Choriste du mois


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 03. Inks and needles

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MessageSujet: 03. Inks and needles   Dim 2 Fév - 14:55

Se promener le nez au vent, la musique dans les oreilles et sans avoir de destination précise avait son lot d’avantages mais aussi d’inconvénients. A cet instant précis, Seana ajouta une nouvelle chose sur la liste des inconvénients.

Et dire que tout avait pourtant si bien commencé. La journée avait débutée par un réveil en fanfare avec une musique entrainante pour se mettre dans l’ambiance d’une matinée rythmée. Evidemment, si tout cela n’avait tenu qu’à elle, la musique aurait fait vibrer les murs, mais les voisins auraient pu mal prendre le fait d’être réveillé ainsi à 8 heures du matin… Un samedi. C’était le problème de Seana ça : elle était incapable de rester dans son lit une fois qu’elle avait ouvert les yeux. Elle s’accrocha les cheveux en chignon et fila dans sa douche où une fois encore sans voisins, elle aurait poussé la chansonnette. Les murs étaient assez épais, mais elle n’avait pas envie de tenter au risque de se mettre en mauvais termes avec les autres habitants de l’immeuble. Du coup, depuis son arrivée à Lima, elle avait appris à maitriser l’art du play-back. Une fois la douche terminée, elle mit de l’eau sur le feu et retourna dans sa chambre pour choisir sa tenue. Un rapide coup d’œil à travers la fenêtre du salon lui fit comprendre que pour ne pas tenter le diable, il valait mieux miser sur quelque chose de chaud et confortable, sans pour autant ressembler à une mamie. Elle se dandina de gauche à droite pour rentrer dans son pantalon qui lui collait un peu trop à la peau à cause d’un séchage très primaire, et enfila un chemisier à manche longues. Un thé plus tard et elle était fin prête à partir en ballade. Le plan initial était de prendre la laisse et d’emmener Flea avec elle. Depuis qu’elle avait hérité de ce chien, Seana était persuadée qu’elle l’avait rendu empoté. Andrew devait promener son animal tous les jours alors qu’elle ne le promenait que lorsque le temps était propice, ce qui était loin d’être le cas aujourd’hui. En décidant de promener Flea, elle se condamnait à devoir la doucher plus tard et Seana n’était pas encore prête pour ça. Du coup, elle enfila des chaussures confortables et se mis en route, sans chien et sans vraiment savoir où aller. Peut-être finirait-elle au centre-ville, au parc, ou à la place Bellefontaine.

Elle avait commencé par traverser le parc, puis avait longé le vieux quartier et au bout d’un moment, elle avait fini sa promenade au centre-ville. Et l’inconvénient de ce genre de sortie arrivait maintenant : une pluie torrentielle l’accueillie chaleureusement et il ne semblait pas y avoir le moindre abri à vue de nez. Le pire venait du fait qu’encore deux minutes plus tôt, le ciel n’aurait jamais présagé ce temps : il était d’un gris maussade, mais l’air n’était pas humide. Et puis, ce n’était pas le genre de petite pluie que toutes les filles aux cheveux bouclés craignent de peur de voir apparaitre de petits frisottis. Non, là c’était la formule complète, mouillant tout le monde sur son passage, jusqu’aux os. Au loin, elle vit une galerie où elle pourrait trouver refuge. Traversant à petites foulées, elle finit à l’abri de la pluie et entortilla ses cheveux le plus fort possible pour les sécher du mieux qu’elle pouvait. Son pantalon était trempé et lui collait aux jambes et son chemisier ne faisait pas plus le fier. Heureusement qu’elle n’avait pas opté pour quelque chose de blanc ce matin. Mais que faire maintenant qu’elle était là ? Impossible de rentrer chez elle. Il fallait bien passer le temps en attendant que cette pluie daigne s’arrêter. Elle marcha en direction du café un peu plus loin, même si elle détestait ça, pour essayer de trouver un peu de chaleur. Elle était prête à payer pour un café qu’elle ne boirait pas juste pour pouvoir utiliser les toilettes et essayer de sécher ses vêtements un minimum, sans quoi elle était sur d’attraper un rhume.  N’étant pas pressée pour autant, elle prit le temps de regarder les magasins qui croisaient son chemin, et s’arrêta net quand elle vit une enseigne qu’elle ne s’attendait pas du tout à voir ici, à Lima.

Un salon de tatouage ? Seana fit le triste constat qu’en effet, elle ne sortait pas très souvent de chez elle à part pour aller travailler dans le quartier dans lequel elle habitait. Elle allait au centre-ville quand elle n’avait vraiment pas d’autre choix, pour faire ses courses ou aller au studio de danse. Mais ces deux destinations faisaient parties d’un trajet méticuleusement réfléchi qui ne lui laissait aucun moment pour flâner de ce côté de la ville. Généralement avant la danse, elle était bien trop pressée pour s’arrêter et admirer le paysage, et après la danse elle n’avait qu’une envie : rentrer puis se mettre en pyjama. C’était comme si quelqu’un là-haut, Andrew peut-être, avait forcé cette pluie pour la pousser à trainer au centre-ville et apprendre à mieux connaitre cette ville dans laquelle elle vivait. Mais de là à trouver un salon de tatouage ? Non. Qui aurait l’idée de s’installer ici avec un commerce si extravagant dans une ville si… Ordinaire. Elle regarda la devanture, et se rendit vite compte que sans le signe lumineux, rien ne pouvait laisser voir que ce salon était l’endroit où Seana pourrait passer le restant de ses jours si seulement elle n’avait pas si peur des aiguilles. La vitrine trahissait les activités du magasin, mais à bien y réfléchir, Seana était passé devant ce salon au moins une fois cette semaine sans y prêter la poindre attention. Il n’y avait pas de doute sur le fait qu’elle aurait été en retard au cours de danse si elle avait vu cet endroit. Elle tourna le dos au magasin, et vit que la pluie n’avait pas la moindre intention de s’arrêter ou ralentir un peu, et décida que puisqu’elle était bloquée ici, autant en profiter.

Elle poussa la porte d’entrée du salon et arriva dans une pièce qui dégorgeait totalement avec la façade toute jolie et sage de l’extérieur. L’intérieur était joli aussi mais avec son propre style. Les murs étaient recouverts de guitares  et peints en rose, laissant penser que le salon appartenait à une fille. Il y avait aussi un gros canapé qui avait l’air si accueillant et confortable au milieu de la pièce. Une musique forte résonnait entre les murs, mais le volume n’était pas au maximum et Seana appréciait vraiment cela. L’apparence de la boutique n’était pas comme celle des hôpitaux, recouvert de blanc et sentant le désinfectant à plein nez, mais la propreté ne laissait pas à désirer. Seana se dirigea vers un mur recouvert de dessins, de tatouages, et fut stupéfaite de voir la qualité du travail du tatoueur. Elle sentait ses cheveux dégouliner dans son dos, et les fit basculer sur l’avant par-dessus son épaule droite. Elle se retourna pour voir un autre bout du mur et manqua de faire une crise cardiaque lorsqu’elle se retrouva nez-à-nez avec une jeune femme brune, et qui semblait littéralement être recouverte de tatouage. Comment avait-elle pu arriver si doucement sans se faire entendre ? Seana plaça une main sur son cœur pour jauger son rythme cardiaque et laissa échapper un long soupir. « Oh wow ! Vous m’avez fait peur ! » Elle entortilla ses doigts dans ses cheveux comme si on venait de la prendre en train de voler des bonbons chez un boulanger, et pourtant, elle n’avait rien fait de mal. La personne qui se tenait devant elle était surement la propriétaire du salon.
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MessageSujet: Re: 03. Inks and needles   Dim 2 Fév - 22:28

"Mais ils se foutent de ma gueule, c'est pas possible." Le cahier était grand ouvert sur le bureau faussement baroque de Dulce. Porte à moitié fermée, assez pour se sentir seule dans son bureau, au fond du salon de tatouage. Assez pour entendre encore les conversations de ses collègues et amis, des clients, et écouter les baffles qui diffusaient des tubes rock et lui tiraient parfois quelques notes. La magie d'une porte laquée à la bombe dorée. Mais, assise à son bureau, ses cheveux jais ramassés maladroitement en un chignon plus pratique qu'esthétique, Dulce pestait devant son carnet de comptes. Elle n'avait toujours pas reçu les virements des sponsors qui s'étaient pourtant répandus en promesses. Fallait dire qu'elle pouvait impressionner, Dulce Haussteiger. Un mètre soixante-dix-huit de caractère, de rires rauques et de tatouages. Souvent hissée sur des talons démesurés ou des plateformes étonnantes, Dulce avait su jouer des coudes pour se faire une place dans un monde d'hommes. Ses parents seraient bien étonnés de voir leur fille, escarpins aux pieds, en train de s'arracher les cheveux devant le livre des comptes qu'elle tenait depuis l'ouverture de son salon. Qui avait dit qu'être auto-entrepreneur était une partie de plaisir ? Foutage de gueule. Le magasin avait du succès. Elle n'avait pas vraiment de concurrence dans le secteur, et son look atypique jouait sans doute aussi son rôle. Faire parler de Dulce. En bien. En mal. Elle s'en foutait un peu, on parlait d'elle. Et puis, ça attisait la curiosité des passants, se baladant de lèvres en lèvres, alimentant les on-dit. Et les gens avaient commencé à venir.

Le stylo noir quitta les pages blanches du carnet. Dulce referma le livre à la couverture noire. Elle se prendrait la tête ce soir. Là ses doigts la démangeaient. Depuis l'ouverture de salon, elle n'avait touché de dermographe que trop rarement ces temps-ci. Et le vrombissement de l'aiguille, l'encre sous l'épiderme, l'odeur des produits nettoyants, tout ça lui manquaient. Finalement, elle était avant tout tatoueuse, pas chef d'entreprise. Dessiner, calquer, reproduire, travailler les ombres et les couleurs, les courbes des lignes et des corps, c'était l'essence même de son métier, et surement pas aligner des chiffres pour s'assurer de payer l'électricité. Les mains qui pressaient ses tempes douloureuses, entièrement tatouées, lui rappelaient où était sa place. La jeune femme soupira, décroisant les jambes qu'elle avait habillé d'un legging en cuir noir. Elle avait beau aimer son bureau, les tableaux qui y étaient accrochés ou qui gisaient contre un coin du mur, les bougies ostensiblement gothiques et les murs bordeaux, elle regrettait l'ambiance de son salon. La tatoueuse se propulsa sur ses talons hauts, ouvrant à la volée la porte de son bureau, et admira son royaume. Un client était en train de se faire tatouer un tribal par une de ses collaboratrices, tandis qu'un autre, au centre du bureau circulaire, prenait un rendez-vous par téléphone. Tout était d'un calme impérieux, rompu à peine par les enceintes qui diffusaient ses titres préférés. Une femme se tenait vers un des murs du salon, regardant les meilleurs dessins et tatouages qu'ils avaient réalisés, elle et son équipe. Dessins d'inspiration asiatique, fées, portraits en couleur ou noir et blanc, elle avait tenu à faire encadrer leurs meilleurs réalisations. Par fierté. Et puis, c'était sans doute le meilleur book que l'on puisse proposer aux clients qui venaient ... se sécher ? La demoiselle avait les cheveux dégoulinant, et Dulce se rendit soudain compte qu'il pleuvait des trombes d'eau dehors. Elle grogna, pestant contre l'isolement de son bureau qui le coupait décidément trop du monde réel.

Dulce décida de s'approcher de la jeune femme qui observait toujours les différents dessins du mur. Ses collaborateurs travaillaient tous, l'assistant nettoyait les dermographes et rangeait les pigments. Elle fut donc ravi de changer de décors et de retrouver le contact avec les clients. C'était finalement un peu ça son boulot. Lui tournant le dos, Dulce pouvait détailler la tenue adéquate de la jeune femme. Humide, et pas du tout dans le style des gens qui venaient se renseigner ici. Venait-elle se faire tatouer ? La jeune tatoueuse leva les yeux au ciel. Encore une fille qui s'était laissée tenter par les sirènes de la mode. Les tatouages étaient devenus une mode, plus seulement portés par les rockeurs ou les gangs, mais aussi par la mère de famille. Et l'adolescente en quête de nouveauté, et d'un truc à montrer à ses copines. Sans doute une plume avec un prénom. Ou une étoile. A moins que ce soit un insecte, papillon, coccinelle peut être. Un truc bien relou. Mais les clients étaient rois, elle la faisaient accessoirement vivre. "En avant ma vieille, c'est à toi de jouer." Mais elle n'eut pas à interpeller ladite demoiselle. Elle venait de se retourner, sans doute pour regarder la suite des photos affichées sur un mur adjacent. Et de sursauter. "Bon ok, j'ai une sale tronche à être enfermée dans le bureau, mais quand même !" pensa Dulce. Keep calm and eat a cookie.

La réaction de la jeune femme en face de la tatoueuse lui tira un sourire, après quelques étonnements. Elle ne s'était pas trompé. Elle se trompait rarement. Attitude, cheveux qui s’emmêlaient autour du doigt, look soigné, Dulce se demandait bien ce qu'elle faisait là. Mais bon, elle pouvait la surprendre. Le sourire se transforma en un rire rauque, profond, et bref. Quelques instants rocailleux. Merci les gènes allemands de papa. Et la cigarette.

"Ouais, j'ai cru voir ça. Je vois que tu regardes les réalisations de nos tatoueurs, ils sont chouettes hein ?"

Sourire non feint. C'était tellement bon de retrouver un contact avec des gens, des vrais gens, et pas des lignes de chiffres noircissant les pages d'un carnet en cuir.

"Je peux t'aider ?"

Regard glissé sur les mèches qui s'égouttaient sur le sol. Entre les flaques qui naissaient des vêtements des clients et la boues qui s'étalaient sous leurs talons, son assistant allait détester les jours de pluie.

"Une serviette peut être ? Il fait chaud ici, mais tu risques d'attraper la crève si tu ressors."

La tatoueuse n'avait jamais appris le sens de la communication, et de s'était jamais départie de sa rudesse dans le langage. Maman Dulce faisant preuve de bon sens. Armée d'un top qui laissait entrevoir une épaule tatouée, d'un pantalon en cuir et d'une paire d'escarpins noirs et ouverts. Crédible quand on donne des conseils météorologiques en plein hiver. Heureux soit l'inventeur du chauffage centrale.
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MessageSujet: Re: 03. Inks and needles   Jeu 6 Fév - 21:47

Maintenant que sa mini crise cardiaque était passée, Seana se rendit compte de quelque chose de flagrant. La tatoueuse tatouée était… Immense ! Ses talons et son legging lui faisaient des jambes interminables qui semblaient faire plus de la moitié du corps de Seana. Non sérieusement, Seana et ses chaussures plates faisaient très adolescentes à côté d’elle. Et puis, elle avait une voix bien plus grave que ce à quoi elle se serait imaginée si seulement elle avait eu le temps d’intégrer ce qu’il se passait. Elle devait faire tache dans ce décor si travaillé et Rock n’Roll avec son petit chemisier rose trempé, ses cheveux dégoulinants et sa taille de naine. D’un autre côté, elle ne contrôlait pas le temps et si elle avait su qu’une averse se serait jetée sur elle, elle n’aurait pas hésité un instant et serait resté chez elle, un chocolat chaud et un tas de DVD pour passer le temps. Après le choc d’avoir vu la tatoueuse se matérialiser derrière elle, Seana se rendit compte qu’elle lui avait posé une question. Elle ne pouvait nier le talent des tatoueurs présents dans ce salon. Il faut dire qu’au niveau graphisme, elle avait le niveau d’un enfant de maternelle, dessinant encore les bonhommes en faisant un gros rond et quatre traits représentants les bras et les jambes, avec un tout petit cercle au-dessus pour faire la tête. Ils avaient des cheveux s’ils étaient chanceux et que Seana y pensait. Ah, et lorsqu’elle dessinait des soleils, ils étaient généralement dans le coin d’une feuille et depuis peu, elle avait arrêté de leur faire des lunettes. Pourquoi leur en mettre pour les protéger des rayons UV alors que ces mêmes rayons émanaient d’eux ? Enfin bref. Elle hocha la tête et se retourna vers le mur en pointant un dessin en particulier qui lui avait en quelque sorte taper dans l’œil auparavant. « Celui-là est celui que je préfère de tout le mur. Il a l’air tellement complexe et je sais pas comment est fait cet effet, mais on dirait qu’il est presque en 3D. » Elle n’avait pas l’intention d’écrire un poème à propos de ce tatouage, mais sérieusement, les couleurs, les tracés et les motifs étaient exceptionnels.

Mais alors qu’elle commençait à être un peu moins impressionnée par cette grue qui se tenait toujours devant elle, voilà qu’elle lui posa une question à laquelle Seana ne savait pas comment répondre… Oui, elle pouvait l’aider car Seana voulait un tatouage, un vrai qui ne pars pas avec de l’alcool, et elle le voulait unique. Elle n’était pas du genre à croire qu’un tatouage ne se faisait que lorsqu’on avait un raisonnement de scientifique qui l’expliquait et pensait plutôt que si quelqu’un voulait un tatouage, il fallait qu’il prenne son courage à deux mains et prenne un rendez-vous. Elle voulait quelque chose d’unique, que personne d’autre n’aurait, qui ne prenne pas trop de place et qui soit facilement camouflable. Mais d’un autre côté, non, elle ne pouvait pas l’aider. Une phobie ne partait pas en un jour, même avec la meilleure volonté du monde. « Je sais pas. Je veux un tatouage, mais je ne sais pas quoi, ni où le faire. » C’était un demi-mensonge car même si celle qu’elle prenait pour la gérante pouvait l’aider, elle ne passerait jamais le cap de s’allonger sur une table et attendre de se faire percer la peau un milliard de fois. Au moins. Rien que d’y penser lui fit parcourir un frisson tout le long de sa colonne vertébrale et elle sentit les cheveux au plus bas de son crâne se hérisser. Le frisson ne sembla pas paraitre inaperçu, mais Seana se rattrapa majestueusement. Elle souffla dans ses mains regardant la jeune femme devant elle avant de lui répondre à la question qu’elle avait jusqu’alors complètement oublié. « Une serviette. Euh, oui si c’est pas trop vous demander. Je ne compte pas ressortir de sitôt par contre. » Elle regarda dehors par la vitrine et la pluie ne semblait pas vouloir s’arrêter. Si c’était Andrew qui en était responsable, il fallait qu’il arrête de suite puisque non : elle ne ressortirait pas de là tatouée. Cependant, pour ne pas avoir l’air d’être là dans le seul but de se réchauffer elle se dépêcha de clarifier la situation. « Pas que je veuille profiter de la chaleur gratuite ou quoi que ce soit, quoiqu’en y réfléchissant bien ça ne peut pas me tuer mais bref, j’aimerai vraiment voir d’autre photos si vous en avez. » Et voilà qu’elle recommençait à entortiller ses cheveux (encore trop humide pour boucler heureusement) sur le bout de ses doigts. Elle lâcha sa mèche et la poussa derrière son épaule pour l’oublier et la laisser tranquille. « Je pourrais peut-être trouver quelque chose qui me plait par ci, par la et tout assembler pour faire quelque chose de pas trop mal au final. » C’était un argument comme un autre, et qui tenait la route en plus.

Puis elle pensa à autre chose de totalement différent : ce serait la honte totale si toutefois la brune en face d’elle la mettait à la porte en lui demandant d’arrêter de la prendre pour une idiote et de revenir avec une autorisation parentale. Seana semblait jeune et ses tics capillaires n’aidaient surement pas à la murir davantage mais elle croisa les doigts pour que cela n’arrive pas. Elle avait dû montrer sa carte d’identité une fois à Boston pour rentrer dans une boite de nuit qu’Andrew voulait absolument essayé, et elle avait eu envie de frapper le vigile en plein visage lorsqu’il l’avait gentiment mis sur le côté. Évidemment, déjà qu’elle ne tenait presque pas en équilibre sur ses talons (qu’elle avait choisi bien plus hauts pour l’occasion), elle s’était juste contenté de sortir son portefeuille pour prouver son âge et d’ensuite suivre Andrew (qui avait du mal à respirer tant il riait). « Je me doute que c’est pas la procédure habituelle. Normalement les gens viennent avec une idée précise en tête, n’est-ce pas ? » Elle croisa le regard de la jeune femme une nouvelle fois et pointa son propre visage à hauteur des yeux. « Ils sont vrais, ou c’est juste du maquillage ? » Cette question lui brulait la langue depuis qu’elle l’avait vu. Elle qui avait peur de se faire planter même dans la partie la plus charnue de son corps pour adoucir la douleur ne pouvait envisager de se faire tatouer le visage. Surtout si près des yeux. Et puis, c’était totalement incompatible avec son désir de quelque chose de facilement dissimulable.
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MessageSujet: Re: 03. Inks and needles   Lun 10 Fév - 18:33

Il faisait un vrai temps de chien dehors. Dulce pouvait entendre d'ici la pluie tambouriner contre la toiture métallique du salon de tatouage. Mais elle aimait ce bruit. Elle aimait la pluie. L'odeur qui se dégageait, unique, des jours de pluie. L'herbe mouillée. Le goudron détrempé. Les feuilles ployants sous les gouttes d'eau. Il pleuvait rarement en Argentine. Et si la jeune tatoueuse aimait le Soleil, les rayons qui chauffaient son visage, elle préférait la pluie, son odeur et ses bruits. Mais Dulce était une fille aussi. Elle avait des cheveux longs, et savait comme les séchait était un enfer. Même si, de l'extérieur, à Lima, l'enfer était sans doute ses tenues moulantes et ses chaussures cloutées. Et à plus forte raison ses tatouages colorés et vraiment pas cachés. Elle prit de pitié cette jeune femme -quelle âge devait-elle bien avoir?- trempée jusqu'aux os, indécise. Et carrément peu à sa place dans un salon de tatouage. Mais Dulce avait du temps à tuer, littéralement sinon c'est le comptable qu'elle allait décapiter avec les dents, et cette jeune femme était un bon moyen de s'amuser un peu. Sans crier gare, la jeune tatoueuse hurla de sa voix rauque :

"Jack ! Apporte moi une bière. Et un..."

Dulce pointa son regard noir sur la jeune femme. Que pouvait-elle bien boire ? Thé ? Café ? Surement pas une vodka ou un rhum. Pourtant, quand il pleuvait, un verre d'alcool ça réchauffe. Dulce ne le savait que trop bien. Combien de fois s'était-elle retrouvée sur son balcon, un verre de rouge à la main, une clope au coin des lèvres, et le regard vide tourné vers une Lima sous grisaille.

"Tu bois quoi ? Le temps ne semble pas se calmer, je crois qu'on a du temps devant nous pour parler."

D'un geste du bras, ridicule selon elle, on aurait pu se croire dans un manoir du XVII ème siècle dans une Angleterre profonde et humide, elle montra les sièges un peu à l'écart des postes de tatouages. Deux fauteuils imitation Louis XVIème, une table en plastique blanc, sur lequel était déjà posé une bière froide. Jack avait toujours été d'une rapidité incroyable. S'asseyant sur l'un des sièges, Dulce s'empara de trois classeurs souples contenant une centaines de feuillets plastiques pleins de dessins et photos des tatouages réalisés dans le salon. Le claquement des classeurs sur le table faisait toujours sourire la tatoueuse. Les affaires sérieuses commençaient.

"Pourquoi voudrais tu te faire tatouer ?"

Au moins, la question était claire. Mais Dulce voulait être certaine de tout saisir avant de se lancer dans quelque chose. Elle voyait mal la jeune femme devant elle vouloir se faire tatouer. Et préférait qu'elle ne reparte sans encre sous la peau plutôt que de regretter un tatouage pendant le restant de sa vie. Dulce était une artiste qui ne faisait pas dans l'éphémère. Jamais. Se faire tatouer, c'était définitif, la plupart du temps. Et en général pour de bonnes raisons. Un décès, une naissance, une réussite, une épreuve, un sentiment. Même si Dulce était mal placée pour porter un jugement sur quelqu'un. Elle en avait trop souvent souffert. Mais elle avait surtout fait ses premiers tatouages sur un coup de tête. La tatoueuse avait de la chance, la chance d'avoir toujours eu du goût. Personnel, très personnel les goûts. Mais jamais elle ne s'était faite tatouer une fée dans le dos. Que Dieu l'en préserve. Regard onyx, foudroyant et directe.

"Je vais être franche, tu n'as pas le physique de nos clients habituels. Et je me demande même si tu es majeure. Mais je m'en fout. Parce que ce qui m'intéresse là, tout de suite, c'est pourquoi tu es entrée ici. Je m'en tape que tu repartes d'ici avec ou sans tatouage. Mais je veux comprendre ce qui te motive."

Un sourire se dessine enfin sur les lèvres rosées de Dulce. Elle ne voulait pas paraître trop brutale. Sauf quand c'était un garçon qui le lui demandait. La jeune femme en face d'elle semblait fragile. Et la tatoueuse n'était pas la plus diplomate du monde, loin s'en fallait. Elle croisa ses jambes, pencha son buste vers la jeune femme. Un doigt terriblement pâle désigna les étoiles que Dulce avait sur la tempe gauche.

"Oui ce sont des tatouages. Oui ça fait mal. Je préfère ne pas te mentir. Ce n'est pas mon boulot. Certains tatoueurs -reniflement de dédain- te diront qu'on s'habitue à la douleur. C'est vrai, moins de cinq minutes après on ne sent plus rien. Le corps est putain de bien foutu. Mais on ne s'habitue jamais à un tatouage que l'on n'aime pas. Je préfère tout te dire avant que tu te lances. Tu as l'air gentille, tu es belle comme tout, et je ne veux pas que tu regrettes un dessin que j'aurai fait."

Dulce n'avait pourtant jamais été très loquace. S'exprimant volontiers avec plus de grognement que de paroles. Mais la jeune femme l'intriguait. Et puis, si elle venait juste se faire sécher, pourquoi pas. Il n'y avait pas trop de monde, il pleuvait vraiment un torrent dehors, et Dulce n'avait vraiment aucune envie de retourner voir son carnet de compte. Elle s'enfonça dans le dossier du fauteuil, goûtant avec plaisir le confort de ces imitations à bas coût mais carrément d'enfer. La joie d'avoir des goûts de luxe. Si ça ne tenait qu'à elle, Wagner serait déjà en train d'hurler dans les enceintes. Mémo personnel, changer les disques de la sono, et mettre un peu de classique allemand. Big up daddy.
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MessageSujet: Re: 03. Inks and needles   Lun 17 Fév - 18:48

Elle sentait déjà qu’elle se réchauffait même si ses vêtements lui collaient encore un peu à la peau. Elle était repartit dans la contemplation des tatouages recouvrant le mur lorsque la tatoueuse se fit entendre de nouveau. De manière assez bruyante d’ailleurs. Une fois encore Seana sursauta hors de sa peau mais résista l’envie de se placer une main sur le cœur. A cette allure, elle finirait par faire une crise cardiaque. La tatoueuse lui demanda ce qu’elle voulait boire, et Seana se rendit compte qu’il n’y avait aucune chance que son léger sursaut soit passé inaperçu. Un coca ? Non, il commençait à peine à avoir chaud, elle n’allait pas ruiner tout cela par une boisson froide. Ce qui excluait aussi la bière, si toutefois la bière avait été un choix possible. Un café, certainement pas, elle demanda donc un thé. En fait, elle ne faisait rien qui pourrait la murir aux yeux de la tatoueuse. Elle ne buvait pas d’alcool, et pas de café. Elle suivit la jeune femme sur les deux canapés qui se trouvait au milieu du salon où une bière les attendait. Seana n’avait pas vu le fameux Jack mais savait que la bière n’était pas la quand elle était entré dans le salon. Puis, elle dut expliquer pourquoi elle voulait se faire tatouer. Question difficile à répondre sachant qu’un tatouage ne faisait pas vraiment partie de ses plans futurs. Elle était trop sensible pour ça. Mais elle ne pouvait pas le dire à haute voix. Heureusement, quelqu’un –surement le fameux Jack– apporta son thé et elle fit semblant de réfléchir à la question en touillant sa boisson et en souffrant dessus. Puis la tatoueuse expliqua sa question.

Elle leva les yeux au ciel lorsque son âge fut évoqué mais ne fit aucune remarque avant la fin de la phrase de la brune. Déjà, je peux te sortir mon permis de conduire pour te prouver mon âge. Elle attendit un instant, mais ne voyant aucune réaction venant de la tatoueuse, Seana se rendit compte qu’elle était prête à la croire sur parole. Ensuite, ce qui me motive… J’aime les tatouages et j’ai pas vraiment de raison qui me pousse dans la direction de franchir le cap. C’est peut-être ça qui m’empêche de prendre rendez-vous. Elle prit une gorgée de son thé et grimaça légèrement lorsque le liquide chaud lui brula la langue. Impossible de recracher dans son verre, alors elle se força à ingurgiter le liquide, brulant chaque organe croisant son passage. Elle se racla la gorge et reprit la parole, comme si elle devait se justifier. J’ai peur de faire quelque chose et de m’en lasser au bout d’un an. Un tatouage, y a rien de plus permanent. Même si maintenant, un tatouage raté ou mal assumé pouvait se faire retirer par laser, Seana ne voyait pas l’intérêt de souffrir une première fois en se faisant tatouer, et une seconde fois pour se le faire retirer. Malgré le sourire que lui lança la tatoueuse qui avait surement pour but de la mettre à l’aise, Seana ne put s’empêcher de se sentir comme lors d’un interrogatoire. Non pas qu’elle ait beaucoup d’expérience pour faire la comparaison.

Elle grimaça de nouveau lorsqu’elle apprit que les étoiles étaient de vrais tatouages, puis elle écarquilla les yeux. Jamais elle ne survivrait à cinq minutes de douleur intense pour un tatouage. Seana se connaissait trop bien. Elle aurait le courage de rester allongée et immobile le temps qu’il faudrait pour stériliser tout le matériel nécessaire, et lorsque l’aiguille percerait sa peau, elle serait déjà en larme en train de supplier d’arrêter. Et elle rentrerait chez elle avec un nouveau grain de beauté, point où l’aiguille chargée d’encre serait entré en contact avec sa peau. Il faut avoir drôlement confiance pour ce genre de tatouage. Imagines que le tatoueur te rate ou fasse quelque chose de complètement différent. Attends… Nouvelle grimace. Dis-moi au moins que tu ne te les ais pas fait toute seule ? Leur conversation ressemblait de moins en moins à celle qu’un client et un tatoueur pourrait avoir, mais plutôt à deux copines qui essayent de rattraper le temps après s’être perdu de vue depuis un long moment. Seana se relaxa un peu, attrapa un des classeurs qui se trouvaient devant elle et imita la position qu’avait la jeune femme en face d’elle.

Elle feuilleta les pages en silence puis sans enlever son regard de la page, puis elle reprit la parole. Je pense que je veux un tatouage écrit. Pas de dessin. Soit une date écrite en chiffre romain, oui je sais c’est banal, soit une phrase écrite en hébreu. Mais là encore il faut avoir une confiance aveugle en son tatoueur. Elle releva la tête pour croiser le regard de la propriétaire du salon. Imagine je demande de me faire tatouer un truc super philosophique et je me retrouve avec le mot « laitue ». J’aurais aucun moyen de vérifier puisque je connais pas l’alphabet hébreu. Après c’est sûr, elle pourrait toujours se rabattre sur quelque chose d’écrit en français (et approuvé par sa sœur) ou en anglais et ainsi, il n’y aurait pas de problème de traduction. Mais elle aimait le coté mystérieux d’un tatouage que personne ne pourrait comprendre. Pareil pour la date en chiffre romain. Personne ne saurait à quoi elle correspondrait. Dès qu’elle avait évoqué l’idée à haute voix un instant plus tôt, elle avait pensé à Andrew. Se faire tatouer sa date de naissance serait inutile, sa date de mort serait un peu trop glauque. Elle voulait quelque chose qui lui rappellerait de bons souvenirs à chaque fois qu’elle le verrait.
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MessageSujet: Re: 03. Inks and needles   Sam 22 Fév - 17:49

Rire. Rauque. Dulce aimait de plus en plus la jeune femme qui était en face d'elle. Bien sûr, elles devaient être à des années lumière de l'une de l'autre. Et pourtant, quelque chose disait à Dulce qu'elle devait se tromper quelque part. Le look sage, les boucles caramel, le regard enfantin, la jeune femme devait cacher un dark-side sacrément sympa. A la tatoueuse de mettre le doigt dessus. Et elles avaient du temps. La pluie battait les vitres du salon à un rythme effréné. Les passants couraient devant la vitrine, essayant vainement de s'échapper au crachin qui allait défriser les permanentes des quarantenaires. Ce qui tira un sourire moqueur à la jeune femme tatouée qui s'était retourner pour regarder passer une charmante jeune femme engueulant son mari parce qu'il n'allait pas assez vite, croulant sous les paquets qu'elle lui avait fait acheter. Bitch. C'est en se retournant que Dulce eu une idée pour dédramatiser la situation avec la rescapée pluviale qui lui faisait face. Opération Ink'in your face, babe.

D'un bond, elle se releva, perchée sur ses douze centimètres de talons noirs, saisissant la main froide de la fille d'en face. The girl next door. Impérieuse, elle la fit s'asseoir sur une chaise. "Prépare toi au spectacle baby girl." Un homme, blond, dans la trentaine, tatoué sur le bras droit, retira son t-shirt blanc pour dévoiler un torse carrément parfait. Les joies du métier. L'homme s'allongea sur le siège qui bascula légèrement en arrière tandis que Dulce s'empara du dermographe qui vibrait déjà dans sa main. Clin d’œil à l'intention de la réfugiée des eaux. La tatoueuse se demanda si une lettre au président pourrait le convaincre d'accueillir non seulement les rescapés climatiques dus à une hypothétique montée des eaux mais aussi ceux, trempés, à cause du réchauffement climatique et des donc des précipitations plus nombreuses. Mais elle avait du travail avant d'écrire cette lettre qu'il ne lirait sans doute pas.

"Le monsieur en face de toi s'appelle Tony. Dis bonjour Tony. Merci. Ce monsieur il y a trois ans était sans doute aussi gringalet que toi. Ancien obèse, il a décidé de faire un régime draconien. Et maintenant, c'est un vrai canon, n'est-ce pas. Son premier tatouage sur le bras était un souvenir de son parcours. Et là il veut se faire tatouer une date à l'intérieur de l'autre bras. L'année de son régime, et celle d'aujourd'hui."

Sourire conquis. Un brin sadique. Dulce regardait l'aiguille et commença à tatouer la date. X. Grimace sur le visage de Tony. III. Les sourcils se froncèrent sur celui de Dulce. MM. Le visage de Tony se détendit, même s'il restait un peu livide. La douleur semblait s'être envolée. Quatre minutes et vingh-sept secondes indiquait l'horloge murale. Dulce gagnait toujours ses paris. La seconde date semblait bien plus aisée à marquer. La peau s'était détendue, le client aussi, et l'encre laissait sa marque sur le derme halé de Tony. Quelques effets d'ombras, repasser sur les lignes, griser, blanchir avec une nouvelle encre, un nouvel embout. Et la date était parfaite. Comme à son habitude. Dulce replaça une mèche rebelle dans son chignon plus pratique qu'esthétique et releva sa tête du canevas dermique du skateur. Il semblait ravi, et le reflet qui lui renvoyait le miroir que la tatoueuse lui tendit semblait lui plaire. Encore une victoire pour canard Dulce. Elle avait eu des ratés, comme tous. Plus jeune. Puis trop confiante. Puis trop bourrée. Mais aujourd'hui elle avait pris conscience de l'impact que les tatouages avaient sur la vie des gens qui se faisaient marquer. Parfois certains clients repartaient sceptique. Mais Dulce savait que son boulot était bien réalisé. C'était l'idée parfois idéalisée et donc irréalisable qu'avaient les clients qui les décevait.

Le siège sur roulettes de Dulce se tourna vers Seana tandis que l'homme remettait -mais pourquoi ?- son t-shirt blanc et irrésistiblement moulant. Dieu avait un cœur. Elle ne savait pas si la jeune femme était rassurée, ou complètement paniquée. Pourtant elle n'avait pas utilisé les plus grosses aiguilles, celles pour les peaux dures comme celles du dos ou des cuisses. Péridurale à encre. Mémo perso n°2 : ne jamais avoir de gosses. Ils pleurent. Ils vomissent. Et tu dois accoucher. Damn. "Alors, tu es rassurée ? Je me suis faite mes étoiles moi-même, et même pas déchirée. Et Tony n'a pas eu mal. Tu vois, ce n'est pas si terrible que ça." Sourire, confiant cette fois-ci. Dulce n'était pas certaine que Seana reparte avec un tatouage aujourd'hui, mais elle avait réussi à faire découvrir son monde à une personne de plus. C'est à ce moment que The great gig in the sky des Pink Floyd se fit entendre dans les enceintes.

Transe. Incontrôlable. Dulce se leva, perchée d'une douzaine de centimètres, et se dandina sur le son complètement extatique qu'elle entendait. Voix rauque sur celle presque lyrique de la chanteuse. Et un dermographe à la main en guise de micro. Absolutely perfect.
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MessageSujet: Re: 03. Inks and needles   Dim 2 Mar - 21:17

Pour une fois, Seana ne sursauta pas face à l’élan d’impulsivité de la tatoueuse. Elle commençait à s’y faire et elle était sûre que son cœur ne tiendrait pas face à une nouvelle fausse crise cardiaque. Elle se laissa entrainer sur une autre chaise un peu plus loin, et retomba lourdement sur celle-ci. Un jeune homme sorti de nulle part et visiblement ni frileux ni pudique commença à se déshabiller devant elle, avant de s’allonger sur le siège qui devait être celui où les massacre avait lieu. Seana ne détourna pas le regard, puisque premièrement : elle n’avait vraiment pas envie de passé pour plus prude que ce qu’elle n’était, et deuxièmement : elle savait apprécier lorsqu’un beau garçon se déshabillait devant elle. Puis le vibreur de l’instrument servant à percer la peau pour les tatouages commença et Seana sentit un nouveau frisson lui parcourir la colonne vertébrale. Si le simple bruit la mettait mal à l’aise alors que l’aiguille se tenait à une bonne distance du tatoué, il n’y avait pas de doute que l’acte en lui-même la fasse tourner de l’œil. Lorsque l’homme, Tony, la salua, elle lui répondit d’un léger geste de la main  accompagné d’un sourire chaleureux. Elle hocha timidement la tête lorsque la tatoueuse lui demanda son avis sur le physique du jeune homme et elle n’avait pas besoin de se voir pour savoir que ses joues avaient rougies. Elle connaissait trop bien la sensation de chaleur qui se faisait sentir sur son visage. Et sans plus d’avertissement ou de préparation, le tatouage commença. Bien trop effrayé pour regarder l’endroit où la peau se faisait transpercer, Seana fixa son attention sur le visage du jeune homme, et mima contre sa volonté toutes ses grimaces. Elle se rendit vite compte de ce qu’elle faisait, et décida de regarder autre part ce qui fut une mauvaise idée puisque maintenant elle regardait le bras qui se faisait tatouer. Elle poussa un petit grognement que personne ne pourrait entendre par-dessus le bruit de l’instrument de torture et de la musique du salon, et se couvrit les yeux avec ses mains. Elle resta ainsi un court instant, avant de se dire qu’elle n’avait plus quinze ans, et qu’il était temps d’agir comme quelqu’un de son âge.

Elle commença doucement, en enlevant ses mains de devant ses yeux, mais étant incapable de rester sans bouger, elle chercha vite quelque chose à faire pour s’occuper. Elle remit une mèche de cheveux derrière une de ses oreilles, puis décida d’en faire une tresse. Bien que ses cheveux soient longs, avec l’habitude elle avait fini par apprendre à faire des nattes très rapidement et se retrouva bientôt nouvellement coiffé mais sans rien pour la distraire. Elle essuya ses mains, mouillées par ses cheveux, sur son pantalon et essaya de reconnaitre la musique qui passait dans les haut-parleurs en évitant de poser ses yeux sur la zone où la tatoueuse semblait prendre son pied. En vain. Au final elle décida de regarder où en était le tatouage. Une date ne devait pas prendre énormément de temps après tout, il devait bientôt toucher à sa fin. La tatoueuse terminait tout juste le dernier effet qu’elle était en train de faire lorsque Seana reporta son attention sur le tatoué. La brune avait dut être si concentré sur son œuvre qu’elle avait sans nul doute manqué la petite crise de panique dont Seana avait été victime à l’instant et après tout, ce n’était pas plus mal. Elle se tortilla sur son siège pour essayer de voir le résultat final du tatouage sans trop se faire remarquer mais évidemment, c’était sans compter sur la tatoueuse qui se tourna presque au même moment. Est-ce qu’elle était rassurée ? C’était une excellente question à laquelle Seana réfléchit avant de répondre. L’homme ne semblait plus vraiment avoir mal, mais en même temps il n’en était pas à son coup d’essai : son autre bras était recouvert d’encre du coup son expression satisfaite ne pesait pas vraiment lourd dans la balance. Cependant, si Seana doutait du talent de la tatoueuse, là il n’y avait plus de place pour le moindre doute. Tout s’était déroulé si vite et sans faire d’erreur, fort heureusement. Alors en guise de réponse Seana haussa les épaules. Oui je suppose. Enfin clairement on voit que tu sais ce que tu fais. On voit que t’en a fait d’autre avant celui-là et que tu connais donc les bases. Et puis… Elle fit un geste en direction de la salle où ils se trouvaient tous et où une forte odeur de stérilité régnait dans l’air. Clairement, on risque pas d’attraper le tétanos ici. A vrai dire, elle n’avait pas vraiment pensé à ça auparavant. Elle n’avait jamais pensé à se faire un tatouage pour de vrai et maintenant qu’elle y réfléchissait elle était bien contente que le jour de son mariage avec Andrew ne se soit pas finit avec un tatouage. Qui sait ce avec quoi elle aurait fini sachant à qu’elle point elle avait été ivre cette soirée-là. Bref, elle n’avait jamais pensé à se faire faire de tatouage, et n’avait donc jamais pensé aux détails comme le motif, ou l’endroit où elle irait. Enfin… Mais bon, j’aime pas prendre des décisions sur le vif… La dernière fois l’avait poussé à se marier avec son meilleur ami après tout. …du coup je me connais trop bien pour savoir que je ne me ferais pas tatoué aujourd’hui. Elle aimait faire une liste de pour et de contre avant de moindre la moindre décision importante dans sa vie. Alors oui, certain pourrait dire qu’un tatouage ce n’est pas aussi important qu’un mariage par exemple, mais pour Seana, ça l’était. Il n’était pas question de prendre cette décision à la légère pour au final la regretter dans une semaine. Et puis, ce fut comme si la tatoueuse n’en avait pas grand-chose à faire de ce que Seana pouvait bien lui dire. D’un coup, et là non plus Seana ne sursauta pas, la grande brune se leva et commença à danser et chanter au rythme de la musique qui se faisait entendre.

Seana sourit malgré elle, même si elle avait un peu peur que ce qui lui servait d’aiguille blesse quelqu’un malencontreusement. Elle prêta une oreille attentive à la musique et là encore, elle n’avait pas la moindre idée de ce que c’était. Je sais pas ce que c’est mais c’est plutôt pas mal comme musique. Clairement, la tatoueuse était en transe et ne l’entendait plus. Elle essaya de l’interpeler mais ne voulant pas s’approcher trop près de l’aiguille et ne sachant pas son nom elle ne pouvait pas faire grand-chose. Hey ! Comment tu t’appelles au fait ? Si elle finissait par se faire tatouer par cette demoiselle, il fallait bien au moins qu’elle sache comment l’appeler.
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MessageSujet: Re: 03. Inks and needles   Lun 10 Mar - 18:04

Tourbillon. De noir. Pour le legging en cuir. Pour les cheveux. Pour la peau tatouée, encrée. Et de blanc, d'argent. Pour le pâle de sa carnation et pour ses bijoux. Dulce n'était que tourbillon au milieu de la salle de tatouage. Il n'y avait qu'un client, habitué à ses excentricités. Le dermographe dans la main, heureusement débranché, elle chantait, rauque, sur la chanson des Pink Floyd. La cigarette avait eu raison de sa voix de femme. Mais pas de sa passion pour les braillements sauvages qu'il lui arrivait de pousser. Putain ce que c'était bon, presque autant qu'un rail de coc' après deux verres de Chardonnay. Et une pizza quatre fromages. Mais un écho se faisait entendre quelque part entre son oreille et son cerveau embrumé. Arrête. Les talons hauts se stoppèrent parfaitement, les pointes des chaussures tournées vers Seana. Comment ça elle ne la connaissait pas ? Pourtant Dulce inondait régulièrement Twitter avec des photos de ses réalisations. Et puis, elle était connue dans le monde -fermé- des tatoueurs, du rock, de l'alcool et des soirées nocturnes. Ou matinal, c'était à l'appréciation de chacun.

Coup de cheveux en arrière. Dulce avait détaché ses cheveux qui ondulaient désormais sur ses épaules. Finalement, il fallait qu'elle se refasse une réputation à Lima. Et qu'elle se renseigne sur cette Sue Sylvester qui semblait chapeauter un peu ce qui était de bon goût ou non dans la ville. Quand on voyait ses tenues officielles, un désastreux mélange entre un jogging et ... un jogging, ça promettait. La musique s'arrêtait, laissant place à un autre titre, plus doux, plus neutre. Moins drôle. Soupire. Ça faisait bien longtemps qu'elle ne s'était plus présenté. "Dulce. Dulce Haussteiger. Et toi c'est ?" Coup de téléphone, les affaires reprennaient. Un rendez-vous. Tatouage du dos. Dulce grifonnait sur un papier les demandes du client, comptant mentalement les heures de travail qu'elle allait engager. Noir et blanc. Stencil. Mélange de tribal et d'art indien. Visage d'une déesse. La page se noircissait. Le téléphone collé contre son oreille, la main droite écrivant la demande du client, Dulce faisait une recherche sur le net avec son autre main, à la recherche d'image pouvant lui donner une première approche de ce qu'elle allait faire. Les joies d'être une femme : avoir des seins et savoir faire plusieurs choses en même temps. Bien sûr, elle avait un assistant, que ses collègues et amis lui avaient plus ou moins imposés pour qu'elle puisse se consacrer à son business qui tournait autour ... d'elle. Mais elle détestait déléguer. Si on foirait, on ne pouvait s'en prendre qu'à soi-même. Déléguer c'était prendre le risque de dépendre de quelqu'un d'autre. De ne plus maîtriser. Même si des vacances lui ferait du bien. Un putain de bien fou.

L'écran s'éteignit. La recherche était terminée, l'appel aussi. La tatoueuse avait en tête des images précises qu'elle allait devoir faire converger vers les désirs du client. Tatouer, c'était à vie. Autant pas se planter. S'accoudant sur le siège en cuir qui tronait devant le poste de son assistant, elle se rappela qu'elle avait une invitée. Plus ou moins sèche maintenant, et carrément paumée dans cet univers un peu étrange. "Alors, si tu savais que tu n'allais pas te faire tatouer aujourd'hui, pourquoi t'es venue chérie ?" Pause. Dulce se savait parfois un peu rude, et son attitude assurée de la femme qui sait où elle va et avec qui n'aidait pas. Elle se reprit. "C'est pas une critique hein. J'ai juste l'habitude de parler avec mes clients avant de les tatouer. Parce que c'est genre un truc définitif quoi. Mais toi tu as l'air encore plus compliquée, et ça me fascine. C'est quoi ton histoire à toi ?" Parfois, Dulce en était certaine, le passé pouvait marquer les gens bien plus profondément et durablement qu'un peu d'encre sous la peau. Et les tatouages étaient des reflets oniriques de ce passé, une trace. Non pas pour s'en rappeler. Mais pour assumer, et l'en faire partie intégrante de sa vie. La peau de Dulce en était le meilleur témoin, elle le savait. Mais la fille devant elle semblait si pure, si innocente. Quel tatouage était masqué par ces deux grands de biche qui devaient en avoir fait tourner des têtes ?

Normalement, les filles comme Dulce et Seana se mélangeaient rarement, se parlaient encore plus rarement. Deux mondes, deux façons de penser, des a priori, des préjugés. Mais la tatoueuse avait appris à ne plus se fier aux apparences avec son métier. Un bon slogan pour une de ces merdes que passait la tv, genre télé-réalité ou de ces autres émissions avec des nanas dépressives et des mecs violents. Et puis, il semblait toujours pleuvoir. Moins que plus tôt dans la journée. Les passants s'abritaient toujours sous leur parapluie et les quelques étourdis semblaient encore bien humides. Mais ça restait moins violent que quelques heures plus tôt. Elles avaient donc du temps. Et pas un client dans les parages pour servir d'excuse à Dulce. Ce qui était rare. Autant en profiter pour appréhender la faune locale. "Et, tu peux m'dire quoi sur la Sylvester ? Elle a l'air un peu étrange quand même non ?" Non, la finesse de faisait pas partie de ses attributions. Ne manquait plus que la demoiselle fusse sa fille. Mais la mairesse avait la tête de ses femmes qui n'avaient pas vu un homme nu depuis trois siècles et demi. Et si c'était une admiratrice, Dulce avait assez de caractère pour ne pas se laisser démonter. Coup d’œil amusé. Sur la femme en face d'elle. Et sur la salle. Un placard quelque part, un bureau, autant de possibilité pour séquestrer une nénette pro-Sylvester un peu trop virulente. Comme le début d'un bon Stephen King. Avec pour le coup une meurtrière carrément canon.
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MessageSujet: Re: 03. Inks and needles   Sam 15 Mar - 1:33

Dulce. C’était un prénom original. Bien plus original que le sien que tout le monde connaissait mais que personne ne savait orthographier de la bonne manière. Oui en fait, la seule chose originale de son prénom était son orthographe. Comme si ses parents avaient voulu la rendre unique avant même qu’elle ait eu le temps de faire ses preuves. Elle ne leur en voulait pas, cependant. Elle était d’ailleurs heureuse de cette orthographe plus qu’inhabituelle qui lui avait valu un million de fou rires avec Andrew, lorsqu’il pouvait encore rire avec elle. Mais ce n’était pas le moment de se morfondre et de plomber l’ambiance en pensant à tout cela. Seana, et ça ne s’écrit pas comme ça se prononce si jamais tu te demandes… Elle aurait voulu lui faire part de son avis concernant son prénom, bien qu’elle se doutait que la tatoueuse – Dulce – n’en avait pas grand-chose à faire. Le téléphone sonna et Seana se demanda si c’était la première fois, ou si quelqu’un avait voulu joindre le salon de tatouage, avec la sonnerie du téléphone n’arrivant pas à percer la musique sur laquelle Dulce chantait il n’y avait qu’une poignée de secondes de cela. Elle s’approcha de là où se trouvait la grande brune, comme si c’était chez elle et regarda l’écran qui se tenait devant elle. Un tas d’image recouvrait l’écran, et Seana compris que c’était surement ce que le client au bout du fil voulait se faire tatouer. Elle plissa le nez, n’aimant pas du tout ce qu’elle voyait, mais on ne lui avait pas demandé son avis, alors elle se contenterait de regarder en silence. C’était déjà un mirage que Dulce n’est pas tourné l’écran de façon à ce que Seana ne puisse rien voir. Voyant que les images se ressemblaient toutes plus ou moins, elle décida de son plein gré de s’éloigner de l’écran, retournant à sa contemplation des photos sur les murs. Puis elle entendit le silence derrière elle et conclut que l’appel était terminé. Elle se retourna pour continuer sa conversation avec Dulce, mais vit que cette dernière avait eu la même idée, et avait avalé la distance qui les séparait en une enjambée.

Elle fut interrogée sur le motif de sa venue. Est-ce qu’elle pouvait se permettre de dire qu’elle n’était venue, à la base, que pour éviter la pluie ? Elle n’avait pas envie de mentir, mais d’un autre coté elle n’avait pas envie de se faire jeter non plus. Et il lui fallait une réponse, et vite, si elle ne voulait pas avoir l’air d’un poisson hors de l’eau. Je… Il pleuvait, j’allais pour me réchauffer au café au bout de la rue, et j’ai vu la façade de ton salon. Alors voilà, elle avait opté pour la vérité. A vrai dire, elle ne voyait pas pourquoi elle devrait mentir. Après tout, on a bien le droit de rentrer dans un magasin sans acheter quoique ce soit. J’habite pas dans ce coin de la ville, alors je viens ici que lorsque je dois faire mes courses. Mais je ne flâne pas souvent, du coup je rate surement plein de choses. C’était bien vrai, le salon de tatouage aurait pu être ouvert depuis un mois ou une semaine, Seana n’en savait rien. Peut-être même y avait-il eut des pamphlets pour promouvoir l’endroit. J’aurai jamais cru voir ce genre de commerce ici, à Lima. Bref. Voila mon… histoire. Et là, Dulce devait surement avoir pitié d’elle : pauvre fille qui ne sort pas de chez elle, et qui se prend la pluie la seule fois où elle fait l’effort de mettre le nez dehors. Seana s’imagina un instant la vie de Dulce et se dit qu’en terme d’illustration, elle serait un tableau signé Van Gogh alors que le sien serait signé par le premier venu. Elle venait à peine de la rencontrer, elle ne pouvait décemment pas lui raconté son Histoire, avec un grand H, alors elle devrait se contenter de cette histoire de mauvais temps.

Elle jeta un coup d’œil dehors, et grimaça légèrement lorsqu’elle vit qu’il pleuvait toujours : elle avait à peine eu le temps de sécher qu’elle allait déjà être jeté à la rue. Elle s’apprêta à partir de son plein gré, pour ne pas se faire virer comme une malpropre, mais une fois de plus, Dulce la surprit et Seana fut plus qu’heureuse de voir le changement de conversation. Sylvester ? Elle est maire et elle est aussi à la tête de la chorale du lycée. D’ailleurs, les chorales ici, c’est quelque chose de sacré. Tout tourne autour de ça. Il n’y avait pas à dire, les quatre chorales représentaient quatre religions bien distinctes. Seana n’était même pas sûre si, dans la vie de tous les jours, des personnes appartenant à une certaine chorale étaient autorisés à parler avec des personnes d’une autre chorale. C’était étrange quand même à quel point la vie des habitant était rythmé au son de ces compétitions. Elle ne veut que le meilleur et d’après ce que j’ai entendu çà et là, rien ne lui fait peur. Et je me demande même si elle n’a pas des relations très haut placé parce que je suis quasi-sure que parmi tout ce qu’elle fait, il y a des trucs pas légaux. Petite pause, avant de reprendre. Du moins, pas aux États-Unis. C’était ce qu’elle avait entendu depuis qu’elle avait posé le pied à Lima. Elle avait déjà eu l’occasion de la croiser à une ou deux reprises et à chaque fois, elle avait dégagée cette impression d’être très imbue de sa personne. Mais Seana savait qu’il ne fallait pas se mettre quelqu’un de cet envergure à dos. Pourquoi elle t’intéresse ? Le moins qu’elle puisse faire était d’essayer de convaincre Dulce d’abandonner ses plans si elle comptait faire quelque chose qui ne plairait pas à Sylvester. Cette femme faisait… Peur.
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MessageSujet: Re: 03. Inks and needles   Jeu 27 Mar - 13:03


Dulce tenait quelque chose. Sylvester n'était pas toute blanche. Ou du moins, même les citoyens de Lima comme Seana se doutait que quelque chose de louche couvait. On lui avait mis des bâtons dans les roues pour retarder l'ouverture de son salon. Délais retardés d'acte de propriété, papier d'autorisation de gros travaux perdu dans les confins de la bureaucratie. Elle fut même étonnée de ne pas avoir été dissuadé par un commando du GIGN ou par une chorale qui aurait chanté faux devant ses fenêtres. Finalement, Seana allait lui être plus utile qu'elle ne le pensait. Avoir une taupe qui connaissait la vielle allait lui être utile. Elle regarda la jeune fille. Se doutait-elle qu'avec ses airs naifs elle pouvait attirer des personnes pas forcément bons pour elle ? Dulce en avait vu des filles comme elle, souvent entichées d'un chanteur de rock ou d'un guitariste ou d'une autre pseudo célébrité de la musique locale sous cocaïne. Ce genre de filles qui finissaient détruites qui on les laissait évoluer dans un monde qui ne leur correspondait pas. Si Dulce s'était toujours faite à l'idée de ne jamais avoir d'enfant -trop de bruit, de contrainte, pas assez d'alcool et pas le mon mec- sa fibre maternelle inavouée la poussait à protéger les nanas comme Seana quand elle franchissait la porte de son salon. "J'ai juste eu quelques problèmes pour ouvrir mon salon." Une demi-vérité.

Les personnalités comme Sue Sylvester avaient toujours tapé sur les nerfs de la tatoueuse. Une réussite exceptionnelle, et sans doute méritée, qui avait corrompu la personne au point d'avoir les dents longues et de cumuler les postes à responsabilités et donc à pouvoir. Mairesse, championne multi-récompensées de chearleading, directrice d'une chorale -institution qui semblait être au centre de la communauté de la ville- et future présidente des Etats-Unis d'Amérique sans doute affiliée aux barons du pétrole  texans. Et puis si la blonde platine voulait se frotter à quelqu'un, la tatoueuse serait son adversaire. "Tu connais une bonne chorale ? Genre celle du genre que je pourrai révolution pour ... embêter Sylves-terreur ?" Regard en biais. En faisait-elle partie, Seana ? Quand Dulce avait chanté, elle l'aurait rejoint si tel avait été le cas, se lançant dans une chorégraphie de dingue. Des écureuils l'auraient sans doute rejoint, tel une Snow-White des temps modernes. Une équipe de football du lycée serait rentrée dans le salon, la portant par dessus leur tête, finissant sa note vingt-quatre octaves au dessus des notes humaines. Ou tout autre stéréotype digne de Grease, High School Musical ou d'un bon Disney. D'ailleurs, elle avait le look d'une princesse naïve prête à se faire embrasser par un prince inconnu et sans doute pédophile. "Ou un bon bar ? Tu as besoin de sortir, et de boire une bière. Tu habites Lima et il me reste des coins à connaître avant ma Sue-radication."

Le salon était bien calme désormais, si Dulce oubliait le ronron habituel et tellement familier des dermographes. Elle leva la tête vers la lucarne qui perçait le toit métallique du salon. Style indu comme ventait l'annonce immobilière. Et la plus avait cessé. Quelques timides rayons de soleil osaient même pointer le bout de leur nez, pour le plus grand plaisir des passants qui semblaient avoir rangé leur parapluie. Finalement, il était peut être aussi temps pour Dulce de partir plus tôt, de s'accorde un après-midi de congé et de visiter la ville. Faire du repérage sur ce qui sera le champs de bataille le plus mémorable de tous les temps. Et le linceul de Sue, un tombeau en hommage à sa défaite. La fin d'un règne qui devait durer, si on en croyait Wikipédia ou la tête de ladite mairesse, depuis au moins l'époque de la guerre civile.

#Lapin n°4
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MessageSujet: Re: 03. Inks and needles   Ven 18 Avr - 21:49

Plus le temps passait, plus le spécimen qu'était Dulce fascinait Seana. Rebelle incontestée recouverte de noir et de tatouage, rien ne semblait lui faire peur. Pour faire simple, Dulce était tout ce que Seana n'était et ne serait jamais. Ça lui allait parfaitement, surtout que maintenant l'attention de la tatoueuse était dirigée vers le maire de la ville, et Seana était sûre qu'elle ne rentrerait pas chez elle avec un tatouage qu'elle regretterait le lendemain, simplement parce qu'elle n'aurait pas su dire non à Dulce. Mais pour en revenir à Sue Sylvester, Seana était intriguée par les questions que lui posait la tatoueuse. Certes, Dulce ne semblait avoir peur de rien, mais Sue Sylvester s'élevait à un tout autre niveau. Elle avait tellement d'influence que Seana ne savait pas vraiment s'il existait des personnes qui oseraient se dresser en travers de son chemin. Cependant, étant chaque fois un peu plus surprise par Dulce, la petite rousse décida de ne pas juger trop vite. Après tout, David a bien fini par battre Goliath. Ce qui caractérisait Sue Sylvester était le fait qu'elle soit omniprésente. Elle était partout à la fois, sans vraiment y être physiquement. Une sorte de menace fantôme. Elle était influente au niveau de la ville et ce n'était pas peu dire, mais aussi à un niveau plus commun n’étant autre que celui des chorales. Peut-être que son envie de toucher à tout laissait des failles dans sa présence. Peut-être que lorsqu'elle était occupée à penser à sa réélection, elle abandonnait un peu la chorale. Malheureusement, Seana n'avait pas été à Lima depuis assez longtemps pour avoir vérifié cette hypothèse. Lorsque Dulce lui avoua s'intéresser au maire pour un problème relatif à son salon et à son ouverture, elle se dit que c'était tout à fait le genre de Sue de freiner l'ouverture d'un commerce qui ferait tâche dans son centre-ville.

Lorsque la tatoueuse lui demanda son avis sur les chorales, Seana fut plus que ravie de partager le peu de choses qu’elle savait avec elle. Déjà, les New Directions c’est une chorale pour les lycéens seulement. Donc à moins que tu arrives à lever une armée de pré-adolescents c’est fichu. Elle s’arrêta un instant pour y réfléchir, puis repris de plus belle. C’est dommage parce que ça aurait touché Sylvester directement puisque c’est leur coach. Elle haussa les épaules, puisque visiblement, elles n’y pouvaient rien, ni l’une ne l’autre. Enfin bref, hors compétition aussi, il y a les Second Chances. C’est la chorale de l’église. Pas top pour faire une révolution. Concernant les deux autres, euh… Elle porta son index à sa bouche et commença à mâchouiller son ongle, signe qu’elle réfléchissait pour ne pas dire de bêtises. Elle ne voulait pas induire Dulce en erreur et être responsable si quelque chose se déroulait mal. Du coup, il fallait bien choisir. Il y a les Urban Hymns, qui sont principalement des anciens New Directions, mais ils n’ont pas eu Sylvester en coach d’après ce que j’ai cru comprendre. Cependant, elle avait entendu dire que les anciens New Directions avaient bavés plus d’une fois pour déjouer les malices de Sue Sylvester. Peut-être qu’ils seraient prêts à tenter quelque chose. Seana garda cependant cette idée pour elle, ne voulant pas noyer Dulce sous trop d’informations d’un coup. Elle avait beau regarder les compétitions des chorales d’un œil extérieur, elle ne pouvait s’empêcher d’entendre des bouts de conversation lorsque deux personnes discutaient de cela dans la queue alors qu’elle attendait qu’on lui serve son thé. Elle n’entendait souvent que des bouts de discussions ce qui rendait ce qu’elle savait bien fragile. Malgré tout, il ne restait plus qu’une chorale éligible. Je te conseille donc les Awesome Voices. C’est à vérifier, mais je crois que Sylvester avait leur ancien coach dans le nez, et qu’avec la nouvelle, c’est pas mieux. Je crois que les deux se battent pour avoir une réputation à une échelle plus grande, mais comme je te l’ai dit : à vérifier. Seana espérait vraiment avoir réussi à éclairer Dulce un minimum. Elle lui avait déjà réduit les possibilités de moitié même si n’importe qui aurait pu le faire. Elle n’était pas vraiment d’accord avec l’envie de révolution de Dulce, mais elle prenait plaisir à essayer de monter un plan avec elle. Enfin, le plan n’en était encore qu’au stade embryonnaire mais il finirait par grandir.

Le fait que Seana ne soit plus une grande buveuse n’aidait pas vraiment à conseiller le bar le plus adéquat. Cependant, ses amis savaient l’emmener dans des coins qui pourraient plaire à Dulce. Son ami Kurt l’avait plus d’une fois trainer au bar karaoké pour se détendre même si Seana n’avait pas mis longtemps pour comprendre que « se détendre » dans le langage de Kurt voulait dire « faire semblant de boire innocemment avec Seana tout en matant son copain d’un œil lointain ». Elle ne pouvait pas lui en vouloir. Kurt était presque la seule personne à l’appeler pour lui proposer des sorties toujours plus folles les unes que les autres. C’était revigorant de savoir qu’elle avait rendez-vous avec lui, tout en ignorant ce qu’il avait de prévu. Le bar karaoké, c’est l’endroit où tu veux passer tes soirées. Que tu veuilles boire, te moquer de ceux qui chantent, ou pousser la chansonnette toi-même, c’est vraiment l’endroit qu’il te faut. Et puis l’ambiance y est vraiment bonne. Contrairement aux chorales où elle ne faisait que redire que qu’elle avait entendu, pour le bar karaoké, là, elle parlait en connaissance de cause. Elle était même prête à lui proposer de la retrouver là-bas une de ces jours pour lui prouver que ce qu’elle disait était vrai.

Elle suivit le regard de la tatoueuse au plafond et vit qu’il avait fini de pleuvoir. Elle avait tellement parlé qu’elle ne s’en était même pas rendu compte. C’était le moment de partir se mettre au chaud chez elle, sous une grosse couverture. Après tout, elle ne savait pas vraiment pour combien de temps le soleil durerait et elle n’avait pas envie de finir dans un autre magasin pour se protéger de la pluie. Elle avait eu de la chance en atterrissant ici, mais elle ne voulait pas pousser sa chance trop loin. Elle se leva, et baissa le regard pour parler à Dulce. Autant en profiter tant qu’elle était plus grande puisque la brune était toujours assise. Je ne sais pas ce que tu as prévu, mais je vais te donner un conseil. Fais en ce que tu veux. Sue Sylvester, c’est pas n’importe qui. Ne tente rien qui ne soit pas préparer au millimètre près, sinon t’as aucune chance contre elle. Au fur et à mesure, elle avait relevé la tête en suivant le mouvement de Dulce qui s’était redressé. Elle avait maintenant l’air bien ridicule de donner de conseil à une fille qui avait l’apparence de ne pas en avoir besoin. Elle lui sourit malgré tout avant de pointer la porte avec son pouce. Bon bah je crois, que je vais y aller. Profiter qu’il ne pleuve plus et tout ça. Tiens-moi au courant de tes plans et peut-être à bientôt. Elle s’empressa de réduire la distance entre elle et la porte avant que Dulce ne se souvienne que la peau de Seana était aussi immaculée que lorsqu’elle était entré.
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03. Inks and needles

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