Choriste du mois


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 04. If I came to you empty handed...

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MessageSujet: 04. If I came to you empty handed...   Dim 2 Mar - 21:46

Par-dessus ses cernes violacées, Grace jeta un regard illuminé d’une joie légèrement surdosée à tout ce qui l’entourait.

-Oh. Mon. Dieu.

Elle baissa la voix, les paupières plissées avec cet air de confidences qu’elle prenait quand elle discutait de sujets dont elle supposait le contenu être l’objet de convoitise de multiples agences internationales susceptibles d’avoir dissimulé des micros espions un peu partout dans son périmètre d’évolution. Du coin de l’œil, elle jaugea une dernière fois la silhouette d’un bleu douteux qui l’observait avec placidité. Elle avait effectué quelque test auprès de son hôte. Rien que des formalités, de modestes critères collectés dans le but d’examiner le degré d’Initiation de son interlocutrice à la Foi chrétienne, au sens le plus absolument sectaire dans lequel l’envisageait la Hamilton.

-Bah pou’quoi qu’vous vous foutez pa’terre, là ? Z’allez tout vous ‘clater les g’noux…

Supposant la personne digne de confiance, quoique pas exactement du type Touchée Par La Grace, elle tomba le masque et confia à la cantinière dodue la raison de sa présence dans son petit royaume alimentaire. Sous le couvert d’une demande d’embauche, mobile idéal à son infiltration en territoire lycéen, encore que les dispositions prises par Figgins en matière d’intrusions n’aient jamais été qu’à la hauteur de ses autres talents pour l’administration : médiocres, Grace avait simplement voulu se rapprocher de…

-La preuve évidente que ce lycée, cette ville, ont été bel et bien désigné comme la Nouvelle Capitale de la Salvation…

…Aka, une tache de sauce texane au fond d’un four à micro-ondes.

Mais il fallait bien comprendre toute l’ampleur cosmique que prenait ce résidu de déjeuner carbonisé. En effet, ses contacts avec les masses croyantes de la ville, ce qui comprenait apparemment le service d’hygiène du la municipalité, l’avait informée d’un fait étrange qui nécessitait toute son attention. Et elle ne doutait pas que tous les corps religieux que comptait Lima allait se battre pour l’exclusivité de pareille trouvaille. Peut-être, un jour, à son exacte place, de jeunes acnéiques en colonie de vacances et paralytiques champêtres viendraient gazouiller prières et postillons jaunâtres face à la grille mal nettoyée du four de ce sanctuaire en devenir, étreignant avec passion des louches achetées à la boutique souvenir réaménagée dans le Quartier de Haute Sécurité, comprenez le bureau réservé à l’administration des Cheerios. C’était presque trop d’émotion.

Une rapide investigation et un papier qu’elle glisserait dans la presse, voilà le seul kit dont elle avait besoin pour propulser ce lycée d’Ohio au rang de Vatican 2.0.

Car c’était bel et bien une apparition de la Vierge qu’on pouvait découvrir dans la grouillante culture de bactérie à la couleur pernicieuse. Encore qu’une fois bien examinée, on puisse éventuellement y retrouver les traits stylisés d’un bernard-l’hermite en haut-de-forme. Mais cette légère réserve n’avait pas empêché baby Hamilton d’établir un cordon de sécurité, béni par ses propres soins, autour du probable Miracle.

A genoux sur le sol collant, le dédain qu’elle portait au gras qui s’accumulait sous ses rotules et incrustait le tissus de ses vêtements démontrait bien assez l’importance crucial de l’instant.

Un rot sonore l’arrache à sa Contemplation.

-Chui’ pas ben’ sûre qu’ça soit très légal tout c’est qu’ça…

-Ca l’est aux yeux du Seigneur. Tous comme le fait que vous ne portiez pas de charlotte, pas de gants, qu’il n’y a aucun liquide vaisselle à vue ou que les steaks que vous stockez ici datent probablement de l’époque où je suis arrivée ici., nota Grace d’un ton onctueux, Nous entrons dans une Aire nouvelle Caggy. Vous faîtes partie du Grand Changement, on ne va pas s’embarrasser de contraintes administratives quand nous sommes en face d’un Nouveau Monde qui…

-Ouais, ouais, bon, c’est génial. Mais, moi, j’veux pas m’faire renvoyer, hein. J’vois des trucs pas beaux comme ça, j’dois prévenir, hein, sinon, bah, on va ‘poisonner les gosses, ‘savez, i’sont pu’ très résistant ces mous-là, hein, voyez, et j’ai pas trop la situation pour r’tourner en prison, tout-ça… Et en fait, ‘voulez pas bosser ici, en vrai ?

-Hé bien, dans un sens, si on y réfléchit, je pense qu’on peut considérer que… Hum… Pas exactement, non…

-Mais qu’est-ce’tu fous ici, alors ?

-Je vous l’ai dit mais…

-Han. J’vois. T’es la pisseuse de l’église-machin, là ? C’toi qui nous a tamponné les meules pou’qu’on r’file les restes aux mes’icains drogués pu’tôt qu’les faire frire pou’les gosses, hein ? T’es c’te fille chiante, nan ?

-C’est moi.

Sourire. Battements de paupières. Plus de sourire.

-Je… Je crois.

-Moi, j’ai b’soin d’que’qu’un. Maint’nant. Vire tes fesses pâlottes, là, tu gènes les gens qu’veulent vraiment t’vailler…

-Il n’y a personne… Depuis une heure, je n’ai vu…

-Parc’que t’es là d’puis une heure, tu gènes.

La logique de la pseudo-brave femme barrait son front d’une sérénité bovine.

-Allez, dégage. J’ai b’soin d’que’qu’un. Et faut qu’j’appelle le gamin qui s’charge d’tout nettoyer après tout les prop’à rien de c’lycée, là, pou’qu’il gratte c’truc qu’tu câlines…

-NON.

Le cri, jailli du cœur et des tripes, traduisait toute l’horreur de la jeune femme pour le sacrilège évoqué.

-J’ai b’soin d’que’qu’un, moi.

La dame pas si affable la regardait tranquillement. Grace nota la lueur étrange dans son regard. Puis le large sourire qui s’étalait sur les lèvres molles. Elle pencha la tête sur le côté et attrapa le filet à cheveux que Caggy lui envoya.

-Ok, Globule, t’sais faire l’chili ?

Un silence pesant s’insinua dans les cuisines.

-Non. Mais je peux vous faire des cupcakes… Avec petites roses en sucre artisanales.

Sourire candide. Regard blasé.


-Ingrid ! Attends ! Tu as su t’en sortir avec les services d’immigration ? J’en suis si ravie ! J’ai justement besoin de quelqu’un…

Grace, applaudissant à moitié d’excitation, quitta son poste à la forte odeur de détergent, se précipitant vers la silhouette blonde qu’elle avait aperçue dans la cantine désertée il y avait peu. Au final, la pianiste devait s’admettre satisfaite. S’investir dans la vie digestive des adolescents de Lima ne pouvait pas être une mauvaise expérience en soit, l’estomac faisant nécessairement partie d’un des principaux moteurs du bonheur humain. Et vu le nombre étonnant de jeunes hommes qui venaient chercher leur nourriture auprès des cantinières, encore que Caggy ait étrangement rencontré moins de succès avec ses flageolets fumés tiédis, la Hamilton s’était sentie responsable de leur croissance et bien-être intestin. Sentiment inattendu mais pas foncièrement inintéressant.

Elle n’avait pas eu le plaisir d’apercevoir la communiste exilée dans la file de corps déglingués par les hormones tordus par la faim. Aussi cette rencontre enthousiasmait encore bien plus la protestante.

-Tu veux bien m’aider, dis ?

Ses pupilles dilatées à l’extrême n’entendaient pas de réponse négative. Elle agrippa le poignet de l’européenne et la traîna dans les cuisines sans attendre. Jetant des regards à droite et à gauche, elle se précipita vers le Très Saint Four et se tourna vers la lycéenne, les joues rouges.

-Je me suis dit que j’allais essayer de le porter seule. Mais c’est lourd. Beaucoup trop lourd.

Hochant la tête, elle débrancha la prise, geint en attrapant part le côté l’appareil plus que vintage, ses bras tremblants sous le poids démesuré pour un appareil si ridiculement petit quand elle parvint à la soulever et, sans attendre aucune forme d’assentiment, transféra sur les bras de la jeune fille un coin de la relique. Elle lui adressa un clin d’œil totalement absurde.

-Allez ! Vite ! On part !

Surexcitée, elle trépigna et sortit des lieux sans tarder, entraînant la New Direction dans une course littéralement folle. Adressant un sourire standardisé « Tout est normal » à la moindre personne qu’elles pouvaient croiser, Grace ne s’arrêtait pas, craignant de rencontrer l’austère cuisinière au détour des couloirs qu’elles arpentaient maintenant sous sa direction.

-Mon dieu. J’ai envie de pleurer Ingrid. Pas toi ? C’est si beau, pourtant.

Elle avait gardé un œil maternel sur la prolifération de miasmes porteuse d’autant de maladie que de messages divins pendant tout son service, de moins en moins rassurée par Caggy à mesure qu’elle se demandait si elle n’était pas hindoue. Bien trop inquiète pour son trésor que pour se pencher sur les questions d’excessivité et de règles probables enfreintes, la Hamilton avait décidé que dès que la cantinière s’éclipserait pour soulager un quelconque besoin dont elle évitait soigneusement de songer à la nature, elle protègerait son butin au péril de ses cuticules.

Une porte apparut. Grace n’hésita pas. Elles entrèrent, déposèrent l’objet graillonneux sur une table à proximité et la Hamilton se rua pour bloquer l’issue à l’aide d’une chaise. Ou, tout du moins, tenter de la bloquer, lamentablement échouer et faire comme si. Se retournant vers la pièce et la lycéenne désormais séquestrée, et éclata de joie.

-Mon Dieu. Mon Dieu. Mon Dieu. Mon Dieu. Mon Dieu. Mon Dieu.

La série se poursuivit jusqu’à ce que l’oxygène lui manque totalement. Sa vision s'ajusta difficilement alors qu'elle aspirait de large goulée d'air.

Le Club de Chasteté.

A cet instant précis, son coeur aurait pu s'arrêter de battre. Purement et simplement. Des Signes. Beaucoup trop de Signes.

Et, tournant sa tête vers la Svensson d’un seul coup, sur le ton de la conversation, elle reprit :

-Tu ne serais pas Vierge, toi, dis-moi ?
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MessageSujet: Re: 04. If I came to you empty handed...   Mer 5 Mar - 21:26

La journée n'aurait pas pu être plus habituelle. Des cours pas toujours faciles à suivre, des flageolets en guise de repas, une discussion shopping avec Kessy, et la certitude qui rien ne pouvait se passer en une journée si banalement paisible. Certitude bien vite transformée en surprise lorsqu'une voix pas tout à fait inconnue héla Ingrid à la sortie du self. L'adolescente se retourna, pour voir qui pouvait bien l'appeler, en priant pour que ça ne soit pas Aidan et sa caméra, ce qui était peu probable au vu du peu de testostérone contenue dans cette voix. Mais cette personne n'était pas un homme, et pas non plus une inconnue. Longue chevelure blonde, yeux pâles, avec une sensation de déjà-vu. Grace Hamilton. La suédoise se rappelait clairement leur toute première rencontre au Gramophone Records, lors de laquelle la jeune femme semblait l'avoir confondue avec un agent secret. Il ne serait sans doute pas désagréable de jouer légèrement sur la chose aujourd'hui. Sauf si l'envoyée de Dieu se mettait à lui demander un passeport pour le Paradis. Ce n'était pas le genre de chose qu'un ninja suédois pouvait offrir. Mais, voyant la jeune femme tous les dimanches à la messe, faisant preuve d'une ferveur presque démentielle, elle ne doutait pas que celle-ci avait déjà obtenu un visa à vie, ou plutôt à mort, pour rester éternellement auprès du Seigneur. Elle se demandait donc de quel genre d'aide celle-ci pouvait avoir besoin, mais elle n'avait aucun doute sur le fait que la réponse viendrait bien assez vite.
- Tu sais Grace, à la CIA on ne se préoccupe pas beaucoup des services de l'immigration, lança-t-elle avec un sourire amusé. En quoi je peux t'aid...

La jeune fille n'eut pas le temps de finir sa phrase, se faisant emmener de force dans les cuisines. Cela ne l'aurait sans doute pas dérangée de s'y rendre, si seulement elle ne ressentait pas des ongles s'enfoncer dans la peau de son poignet, menaçant de transpercer sa peau et de venir éclater ses veines, mais elle n'en montra rien. Elle n'était sans doute pas en compagnie du genre de personne que l'on pouvait contrarier, et la mission pour laquelle elle était réquisitionnée semblait trop importante aux yeux de son bourreau improvisé pour faire la moindre remarque. Cependant, apercevant le four, elle ne put s'empêcher de froncer les sourcils. Pourquoi donc devraient-elles donc bouger un objet électro-ménager, visiblement en parfait état de fonctionnement, pour l'emmener ailleurs que dans la cuisine, où était sa place ? Serait-ce encore un signe de folie ? Ce ne serait pas le premier que l'adolescente remarquait chez la Hamilton, mais ce serait encore un auquel elle ne prêterait pas attention. Elle accepta donc le poids de l'objet sans rien dire, mais ne cachant pas l'expression sceptique qu'avait revêtu son visage alors qu'elle lui faisait un clin d'oeil. Ce four était vraiment, vraiment, vraiment lourd. Peut-être aurait-elle du faire un stage chez Ikea quand il en était encore temps, pour prendre l'habitude de soulever des meubles. C'était le genre de compétence qui lui aurait été utile en ce jour. Traverser les couloirs en transportant un objet insolite sous le regard d'une foule d'élève, tous sortis récupérer leurs affaires de cours dans leurs casiers pour aller à leur première heure de cours, n'était franchement pas une mince affaire. Elles étaient en train de faire quelque chose vraiment étrange, et grâce aux sourires innocents de Grace, personne ne semblait trouver cela anormal.
- Pas envie de pleurer ? Si, parce que cette chose pèse plus lourd qu'un éléphanteau endormi, lâcha-t-elle alors que leur course infernale se continuait péniblement.

Une porte arriva enfin. La porte du soulagement. Lorsque ses bras frêlent furent enfin soulagées du poids qui les obligeaient à rester contracter depuis au moins vingt bonnes minutes - du moins, c'était ce qu'ils laissaient ressentir - la petite Svensson se pencha sur la question du pourquoi. Pour avoir été déplacé dans un lieu au hasard, alors qu'il fonctionnait, il n'y avait pas tant que ça d'explications. Grace Hamilton avait voulu dérober un four, ce qui semblait évident étant donné qu'elle était en train de les barricader toutes les deux avec l'objet à l'intérieur d'une pièce dont l'existence n'était pas encore connue par la suédoise. Maintenant, il fallait connaître la raison pour ce vol, et la jeune fille profita donc du fait que la Hamilton soit en train de fermer la porte pour inspecter le four.
- Mais. C'est... Marie. La vierge Marie, s'exclama-t-elle dans une stupeur à laquelle on n'aurait pas pu s'attendre de sa part.

Finalement, ce n'était sans doute pas de la folie, d'avoir voulu prendre le four. Il était un miracle à lui tout seul et méritait une attention toute particulière, et d'être traité avec respect. Et Ingrid avait participé à sa protection. Une bouffée de fierté l'envahit. Enfin, peut-être qu'il faudrait qu'elle sauve celle qui avait remarqué l'Apparition, elle n'arriverait pas à se débrouiller toute seule si celle-ci restait trop longtemps en apnée.
- Attends, respire, ne meurs pas ! Il faut appeler le pasteur. Tout de suite. Ou le Vatican. Tu avais raison, c'est beau. C'est magnifique, insista-t-elle.

La jeune femme semblait retrouver ses esprits, ce qui était bon signe. Il fallait absolument qu'elle fasse quelque chose. Néanmoins, elle semblait avoir déjà totalement oublié sa trouvaille. Ingrid ne comprit pas tout à fait pourquoi elle lui demandait si elle était Vierge.
- Je... Ben... Non. La seule Vierge sur Terre, c'est Marie. Et tu viens de la trouver dans un four. En plus, je suis taureau, déclara-t-elle, incertaine. Ah non, gémeaux pardon. Tu sais, avec tous vos mots anglais, je m'embrouille un peu l'esprit.

Son cerveau se mit à réfléchir à toute vitesse, et ses yeux s'écarquillèrent de surprise.
- Attends, tu connais d'autres vierges que Marie ?
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MessageSujet: Re: 04. If I came to you empty handed...   Jeu 10 Avr - 23:05

-Mais. C'est... Marie. La vierge Marie

-Son visage, à vrai dire… Enfin, techniquement, si tu penches la tête sur la gauche en plissant les yeux, et si tu as pratiquement les paupières fermées, tu peux même apercevoir son cou, voire ce que le commun des mortels prendrait pour un résidu de peau de tomate mais qui est manifestement, tu seras, un bout d’épaule parfaitement identifiable. , assura Grace, les yeux écarquillés, les joues rosâtres, bombant sa poitrine bien assez notable sans cet ajout, toute sa petite personne physiologiquement en pleine frénésie théo-émotionnelle de partager ses découvertes de petite détective évangéliste.

-Il faut appeler le pasteur. Tout de suite. Ou le Vatican…

-Je suis déjà en attente, annonça-t-elle, dégainant son portable, un appel transatlantique en cours, tu sais ce que c’est, le décalage horaire, les heures de tables improbablement longue des Européens…

Regard globuleux. Sourire radieux.

-… No offence… Bref, ça entraîne des problèmes de permanence, sans compter l’homologation, il y a tellement de pauvres gens qui voient des miracles là où il n’y a strictement rien, tu sais…

Elle soupira doucement, la moue peinée, les traits tordus par la culpabilité de ne pas pouvoir élever les relations des autres hommes à celle qu’elle entretenait avec son Sauveur.

-… Mais j’ai Foi. Ca ne fait que six heures, après tout…

Elle déposa l’appareil avec une précaution révérencieuse, l’abandonnant sur une étagère pour se signer, regrettant visiblement de ne pas avoir de coussin de pourpre à disposition pour accueillir à la hauteur de sa préciosité l’unique lien avec le bureau d’accueil de gestion de patrimoine saint de l’humanité.

- Je... Ben... Non. La seule Vierge sur Terre, c'est Marie. Et tu viens de la trouver dans un four….

Elle posa les mains sur son ventre, un sourire énigmatique s’étirant sur ses lèvres pâles. Elle hocha la tête. Elle en connaissait au moins une autre.

-En plus, je suis taureau...

Moue dubitative.

-Ah non, gémeaux pardon.

Son visage s’éclaira.

-Tu sais, avec tous vos mots anglais, je m'embrouille un peu l'esprit.

-C’est bien ce que je pensais. Les Vierges et les Gémeaux étaient destinés à de Grandes découvertes aujourd’hui. Le sixième et le troisième des signes. Signes. Signe. Signes.

Regard entendu.

- Attends, tu connais d'autres vierges que Marie ?

Elle battit des paupières. Elle baissa la tête. Les pensées défilaient bien trop vite dans sa tête. D’un seul coup, peut-être un peu trop vivement, elle virevolta vers la lycéenne, attrapant une nouvelle fois ses doigts et apposa, lentement, très lentement, la paume de la jeune fille à son ventre compressé. Sourire timide. Surgit de nulle-part, elle posa un doigt impérieux sur la bouche qui lui faisait face. Ou, tout du moins, à quelques micromètres du nid à infection glandulaire vaguement colorié par une main de toute évidence peu experte qu’elle n’aurait pu se résoudre à toucher malgré sa grande affection pour sa propriétaire. Elle parla très bas.

-Tu dois te taire, Ingrid. Il le Faut. C’est une mission importante. Un scoop qui pourrait prendre une importance inimaginable…

Beaucoup trop d'élément hautement Sacré était en jeu dans cette pièce. Elles devaient être prudentes. Craindre pour leur vie n'était pas démesuré. D'autant que qui pouvait bien savoir ce que le marché du micro-onde et ses agents démoniaques étaient prêts à faire pour s’approprier ce coup de Publicité miraculeuse. Elle ne laisserait par le message biblique être bafoué par des publicitaires en tong à peau de zèbre et des mannequins boulimiques qui refusait d’avaler autre chose que du fromage d’alpagua.

Silence.

Les secondes s’éternisèrent. Pesantes. Etouffantes.

Elle s’éloigna d’un coup de la blonde, pivotant sur elle-même méthodiquement, inspectant avec satisfaction le moindre élément de la pièce qui l’entourait et qu’elle avait vu évoluer avec le temps. Le nombre de détails décoratifs présents dans la salle était si impressionnant qu’elle eut tout le loisir de se mettre à parler, comme pour troubler son ennui, s’occuper dans la tâche qu’elle s’était assignée une seconde plus tôt. Sa voix était claire, nostalgique.

-Tu sais peut-être que j’ai été Présidente de ce Club. Ma sœur l’était avant moi, évidemment. Puis Jésus… L’ami de notre famille…

Pause. Elle se rendit compte que cette précision ne permettait pas une identification précise compte-tenu des rapports religieux de l’entourage de Grace.

-… Celui qui n’a pas été crucifié.

Check.

-Pratiquement un frère…

Elle hocha la tête, fermant les yeux.

-Et de Tous Temps, Emma Pillsbury, la conseillère d’orientation, ma…

Elle n’avait pas le temps d’entrer dans les détails techniques de son union pratiquement maritale quoique encore relativement conceptuelle mais néanmoins absolument effective. Elle repoussa un mal de tête qui susurrait des mots amers à son lobe temporal.

-… belle-sœur, l’a toujours encadré…

Elle parlait de cette hiérarchie avec la prose posée des professeurs en chaire d’Histoire Naturelle décrivant l’évolution biologique de ces petites choses relativement individuelles qui seraient amenés à être baptisées homo sapiens sapiens, comme si la Dynastie Hamilton sur le petit monde de la Chasteté de Lima était universellement connue et admise, inscrite dans les Grandes Règles du Cosmos, au même niveau que les trois lois de Newton, le droit romain et la recette du clafouti à la cerise. Les Kennedy étaient à la politique ce que la famille du pasteur à l’industrie des anneaux de Promesse. La gloire mythique d’une époque encore aujourd’hui fascinante et qui sourdait dans l’ombre un véritable raz-de-marée psycho-social pour la génération post-collapsaire.

-Je me suis toujours sentie investie d’une mission particulière pour cet endroit… Un attachement étrange… C’est moi qui ai proposé qu’on fasse du thé à la myrrhe pour se débarrasser de l’odeur que la portée de chat de mars 2014 avait amené…

Hochement grave de la tête. La logique de la présence l’accouchement félin dans les locaux du Celibacy Club échappait encore à toutes les enquêtes qu’on avait pu mener. Un nouvel exemplaire des nombreux Mystères à consigner dans les dossiers du FBI spécialement dédiés aux archives sanitaires de McKinley.

-Je suis toujours heureuse d’entretenir des contacts avec quelques membres actifs…

Pause.

-… Chacun d’eux, en fait…

Qu’ils l’aient désiré ou non.

Sourire. Sourcillement. Il était impossible à concevoir l’ampleur que ce réseau avait pu prendre avec le temps.

-… Marcus…

Son ton avait pris un accent particulier, doux et apaisé, d’un respect caressant, affectueux, presque maternel.

-… Les McCarthy’s…

Elle détourna la tête, passant une main dans ses cheveux. Puis revint vers Ingrid, rayonnante.

-Toi, bien sur…

Elle pivota gracieusement avec une théâtralité absolument dispensable et glissa ses mains dans celle de la suédoise.

-Tu ne peux pas savoir le Bien que ça peut faire de savoir que ce Lieu sera toujours vivant. Et Fier.

Battement de cils émus.

-Merci.
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MessageSujet: Re: 04. If I came to you empty handed...   Mer 16 Avr - 20:32

Ecoutant attentivement la description faite par Grace, la suédoise pencha la tête vers la gauche et plissa ses paupières, suivant ses indications pour mieux voir les détails de l’œuvre divine. La jeune femme avait eu le temps d’observer tout dans les moindres détails. Excepté qu’avec les yeux presque fermés, difficile d’y voir quoi que ce soit. Ingrid choisit tout de même de croire la Hamilton sur parole, voulant croire à ce nouveau miracle qui rentrerait à tout jamais dans l’Histoire. Il serait à jamais inscrit dans la mémoire des gens si toutefois la jeune femme n’avait pas choisi d’appeler l’Europe en plein milieu des films télévisés du soir. L’adolescente se garda bien de faire des remarques sur le décalage horaire et le fait que les européens en général ne passaient pas tant que ça de temps à manger, mais ç’aurait été un discours inutile, alors elle se contenta de laisser la blonde à la poitrine opulente attendre avec son téléphone mobile à la main. Ou sur la table à côté d’elle, d’ailleurs. Dans tous les cas, elle ne risquait pas d’avoir qui que ce soit du Vatican avant… le milieu de la nuit, approximativement. Mais bon, nul doute que la fervente chrétienne resterait éveillée jusqu’à ce que quelqu’un décroche enfin au bout de la ligne. Un miracle valait bien des heures d’attente et une éventuelle insomnie complète. Si Ingrid ne devait pas s’occuper des enfants ce soir-là, elle aurait bien proposé à Grace de l’accompagner dans cette veillée religieuse. Sauf que les enfants avaient besoin d’elle, et que la perspective de se coucher tôt était la plus intéressante et intelligente qui s’offrait à son esprit. De toute façon, la jeune Hamilton arriverait très bien à prendre soin de cette Apparition culinaire toute seule. Vu la façon dont elle le regardait et dont elle en prenait soin, l’adolescente était sûre qu’il n’arriverait jamais rien au précieux objet.  

Elle s’assit sur une chaise, observant les réactions de la jeune femme au fur et à mesure qu’elle annonçait son signe astrologique probable, des tas de questions vinrent à l’esprit d’Ingrid. En quoi cela pouvait-il être mauvais d’être taureau ? Mais enfin, elle comprit, tout était une histoire de signes. Les signes astrologiques, les signes du destin, les signes divins. C'était donc de cette façon que les connexions se faisaient dans le cerveau de son interlocutrice. C’était assez intéressant d’essayer de comprendre l’incompréhensible. Elle n’avait pas encore abandonné l’idée que Grace Hamilton était sans doute folle. Ce n’était pas de la folie que de trouver un miracle, mais le reste de son comportement laissait la place au doute. Dieu envoyait souvent plus facilement des signes aux fous, c’était peut-être une explication probable au fait que ça soit elle qui ait découvert le Saint Four. Ou peut-être que cela n’avait rien à voir, les Voies du Seigneurs étaient impénétrables, après tout. Pourquoi avait-il donné à Marie un enfant et pas à une vieille dame stérile qui l’aurait peut-être plus mérité ? La Vierge était digne de porter Jésus, certes, mais peut-être que si ça avait été quelqu’un d’autre, cela aurait changé l’histoire. En pensant à une vieille femme stérile, Ingrid pensa à Sue Sylvester, sans aucun doute ménopausée. Si le messie avait été son fils, peut-être qu’elle aurait été plus sensible à la condition humaine, mais là n’était pas la question, puisqu’il n’y avait de toute façon, pas d’autre Vierge sur Terre. Ou peut-être que finalement il y en avait une seconde. Lorsque Grace lui saisit la main, Ingrid se méfia légèrement et contracta involontairement les muscles de son poignet, c’était peut-être pour l’obliger encore à faire quelque chose de désagréable. Mais non, ses doigts se retrouvèrent sur le ventre de la jeune femme. Devait-elle comprendre que celle-ci était à elle toute seule un miracle d’Immaculée Conception ?

Les paroles de Grace résonnèrent dans sa tête : « mission importante », sans aucun doute ; « scoop », drôle de façon de qualifier la chose. En tout cas, elle avait compris qu’elle devait se taire, cela ne faisait aucun doute. L’adolescente écarquilla ses yeux comme jamais auparavant, ouvrant légèrement la bouche pour s’apprêter à dire quelque chose, mais elle n’en eut pas l’occasion car l’index de celle-ci s’approchait dangereusement de sa bouche pour lui intimer le silence. Que dire, de toute façon ? Elle fixa juste la jeune femme pendant de longues secondes, attendant que ce soit elle qui reprenne la parole. Même si Ingrid gardait la chose pour elle, qu’elle n’en parlait à personne. La présence de l’enfant divin finirait par se voir assez rapidement sur le ventre de sa comparse. Ou alors, ne se verrait jamais, c’était tout aussi possible. Si la Hamilton n’avait pas eu de réactions étranges par le passé, la suédoise n’aurait eu aucun mal à croire à ce miracle. Sauf que la folie transpirait presque par les pores de sa peau. Ne sachant que penser, elle se décida à faire comme si tout était vrai, sachant pertinemment qu’elle aurait la réponse à ses questions quelques mois plus tard, lorsqu’un second messie verrait le jour, ou pas.

Le pivot soudain de son acolyte la cloua sur place. Depuis leur arrivée, elle n’avait pas vraiment pris le temps de regarder les lieux, et ne savait toujours pas dans quel endroit elle se trouvait. L’analyse subtile de la décoration lui permit cependant rapidement de comprendre. Le club de chasteté. Elle aurait dû s’en douter. Suivant machinalement la jeune femme pour pouvoir voir les décorations de plus près, elle écouta attentivement sa tirade. Non, elle ne savait pas qu’elle avait été présidente du club de chasteté, bien qu’elle ait pu s’en douter au vu de la fervente servante de Dieu qu’elle était. Sa sœur, qu’elle avait déjà aperçue à l’église l’avait aussi été, sans surprise. Jésus était un ami de leur famille, ce qui semblait évident. Le fait qu’il ait été président du club de chasteté de McKinley High l’était moins. Lorsqu’elle comprit que Jésus était le nom de quelqu’un, cela lui arracha malgré un petit gloussement, qu’elle camoufla vite en une quinte de toux. Etre croyant était une bonne chose, mais de là à appeler son enfant Jésus, il ne fallait peut-être pas exagérer. Comme si le PDG d’Ikea appelait son enfant Njut, c’était tout simplement inenvisageable. L’annonce du lien de parenté avec Emma Pillsbury obtint en revanche beaucoup plus son attention. « Miss Pillsbury est ta belle-sœur ? Je ne savais pas ça » interrompit-elle. Sa curiosité devait être satisfaite. Comment cela se faisait-il que la conseillère d’orientation n’ait pas encore tenté de résoudre les problèmes de santé mentale quasi évidents de sa belle-sœur ?

Faire du thé à la myrrhe pour se débarrasser de l’odeur d’une portée de chats était une idée amusante, bien que la jeune fille n’en voie pas l’utilité. Et puis, pourquoi un chat était-il venu mettre au monde ses petits à McKinley ? C’était bien le dernier lieu au monde où quelqu’un souhaiterait naître. Les chats étant des animaux intelligents, le fait que la bête ne l’ait pas senti intriguait Ingrid presque plus que le fait que quelqu’un ait voulu faire du thé. Toutefois, elle se rappela d’écouter Grace plutôt que de laisser ses pensées divaguer sur le pourquoi du comment. Elle retourna s’asseoir près du Four pour mieux se concentrer. Sa distraction lui avait parfois joué des tours, il était bon de vaincre les mauvaises habitudes. La seule personne qu’Ingrid connaissait, qui appartenait au club de chasteté, était Mia, et elle ne l’aurait pas connue si elle n’allait pas au Glee club. Les gens du club de chasteté ne se faisaient pas vraiment remarquer. Le nom McCarthy lui disait quelque chose, en revanche. Elle farfouilla quelques secondes dans ses souvenirs avant d’avoir une illumination. « McCarthy, comme Silas McCarthy ? » Si elles parlaient bien de la même personne, il fallait avouer que l’adolescente voyait mal le garçon qu’elle avait déjà croisé au studio de danse et qui était assis à côté d’elle dans l’avion pour New-York faire partie du club de chasteté. Il y avait bien d’autres mystères dans la vie, comme la raison pour laquelle la Hamilton pensait qu’Ingrid faisait également partie du club. Il était vrai qu’elle allait à la messe tous les dimanches et affirmait sans problèmes son christianisme, mais l’idée de faire partie du Celibacy Club ne lui avait jamais effleuré l’esprit. Cependant, l’émotion qui semblait s’emparer de Grace l’empêchait de lui dire la vérité. « Oui, bien sûr, les gens œuvrent toujours pour le bien du club, ne t’en fais pas pour ça ! ». Non, elle ne pouvait pas décemment ruiner tous les espoirs de la jeune femme, ç’aurait été inhumain. Et puis après tout, si celle-ci était si persuadée qu’elle appartenait à cet endroit, c’était peut-être qu’elle y avait sa place. Alors pourquoi ne pas jouer le jeu jusqu’au bout, quitte à devoir s’inscrire après, pour parfaire la chose. Après tout, elle portait déjà l’étiquette « loseuse » sur son front, elle ne pouvait pas tomber plus bas. Et puis, quand on n’intéresse personne, facile de rester pure et chaste. Elle appliqua une légère pression sur la main qui s’était refermée sur la sienne, comme un encouragement. « Les grands principes de Dieu sont respectés au mieux, crois-moi. Mia est un bon exemple. Marcus aussi, bien évidemment » Elle ne le connaissait absolument pas, et ne savait même pas quel visage était le sien. « Mais je connais plus Mia. Elle fait partie du Glee club, donc on se voit plus souvent » jugea-t-elle utile de préciser. Elle n’avait pas affirmé clairement être membre du club de chasteté, et sa question sur Silas McCarthy pouvait avoir ruiné son petit effet, mais la folie de Grace lui ferait sans doute passer outre ce détail.
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MessageSujet: Re: 04. If I came to you empty handed...   Mer 30 Avr - 23:59

-Miss Pillsbury est ta belle-sœur ? Je ne savais pas ça…

Grace esquissa un sourire doux et hocha lentement la tête, une lueur de compréhension complète dans les yeux. Evidemment. Ce n’était pas étonnant. C’était même tout le contraire. C’était prévisible, logique, sain. Emma n’était pas le genre de personne à afficher son bonheur en grand, mis en relief par des néons et une fanfare. Non. La rousse gardait tout contre elle la tiédeur douce d’une joie comblée, la cachait au sein de son foyer, la protégeait des jalousies et en réchauffait ses proches. Elle ne voulait ni le gâcher, ni le transformer en arme face aux autres, enfoncés dans la dépression qui devait nécessairement suivre l’état d’être humain non-roux athée et incapable d’imprimer une brochure de soutien psychologique avec un minimum de trois jeux de mots sur sa face intérieure. Emma Pillsbury était une bonne âme. Et Grace se reconnaissait parfaitement en elle, ce mentor désigné par le Destin et les offres d’emplois de McKinley.

-C’est quelque chose sur lequel nous préférons rester… discrètes.

Clin d’œil.

Oui, Emma devait nécessairement être aux anges de savoir que la blonde était en mesure de soutenir Wyatt, de lui assurer un avenir sentimental et familial, durable et positif. Mais elle ne devait pas s’épancher. Son humilité, sa prévenance, ses diverses superstitions, après tout, il était très facile que le mariage du roux et de la blonde ne se fasse pas, un tsunami ou une pluie de météorite pouvant très bien balayer de la carte la bonne ville de Lima en une poignée de hurlements d’agonie et de bâtiments pulvérisés à cause des éparpillements linguistiques de la conseillères, tout cela devait former un cocktail qui devait contraindre son enthousiasme fraternel au silence le plus complet.

Grace avait une furieuse envie d’étreindre cette femme si pleine de sollicitude et d’abnégation, prête à durcir ses muscles faciaux pour le bon Karma de leur couple, mais la vue de la Vierge Rorschachienne concentra ses pulsions affectueuses en une série de prière rapide pour le Salut évident de l’âme de l’épouse Schuester et de la pérennité de cette bénédiction sur les douze générations de petites rousses qui la suivrait.

-Comme Silas McCarthy ?

Grace releva la tête, ses lèvres s’arrondissant, les commissures pourtant relevées mécaniquement. Le résultat était intéressant et si quelqu’un avait pu la prendre en photo à la microseconde qui représentait cet instant magistral dans l’Histoire des Expressions Faciales, il en aurait nécessairement tiré une œuvre d’art contemporain digne des plus obscures Gallerie hipster conceptualisée, remake défectueux quoique multiples d’une Factory de Wharol griffé Apple. Recouvrant des traits de visage relativement stables en même temps qu’une roseur prononcée sur ses pommettes, elle rejeta ses cheveux en arrière, s’approchant inconsciemment un peu plus près d’Ingrid, le ton plus rapide.

-Oui. Silas. Oui. Exactement. Tu le connais ? C’est bien lui ? Tu es sûre ? Il n’y a pas d’autres Silas à McKinley ? Parce qu’on ne sait jamais… Mais, évidemment, il ne peut y avoir qu’un Silas… Enfin… Je veux dire… Ce genre de Silas… Tu vois ce que je veux dire… Un garçon charmant, hein ? Tu ne trouves pas ? Je trouve. Il est gentil, et aimable, et très bien élevé…

Pause. Dans un souffle, ravie.

-Et chrétien…

Petit trépignement. Mouvement de tête. Paroles plus lentes.

-Et puis, il est très attentionné envers sa sœur, tu sais… Oui, oui… Très attentionné… C’est tellement rare de voir des adolescents si préoccupés vis-à-vis de leur entourage… Je veux dire… Evidemment, les liens des fratries, évidemment, c’est évidemment ce qu’il y a de plus fort… Enfin… Je veux dire, évidemment, après l’Amour, mais… Bon… Bref.

Clignement de paupières.

-Tu vois qui c’est.

Sourire. Comme si sa rangée de dent atomisait toute la confusion qui l’avait précédée, comme si l’éclat de ses incisives allait distraire quiconque de la couleur de plus en plus prononcée de ses joues, et de sa respiration un peu plus marquée.

-Forcément, tu as du te rendre compte de tout ça ici…

Elle désigna amoureusement la pièce, comme si elle regrettait sincèrement de ne pas pouvoir faire un câlin réel et parfaitement inapproprié à l’espace contenu entre ces quatre murs à la peinture décrépie. Ingrid lui assurait que l’œuvre dont le Club s’était trouvé investi en mission divine se poursuivait, et c’était son petit cœur qui se serrait et triplait de volume. C’était un peu son bébé qu’elle voyait grandir. Et quand on savait que c’était également la progéniture scolaire de sa sœur. Et avant, celle de Quinn Fabray. Qui avait du l’abandonner pour donner naissance à son enfant concret. Et donc la baby-sitter se trouvait précisément devant elle. Toute l’histoire prenait une dimension entre le glauque et le miraculeux qui arracha à Grace trente bonnes secondes de contemplation du vide.

-Ah bon ? Comment ça ? Vous faîtes encore des activités, j’imagine ? Comme vendre des anneaux de Chasteté ou…

Elle rit doucement.

-… Enfin, j’imagine que c’est un peu trop 2012 pour vous…

Elle observa d’un air intéressé la blonde.

-D’ailleurs… Ca fait longtemps que tu en fais partie ? Tu t’y plais ? Tu as commencé à la rentrée ou un peu plus tard ? J’imagine que Sue Sylvester n’a pas du être ravie que tu intègres ce genre de cercle…

Froncement de sourcils.

-Du moins, elle ne l’aurait pas été à mon époque… Mais il aurait été aussi impensable d’oser envisager d’imaginer qu’elle prenne la tête d’une chorale…

Silence rêveur.

-Comme l’a dit Jill Zarin, Real Housewife of New-York City : Tout peut arriver.

Main dans les cheveux. Marcus et Mia apparurent au beau milieu de la conversation.

-Oh ! Donc Mia est au Glee Club… Vous êtes… Hum… Proches ? Quel est ton avis sur elle ? Tu as remarqué des comportements… Anormaux de sa part ? Tu peux parler librement, tu sais… Ce n’est pas juger si on dit la Vérité…


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MessageSujet: Re: 04. If I came to you empty handed...   Mer 7 Mai - 16:25

« Discrètes ». Evidemment. Ingrid imaginait très bien que quiconque soit la belle-sœur de Grace Hamilton ait envie de garder cela privé.  Peut-être les gens pensaient-ils que la folie était contagieuse et n’osaient pas affirmer leurs liens avec des personnes atteintes ? Mais Ingrid connaissait la vérité, la folie ne s’attrapait pas. Enfin, ça elle pouvait être attrapée dans le cas de certaines sectes, ou quand les gens avaient un peu trop d’empathie avec un fou, mais c’était généralement une question de volonté personnelle. Ou peut-être que Grace n’était pas aussi folle le reste du temps, c’était une solution tout aussi envisageable, quoique bien moins crédible. La jeune Suédoise attirait-elle la folie des gens à se montrer ? Dans ce cas-là, c’était sacrément problématique. Mais seule la Hamilton réagissait ainsi à son contact, preuve que le problème venait de celle-ci, et non pas de la potentielle ambassadrice Ikea. Et peut-être que Miss Pillsbury n’avait, après tout, pas le temps de s’occuper de régler les légers dérangements mentaux de Grace. La petite blonde aurait bien conseillé à l’Immaculée Conception Bis d’aller voir un psychiatre, ou, du moins, un gynécologue, mais elle ne savait pas si l’ancienne présidente du club de chasteté aurait bien accueilli son conseil, alors elle préféra demeurer muette. Elle tâcha néanmoins de retenir l’information sur la parenté avec la conseillère d’orientation, ça pouvait être utile sur du long terme. La vie apportait parfois des évènements où il fallait se rappeler de choses à première vue inutiles, mais qui s’avéraient tout à coup d’une importance capitale.

La mention de Silas McCarthy, sembla, elle, accrocher bien plus l’attention de la Hamilton. Son expression était tellement étrange que les sourcils d’Ingrid remontèrent en signe d’interrogation, alors que ses paupières se plissaient en même temps pour mieux analyser ce qui se passait sur le visage de la jeune femme. Son flot de parole impressionnant, qu’Ingrid n’osa pas interrompre, laissait sentir quelque chose de louche. Pourquoi cette logorrhée intense et ces pommettes roses ? Grace Hamilton venait de se faire prendre sur le fait de l’Amour, c’était évident. Du moins, la petite Suédoise espionne Ikéa le ressentait de cette façon, et fut instantanément convaincue de la chose. Trop de Silas dans la même phrase pour que tout soit naturel, si tant était que la blonde au potentiel capillaire L’Oréal indéniable pouvait dire quelque chose d’un tant soit peu sensé. « Oui, je le connais. On fait de la danse ensemble. Il est très gentil, effectivement. Et très appliqué dans tout ce qu’il fait ». Elle oublia intentionnellement de préciser si elle parlait de la danse ou du Celibacy Club, puisqu’elle n’avait aucune idée de la façon dont se comportait l’adolescent entre ses murs. Elle n’avait en revanche, jamais entendu parler de sa sœur, et n’avait aucune idée de son apparence, de son caractère, du fait qu’elle ait besoin d’attention, ou de quoi que ce soit d’autre. « Très attentionné, oui. Sans aucun doute. ». Un hochement de tête montrant toute sa certitude vint approuver ses propos. Si elle agissait comme si elle était parfaitement au courant, elle avait une chance de se tirer de la situation légèrement gênante dans laquelle elle venait de se fourrer. Il était vrai que peu d’adolescents se souciaient vraiment de leurs familles. La Svensson, elle, adorait ses frères et sa sœur et aurait fait n’importe quoi pour eux, mais elle savait pertinemment que ce n’était pas le cas dans toutes les familles, si Grace était persuadée que Silas faisait très attention à sa sœur, c’était bien possible. « Tu as bon goût ». BIM. La bombe était lâchée. Même si l’agent spécial  Svensson n’était sûre de rien, la meilleure façon d’assouvir sa curiosité, dans ce cas, pouvait être de prêcher le faux pour savoir le vrai. Et pendant ce temps, elle détournait légèrement la conversation du club de chasteté en lui-même, puisque ce n’était, bien entendu, pas là qu’elle avait connu le garçon.

Et à cet instant précis, la situation devint encore plus gênante, et Ingrid se retrouva prise à son propre piège. Comment pouvait-elle parler des activités du club de chasteté si elle n’y avait jamais participé. Evidemment, son inscription officieuse décidée quelques minutes auparavant faisait d’elle une membre, c’était certain, mais elle n’avait aucune idée des coutumes du groupe. Elle farfouilla quelques instants dans sa mémoire. Pas trop longtemps, bien sûr, pour qu’Hamilton ne se doute de rien. « Non, pas d’anneaux de chasteté. Des ceintures, je crois. Et des bonbons aussi ! Enfin les bonbons c’était pour financer l’achat des ceintures ». Du moins, c’est ce qu’elle avait cru comprendre au moment de la vente. Enfin, les membres n’avaient pas dû récupérer beaucoup d’argent, puisqu’une des filles avec une cascade de cheveux châtains, semblait en manger plus qu’elle n’en vendait. La blondinette se sentait sauvée, avec son énumération de faits, plus qu’incertains. Mais, les références à son inscription et à Sylvester la laissèrent pantoise. Evidemment, comment pouvait-elle répondre à ça. Le rouge lui monta aux joues, comme si elle avait mis trop de blush. « Euhh… A vrai dire, elle n’est pas au courant » commença-t-elle, la voix tremblotant légèrement. Elle regarda sa montre « Ca fait très exactement… Quatre minutes que je suis inscrite au club, ce n’est pas très officiel, tu vois ? Je pense attendre un peu avant de prévenir Sylvester, elle n’a pas besoin d’être au courant. Ce serait bête de lui dire. Je crains un peu sa réaction ». Décidément, se dépatouiller pour remonter la tête à la surface était encore plus compliqué que prévu. « Mais au pire, je m’en fiche de son avis. Je suis fière de faire partie du club, et au moins, ici, elle n’est pas là pour gâcher l’ambiance ». Elle leva les yeux au ciel, avant de répondre aux questions sur Mia. « Non, Mia est vraiment exemplaire, rien à redire. On n’est pas vraiment proche, donc je n’en sais pas plus sur elle. Je songerai à te le dire si je remarque quelque chose de bizarre, promis ». Il fallait absolument qu’elle change le sujet de la conversation. « Et sinon, toujours pas de liaison avec le Vatican ? » demanda-t-elle innocemment en désignant le téléphone posé sur la table.
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