Choriste du mois


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 03. no more sorrow

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MessageSujet: 03. no more sorrow   Dim 29 Déc - 16:30

Ezrael flânait dans les couloirs du troisième étage de l’hôpital. Cet étage, c’était le sien. Du moins, là où il travaillait tous les jours que Dieu faisait. Il avait évidemment de nombreux collègues : des internes, comme lui, des résidents, ce qu’il serait l’an prochain, et des chirurgiens, ce qu’il serait d’ici trois ans. Mais pour cela, il allait devoir travailler pas mal. Il fallait mériter sa place, et le diplôme de fin d’étude n’était pas si évident à obtenir, malgré les neuf années qu’il aura passé à bûcher ses syndromes, ses traumatismes et ses pathologies divers et variés.

En attendant, il devait s’occuper de ses patients. C’est ce qu’il aimait à St Rita ; il pouvait être responsable de quelques dossiers. Ils n’étaient évidemment pas d’une grande gravité, et on ne parlait pas d’opérer seul et en totale autonomie - du moins, pas encore. Mais certains patients étaient les siens, et un patient restait un patient, la gravité de son cas ne faisait pas l’importance de celui-ci. Un être humain n’est pas moins important qu’un autre. C’est comme cela qu’il voyait les choses. Et il réalisait d’autant plus l’enjeu, qu’il savait ce que c’était que de n’avoir aucune responsabilité. Lorsqu’il était encore à Dublin, il devait rester derrière les résidents, et il n’ouvrait la bouche que pour réciter ses leçons, tel un bon élève. Le Mater Misericordiae University Hospital avait beau être le meilleur du pays, il n’en était pas moins désagréable. Mais ne crachons pas dessus pour autant, il y avait appris tellement de choses, qu’il ne pourrait jamais être vraiment médisant à leur égard…

Ezrael se dirigea vers le bureau des résidents. Là où tous les dossiers, toutes les nouvelles informations étaient conservés. Il entra dans la vaste pièce, deux internes de troisième année papotaient et gloussaient, devant l’imprimante, tandis qu’un chirurgien tentait de se concentrer sur un ordinateur, visiblement à la recherche de quelque chose. Ce pauvre homme semblait exténué, il devait être à la fin de sa garde, et Ezrael était tout ce qu’il y avait de plus conscient qu’il n’y avait rien de plus fatiguant qu’une nuit de garde, et il était bien content de n’en avait aucune à effectuer cette semaine-ci. Cette semaine, il commencerait tous les jours à sept heures, mais il terminerait surtout à dix-sept heures, et ça, c’était le paradis. Ezrael se rendit devant son casier, et attrapa les trois dossiers qui s’y trouvaient. Il jeta un coup d’œil aux noms inscrits à la main. Jasmine Packard, quarante-huit ans, hypertension artérielle, probable maladie de Vaquez. Il devra faire des examens complémentaires pour déterminer tout cela. Henri Haussman, trente ans, traumatisme crânien léger suite à un accident de voiture. Il lui faudra faire des examens aussi. La journée s’annonçait déjà longue. Le dernier dossier portait le nom de Clyde Chester. Il connaissait ce nom. Il avait l’habitude de traiter ce patient. Patient âgé de quarante-trois ans, interné en désintoxication. Le plus souvent il n’avait pas grand-chose à gérer avec lui, seulement quelques tests de routine, de manière à voir si l’homme répondait correctement aux traitements. Le service de désintoxication usait toujours d’un avis supplémentaire aux leurs, afin de prévenir tous risques médicaux. Mais cet homme était extrêmement charmant, bien que bourru et légèrement dépressif. Son fils l’était aussi, d’ailleurs. Il repensa une seconde au garçon, il était à McKinley, tout comme lui à son âge. Quel était son nom déjà ? Matthew ? Non. Mais quelque chose dans ce genre là… Peu importe, ça lui reviendrait.

Ezrael avait embarqué ses trois dossiers, qu’il continuait à feuilleter en errant dans les couloirs. Il n’était que six heures et demie après tout, et il devait encore aller enfiler sa tenue de travail. Ce qu’il fit, d’ailleurs. Il pénétra dans les vestiaires réservés aux internes masculins, et à sa grande surprise, il était seul. Il se changea en deux temps, trois mouvements, et fila vers la machine à café, près de la salle d’attente. Trente centimes, et son thé était déjà quasiment prêt à être bu !
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MessageSujet: Re: 03. no more sorrow   Mar 31 Déc - 14:37

Cela faisait maintenant cinq mois que le père Matteo était suivi en désintox pour ses soucis d'addiction aux drogues en tout genre. Matteo ne lui rendait visite que très rarement. Au début, s'il ne venait pas c'était surtout car les réactions physiques de manque l'impressionnaient, mais au fur et à mesure, il s'était rendu compte qu'il n'avait surtout pas envie de voir son père dans un tel cadre. Evidemment, il était soucieux pour lui, il se demandait si tout allait bien, mais il considérait également que "pas de nouvelles" était égal à "bonnes nouvelles". Il savait que cela faisait déjà très longtemps que son père était en cure, et il savait que le processus de sevrage était terminé, mais le fait que son père suive une thérapie pour son moral était très bénéfique et il ne demandait jamais aux médecins quand est-ce que ce dernier sortirait. Au fond de lui, il avait peur de la réponse. Il avait dit à ceux qui le lui avaient demandé, que son père était mort. Alors si ces gens le voyaient déambuler dans les rues avec celui-ci, il avait tout intérêt à trouver une bonne explication à la gravité de son mensonge. Il aurait du y réfléchir avant, mais il ne l'avait pas fait. Sauf qu'il se rendait à présent compte que son père allait sans doute sortir bientôt. Et puis après, ils feraient quoi ? Ils rentreraient à New York tous les deux ? Alors que Matteo commençait tout juste à se plaire à Lima ? Non, hors de question. En même temps, il envisageait mal que son père vienne habiter avec lui chez son oncle et sa tante, bien que ce soit sans doute une bonne idée s'il avait besoin d'être surveillé.

L'air était frais dans les rues de Lima et arrivé à mi-chemin, le jeune homme se maudit lui-même de ne pas avoir pris un bus. Et aussi d'avoir oublié son manteau dans sa chambre. S'il tombait malade, il se maudirait encore plus longtemps. Il accéléra le pas, pour se réchauffer, mais aussi pour arriver plus vite, constatant avec amusement que son souffle se transformait en vapeur d'eau. L'hôpital Ste Rita n'était plus très loin à présent. Qu'allait-il dire à son père en le voyant ? Un simple "bonjour, tu vas bien ?"; ne suffirait bien entendu pas. Il aurait pu espérer n'avoir rien à dire et écouter son père raconter ses journées à l'hôpital, mais il savait très bien qu'il n'aurait pas grand chose à entendre et que ça serait bien vite à son tour de raconter sa vie. Mais que pouvait-il bien raconter ? Qu'il allait en cours ? Qu'il voyait ses amis ? Il avait juste une vie d'adolescent de base à présent. Il n'avait rien de très intéressant à raconter. La conversation tournerait bien vite au silence, et ils seraient tous les deux gênés. Rien ne serait comme avant, de toute façon. Pour se donner le courage d'affronter une telle conversation, Matteo décida qu'il boirait un chocolat chaud en arrivant à l'hôpital. Avant l'effort, le réconfort. En arrivant, il alla signaler à l'accueil qu'il venait voir son père, et il se dirigea ensuite immédiatement vers la machine à café pour commander ce fameux chocolat chaud qu'il avait l'intention de siroter dans la salle d'attente.

Il appuya sur le bouton chocolat chaud et attendit que celui-ci se fasse, ce qui prit moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. La technologie avait de sérieux avantages. Il trempa ses lèvres dans le chocolat, mais les en sortit immédiatement. Il était bien trop chaud pour être bu immédiatement, ce qui représentait un avantage s'il avait à attendre longtemps. Attendre que son chocolat soit moins chaud était bien plus facile à supporter qu'attendre que quelqu'un lui dise d'aller voir son père. Il alla donc s'asseoir dans la salle d'attente, son gobelet entre les deux mains pour les réchauffer. Il jetait des coups d'oeils à dans le couloir de temps à autres. Il avait bu quelques gorgées de chocolat lorsqu'il aperçut l'interne qui avait son père en charge dans le couloir. Il ne résista pas à l'envie d'aller prendre la température avant de rencontrer son père, et il se leva donc pour aller à la rencontre du médecin.
- Docteur Ashmore ? demanda-t-il avec hésitation.

Il n'était pas sûr du nom de ce dernier, mais il se rappelait de son visage.
- Je suis Matteo Chester, le fils de Clyde Chester, qui suit une désintoxication, je ne sais pas si vous vous rappelez de moi.

Coup de chance, l'interne ne faisait pas partie des fans de Matteo et ne semblait pas savoir qui il était. Cela arrangeait beaucoup le jeune homme car pour une fois, il n'était pas traité comme "l'acteur dont le père est en désintox", mais juste comme un gamin normal qui se souciait des soucis addictifs de son père. Il était enfin traité comme quelqu'un de normal, et cela lui faisait plaisir de ne pas être regardé avec des grands yeux. C'était en partie pour ça qu'il appréciait cet homme, mais aussi pour son professionnalisme.
- Je suis venu voir mon père, annonça-t-il simplement. Je... Il va bien, j'imagine ?
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MessageSujet: Re: 03. no more sorrow   Jeu 23 Jan - 17:36

Ezrael attrapa le gobelet de plastique blanc qui venait de surgir de la machine. Un petit sachet de thé flottait à la surface de l’eau, délestant des ondées marron qui sentaient l’Earl Grey à plein nez. Ce petit plaisir quotidien lui faisait du bien, et lui rappelait à quel point ses origines d’anglais, pure souche pouvait l’influencer. Certes, il appréciait un bon moka serré, mais rien ne vaudrait jamais un vrai thé préparé dans les règles de l’art que préparait sa grand-mère avec tant d’habileté à chaque fois qu’il lui rendait visite. La pauvre viendrait un jour à disparaître, mais cette manière qu’elle avait de faire le thé, elle, ne trépasserait jamais de ses mémoires et de ses coutumes.

Alors qu’il touillait rapidement l’eau de son gobelet, afin de faire infuser les feuilles plus rapidement, un garçon vint à sa rencontre, l’interpelant. Ezrael sentait une légèrement hésitation dans sa voix, comme s’il n’était pas certain de la personne à laquelle il s’adressait. Pourtant le nom qu’il avait prononcé était le sien. Alors il sourit, tentant de le rassurer tant bien que mal. De son côté, il venait de se remémorer ce visage. Justement, c’était à lui qu’il avait pensé lorsqu’il avait feuilleté le dossier de cet homme en phase de désintoxication. Ezrael appréciait tout particulièrement lorsque les patients ou visiteurs s’adressaient à lui en l’appelant ‘docteur’. Ca l’amusait plus qu’autre chose, à vrai dire. Certes, il ne devrait pas les laisser l’appeler ainsi, puisqu’après tout, il n’était pas encore en doctorat, et n’avait aucunement le titre de docteur, ni même celui de médecin à l’heure qu’il était. Mais peu importe, n’est-ce pas ? Il n’était pas du genre à se vanter de quoi que ce soit, mais il était toujours agréable d’entendre ce genre de choses. Il avait bien le droit de flatter son égo une fois de temps en temps !

Matteo ! Bon sang, mais c’est bien sûr ! Le prénom Matthew ne cessait de lui revenir en mémoire, et il était dans l’impossibilité de se le sortir de la tête. Bien qu’Ezrael connaissait son visage, et savait pour quelle raison le garçon était présent ce matin même à l’hôpital, il n’était pas mécontent qu’il se soit présenté à lui, une fois de plus. Il aurait trouvé un moyen de détourner le problème, l’appelant seulement par son nom de famille, mais il trouvait cela un peu trop formel à son goût. Il avait l’habitude d’appeler ses patients par leur prénom, il trouvait cela bien plus rassurant pour ceux-ci. Après tout, ça n’était déjà pas très réjouissant de venir passer quelques jours en observation à l’hôpital, alors autant mettre les patients à leur aise… Ceci dit, il n’irait peut-être pas appeler n’importe qui par son prénom.


    « Bonjour Matteo, je me souviens parfaitement de toi ! » déclara Ezrael, en souriant à l’adolescent.


Le garçon semblait quelque peu inquiet de la situation. Pourtant son père était plutôt en bonne santé. Mis à part ses problèmes d’addiction prononcés, ses résultats de la fois dernière étaient plutôt positifs et encourageants. Mais en y réfléchissant, comment réagirait-il si son père à lui, subissait les mêmes problèmes ? Très mal, pour sûr. Même si les résultats des examens étaient bons, il comprenait la détresse du garçon qui venait visiter son père, alors qu’il n’était pas encore sept heures du matin.


    « Pour tout te dire, je n’ai pas encore pu aller lui rendre visite. Mais d’après son dossier, son état semble s’être un peu amélioré depuis sa dernière visite, la semaine dernière. » déterminait Ezrael en feuilletant de nouveau le dossier de Clyde Chester. « Je présume que tu ne l’as pas revu depuis, si tu me poses la question… » l’interrogea-t-il avec empathie.


Ezrael avait véritablement envie d’aider ce garçon à se sentir plus tranquille. Son rôle en tant qu’interne, était de soigner les malades, mais aussi de rassurer la famille. Il devait toujours se montrer le plus réconfortant possible auprès d’eux, qui souvent se plaignait de n’être pas suffisamment mis au courant, et d’être inquiet. Après tout, s’il arrivait quelque chose de funèbre à un patient, c’était la famille qui en subissait le plus lourd fardeau psychologique…


    « Ecoute, je peux te proposer quelque chose si tu veux. J’avais prévu d’aller rendre visite à ton père plus tard dans la matinée, mais comme tu es là, je peux commencer par lui. Ca pourra te donner une idée de son état… Enfin, sans obligation aucune ! » proposa-t-il à Matteo.


Dernière édition par Ezrael Z. Ashmore le Mar 28 Jan - 20:08, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: 03. no more sorrow   Sam 25 Jan - 11:40

Le jeune homme, malgré qu'il s'y soit un petit peu attendu, fut tout de même surpris que le futur médecin se rappelle qui il était. Il avait pourtant l'habitude qu'on se rappelle de lui un peu partout où il allait, enfin du moins quand les gens le connaissaient. Mais quand quelqu'un ne le connaissait pas avant de le rencontrer, il était toujours surpris, et ravi qu'on se souvienne de son existence. Il gratifia l'interne d'un sourire, et alors que celui-ci racontait que son père allait très bien, Matteo mit une pièce dans la machine et appuya sur le bouton chocolat chaud, attendant patiemment que celui-ci coule dans le gobelet qui venait d'apparaître. Fixer la création de son chocolat était une bonne échappatoire au vrai problème. Il savait que son père allait mieux, et il en était ravi pour lui, mais il savait que cela voudrait dire que ça le rapprocherait de sa sortie à grand pas. L'adolescent s'était en effet habitué à l'idée de venir le voir une fois de temps en temps. Mais juste une fois de temps en temps. Une fois la dernière goutte de son chocolat versée dans le gobelet, il le saisit avec sa main droite et plaça sa main gauche également sur le côté, afin de les réchauffer. La boisson était bien trop chaude pour être bue immédiatement. Il fixa pendant une seconde la mousse qui s'était formée au dessus, et releva les yeux vers l'homme en blanc qui venait de l'interroger sur sa dernière visite.
- A vrai dire, la dernière fois que je l'ai vu, c'était il y a un mois, avoua-t-il en baissant les yeux, gêné.

A ce moment là, le docteur lui proposa d'aller voir son père immédiatement. L'adolescent tira une moue perplexe. Il n'était pas pressé de voir le principal intéressé et de se retrouver face au silence, ou à la gêne qu'il savait que chacun d'eux éprouverait. Il avait beau l'appeler au téléphone régulièrement, il savait que ses visites étaient trop rares. Mais d'un côté, pourquoi venir plus souvent alors que leurs discussions étaient quasi inexistantes, qu'ils n'avaient rien à se raconter sur leurs vie respectives ? Il n'avait plus le même lien avec son père qu'auparavant. Il aurait besoin de prendre de la distance par rapport à ce qui s'était passé, mais il n'y arrivait pas. Il n'avait jamais compris la raison pour laquelle son père s'était mis à se droguer. Il savait que sa mère était souffrante et que son père l'avait mal vécu, mais la drogue ne l'avait pas aidé à la soutenir. Il avait voulu échapper à la souffrance de sa femme, mais il ne l'avait pas fait de la bonne façon. Et à présent, il se retrouvait enfermé dans un centre de traitement, sans voir sa famille. Matteo se sentait coupable de ne pas venir plus souvent, mais il n'arrivait pas à pardonner à son père les actions qu'il avait pu faire dans le passé. Et bien qu'il n'ait, cette fois encore, rien à raconter, il fallait qu'il vienne. Et même si il eut préféré attendre un peu avant d'aller le voir, histoire de réfléchir à ce qu'il pourrait bien dire, la proposition d'Ashmore était assez alléchante. Plus vite il irait voir son géniteur, plus vite ça serait passé et il pourrait s'en aller.
- Pourquoi pas ? répondit-il avec un sourire, comme si c'était la chose la plus naturelle pour lui.

Il suivit l'interne dans les couloirs, toujours avec les deux mains posées sur son gobelet de chocolat chaud, dont il tenta de boire une petite gorgée en marchant, mais il se brûla la langue. Il était encore un peu trop chaud. Passa devant un nombre incalculable de porte, il était resté silencieux. Cependant, une question, qu'il n'avait encore jamais posée jusque là, et qui déterminerait pourtant le reste de sa vie, lui brûlait, elle aussi, le bout de la langue. Il tourna un visage interrogateur vers l'interne, toujours en marchant.
- Vous pensez qu'il va pouvoir sortir bientôt ? demanda-t-il, anxieux.

Alors qu'il fixait le visage du jeune homme pour y trouver une réponse, Matteo manqua de percuter une table recouvertes d'instruments médicaux en tous genres, qu'il évita au dernier moment. Il décida de regarder à présent plus l'endroit où il mettait les pieds plutôt que le visage du médecin. Il avait pour habitude de regarder les gens quand il leur parlait pour décrypter la moindre émotion susceptible de passer par leur expression faciale, mais cette fois, il devrait se contenter d'entendre la réponse, s'il ne voulait pas percuter un pauvre patient passant par là.
- Il aura besoin de beaucoup de surveillance quand il sortira, non ?

L'adolescent se voyait mal jouer la nounou, d'autant plus qu'il commençait à avoir une vie sociale un peu plus importante que celle qu'il avait auparavant. Son oncle et sa tante seraient sans doute les mieux placés pour surveiller son père, d'autant plus que Marge ne travaillait qu'à mi-temps.
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MessageSujet: Re: 03. no more sorrow   Mer 19 Fév - 15:01

Malgré tout le mal que le jeune Matteo se donnait pour paraître calme et serein, Ezrael percevait dans ses expressions et dans son comportement beaucoup plus d’anxiété qu’il ne voulait laisser transparaître. Il avait déjà remarqué cela chez lui, la première fois qu’ils s’étaient entrevus. Comme si sa dignité, voire sa fierté, allait en prendre un coup si son inquiétude pour son père se faisait trop présente dans ses yeux. Et alors que cinq minutes plus tôt, lorsqu’il était venu lui demander des renseignements au sujet de son géniteur, il semblait affolé ; il avait à présent comme une retenue en lui. Il semblait véritablement vouloir cacher ses sentiments au médecin. Ezrael n’en avait rien à faire, après tout. Ce n’était pas son rôle de juger les visiteurs de ses patients, si son choix était de faire bas profil, alors il n’en ferait rien, mais pourtant il aimerait aider ce garçon. Il savait qu’il était en quelque sorte en détresse, et lui-même avait vécu des hospitalisations lourdes avec sa mère, et il savait donc ce que l’on pouvait ressentir.

Il y avait des patients et des visiteurs que l’on avait envie d’accompagner, plus que d’autres. Certaines personnes, plus émotives, plus attentionnées, ou à l’inverse, plus impénétrables, avaient en eux, quelque chose qui intriguait Ezrael. Chaque fois qu’il voyait entrer dans une chambre un fils, une compagne, des parents, il sentait son empathie frapper en lui, comme si cette dernière le conjurait d’aider ces personnes à se sentir mieux. Il voulait leur parler, les rassurer, les aider à tolérer la douleur sentimentale qu’une maladie ou un accident pouvait entraîner sur le moral. Alors il venait de décider que ce cher Matteo Chester ne dérogerait pas à la règle ! Il essaierait de parler un peu avec lui après la visite de son père. Ce garçon semblait très mature pour son âge, et Ezrael n’avait aucun doute que l’hospitalisation de son père pour usage de drogue devait y être pour quelque chose. Savoir que son père affectionne les substances illicites devait être tout ce qu’il y avait de plus perturbant pour un adolescent mineur, et ça devait forger le caractère par la même occasion.

    « Je pense qu’on peut espérer sa sortie d’ici deux semaines. Après ça ne dépend pas vraiment de moi, c’est l’organisme de cure qui devra donner son accord surtout. Moi je n’ai que mon avis à donner sur sa santé physique, et ils en font ce qu’ils en veulent. Mais il faut savoir que de toute manière, une cure ne peut pas excéder six mois, et comme ça fait déjà cinq mois et trois jours, il est vraiment dans la toute dernière partie de son traitement. » commenta Ezrael en feuilletant une nouvelle fois le dossier de Clyde Chester. Il termina son explication avec un demi-sourire qui se voulait rassurant.


Ezrael et Matteo avaient quitté la salle de pause et la machine à café quelques secondes auparavant, et ils se dirigeaient à présent vers la chambre de Monsieur Chester. Il avait été placé en chambre trois-cent-quarante-sept, dans le service ambulatoire où Ezrael travaillait. Il aimait ce service car chaque jour de nouveaux patients y entraient, avec de nouvelles pathologies ou de nouveaux traitements, et il n’avait donc pas ce problème de routine qu’il détestait tant. C’était pour cette raison qu’il était toujours responsable de Chester, et il s’en accommodait parfaitement.

    « Et donc, tu n’as pas beaucoup d’affinités avec ton père, pour venir si peu souvent lui rendre visite ? Je fais un peu mon curieux, mais c’est pour cerner un peu votre situation familiale… Mais si tu ne veux pas répondre, je comprendrai… »


Ezrael essayait de mettre les formes au maximum. Il devait prendre le sujet avec des pincettes, ne souhaitant en aucun cas froisser le jeune homme. Son inquiétude pourrait rapidement se transformer en de la susceptibilité Ezrael voulait tout sauf braquer Matteo. Il voulait justement en apprendre plus à son sujet, et comprendre ce qui le tracassait autant lorsqu’il s’agissait de venir voir son père. Après tout, il n’était pas mourant, loin de là. Il était même plutôt en très bonne voie de guérison son papa. Mais leur situation familiale semblait complètement chamboulée. Le pauvre homme avait récemment perdu sa femme et Matteo sa mère, et leur vie s’en était retrouvée bouleversée, et là semblait résider toute la clef du problème.
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MessageSujet: Re: 03. no more sorrow   Jeu 27 Fév - 20:26

Deux semaines. Quatorze jours. C'était trop peu de temps. Bien trop peu de temps. Si l'expression du garçon était auparavant neutre, elle laissa place à de la stupeur. Il ne se rappelait plus que les cures avaient une durée maximum. Et il n'était pas pressé que celle de son père se finisse. Il se garda de l'exprimer à ce moment là, cherchant les bons mots à dire au bon moment. Ou alors il ne dirait rien, et garderait sa frustration pour lui. Car oui, "frustration" était le mot parfait pour décrire ce qu'il ressentait à ce moment là. Il aurait du se rendre compte que ça faisait déjà tant de temps. Cela allait bientôt faire six mois. En pensant à cette durée, c'était plus au moment auquel sa mère était morte qu'au moment où son père avait été interné, auquel il pensait. Mais c'était malheureusement le laps de temps maximal nécessaire au rétablissement de son père, et celui-ci allait bientôt reprendre une place importante dans sa vie. L'appréhension de l'adolescent était à son comble. Comment allait-il gérer ce retour, pourtant pas imprévu ? Cela faisait peut-être presque la moitié d'une année qu'il ne le voyait plus régulièrement, mais cela faisait bien plus qu'il ne le reconnaissait plus, mentalement parlant. L'homme qui s'était enfoncé dans la drogue face à la souffrance de sa femme ne pouvait pas être le même que celui qui faisait lui-même les gâteaux pour les anniversaires, ou qui emmenait son petit garçon manger une barbe-à-papa à la fête foraine. Et pourtant, c'était ce même homme qui était devenu le zombie qui avait hanté le loft New-Yorkais pendant des mois, lorsque la faiblesse de sa femme face à sa maladie avait pris le dessus. Elle était plus courageuse que lui, toutefois. C'était elle la malade, elle la plus faible, mais c'était aussi celle qui montrait le moins sa faiblesse. Et au lieu de l'encourager dans cette voie, le père de Matteo avait fui le problème à l'aide de quelques rails de cocaïne.

Alors non, Matteo n'était pas proche de son père. Plus maintenant du moins. L'époque où ils vivaient tous les deux sur un nuage de guimauve avec des Bizounours et des licornes de toutes les couleurs était révolue. De l'eau avait coulé sous les ponts. Une barrière de souffrance et de peine s'était dressée entre eux au fil du temps, et il serait dur de la briser. Il faudrait plus que des mots partagés dans une chambre d'hôpital, plus que des dîners partagés à la même table, pour que cela change. Il faudrait du temps, beaucoup de temps. Et peut-être des explications franches, auxquelles le jeune homme n'était pas prêt à faire face pour le moment. Il savait pourtant qu'une fois que son père serait sorti, il ne pourrait ni l'éviter lui, ni éviter les discussions qu'ils devraient avoir tous les deux. Aucune échappatoire ne se présenterait, et il devrait lui faire face, et se faire face à lui-même. Trop longtemps il s'était voilé la face concernant la relation, ou plus justement l'absence de relation, qu'entretenaient maintenant son père et lui. Le docteur venait de mettre le doigt sur un point précis. Et la meilleure solution pour sortir du déni, était sans doute de commencer par en parler à quelqu'un d'objectif dans l'histoire, et il semblait être une personne bien placée pour écouter.
- Vous savez, quand on vit avec une épave, c'est difficile de conserver des liens. Alors oui, c'est sûr, j'aime mon père, mais je n'arrive pas à me réjouir qu'il sorte. Je ne veux pas avoir à encore m'inquiéter de le voir replonger, de le savoir défoncé. Je ne veux pas avoir affaire à quelqu'un qui pense plus à sa drogue qu'à sa famille. J'aimais l'homme qui se posait des questions pour savoir ce qu'il mangerait au petit déjeuner, pas celui qui se demandait combien de gramme il pourrait obtenir, ou combien de millilitres il allait s'injecter.

Le jeune homme fit une pause dans son monologue, bien conscient que maintenant, après cette cure de désintoxication, son père était clean. Mais il vivait dans le monde du showbiz, les rechutes n'étaient pas un phénomène qui lui était inconnu. Il craignait d'être trop ravi de retrouver son père "normal" et d'être déçu en le voyant ensuite retrouver ses vieux démons. Matteo à craquer nerveusement. Cela ne se voyait pas, car en acteur bien entraîné, il restait calme, et parlait lentement, mais intérieurement, il se rendait compte qu'il en avait accumulé bien trop, bien trop longtemps, sans en parler.
- On s'est éloignés, petit à petit. Et je ne suis pas sûr de vouloir le retrouver. Je sais que maintenant il va mieux. Mais je me suis habitué à vivre sans lui. Je me suis habitué à me débrouiller par moi-même, bien avant qu'il arrive. Je commence à peine à m'habituer à cette nouvelle vie ici. Et il va sortir, et puis quoi ? On va retourner à New-York ? Tout va encore changer. Son retour va tout changer, quoi qu'il arrive. Je ne suis pas sûr d'être prêt à ce que tout change à nouveau.
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MessageSujet: Re: 03. no more sorrow   Jeu 10 Avr - 17:55

La perte d’un être cher est un évènement bouleversant, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’un parent. Matteo avait perdu sa mère, seulement quelques mois plus tôt. Celle qui lui avait donné naissance, qui l’avait vu grandir et l’avait éduqué. Il lui devait tout. Son père avait fait partie de toutes ces choses aussi, évidemment, mais d’une autre manière. C’était avant tout sa mère qui lui avait apporté la tendresse et l’affection dont un garçon avait besoin. Il avait beau avoir eu dix-sept ans lorsqu’elle disparut, son chagrin n’en fut pas moins dévastateur et le vide pas moins pénible à supporter. À dix-sept ou vingt-quatre ans, la perte restait la même, et c’est pourquoi Ezrael comprenait pertinemment ce à quoi Matteo avait été confronté. Lui-même avait perdu sa mère. Ezrael n’en avait encore jamais parlé avec l’adolescent, mais le dossier précisait que Clyde Chester était veuf et que cette perte avait été à l’origine de tous ses troubles. Ezrael savait que Matteo subissait d’autres problèmes de taille à ce moment de sa vie, mais il aimerait pourtant faire comprendre à ce garçon qu’il n’était pas le seul dans cette situation. Certes, son père à lui n’avait pas traversé d’addiction démesurée à une quelconque drogue, mais après tout, la source des soucis des deux hommes provenait du décès de la femme de leurs vies à tous les deux. Ezrael voulait simplement montrer à Matteo que pour une fois qu’un individu lui glissait à l’oreille qu’il comprenait ce qu’il endurait, il pouvait le croire et même se confier s’il le souhaitait.

Alors qu’ils avançaient tranquillement côte-à-côte dans les couloirs du troisième étage de l’hôpital, Matteo expliquait ce qui le rebutait dans cette idée de revoir son père et surtout qu’il puisse retourner vivre avec lui. Tous ses propos étaient vraiment sensés et Ezrael cernait bien ce qu’il ressentait. Il sentait que tout ce qu’il lui déclarait lui était difficile à admettre, et sa voix avait même légèrement changé par rapport au début de la conversation. Il semblait bouleversé, et Ezrael comprenait bien ce qui le provoquait. Qui pouvait exprimer tant de ressentiment envers son père sans avoir un brin de reproche envers sa propre personne ?


    « Matteo, dis-toi que ton père est complètement débarrassé de toutes ses addictions. Ca fait déjà plus de trois mois que c’est le cas, d’ailleurs. Les trois derniers mois étaient presque superflus, si on voit les choses comme ça. Il faut vraiment que tu te rassures à ce sujet. Après, c’est une question de bien-être psychologique que les psychiatres ont traités. Ton père s’est enfermé dans les drogues parce qu’il subissait une violente dépression, du fait de la perte de ta maman. On réagit tous différemment à une dépression : le mutisme, l’alcool, la boulimie, le sport, ... Toi aussi tu as dû trouver quelque chose pour compenser le manque, je présume. La seule chose c’est qu’elle ne t’était pas nocive, du moins, pas comme pour ton père. Je vais te raconter quelque chose ; j’ai moi-même perdu ma mère, d’ailleurs à peu près au même moment que tu as perdu la tienne. » déclara-t-il avec un demi-sourire. « Quand ça s’est passé, j’ai décidé de tout quitter : je vivais à Dublin, je suivais mon internat de médecine à Oxford, et sur un coup de tête j’ai tout plaqué pour revenir ici. Ma drogue à moi, c’était - et ça l’est toujours - de reconquérir mon amour de jeunesse. Je ne vis plus que pour ça, et je ne pense plus du tout à ma mère. Enfin, si, bien sûr que je pense à elle, mais pas continuellement, et je ne m’en veux plus sans arrêt de ne pas avoir été auprès d’elle durant sa maladie… » confia Ezrael.


Ezrael n’avait raconté cette histoire à absolument personne, mises à part ses deux sœurs. Il savait qu’il ne risquait rien du tout à en toucher deux mots à Matteo, et si son exemple pouvait aider à illustrer ses propos, alors il devait faire un effort.


    « Tout ça pour dire que ton père va devoir retrouver, lui aussi, un substitut. Je crois que je ne suis pas vraiment autorisé à dire toutes ces choses, n’était pas encore médecin et encore moins psychiatre. Mais tu vois, c’est un peu comme ça que les choses fonctionnent quand même. On lui a déjà appris à vivre sans drogue, et il s’en tire très bien, mais maintenant il faut qu’il réapprenne à vivre normalement. C’est là que tu dois intervenir Matteo. Je sais que c’est extrêmement difficile d’accepter ça, mais c’est d’une importance primordiale pour le bien-être de ton père. Il faut que tu sois là pour lui. Pas pour lui faire à manger, ou pour jouer les parents. C’est lui le père, pas toi ; ce n’est pas à toi de l’éduquer. Mais c’est à toi de lui montrer que tu l’aimes encore, malgré son comportement, que tu as retrouvé ta confiance en lui, et que tu sais qu’il est capable de reprendre sa vie en main. Tu te dis peut-être que ça sera dur à faire, de lui faire confiance de nouveau, mais il faut que tu essayes, le plus fort que tu peux, car c’est en voyant que tu es fort qu’il le sera aussi. Ce qui se passe dans la tête des gens n’est pas toujours très sorcier à comprendre, tu sais… »Ezrael s’ét

ait arrêté dans le couloir pour parler à Matteo en face. De plus, ils étaient quasiment arrivés devant la chambre de M. Chester, et Ezrael voulait s’assurer que Matteo était prêt à rentrer dans la pièce, sans qu’il ne ressente aucun regret.


    « Tout va changer Matteo, c’est évident. Mais il faut que tu lui fasses part toi aussi de tes inquiétudes. Il faut que tu communiques avec lui. Je pense qu’il est capable de le supporter, à présent. La seule chose importante est de garder son calme et tout devrait bien se passer… Mais si ça peut te rassurer, bien que sa cure touche à sa fin, il va devoir revenir trois fois par semaine à l’hôpital pour voir le psychologue. Donc je doute que vous soyez en partance pour New York avant un certain temps. À moins qu’il ait l’autorisation de transférer son dossier, mais ça, ça ne fait plus partie de mes attributions… De toute manière, il ne sera pas autorisé à avoir ta garde tout de suite. Surtout que tu as dix-huit ans maintenant, tu as donc beaucoup plus de liberté sur ton tuteur. Tu vis chez qui du coup en ce moment ? » se renseigna Ezrael, qui ignorait encore ce détail.


Les dossiers que remplissaient les patients lors de leur hospitalisation étaient très complets concernant leur statut familial, et d’autant plus les patients du service psychiatrique, mais ils ne contenaient pourtant pas encore tous les détails.


Dernière édition par Ezrael Z. Ashmore le Lun 28 Avr - 22:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: 03. no more sorrow   Sam 26 Avr - 13:17

Comme quoi les médecins n’avaient pas accès à toutes les informations. Ou bien le géniteur de Matteo avait menti, ce qui était possible s’il avait trop honte de lui-même. Le jeune homme ressentit néanmoins une vague dégoût lui monter du fond de la gorge. Si seulement il s’était enfermé dans la drogue à cause de la tristesse de la perte de sa mère, ç’aurait été plus simple de lui pardonner. Mais non, il avait simplement fait preuve de lâcheté en fuyant la douleur de sa femme, quand celle-ci était encore bien vivante. Il aurait dû rester auprès d’elle, pour lui témoigner son soutien, mais non, il avait préféré aller « oublier », comme il disait. A cette pensée, Matteo se rendit compte que lui aussi, était lâche. Si ce qu’il pensait était valable pour tout le monde, lui aussi aurait dû soutenir son père même quand celui-ci était au plus bas. Mais il ne l’avait pas fait. Lui aussi l’avait abandonné lâchement. C’était une des raisons qui faisaient qu’il ne raconterait pas à l’interne la pièce manquante du dossier, sans doute une des plus importantes, à savoir la raison du démarrage de l’addiction. Après tout, ce qui comptait à présent, c’était que son père aille mieux. Et s’il ne l’avait pas réellement accompagnée tout au long de sa remontée à la surface, il n’allait pas non plus retarder sa sortie, par pur égoïsme, parce qu’il avait peur que tout change à nouveau, et également peur d’être déstabilisé par l’homme qu’était devenu son père. Un homme normal, ou presque, qui s’était remis du décès de sa femme. Des tas de gens perdaient des membres de leur famille et s’en remettait. Le futur docteur Ashmore semblait en être une preuve vivante. Matteo écouta son discours avec attention, cela lui permettait de se rappeler qu’un jour ça irait mieux aussi, c’était quelque chose de certain. Il ne se rendait pas vraiment compte de la chose à laquelle il s’était raccroché après le décès de sa mère. Il avait juste attendu que le temps passe, et que la douleur s’estompe, sans vraiment chercher un moyen d’extérioriser, ou un nouvel objectif. Il avait glandé tout l’été dans sa chambre chez son oncle et sa tante. La rentrée avait aidé à améliorer les choses, avec le retour des enjeux sociaux, et la question de la popularité, quasiment inévitable au lycée. Les entraînements de football le soir avaient remplacé l’ennui, les amis avaient remplacé le vide. Effectivement, il y avait des choses dans sa vie qui l’avaient été à aller mieux, tout en restant saines pour sa santé.

Le fait que le jeune homme en face de lui raconte que sa mère était également décédée mis Matteo légèrement mal à l’aise. C’était un peu comme partager des expériences morbides, il frissonna de façon imperceptible à cette pensée, mais se rattrapa bien vite en comprenant que la seule chose que le brun était en train de faire, était d’essayer de l’aider, en lui racontant la façon dont lui, avait surmonté la chose. Il racontait des choses vraiment personnelles, et cela eut le don de mettre l’adolescent plus en confiance, lui permettant de se relaxer un peu. Si l’interne lui faisait assez confiance pour lui raconter que sa drogue à lui était de reconquérir son premier amour, alors il pouvait lui faire confiance également, même s’il n’avait rien du même genre à raconter. Et finalement, il avait un point commun avec Clyde : il n’avait pas été auprès de sa mère pendant sa souffrance. Mais le jeune homme semblait tout à fait normal, et le fait que Matteo puisse lui pardonner facilement de ne pas avoir été présent pour sa mère, rendait plus facilement pardonnable le fait que son père n’ait pas été présent non plus. Une fois la chose pardonnée à quelqu’un qu’on ne connaissait pas vraiment, il était plus aisé de pardonner quelqu’un à qui on en voulait vraiment. Alors oui, il était à présent prêt à faire des efforts pour son père. L’évocation de lui faire à manger ou de jouer les parents arracha-même un sourire à l’adolescent, puisqu’à vrai dire, il avait l’habitude de faire à manger, lorsqu’ils habitaient encore ensemble. Mais Marge accomplirait parfaitement la tâche, comme elle le faisait depuis des mois. « Oui, vous avez raison. Il faut que je sois là pour lui. Après tout, avant de plonger il a toujours été là pour moi. Même sous substance en fait. C’est pour ma mère qu’il n’a pas été là. Mais je suis une personne différente, pas vrai ? Il ne m’a rien fait à moi. Et puis si il va mieux, qu’il est redevenu normal, j’peux pas continuer à lui en vouloir. » constata pensivement l’adolescent. L’interne était dans le vrai sur toute la ligne.

Et il fallait effectivement rétablir la communication entre le père et le fils. Mais cela prendrait plus de temps, beaucoup plus de temps. Matteo pouvait être présent pour son géniteur, éventuellement répondre à ses questions s’il en avait, mais d’ici qu’ils puissent avoir une conversation normale et fluide, l’eau avait le temps de couler sous les ponts. Faire des efforts était envisageable, mais rien ne semblerait naturel avant un moment, c’était chose certaine. L’annonce du non-départ à New York était une chose rassurante. L’adolescent voulait pouvoir être sûr de pouvoir finir son année à McKinley, et être diplômé avant de repartir ailleurs. La stabilité de la maison de son oncle et sa tante avaient quelque chose de réconfortant, le fait d’avoir des amis fixes, qui ne changeaient pas au gré des tournages était fortement agréable également. Son père ne pourrait, de toute façon, pas tout balayer à sa sortie. Le semblant de vie que l’adolescent avait réussi à reconstruire ne s’envolerait pas comme ça. « Tant mieux si il doit revenir ici trois fois par semaine, c’est bien qu’il soit suivi » déclara-t-il avec un sourire posé. « J’habite chez mon oncle et ma tante maternels, avec ma cousine. J’imagine que mon père va venir vivre avec nous après sa sortie. Marge ne travaille qu’à mi-temps, elle pourra le surveiller sans souci » commença-t-il. « Pardon, ce n’est pas le mot adapté. Mais je voulais dire qu’elle pourra veiller sur lui en cas de problème, et il aura toujours quelqu’un pour discuter. Je pense que ça va lui faire du bien. Ma cousine fait des études en psychologie aussi. Elle n’est qu’en première année, donc elle n’est pas vraiment psy, mais elle passe son temps à aider tout le monde, et elle bavarde beaucoup. Elle risque de vouloir passer énormément de temps avec mon père. C’est un peu compulsif chez elle dit-il en riant. Au moins, il y avait de quoi être rassuré, Clyde serait entouré.
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03. no more sorrow

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