Choriste du mois


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 04. A Kiss with a Fist is better than none

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MessageSujet: 04. A Kiss with a Fist is better than none   Dim 16 Mar - 18:39

Et la ballerine dansait. Et la ballerine tournait. Encore et encore. Et encore. Dans l’écrin bleuâtre, chaque battement de cils était un cyclone. Chaque arabesque traçait dans les coeurs une égratignure de plus à la pointe du chausson. Dans son cœur. Elle était exquise. Ils étaient adorables. Au milieu de l’océan minuscule qui brûlait les yeux de Grace, la silhouette gracile se mêlait au corps si droit qui l’étreignait. Entre les griffes des octaves dont leur amour artificiel avait arrosé au jet la foule, ils avaient arraché le souffle de la jeune fille, déjà bien malmené par la performance du char de sa propre chorale. Et des menues tentatives de meurtres commises sur sa personne pendant l’évolution du convoi. Grace avait Vu. Et l’iridescence macabre de Cladsbury l’avait bien trop éblouie pour qu’elle ne réagisse pas. Elle avait déjà eu l’occasion de côtoyer Ruby. Jamais elle ne l’aurait crue capable d’une telle trahison.

La porte gémit un peu quand elle la poussa. Le bruit mat de ses talons sur le sol poursuivit le concerto.

Un frisson d’effroi mystique avait lentement remonté le long de l’échine de la jeune femme à l’instant où la foule avait éclaté en applaudissements. La liaison scénarisée avait été scellée par les quelques murmures approbateurs qui s’étaient insinués dans la masse spectatrice, poison dont Grace avait regardé, alarmée, la propagation bien trop rapide.

Sa main effleura le comptoir. Elle s’assit sur le tabouret haut.

Irradiée par une dose bien trop importante du couple musical, la confiance inébranlable de son esprit si lisse s’était fendillée d’une faille, devenue gouffre bien trop profond à mesure que l’écho des rumeurs se confirmaient en s’amplifiant, chacune un traumatisme répété à l’infini, les informations s’entrechoquant avec une force plutôt préoccupante pour son système nerveux.

Elle observa la chevelure peu soignée à ses côtés avec un intérêt distant.

L’Alchimie des deux Awesome Voices n’était donc pas une simple légende urbaine. Et elle devait le désamorcer.

Elle déposa le rond pâle sur sa langue. Comme pour qu’il dissolve les images qui traînaient dans ses paupières depuis bien trop de jours. Comme pour qu’il élimine le goût amer qu’elles distillaient derrière les rangées de dents éclatantes de ses sourires. Exacte réplique de son cœur au contact de ces souvenirs, le petit bout de chaire rosâtre se rétracta face à la saveur pâteuse. Elle plissa les paupières, les traits tordus par le goût repoussant, mais, forte, brave, héroïque, face à l’horreur alimentaire, elle dégluti avec dignité. Rejetant d’un mouvement de tête assuré les quelques mèches qui avaient fuit leurs consœurs serrées en chignon pour parasiter sa vision de traits dorés. L’air solennel qu’on adopte pour les marches funèbres à peine atténuée du traditionnel sourire fin, Grace jeta un coup d’œil à son téléphone. Son doigt effleura l’écran presque timidement, vérifiant pour la dix-huitième fois que tout était en ordre. Parfait. Tout était parfait. Et le resterait. Encore. Et encore. Et pour toutes les éternités qui suivraient.

-Je te l’avais dit.

Les mots étaient sortis. A l’instant où elle avait croisé ses yeux embrumés, le regard abruti par les mille et un péchés auxquels elle s’adonnait sans la moindre retenue. Grace comprenait l’origine de son état, évidemment.

Elle avait fini par apprendre la confirmation de la séparation entre Wyatt et Charlie. Et, bien loin de s’en réjouir, ou si peu, en prophétesse de l’évènement n’avait que pu concéder à cette relation blasphématoire enfin enterrée que le mérite désespéré des grands généraux qui, devenus fous, refusaient de quitter les champs de bataille bien après qu’une Paix définitive fut convenue et égorgeaient cochons et poulets comme ennemis de fortune dans l’attente nerveuse de la reprise des hostilités réelles. Mais Grace lui avait clairement expliqué le fin mot de leur histoire bien avant que le point final n’y soit clairement apposé. Aussi ne l’excusait-elle pas de ses attitudes indécentes. Elle n’avait aucune raison de souffrir avec une pareille intensité. Elle aurait du rester digne, discrète, humble face à l’affront qu’elle avait commis pendant de si longs mois. Mais comment attendre un tel comportement de la part de Watson-Brown ? C’était espérer voir un babouin réussir un triple saut périlleux en patinage artistique. Improbable. Et ça chagrinait profondément

- Tu aurais du m’écouter, Charlie. Ca t’aurait évité de finir…

Elle désigna la personne de la Watson-Brown d’une main peinée.

Les points de suspension qu’elle laissa traîner dans l’air avaient le poids symbolique de trois énormes mammouths alignés, funambules grotesques, sur un fil de canne à pèche. Juste au-dessus de leur tête.

Sa voix vibra d’un trémolo où gentillesse joyeuse et compassion polie se mélangeaient en carillon clair.

-Toi… Lui…Vous n’avez jamais eu lieu d’être…

Prudemment, elle tapota le dos de la main de la choriste.

-Jamais.
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MessageSujet: Re: 04. A Kiss with a Fist is better than none   Mar 25 Mar - 12:28

Depuis son poste d’observation, Charlie observait les allées et venues des habitués du bar avec un vague intérêt, son regard davantage concentré sur les contours de la bâtisse. Elle n’avait plus mis les pieds dans cet endroit depuis près de quatre mois, depuis cette fameuse soirée d’Halloween qu’elle associait à présent à la soirée des regrets. Installée derrière le volant de la Ford, Charlie hésitait. Faire demi-tour revenait à admettre sa faiblesse tandis que prendre son courage à deux mains et s’aventurer dans le bar marquerait sa résolution à passer à autre chose, à faire une croix définitive sur tout ce qui s’était passé. Pourtant, si à première vue le choix semblait on ne peut plus simple il ne l’était pas tant pour Charlie qui n’était pas certaine de pouvoir se confronter à cet endroit lugubre qui était synonyme pour elle d’erreurs et de misère. Elle avait peur, peur de ne pas être capable de passer à autre chose, peur que les souvenirs associés à cette salle soient trop douloureux, peur que sa sensibilité reprenne le dessus et qu’elle se laisse à nouveau porter par une alcoolémie qui, certes, la soulageait sur le moment, mais qui plusieurs heures plus tard ne faisait qu’accentuer sa peine et son malaise grandissant. Cela faisait trois jours qu’elle n’avait pas bu, ce qui était réellement un record depuis son arrivée à la Pension Preston, début décembre. Son esprit était à peu près clair, sa lucidité plus aiguisée qu’à l’accoutumée, et sa mémoire parfaitement nette. Elle ne frissonnait plus autant, mangeait au moins un repas par jour, mais surtout, elle ne se cherchait plus d’excuse ni d’échappatoire. Elle avait fini par comprendre qu’il était temps pour elle de commencer à se comporter en adulte, et la soirée qu’elle avait passée avec ses deux meilleures amies quelques jours plus tôt n’était pas étrangère à ce revirement de situation. La venue de Cat à la Pension lui avait fait un bien fou. Non seulement cela lui avait permis de renouer avec Ecaterina qu’elle n’avait pas revue depuis ce fâcheux incident à Marysville, mais elle avait également réalisé qu’elle n’avait pas besoin d’alcool pour s’amuser ni pour oublier temporairement ses problèmes, conclusion tirée après une nuit entière à boire du coca. Depuis, elle essayait d’aller de l’avant. Bien sûr, après avoir passé plus de deux mois dans des conditions déplorables, à boire plus que de raison et à broyer du noir à longueur de journée, retrouver ses marques n’était franchement pas évident, mais elle était bien décidée à effacer l’image de la Charlie sombre et à réveiller la Charlie pleine de vie qui sommeillait en elle. Alors pour marquer ce nouveau départ, elle avait choisi de retourner sur le lieu de tous les maux, celui où toutes ses convictions avaient été réduites à néant. Le piano-bar.

Poussant un léger soupir, la brunette inspira une grande bouffée d’air et posa sa main sur la poignée de la voiture. Elle s’était faite la promesse de ne pas prendre la fuite, et si elle voulait véritablement se faire confiance à nouveau elle devait commencer par respecter ses engagements personnels. Aussi activa-t-elle la portière au bout de quelques secondes, le cœur lourd mais le regard déterminé. S’engageant sur le parking, elle le traversa en quelques enjambées et se figea à quelques mètres de l’entrée du bâtiment lorsqu’elle reconnut la petite cour dissimulée derrière quelques arbres nus. C’était là où elle avait vu Wyatt pour la dernière fois, la nuit du 31 octobre 2017. Là où il avait mis un terme à leur relation. C’était le lieu qui la hantait depuis des mois, le décor qu’elle ne parvenait à oublier en dépit de tous ses efforts pour le gommer définitivement de sa mémoire. Son cœur se serra et son regard se voila automatiquement. Mais elle ne devait pas céder à l’appel des souvenirs, n’avait pas le droit de faire marche arrière alors qu’elle n’avait jamais été aussi près du but. Se rappelant la nature de ses promesses, la jeune femme fronça les sourcils et détourna le regard. Puis elle repartit en direction du bar. Franchissant les portes de l’établissement, elle se dirigea lentement vers le comptoir et prit place sur l’un des tabourets. Malgré l’heure peu avancée de la soirée, quelques clients l’entouraient déjà et elle remarqua également plusieurs tables occupées par des couples ou des bandes d’amis.

« Qu’est-ce que je peux vous servir ? ». La voix du barman la fit légèrement sursauta et elle s’arracha à la contemplation de la salle pour croiser son regard. « Hmm… » Fit-elle, incertaine, ses yeux émeraude toujours plongés dans ceux plus sombres de l’employé du bar. Elle aurait bien commandé une bière, mais était-ce vraiment raisonnable ? Après tout, la boisson était alcoolisée et cela allait à l’encontre de ses derniers principes en date. D’un autre côté, ce n’était qu’une bière… Une simple, une toute petite bière. Avec un pourcentage d’alcool particulièrement bas. Franchement, cela ne pouvait pas lui faire du mal.  « Une bud s’il-vous-plait » Répondit-elle sans grand enthousiasme. Le barman acquiesça d’un signe de la tête et se retourna pour préparer sa boisson. Culpabilisant un peu de ne pas avoir choisi du coca, Charlie s’adossa au dossier du tabouret haut et soupira, ses ongles claquant machinalement sur le comptoir en bois.

Elle en était environ à la moitié de sa bouteille quand une voix familière la tira de ses rêveries. Une voix familière, certes, mais qui n’en demeurait pas moins particulièrement agaçante et qui fit aussitôt naitre une vague de colère en elle. Grace Hamilton. Fronçant les sourcils, elle jeta un coup d’œil à sa camarade des Second Chances qui venait de s’installer à ses côtés. Grace Hamilton… dans un bar. Charlie se demanda brusquement si c’était bien de la bière dans sa bouteille ou si elle n’était tout simplement pas en train de rêver. Pinçant légèrement son index, elle grimaça légèrement en constatant que tout ceci était bien réel. Détournant aussitôt le visage de ces traits qu’elle haïssait tant, elle leva les yeux au ciel. Déterminée à ne pas lui répondre, elle fit de son mieux pour l’ignorer totalement. Grace pouvait bien lui dire ce qu’elle voulait, Charlie n’avait aucune confiance en ses dires. La petite blonde n’était qu’un parasite dans sa vie. Un parasite. Fermant brièvement les paupières à la mention de Wyatt, son poing se serra à côté de sa bouteille. « Grace… je t’en serais reconnaissante si tu pouvais me laisser tranquille »  Fit-elle, renonçant finalement à son mutisme. Rouvrant les yeux, elle lui jeta un coup d’œil. « S’il-te-plait ».


Dernière édition par Charlie Watson-Brown le Lun 31 Mar - 20:52, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: 04. A Kiss with a Fist is better than none   Lun 31 Mar - 20:13

Charlie s’avérait surprenante. Non-pas que Grace se soit particulièrement attendue à voir la Watson-Brown se dégager de ses loques d’un mouvement ample du bras pour exhiber un costume moulant pailletté de catcheuse semi-professionnel et qu’elle se jette sur elle pour lui enserrer le cou d’une paire de cuisses musclées à coup de bar protéïnées. Encore que. Mais la jeune femme présentait des signes de défaillance à la nature excessivement volcanique que Grace lui avait toujours prêtée. Et cette dernière ne pouvait que s’en réjouir.

Le désespoir était le premier signe de rémission du péché. Les larmes étaient des doses massives d’eau bénite injectées en intraveineuse à l’âme. C’étaient les sédatifs des démons les plus coriaces, sombrer, c’était entrainer ses vices avec soi et espérer les abandonner dans la fange. Et dans le cas précis de Charlie, plus le gouffre dans lequel elle chutait serait grand et boueux, et mieux cela vaudrait pour elle, pour Grace, et par extension, pour le monde. Il était d’intérêt publique de la jeune femme ne revienne au bonheur qu’après une longue phase de sérénité, était-elle due aux médicaments et à la dépression nerveuse.

Devant ce constat si positif, Grace s’autorisa un sourire rayonnant.

Il y avait encore une chance pour que toute cette histoire finisse bien. Et il était de son devoir d’éclairer la Second Chances quant à cette opportunité d’Happy Ending généralisée.

-Grace... je t'en serais reconnaissante…

Sourcillement préoccupé. Parce qu’elle ne l’était pas déjà ?

-… si tu pouvais me laisser tranquille. S’il te plait.

Elle agita mécaniquement son doigt sous le nez de la jeune femme, tournant la tête de droite à gauche, un sourire patient étalé sur sa bouche.

-Oh Charlie. Les lépreux repoussent les mains désinfectées qu’on leur tend. Ils se complaisent dans le contact avec les chaires putrides.

Regard circulaire sur l’établissement. Petit sourire au bartender.

-Est-ce que cela a empêché Mère Teresa de leur broder des napperons ? Les représentants en calendriers fantaisies se sont-ils arrêtés à chaque menace d’arme à feu qui les attendait derrière la porte à laquelle ils frappaient ?

Son ton grandiloquent laissait parfaitement entendre que Grace s’enrôlait dans une forme de désobéissance civile face à l’oppression des volontés déviantes de Charlie.

-Non. Et tu sais pourquoi ? Parce que chacun d’eux avait le sens du devoir. Et grâce à eux, le monde est plus beau.

Et plus rempli de chatons emmêlés dans des pelotes de laine criardes sur papier glacé.

Elle observa, une ride soucieuse dessinée sur le front. Sa voix se fit plus lente, plus appuyée, comme si elle se rendait soudainement compte que Charlie et ses tympans approchaient les quatre-vingt-deux ans.

-Mais je comprends que dans ton état, tu ne dois pas vraiment être… Lucide. Et à même d’entendre tout ce que je te dis alors…

Elle fit claquer sa langue contre son palais, soupira et pivota sur le tabouret haut. Elle passa une main sur sa nuque, à la naissance de ses cheveux, alors qu’elle s’éloignait de la choriste. Sept pas assurés se suivirent avant qu’elle n’atteigne la petite estrade. Elle glissa un mot dans l’oreille du pianiste qui lui accorda une moue boudeuse et s’écarta du tabouret. La lumière crue d’un spot ruissela sur elle. Niant l’espère de glaucome fulgurant qui l’aveuglait aux neuf dixième de sa vision, elle attrapa le micro et sa voix enjouée raisonna dans le bar.

-Bonsoir à tous ! Je suis Grace Hamilton. C’est la toute première fois que je monte ici seule et, pour cette occasion spéciale, j’aimerai dédicacer cette chanson à… une personne dont le Destin a croisé le mien… Mon…

Pause. Elle se sentait d’humeur pour la mansuétude.

-… Amie…

Charlie ne comprendrait pas l’honneur. Elle frapperait la main tendue. Mais Grace n’abandonnerait pas. Respiration émue.

Son ton devient d’un seul coup précipité à l’extrême, ses genoux se plièrent et son index tendu surgit du néant et pointa la silhouette accoudée au bar qu’elle supposait dans la pénombre.

-… Récemment célibataire que vous avez tous certainement remarqué tout là-bas sur le coin du bar…

Sa voix descendit dans des basses inattendues et fit une remontée d’octaves fulgurante à la manière de l’appel d’un joueur star au début du match final du championnat de la NBA.

-Cha-a-arli-i-ie Wa-a-atso-o-n-Bro-o-o-o-own !

Elle relave sa main en même temps que ses jambes, en semi-ola et émit un « Yay » retentissant transpirant une joie un poil trop exacerbée, ajoutant un petit applaudissement, le microphone toujours en main, pour les besoins de son rôle auto-attribué de chauffeuse de salle. Après avoir fait craquer ses doigts fins, elle s’installa au piano et commença. Le regard fixé sur les touches, la voix à peine plus haute qu’un murmure.

-You won't find him drinking at the tables
Rolling dice and staying out till three
You won't ever find him being unfaithful
You will find him, you'll find him next to me


Elle s’agita d’avant en arrière, suivant naturellement le rythme que les sursauts de ses mains extirpaient du clavier. Son ton monta en même temps que les notes.

-You won't find him trying to chase the devil
For money, fame, for power, out of grief
You won't ever find him where the rest go
You will find him, you'll find him next to me

Next to me, Wouh Hou
Next to me, Wouh Hou
Next to me, Wouh Ou-ouh.


Sa voix prenait de l’ampleur à chaque répétition.

-You will find him, you'll find him next to me

Retombée faible du tempo. Remontée progressive.

- When the money's spent and all my friends have vanished
And I can't seem to find no help or love for free
I know there's no need for me to panic
Cause I'll find him, I'll find him next to me
Oh, when the skies are grey and all the doors are closing
And the rising pressure makes it hard to breathe
Well, all I need is a hand to stop the tears from falling
I will find him, I'll find him next to me


Elle releva la tête, la tonalité étrangement forte pour une choriste habituée aux ultrasons, comme si elle chantait pour elle-même, pour se convaincre de l’histoire qu’elle racontait si fort derrière son sourire extra-large.

-Next to me, Oh oH
Next to me, Oh Oh
Next to me, Oh  Oh-ouh

I will find him, I'll find him next to me


Le timbre redescendit d’un coup, léger, délicat.

-When the end has come and buildings falling down fast
When we spoilt the land and dried up all the sea
When everyone has lost their heads around us


Silence.

-You will find him, you'll find him next to me

Respiration. Une fois. Deux fois. Trois fois.  

Explosion.

-Next to me, Yeah, Yeah.
Next to me, Oh Yeah.
Next to me, Yeah, Yeah.


Elle chercha des yeux Charlie et, croyant reconnaître son ombre au loin, fixa l’obscurité. Quasiment parlé.

-You will find him, you'll find him next to me.

Le souffle court, Grace écarta d’un mouvement vif des cervicales une mèche blonde tombée sur son visage et accueillit les quelques applaudissements avec un sourire doux et une roseur sur les joues. Un tournoiement relativement impromptu la dégagea de l’instrument. Plus en bondissant qu’en marchant, sautant pratiquement de la scène, petit lutin candide, elle revint vers le bar.

Et sourit.
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MessageSujet: Re: 04. A Kiss with a Fist is better than none   Mer 16 Avr - 11:25

S’il y avait bien une personne que Charlie aurait préféré éviter ce soir-là, c’était Grace Hamilton. Malgré le nombre de ses ennemis qui grossissait à vue d’œil depuis plusieurs mois, la cadette des Hamilton demeurait celle dont elle supportait le moins la présence. Grace avait ce don incroyable de la repousser dans ses retranchements à chaque fois, de l’agacer au plus haut point dès qu’elle haussait le ton de sa voix. Elle était insupportable. Insupportable et incompréhensible. Charlie ne savait pas si l’éducation dont la fille du pasteur avait bénéficiée était à l’origine de cette névrose notoire, mais connaissant bien Cassandra, qui sur de nombreux points était radicalement opposée à sa sœur cadette, la Second Chances avait toutes les raisons de penser qu’elle s’était elle-même forgé un caractère aussi dérangeant. Charlie ne parvenait tout simplement pas à comprendre comment quiconque pouvait s’accommoder à la présence d’un tel parasite. Il avait beau émaner de son apparence physique une douceur infinie et une innocence certaine, dès que la jeune fille grossissait un peu trop les yeux ou soulevait ses sourcils avec insistance, ses traits séraphiques disparaissaient aussitôt et laissaient transparaître ce qu’elle était vraiment : une folle furieuse dont les délires surpassaient toujours les précédents, une folle qui prenait un malin plaisir à jouer de son apparence et de la reconnaissance de sa famille pour s’attirer la sympathie de ceux qui finiraient inéluctablement par réaliser la supercherie latente. Du moins c’était ce que Charlie avait toujours imaginé, jusqu’à ce qu’elle se confronte à une Cassandra anormalement campée sur ses positions et défendant becs et ongles une sœur dont elle sous-estimait largement les qualités en matière de manipulation. Aux yeux de la brunette, si Grace Hamilton parvenait à tirer profit du jeu des apparences avec une telle facilité –au  point d’en aveugler sa sœur ainée pourtant reconnue pour sa justesse et son impartialité- alors elle représentait une vraie menace, capable de tromper n’importe qui.

Charlie, elle, n’était pas dupe. Dès sa rencontre avec Grace à l’église l’année précédente, elle avait été alarmée par toute cette psychose maladive qui privait la pianiste de l’église de tout jugement objectif. Aveuglée par l’amour qu’elle livrait à Dieu, elle parvenait à se convaincre d’inepties qui auraient pu laisser la brunette indifférente si ces dernières ne l’avaient pas autant touchée. Dès le début, Grace s’en était prise à elle. Persuadée que Wyatt lui avait été réservé par le Seigneur lui-même, elle lui avait clairement fait comprendre qu’elle ne méritait pas le gynécologue et que leur union était vouée à l’échec. Si à l’époque Charlie lui riait au nez, désormais c’était la colère qui l’animait, Grace étant sans conteste l’une des raisons de sa rupture avec Wyatt. Elle avait cherché à les séparer, à semer la discorde dans leur couple. Force était de constater que ses tentatives avaient été couronnées de succès : Charlie était à présent plus seule et désespérée que jamais, et Grace avait quant à elle le champ libre pour persuader le gynécologue de l’amour qu’elle lui portait.

Soupirant de plus belle, Charlie avala une nouvelle gorgée de bière, priant les Cieux pour que Grace déguerpisse sur-le-champ et la laisse tranquille. Mais c’était bien sûr sans compter l’entêtement de sa camarade des Second Chances qui, en dépit de toute la politesse dont elle avait fait preuve à son égard –et Dieu sait à quel point il était difficile pour elle de ne pas s’emporter à chaque fois que Hamilton Junior ouvrait la bouche- s’installa plus confortablement sur son tabouret et se lança dans un petit discours probablement destiné à l’enfoncer davantage dans la misère. Levant les yeux au ciel, Charlie se mordit les lèvres avec insistance pour s’empêcher de lui coller son poing dans la figure. De toute évidence Grace se complaisait dans l’utilisation de métaphores lui permettant d’assimiler Charlie à une lépreuse et elle, à une Mère Teresa lui tendant la main pour se relever après les épreuves surmontées. Elle devait garder son calme. Ne pas répondre aux attaques, ignorer son interlocutrice complètement barrée et prier pour que son silence finisse par la décourager. Cela fonctionnerait forcément. Fermant brièvement les yeux, Charlie se concentra pour faire abstraction de la voix nasillarde qui poursuivait son discours, et lorsque cette dernière se tut enfin, elle poussa un profond soupir de soulagement.

Rouvrant les yeux, elle jeta un coup d’œil à sa droite et constata non sans une certaine satisfaction que Grace était partie, probablement lasse de parler seule. Elle esquissa un grand sourire à l’adresse du barman dont elle croisa le regard et pour fêter ce départ anticipé, elle reprit une gorgée de sa bière. Pour la première fois depuis le début de la soirée, elle se sentait bien, comme libérée de ses démons, et sa victoire contre l’infatigable Grace Hamilton n’était pas étrangère à ce changement soudain d’humeur. Pourtant, elle ne tarda pas à déchanter quand la voix de cette dernière lui parvint à travers les grésillements caractéristiques d’un micro et, fronçant les sourcils, la choriste se retourna pour découvrir avec horreur que la sœur de Cassandra s’était installée sur la scène du piano-bar. A la mention du mot « amie », Charlie faillit recracher sa bière en comprenant que c’était bien elle dont il était question. Amie ? Dans quel Monde vivait donc cette folle ? Jamais elles ne seraient amies, jamais. Charlie n’était peut-être pas du genre à souhaiter le malheur des autres, mais dans le cas de Grace Hamilton, elle n’avait aucun remord à bouleverser ses principes. Cette cinglée méritait l’asile, et c’est ce qu’elle finirait par obtenir si elle continuait à agir de cette façon ; Charlie s’en chargerait personnellement s’il le fallait.  Posant une main sur son front à la mention de son nom, exagérément articulé par la blonde, Charlie eut envie de disparaître six pieds sous terre tant l’humiliation était blessante. Pour son retour au piano-bar, c’était réussi : elle qui avait voulu effacer tous les mauvais souvenirs qu’elle avait associé à ce lieu ne faisait qu’en ajouter davantage et renforcer le potentiel dramatique de l’établissement. Dieu qu’elle haïssait Grace Hamilton. Malheureusement pour elle, cette dernière n’avait pas fini de lui pourrir l’existence et lorsqu’elle perçut les paroles de la chanson interprétée par la folle de l’Eglise, l’envie de sauter sur scène et de lui faire avaler de force les touches de son foutu piano fut si forte que tous ses membres en tremblaient.

Les mâchoires serrées, le regard noir et les joues rosées sous l’effet de l’humiliation, Charlie attendit patiemment la fin de la chanson pour agir et Grace eut à peine le temps de souffler lorsqu’elle s’arrêta à nouveau face à elle près du bar que Charlie l’attrapa par le col de sa veste pour la tirer vers la porte de l’établissement. Ouvrant cette dernière d’un coup de pied étonnamment adroit, elle traina Grace jusqu’à l’extérieur avant de la plaquer contre le mur de l’établissement sans ménagement. Furieuse, elle se pencha vers elle d’un air menaçant. Son visage à seulement quelques centimètres du sien, elle la fusilla du regard. « La prochaine fois que tu me fais un coup pareil, je te jure que je te fais bouffer ton égo surdimensionné, sale folle ! » Cria-t-elle, les joues si rouges qu’elle avait l’impression de se consumer de l’intérieur. « Qu’est-ce que tu me veux à la fin, hein ? Tu veux que je t’explose la figure ? Que je m’acharne tellement sur toi que tu auras enfin une raison de t’en prendre à moi et de crier sur tous les toits à quel point je suis indigne du Seigneur ? A quel point je t’ai volé ton putain de prince charmant, ou je ne sais quelle autre connerie de ce genre ? ». La respiration saccadée, Charlie contracta davantage les mâchoires et approcha un peu plus son visage de celui de Grace. « Fille du Pasteur ou pas, j’en ai rien à foutre Hamilton, et si tu continues à me faire chier comme ça même quand je te demande gentiment d’arrêter je t’assure que tu le regretteras ! Tu le regretteras, espèce de cinglée ! ». Elle la relâcha enfin et recula d’un pas, son regard noir la dévisageant toujours dans un mélange de rage et de dégoût.
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MessageSujet: Re: 04. A Kiss with a Fist is better than none   Dim 20 Avr - 21:21

Ses doigts s’enroulèrent autour de la poignée de son sac. Le souffle encore un peu haché, elle releva la tête au son d’un sifflement. A peine le temps de cligner des paupières, à peine de le temps de relâcher l’panée qui serrait dangereusement ses poumons, Grace sentit la prise de la tâche floue de couleur pâle soudainement agrippée un peu trop fort à son col. Le monde pivotait à cent quatre-vingt degrés, désintégrant toute forme de traits ou de stabilité autour d’elle dans la grande explosion de son oreille interne. Elle entendit le battement d’une porte, perdue quelque part dans la masse indistincte de cheveux.

L’air frais de la nuit claqua sur son visage. Sa tête heurta le mur. La bordure de ses cils alignés en un rond stupéfait s’humidifia. La douleur assourdie par le froid lui arracha une onomatopée chuintante, son plus rongeur qu’humain. Ses lèvres se tordaient en une grimace étrange au vague air de sourire. Ses cheveux, plaqués contre la pierre, tiraient sur sa nuque endolorie alors que le faciès difforme de Charlie s’avançait bien trop près du sien.

- La prochaine fois que tu me fais un coup pareil, je te jure que je te fais bouffer ton égo surdimensionné, sale folle !


Folle. Elle détourna le menton à la vague de vapeur d’alcool qui l’assiégeait à chaque marque de ponctuation de la brune. Sous ses cils, elle examina avec un intérêt poli la carnation rougeâtre de la jeune femme. Si ça ne lui avait pas donné encore plus l’air d’une junkie insomniaque militante anti-lait solaire que son apparence placide habituelle, Grace aurait pu passer un agréable quart d’heure à tenter de déterminer le nom exacte de la nuance de rouge vaguement instable qui s’installait sur ses joues agitées par l’énervement. Pour l’heure, elle tergiversait encore entre Grenadine et Capucine. Elle ne manquait bien évidemment pas de volonté mais les légères vociférations, meuglements bovins en featuring avec le bruissement délicat de feuilles de papier de verre, de la rougeaude ne l’aidait pas exactement dans son entreprise.

-Qu’est-ce que tu me veux à la fin, hein ?

Dans l’absolu, Grace voulait la reconnaissance de la laine des alpagua en tant qu’appellation d’origine contrôlée. Un combat dur, mais juste, aux sommets du textile qui devait inévitablement voir le monopole des lamas sur le marché, cette mascarade mafiosa, s’écrouler pour le Plus Grand Bien des tricoteuses. Mais elle doutait de la vertu d’engager un débat sur ce sujet à cet instant précis.

-Tu veux que je t’explose la figure ? Que je m’acharne tellement sur toi que tu auras enfin une raison de t’en prendre à moi et de crier sur tous les toits à quel point je suis indigne du Seigneur ?

Grace souleva un sourcil. Pertinente.

-Ce n’est pas quoi qui t’es fait battre par ton propre pushing-ball ?

La phrase s’était coulée toute seule, très vite, presque polie, sincèrement interloquée.

Elle était mal à l’aise. Et c’était précisément là que la situation était surréaliste. Elle n’était que mal à l’aise. La position était bien plus inconfortable que terrifiante. Charlie était une enfant. Gonflée d’orgueil et de corruption, toute pleine de la violence qu’engendre un caprice insatisfait. A l’entendre, elle était une meurtrière multi-récidiviste. Or, pour s’être à de multiple reprise penchée sur les antécédents judiciaires de la Watson-Brown, elle avait espéré pouvoir par là se débarrasser de la jeune femme en douceur dans le bien commun, un vieux rêve abandonné, elle savait qu’il n’en était rien. Elle se colla un peu plus au mur.

-A quel point je t’ai volé ton putain de prince charmant, ou je ne sais quelle autre connerie de ce genre ?

Putain. De. Prince. Charmant.

Le visage de Grace se vida de toute expression. Les muscles de son dos de tendirent contre la surface rugueuse.

-Fille du Pasteur ou pas, j’en ai rien à foutre Hamilton, et si tu continues à me faire chier comme ça même quand je te demande gentiment d’arrêter je t’assure que tu le regretteras ! Tu le regretteras, espèce de cinglée !

Tu le regretteras. Tu le regretteras. Tu le regretteras. Cinglée. Tu le regretteras, cinglée. Tu le regretteras cinglée. Cinglée. Cinglée. Cinglée.

Elle baissa la tête. Sa voix se fit basse, fébrile, tremblante.

-Je sais bien que c’est ton éducation déplorable, ta grossièreté et ton alcoolisme qui font ça mais…

La main jaillit. Les ongles effleurèrent la pommette. Le claquement resta sec. Froid. Symbolique.

La gifle ressemblait à ces petites tapes qu’on inflige à quelqu’un qu’on voudrait réveiller... A quelqu’un qui aurait pris deux xanax avant de se coucher. Elle avait relevé la tête. Elle braqua un regard glacé sur Charlie, hochant gravement la tête. Si Grace avait eu des gants, elle les aurait remis et aurait bu une gorgée de Martini au jus de grenade sans Martini. Avec une ombrelle. Dépourvue de ces petits accessoires, elle se contenta de passer une main dans ses cheveux.

-Il y a des choses qui ne sont pas tolérables.
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MessageSujet: Re: 04. A Kiss with a Fist is better than none   Mer 7 Mai - 12:32

Et dire qu’elle n’avait bu qu’une pauvre bière… Charlie avait rarement été dans un état pareil. Le visage de Grace positionné juste en face du sien, pour la première fois de sa vie elle avait envie de passer sa rage sur autre chose que son punching-ball fétiche. Ces grandes billes bleues parfaitement rondes qui la fixaient avec curiosité, ces lèvres trop pleines, trop larges, ces pommettes marquées et ces longues mèches blondes qui encadraient ce visage en apparence innocent et qui dissimulait en vérité une multitude de vices… ce tableau était insupportable pour elle et elle en avait assez de le croiser partout où elle allait. Aux répétitions des Second Chances, dans les locaux de la LPA, dans ses cauchemars… et voilà qu’il s’immisçait carrément dans son quotidien. Elle voulait l’effacer de force de sa mémoire, en déformer les traits jusqu’à ne plus le reconnaître. Elle voulait l’oublier, tout simplement. Était-ce vraiment trop demander que d’avoir un peu de répit ? De toute évidence oui, car l’ombre de Grace Hamilton ne cessait de la poursuivre en toutes circonstances.

Contractant les mâchoires, Charlie recula légèrement son visage du sien, une moue de dégoût imprimée sur son visage. Elle ne savait même pas pourquoi elle persistait à vouloir raisonner cette fille complètement cinglée. Quoi qu’elle dise, Grace ne l’écoutait jamais et continuait d’invoquer des raisons grotesques pour justifier son comportement. La brunette ne comprenait toujours pas comment la fille du pasteur s’y prenait pour conserver sa liberté alors que sa place était indubitablement dans un asile pour fous. Même Lexie était d’accord avec elle sur ce point ! Depuis la rencontre des deux choristes à la Pension Preston, la rouquine s’était ralliée à sa cause et elles étaient d’accord sur un point : soit Grace Hamilton avait été bercée trop près du mur après sa naissance, soit elle avait vécu un épisode traumatique dans sa jeunesse qui l’avait forcée à développer un système d’auto-défense sponsorisé par Dieu. Dans les deux cas sa folie était avérée, et les Hamilton auraient mieux fait de l’enfermer dans un asile quand il en était encore temps plutôt que de laisser leur fille répandre sa névrose en ville. La gestion de son problème par les médecins aurait peut-être été plus simple si elle avait été admise dans ce type d’établissement plus tôt, et la ville de Lima leur aurait été reconnaissante.

Soupirant de plus belle tout en détaillant à nouveau ce visage qui lui inspirait tant de mépris, Charlie ne put réprimer un grognement lorsque la blondinette lui parla de son punching-ball et de son combat perdu contre ce dernier. Les joues en feu, Charlie secoua la tête tout en tenant ses mains bien à l’écart du visage de Grace, qu’elle aurait pu égratigner « par inadvertance ». Ce n’était pas l’envie qui lui manquait d’administrer une bonne gifle à cette peste qui faisait de sa vie un cauchemar depuis plusieurs mois déjà. Les mots et insultes qu’elle avait pu prononcer à son égard quelques secondes plus tôt ne semblaient pas avoir le moindre effet sur elle, mais qu’en serait-il si Charlie décidait d’avoir recours à la violence ? Après tout, ce n’était que ce qu’elle méritait ; Grace passait son temps à la provoquer et cette chanson qu’elle avait interprétée pour elle à l’intérieur du piano-bar n’était qu’un affront supplémentaire destiné à réveiller la rage de la brunette. Cependant, en dépit de la haine qui l’animait et de son envie légitime de lui refaire le portrait, la Second Chances se retenait encore. D’une part parce qu’elle n’avait jamais frappé quiconque auparavant –pas même son petit frère lorsqu’ils étaient petits- et qu’elle n’avait pas envie de commencer maintenant, et d’autre part parce qu’elle était certaine que si elle levait la main sur elle, Grace prendrait un malin plaisir à tout raconter à Cassandra dans le seul but que celle-ci l’éjecte de la chorale. Or l’amitié de Cassandra et son appartenance à la chorale des Second Chances étaient deux choses extrêmement précieuses aux yeux de Charlie, et elle n’était pas encore tout à fait prête à y renoncer juste parce qu’elle mourrait d’envie de donner une bonne leçon à sa camarade détestée des Second Chances.

Après une seconde d’hésitation, Charlie s’écarta davantage avec résignation, tachant de retrouver son calme alors qu’elle bouillait toujours de l’intérieur. Ses menaces semblaient enfin avoir leur petit effet sur Grace, qui l’observa les yeux écarquillés. Pourtant, malgré l’avertissement prononcé par sa camarade de chorale, elle ne vit pas arriver sa gifle et quand sa main claqua contre sa joue, Charlie resta à son tour bouche bée, comme sonnée par cet acte de violence dont elle avait tant voulu être l’auteur et qui se retournait finalement contre elle. Portant inconsciemment sa main à hauteur de sa joue, elle massa sa peau à peine endolorie par cette gifle dont la signification était plus douloureuse que le geste en lui-même. Contre toute attente, Charlie planta son regard froid dans celui de Grace et ne répliqua pas immédiatement, réunissant le peu de sang-froid qui lui restait pour rester éloignée de la sœur de Cassandra. Après quelques secondes cependant, elle ne put s’en empêcher et plissa les yeux. « Je sais bien que TON éducation n’y est pour rien dans tout ça ». Elle leva sa main à hauteur de son visage. « Que tu es la seule responsable dans cette histoire et qu’il n’y a personne d’autre à blâmer mais ». Elle approcha à nouveau son visage du sien et son regard se fit plus menaçant que jamais. Les sourcils froncés, son regard si clair lançait des éclairs. « Tu. Es. Folle » Fit-elle en détachant chaque syllabe de façon distincte, son index tapotant contre le crâne de Grace à chaque mot prononcé. « Et au plus vite tu t’en rendras compte, au plus vite tu pourras tenter d’y remédier -si toutefois une telle chose est encore possible à ce stade ». Relevant lentement le menton, elle soutint son regard quelques secondes avant de s’écarter. « Sur ce ». Sa main jaillit à son tour et frappa la joue de Grace dans une gifle à peine plus forte que celle qu’elle lui avait assenée. « Je crois que tu l’as bien méritée ». Son regard refléta l’avertissement que son geste avait déjà traduit, et elle s’écarta de plusieurs pas afin de savourer sa vengeance. Elle n’aurait peut-être pas dû mais qu’importe. C’était amplement mérité.
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MessageSujet: Re: 04. A Kiss with a Fist is better than none   Jeu 15 Mai - 18:18

-Je sais bien que TON éducation n’y est pour rien dans tout ça...

Grace voyait sur ses rétines le visage de son père flotter doucement. Elle cligna des paupières pour chasser l’image en filigrane, mais chaque battement de cils semblait renforcer un peu plus la saturation, affiner les traits, ajouter à la présence familière qui prenait le pas, peu à peu, morceau de peau rougeaude après veines saillantes, sur le faciès de la brune.

Son éducation. Sa famille. Le pasteur. Dieu.

Les pièces éparpillées formaient un Tout. Coagulé. Fort. Solide. Lié. Comme une boule de riz. Une boule de riz cosmique.  Une boule de riz logique. Parfaite. Immuable. Et délicieuse. Elle n’en avait jamais douté. Comment l’aurait-elle pu ? Le block de concept prenait une part si importante de sa vie qu’elle pouvait difficilement la distinguer de l’ensemble instable accumulé.

Son père lui avait appris… Tout. Dieu. Il lui avait expliqué la vie qu’elle était supposée mener, qu’elle mènerait, il lui avait montré le sens et la Beauté de celle-ci, le But qu’elle deviendrait et la simple mais pleine satisfaction d’y travailler. Il l’avait écartée des dangers et des mauvais chemins. Il lui avait évité bien des horreurs. Il lui avait épargné la rencontre de personnages douteux… Mais. Et les autres ? Ces êtres, laissés sur le bord de la route vers le Paradis ? Ces créatures sans grande Foi, sans grands vices, ces âmes plus tant éclatante mais pas pour autant si perdues, ces visages, ces choix, qui lui souriaient doucement et, quoique différents, ne semblaient pas lui vouloir du Mal ? Qu’avait-elle, qu’avait-il, fait ? L’Amour qu’il lui avait inculqué pour leur Seigneur les avait éblouis, balayés, consumés bien loin dans la mémoire et la considération morale de Grace. Était-ce une si bonne chose ? Était-ce bien la Pureté que de vouloir écarter tous ceux qui ne pouvaient être aussi immaculés qu’elle ?

Si chaque âmes évitées était un espoir raté, un bonheur avorté… Alors… Grace était-elle vraiment heureuse ?

Sa nuque se raidit. Le froid picota sa joue tiède.

C’était là tout le génie de Charlie Watson-Brown. Vous faire Douter. Un simple regard. Une seule allusion. Et c’était votre monde entier qu’elle infectait de sa présence corrosive. Grace secoua doucement la tête, vaguement nauséeuse. Charlie était Démoniaque. Ce jour-là plus que jamais.

-...Tu es la seule personne responsable...

Non. Elle n’y était pour rien. Ce n’était pas elle qui avait choisi Wyatt. Ni l’inverse. C’était le Destin. C’était Dieu. C’était Comme-ça. Tout simplement. Elle se serait elle-même personnellement très bien passée de devoir croiser la route fort mal entretenue de Charlie. Mais elle n’avait pas eut le choix. L’Amour s’était formé, sans hasard, certes, mais sans prévenir. Elle n’était que l’humble servante de la Volonté Divine. Et c’était là une des nombreuses différences entre elle et la brune : Grace avait accepté la nature inférieure des hommes, alors que Charlie poursuivait le chemin que traçaient pour elle les diktats de son Orgueil d’impie.

-Tu. Es. Folle.

Les mots résonnaient atrocement dans son crâne.  D’autres voix s’y mêlaient. « …ton béguin insensé pour un garçon que tu n'avais vu qu'en photo.» C’était de l’Amour. Le lycée. L’album de fin d’année.
Elle le tenait entre ses mains. Les pages tournaient, tournaient, tournaient. Jusqu’à lui. Toujours lui. Rien que lui. Des centaines et des centaines de photos. De Wyatt. C’était lui. Ca avait toujours été lui. Personne d’autre. Non. Jamais. L’album en était rempli. Sa vie en était remplie. Depuis le début. Et à jamais. Rien d’autre. Le professeur qui écrivait une équation au tableau. Le garçon qui déposait le journal sur le pas de sa porte. L’athlète qui se faisait porter en triomphe. Le garçon au troisième rang pendant la messe. Dans le cercle des AA de la LPA. L’homme seul dans la si grande salle du musée. Seul. Il ne le serait plus. Ils ne le seraient plus. Tous roux. Tous lui. Ils la regardait. Toujours. Ils l’aimait. Tendrement. Doucement. Vraiment. Et ils lui murmurait : « Folle. Folle. Tu es Folle. ». Et elle souriait, parce que c’était lui. Parce que c’était Bien. Et elle pleurait. Parce que c’était Bien. Oui. Ce ne pouvait être que Bien. Rien d’autre. Alors elle pleurait pour ça. Alors elle respirait pour ça. Parce que tout était Bien.

Folle.

La brèche à vif se referma lentement.

Elle releva la tête comme après une apnée particulièrement longue, les poumons en feu, une lueur égarée dans les yeux.

-Sur-ce…

Ses lèvres s’arrondirent pour un « Oui » tout interrogatif mais furent soudainement déformée par le coup.

Le blanc. Le silence.

Stop.

-Stop.

Elle avait murmuré le mot alors que sa main rattrapait fermement le poignet de la brune qui s’éloignait déjà.

-STOP.

Le hurlement suivit le mouvement de ses doigts qui s’agrippaient aux cheveux emmêlés. Elle tira sur le bras, utilisa le poids de Charlie, les fit pivoter un peu trop vite et la plaqua contre le mur, écoutant le petit bruit satisfaisant que fit sa tête quand elle heurta le mur.

-Il n’a jamais été heureux avec toi. Tu le sais. Il le sait. Jamais.

Chaque fois qu’elle marquait un point dans ses phrases, elle le ponctuait d’un geste brusque dans la crinière brune, tirant frénétiquement une épaisse mèche de cheveux.

-Parce que tu es stupide. Parce que tu es grossière. Parce que tu es alcoolique et perdue. PERDUE. Parce que tu ne le mériteras jamais. Jamais. JAMAIS. Parce que tu n’es même pas pitoyable. Tu es PIRE que ça. Tu es un déchet. Un parasite.

Les larmes luisaient sur ses joues. Elle ne savait plus exactement à qui elle s’adressait.

-Parce que tu es Toi.

Elle colla son front contre celui de la brune.

-Arrête. Arrête. Arrête. Pars. Laisse-nous.

S'il te plait.
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MessageSujet: Re: 04. A Kiss with a Fist is better than none   Ven 16 Mai - 11:58

Depuis le temps qu’elle en rêvait… depuis le temps qu’elle souhaitait offrir à cette folle de Grace Hamilton la correction qu’elle méritait. Charlie avait passé un nombre incalculable d’heures à s’entraîner face à son punching-ball fétiche, frappant toujours plus fort lorsque l’image de la petite sœur de Cassandra se formait sur le ballon de cuir. C’était sa façon à elle de se défouler, sa façon d’évacuer la pression, de se venger sans faire de mal à quiconque. Charlie n’était pas violente, ne l’avait jamais été. Tout était une question d’apparences. Elle n’avait jamais levé la main sur ses petits camarades de classe dans la cour de récréation de son école californienne, n’avait jamais piqué de grosse colère. Elle était Charlie, la douce Charlie, celle qui ne ferait jamais de mal à une mouche, celle qui croyait davantage aux insultes qu’aux actes de violence. Et voilà qu’elle trahissait ses principes en administrant une gifle certes délicate en comparaison avec les poings qu’elle enfonçait habituellement dans son punching-ball, mais qui demeurait néanmoins une gifle. Seule Grace Hamilton était capable de la sortir de ses gonds ainsi, de l’énerver à un tel point qu’elle finissait par en perdre tous ses moyens. Même Ruby Caldwell n’avait pas cet effet-là sur elle. Mais Grace… Grace avait toujours été un problème à ses yeux. D’un côté, elle lui trouvait des excuses, certaine que son état psychologique précaire était la raison de ses attaques répétées à son égard. D’un autre côté, elle ne pouvait tout simplement pas s’empêcher de ressentir du mépris pour cette poupée Barbie grandeur nature qui l’agaçait au plus haut point.

En portant la main sur elle, en lui assénant ce coup dont elle avait tant rêvé et qui, elle en était certaine, lui donnerait satisfaction, elle avait réalisé un rêve qu’elle avait jusque-là refoulé de son mieux. Pourtant, son regard accrochant celui de Grace avec détermination, elle se rendit compte qu’elle n’était pas fière d’elle. Elle qui avait tant souhaité se venger du petit lutin blond qui la pourchassait depuis des mois en lui répétant des phrases qui venaient la hanter dans son sommeil réalisait à présent que son geste était un acte de faiblesse. Elle s’en prenait à Grace parce que c’était facile, et la frapper revenait à cogner sur un enfant terrifié. Elle le comprenait à présent. Dans les grandes billes bleues de Grace, elle comprenait son erreur. Passées les quelques secondes de satisfaction intense, ses traits se métamorphosèrent peu à peu, laissant deviner le regret qui la rongeait déjà. Aussi, quand Hamilton lui attrapa le bras et lui demanda d’arrêter, Charlie n’opposa pas la moindre résistance et se retrouva rapidement adossée au mur, prisonnière d’une Grace dans tous ses états. Sa tête heurta le mur derrière elle et elle esquissa une grimace. Mais Grace ne lui laissa pas le temps de se plaindre. S’agrippant aux cheveux de Charlie de toutes ses forces, elle lui hurla en plein visage que Wyatt n’avait jamais été heureux avec elle et qu’ils le savaient tous les deux. Elle la qualifia de fille stupide, grossière, d’alcoolique perdue et pitoyable. De parasite.

Incapable d’esquisser le moindre geste, Charlie se contentait d’étudier le visage de Grace, les yeux écarquillés. La scène qui se jouait devant elle n’était pas une scène de colère. Il s’agissait d’un acte de folie. De pure folie, à l’état brut, comme Charlie n’en avait jamais vue. Progressivement, la colère de la brunette se transforma en compassion. Pour la première fois depuis sa rencontre avec Grace, elle réalisait l’ampleur de la folie qui la rongeait. Elle évoluait au cœur d’une illusion. Charlie avait toujours soupçonné ce déséquilibre psychologique mais s’était trouvée des excuses pour détester Grace Hamilton, pour se donner une raison de la haïr et de rejeter continuellement la faute sur elle, coûte que coûte. C’était elle qui avait brisé son couple, elle qui avait persuadé Wyatt qu’elle n’était pas suffisamment bien pour lui, elle encore qui faisait en sorte de lui faire perdre ses moyens, intentionnellement. La choriste se rendait à présent compte de l’erreur monumentale qu’elle avait commise. Grace n’était pas coupable. Grace était une victime. La victime de sa propre folie. Lui cracher à la figure qu’elle était folle, qu’elle était responsable de ce qui se passait avait été une erreur et elle n’aurait jamais dû s’emporter de la sorte. Charlie regrettait amèrement les paroles qu’elle avait prononcées.

Alors que Grace lui répétait d’arrêter, de les laisser Wyatt et elle tranquilles, Charlie leva lentement sa main et écarta avec douceur les doigts de Grace de ses mèches brunes emmêlées. Puis, ignorant les paroles que sa camarade continuait de prononcer, elle posa délicatement ses deux mains sur les épaules de Grace. « D’accord. D’accord, Grace » Fit-elle en hochant la tête, son regard empli de compassion. « Chut, calme-toi s’il-te-plaît ». Elle fit glisser sa main droite jusqu’à la joue de sa camarade et rapprocha son visage du sien afin de la forcer à la regarder. « Je m’excuse, d’accord ? Je n’aurais jamais dû dire ça. Tu as raison, je suis stupide. Je me suis emportée et je n’aurais pas dû. Calme-toi, ça va aller d’accord ? ». Sa main retomba le long de son corps et Charlie s’écarta d’un pas sur la gauche afin de se dégager progressivement. Levant ses deux mains devant elle en signe de défense pour lui montrer qu’elle ne lui ferait plus de mal, Charlie s’écarta un peu plus. « Tu vois ? Je suis désolée. Je te laisse tranquille, comme tu le souhaites. Je vous laisse tranquilles ». Elle n’était pas certaine de le penser, l’union possible de Grace et Wyatt lui donnant plus la nausée qu’autre chose mais elle voulait aussi rassurer la blonde et c’était le seul moyen qu’elle avait trouvé pour cela. « Tu veux que je te raccompagne ? Ou tu préfères rentrer seule ? Je n’ai bu qu’une bière à peine alcoolisée tu sais, je suis tout à fait capable de conduire et de te raccompagner chez toi si tu le souhaites ». Elle esquissa un sourire encourageant, une façon pour elle de montrer à Grace qu’elle était pleine de bonne volonté.
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MessageSujet: Re: 04. A Kiss with a Fist is better than none   Mar 20 Mai - 20:22

Le contact de ses mains sur sa peau. Ca ne semblait pas naturel. Pas logique. Pas autorisé. Elle devrait être révulsée. Nauséeuse. Elle devrait sentir la brûlure de ces doigts sur ses joues. Elle devrait hurler, se débattre et griffer ce visage qui s’approchait bien trop prêt du sien. Elle devrait lutter, rejeter ce corps infectieux qui l’envahissait peu à peu. Elle devrait dire non.

Et pourtant.

Le souffle frais qui caressait ses joues brûlantes et collantes. La présence de la brune semblait soutenir la sienne, vacillante. La lueur de compassion qu’elle ne pouvait ignorer de ces yeux fixés sur elle ne la repoussait plus. Bien au contraire. Elle sentait le réconfort que la Watson-Brown cherchait à lui communiquer comme si il émanait d’elle par raz-de-marée.

D’accord.

Elles étaient d’accord. D’accord. D’accord. D’accord.

Elle ferma les yeux. Ses paupières remontèrent trois fois avant qu’elle n’arrive à les maintenir baissée. Avant qu’elle ne parvienne à rester dans le noir.

- Je m’excuse, d’accord ? Je n’aurais jamais dû dire ça. Tu as raison, je suis stupide. Je me suis emportée et je n’aurais pas dû. Calme-toi, ça va aller d’accord ?

Charlie s’excusait. Enfin. Et c’était Grace qui semblait rendre les armes. Elle hochait la tête, doucement. Puis plus fort. Puis elle bougeait tellement vite la tête qu’on ne voyait plus de mouvement. Mais elle, elle savait. Elle, on ne la dupait pas. Elle savait qu’elle bougeait. Comment expliquer que tout autour d’elle tanguait à ce point ? Elle toucha le mur. Elle s’y appuyait. Mais il continuait à bouger. A s’enfoncer sous sa paume. A s’effondrer, comme tout le reste. C’était ridicule.

Elle sentait la pression des phalanges sur sa mâchoire, qui la ramenait impérieusement à la vision de Charlie. Qui la ramenait à la réalité.

Sa langue était épaisse, pâteuse dans sa bouche. Un goût de cendre diluait ses mots dans une moue souffreteuse.

-Ca… ça va aller…

Son sanglot se voulait persuadé. Evidemment, elle y échouait sans panache.

-Je te laisse tranquille, comme tu le souhaites. Je vous laisse tranquilles

Grace hocha plus lentement la tête pour que la vitesse ralentie ne la rende visible par Charlie. Elle était prévenante. Elle pensait aux autres. Le monde n’en cessait pourtant pas de tourner. Elle respirait difficilement. Charlie la laissait. Enfin. C’était terminé. Fini. Rideau. Happy End. Elle souriait. Elle devait sourire. Elle avait prié pour ce moment depuis des mois. Depuis des années. Depuis le début.

Pourquoi ne souriait-elle pas ?

Elle ne le savait pas. Elle ne voulait pas le savoir. Jamais. Jamais. Jamais. Les secrets étaient les fondements de toute religion. L’initiation était ainsi le stade le plus traumatique de la Foi. Les secrets protégeaient les élus des Forces qu’ils devraient rencontrer. Ils leur accordaient encore un peu de temps. Un peu de repos. Parce qu’une fois qu’ils avaient ouvert les yeux. Qu’ils avaient Vu. Qu’ils avaient pleuré de joie, hurlé de douleur, qu’ils étaient devenu aveugle, somnambules dans une Nuit qui les avait absorbé. Guidés par des mains qui bloquaient leur bouche. Par des voix qui leur chuchotaient de sourire. Alors elle devait continuer.

Les secrets étaient des amis qui vous voulaient du bien.

Et Grace n’était pas exactement le genre de personne qui pouvait se permettre de perdre des amis.

Instinctivement, elle agrippa les poignets de Charlie. Elle la laissait tranquille. Elle la laissait. Pas tout de suite. Pas maintenant. Pas maintenant. Pas maintenant.

Grace n’était pas exactement le genre de personne qui pouvait se permettre de perdre des amis qu’elle n’avait pas.

Tout se bousculait dans sa tête. Elle avait chaud sous les frissons qui la parcourraient. Le cœur palpitant au bord de ses lèvres, elle laissait ses yeux frénétiques divaguer dans le lointain.

-Tu veux que je te raccompagne ? Ou tu préfères rentrer seule ? Je n’ai bu qu’une bière à peine alcoolisée tu sais, je suis tout à fait capable de conduire et de te raccompagner chez toi si tu le souhaites.

Watson-Brown sourit. Et Grace se souvint.

« Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs, que le Seigneur Dieu avait faits. »

Sa lèvre supérieure trembla. Puis s’épanouit, lentement, surement, dévoilant une rangée de dents presque luisantes dans l’obscurité. Rien n’avait changé. Depuis des milliers et des milliers d’années. Depuis la Genèse de ce monde. Le Diable était là. Dieu aussi. Et on choisissait son camp. Charlie était le Mal. Charlie était un reptile. Imprévisible. Indigne de confiance. Incapable de rédemption. Et elle le resterait. Peu importait la gentillesse quelle parvenait à glisser dans ses phalanges. Peu importait le gonflement particulier que ses joues prenaient quant elle souriait. Peu importait qu’elle ait été là pour elle. Rien ne changerait. Et c’était pour ça que Grace souriait. C’était en cela que Grace retrouvait un peu de bonheur. Un peu d’illusions.

Elle hocha la tête doucement.

Elle serait avenante. Elle serait douce et fragile. Elle serait l’oisillon blessé.

Elle serait impitoyable. Elle serait chrétienne et flamboyante. Elle l’éradiquerait.

Elle se lova contre la brune, entourant ses bras autour du corps qu’elle avait envie de frapper, plongeant son nez contre l’épaule qu’elle aurait pu mordre. Elle fit comme si elle ne s’y sentait pas bien. Comme si ça ne la réconfortait pas. Elle fit comme si rien n’avait changé. Parce que c’était comme-ça que ça deviendrait réel. Que tout redeviendrait parfait.

-Merci.
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04. A Kiss with a Fist is better than none

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