leur rencontre, Andie lui avait été reconnaissante, un vif instant, d'avoir fait semblant de la croire menaçante. Au Texas, elle avait fini d'asseoir sa réputation, mais ici elle demeurait aux yeux des autres une créature inoffensive et bien trop jolie pour jurer de la sorte. Cissy, Nina et toutes les autres avaient fait des pieds et des mains pour qu'on la juge sur son physique et, d'une certaine façon, elles y étaient parvenues. Andie Lloyd n'était plus qu'une blonde écervelée bonne à divertir la cour. Il ne tenait qu'à elle de leur prouver qu'on ne cherchait pas des noises à une cowgirl, au risque de se relever avec l'impression d'avoir été piétiné par un troupeau de gnous. Certes elle n'avait pas autant de force, mais la force c'était un truc de garçon pour prouver sa supériorité. Personne n'attendait d'une fille qu'elle mette à terre un membre de l'équipe de foot. Rien qu'entreprendre de le faire était un acte de bravoure qui, elle n'en doutait pas, serait le dada de tous pendant au moins cinq minutes. Mais surtout, lorsqu'un garçon se prenait un poing dans la figure par un de ses camarades, il finissait par être salué d'en avoir eu assez dans le caleçon pour encaisser le coup. Une fille qui mettait une gifle à un garçon en revanche, c'était plutôt du genre humiliant et, à défaut de laisser des séquelles physiques, ça faisait cruellement mal à l'égo. C'était décidé, la prochaine fois elle ne se laisserait pas chier dans les bottes. Quoiqu'il en soit, elle demeurait persuadée qu'Addison faisait ou avait fait du sport. Et preuve qu'il nageait à contre courant, il faisait partie du Glee Club. Ce qui, pour la blonde, était loin d'être rédhibitoire. Contenant son enthousiasme, elle le gratifia d'un sourire qu'elle effaça aussitôt, comme si on venait de la mettre au courant d'un secret d'état. Sourcils levés et yeux en soucoupe, elle avait sorti le grand jeu pour communiquer son ravissement et, si elle réprima son envie de crier comme elle aimait les chansons de Noël, elle ne put en revanche s'empêcher de taper des mains en sautillant. Elle ignorait au fond si c'était Noël qui lui faisait cet effet, ou si c'était la sensation de se sentir privilégiée. Même si elle fit semblant de fermer sa bouche à clé pour bien signifier à Addison qu'elle ne dirait rien, elle ne tiendrait pas 5 secondes avant de tout déballer à une Harper qui se fichait des chorales comme de l'an 40. Elle n'échapperait pas à la parade cependant, Andie était forte pour convaincre les gens. C'était plus la magie de son insupportable entêtement plutôt que celle de ses arguments qui opérait mais, au final, elle gagnait et c'était ce qui comptait.

"Owi, ce serait génial. Et moi je viendrai à la parade. T'es doué au moins ?" ironisa-t-elle en ramassant son sac et le perchant sur une épaule. Andie fut surprise par la réponse d'Addison concernant le sport, éradiquant sans ménagement toutes les théories qu'elle avait soigneusement élaborées dans son esprit. Elle aurait pu esquisser cette moue dubitative qu'elle avait lorsque la réalité lui échappait, mais la mention du Team Penning empêcha son esprit d'aller plus loin dans ses réflexions. "Si ça compte ? Tu parles que ça compte. J'en faisais avec mon oncle et mon père au ranch. J'me suis rétamée tellement de fois mais c'est trop drôle !" s'exclama-t-elle sans lâcher son regard. "Il est au lycée ton frère ?" demanda-t-elle finalement, cette fois trop curieuse pour ne pas creuser un peu plus ses origines, tandis que la sonnerie retentissait. Elle l'avait à peine entendue que déjà la foule se mouvait dans tous les sens, comme un banc de poisson affolé par un filet de pêche. "T'as quoi comme cours ?" questionna-t-elle en jetant un œil à son propre emploi du temps. Trois mois et elle n'arrivait toujours pas à se souvenir des salles.
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03. It's all about the climb

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