Choriste du mois


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 03. It's the moment of truth ; it's the moment to lie

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Not everybody just gets to blurt out how they fuckin’ feel every minute
Age : 20 ans
Occupation : Employée à mi-temps à la Lima Station, étudiante au Lima Health Sciences Program de l'Ohio State University
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Statut : En couple avec Jamie Ainsworth
Etoiles : 5836

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MessageSujet: 03. It's the moment of truth ; it's the moment to lie   Jeu 16 Jan - 10:12

« Physique, statistiques et probabilités, biologie avancée… t’es quoi, une sorte de génie ? » Harper abattit la dernière épluchure de patate sur la table en inox et après un soupir comparable à un rire, elle remonta avec ses mains gantées le filet qui recouvrait ses cheveux bruns. Il ne cessait de glisser tant il était trop grand pour sa tête « De Vinci était un génie, Peg. Moi, je suis douée pour l’école, c’est tout. » Autant de modestie de la part de Harper Elizabeth Pritchard, nul doute que l’esprit de Noël changeait les gens. À commencer par elle.
Sous toute vraisemblance, et d’après les dires du docteur en psychologie Ted Miller, Harper était une enfant surdouée. À six ans, la manière dont elle restait à distance de ses camarades ainsi que ses difficultés évidentes à s’intégrer dans la vie de la classe avaient alerté ses parents et son institutrice. C’est elle qui avait d’ailleurs insisté pour qu’ils entrent en contact avec son psychologue de mari. À partir de ce moment-là, l’effervescence s’était installée dans la maison de banlieue des Pritchard. Tout était devenu tellement suffocant, au point de provoquer chez leur fille des crises de paniques terribles que seule la voix douce et feutrée de sa mère parvenait à calmer. Tout s’était enchaîné. On avait enfermé Harper dans une pièce aux couleurs neutres et aux murs recouverts de dessins un peu trop élaborés pour être l’œuvre d’enfants lambda. Un homme était entré, lui promettant des bonbons en échange de toute son attention et pendant un certain laps de temps où sa perception d’enfant avait repris le dessus sur les rouages trop bien huilés de son cerveau avancé, la gamine s’était imaginé que ses parents l’avaient définitivement troquée pour le dernier modèle de petit garçon à la mode. Car ce n’était un secret pour personne, son père rêvait d’avoir un gang de petits mecs à la maison. Au lieu de ça, l’homme – qui s’était révélé être docteur – lui avait fait passer une batterie de tests assez drôle et facile, tous faisant partie de ce qu’il avait appelé un bilan psychométrique. Les résultats de ce bilan avaient été catégoriques mais pas aussi surprenants qu’il aurait fallu, car quelque part dans leur cœur de parents fiers et aimants, les Pritchard savaient que leur fille était spéciale. On leur avait apporté des précisions néanmoins. Harper avait un quotient intellectuel supérieur à 130 sur l’échelle standard de Wechsler. Les obstacles qu’elle rencontrait pour se mêler aux enfants de son âge étaient dus à son mode de réflexion différent de ceux des autres. Elle était trop logique, beaucoup trop attentive sur le monde qui l’entourait et souffrirait toute sa vie d’une hypersensibilité émotionnelle : des conneries tout ça. Lilibeth n’était pas et n’avait jamais été hypersensible.
Elle ne remercierait jamais assez ses parents d’avoir refusé de l’isoler des autres enfants. Cependant ça n’avait jamais arrangé à sa fâcheuse tendance à vivre recluse, bien que ces derniers temps, elle avait réussi à se faire au moins deux amis sur qui elle savait qu’elle pouvait compter – elle était même allée à une fête, si ce n’est pas de l’évolution ! Harper avait suivi une scolarité normale, sans sauter de classe, sans même se sentir frustrée de comprendre plus vite que ses camarades, bien au contraire. Ça lui offrait une place confortable sans qu’elle n’ait à faire beaucoup d’efforts. C’était comme si la première place portait son nom de façon perpétuelle. Le temps qu’elle n’utilisait pas en étudiant, elle l’utilisait pour autre chose de plus urgent et Dieu savait qu’elle avait besoin de ce temps précieux depuis dix ans. Son intelligence, c’était son principal atout. Elle s’en servait si bien que le business de devoirs qu’elle avait mis en route à son entrée au lycée était devenu la source de revenues primaire de la maisonnée.
Tout de suite après l’annonce de sa particularité, Harper s’était trouvée une passion pour l’athlétisme et avait fait en sorte de briller autant que derrière son pupitre ; elle ne se contentait pas d’être moyenne, elle devait exceller. Tout naturellement, son ambition s’était accrue. Lilibeth avait la chance d’avoir du potentiel. Même si elle aurait dû se battre avec son père pour obtenir gain de cause et suivre les études qui lui faisaient envie, elle avait toujours senti qu’elle irait loin.

La claque qu’elle avait reçue à la rentrée des classes l’avait mise à terre. Harper n’irait jamais aussi loin qu’elle le pensait. Elle ne se battrait jamais avec son père pour aller dans la fac de ses rêves. En fait, elle n’envisageait même plus de postuler n’importe où pour exploiter les trésors de capacités qu’elle renfermait. C’était hors de sa portée, hors de son porte-monnaie surtout. À 17 ans, elle avait une vision très lucide de ce qu’elle deviendrait. Elle finirait comme Peggy qui, depuis vingt ans, épluchait des légumes la langue coincée entre les dents, esclave des cuisines de WMHS. Ses vieux vêtements sentiraient probablement la viande rance et la friture. Elle n’aurait pas de distraction, elle vivrait en solitaire, s’accrochant à son téléphone en attendant que les frères qu’elle avait élevés daignent lui donner des nouvelles.
D’autres bourses devaient exister, de même que ses exploits passés pouvaient être repérés malgré la dissolution du club d’athlétisme mais Harper était fatiguée. La fin de l’année 2017, elle la sentait passer et elle s’accrochait au seul espoir d’avoir au moins son diplôme. Une fois en poche, elle pourrait laisser derrière elle les illusions qu’elle s’était faites en spéculant sur son destin et tourner définitivement la page. Son père aurait été déçu de la voir déposer les armes face à un ennemi aussi insignifiant seulement Harper s’était battue trop longtemps. Elle capitulait.

« C’est pas ce matin ton rendez-vous avec la conseillère d’orientation, Harper ? » Celle-ci jeta un coup d’œil à l’horloge derrière elle. Si, c’était ce matin et c’était obligatoire. Harper roula des yeux. S’apercevant qu’elle avait déjà plusieurs minutes de retard, elle poussa en juron, se débarrassant dans un geste précis de ses gants couverts d’amidon de pommes de terre. Elle rangea ses affaires de cours qu’elle avait sorti pour une vérification de dernière minute sur son emploi du temps allégé à cause de l’absence de plusieurs professeurs en ce dernier jour de classe avant les vacances de Noël, glissa la bandoulière de son sac sur son épaule puis se dirigea vers la sortie des cuisines du lycée « N’oublie pas ta gaufre à la cannelle ! Elle est sur le comptoir. » Dans une synchronisation parfaite, le ventre de la brune se mit à grogner bruyamment. Elle était partie trop tôt ce matin pour prendre un petit-déjeuner. Elle se jura intérieurement de rapporter un petit quelque chose pour Peggy après les vacances de Noël « T’auras qu’à passer prendre ce qui reste du menue de Noël après les cours. Si tu congèles tout ça en rentrant chez toi, ça restera potable pour le réveillon. » Harper, les mains posées sur son estomac vide, pivota sur ses pieds pour emprunter la direction opposée à celle qu’elle s’apprêtait à prendre et en passant à côté de ses copains de galère, elle donna à Peggy et à son binôme une tape chaleureuse sur l’épaule « Merci et gardez le rythme, les gars. À toute ! » Avant de quitter le self, Harper alla récupérer la gaufre fumante et parfumée à la cannelle qui l’attendait sur le comptoir du service. Croquant à bonne dent dedans, elle était fin prête à aller honorer ses obligations – avec cinq minutes de retard et son filet encore sur la tête.
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MessageSujet: Re: 03. It's the moment of truth ; it's the moment to lie   Mar 28 Jan - 13:05

« Je ne suis pas sûre de comprendre… au final tu voudrais être… ? » Le jeune Kyle releva la tête vers Emma, arquant un sourcil alors qu’un rictus fendait le coin de ses lèvres d’un air assuré. « Strip-teaser. » Les fins sourcils de la rouquine se froncèrent légèrement tandis qu’elle prenait une inspiration. Elle resta figée quelques secondes, perplexe, jusqu’à ce qu’elle se décide à décroiser ses mains pour les placer devant elle, paumes vers son interlocuteur, comme pour lui demander d’arrêter là, le temps qu’elle comprenne. Il venait probablement de gagner la palme du projet professionnel le plus inattendu, devant Mary Goldberg qui entendait développer une marque de vêtements impossibles à tacher –inattendu mais brillantissime. Emma était plus dubitative quant aux attentes du jeune homme qui se trouvait en face d’elle, dont les résultats scolaires étaient certes assez moyens mais dont elle n’aurait jamais pensé qu’il souhaite se lancer dans ce genre d’activités. Elle avait pour mot d’ordre d’encourager les élèves dans leurs rêves, mais pour tout dire elle avait parfois du mal à savoir si c’était une bonne idée pour leur avenir ou encore s’il s’agissait d’un véritable rêve pour eux… et auquel cas s’ils en rêvaient pour des bonnes raisons. « Et si on parlait de Yale plutôt ? » Le ton enthousiaste, Emma était presque persuadée qu’elle parviendrait à le convaincre de faire quelques efforts pour entrer dans une université. Certainement pas Yale, elle en était consciente, seulement elle voyait leur conversation comme un système de balance : si elle proposait une université très prestigieuse, elle ferait peut-être contrepoids par rapport à l’idée totalement opposée que Kyle avait pour son futur, et il choisirait alors un juste milieu, optant pour la sage option d'une université convenable mais sans plus. « Et puis il y a tellement de clubs là-bas que je ne serais qu’à moitié étonnée que tu y trouves une organisation dédiée au strip-tease. » Affirma Emma d’un air songeur en tentant de repasser dans sa tête la brochure de la grande université où étaient inscrites entre autre les nombreuses associations qu’elle comprenait. Kyle était un peu moins convaincu qu’elle : il lâcha un rire qui détendit ses traits jusque là crispés en une pose assurée, se laissant tomber contre le dossier de sa chaise d’un air nonchalant. « Vous n’êtes pas très perspicace en fait pour une conseillère d’orientation : vous avez vu mes bulletins non ? Croyez-moi, mon dossier est bien moins béton que mes abdos. » Emma força un sourire impressionné, soupirant un peu difficilement. Le jeune homme ne semblait pas se rendre compte du choix qu’il faisait : à ce qu’il lui avait dit, ses motivations principales étaient que « ça paye pas si mal que ça », qu’il pouvait « gagner sa vie sans trop faire d’efforts ou réfléchir » et que « les filles paieraient pour baver en le regardant ». Trois arguments à l’entente desquels Emma avait dégluti en s’efforçant de continuer de sourire, de montrer qu’elle croyait en lui malgré tout.
Seulement maintenant, il était temps de parler plus sérieusement ; elle prendrait des pincettes. « Peut-être que Yale ne te correspond pas, mais il y a des tas d’universités dans lesquelles tu pourrais entrer, d’autant que tu fais du sport. Tu pourrais avoir un diplôme, et faire… enfin, faire autre chose après si tu en as envie. Alors que si tu sors sans diplôme, tu n’auras pas vraiment de choix, plus tard.» Elle n’osait pas vraiment lui dire, mais il y avait de plus fort à parier qu’un jour ses abdos fondraient comme neige au soleil : ce n’était pas vraiment un plan de vie durable… cela dit si pour une raison étrange il aimait l’idée de se déshabiller en public, il pourrait tout à fait le faire quelques temps en ayant un diplôme en biologie en poche (enfin, au vestiaire), alors que faire de la biologie avec un diplôme de chippendale devait être un tantinet plus problématique. « Si tu avais les notes nécessaires, qu’est-ce que tu voudrais faire ? » Le regard de Kyle devint fuyant, ses lèvres se pincèrent ; il avait une idée. Cette perspective fit sourire Emma, qui attendit sa réponse avec impatience, appuyée sur ses avant-bras posés sur son bureau. « Je voudrais être chef. Genre, monter mon entreprise. Ou plus exactement, monter mon propre club de strip-tease. » Miss Pillsbury eut à nouveau un petit temps de réaction, puis haussa une épaule distraitement : il y avait du progrès, n’est-ce pas ? Aussi fit-elle pivoter sa chaise pour atteindre une petite pile de brochures. Elle en attrapa quelques-unes, choisies assez rapidement, et les tendit au jeune homme. « Toutes ces universités proposent un parcours en management. Certaines te seraient tout à fait accessibles, d’autres proposent aussi des bourses sportives. Je te laisse regarder ça, tu pourras revenir me voir quand tu le souhaites. » Le jeune homme semblait un peu dubitatif ; il aurait probablement espéré qu’elle lui donne des brochures sur des écoles de strip-tease mais Emma n’avait définitivement rien commandé de ce genre pour son bureau. « Oh, j’allais oublier ! »  Elle lui proposa alors une brochure ingénieusement intitulée I feel like I’m worth nothing and I seek for attention ; should I get naked in order to be seen ? Elle appuya la pertinence de son pamphlet en faisant un clin d’œil convaincu. En voyant le petit formulaire pré-rendez-vous de Kyle, elle avait pris soin de transformer l’initial « what should I do in order to be seen » par la mention précitée. On voyait d’ailleurs des traces de marqueur indélébile sur la partie qu’elle avait souhaité enlever –elle n’avait pas eu le temps d’en faire ré-imprimer une. Le jeune homme arqua un sourcil en regardant Emma d’un air presque méprisant, n’estimant apparemment pas à sa juste valeur sa nouvelle acquisition. La rouquine choisit de ne pas voir combien il la pensait dérangée, et elle l’invita à sortir en voyant sur son horloge murale que l’heure de son prochain rendez-vous approchait.

Harper Pritchard. Un grand sourire presque fier s’afficha sur les lèvres de Emma lorsqu’elle vit le nom inscrit en haut du dossier. Enfin ! Enfin quelqu’un qui allait lui parler d’un avenir brillant, quelqu’un qu’elle aurait juste à encourager dans la voie qu’elle aurait choisie parce que, définitivement, elle aurait fait le bon choix. Pour la première fois depuis le début des rendez-vous, elle entendrait les mots « Harvard », « Yale », « Grande femme d’affaires », « Médecin » ou « Avocate » dans une autre bouche que la sienne. Ça allait être beaucoup plus facile, et la conseillère d’orientation n’allait pas s’en plaindre dans la mesure où elle était la dernière personne qu’elle devait voir de la matinée et que, déjà, elle était épuisée. Quelque part, voir tous ces élèves un peu perdus la perdait aussi, même si elle ne l’admettait pas. Elle voulait les aider du mieux qu’elle pouvait, mais si elle était totalement franche elle rêvait du jour où quelqu’un pousserait sa porte en criant « l’université, hourra ! » et lui montrerait les brochures qu’il ou elle avait lui-même récupéré sur internet ou lors de portes ouvertes. Cette personne là, c’était peut-être Harper. Emma lui serait alors d’une utilité plutôt morale ; elle la soutiendrait dans ses ambitions et quelque part, elle éprouverait une part de sa joie lorsqu’elle recevrait finalement sa lettre d’acceptation dans une université de l’Ivy League. Harper la remercierait peut-être, même, de l’avoir épaulée dans les démarches. Elle aiderait au bonheur d’une élève, et en plus celle-ci reconnaîtrait qu’elle l’avait aidée. C’était parfait.

Parfait, mais pas tout de suite. En effet, Emma dut attendre quelques minutes que la blondinette n’arrive. Dans ce lapse de temps, elle prépara les brochures des plus grandes universités, songeant que de cette manière elle n’aurait pas à fouiller dans les placards. Elle révisa un peu les options spécifiques de chacune, se prépara à répondre à ses questions concernant les clubs ou les bourses. Plus que quelques minutes…
Bientôt, la silhouette de Harper se dessina au coin du couloir que Emma pouvait voir depuis la chaise de son bureau. Son sourire s’agrandit un peu alors qu’elle entrait. « Installe-toi, je t’en prie ! » Lui proposa-t-elle, toute enthousiaste, désignant le fauteuil qui faisait face à son bureau avant de ne croiser ses mains devant elle. C’était sa petite victoire de la journée –et en plus, elle pourrait aller manger assez rapidement étant donné que l'entretien serait efficace et de fait assez court. Harper était son petit rayon de soleil du moment. « Alors… Sais-tu avec certitude ce que tu veux faire, ou hésites-tu entre plusieurs universités ? » Il n’y avait pas d’autre option, c’était évident. Miss Pritchard était promise à un grand avenir ; c'était comme ça, c’était écrit. C'était une évidence, et Harper elle aussi le savait certainement.
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MessageSujet: Re: 03. It's the moment of truth ; it's the moment to lie   Ven 31 Jan - 23:11

La percée des multiples portes battantes du lycée se fit sans perturbation aucune pour Harper. Dégustant sa gaufre aromatisée, elle soulageait le mal la rongeant de l’intérieur et qui provoquait des grognements forts perturbants au creux de l’estomac. L’odeur de l’amidon de pomme de terre emplissait ses narines et c’est du dos de la main qu’elle frotta le bout de son nez, ignorant ses tergiversions mentales concernant l’entretien décisif qui pointait. Dieu que c’était difficile de se dire qu’un an plus tôt, elle aurait été la première à faire la queue pour converser universités et options en tous genre avec la conseillère d’orientation ! Désormais le bruit de ses pas se répercutant sur les murs du couloir désert à cette heure de la matinée, elle se contraignait à repousser dans la partie la moins active de son cerveau – dans celle où elle rangeait tous les prénoms qu’elle ne retenait pas et qu’elle écorchait la moitié du temps – toutes les informations qu’elle avait récoltées sur Internet et lors du forum des métiers de l’an dernier, à effacer le moindre alinéa des dizaines de brochures qu’elle s’était fait envoyer par la poste et qu’elle avait mémorisées pour mieux contre-argumenter quand le moment du grand choix se profilerait. Le grand choix, elle ne le ferait pas. Ni aujourd’hui ni demain. Et personne autour de Harper ne se souciait qu’à l’instant où le principal Figgins avait pris la décision irrévocable de dissoudre le club d’athlétisme, il avait en même temps anéanti tous les espoirs de la meilleure élève de son établissement.

Harper pensait que l’ambition ne se perdait pas, qu’elle était perpétuelle. Qu’à la naissance nos aspirations étaient inscrites dans nos gènes et que notre capacité à viser la lune ou non faisait partie intégrante de notre patrimoine génétique tout comme les caractéristiques physiques. Évidemment son niveau en biologie démolissait ses certitudes, mais elle aimait se raccrocher à cette fable qu’elle se contait très souvent parce qu’elle se reposait sur l’espoir réconfortant qu’elle devait probablement tenir cette pugnacité de l’un de ses deux parents. Elle était aussi convaincue que lorsque l’on voulait quelque chose par-dessous tout, il était nécessaire de faire des sacrifices et de se donner les moyens d’y parvenir car rien ne s’obtient sans labeur. Le goût de l’effort, Lilibeth l’avait. Si ses capacités instinctives l’avantageaient irrémédiablement pour briller à l’école, elle avait cependant mis toutes les chances de son côté pour réussir à maintenir son niveau en sport et pour que son ancien coach prenne les paris en la désignant comme celle qui obtiendrait une bourse sportive.
Elle avait tellement transpiré. Elle avait soigné ses ampoules aux pieds, battu son propre record en suivant des heures et des heures d’entraînements supplémentaires, remportée des médailles, des coupes et des cocardes… Pour qu’à la fin du parcours, à quelques mètres à peine de la ligne d’arrivée de ses années lycées, elle soit disqualifiée. Il y avait de quoi perdre la face et la raison après une telle injustice car quand on menait la vie de Harper Pritchard, chaque coup de pouce du destin est apprécié à sa juste valeur et même parfois au-delà. Dorénavant, même le destin se liguait contre elle et il ne lui restait plus que ses yeux pour pleurer.

Ce qu’elle ne ferait pas, plutôt crever. Dévalant la descente d’escalier menant jusqu’au pôle administration de WMHS, Harper engloutit la dernière bouchée de sa gaufre à la cannelle. En passant près du tableau d’affichage vitré, elle jeta un coup d’œil à son reflet. Avec ce qui ressemblait à un sourire, elle fit glisser le filet recouvrant toujours ses cheveux bruns qui dégringolèrent dans son dos et sans plus s’attarder sur son apparence et sur les petites perles de sucre nichées au coin de sa bouche charnue, elle fourra son filet dans son sac puis s’engagea de quelques pas, tournant ensuite à l’angle pour rejoindre le bureau de madame Schuester.
Plus elle s’approchait du bureau, plus son ventre devenait douloureux, tant est si bien qu’elle déplora d’avoir cédé à la tentation en avalant une gaufre sur le chemin. Harper aurait pu se porter pâle – ses symptômes étaient bien réels – ou ne pas se rendre tout simplement à l’entretien... Sauf qu’elle avait perdu le prestige de faire partie de l’équipe d’athlétisme du lycée et qu’elle refusait l’idée d’aller supplier le principal Figgins pour recevoir un traitement de faveur. Mais aussi et surtout parce que le surveillant Ainsworth continuait à épier ses faits et gestes en matière d’assiduité. Aussi elle préférait cent fois se faire violence en allant affronter Emma et tous les projets qu’elle avait étouffé dans l’œuf plutôt que de passer une heure de retenue avec le tatoué. Quitte à souffrir, autant choisir son mal.

À peine eut-elle montré le bout de son nez qu’elle fut invitée à prendre place sur la chaise disposée face au bureau de son hôte. Harper n’était jamais venue dans cet endroit mais elle passait devant le fief de la jeune femme tous les jours de la semaine depuis quatre ans. Même de l’extérieur on sentait les relents d’Ajax émaner des portes de la baie vitrée. À vrai dire, la réputation d’Emma la précédait et diverses rumeurs circulaient dans le couloir, toutes se moquant ouvertement de ses penchants pour le ménage. Harper ne pouvait s’empêcher d’éprouver un peu de pitié pour la rousse et ne prenait pas part aux ragots, trop peu pour elle de se fendre la poire aux dépens de la folie des autres. 
Avant de s’asseoir sur la chaise, la jeune fille activa la pompe de désinfectant posée sur le bord du bureau et se frictionna les mains avec la solution hydroalcoolique qui dégageait une odeur d'hôpital – son cœur manque une pulsation. Ses fesses frôlèrent le cuir de l’assise tandis qu’Emma enchaînait avec un enthousiasme qui lui tordit les entrailles.


« Euh… » commença-t-elle à mi-voix. Elle posa son sac à ses pieds et croisa les chevilles. Harper n’avait préparé aucune défense, tout ce qu’elle avait en sa possession actuellement c’était sa mauvaise foi naturelle et des brides de la conversation qu’elle avait tenue avec Lexie Preston quelques jours plus tôt. Harper savait en revanche qu’elle détruirait très certainement les espoirs de sa locutrice avant même qu’elle ne lui tende l’une de ses célèbres brochures mais au fond d’elle, la brunette n’éprouvait aucun remord devant cette éventualité parce qu’on avait brisé ses espoirs à elle aussi et qu’elle n’en était pas morte pour autant même si ça lui faisait mal. Se rengorgeant de toute son assurance qui faisait sa notoriété en une profonde inspiration, Harper se redressa « Bah pour être franche avec vous, j’envisage pas d’aller à l’université, madame. » Vlan, dans les dents « Je crois qu’avec les temps qui courent j’ai plutôt intérêt de me concentrer d’abord sur mon bac. Je doute pas que je l’aurai hein ! C'est pas la question ! » Et voilà que la modestie légendaire de Harper faisait son retour « Je travaille à la gare après les cours et pendant les vacances scolaires depuis deux ans environs. Je peux vous assurer à 99,9% que mon patron me proposera un temps plein à l’été prochain parce que la vieille Patty prend sa retraite, hum’voyez ? Il m’aime bien et je suis genre sa meilleure guichetière. Enfin j’ai tendance à insulter les voyageurs après 21 h mais ils débarquent toujours au moment où je meurs de faim... qu’est-ce que j’y peux ? » Avec dédain, Harper renifla tout en s’agitant sur sa chaise pour s’installer plus confortablement. Son regard fuyant se posa sur la plante verte trop bien taillée dans le coin de la pièce. Elle observerait les mouches s’accoupler si ça lui évitait de croiser les yeux de merlan frit de la conseillère.
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MessageSujet: Re: 03. It's the moment of truth ; it's the moment to lie   Mer 26 Fév - 22:17

Replaçant successivement la lampe de bureau, les brochures, puis les crayons sur son bureau, Emma Pillsbury essayait de le rendre un maximum parfait. Elle essayait d'abord de passer le temps en attendant son premier rendez-vous, mais aussi et surtout elle voulait par cette impression d'absolue concordance montrer qu'elle était digne de confiance. La symétrie parfaite et les stylos rangés par taille décroissante de gauche à droite lui permettaient indéniablement d'assurer sa crédibilité face à une élève qui attendrait de sa conseillère qu'elle exerce son métier de manière irréprochable. Si elle pouvait bien être utile à quelqu'un, aujourd'hui, c'était à Harper Pritchard: elle l'accueillerait comme il se devait. Elle répétait presque son petit discours dans sa tête -même si, si on le lui demandait, elle rétorquerait qu'elle n'y avait que peu pensé. « L'avantage de Harvard sur Yale, c'est que... » Plissant légèrement les yeux comme pour aider sa mémoire, la rouquine tapota sur son bureau de son index en énumérant pour elle-même les avantages de l'une et l'autre des université. « Ne pas oublier Stanford. Stanford, ne pas oublier Stanford. » Répéta-t-elle, un peu honteuse d'avoir omis l'université dans ses premières informations. De ce qu'elle avait pu voir, il y avait de fortes chances qu'elle convienne à Harper. Elle la lui exposerait en troisième. Voilà. Tout était su, elle n'aurait plus qu'à tout lui dire. Elle saurait répondre à la moindre de ses questions, foi de conseillère dévouée!

Dévouée, certes, mais pas omnisciente. En l'occurrence, Emma était bien loin de se douter combien elle allait être déçue... et combien, passé le désagrément de se sentir un peu inutile, elle comprendrait en quoi la situation d'Harper était soudainement passée de "parfaitement sous contrôle" à "désespérée" -aux yeux de la blondinette en tout cas. Si elle avait entendu parler de suppressions de quelques clubs, notamment du club d'athlétisme, Emma n'avait pas fait le rapprochement. Pas de sport, pas de bourses. Pas de sport, pas de reconnaissance chez les plus grands, quand on venait du fin fond de l'Ohio nord-occidental. Heureusement pour elle, elle ne savait pas encore qu'elle allait devoir abandonner son joli discours pour se lancer dans de l'improvisation, discipline qu'elle savait ne maîtriser que très partiellement.

Aussi un sourire étira les lèvres fines de miss Pillsbury quand elle vit l'élève entrer dans son bureau. Elle se replaça sur sa chaise en désignant celle qui se trouvait en face d'elle pour que Harper y prenne place. Emma était toute excitée, comme si en fait c'était de son avenir qu'il s'agissait, comme si elle allait faire des plans brillants pour un futur avec autant d'attention qu'elle l'avait fait pour son futur à elle. En voyant qu'elle utilisait son gel hydroalcoolique -sans même qu'elle n'ait eu besoin de le lui demander-, Emma eut presque une petite crise cardiaque. Une agréable crise cardiaque, il s'entend. Son sourire devint un peu plus songeur alors qu'elle se disait qu'elle l'aurait bien adoptée, la Pritchard. Un vrai petit ange... avec quelque chose au coin de la bouche? Toussotant maladroitement, la rouquine ternit un peu son sourire. « Tu as, hm. Du... du sucre. Un peu. » Machinalement, Emma désigna le coin de sa propre bouche pour indiquer le lieu du crime, seul rappel que la jeune fille était humaine et non parfaite, ce même si elle utilisait de la lotion désinfectante de son plein gré. « Pardon. »

Se mordillant la lèvre, la conseillère songea qu'elle devait avoir mis la jeune fille mal à l'aise puisqu'elle ne répondait pas directement à sa question et s'installait avec un peu moins d'entrain que ce à quoi Emma s'était préparée. Elle attendit cependant patiemment, songeant que l'entente du nom de Brown valait bien quelques secondes d'attente.
Elle reçut la suite comme une gifle en pleine figure. j'envisage pas d'aller à l'université. Relevant la tête comme un suricate surprit par un crissement peu harmonieux dans son environnement à l’accoutumée si calme, la rouquine retint un petit rire nerveux. « L'avantage de Harvard sur Yale, c'est que... » Elle se stoppa net, réalisant que son "discours de secours" en cas de panique ou d'incapacité à se rappeler des éléments pertinents à exposer ne lui était précisément d'aucun secours quand l'élève ne souhaitait pas en savoir plus sur quelque université que ce soit. Les premiers mots étaient pourtant sortis tout seuls, comme si, en comparaison à un choc émotionnel intense, Emma était entrée quelques secondes dans le déni.

Reprenant une posture crédible, elle songea qu'elle avait tout le rendez-vous pour ramener Harper à la raison. Elle l'écouta cependant attentivement puisque, après tout, c'était aussi en sachant d'où venaient ses doutes qu'elle pourrait les éradiquer. Elle était de plus en plus surprise, entendant désormais parler d'un métier de guichetière à la gare plutôt que de grandes études. Quelle drôle d'idée; Harper Pritchard, prétendre à autre chose qu'à un poste de médecin ou d'ingénieur? Businnesswoman, à la rigueur. Avocate, peut-être, interprète ou diplomate, mais certainement pas guichetière. « La gare. Les clients après 21 heures. » Répéta Emma, un peu confuse. « Je vais être honnête avec toi, je pense que c'est une très bonne chose d'avoir un petit boulot à côté du lycée. C'est très bien aussi de vouloir obtenir ton diplôme... » Commença-t-elle par la rassurer. « Mais un petit boulot... c'est un petit boulot, justement. Or tu as les capacités d'avoir un travail qui soit tout sauf petit. » Loin d'Emma l'idée de dénigrer les guichetiers, non, point du tout, seulement elle pensait sincèrement que Harper voulait faire autre chose. Elle ne comprenait pas pourquoi soudainement elle avait changé d'avis -et du tout au tout. « Il faut un peu d'ambition pour réussir, tu sais. Il y a de très beaux adages là-dessus, notamment de Oscar Wilde si je ne m'abuse... » Réfléchissant à haute voix, la rouquine re-concentra son attention sur son interlocutrice. « J'aimerais comprendre... jusque là j'avais l'impression que tu étais très intéressée par le monde universitaire. Tu étais l'une des seules élèves à ne pas avoir jeté mes brochures des grands Colleges juste après être sortie de mon bureau au premier trimestre -merci, d'ailleurs!- et tout d'un coup tu n'envisages plus l'université du tout? » Cette fois-ci plus vraiment inquiète pour son moral propre mais bien pour l'avenir de Harper, Emma tentait de soutenir son regard pourtant fuyant dans l'espoir de mieux envisager ses motivations. Si être guichetière était sa passion et qu'elle le lui exposait clairement, quoi que dubitative, sa conseillère d'orientation l'aurait encouragée. Seulement pour être honnête elle doutait fortement que miss Pritchard souhaite se dévouer à la cause de la distribution de titres de transport alors que quelques mois auparavant elle rêvait devant de grandes universités. Si elle ne voulait plus intégrer Yale, c'était parce qu'il y avait une raison extérieure à sa volonté. C'était parce qu'elle pensait que ce n'était pas possible. Restait à savoir ce qui rendait Yale inaccessible à une élève disposant de son intellect et de son dossier irréprochable...
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MessageSujet: Re: 03. It's the moment of truth ; it's the moment to lie   Jeu 27 Fév - 18:57

À l’évocation d’Oscar Wilde, Harper eut un rictus amer.
« L’ambition est le dernier refuge de l’échec, hum ? Je considère pas ça comme un bel adage, ça me paraît plutôt pessimiste dans le fond. Mais j’imagine que je suis pas venue ici pour débattre de la portée philosophique des écrits de ce bon vieil Oscar, hein. » dit-elle, un sourcil en accent circonflexe. Harper se réinstalla en décollant furtivement les fesses de son assise dans un geste brusque, trop nerveux pour être Pritchard. Tout en croisant les jambes, elle en profita pour revenir sur les propos de la conseillère, reportant son regard sur sa fine silhouette plutôt que sur son visage aux traits affaissés par la déception « C’était pas le trimestre dernier, c’était l’année dernière. » rectifia-t-elle sur un ton naturellement agressif « De l’eau a coulé sous les ponts, ça vous suffit ? » Elle sourit à contrecœur, sachant très bien que non. Contrainte, la jeune fille poursuivit en laissant sa tête partir très loin en arrière « Le club d’athlétisme a été dissous avant la rentrée, vous vous souvenez ? » Elle rebaissa le menton dans un petit gémissement – accompagné de deux tapes consécutives sur ses cuisses rebondies « Au cas où vous l’auriez oublié, je comptais sur une bourse sportive pour payer mes études. Sans ça, j’ai pas vraiment les moyens d’aller à Harvard ou à Yale ou… enfin, qu’importe. » Ce n’était pas un secret, c’était un fait qu’elle n’avait pas cherché à cacher à Emma lors de leur tout premier entretien. Harper aurait pu argumenter davantage pour chasser les questions éventuelles que son interlocutrice lui poserait, elle ne s’en donna pas la peine. Ce serait plus facile de venir à bout d’Emma Pillsbury-Schuester que de n’importe qui d’autre, songea-t-elle stratégiquement. Elle comptait néanmoins sur la finesse d’esprit et le professionnalisme de la rousse pour s’éviter d’énumérer à voix haute le motif expliquant qu’elle n’était pas une bonne candidate pour la bourse au mérite. McKinley était si mal côté que même si Figgins déposait son dossier à la commission, la bourse lui passerait sous le nez pour directement filer dans la poche d’un champion de curling binoclard de Carmel High. L’ultime combo. C’était déjà assez douloureux, voire humiliant d’y songer, l’adolescente ne tenait pas particulièrement à égratigner son amour propre face à la conseillère d’orientation de son lycée.

Repoussant une mèche de cheveux par-dessus son épaule avec un dédain manifeste, Harper tourna la tête pour venir verrouiller son regard sur la grande baie vitrée impeccable qui encadrait le bureau lumineux de la conseillère. Elle croisa son reflet pour la seconde fois en si peu de temps, et bien que la distance entre elle et le miroir de fortune fût assez espacée, elle remarqua que ses yeux étaient d’un gris étonnant ce jour-ci, comme si son état d’esprit actuel se reflétait dans ses iris d’un bleu soutenu d’ordinaire. Changeant rapidement de cible, Harper choisit à l’arrache de se concentrer plutôt sur les étagères disposées derrière Emma et après un profond soupir, elle s’enfonça dans sa réflexion.

Faire des projets, c’est un cercle vicieux. On vit dans l’espoir de réussir à réaliser ses rêves en se reposant sur une ambition naturelle et sur la combativité qu’elle engendre. Seulement les temps sont durs. Personne ne fait plus ce qu’il a envie de nos jours car survivre est plus urgent que de spéculer sur une carrière potentielle. La faute à la crise. Harper le comprenait parfaitement, mieux que ses camarades de classe, probablement. Et même si ça avait été difficile à accepter dans les premiers temps, elle avait fini par assimiler avec l’aide involontaire de Lexie Preston que c’était pour le mieux en réalité de privilégier une entrée dans la vie active tout de suite après l’obtention de son diplôme et de sacrifier tous ses rêves pour laisser place à ceux des gens qui l’entouraient. Car le plus important, ce n’était pas qu’elle devienne le médecin qu’elle avait toujours voulu être, c’était que ses frères réussissent eux à faire quelque chose de nettement plus valorisant que guichetiers dans une gare miteuse.
Harper était revancharde. Si elle avait échoué dans son projet de vie, elle ne laisserait pas l’occasion au destin de s’en prendre à ce qu’elle avait de plus cher : ses frères. C’est pourquoi elle leur donnait les moyens d’économiser pour asseoir leur future envie de grandeur sans même qu’ils ne s’en aperçoivent. Ainsi, après en avoir retiré une centaine de dollars pour se faire plaisir ou apporter une contribution à la tirelire de la maisonnée s’ils le désiraient, le salaire que les jumeaux obtenaient chaque mois en travaillant au Lima Bean finissait dans une cagnotte à leur nom. Elle avait aussi lourdement insisté pour que les trois garçons fassent du sport ou une activité qui leur plaisait en dehors de l’école ; Julian et Joshua faisaient partie de l’équipe de hockey de la municipalité, Ethan courrait dans l’équipe d’athlétisme de son école primaire. Harper n’avait pas eu de chance, simplement la chance ça se provoque. Elle regretterait peut-être d’avoir eu une jeunesse pleine de responsabilités, mais jamais Lilibeth ne regretterait d’avoir accordé son temps à ses cadets. S’ils étaient heureux dans leur vie future, elle aurait au moins l’impression d’avoir réussi quelque part. C’était dégoulinant de mièvrerie et aussi écœurant que des Ding Dong, mais le bien de sa famille primait sur le sien et qu’on ose lui jeter la pierre, elle ne se ferait pas prier pour riposter.

S’agitant soudain sur sa chaise, Harper continua sur sa lancée « Vous savez comment ça se passe, non ? Plus personne ne s’intéressera à mes records maintenant. Comme on m’a foutu à la retraite sans que j’aie mon mot à dire et que je sais bien qu’on n’est pas chez ce putain de Walt Disney, » Elle releva brièvement les yeux pour vérifier la réaction d’Emma qui était toujours assise « je préfère tourner la page le plus tôt possible au lieu de me réfugier dans des ambitions irréalisables. Ça évitera que je me vautre, je trouve ça malin. » Triturant les cordons usés de son blouson, Harper prit une inspiration hachée « Je suis loin d’être une cause perdue. C'est ma décision, je l’ai prise en toute connaissance de cause et vous voulez savoir ? » Elle osa enfin regarder Emma droit dans les yeux « Je le vis bien, c’est cool. » Mensonge, lui souffla une petite voix dans sa tête. Et au moment où Harper crut entendre un rire strident éclater à ses oreilles, elle se leva d’un bond en demandant à Emma « Je peux partir du coup ? » Sa propre voix lui parut plus étouffée, comme comprimée par la boule qui s’était formée dans sa gorge. Elle choisit cependant de ne pas y faire attention, et pour détendre son visage, elle gratifia Emma d’un sourire poli.
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MessageSujet: Re: 03. It's the moment of truth ; it's the moment to lie   Sam 1 Mar - 20:34

« Je pensais... je pensais plutôt à "la sagesse est d'avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue quand on les poursuit", à vrai dire... » hésita Emma en fronçant légèrement ses fins sourcils, songeuse. « ça doit... dépendre de la situation. » Jolie conclusion philosophique -même miss Pilssbury savait pertinemment qu'elle ne pouvait se permettre une telle synthèse, fut-ce à l'oral. Elle pouvait abréger peu habilement avec la plupart des élèves, mais il ne faisait nul doute que Harper Pritchard -capable d'énoncer une citation d'Oscar Wilde avec une fidélité parfaite- remarquerait le peu de pertinence des dires de sa conseillère. D'ailleurs assez mal à l'aise, cette dernière se réinstalla sur sa chaise en entendant Harper lui démontrer qu'elle avait quelques mois de retard: à la réflexion, effectivement, ce n'était pas au mois de septembre qu'elle gambadait fièrement dans les couloirs avec ses toutes nouvelles brochures, mais bien l'année précédente. Pinçant ses lèvres roses l'une contre l'autre, Emma se figea sur place alors que son regard tentait de fuir le plus loin possible. Un peu honteuse, elle força un sourire désolé. « Oh, oui je... j'ai dû confondre. » Balbutia-t-elle, sachant pertinemment qu'elle n'avait pas vraiment confondu mais avait juste totalement omis la raison pour laquelle miss Pritchard devait renoncer à son rêve: la bourse. Quelle idiote. Elle avait parfaitement préparé son discours mais elle avait totalement oublié combien la fermeture du club d'athlétisme pouvait avoir des répercutions importantes sur la vie de l'élève assise en face d'elle. Elle qui voulait être une conseillère parfaite et irréprochable, elle était décidément en dessous de tout. Instinctivement, comme pour se protéger, la rouquine baissa la tête, semblant s'enfoncer un peu dans son fauteuil comme si cela pouvait lui permettre de se faire oublier. « La bourse... C'est vrai. » Elle aurait bien ajouté qu'elle avait espéré que Harper ait trouvé un autre moyen de financement entre temps -c'était techniquement possible, quoi que peu probable-, mais ce n'était visiblement pas le cas. Quant aux bourses au mérite... miss P. se serait probablement attardée à faire remplir les formulaires à un élève qui avait besoin de cet espoir, fut-il si maigre qu'on eut pu le qualifier d'improbable, pour envisager de faire quelque chose de sa vie, quitte à se passer du soutien de grandes universités.

Pour Harper, c'était différent. Non seulement le caractère de la jeune fille la porterait plutôt à répugner les faux espoirs, mais en plus elle ne serait pas dupe. À peine Emma prononcerait le mot "mérite" qu'elle s'empresserait de lui rappeler le peu de considération que tout autre Etat Américain pouvait avoir pour McKinley High, Lima, Ohio. Pourtant, elle refusait d'abandonner. Elle allait laisser une élève brillante (la plus brillante de sa promotion, probablement, et ce de manière presque officielle maintenant) refuser d'avoir de l'espoir? Le fait qu'elle abandonne ses rêves d'Harvard et Yale était certes chagrinant, mais pire que ça, elle n'envisageait plus rien. L'athlétisme avait été son dernier espoir et elle était maintenant victime du système fédéral nord-américain. Bel exemple de reproduction sociale qui ne manquerait pas de faire s'énerver Emma lorsqu'elle en parlerait avec ses collègues à la pause déjeuner avec une ferveur presque politique et une colère certaines qui ne la caractérisaient d'habitude pas le moins du monde.

Cherchant une solution à laquelle il lui fallait un peu plus réfléchir maintenant qu'elle constatait que son plan de départ ne fonctionnerait pas, Emma vit son attention focalisée sur miss Pritchard lorsque celle-ci reprit la parole. Elle eut un petit sursaut à l'audition d'un mot qu'elle défendait à Emily de prononcer, et sentit ensuite une sorte de douleur au cœur, témoin du regret qu'elle-même éprouvait de ne précisément pas être dans un monde conçu par les soins d'un homme débordant d'imagination et créateur de bons sentiments et de morales qui adouciraient les mœurs. Harper, elle, avait bien intégré le fait que la vie n'était pas toujours rose. Un peu trop bien pour une jeune fille de son âge, probablement: c'est avec un calme déroutant qu'elle affirmait vouloir passer à autre chose sans s'attarder sur ce brillant futur auquel elle n'aurait finalement pas droit. « C'est... sage. » Peina à avouer Emma, qui baissait les yeux, presque convaincue par ce que lui disait Harper. Son discours était rationnel -bien trop rationnel pour que sa conseillère puisse la convaincre autrement que par des théories en lesquelles elle ne croirait pas. Pourtant, lorsque la lycéenne regarda finalement Emma dans les yeux pour lui dire qu'elle vivait bien la situation, Emma fut comme soudainement réveillée. Non définitivement, elle ne le vivait pas bien, et toute sa vie elle aurait ce regret lancinant qui la dévorerait de l'intérieur à chaque fois qu'elle poinçonnerait un billet de transport. Elle ne pouvait pas laisser faire ça. Son métier était d'empêcher ça, précisément, et aujourd'hui elle avait le devoir de lui être utile, plus qu'elle ne l'avait été face à tous les autres étudiants qu'elle avait vus dans la matinée. Elle ne laisserait pas sombrer une jeune fille qui utilisait du gel hydroalcoolique.

En voyant Harper se lever, Emma se redressa un peu, voulant être un peu plus imposante qu'au moment où elle avait voulu se cacher. « Non! En fait, non... tu ne peux pas partir. On n'a pas fini, Harper. » confia-t-elle d'un ton presque maternel, l'incitant d'un geste de la main à se rasseoir. « Je ne suis peut-être pas un exemple parfait de perspicacité, mais tu ne me feras pas croire que cette perspective de carrière t'enchante. » D'un air concerné, la rouquine posa ses avant-bras sur son bureau, s'y appuyant légèrement. C'était précisément le moment où elle devait être une conseillère d'orientation un peu plus compétente que celle qui ne savait pas se rappeler avec exactitude des besoins de chaque élève sans se référer à ses notes. Typiquement, elle devrait être non plus celle qui aidait à consolider les fondations mais bien celle qui trouvait terrain à la construction durable d'un épanouissement à l'échelle d'une vie. « En fait, ce n'est pas sage. Pas selon Oscar Wilde. Hm. » Toussotant légèrement, encore peu sûre de sa référence étant donné la culture de son interlocutrice, miss Pillsbury se concentra sur ce qu'elle avait personnellement à dire, évitant de se cacher derrière un auteur. « Alors... parce qu'on met des obstacles à tes rêves tu perds tout espoir? Je veux que tu y réfléchisses sincèrement, sans prendre en compte le fait que ce soit le plus raisonnable ou quoi que ce soit: est-ce que tu penses pouvoir t'épanouir en passant pendant peut-être cinquante ans de ta vie la majeure partie de ton temps à vendre des billets de train? » Elle pouvait très bien trouver un certain confort dans cette perspective, mais en vue du peu de conviction dont elle avait fait preuve en affirmant qu'elle acceptait l'idée, Emma en doutait fortement. « Je ne vais pas te faire l'affront de te mentir, grâce à notre beau système je vois difficilement d'autres moyens d'intégrer une grande université... » Sentant qu'elle s'énervait légèrement en pensant à ces hommes fortunés qui payaient moins d'impôts que leurs femmes de ménage, Emma se re-concentra sur le cas particulier de Harper. « Est-ce que ça veut dire que tu dois faire quelque chose qui te déplaît pour autant? Je n'ai que de vagues notions en matière de fierté, mais n'y a-t-il pas là quelque chose de dérangeant à leur donner raison si facilement? » Harper savait probablement tout ça; elle-même devait déjà être terriblement remontée seulement elle semblait avoir accepté l'idée que conserver cette haine ne la ferait pas plus réussir. Emma en revanche savait que ne pas l'exprimer la conduirait dans un premier temps à faire de mauvais choix et plus tard à la voir revenir sans plus pouvoir la contrôler. « Tu es intelligente Harper. Terriblement intelligente Tu sais... je comptais te le dire un peu plus tard, mais tu es actuellement la mieux placée pour prétendre au titre de valedictorian... et de loin. » Elle n'était probablement pas vraiment supposée le lui dire, mais à cet avancement de l'année il ne faisait plus vraiment de doute que miss Pritchard aurait l'honneur d'offrir un discours de clôture lors de la cérémonie des diplômes. « Que vas-tu dire devant les autres élèves, à la fin de l'année? Souhaiter à tout le monde de réussir alors que toi-même tu t'apprêteras à commencer une vie pour laquelle tu n'aurais aucun attrait? » Bien entendu, une vie ne se résumait pas à la profession qu'on exerçait, seulement il était évident que le travail avait une grande influence sur l'humeur en général. Il n'était pour beaucoup pas un facteur unique de bonheur, mais il pouvait en revanche être source de désespoir. « Alors, oui, ce sera plus difficile. Ce sera plus difficile que d'entrer dans une université dont le nom seul sur un CV t'aurais permis d'avoir le monde à tes pieds. Ce sera plus difficile mais tu es largement capable de te réaliser même si on te rend la tâche moins aisée que pour tes petits camarades plus fortunés à qui tu n'as rien à envier et qui n'ont pas le quart de tes capacités intellectuelles et de ta détermination. » ça allait être un combat de longue haleine, une bataille contre elle-même que Harper allait devoir livrer maintenant qu'elle se confrontait à la déception et à la nécessité de trouver d'autres ambitions, d'autres envies, tout simplement. Il aurait été utopique de suggérer à certains élèves de tenter de faire autre chose; ce n'était pas le cas d'une jeune fille au caractère affirmé et bien plus forte qu'elle ne voulait le faire savoir. « Il y a d'autres options. Avec un tel GPA on n'a envisagé que des parcours académiquement prestigieux et évidents, mais il y a d'autres voies, Harper. J'ai juste besoin que tu comprennes que ça vaut le coup de les envisager... » Elle aurait bien pu ouvrir dès maintenant l'un de ses tiroirs "plan B", Emma n'aurait absolument pas été efficace si la demande ne venait pas d'Harper. Avant même qu'elle ne lui expose les diverses possibilités qui s'offraient à elle, la conseillère d'orientation avait besoin de que la jeune fille accepte l'idée d'essayer seulement de trouver autre chose. Elle ne pourrait pas la faire changer d'avis en proposant une formation précise: il fallait avant que miss Pritchard le souhaite... ou l'accepte, tout du moins, dans un premier temps.
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MessageSujet: Re: 03. It's the moment of truth ; it's the moment to lie   Jeu 6 Mar - 17:28

Déjà prête à prendre la fuite, Harper emprunta le chemin principal pour sortir du bureau de la conseillère d’orientation sans aucune intention de regarder en arrière. Ça ne servait à rien de s’éterniser de toute façon puisque sa décision était prise et que rien ni personne ne pourrait la faire changer d’avis. Et puis ça ne regardait qu’elle à la fin ! Elle avait fait un choix, difficile, certes, mais quel choix ne l’était pas en définitive ? Harper était une jeune fille très intelligente pour son âge, avec un avis tranché sur de nombreux sujets, qu’Emma Pillsbury-Schuester puisse douter du discernement qu’elle avait utilisée pour arrêter son choix la vexait quelque part et ne fit qu’accroître le sentiment d’injustice qui dormait en elle depuis la veille de la rentrée, moment où elle avait reçu la convocation inattendue du coach McKay.
Sur le moment, on aurait pu penser à une décision prise sur un coup de tête, sauf que depuis le mois de septembre dernier, Harper avait passé des nuits entières à songer à son avenir, aux portes qui s’ouvraient et se refermaient devant elle sans cette bourse qui l’avait tant fait saliver, ça la poursuivait jusque dans ses cauchemars. Si elle mettait autant d’énergie à faire accepter son choix, c’était parce qu’il avait été aussi difficile pour elle d’approuver sa propre décision. Harper ne voulait pas revivre cet enfer, endormir son entourage avec des arguments, solides pour la plupart, mais si difficiles à accepter venant de quelqu’un doué comme elle ! Quand bien même elle se sentirait d’attaque à replonger tête la première dans cette épreuve compliquée, elle ne pourrait pas être aussi précise quant aux véritables raisons de son changement de voies en face de quelqu’un comme Emma, et elle jugea qu’il était préférable d’écourter leur rendez-vous, car elle n’avait pas envie de mentir davantage.
Se raidissant en entendant Emma lui dire qu’elles n’avaient pas terminé, Harper se retourna précipitamment pour lui accorder un regard écarquillé. On disait d’Emma qu’elle craquait à la moindre opportunité, le départ précipité d’une élève comme Harper aurait dû la dissuader de s’accrocher, et contre toute attente, elle la retenait en utilisant ce ton maternel et rassurant qui faisait sa légende. Harper était insupportable, elle-même l’admettait, mais elle se décida cette fois à ne pas outrepasser son droit face un adulte de la trempe d’Emma. Elle lui rappelait peut-être sa mère, elle n’essaya pas de comprendre la légende derrière la bonne foi qu’elle mettait à lui obéir, et c’est en soupirant bruyamment, parfaite caricature de l’adolescente en pleine crise, qu’elle vint se poster derrière la chaise qu’elle venait de quitter.

« Je suis très bien debout. » répondit-elle d’un ton monocorde, mais toujours agressif, au geste de la jeune femme qui l’invitait à se rasseoir en face de son bureau. Laissant retomber lourdement son sac à ses pieds, Harper croisa les bras sur sa poitrine en secouant la tête de droite à gauche, le bout de sa langue effleurant l’intérieur de ses joues et dessinant brièvement des formes imprécises sur son visage « Je m’en fous de l'opinion Oscar Wilde, il est mort ! Qu’est-ce qu’il en a à faire de la sagesse des gens ou du temps qu’il fait dehors, sérieusement ? Le déclarer porte-parole des causes perdues, c’est lui faire le pire des affronts. Il était écrivain, pas assistante sociale ! Enfin moi je vous dis ça, mais je sais pas. » Elle leva brusquement les mains en l’air en rentrant la tête dans ses épaules, évoquant la silhouette d’un vandale pris sur le fait et contraint par les autorités à mettre ses mains bien en évidence, et pivota plusieurs fois sur ses hanches, les lèvres tordues dans une grimace grotesque. Manquant d’arguments, Harper se retenait aux branchages qu’Emma lui tendait généreusement, et au moment où elle lui posa une question ouverte, elle se jeta sur sa réponse comme une affamée devant un steak-frites « Plein de gens s’épanouissent en vendant des tickets de train. Ils ont une maison, une voiture, une famille et même une couverture sociale ! Ma collègue, Sheridan, ça fait dix ans qu’elle fait ce métier, elle s’en porte pas plus mal. Son ex-mari est un bâtard, mais à part ça, je veux dire, elle se débrouille mieux que n’importe qui dans cette ville et son fils est l’enfant le plus heureux que je connaisse ! Je vois pas pourquoi je suis indigne d’en faire mon métier sous le prétexte que mon QI dépasse le vôtre – sans vouloir vous offenser hein. Mais c’est vrai, c’est écrit dans mon dossier. » Du menton, Harper désigna une pochette cartonnée posée sur le bureau d’Emma et les sourcils haussés, elle reprit rapidement pour ne pas s’attarder sur la mauvaise foi évidente qu’elle mettait à défendre son choix « Ça veut rien dire ces conneries et puis, j’ai pas dit que j’envisageais pendant toute ma vie de ne pas suivre d’étude. Juste que maintenant c’était pas le bon moment pour que je le fasse. » Elle haussa les épaules en ajoutant tout bas « C’est mon choix. »

Baissant la tête, ses doigts trouvèrent soudain une occupation, et tout en grattouillant la peinture écaillée sur le dossier de la chaise, Harper marqua un temps. Il fallait reconnaître qu’Emma était douée pour son métier. La jeune fille releva la tête d’un coup d’un seul et ouvrit tout grand la bouche quand la rousse lui asséna le coup de grâce en lui disant très clairement que son comportement face à l’adversité était digne de celui d’une lâche. D’accord, elle n’avait pas présenté les choses de cette manière, mais Harper savait lire entre les lignes et cette gifle verbale la laissa tout simplement pantoise. La conseillère pourrait se vanter d’avoir rendu muette Harper Pritchard pendant deux bonnes minutes – un record. Sa révélation sur l’identité du prochain major de promotion lui fit fermer lentement la bouche cependant, et consentant cette fois à contourner la chaise pour venir se rasseoir, elle esquissa un sourire en répondant avec moins de véhémence que plus tôt.

« En fait, je pensais plutôt à "profitez du buffet" ou quelque chose dans ce goût-là. » affirma-t-elle à la jeune femme lorsqu’elle lui demanda ce qu’elle dirait aux élèves de sa promotion lors de la remise des diplômes. Les circonstances dans lesquelles elle apprenait la nouvelle n’étaient pas propices à un éclat de joie, et Harper se sentait plus déstabilisée par ce déballage fortuit qu’heureuse d’avoir accompli l’un de ses souhaits les plus chers. Elle savait que ce titre allait probablement lui revenir de droit, mais maintenant que les choses paraissaient plus ou moins officielles, elle était mal à l’aise avec cette idée. Non seulement parce qu’elle n’aimait pas plus de la moitié des gens qu’elle devrait encourager, mais surtout, parce qu’elle se trouvait plus qu’hypocrite d’avoir cette tache à accomplir alors qu’elle-même ne savait pas où mettre les pieds. Emma marquait un point et c’est dans un silence de cathédrale qu’elle la laissa terminer de s’exprimer, méditant dans l’intimité de ses pensées.
« OK. » finit-elle par dire en tapant sur ses cuisses, se ranimant sur sa chaise et se redressant de fait « Dites-moi qu’elles sont les alternatives qui s’offrent à moi. » Elle balaya son visage rond de ses cheveux qu’elle fixa derrière ses oreilles, prit un air sévère en regardant la conseillère « Ça veut pas dire que je vais les envisager, mais vous avez dû passer beaucoup de temps à préparer cet entretien alors… faites-vous plaisir, j’encaisse. » Harper déploya sa main gauche devant elle, comme pour laisser la voie à la conseillère et tout en se tassant sur sa chaise, elle ajouta « Allez-y, je suis pas aussi connasse que j’en ai l’air. » En vérité, si. Mais finalement, un mensonge de plus ou de moins…
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MessageSujet: Re: 03. It's the moment of truth ; it's the moment to lie   Sam 26 Avr - 21:49

Un instant, Emma se demanda si elle arriverait à retenir Harper. Sincèrement, elle doutait que sa petite voix cristalline ne réussisse à convaincre une adolescente bornée du bien fondé de ses dires. Juste parce qu'elle le lui demandait, la jeune fille ferait-elle demi-tour? Le pire était encore que si elle ne le faisait pas, Emma se serait contentée de se crisper, clore ses paupières et encaisser le nouveau coup qui était asséné à sa crédibilité. À sa grande surprise, Harper ne râla même que modérément en se retournant vers elle, apparemment décidée à rester: Emma tenta de cacher son agréable étonnement en affichant une mine faussement confiante tandis que ses lèvres se pinçaient légèrement, comme pour appuyer sa position de figure autoritaire -il fallait bien qu'elle en profite un petit peu. La lycéenne refusa cependant de s'asseoir, mais il allait de soi que sa conseillère n'allait pas s'en offusquer, moins encore exiger qu'elle s'asseye: premièrement ça ne servait à rien, et deuxièmement elle risquait de la brusquer. En effet, la rouquine était convaincue que rester debout permettait à Harper, plus que de se calmer ou se concentrer, de rester maître de la situation. Elle acceptait de revenir, certes, mais elle devait appuyer le fait qu'elle avait un minimum de contrôle sur la situation. Elle était une jeune fille qui avait besoin, pour se rassurer, de sentir qu'elle ne se laissait pas porter par les décisions des autres, par les événements qui l'affectaient, par le hasard en somme. Elle devait sentir à tout instant qu'elle dirigeait sa propre vie comme elle l'entendait; son existence était une sorte de négociation permanente. Si elle acceptait d'admettre qu'il fallait qu'elle reste dans ce bureau, soit, mais alors, elle resterait debout. Pas parce qu'elle ne voulait pas s'asseoir, mais parce qu'on lui demandait de s'asseoir. À l'inverse, si Emma lui avait demandé de revenir en précisant qu'elle pouvait rester debout, Harper aurait certainement désiré reprendre place sur la chaise, parce qu'elle aurait été subitement fatiguée ou parce qu'elle réfléchissait mieux assise. Plus qu'une volonté d'opposition à l'autorité -fut-elle aussi inoffensive que celle de Miss Pillsbury- il s'agissait définitivement d'une philosophie de vie, comme si refuser certaines contraintes était une manière de refuser l'essentialisme par la preuve que tout n'était qu'une question de choix. Son choix. Ses choix à elle, et à personne d'autre. D'ailleurs, même si Emma analysait -avec une certaine réserve- la situation de cette manière, elle n'en tiendrait seulement pas rigueur à Harper ou à sa mauvaise foi. C'était a priori plus profond que ça, une sorte de réflexe quasi inconscient qui lui permettait de se prémunir contre des dangers qu'elle avait déjà ressentis auparavant. Elle ne cherchait pas à se prouver quelque chose; elle se le prouvait avant de ne se poser la question de la démonstration, de sorte que cette dernière n'ait pas à être réitéré au moment opportun. Ce n'était pas uniquement de la mauvaise foi ponctuée d'agressivité volontaire, selon la rouquine en tout cas.

En l'entendant affirmer que la mort d'Oscar Wilde faisait du fait de le citer ici un affront sans pareils, Emma arqua un sourcil, peu certaine de suivre le raisonnement de son interlocutrice. Le simple fait de ne pas faire du social son métier n'empêchait pas qu'on y applique parfois ses percepts, quand bien même ils auraient été élaborés dans un tout autre contexte. Un peu honteuse cependant de ne pas vraiment trouver de contre-argument pertinent, Emma resta silencieuse, se contentant de vaguement hocher la tête dans ce qui ressemblait plutôt à une hésitation entre un acquiescement et un head shaking.

Pensant cependant pouvoir calmer la blondinette, la conseillère d'orientation se rendit compte de l'étendue de sa naïveté en encaissant un à un les arguments de Harper. Elle tentait de les répertorier dans un petit coin de sa tête pour mieux les appréhender et comprendre comment miss Pritchard pensait: c'était le meilleur moyen pour lui faire comprendre le plus justement que son intérêt n'était pas là où elle le pensait. Nécessairement, la pertinence de sa démonstration n'échappa pas à Emma, qui déjà se demandait comment elle allait pouvoir établir une contre-proposition face à une preuve indiscutable: l'expérience. Si d'autres réussissaient à s'épanouir, oui, pourquoi pas Harper, après tout? Réfléchissant en se mordillant l'intérieur de la joue, Emma tiqua à l'évocation du QI de miss Pritchard, définitivement supérieur au sien. Si elle envisagea une demi seconde de crier au manque de respect à l'égard du corps professoral, la rouquine se ravisa en réalisant qu'il n'y avait en fait rien là que de fort vrai. Elle se contenta d'afficher un léger regard désapprobateur, à la vérité incapable de nier. Elle avait bien raison, c'était écrit. Emma n'avait pas la prétention de vouloir arguer qu'elle était plus intelligente que la lycéenne, loin de là: elle ne l'aurait pas pensé d'elle-même et des tests venaient en plus prouver cette vérité. Nul besoin de discuter le fond même si la forme la dérangea quelque peu.

Il manqua peu de choses pour que Emma abandonne, accablée par sa faiblesse face à la force de caractère dont faisait preuve miss Pritchard. Elle aurait eu honte, c'était une évidence: elle aurait eu honte de renoncer, de réaliser une fois de plus qu'un adolescent en pleine crise avait plus de détermination et de pouvoir de persuasion qu'elle, qui se plaçait pourtant en patiente guerrière quand on s'attaquait à ses convictions -à savoir en l'occurrence que Harper ferait quelque chose de grand de sa vie. Grand à son sens à elle, le vrai sens qu'elle donnait à ce mot, et pas celui qu'elle prétendait lui attribuer. Baissant les yeux sur un pli de sa jupe, Emma en tritura nerveusement le bord en songeant qu'elle allait bientôt pouvoir libérer l'étudiante, gâchant au passage son avenir parce qu'elle n'avait pas su contrecarrer ses arguments -elle aurait dû, pourtant, du haut de sa trentaine, être capable de montrer assez de volonté pour discréditer les préjugés qu'une adolescente pouvait avoir sur son futur.
Mais soudain elle reprit foi. Deux petits mots, deux petites preuves. "Mon Choix". C'était ça: c'était encore ça. Les lacunes d'un système capitaliste la retenaient dans un bureau, et elle s'affirmait heureuse d'y rester debout. Son choix, c'était de faire comme si elle l'avait. Son choix, c'était de se persuader -cette fois-ci avec un peu plus de mauvaise foi- qu'elle voulait de cette vie qu'elle décrivait sans même essayer d'y feindre un minimum d'entrain. Elle était fière, elle avait besoin de ce contrôle certain sur sa vie, et Emma la comprenait peut-être mieux que personne. Elle, elle avait besoin de ranger ses vêtements par pile de couleur à dix reprises, de faire la vaisselle sept fois de suite, de se laver les mains cinq fois avant de passer à table pour se sentir en sécurité. Harper, elle, elle avait besoin de s'assurer que tout ne dépendait que d'elle. Et c'était à sa conseillère d'orientation de lui prouver son erreur. Elle qui n'avait su se rassurer elle-même, qui s'était toujours sentie si vulnérable qu'elle n'avait su se débarrasser seule de ses TOCs, elle devait guérir une adolescente en crise de ce mal qui la rongeait: admettre que ce futur sonnait faux à ses oreilles. « ça je n'en doute pas, heureusement que toute personne n'ayant pas suivi d'études n'est pas condamnée à être malheureuse, et d'ailleurs je suis très contente pour... Sheridan. Et son fils. » Articula consciencieusement Emma, espérant toujours avoir l'attention de Harper. « Seulement je ne te parle pas de Sheridan, mais de Harper Pritchard. Tu serais tout à fait "digne" de faire n'importe lequel des métiers de cette terre. Seulement je te pose la question, est-ce que c'est ce que tu veux? Est-ce qu'une couverture sociale te rendrait heureuse? » Marquant une légère pause, Emma inspira pour se donner du courage. « Si oui, alors effectivement tu n'as pas besoin de moi et je suis d'accord: tu peux sortir, on a terminé. » Elle regretta immédiatement ce qu'elle venait de dire, songeant qu'elle allait bientôt voir une Harper à l'air malicieux rassembler ses affaires et sortir définitivement. Emma se sentait presque fébrile, convaincue mais effrayée à l'idée de ne pas être convaincante. C'était bien la dernière fois qu'elle pourrait argumenter pour aujourd'hui, elle le savait: ce devait faire partie d'une sorte d'algorithme. Si elle ne parvenait pas à la faire changer d'avis ne serait-ce qu'à une minuscule question de perception près, elle n'y parviendrait probablement jamais. « Ton choix, hum? Ce n'est pas tout à fait ce que tu avais mentionné dans le questionnaire d'orientation de l'année dernière. » Commença la rouquine, reprenant un sourire un peu plus confiant et bienveillant, comme si elle croyait à nouveau à ce qu'elle disait. « C'est là tout le problème, ce n'est pas ton choix, et ça n'est tellement pas ton choix que tu te persuades que ça l'est pour l'accepter. Tu penses qu'il n'y a pas d'autres solutions alors tu en as fait ta solution. C'est à ça que je suis supposée servir: te donner d'autres solutions; te faire admettre malgré toute l'énergie que tu mets à le nier que ce n'est pas ce que tu veux, que la décision ne vient pas de toi. Et tu le sais. »

Le silence qui persista quelques minutes par la suite rassura un peu la rouquine, comme si ce laps de temps faisait office de pause, de temps de répit. Elle en profita pour souffler assez subtilement pour ne pas communiquer sa gêne, se sentant terriblement crispée et mal à l'aise. C'était comme si à chaque fois que Harper ouvrait la bouche elle remettait en question tout ce que Emma venait de lui dire, et par là tout ce en quoi elle croyait. Il lui suffisait de croiser le regard si solide de la lycéenne pour avoir le sentiment que ce qu'Emma disait n'avait aucun sens, et que de toute façon c'était perdu d'avance. Pire encore, elle avait envisagé plus d'une fois que, finalement, Harper disait vrai quand elle affirmait choisir son avenir.
Et puis elle accepta. Pas de baisser les armes, pas d'accepter les propositions d'Emma, mais de les entendre, prétendument pour ne pas la contrarier. La rouquine aurait bien arguer qu'elle savait pertinemment que ce n'était pas sa principale motivation, mais elle ne risquait alors que de froisser la jeune fille pour une question, au fond, de fierté. Emma ne compromettait pas l'avenir d'étudiants par fierté -elle n'en avait pas assez pour ça, dieu merci pour eux. « Bien sûr; ça ne t'engage à rien, je te demande juste d'écouter. Tu choisiras ou non de considérer ces options, ça ne regardera plus que toi. » Affirma-t-elle alors. En vérité elle devait changer la totalité de son discours, maintenant. Son petit speech préparé avec attention n'était plus du tout d'actualité. « J'ai... une chose en tête. Une chose un peu... inhabituelle? Non conventionnelle, peut-être. Enfin, on n'y avait pas pensé, mais dans ces conditions... » Se dandinant légèrement sur sa chaise parce que nerveuse à l'idée d'énoncer l'un de ses seuls plans de réorientation à peu près pertinent à son sens, Emma reprit une inspiration. « Qu'est-ce que tu penses de... la prépa militaire, Haper? »
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MessageSujet: Re: 03. It's the moment of truth ; it's the moment to lie   Jeu 1 Mai - 21:11

Est-ce qu’une couverture sociale te rendrait heureuse ?
À cette question, Harper garda résolument la tête baissée, son menton venant presque toucher sa poitrine. Elle trouva soudain que la peinture écaillée de la chaise sur laquelle elle avait nonchalamment trouvé ses appuis méritait plus de considération ; c’est qu’elle avait dû en supporter des fessiers ingrats. Si bien qu’elle la couva d’un regard lointain, s’enfonçant profondément dans ses pensées. La réponse, aussi douloureuse fût-elle, Harper la connaissait et plus que tout, elle ne voulait pas la donner à la conseillère d’orientation de son lycée. Non, avoir une couverture sociale ne la rendrait pas heureuse. Ceux que ça rendrait véritablement heureux, c’était ses frères et sa mère. Bien que personne n’ait jamais manqué de rien à la maison, Harper se battant bec et ongles pour qu’ils s’en sortent convenablement, les soins médicaux restaient la chose la plus difficile à négocier pour l’aînée de la famille. Les Pritchard avaient la chance de ne pas tomber souvent malades. Ils avaient une santé solide et se montraient suffisamment prudents pour ne pas avoir besoin d’aller à l’hôpital pour de courtes ou de longues durées. Les petits rhumes de l’hiver étaient soignés grâce à des infusions de plantes et surtout grâce aux remèdes de la voisine d’à côté. Quant aux blessures plus graves, et bien, elles étaient évitées, il n’y avait que ça à faire. Mais le fait était qu’il y avait aussi Mariella et sa dépression. Harper avait conservé dans un meuble de sa salle de bain les flacons vides des médicaments dont elle avait eu besoin ces derniers mois. La sentence fut terrible. Elle avait dû en jeter plus de la moitié par manque de place. Une couverture sociale permettrait à sa fille de ne plus avoir à subtiliser tous les mois un ou deux flacons de lithium dans les artères reculées du dispensaire de l’hôpital St-Rita. Ça ne la rendrait probablement pas heureuse mais en attendant, ça lui enlèverait une épine du pied.
Cependant Harper ne pouvait pas expliquer tout ça à Emma. Elle savait pertinemment ce qui lui pendait au nez si elle l’ouvrait – le débarquement des services sociaux au pas de sa porte. La conseillère donnait l’impression d’être une jeune femme gentille et dévouée, elle était tellement douce aussi, il n’y avait qu’à la regarder s’exprimer. Sauf que face à des situations familiales aussi compliquées que celle des Pritchard, elle n’aurait pas d’autres solutions que d’agir en conséquence. C'est-à-dire, sans faire de sentiments. Harper le comprenait absolument, c’était pour cette raison qu’elle taisait ses difficultés avec autant d’habilité car elle voulait s’éviter d’être déçue dans l’éventualité d’une dénonciation venant de madame Schuester – n'importe qui mais pas elle.

Harper aurait pu prendre peur en entendant la conseillère lui réciter avec professionnalisme son petit discours puisqu’elle avait raison de bout en bout. Les décisions que prenait Harper ces derniers temps étaient dictées par le besoin et non par l’envie. Que deviendraient ses frères si elle réussissait à obtenir une bourse et qu’elle partait étudier ailleurs ? Est-ce qu’un miracle se produirait et que Mariella retrouverait sa raison à la veille de son entrée à l’université ? Harper avait cessé de croire aux miracles, elle n’était plus une enfant. Beaucoup de choses s’étaient passées pour qu’elle croie véritablement que quelqu’un tout là-haut tirait les ficelles. En effet, il y aurait de quoi se poser des questions. Comme : qu’est-ce que sa famille avait bien pu lui faire pour qu’il se montre aussi intransigeant avec eux ? Il était inutile d’attendre qu’un miracle se produise puisqu’ils n’existaient pas. La seule solution que Harper avait trouvée pour contrer l’attente, c’était d’accélérer le mouvement en décidant elle-même de son propre sort. Et même si ça faisait mal, elle avait une vue précise de son avenir désormais.
Néanmoins elle consentit à écouter Emma et en rétrospective, songea-t-elle, elle n’aurait pas dû. Dès que son ton bienveillant s’amenuisa dans la pièce entourée de moitié par des baies vitrées et que sa proposition se reforma dans son esprit, les petits cheveux sur la nuque de la jeune fille se dressèrent et ses narines frémirent. Son corps se raidit et très lentement, elle releva le menton pour affronter les yeux ronds comme des billes de la rousse installée en face d’elle. Harper la regarda fixement, regrettant après coup d’avoir cédé en se rasseyant. Un silence pesant s’installa entre elles et Harper, droite comme un piquet, ne desserra par les dents. Au contraire. Les muscles de ses mâchoires jouèrent, son visage se carra sous la pression puissante de ses dents qu’elle souda les unes aux autres. Elle avait deux solutions :
Soit, lui sauter dessus pour lui faire payer son affront et lui fourrer ses boutures de fleurs de cerisiers dans le nez. Soit, elle prenait le temps d’analyser ses propos et prenait suffisamment de recul pour ne pas en être offensée. Harper tacha de garder une expression neutre mais ses dents paraissaient si serrées que même ses tempes ondulèrent à côté de ses yeux devenus gris foncé.

« La prépa-militaire. » répéta-t-elle d’un ton monocorde « Vous me demandez à moi ce que je pense de la prépa-militaire ? » Le terme abattoir surgit devant le regard sombre de la blonde qui fronça enfin les sourcils avec fermeté. Son père était mort au front. Ce n’était pas une manière d’enjoliver la réalité car il avait véritablement courut pour échapper aux munitions du camp adverse, il avait touché des gens avec ses balles – il s’était défendu comme on le lui avait appris… lors de sa prépa-militaire. Harper baissa brusquement la tête, un sourire sans joie rehaussant ses pommettes rondes puis tout aussi brusquement, elle se cacha le visage avec ses deux mains. Pas pour pleurer, alors qu’elle en avait envie et que le flot salé remontant le long de sa gorge lui piquait comme de la moutarde extra-forte, mais pour éclater d’un rire atrocement aigu.

Harper s’arrêta de rire que lorsqu’elle manqua d’air et qu’elle dut reposer ses mains sur ses cuisses pour sentir la tiédeur de la pièce caresser son visage en feu. Ses yeux trouvèrent ceux d’Emma derechef et elle lui dit, la voix secouée de petits éclats de rire « Je suis loin d’avoir votre expérience, madame, mais si vous envisagez la reconversion, évitez le stand-up. Parce que si c’est une blague, elle est grave mauvaise ! » Sautant sur ses pieds, elle se leva pour opérer un demi-tour sur elle-même avant de se planter devant le bureau d’Emma. Une main posée sur son front moite, l’autre sur sa hanche, son sourire douloureux continuait de s’étendre sur son visage « J’y crois pas. Comment vous pouvez me proposer une chose pareille en ayant mon dossier sous les yeux ! » Sa voix cessa de prendre des accents railleurs. Elle était devenue grave, plus profonde que d’habitude et en un claquement de doigts, son sourire disparut. Chacun de ses traits s’affaissa et tandis qu’elle fit un pas en arrière, une nuance dans son ton fit chevroter sa voix qui se brisa quand elle tourna les talons et qu’elle se dirigea à reculons vers la porte de sortie tout en disant « Putain, je vous faisais confiance ! » Un doigt accusateur pointé dans la direction d’Emma, Harper continua de la regarder sans ciller mais la touche Pritchard n'y était plus. La blonde était décontenancée. Elle était touchée quelque part, là où personne n'avait jamais réussi à aller. Son sac resta aux pieds de sa chaise mais elle ne s’en affola pas. Elle secoua la tête et sa bouche se pinça fort pour ne laisser aucun son, aucune complainte s’en échapper. Harper ne pleurerait pas. Et bien avant qu’on lui en donne l’autorisation, elle pivota sur ses pieds et ouvrit la porte en grand – porte qu’elle reclaqua puissamment dans l’espoir de la briser mais rien ne se produisit. Si ce n’est qu’elle se mit à courir pour mettre le plus de distance entre elle et la personne qui lui avait fait perdre tous ses moyens.
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MessageSujet: Re: 03. It's the moment of truth ; it's the moment to lie   Dim 18 Mai - 17:46

Comment pouvait-on demander à une adolescente aux rêves brisés d'en construire de nouveaux sur les bases d'une famille dont la survie dépendait en partie de ses efforts? Emma n'était d'ailleurs consciente que de la partie émergée de l'iceberg. Elle savait que les rêves d'Harper avaient été brisés, ça oui; elle savait que les revenus familiaux ne lui permettaient pas d'envisager l'université si elle n'avait droit à aucune bourse, ça aussi. Elle se doutait en revanche moins de l'ampleur de l'ambiance pesante qui accablait chaque jour ses épaules en apparence si solides. Il y avait de quoi courber le dos. D'ailleurs, Harper baissa la tête à la remarque de la rouquine, ce qui la rassura et l'inquiéta dans le même temps; elle pensait que ce geste était la manifestation de la prise de conscience progressive de l'adolescente, mais elle ressentait également une sorte de culpabilité à l'idée de lui énoncer des choses qu'elle savait déjà mais qu'elle n'osait pas formuler. En vérité, Emma n'attendait pas vraiment de réponse; elle attendait simplement que Harper se pose la question -sauf qu'à y réfléchir, elle avait déjà dû se la poser des centaines de fois et arriver à la même conclusion: son bonheur devait passer après la sécurité de sa famille. C'était dans la logique de la pyramide des besoins de Maslow, c'était conforme au bon sens de tout un chacun. Mais ça encore une fois, la conseillère l'ignorait en partie. Alors définitivement, dans son optique, il était plus que compréhensible de la voir souhaiter se prendre en main en allant dans le sens de ce qu'on lui imposait. On lui dictait une direction, certes, mais c'était elle qui décidait de s'y engager d'un pas pressé et vif plutôt qu'en traînant les talons. Ainsi soit-il.

La tâche n'allait donc pas être aisée pour miss Pillsbury, qui commençait à sincèrement douter de ses capacités à la faire changer d'avis -puisque précisément, il n'était pas question que de son avis ou de ce qu'elle voulait réellement. Heureusement cependant, Harper accepta d'écouter ce qu'Emma avait à lui dire. C'est en cachant difficilement sa surprise que la rouquine essaya de lui exposer le plus clairement possible son point de vue, choisissant chacun de ses mots avec une attention exagérée dans le but d'éviter de ne la brusquer ou de ne lui faire sentir qu'elle ne la comprenait pas -ou mal. D'ailleurs, un temps, Emma eut du mal à soutenir son regard perçant, vif, écorché, qui semblait porter des images et souvenirs qui poussaient nécessairement la lycéenne à avoir une toute autre approche de la vie que celle que pouvait en avoir une conseillère d'orientation jouissant aujourd'hui d'une vie relativement stable et qui la comblait plus qu'elle n'avait jamais osé l'espérer. La mésinterprétation que Emma fit de la crispation de son interlocutrice la poussa à penser qu'elle prenait peu à peu conscience qu'envisager l'option de la prépa militaire n'était pas si absurde.

Et puis le silence. Devant l'expression exagérément neutre de Harper, la rouquine fronça presque imperceptiblement ses sourcils fins, ne pouvant s'empêcher de noter la soudaine visibilité des muscles de la mâchoire de la lycéenne. Peut-être était-ce simplement une affaire de temps; peut-être qu'elle prenait simplement conscience que toutes ses certitudes devaient être remises en question et que son monde entier allait être chamboulé par cette nouvelle perception qui la pousserait à repenser son avenir de fond en comble dans une réflexion qui s'avérerait d'autant plus douloureuse qu'elle relèverait d'un scepticisme qui pousserait une adolescente à peine affirmée à reconstruire la totalité d'une personnalité qu'elle cachait derrière un mur tapissé de ses secrets.

Le ton placide qu'employa la jeune fille au commencement de sa phrase fit légèrement reculer Emma, qui plaqua un peu plus sa colonne vertébrale contre le dossier en mousse de sa chaise rougeâtre. Malgré elle, ses jambes se crispèrent l'une contre l'autre sous la table alors qu'elle gardait ses mains croisées devant elle dans l'espoir qu'elles lui confèrent encore une once d'assurance. Malheureusement pour elle, même ses doigts entrelacés furent contraints de se rabattre sur la couture de sa jupe, juste au-dessus de ses genoux, en voyant le regard ombragé dont Harper la gratifiait. Fermant un instant les paupières, Emma pinça ses lèvres l'une contre l'autre en reprenant sa contenance plus que sa respiration, affrontant comme elle pouvait la détresse qu'elle venait de provoquer. Elle ne s'était pas attendue à un grand sourire et des acclamations, ah, ça, non. Il aurait été plus déconcertant encore que Harper témoigne un bonheur sans faille face à cette alternative à laquelle elle n'aurait vu que des avantages. Aussi fallait-il simplement que madame Schuester se rappelle -et continue de se convaincre- que c'était une bonne idée, le temps que Harper le réalise elle aussi. Malheureusement en attendant que ça arrive, le désaccord se manifesterait peut-être avec une vigueur plus intense qu'Emma ne pouvait le soutenir. Plus que des pleurs, plus que de la colère, ce furent sourire forcé et un rire acrimonieux qui glacèrent le sang de la conseillère, qui se tenait un peu plus droite au fur et à mesure qu'elle prenait connaissance de la réaction de miss Pritchard.

Incapable de parler, songeant que même si elle avait pu le faire ç'aurait été une mauvaise idée d'employer ce don, Emma resta impassible -autant qu'elle le pouvait- entendant les rires se calmer alors qu'elle retrouvait le regard de son interlocutrice, décidée à le soutenir malgré tout ce qu'il lui en coûtait. Harper devait faire office d'être responsable et de quasi-parent en terme de maturité chaque jour; il en allait du devoir de Emma de mettre de côté sa réserve naturelle pour pouvoir rester devant elle et affirmer haut et fort qu'elle se trompait peut-être. Qu'il fallait qu'elle envisage qu'elle puisse se tromper. Si elle n'avait pas su la regarder dans les yeux sans frémir, ç'aurait été la preuve qu'il n'y avait pas vraiment d'espoir -qu'elle-même n'y croyait pas. Or ce n'était pas le cas. « Tu penses sincèrement que c'est une blague? » Non, elle ne le pensait pas -parce qu'elle riait, précisément. Parce que son rire aigri ressemblait à celui d'une démente à qui l'on parlerait du bonheur que procurait la santé mentale. Quand Harper se leva, prétendument souriante, véritablement acerbe, Emma savait qu'elles approchaient du terme de leur conversation. De toute façon, Harper en avait déjà entendu plus qu'elle ne pouvait le tolérer et Emma aurait considéré comme contre-productif toute tentative de la forcer à changer d'avis. Moins elle l'incitait à le faire, plus il y avait de chance pour que l'intelligence de Harper suffisse à lui faire se poser les bonnes questions -et à trouver les bonnes réponses. Les tendances schizophréniques forcées se confirmèrent au moment où le sourire de la lycéenne s'effaça. Pas progressivement, pas dans un flou/fond noir cinématographique, mais plutôt en un éclair terrifiant.

Aussi le doigt qu'elle pointa vers Emma affola cette dernière. Elle tenta de n'en rien montrer, accusant ses mots comme un choc qui aurait dû être en théorie un peu moins douloureux. « Tu peux toujours me faire confiance, je t'assure! » Concédant qu'elle ne devait plus vraiment être convaincante, Emma était un peu trop chiffonnée, réalisant qu'elle n'avait eu que peu de fois le loisir de s'entendre dire qu'on lui accordait un quelconque crédit -a fortiori de la confiance. Or elle savait également que si cette dernière se gagnait en goûtes, elle se perdait en litres, et elle venait peut-être de ruiner celle que Harper avait en elle. Il restait à espérer que justement ce facteur lui permettrait de réellement envisager une option qui pour l'instant la répugnait au plus haut point. C'était comme une dernière carte abattue, une bouteille à la mer; il avait fallu une bonne dose de confiance à Emma pour oser formuler le tout à haute voix, et de fait elle n'avait maintenant plus de moyen d'influence -si tant est qu'elle n'en ait jamais eu- sur la lycéenne. Plus pour aujourd'hui en tout cas. « Je suis désolée Harper... mais on ne te laissera pas tomber. » Ne sachant vraiment dire si elle employait la forme impersonnelle pour invoquer le corps enseignant ou pour éviter de ne montrer une trop grande implication en son cas, la rouquine regarda Harper pivoter sur elle-même, et sursauta légèrement au claquement pourtant anticipé de la porte en verre. Heureusement elle ne se brisa pas, au contraire de la foi qu'on avait placée en elle. Peu importait qu'elle la déteste pour quelques temps encore: l'important était qu'elle ait pu changer quelque chose à l'issue du combat -et ça, elle ne le saurait qu'après la bataille.
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03. It's the moment of truth ; it's the moment to lie

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