Choriste du mois


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 04. All your eyes show is limitation

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MessageSujet: 04. All your eyes show is limitation   Dim 16 Fév - 19:43

Le voyage à New-York avait eu le don de réveiller différents sentiments chez Matteo. Il avait profité du dernier quartier libre du vendredi matin pour retourner seul au loft qu'il habitait auparavant avec ses parents. Il avait ressenti à ce moment là un besoin qu'il n'avait pas ressenti depuis quelques mois, celui de s'isoler. Il avait eu la nécessité de se retrouver seul avec lui-même, dans un lieu familier, pour prendre du recul et repenser à tout ce qui s'était passé. Sa vie New-Yorkaise ne lui manquait au final plus tant que ça. Il avait fallu qu'il aille sur place pour s'en rendre compte, mais c'était à présent ça de gagné. Finalement, la vie à Lima lui plaisait bien, il s'y était parfaitement accoutumé. Etre loin du feu des projecteurs, des objectifs des paparazzis, de l'agitation permanente qui régnait dans la ville qui ne dort jamais, consistait au bout du compte en quelque chose d'agréable, de reposant. Mais son loft et le sentiment d'indépendance qu'il avait toujours ressenti lorsqu'il y habitait avaient un petit quelque chose qu'il ne retrouvait pas à Lima. En arpentant les pièces autrefois si familières, il était tombé nez à nez avec un tableau auquel il n'avait jamais prêté attention. Mais ce jour là, il l'avait regardé, en prêtant attention aux moindres détails. Il n'avait jamais été insensible à l'art, bien loin de là, puisque sa mère lui avait toujours appris à regarder chaque nouvelle oeuvre avec un œil nouveau. Et bien qu'il ait souvent entendu celle qui comptait le plus pour lui, dire qu'elle aimait ce tableau et que tout le monde devrait pouvoir en profiter, celui-ci avait bien fini par faire partie du décor, au point auquel il n'y prêtait plus attention. Mais quelques heures avant de rentrer chez son oncle et sa tante, il avait décidé de regarder le tableau d'un nouvel œil, et il comprit pourquoi sa mère l'aimait tant.

Il avait ce jour là, repensé à toutes les fois où celle-ci l'avait emmené dans des musées et galerie, pour lui faire découvrir cet art qui lui tenait tant à cœur. Lorsqu'il était petit et qu'il restait calme, il avait même le droit une glace en sortant. Il s'était rappelé de la passion avec laquelle elle lui décrivait les tableaux abstraits, dont il ne comprenait généralement pas le sens. Et il avait réfléchi aux mots que sa mère avait prononcés par rapport au fameux tableau du couloir. C'était trop dommage que personne n'en profite. Maintenant, plus personne n'habitait dans l'appartement, et elle n'était plus là elle-même pour l'admirer. Il méritait une meilleure place. Il méritait que beaucoup plus de monde puisse le voir. Et ne serait-ce que pour honorer la mémoire de sa mère, Matteo se devait de faire quelque chose pour ce tableau. Et c'était à ce moment là qu'une idée lui était venue à l'esprit. La Galerie Preston. Voilà l'endroit où il voulait que ce tableau soit exposé. Il avait déjà passé beaucoup de temps là bas et y avait acheté quelques tableaux. Tous auraient été au goût de sa mère, et il avait même offert plus cher que ce qu'ils valaient, pour être sûr de pouvoir les avoir avec lui. Il les avait mis dans sa chambre chez tante Marge, et se rappelait la raison pour laquelle ils étaient là, chaque fois qu'il les voyait. Il aurait pu, égoïstement, ramener le fameux tableau de son ancien chez lui à son nouveau chez lui, et le garder pour lui, mais les mots de sa maman lui revenaient en permanence à l'esprit, trop peu de gens avaient pu le regarder jusque là, et ce n'était que trop dommage. Sa décision avait donc été prise. Il avait pris le soin de protéger la toile comme il se devait, et avait payé le supplément de bagage pour ramener cet objet fragile dans la soute de l'avion. Ce n'aurait clairement pas été McKinley High qui aurait payé le moindre supplément pour les bagages.

Arrivé à Lima le vendredi soir, le jeune homme avait résolu d'apporter le tableau à la Galerie dès le samedi matin, car il savait que s'il ne le faisait pas immédiatement, il serait tenté de le garder. Et le voilà, devant la porte, le tableau soigneusement emballé sous le bras. Il poussa doucement la porte avec sa main libre, et entra, en prenant bien soin de s'essuyer les pieds pour que l'eau de ses chaussures ne dégouline pas sur le parquet et il s'avança dans la Galerie en admirant quelques œuvres au passage, en direction du comptoir, où il espérait trouver une des deux gérantes. Jusque là, il avait bien plus souvent vu la rousse que la blonde, et il espérait au fond de lui, se retrouver devant ce visage familier avec lequel il avait auparavant conclu toutes ses affaires. Coup de chance pour lui, lorsqu'il atteignit le comptoir et se pencha au dessus de celui-ci, il se retrouva face à une masse de cheveux flamboyants penchés sur des papiers. Entendant de vagues marmonnements, il eut peur de ne pas être venu au bon moment, et de déranger. Miss Preston, puisque c'était sans aucun doute possible son nom, ne semblait pas avoir remarqué sa présence, et il aurait tout aussi bien pu repartir comme s'il n'avait jamais été là, et ainsi, ne déranger personne. Mais il n'était pas venu pour rien, et ce tableau méritait vraiment d'être dans une place où il pouvait être vu. Il prit une inspiration et s'éclaircit la gorge avant de commencer à parler.
- Bonjour. Il fit une pause, pas tout à fait sûr de la façon dont il allait présenter son don. Je pensais que ça serait mieux ici que dans mon appartement vide de New-York, annonça-t-il finalement en posant sur le comptoir l'oeuvre qu'il avait sous le bras.

Il glissa précautionneusement le tableau hors de sa housse pour que la galeriste puisse l'observer. Il se sentait vulnérable, gêné, sans toutefois savoir pour quelle raison.
- Il était à ma mère. Elle disait toujours qu'il méritait d'être vu par beaucoup plus de monde que le peu que nous étions chez moi. Plus personne n'habite dans notre appartement New-Yorkais, et elle n'est plus là pour l'admirer, alors je me suis dit que ça serait un bel hommage pour elle que de l'emmener ici, où tout le monde pourrait en profiter.
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Ginger Spice ; You bet you're gonna lose it to that hellbound crimson glory
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Occupation : Galeriste, chef auto-proclamée de la Pension Preston, life coach du dimanche et membre des Second Chance
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MessageSujet: Re: 04. All your eyes show is limitation   Ven 28 Fév - 0:11

Enfin. Enfin le rose et le rouge et les coeurs et les amoureux avaient quitté la galerie. La St Valentin était terminé. Les chocolats étaient en promotion, les gens avaient arrêté d'essayer de faire des cadeaux sophistiqués à l'être aimé en offrant un tableau vaguement abstrait où l'on reconnaissait les lignes d'un coeur anatomiquement correct. Parce que rien ne crie je t'aime à jamais comme de l'art contemporain plus ou moins inspiré d'un organe sanguinolent. Fini, les riches jeunes pensant pouvoir acheter un capital culturel sans éprouver le moindre intérêt pour ce qu'il procurait à l'être aimé. Lexie était pourtant encline à célébrer la joie, aimait toutes les festivités avec un entrain égal, mais cette année le violent aspect commercial de Noël et de la St Valentin lui avait brutalement explosé au visage. Noël, elle l'avait bien vécu. La neige, les cadeaux, ce bon vieux Santa Claus, la vague de chaleur humaine qui se déversait dans les coeurs valait bien un peu de cynisme. Mais là, elle avait eu l'impression que sa précieuse galerie était devenue une catin à la retraite dont on a trop exigé par le passé. Ses derniers forces étaient prêtes à céder à l'aube de ce maudit 14 février. Mais finalement, elle avait survécu, avait même eu le plaisir de voir un couple - visiblement aussi amoureux de l'art qu'ils l'étaient l'un de l'autre - acheter la pièce la moins niaise de l'exposition et les féliciter pour leur dur labeur, après une conversation véritablement enrichissante. Cette douloureuse expérience s'était donc soldée positivement, du moins pour son moral si ce n'était pour les caisses. Mais même de ce côté là, les choses commençaient à aller mieux. Pas assez bien au goût de Lexie toutefois.

Ils revenaient à des activités plus traditionnelles et si vendre leur âme au diable du capitalisme s'était avéré assez efficace, The Gallery ne tarderait pas à redevenir un commerce de niche. D'autant que le peu de notoriété qu'ils avaient réussi à bâtir était parti en fumée après ce satané cambriolage, qui continuait à gâcher leur existence même des fois plus tard. Si un jour Lexie Preston mettait la main sur le voleur, elle ne donnait pas cher de sa peau de pourriture. Bien qu'elle commençait à voir le bout du tunnel, la jeune galeriste n'était pas certaine que ce soit suffisant pour présenter sa défense à temps pour la deadline imposée pour son aînée, qui se rapprochait inexorablement. Jamais un de ses anniversaires ne l'avait rendue aussi nerveuse et pour cause. C'était si typique d'Anna. Les 24 ans de la jeune femme risquait de la traumatiser à vie suivant la tournure que prenait les événements. Aussi, elle était plongée à corps perdu dans les dernières paperasse que Miss Anderson - l'aide juridique qui travaillait avec la LP - leur avait envoyé. La rouquine comprenait de mieux en mieux ses formulaires rébarbatifs, en partie parce qu'ils tendaient à demander la même chose environ treize fois, puis la même chose autrement dans un autre formulaire. Elle soupira devant le feuillet d'une vingtaine de pages et entreprit de cocher les cases et relater en moins de douze lignes les circonstances de l'incident. La londonienne n'avait même plus besoin de vérifier les contrats pour noter leur numéro d'assuré ou les revenus bruts globaux de l'année précédente. Elle avait tellement vu ces flopées de chiffres, qu'elles étaient à jamais ancré dans sa petite cervelle. Dire qu'à une époque les factures d'eau de la pension lui avait semblé insurmontable.

Soupirant et grommelant pour elle-même contre l'inutilité de ces documents et le temps qu'elle perdait à les remplir, alors qu'elle pourrait être à la chasse au jeune talent ou au client, Lexie se résigna néanmoins à remplir consciencieusement ses innombrables papiers, tant et si bien qu'elle n'entendit pas tout de suite le tintement de la porte d'entrée et ne fut arrachée à sa tâche ennuyeuse que par une voix juvénile. Par réflexe, elle leva la tête et offrit un sourire rayonnant au jeune garçon, qu'elle reconnut bien vite d'ailleurs. Les clients réguliers étaient assez rares pour qu'elle s'en souvienne, surtout ceux qui tendent à payer plus que l'oeuvre ne vaut. Mais cette fois, il ne venait pas acheter. Intriguée, la rouquine observa la toile avec attention, tout en écoutant le petit discours du gamin. Elle ne pouvait bien sûr pas refuser sa requête, comprenant que sa mère était visiblement décédée. Et en plus, c'était un excellent client. Elle répondit donc naturellement « Il est superbe, nous serions heureuses de l'exposer pour toi ! » Et c'était la pure vérité, une énergie apaisante et forte se dégageait du tableau et c'était le genre de choses avec un sens, qui n'étaient pas faites pour être vendues à des touristes, que la jeune femme voulait voir à la galerie. Elle ajouta néanmoins avec précaution « Ceci dit, je suppose que tu n'as pas l'intention de le vendre? Parce que tu comprends, c'est principalement un espace de vente ici... On a pas exactement rentabilisé suffisamment pour faire de la simple exposition. » Baby Preston eut un rire un peu jaune mais se reprit bien vite, car même si cette oeuvre était beaucoup trop grande pour occuper leurs murs dotés d'une toute nouvelle collection post St Valentin, elle ne manquait pas de ressources. « Mais on peut lui trouver une petite place. » Scannant la salle du regard, la rousse finit par désigner le mur derrière elle, actuellement blanc et épuré et ajouta avec enthousiasme « On pourrait le mettre là par exemple ! Tout le monde le verrait et ça donnerait une jolie ambiance à ce coin, tu ne trouves pas? » Elle fit un sourire doux au gamin, espérant que cette place de gardien du phare conviendrait pour cette toile qui lui tenait apparemment très à coeur.
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MessageSujet: Re: 04. All your eyes show is limitation   Ven 7 Mar - 20:43

Au moment où la jeune femme ouvrit la bouche, lui assurant qu'elle serait ravie d'exposer l'œuvre d'art, Matteo savait que quelque chose clochait. Il ne savait pas encore quoi, mais quelque chose clochait. Peut-être n'aurait-il pas du emmener le tableau ici, mais le garder pour lui. Cela lui aurait évité ce moment embarrassant. Pourquoi s'était-il mis à raconter ce qu'il venait de dire sur sa mère et le bel hommage que ça lui ferait. Il n'aurait peut-être pas du dire ça, il avait la sensation de tomber dans le mélo. Or, son but n'était absolument pas d’apitoyer la galeriste pour qu'elle expose le tableau. Il ne fallait pas qu'elle le mette sur un mur pour cette raison, mais vraiment parce qu'il était beau. Or, ce qu'elle venait de lui dire concernant le fait que la galerie était principalement un espace de vente fut comme une claque dans la figure de l'adolescent. Pas parce que c'était donc impossible de d'afficher le tableau, mais parce qu'il aurait dû s'en rendre compte avant. Le rouge lui monta subitement au joue, fait inhabituel. Il était déjà venu ici un bon nombre de fois, avait vu des affaires conclues sous ses yeux, et avait lui-même acheté des peintures. Il aurait dû se rappeler qu'aucune des œuvres qu'il avait pu voir n’était juste exposée. Toutes avaient un prix et une valeur marchande. Néanmoins, il fut surpris que les galeristes n'aient pas encore suffisamment rentabilisé l'endroit. Avec le va-et-vient des toiles, il pensait qu'elles gagnaient suffisamment leur vie, mais visiblement il s'était trompé. Après tout, il ne s'était encore jamais posé la question de la rentabilité de quelque chose. Tourner dans des films était plus que rentable. Il ne dépensait pas un sou, et il était payé à passer du bon temps avec des gens qui partageaient la même passion du cinéma et de l'art dramatique que lui. Il n'aurait cependant sans doute pas relevé les questions financières et serait juste reparti avec son tableau sans plus insister s'il n'avait perçu une nuance étrange dans le rire de la rouquine. Comme si c'était un réel problème. Et c'en était sans doute un, mais il n'avait pas vraiment de solution. Il prit une courte inspiration pour que l'afflux d'oxygène chasse le rouge de ses joues.
- Oh.. Je...

Comprenant que la jeune femme n'avait pas fini de parler, il se tut pour l'écouter. Et il n'en fut pas déçu. Si la galeriste trouvait une petite place pour le tableau, le problème serait réglé. Il n'aurait plus à culpabiliser inutilement d'avoir ramené l'œuvre de New-York et de devoir la ramener chez son oncle et sa tante où il savait que personne ne le verrait, puisque la place de l'objet serait dans sa chambre, et pas ailleurs, pour éviter d'être abîmé. Mais la place que venait de lui trouver la rouquine contrastait totalement avec sa pensée. Juste derrière le bureau, là où personne ne risquait de le rater. Tout le monde pourrait l'observer et profiter de l'apaisante sensation qui s'en dégageait. C'est ce que sa mère aurait voulu et c'est ce qui, visiblement, allait être fait. Mais Matteo était gêné. Pourquoi la jeune galeriste devrait-elle placer un simple don à une place si importante ? C'était peut-être la seule chose qu'elle pouvait lui offrir, mais c'était bien trop. D'autres œuvres devraient être là, des œuvres importantes, avec une valeur élevée, qui se vendraient sans doute plus facilement si elles étaient exposées à un emplacement de choix tel que celui-ci.
- Merci miss Preston. Ça serait super, c'est vraiment l'endroit idéal, et je pense que ce tableau est chouette pour accueillir les gens. Mais... il hésita un peu avant de continuer. Après tout, ce n'étaient pas ses affaires. Vous ne pensez pas que des œuvres plus coûteuses, que vous pourriez vendre devraient se trouver là, à la vue de tout le monde ? Il marqua encore une pause, toujours incertain. Je veux dire, c'est un emplacement qui attire naturellement l’œil, et autant le mettre à profit. Je ne sais pas si cette toile qui ne vous apportera rien mérite tel endroit pour être exposée.

Malgré qu'il n'ait pas lui-même de problèmes pour joindre les deux bouts, bien au contraire, il avait senti que c'était ici un problème prédominant, et, même s'il ne pouvait pas améliorer la situation, il pouvait au moins essayer de ne pas l'empirer. Il commença à remettre le tableau dans la housse, tout en délicatesse.
- Vous savez quoi ? Je vais ramener ce tableau chez moi. Il prendra inutilement de la place ici, et je ne veux pas qu'il gêne en quoi que ce soit, alors qu'une œuvre plus utile pourrait occuper cette place.

Même si on lui avait toujours dit que le but de l'art n'était pas l'utilité, dans le contexte, il ne pouvait pas être d'accord. Parfois il fallait savoir avoir des priorités, et dans ce cas-ci, il était plus important que l'endroit puisse être rentabilisé correctement, plutôt que de permettre à tout le monde de voir un tableau, auquel ils ne s'intéresseraient peut-être pas. Sa mère aimait ce tableau, et c'était sans doute la raison pour laquelle Matteo y tenait, mais rien ne disait que qu'il intéresserait qui que ce soit d'autre. Il ne pouvait tout simplement pas être objectif sur ce tableau. Refermant la protection, il ne put s'empêcher de continuer à déverser ses pensées.
- J'espère juste que mon père ne va pas s'amuser à le découper pour cacher des choses dans la doublure de la toile.

Son père était un problème qu'il avait réussi à oublier toute la semaine. Ce dernier était sorti de cure alors qu'il était encore à New York, en train de passer du bon temps avec ses camarades de McKinley. Il n'avait pas eu à se préoccuper de stresser par rapport à son retour à la maison pour le moment. Il ne l'avait pas croisé à son retour la veille, ni lorsqu'il s'était levé le matin, et ne s'en portait pas plus mal. Il ne valait peut-être mieux pas ramener le tableau avec lui, finalement. Il savait très bien que l'homme ne traiterait pas l'œuvre avec la même attention. Et même si son père était supposément clean, qu'il ne se droguait plus, le jeune brun avait déjà vu tellement de cas de rechutes qu'il se méfiait. Il serait gêné de trouver de la poudre blanche ou des comprimés bleus à l'intérieur même d'un tableau comme on le voyait dans certains films d'action.
- Enfin bref, cela ne vous intéresse sans doute pas. En y réfléchissant bien, vous pouvez garder le tableau dans une remise ou un truc comme ça, et ne l'exposer qu'après avoir profité de l'espace de façon plus bénéfique pour la Galerie, déclara-t-il au bout du compte en faisant glisser le tableau vers la rouquine.
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MessageSujet: Re: 04. All your eyes show is limitation   Ven 14 Mar - 8:59

Parfois, la gentillesse, c'était usant. Lexie avait naturellement tendance à être relativement sympathique et à venir en aide à son prochain, surtout quand cela ne lui demandait quasiment aucun effort. Elle faisait la conversation aux vieilles dames dans le bus et les aider à traverser la rue, elle retenait les enfants qui couraient trop près du bord du trottoir, elle donnait des bons plans aux touristes et offraient ses surplus de nourriture à qui en voulait. Ca ne lui coûtait rien, à part peut-être un peu de temps, ce dont la jeune femme ne manquait nullement. Elle s'était rendue compte il y a longtemps qu'il suffisait d'un rien pour être une personne plaisante et de bien fonctionner en société et si le monde était un peu plus comme elle et un peu moins comme - à tout hasard - Tate Bartowski ou Timothy Ainsworth, il tournerait sans doute plus rond. Mais qu'importe les années, qu'importe ses sourires et ses mains tendues, les gens se sentaient toujours obligés de faire des manières, de remercier sans fin, de tâtonner, de faire un pas en avant, puis trois pas en arrière. A force, c'était agaçant. Après tout, si elle offrait une solution ou une aide, ce n'était pas pour rien. Les gens étaient devenus trop cyniques, voyant dans la moindre cordialité une épée à double tranchant, un service à rendre plus tard, une dette. Ce n'était pourtant pas si difficile à saisir. La rouquine pouvait être utile, alors elle l'était. Elle avait dit oui la première fois, inutile de tourner autour du pot maintenant. En d'autres circonstances, Lexie se serait sans doute permis de rouler des yeux et souligner l'inutilité de toutes ces simagrées maintenant que l'affaire était conclue. Mais l'expérience lui avait appris qu'une réponse honnête à une requête claire n'était jamais suffisante. Apparemment, ce n'était pas comme ça que ça marchait, comme aimait à lui rappeler JJ à chaque fois qu'elle mettait en marche ce qu'il appelait son complexe de bourgeoise charitable. Il paraîtrait qu'elle avait grandi dans un univers trop conciliant envers elle, trop naïf et agréable et qu'elle ne comprendrait jamais vraiment la réalité du monde. Certes, la londonienne admettait volontiers qu'elle avait reçu une éducation des plus privilégiée, rapport au fait qu'elle avait passé la majeure partie de son enfance à Notting Hill et n'avait jamais manqué de rien, socialement, culturellement ou financièrement. Mais cela ne faisait pas d'elle une fille à papa fragile et inconsciente. Du moins, plus maintenant.

Aussi, elle fit preuve de toute sa diplomatie et de tout son tact pour enrober au mieux sa réponse au jeune Mr. Chester. D'autant plus que, malgré ce que son meilleur ami ou sa soeur se plaisaient parfois à croire, la jolie rousse connaissait la vilenie du monde et cette histoire de planquer des choses derrière la toile du tableau sentait le roussi. C'était typiquement là où les politiciens maladroits cachaient la clé USB top secrète, qui se faisait inévitablement voler et entraînait les péripéties de n'importe quel mauvais téléfilm d'espionnage. Ou plus réalistement, c'était le genre de planques pour des produits pas très licites, nominativement, de la drogue. Lex eu néanmoins la délicatesse de ne pas relever et se contenta de balayer les objections du gamin d'un geste de la main et répondit, tout en farfouillant derrière le comptoir « Ne dis pas de bêtises enfin, si je te dis que ça me fait plaisir de le mettre ici, c'est que ça me fait plaisir. Je ne dis jamais quelque chose si je ne le pense pas. » Enfin rarement. Elle servit un sourire resplendissant à Matteo, avant de brandir un mince cadre en bois foncé. « Ca m'a l'air d'être la bonne taille et c'est discret, idéal pour ce genre de tableau, ça met vraiment en valeur la toile. Il y a quelque chose dans cette peinture, je ne sais pas ce que c'est mais ça a vraiment un côté... reposant. On se sent en confiance en le regardant, tu trouves pas? » Tout en bavardant, la galeriste prit les mesures de la toile pour s'assurer que le cadre conviendrait, avant d'assembler temporairement le tout pour le brandir contre le mur blanc, histoire de se donner une idée du rendu. « C'est parfait. Et puis tu sais, ce n'est pas un bon endroit pour mettre une oeuvre à vendre. Il y a le comptoir qui fait barrage et en entrant, l'oeil est attiré par le centre et le fond de la galerie. C'est pour ça qu'on met les trucs les plus chers ou les plus visuellement attractifs droit dans l'axe de la porte d'entrée. Comme dans les boutiques de vêtements, tu as les mannequins en plein milieu dès que tu rentres, nous on a des installations. » Enfin, pas dans cette exposition précisément. « Ou de petits bancs donc. » se sentit-elle obligée d'ajouter, après ce qui était déjà un long discours rébarbatif sur le meilleur agencement d'une galerie d'art.

Comme quoi, c'était vraiment un commerce. La plupart du temps, Baby Preston se faisait un plaisir de vendre de l'art, de la culture, surtout dans un endroit qui en manquait autant. Oh bien sûr, la musique avait pris le pouvoir à Lima et même Sue Sylvester, qui était presque un sponsor des machines à slushies du temps où la rouquine arborait l'uniforme des Cheerios, s'était mise à la guerre des glee club. Mais une compétition de chorales amateur, ce n'était pas exactement une scène culturelle foisonnante, même si elle en faisait désormais partie. The Gallery était leur maigre contribution à l'adoucissement des moeurs dans l'Ohio profond. Ce n'était pas gagné, comme le prouvait leur chiffre d'affaire, mais c'était là la mission qu'ils s'étaient donné en créant leur établissement. Ils s'en étaient quelque peu éloignés, contraintes matérielles obligent et Lexie ne vivait pas toujours bien ce sentiment d'avoir vendu son âme. Alors, si elle pouvait se racheter un tant soit peu en faisant plaisir à un pauvre gosse qui voulait voir l'héritage de sa mère profiter au plus grand nombre et échapper aux mains peu honnêtes de son paternel tourmenté, elle n'allait pas y manquer. Les gens enclins à faire des bonnes actions auront tendance à dire que vraiment, ça leur fait plaisir et que non, ça ne sert à rien de les féliciter. Dans le cas de miss Preston, elle ne cherchait en effet pas à se faire mousser ou à gagner des échelons au Paradis ou dans les cercles mondains. Mais néanmoins, la sensation de faire quelque chose de positif était grisante et il était globalement rare qu'une main tendue ne soit pas récompensée d'une manière ou d'une autre. Les vieilles dames du bus étaient distrayantes et plus d'une lui avait offert une friandise ou un dollar, lui donnant à nouveau l'impression d'être une gamine adorable avec deux longues tresses et une mine malicieuse, ce qui était rassurant à mesure que le cap fatidique du demi-siècle approchait. Et tout bonnement, se savoir à l'origine du sourire d'autrui était quelque chose de très satisfaisant. Pour ce qui était du petit Matteo et de son tableau, ils aidaient Lexie à redonner un sens véritable à son travail, lui rappelaient pourquoi elle avait investi corps, âme et compte en banque dans cette affaire risquée. La britannique lui fit donc un nouveau sourire, doux et sincère avant d'ajouter posément « Si tu veux, on pourra mettre une petite plaque en dessous. Histoire d'expliquer que c'est pas à vendre, pourquoi il est là, tout ça. » Bien entendu, elle veillerait à ce que rien de trop morbide ne figure dans le message explicatif, après tout c'était ce que verrait les clients en scellant leur achat et elle ne voulait pas qu'ils ressortent déprimés. Juste le porte-feuille et le coeur plus légers. L'énergie particulière du tableau leur procureraient sans doute une sensation agréable et la petite anecdote était touchante, si elle était narrée correctement.

Mais il ne fallait pas penser à de telles choses. La rousse s'en voulu un instant de penser de manière aussi opportuniste mais elle n'y pouvait rien si, depuis quelques temps, le réalisme l'avait gagné. Et puis, malgré les apparences, l'histoire du jeune garçon la touchait, la londonienne ayant une faiblesse pour les histoire de famille quelles qu'elles soient. Elle se permit donc d'ajouter, en rangeant au mieux sa paperasse aux yeux de Matteo, l'air de rien « Bien sûr, si tu préfères prendre du temps ou finalement garder la toile pour toi ce n'est pas un soucis. Ou si tu veux juste parler... » Elle laissa délibérément sa phrase en suspens, ne connaissant pas assez le lycéen pour vraiment lui proposer de discuter mais ne voulant pas non plus être strictement professionnelle et calculatrice. Après tout, Lexie Preston était une grande spécialiste des coeur à coeur avec les inconnus. Parfois, cela se soldait en une belle amitié, parfois en une tournée de tequila paf et une conversation rapidement oubliée. Elle aimait toutefois croire qu'elle était douée pour redonner le sourire aux gens et remplissait donc la tâche que son tempérament solaire lui assignait au mieux.
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MessageSujet: Re: 04. All your eyes show is limitation   Dim 30 Mar - 18:16

Avec tout ce blabla et ces changements d'avis incessants, Matteo s'agaçait lui-même. Ce n'était pourtant pas dans ses habitudes d'être indécis. L'adolescent avait toujours su ce qu'il voulait et s'était toujours donné les moyens d'y arriver. L'incertitude ne lui avait jamais été familière, et pourtant elle venait s'insinuer en lui ce jour-là, comme du venin, empoisonnant inutilement une conversation qui aurait pu être plus constructive. Il ne parlait pas pour rien dire, en général. Cependant, peut-être que tout ce qui se passait en ce moment lui causait  des attitudes qui ne lui ressemblaient pas. S'il avait longtemps réfléchi au retour de son père dans sa vie, il ne s'était tout de même pas attendu à ce que les changements s'opèrent à ce point-là. Il avait déjà envie de passer encore moins de temps à la maison, et envisageait déjà de trouver des prétextes pour sortir, voire de s'inventer parfois de fausses excuses. Tous les prétextes seraient bon pour fuir. Il était pourtant honnête, de nature, et il affrontait toujours ses problèmes. Le fait qu'il n'ait pas envie de chercher des solutions cette fois-ci était sans doute une preuve que tout ce qui arrivait le perturbait grandement. Il décida de garder le silence et de ne plus changer d'avis une seule fois. Les lèvres pincées, gêné de son attitude, il observa la rouquine sortir un cadre qui irait très bien avec le tableau. Il resta cependant silencieux, de crainte de ne dire encore quelque chose d'inutile, et écouta attentivement le discours de la rouquine, tout en se retourner pour analyser sur place ce qu'elle lui racontait. Evidemment, il ne connaissait rien à l'art ou à la gestion d'une galerie, et il n'aurait sans doute rien dû dire. Mais bon, le mal était fait, et il n'avait plus qu'à rattraper la chose en se comportant un peu plus normalement. Et le Matteo normal était la personne ravie qu'on lui propose quelque chose de sympathique, pas celle qui se mettait à changer d'avis à tout bout de champ. Il inspira calmement. « Oui, c’est vrai, je n’avais pas songé aux choses de cette façon. » Il fit une petite pause assortie d’une moue gênée. « Le cadre est chouette. » reprit-il plus légèrement.

Montrer de la bonne humeur, et pas de doutes, c'était la solution pour tout dans la vie. Pour les entretiens d'embauche, à l'épicerie, quand on voulait faire une annonce à quelqu'un, ou même pour les mariages. Oui, il fallait sourire à tous les autres invités, et ne montrer aucun doute ou aucune réserve quant au fait que les mariés étaient faits l'un pour l'autre. Dans la situation actuelle, il ne devait pas douter que le tableau serait à sa place ici. Si la Preston le disait, c'est que c'était vrai. Elle connaissait son job. Et l'adolescent sentait que ce n'était pas par pitié qu'elle exposerait la toile derrière le comptoir, mais parce que ça lui faisait plaisir de faire plaisir à quelqu'un d'autre. Il ne pouvait pas l'affirmer avec certitude, mais c'était la sensation qu'il avait. Cette femme devait être quelqu'un de bien. La proposition de la petite plaque le prouvait. C'était bien plus que ce que le jeune homme pouvait espérer pour le tableau à la base, mais cette fois, il se garderait bien d'exprimer la moindre réserve. Et non, il ne voulait pas garder la toile pour lui, tant qu’elle ne gênait pas ici. Il allait accepter ce geste de gentillesse sans fausse-gêne. « Non, c’est bon, le tableau sera très bien ici. » déclara-t-il avec un sourire franc.  « Et la plaque est un excellente idée ! » Mais qu'est-ce qui pourrait bien être écrit ? Ce n'avait pas à être un éloge funèbre ou quoi que ce soit. Il fallait qu'il pense à ce que sa mère, elle, aurait aimé qu'il soit écrit en dessous du tableau. Peut-être une citation qui lui tenait à coeur, ou quelque chose comme ça. Ou mieux, quelque chose qu'elle-même avait dit. « On peut peut-être juste mettre une petite citation, quelque chose qu’elle aurait dit concernant le tableau, ou un truc dans le genre, histoire que ça ne soit pas trop triste, ou quoi». Il prit une petite pause pour sortir un crayon et un petit post-it de sa petite sacoche. C'était important d'avoir toujours de quoi écrire, sur soi. Il gratta le petit papier avec son stylo. « Some beautiful things are meant to be seen. When times go dark, just look at these and remember everything is going to be fine». Quelque chose qu’elle lui avait dit lorsqu’on lui avait diagnostiqué son cancer. C’était un joli message, de penser qu’il y avait toujours quelque chose dans la vie qui valait la peine qu’on s’y intéresse. Il tendit son petit post-it à la galeriste. « C’est plutôt pas mal comme truc, non ? » s’enquérit-il avec un petit sourire, en rangeant son crayon.

C’était le genre de phrase philosophique que sa défunte maman aurait aimé voir accompagner une œuvre d’art. Aux yeux de Matteo, c’était bien. Mais, l’œil expert de la galeriste le lui prouverait ou contredirait la chose. Dans tous les cas, elle saurait comment rendre la chose au mieux. « C’est le genre de trucs qu’elle disait tout le temps. Elle voulait toujours voir le côté positif des choses, même quand tout allait mal. Je ne le lui disais sûrement pas assez quand elle était encore là, mais je l’admire beaucoup, ma mère. Elle a été forte dans sa souffrance, jusqu’au bout, elle ne laissait rien paraître. On ne peut pas en dire autant de mon père ». En temps normal, Matteo aurait été gêné de déblatérer tout ça, mais après tout, la rouquine avait proposé de parler, et il comprenait maintenant qu’il ne fallait pas tergiverser des heures sur une proposition. « En fait, il vient de rentrer de désintox, quand on était en voyage à New-York avec le lycée. Je sais qu’il est clean et en meilleur état mental qu’il n’a pu l’être depuis deux ans, mais je ne veux pas le voir, ou passer du temps avec lui. Je ne sais pas pourquoi. C’est comme ça ». L’annonce du séjour de son père en cure était une première pour le jeune homme. En dehors de sa famille et des médecins, personne n’avait été mis au courant. Et il ne fallait toujours pas que qui que ce soit, soit au courant. « J’imagine que je peux compter sur votre discrétion là-dessus ? » demanda-t-il, le rouge aux joues. Après tout, ça faisait finalement du bien d’en parler à quelqu’un d’autre qu’à un médecin. C’était un poids qui se soulevait de ses épaules.
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MessageSujet: Re: 04. All your eyes show is limitation   Dim 6 Avr - 20:39

Le jeune homme semblait avoir rassemblé ses esprits et s'être fixé sur ce qu'il voulait, pour le plus grand plaisir de la galeriste qui, dans toute sa bonté, n'avait pas spécialement envie de passer la journée à tourner autour du pot, surtout pour un sujet si facilement résolu. Oui, elle exposerait le tableau et se contenterait de la reconnaissance éternelle du garçon en retour. Apparemment, visualiser l'emplacement de la toile, dans son cadre et avec son éventuelle plaque aidait Chester à accepter de se séparer de son bien. Lexie se doutait que les hésitations du lycéen n'était pas le fruit d'un simple caprice et que a valeur sentimentale de l'objet rendait la séparation douloureuse, même si c'était ce qu'il voulait et ce que sa mère aurait voulu. Matteo se détendit légèrement et ses expressions étaient moins crispées, plus ouvertes et calmes. Il se montra d'ailleurs enthousiaste, si tant est que ce soit le mot approprié, à l'idée d'accompagner le tableau de quelques mots et sortit un crayon et un papier de son sac, avant même que la rouquine n'ai eu le temps de lui proposer les fournitures qui traînaient sur le comptoir. Les clients ne peuvent pas signer de chèque sans stylo après tout. Elle hocha la tête alors qu'il lui indiqua réfléchir à une citation quelconque et s'apprêta à émettre une ou deux suggestions - elle n'avait pas fait histoire de l'art pour rien - mais il était visiblement inspiré. La co-directrice des lieux s'empara du post-it pour y lire une jolie phrase sur la valeur de la beauté et son importance dans nos vies. C'était un message idéal pour veiller sur leur petite galerie et Lexie sourit donc doucement au jeune homme, en signe d'approbation. « C'est une belle pensée. Tu peux ajouter le nom de ta maman peut-être, pour montrer que ça vient d'elle. Sinon, c'est parfait. » C'était optimiste et ne mettait pas en exergue le côté très dramatique de ce don, ni son aspect un peu macabre. Les dons des morts avaient toujours de quoi mettre mal à l'aise. Ce dispositif contournait le problème, tout en rendant joliment hommage à cette femme de goût, partie trop tôt. Le regard de la jeune anglaise s'attarda sur le garçon, alors qu'il lui expliquait que c'était le genre de pensées qu'exprimaient souvent la défunte et qu'il admirait son courage. Elle ne le regardait pas avec pitié mais ne pouvait s'empêcher d'éprouver une certaine empathie pour lui. Ce devait être terrible, de perdre sa mère si jeune. D'autant qu'il semblait la tenir en haute estime et avoir été proche d'elle. Un vague sentiment de culpabilité saisit Baby Preston aux entrailles, quand elle songea à la dernière conversation qu'elle avait eu avec sa propre génitrice. Elle ne lui avait pas adressé la parole depuis qu'elle avait quitté le domicile familial, quelques heures après une éclatante dispute qui avait définitivement fait céder les ponts qui pouvaient encore exister entre Emilia et sa cadette. La théâtralité de la chose était digne de la flamboyante rouquine, bien incapable de gérer ses émotions comme un individu raisonné et évolué et cédant régulièrement à ses impulsions de drama queen. Les rapports entre la mère et la famille n'avaient jamais été au beau fixe mais ça avait été la goutte de trop. La fille à papa qu'elle avait toujours été, quelque part au fond de son coeur, avait elle aussi disparu ce jour là, quand John Preston s'était avéré être celui qui avait douté de sa fille chérie. Lexie ne les avait plus jamais vu comme avant, la lumière, crue et froide, s'était soudainement faite sur ses parents. Les vérités que sa soeur avait vainement essayé de lui montrer, toutes ces années, avaient brusquement éclaté. Ses souvenirs s'étaient déformés, de petites phrases et certaines scènes du passé lui étaient revenus en mémoire sous un nouvel angle. Mais si quelque chose devait arriver à sa mère - ou pire à son père - ne regretterait-elle pas d'avoir forgé ce vide abyssal entre elle(s) et eux? Cette pensée terrible traversa la grande rousse en l'espace de quelques secondes et elle fit un effort surhumain pour ne pas se laisser aller à un violent tremblement. Elle se concentra à nouveau sur la confession inattendue de Matteo, qui lui rappelait combien ses tracas familiaux étaient infimes en comparaison.

Bien sûr, les peines et les troubles de chacun n'étaient pas faits pour remporter une malsaine compétition, mais la britannique s'estimait néanmoins chanceuse. Ses deux parents étaient en vie et s'il y avait une telle distance, aussi bien physique qu'émotionnelle, c'était de son propre chef. Ils avaient fait des erreurs -  elle aussi sans doute, même si elle n'était pas forcément encline à l'admettre - et les désaccords étaient devenus trop grands pour qu'elle les endure plus longtemps. Mais elle avait eu le choix, ce qui n'était pas le cas du jeune homme. Toutes les familles heureuses se ressemblent ; mais chaque famille malheureuse l'est à sa façon, disait Tolstoï. C'était criant de vérité, mais la cadette des Preston estimait néanmoins s'en tirer à bon compte. Parce qu'elle avait Anna et JJ, qui aurait d'ailleurs été beaucoup plus à même de comprendre et peut-être d'aider le jeune Chester. En effet, le degré de présence de son meilleur ami dans sa vie s'expliquait en partie par sa situation familiale délicate et les dérives de son alcoolique dépressive de mère. Ce n'était pas forcément le sujet qui animait les repas de la Pension et Joachim n'aimait pas spécialement en discuter, à raison. Il avait trouvé refuge chez les Preston, avait créé une nouvelle famille et, même s'il portait encore les cicatrices, plus morales que physiques, de son passé, avait réussi à se délester du poids de la colère et de la culpabilité. Dans un élan protecteur ou compatissant, le bras de la galeriste s'étira au dessus du comptoir et elle pressa maladroitement le bras du jeune homme. Elle lui adressa un sourire chaleureux et répliqua naturellement « Bien entendu, tu apprendra que je suis une spécialiste des secrets. »  Retrouvant sa position initiale, elle lui fit un clin d'oeil amusé et ajouta « Il semblerait que j'ai un talent pour pousser les gens à se confier à moi, je le mets donc à profit. » La rouquine hocha doctement la tête, comme pour assurer à Matteo que son statut de psychologue de comptoir - quels qu'ils soient - venait avec une promesse. Elle adopta néanmoins la posture la plus adulte-responsable-qui-sait-de-quoi-elle-parle qu'elle maîtrisait et ajouta « Plus sérieusement, tu peux me parler si tu veux. Je nous fais une tasse de thé et tu me raconte ce que tu veux. Si t'as envie hein. » Elle haussa les épaules, montrant qu'il ne s'agissait nullement d'une obligation et se permit une dernière remarque « Et tu sais, rien ne t'oblige à voir ton père si tu n'en as pas envie ou ne t'en sens pas capable. Les liens du sang ne font pas tout et tu ne dois rien à ta famille, juste parce que vous partagez un peu d'ADN. La famille ça se construit, se mérite. Ca se choisit. Je ne peux pas dire que je comprends vraiment ta situation mais... » Une hésitation interrompit le flot de paroles jusque là assuré et continu de Baby Preston, qui ne pouvait s'accorder le droit de dévoiler la vie privée de JJ au premier inconnu en détresse qui passait par là. Elle opta donc pour une pirouette « Disons que j'ai pu en être témoin, d'une certaine façon. Souviens toi juste que tu mérites la liberté et le bonheur et que si ton père ne te l'apporte pas, tu es en droit de prendre tes distances. » Pour adoucir la dureté de ses propos, la rouquine esquissa un mince sourire, mais elle ne prit toutefois pas la peine d'enjoliver son discours. On ne disait pas assez ce genre de choses. La complexité et la difficulté des liens familiaux étaient souvent minimisées et on brandissait à tout va une sorte de loyauté absolue que rien ne justifiait vraiment. La famille déçoit, abandonne, maltraite. Quand une relation d'amitié ou d'amour est toxique, personne n'hésite à enjoindre l'intéressé à sortir de sa situation, à couper les ponts, mais une sorte de tabou existe autour de la famille et notamment des parents. Le gîte, le couvert, quelques marques d'affection ne compensaient pas toujours les blessures infligées. Peut-être que Matteo le savait déjà et qu'il avait plutôt besoin de s'entendre dire que les choses pouvaient s'arranger et que son père l'aimait, bien entendu. Mais, malgré tout son optimisme et son charme solaire, Lexie Preston pouvait parfois avoir un sens des réalités un peu brutal et ne tombait pas exactement du côté des bien pensants. Et c'était une experte reconnue pour dire ce que la plupart des gens ne s'autorisaient pas à penser, ce qui avait ses avantages. Comme ses inconvénients.
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MessageSujet: Re: 04. All your eyes show is limitation   Jeu 17 Avr - 14:07

Le sourire qui apparut sur le visage de la galeriste lorsqu’elle lut le papier soulagea immédiatement l’adolescent. Il avait eu peur que ça soit too much, ou que ça ne convienne pas, ou quoi que ce soit. A sa suggestion, il se saisit à nouveau du post-it pour y griffonner le nom de sa mère. Il ne put cependant s’empêcher de remarquer un léger malaise chez la jeune femme, alors qu’il lui racontait l’histoire de sa mère partie trop tôt. Il se demandait si elle avait connu ce genre d’histoires elle aussi, mais ne le lui demanda pas, c’était trop indiscret.  C’était toujours mieux quand les gens décidaient de parler d’eux-mêmes, et pour certains, parler ne faisait que remuer le couteau dans la plaie, et ils ne parlaient jamais. Longtemps, le jeune homme avait été comme ça, mais aujourd’hui, en parler était plus une sorte de libération qu’un coup de poignard supplémentaire. Il se rendait petit à petit compte qu’il était plus facile de discuter avec des inconnus qui ne le jugeraient pas, qu’à des personnes qui le connaissaient. Le geste de compassion de la galeriste lorsqu’elle lui pressa le bras le toucha et il lui adressa un sourire qu’il voulait reconnaissant. De tous temps il avait appris que certaines choses devaient rester secrètes, ne pas s’ébruiter, et il ne se confiait donc pas facilement car il ne savait pas à qui il pouvait vraiment faire confiance. Le phénomène était bien sûr accentué par le fait qu’il vive dans le monde du show-business depuis le début de sa préadolescence. On lui avait ordonné de ne pas parler de certaines choses, de garder sa vie privée secrète, de faire très attention aux personnes à qui il racontait ses misères ou ses petits bonheurs. L’habitude de se taire était restée, du moins jusqu’à maintenant. Parce qu’après tout, il avait mis sa carrière en pause, et même si c’était contre son gré, il ne voyait pas pourquoi il se priverait d’avoir une vie normale pendant ce temps. Etre un adolescent normal, vivre avec des adolescents normaux. C’était une phase nécessaire à son passage à l’âge adulte. Il n’avait pas été privé de son adolescence, et était sans doute plus indépendant que beaucoup de jeunes de son âge, mais il n’en avait pas profité de la même façon que les autres non plus. Il n’avait jamais eu de meilleur ami, ni d’ami fixe à vrai dire. Des amitiés se créaient à chaque tournage, ou dans chaque collège ou lycée où il avait été, mais il bougeait souvent, et aucune ne le suivait. Il découvrait petit à Lima ce que c’était d’être en permanence avec les mêmes personnes, de pouvoir obtenir en quelque sorte une stabilité.

Ce fait lui-même faisait qu’il en était là, à raconter sa vie à une inconnue, chose qu’il n’aurait jamais faite quelque mois plus tôt. Jusque-là, seule Kayla et le docteur Ashmore avaient eu le privilège, ou la malchance, d’écouter les malheurs du jeune garçon. Son oncle et sa tante étaient au courant de toute l’histoire et auraient pu être des confidents de choix, mais il n’était pas vraiment à l’aise à l’idée de leur en parler. Pourquoi avait-il à ce moment précis l’impression que miss Preston était une personne de confiance ? Il n’en avait aucune idée, c’était juste son ressenti de l’instant. Cependant, il avait aussi la sensation d’en avoir assez raconté sur son passé. « Je pense avoir globalement suffisamment résumé la situation, mais je ne suis pas contre un thé » lança-t-il plus détendu à la jeune femme chez qui il lui avait semblé percevoir un accent britannique. Et les anglais étant les pros du thé, il voulait savoir quel goût avait un vrai thé britannique. Ce qui suivait dans le discours sur la famille était néanmoins plus sérieux, et il aurait aimé pouvoir y croire. Il aurait aimé pouvoir se dire qu’il pouvait se détacher de son père juste comme ça, en claquant des doigts. Mais au fond de lui, il avait toujours les images de l’homme qui l’emmenait au parc, qui prenait des photos de lui sur les manèges. C’était un homme bien à la base, et il l’était sans doute encore malgré les problèmes addictifs qui l’avaient fait plonger au fond du gouffre. Il ne pouvait pas tirer un trait comme ça sur celui qui l’avait élevé. « C’est vrai. J’aimerais que ça soit si facile que ça, mais bon, il ne m’a jamais fait de mal. Le seul mal qu’il a fait, c’était celui qu’il s’est infligé à lui-même avec toutes ses consommations. Je ne peux pas non plus le lâcher comme ça » . C’était la simple vérité, ils avaient tous les deux soufferts de la maladie de leur mère, chacun à leur façon, et celle de son père n’était pas la plus digne, mais il n’avait jamais blessé qui que ce soit. Seulement, le cerveau humain est trop complexe pour simplement accepter la vérité comme elle l’était, et le petit looping qui s’opéra dans le ventre de Matteo le prouvait. « Je pense surtout que j’ai besoin de prendre des distances comme vous dites. Au moins temporairement. Mais ce n’est pas possible, vu qu’on est obligés de partager le même toit maintenant, ce qui inclut de me retrouver face à lui au petit-déjeuner sans avoir rien à lui dire, de le retrouver affalé sur le canapé quand je rentre de cours le soir, etc… » expliqua-t-il sur un ton le plus léger possible, comme si au final, cela ne lui importait pas. Après tout, il s’était toujours adapté aux conditions que la vie lui offraient, et il n’y avait pas de raison qu’il n’y arrive pas cette fois-ci. « Enfin, je trouverai bien une solution, dans tous les cas. Il y a toujours des solutions » affirma-t-il avec une certitude feinte. Faire semblant de croire ce qu’il disait n’était pas quelque chose de bien difficile, puisqu’il en avait fait son métier. « Je n’ai qu’à me dire que je ne le supporterai que jusqu’à la fin de l’année scolaire, c’est plus motivant. Après, je retournerai sur les tournages, je vivrai ailleurs, et il n’aura plus aucune emprise sur ma vie ». Mais à l’instant t, la fuite, qui était pourtant tentante, n’était pas une solution envisageable.

#oeuf n°14
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MessageSujet: Re: 04. All your eyes show is limitation   Sam 17 Mai - 14:52

Le jeune homme avait beau estimé avoir dit ce qu'il avait à dire, il accepta néanmoins l'offre de la britannique. Après tout, un thé, ça ne se refuse pas. Lexie fit donc signe à Chester de la suivre et, tout en parlant, le mena au bureau, où les piles de paperasses et le désordre qui y avait régné commençait à laisser place à un espace aéré et bien rangé. Les talents d'organisation et de gestion de la jeune Harper Pritchard et la fierté de JJ, qui n'aimait pas spécialement l'idée qu'une lycéenne fasse un meilleur travail que lui, avaient fait des merveilles. Aussi, la rouquine pu tirer la chaise pour Matteo et mettre en route la bouilloire sans avoir à déplacer un tas de feuilles en équilibre précaire ou à manoeuvre entre deux tours de documents. Elle se laissa tomber sans grâce aucune dans le fauteuil en - faux - cuir et servit un franc sourire au garçon, qui lui expliquait comment il envisageait les retrouvailles avec son père. La galeriste écoutait attentivement, tout en sortant deux tasses et une théière d'un rose vieilli du placard derrière elle. Elle pinça les lèves quand il lui dit être bien incapable d'abandonner son père et hocha doucement la tête en signe de compréhension. Si malgré les heurts et la douleur, la déception qu'il lui avait infligé, Matteo était prêt à pardonner son père et à renouer un lien affectif avec lui, c'était sans doute bon signe. Ou bien le petit laïus de Lexie s'était heurté à un mur et il se sentait doté d'un quelconque devoir familial. Le jeune homme avait toutefois l'air mûr et raisonnable pour son jeune âge, puisqu'il admit tout de même qu'une certaine distance ne serait pas de trop et semblait vouloir reprendre en douceur le chemin d'une relation filiale plus saine. C'était tout à son honneur, il faisait preuve de beaucoup de maturité que Baby Preston n'en aurait été capable. N'en avait été capable en vérité. Car même si elle n'avait pas traversé la même chose et qu'elle ne pouvait nullement comparé son enfance plutôt rose avec la vie agitée d'enfant star de Matteo Chester, la rousse avait eu ses propres déboires parentaux.

Même avant les événements plus récents, la cadette de la famille avait eu son lot d'esclandres et de ressentiments. Les disputes avec sa soeur était monnaie courante, mais ce n'était pas là le coeur du problème. Anna et Lexie avaient toujours eu des rapports compliqués, leur proximité en termes d'âge et leur complémentarité entrant parfois en collision violente avec leurs caractères aux antipodes et leur vision radicalement différente du monde. Mais le gros point noir chez les Preston étaient sans doute la relation houleuse qu'Emilia et sa plus jeune fille entretenait. Sa mère souffrait d'un semblant de dépression que Lexie avait toujours catalogué comme du snobisme et une complaisance extrême. Emilia aimait se donner de grands airs, pleurer sur son sort et faire croire que c'était sa peine de riche femme entretenue qui transparaissait dans ses oeuvres. La petite anglaise perdait toute son empathie et sa compassion, qu'elle était pourtant prête à étendre à à peu près n'importe qui, quand il s'agissait de sa mère. Si elle avait eu besoin d'une aide véritable, si elle aussi avait sérieusement basculé du côté de l'addiction, nul doute que sa fille cadette n'aurait pas été là pour la soutenir et lui tenir la main. Dans toute sa bonté et malgré sa nature conciliante, il y avait des choses sur lesquelles la rouquine se montrait intransigeante, pour ne pas dire égoïste et cruelle. Aussi, elle admirait les efforts que Matteo était prêt à déployer et comprenait parfaitement son besoin d'isolement relatif. Avoir sur le dos un parent avec lequel tout est à reconstruire et avec qui vous ne partagez plus grande chose doit sans aucun doute être difficile.

Les deux tasses de thé fumantes étaient désormais posées en face d'eux et Lexie en avala une petite gorgée, poussant le sucre et le lait - qu'elle venait de sortir du mini-frigo - vers le jeune homme. Elle esquissa un sourire et s'accorda donc un léger répit, un temps de réflexion. La jeune anglaise voulait sincèrement aider le lycéen dont l'histoire la touchait. Elle avait toujours eu un faible pour les histoires de famille. Qu'importe les triangles amoureux, les morts qui reviennent, les mariages, les amours à sens unique, l'espionnage, les monstres à combattre et les ennemis à occire qui abondaient dans la fiction. C'était les histoires de joyeuse bande d'amis et surtout, les familles qui se déchirent, les frères et soeurs en compétition, les enfants reniés et les parents fatigués dont Ginger Spice voulait savourer les aventures. Aussi, ce petit real life drama faisait vibrer les bonnes cordes de son petit coeur sensible et, stimulée par la théine, elle s'efforçait de trouver une idée lumineuse. Sourcils froncés, elle répliqua doucement, perdue dans ses pensées « Il y a bien quelqu'un qu'on doit pouvoir faire. » Matteo avait beau faire preuve de bravade, Lexie devinait qu'il n'était pas aussi confiant qu'il voulait bien le lui faire croire. Elle était une spécialiste de la façade de bonne humeur et d'optimisme et il n'était pas si facile de la duper, surtout quand on s'y essayait avec aussi peu de conviction. Elle ajouta donc, plus fort et d'une voix plus assurée, en faisant tinter sa tasse contre la soucoupe en la reposant. « Je suis sérieuse hein, on ne peut pas te forcer à vivre avec ton père si tu n'est pas prêt. Où vis-tu actuellement? Tu ne peux pas rester là? » Peut-être n'en avait-il pas plus envie cela dit. « Tu peux pas louer un petit appartement quelque part ou rester à l'hôtel ou... » Les prunelles chocolat de la galeriste tombèrent alors sur une belle pochette cartonné d'un vert pomme singulier, ouverte devant elle. JJ avait dû se pencher sur la comptabilité. Mais elle reconnut bien vite les photos de la grange, le devis, les colonnes de chiffres et la liste de pros and cons qu'elle avait elle-même dressée quelques jours plus tôt. Le gîte. Cette idée un peu loufoque qu'Anna avait évoqué en passant, il y a de cela des mois et qui étaient restés dans un coin de leur tête depuis. Lexie y avait d'abord vu une motivation pour faire survivre la galerie et une provocation de sa soeur, mais le sujet revenait souvent à la table de la Pension et l'idée avait clairement fait du chemin et commençait à prendre des airs de réalité. Hésitante, la britannique enroula ses mains autour de sa tasse et coula un regard vers son interlocuteur, avant d'accrocher son regard pour parler tout à fait sérieusement. « Sinon on a un projet en cours... Je ne sais pas si je devrais t'en parler, parce que rien ne dit que ça se fasse, ni que tu pourras venir. Après tout, je sais pas si les séjours longue durée ça se fait, même si y a pas de raison, au contraire, ça fait de l'argent régulier... » Prenant conscience que ses propos n'avaient aucun sens pour le pauvre gamin, elle toussota deux fois et expliqua « En fait, on va sûrement ouvrir un gîte. Mais je ne sais pas quand, ni même si ça va vraiment se faire. Et si c'est le cas, ce sera pas avant quelques mois. Mais bon, voilà, si d'ici là tu n'as toujours rien trouvé, on pourra en rediscuter. » C'était sans doute la proposition la plus incertaine et la plus bancale qui ai jamais été faite. Mais au moins, l'idée était soumise et Baby Preston saurait, en son âme et conscience, qu'elle avait fait de son mieux pour aider ce garçon.
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MessageSujet: Re: 04. All your eyes show is limitation   Jeu 22 Mai - 22:45

A l’invitation de la galeriste, il la suivit jusqu’à son bureau, aussi propre que l’espace d’exposition. Il s’assit sur la chaise que la jeune femme venait de tirer, en murmurant un vague merci, qu’elle n’entendit probablement pas. Avant de reprendre la conversation sur le retour de son père dans sa vie. Il ne devrait pas parler de son père de cette façon. Pas après s’être engagé auprès du docteur Ashmore quelques mois plus tôt, à faire partie au maximum de la vie de celui-ci, pour qu’elle revienne à la normale. Mais il fallait se rendre à l’évidence, rester habiter dans la même raison ne faciliterait les choses pour personne. En admettant que Clyde veuille avoir une discussion et se retrouve soudainement face à un mur, ça ne l’aiderait pas. Autant qu’ils vivent pour le moment séparément et trouvent un autre moyen de créer le dialogue. Mais ce n’était pas possible, et ça ne le serait pas. Autant se résoudre tout simplement à accepter dès maintenant sa destinée, puisqu’elle était ainsi. Cela ne l’empêchait pas de parler d’hypothétiques solutions, qui pourraient éventuellement exister, mais qu’il ne pourrait pas mettre à profit. La rouquine semblait l’écouter patiemment, alors qu’elle poussait vers lui le sucre et le lait. Il ajouta un carré de sucre dans sa tasse, mais ne se servit pas du lait, préférant le goût du thé en lui-même, sans vouloir l’altérer. La jeune femme semblait vraiment concernée, et voulait essayer de l’aider. Cela toucha particulièrement le jeune homme. Il était tellement rare que des inconnus veuillent aider leur prochain. Il s’amusa à essayer de prendre sa tasse à l’anglaise avec le petit doigt à l’air, avant de se rendre compte que c’était ridicule et de la prendre avec les deux mains, la chaleur les réchauffant ainsi au passage. Il en faut peu pour être heureux, comme on dit.

Il sourit à la galeriste alors qu’elle lui posait des questions sur son habitation actuelle. Même si elle lui disait qu’on ne pouvait l’obliger à vivre avec son père s’il n’était pas prêt, il savait bien qu’il n’avait pas le choix. Il n’avait jamais envisagé l’option de louer un appartement quelque part. En même temps, il n’avait pas vraiment eu le temps d’y penser jusque-là. Son père étant revenu pendant qu’il était à New-York, dont il avait fini par revenir la veille, il n’avait pas encore eu l’occasion de réfléchir à la situation. L’idée était bonne, cependant. On pouvait par contre oublier l’hôtel, il avait passé assez de temps dans des hôtels dans sa vie pour avoir envie de vivre dans un de ces endroits, même temporairement. Et puis, vivre seul dans une petite chambre n’était pas spécialement une perspective intéressante. « J’avoue que je n’ai pas encore eu le temps d’envisager de solution, je ne suis rentré qu’hier de New-York, et là-bas, je n’ai pas vraiment réfléchi à ce qui se passerait à mon retour ». Il tira une moue pensive. « Si je n’avais pas envie de finir le lycée, je retournerais volontiers là-bas, dans notre ancien loft. Mais le lycée c’est quand même vachement important ». Ce n’était pas pour autant qu’il se donnait la peine de beaucoup travailler pour réussir sa dernière année. « Je vis chez mon oncle et ma tante, pour l’instant. Et mon père aussi, du coup. Quant à louer un appartement, je ne sais pas. Je pourrais vivre seul, mais je ne sais pas si j’en ai très envie ». Il se sentit tout à coup ridicule, il serait bientôt adulte, et il faudrait bien qu’il s’habitue. Mais c’était trop tard, il avait fait preuve de franchise, ce n’était pas le moment de faire machine arrière. « Enfin, c’est plus confortable de vivre à plusieurs ».

Il but une autre gorgée de thé, alors que miss Preston lui expliquait qu’elle avait un projet, dont la réalisation semblait incertaine, et dont il ne comprenait pas vraiment en quoi il consistait. D’une solution d’hébergement visiblement, puisqu’elle parlait de séjour de longue durée et d’argent régulier, mais il ne pouvait pas en être sûr. Son regard se fit plus interrogateur. Il ne tarda pas à avoir la réponse à ses questions. Elle parlait donc d’un gîte. L’idée semblait d’autant plus intéressante que s’il louait juste une chambre dans un gîte, d’autres personnes en loueraient sans doute d’autres et il ne serait donc pas vraiment seul. Même si son ouverture était incertaine, et à plus ou moins long terme, l’idée elle-même suffit à redonner un peu d’espoir au garçon. Il adressa un sourire franc à la rouquine. « Ici ? A Lima ? » Même si la chose était fort attrayante, il n’envisageait pas non plus d’aller vivre ailleurs. « Merci beaucoup de votre proposition, miss Preston. Si jamais ça se concrétise, et que je ne trouve rien d’ici là, on pourra effectivement en reparler ». Il avala encore une gorgée de thé. « Enfin, je ne voudrais pas vous ennuyer ou quoi, si vous pensez qu’un séjour de longue durée n’est pas possible, je chercherais autre chose. Enfin qui sait, à ce moment-là l’année sera peut-être terminée et je repartirai à New York ». Il finit sa tasse presque d’une traite et la reposa sur la soucoupe, avant de regarder à nouveau la galeriste, les yeux plus pétillants que dix minutes auparavant. « Je vais essayer de trouver un petit appartement en attendant, merci de l’idée. Même si c’est vrai que vivre en gîte c’est plus sympa ». Il se remettait à parler trop. « Enfin, vous me tiendrez au courant. Merci beaucoup en tout cas ! ». Son enthousiasme restait assez difficile à cacher.
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MessageSujet: Re: 04. All your eyes show is limitation   Jeu 29 Mai - 16:47

Encore une fois, l'enthousiaste Lexie Preston était aller un peu vite en besogne. Habituée à chercher des solutions là où il ne semblait plus en exister, experte du compromis - dès qu'il ne s'agissait pas d'elle-même et de sa famille - elle avait mis en route les rouages de son cerveau agité pour aider son prochain. Les Second Chances avaient beau murmurer sur le passage de sa crinière rousse, elle partageait - et surtout mettait en application - les valeurs que la chorale défendait avec bien plus de vigueur et d'honnêteté que certaines. N'en déplaise à Grace Hamilton, la londonienne penchait du côté bon samaritain de la force. Mais bien sûr, elle n'était pas animée par la volonté d'obtenir un ticket d'entrée au Paradis ou une éducation chrétienne, alors ça ne comptait pas vraiment aux yeux de l'illuminée. Et sans doute pas aux yeux de sa soeur et d'autres choristes, qui avaient simplement la délicatesse - ou l'hypocrisie - de ne pas le montrer aussi ouvertement. Grace était peut-être égocentrique et folle à lier, sa candeur et son obstination avaient ses bons côtés. Toujours est-il qu'à vouloir trop bien faire, la rouquine faisait peut-être un trop promptement. Le jeune homme eu d'ailleurs une réponse bien plus posée à son flot de paroles, exposant calmement et clairement sa situation actuelle. Buvant pensivement quelques gorgées de thé, sourcils froncés, Lex ajoutait quelques touches au portrait mental qu'elle avait commencé à dresser du jeune Chester. Il semblait être un garçon raisonnable, mûr, enclin à faire ce qui est juste, ce qui est de son devoir. Il y avait quelque chose chez lui qui la conduisait à penser qu'ils étaient de ces enfants qui ont trop vite grandi et sans doute n'avait-elle pas tort. La maladie puis la mort de sa mère, les problèmes d'addiction de son père et la plongée un peu trop précoce dans le monde réputé sans pitié du show-business, ça avait de quoi transformer un gamin. Et apparemment, il n'y avait que deux voies pour les enfants stars ; Lindsay Lohan ou Mara Wilson. Matteo appartenait plutôt à la deuxième engeance, au vu du côté très pragmatique et sage de sa réflexion et sa volonté de terminer le lycée. Il n'y avait qu'à espérer qu'il continue comme ça.

Toutefois, il restait un adolescent, tiraillé par les choix typiques imposés à la fin du lycée. Il avait toujours paru absurde à Lexie d'attendre de gamins hormonés, incapables de décider si oui ou non ils avaient envie de sortir avec Machin ou Machine, qu'ils décident de leur avenir en tout juste quelques mois. Pourquoi imposer une pression pareille à des enfants, à qui on ne fait même pas assez confiance pour les laisser boire légalement une bière? Le système américain, avec ses monstrueuses différences entre les universités prestigieuses et hors de prix et les lycées à la qualité d'enseignement pour le moins disparate, était encore plus risible. Il ne fallait pas s'étonner du taux d'anxiété et de dépression chez les moins de 25 ans, au vu de tout ce qu'on attendait d'eux. Réussir les A levels, les SAT, obtenir des bourses, travailler, choisir le bon cursus, celui qu'on ne regretterait pas de payer pour les trente prochaines années. C'était beaucoup et il y avait en plus de ça, les questions de la vie et les problèmes personnels, qui touchaient certains plus que les autres. La britannique offrit donc un doux sourire au lycéen, en reposant sa tasse dans la soucoupe. « Je confirme que vivre en colocation c'est le top, mais ça demande une sacrée organisation quand même. Ou quelqu'un qui sache cuisiner et soit légèrement enclin à l'hyperactivité pour s'occuper des tâches. » Avec une mine faussement blasée, elle se désigna de l'index droit, avant d'hausser les épaules et de laisser échapper un rire léger. « Non mais sérieusement, c'est vrai que c'est rassurant de savoir qu'il y a toujours quelqu'un pour regarder la télé-réalité avec toi, manger des chamallows, faire des teq paf ou t'écouter geindre de ta sale journée. Mais quand on vit tout seul, on est pas obligé de faire attention à bien verrouiller la porte de la salle de bains et on est pas obligé de rendre des comptes ou s'inquiéter des absences des autres. » Evidemment, la magie de la Pension était de combiner les avantages - et les inconvénients - des deux modes de vie. La maison était suffisamment grande pour s'isoler en cas de besoin et la bande de joyeux drills étaient des gens indépendants qui n'exigeait nullement des compte-rendus d'activité réguliers. Mais trouver exactement les bonnes personnes avec qui envahir une grande maison familiale était une tâche compliquée et Baby Preston doutait sincèrement que l'exploit puisse être si aisément réitérer, il ne valait donc mieux pas vanter un rêve inaccessible auprès de Matteo.

Elle pouvait cependant lui proposer une alternative incertaine, mais plaisante. Son discours était confus, c'était après tout la première fois qu'elle parlait de ce plan tiré sur la comète à quelqu'un en dehors du cercle directement touché par sa réalisation ou non. En parler, en public, à un quasi inconnu donnait une réalité un brin effrayante à une idée qui avait toujours semblé vague et lointaine. L'enthousiasme du gamin était lisible sur son visage juvénile et rendait l'idée que ce projet puisse ne jamais voir le jour d'autant plus douloureuse. La galeriste hocha donc la tête avec son sourire ultra bright le plus convaincant quand il lui demanda si cet hypothétique gîte allait bien ouvrir à Lima. Emporté dans son élan de bonne humeur, le jeune Chester se mettait à babiller presque autant qu'elle, ce qui arracha un petit rire à Lexie. Ce gîte pouvait faire des heureux, devenir une affaire rentable, aussi bien humainement que financièrement, les yeux brillants et joyeux du lycéen l'en avait convaincue. « Je pense en effet que prendre un appartement est une bonne idée, c'est plus concret comme solution. Mais je te tiendrai bien sûr au courant de l'avancement de tout ça ! » Un tintement clair résonna alors dans le bureau signifiant à la rouquine qu'un client venait de faire son entrée. Elle termina donc son thé en vitesse puis se leva vivement. « Je dois retourner travailler, quand même ! Mais n'hésite pas à repasser, pour discuter ou quoique ce soit. » Tout en parlant, elle avait fait le tour du bureau pour se planter devant Matteo, à qui elle adressa un sourire sincère. Spontanément, la jeune femme se pencha du haut de ses talons pour étreindre rapidement le garçon, une poignée de main lui semblant bien trop formel après un tel échange. Elle ne fit pas durer l'embrassade bien longtemps, pour ne pas le gêner puis ouvrit la porte donnant sur la galerie et lui fit signe d'avancer. « Et je suis sérieuse Matteo, reviens quand tu veux. Et bien sûr, si tu as des petits camarades riches et avec une fibre artistique, dis-leur de passer aussi ! » La grande rousse eu un rire léger et adressa un dernier geste de la main au lycéen, avant de s'approcher d'un pas guilleret du quinquagénaire planté devant le comptoir.
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04. All your eyes show is limitation

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