Choriste du mois


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 04. [NYC] I'll be watching you

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MessageSujet: 04. [NYC] I'll be watching you   Dim 27 Avr - 18:57

La première journée à New York City avait eu le don de remplir les yeux d’Ingrid d’étoiles. Les visites s’étaient succédées à un rythme fou, et la journée était passée extrêmement vite. Le rêve américain de la Suédoise prenait encore plus de consistance maintenant qu’elle avait visité une des plus grandes villes des Etats-Unis. Elle avait toujours eu envie d’aller à la Grosse Pomme, mais elle n’aurait jamais pensé qu’une occasion se présenterait un jour. L’annonce du principal de McKinley High avait paru un miracle. Elle avait encore plus de chance dans le fait que les enfants étaient chez Noah la semaine en question, et qu’elle avait du coup la possibilité de s’absenter du domicile de Quinn. L’opportunité avait donc été en or, et la réflexion n’avait pas été longue. Les parents de la jeune fille avaient fait un virement depuis la Suède pour qu’elle puisse prendre part au voyage de ses rêves avec une autre bonne partie de ses camarades. Les endroits dans lesquels ils avaient mis les pieds étaient plus beaux les uns que les autres, et la visite du museum d’histoire naturelle avait été plus que fascinant. C’était dingue comme les espèces avaient pu évoluer depuis la création de la Terre. Parfois, en observant ses camarades faire les zouaves, elle se disait que l’espèce humaine n’avait pas tant que ça évolué, au final. Les squelettes de mammouths lui avaient étrangement fait penser à Sue Sylvester. Il y avait de fortes ressemblances dans leurs silhouettes difformes. La directrice de la chorale venait de la même époque, et il n’y avait aucun doute sur le fait que ses défenses lui soient restées, ou du moins, c’étaient des cornes de diables qui lui sortaient du crâne. Elle respirait le mal à plein nez, et elle brandissait ses trophées comme un trident, comme une preuve de son pouvoir ultime. La jeune choriste ne prenait pas à son jeu, elle savait bien que la mairesse n’était qu’assoiffée de victoire, au détriment de la passion de ses éléments pour le chant. L’époque de Will Schuester était décidemment regrettable. Tout ce que Quinn lui avait raconté sur l’époque où elle était au Glee Club lui étaient remontés à l’esprit lorsqu’elle avait pu observer les ossements des pachydermes.

La visite au zoo de Central Park avait été tout aussi intéressante. Les félins étaient magnifiques, et dégageaient une prestance monumentale. Leur fierté se lisait lorsqu’ils posaient leurs yeux sur les singes (comprenez certains énergumènes en provenance de l’Ohio) en dehors de la clôture, les méprisant autant qu’il était possible de les mépriser. De tous les visiteurs qu’ils voyaient passer toute la journée, les élèves de WMHS étaient sans doute les plus désagréables. Certains s’étaient amusés à balancer des cacahuètes aux fauves, ignorant peut-être que le régime de ceux-ci se comportait uniquement de viande. L’ignorance de la jeune population de Lima n’était cependant plus à prouver, et la jeune fille s’était contentée de lever les yeux au ciel, sans rien dire. Elle avait toutefois profité du fait que ses acolytes attirent l’attention des animaux pour prendre quelques clichés plutôt sympathiques avec son appareil photo. Ce n’était évidemment pas du travail de professionnel, mais ça ferait déjà des jolis souvenirs, et c’était tout ce qui lui importait. Elle avait passé sa soirée libre à discuter tranquillement avec Kessy, refaisant le programme de toute la journée, se remémorant les instants les plus drôles comme les plus ennuyeux. Alors que toutes les filles se mettaient en pyjama en bavardant gaiement dans le dortoir, se changeant pour certaines à la vue de toutes, elle préférait se glisser sous la couette et se changer dans son lit. Elle admirait toutes ces filles à qui cela ne posait aucun problème de se changer en public, mais ce n’était définitivement pas quelque chose pour elle. Le dortoir était presque calme, tout le monde était au lit et les yeux de la petite blonde commençaient à se fermer lorsqu’elle fut prise d’une soudaine envie pressante de faire pipi, et essaya de sortir du dortoir sans se faire remarquer et s’avança dans les couloirs de l’auberge de jeunesse.

Un bâillement étira son visage encore endormi, et elle s’avança en rasant les murs tout le long de sa route vers les WC. Elle fut surprise par une ombre au milieu du couloir, et décida de l’ignorer en passant, jusqu’à ce qu’elle se rende compte que cette personne n’était autre que Miss Pillsbury-Schuester, qui semblait astiquer le sol avec véhémence. Ingrid semblait avoir décelé une part de maniaquerie en elle, mais elle ne se doutait pas qu’elle astiquait aussi les lieux publics. « Bonsoir ! » dit-elle poliment avant de continuer vers les toilettes. Elle se retourna soudainement, sentant que la conseillère d’orientation n’était pas vraiment dans son assiette. « Tout va bien ? » demanda-t-elle, sans doute plus concernée qu’elle ne devrait l’être par rapport au bien-être de son encadrante. La rouquine était tellement proche et faisait tellement de choses pour ses élèves, que l’adolescente se serait sans doute sentie mal si elle n’avait pas demandé comment elle allait. Cette femme se souciait des lycéens au point d’avoir voulu leur proposer un atelier d’apprentissage des bonnes mœurs, après le manque de tenue évident des jeunes lors du repas de midi. Evidemment, sa proposition avait complètement capoté, puisque certains élèves suffisants étaient convaincus d’être suffisamment bien élevés, et n’avaient l’intention de ne faire aucun effort.
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MessageSujet: Re: 04. [NYC] I'll be watching you   Jeu 1 Mai - 15:42

« Hm... oui oui, ça se passe bien. » La voix un peu hésitante, Emma se força à sourire à l'autre bout du combiné dans l'espoir que son ton serein apaise son mari. Malheureusement, ça ne se passait pas si bien que ça. New York en elle-même était une ville qui regorgeait d'histoire et anecdotes, mais elle s'avérait également terriblement bruyante et sale. La conseillère d'orientation ne comprenait que modérément l'engouement de tous ces jeunes gens pour la grosse Pomme. William lui-même en avait rêvé des années et avait pensé y vivre avant de n'être père. C'était définitivement quelque chose dont Emma ne serait pas capable -elle en voulait pour preuve qu'au bout de quelques jours seulement elle rêvait déjà de rentrer chez elle, prendre deux ou trois douches et s'enterrer sous sa couette bien douillette en serrant sa fille dans ses bras. D'ailleurs, il lui tardait de pouvoir lui parler, même si depuis son arrivée Emma sentait toujours sa gorge se serrer en entendant la petite fille lui dire qu'elle lui manquait. « Tu peux me passer Emily? commença par demander la jeune femme qui, assise sur son lit, triturait les pointes de ses cheveux pour se distraire. ... Oh, elle est déjà couchée... oui bien sûr, je n'avais pas vu l'heure. » masquant difficilement sa déception, la rouquine hésitait entre définitivement lâcher les armes et avouer à Will qu'elle ne se sentait pas du tout bien ou au contraire continuer à affirmer que tout se passait pour le mieux de sorte qu'elle passe pour la femme indépendante qu'elle devait être. Son mari avait déjà subi bien des crises de nerfs, l'avait consolée bien trop souvent, et il s'était d'ailleurs inquiété de la voir partir à New York pour encadrer des adolescents: un peu naïve, Emma lui avait confirmé que ce n'était rien de grave, qu'elle pouvait tout à fait faire face à la situation. Oui mais voilà, elle s'était trompée, et elle se voyait mal l'admettre face à un homme qui s'était tout de suite montré inquiet et qu'elle n'avait pas voulu écouter.

Aussi omit-elle de mentionner le club de bonnes mœurs improvisé qu'elle avait voulu mettre en place. C'était en voyant deux élèves s'embrasser à pleine bouche dans les couloirs de l'auberge de jeunesse que la rouquine avait songé bon de leur rappeler ce qu'étaient de vraies valeurs, d'abstinence notamment. En bonne membre des Second Chances, elle avait fait tourner l'information toute enthousiaste, donnant rendez-vous aux intéressés dans la salle commune du bâtiment où ils tiendraient une sorte de réunion d'un club de chasteté importé et improvisé. Bien entendu, elle savait pertinemment qu'il n'y aurait pas foule; mais elle ne s'était pas attendue à ce que parmi les trois personnes présentes deux chahutent et remettent en cause tout ce qu'elle disait. Si elle avait su répondre au début, elle s'était sentie terriblement honteuse par la suite. En les voyant partir en ricanant, Emma s'était dit qu'il n'y avait plus aucun espoir pour la jeunesse ou le monde en général. Elle s'était sentie terriblement seule, à nouveau, perdue dans sa bulle aseptisée que tout le monde répugnait alors qu'elle la trouvait incommensurablement rassurante et propice à l'épanouissement personnel. Bien entendu ça non plus, Will ne devait pas l'entendre. Qu'est-ce qu'il aurait pensé de sa femme s'il apprenait qu'elle était incapable d'avoir une vie équilibrée dès qu'elle n'était ni à ses côtés ni à ceux de Emily? Il la prendrait pour une folle, c'était certain. Il lui répéterait avec un ton trop condescendant qu'elle devait essayer de prendre du recul, de prendre sur elle, de changer de perspective. Et Emma aurait plus mal encore de savoir officiellement qu'elle était bien seule au monde à penser de la sorte, si même son mari ne pouvait pas la comprendre. Quelque part elle culpabilisait de ne pas lui faire confiance à ce point: c'était bien vrai, il l'avait entendue dire pire que ça, il avait tout su d'elle et n'avait jamais seulement pensé à la juger. Elle cherchait alors peut-être à préserver cette image de femme nouvellement épanouie et défaite de ses troubles qu'il avait désormais d'elle. Elle était belle, dans ses yeux. Écoutant un peu distraite ce que lui racontait Will, Emma s'accrochait pourtant à sa voix, comme un point de repère par téléphones interposés. « Oui, bonne nuit. Je t'aime aussi. » sentant alors une vague de nervosité la submerger alors qu'elle envisageait de ne devoir sortir de ce petit monde parfait créé par sa voix pour retrouver la froideur d'une New York particulièrement bruyante ce soir-là, Emma songea qu'elle se sentirait peut-être mieux après en avoir parlé, finalement. C'était bien vrai, il l'avait toujours aidée, il le ferait encore ce soir. Aussi attendit-elle peut-être un peu trop avant de ne lancer un appel au secours. « Non attends, ne raccro... » -che pas. Trop tard. Le petit bip sonnait comme un vide intersidéral aux oreilles de Emma qui, alors qu'elle posait le téléphone à côté d'elle, entendit de nouveaux bruits venir du couloir.

Le couvre-feu était dépassé, aussi la rouquine dut reprendre ses esprits et ravaler ses larmes pour pouvoir se lever et aller réprimander les petits plaisantins qui, visiblement, s'amusaient beaucoup étant donné le volume auquel se projetaient leurs rires. Seulement quand elle ouvrit la porte d'un air fâché, Emma n'eut plus droit qu'à un écho de leur amusement, confrontée à un couloir désespérément vide dont la lumière automatique s'éteignit peu après qu'elle ait remarqué une tache au sol. Rallumant subitement, la rouquine grimaça. Quelques mètres plus loin, on pouvait clairement distinguer un Red Solo Cup -très seul- qui en plus d'avoir perdu son propriétaire avait laissé derrière lui une petite marre de ce qui devait certainement être une boisson alcoolisée. Emma sentit ses muscles se crisper alors que sa respiration s'accélérait. Elle rentra rapidement dans la chambre, en sortit une paire de gants de ménage qu'elle avait ramené de Lima "juste au cas où", et elle marcha à pas pressés jusqu'au placard du couloir où on lui avait signifié qu'elle pourrait trouver un balais et un seau. Elle crut faire une attaque en constatant qu'il n'y avait à sa disposition qu'un détergent bon marché, mais songea qu'elle n'avait pas le choix; New York avait beau être une ville agréable en ce sens qu'elle aurait pu, à minuit passé, trouver sa marque favorite dans une petite boutique, elle était aussi -à ce qu'avait entendu Emma- une ville relativement dangereuse pour une rousse en larmes et en jupe. Aussi jugea-t-elle préférable d’ôter le gros de la tache avec un produit peu recommandable, quitte à recommencer le lendemain. De toute façon elle n'aurait pas pu dormir en repensant à la monstruosité qui rongeait la moquette.
Son seau rempli, une serpillière à la main, les gants bien en place, Emma s'agenouilla en prenant soin de préalablement vérifier l'état du sol à l'endroit où ses genoux se poseraient. Et elle frotta. Une fois, deux fois, plus fort, plus vite, rien n'y fit. « Maudit... détergent. » Souffla-t-elle pour elle-même, sentant ses mâchoires se crisper alors qu'elle continuait d'espérer, au fond, que la tache d'alcool finirait par disparaître. Ils n'avaient rien écouté. Ces jeunes n'avaient strictement rien écouté; elle avait écrit une chanson ventant les mérites d'un comportement exemplaires et ils avaient préféré faire la tournée des bars plutôt que de l'écouter. Dieu sait ce qu'ils étaient en train de faire désormais, prétendant être de doux agneaux assoupis une minute après le couvre-feu. Emma avait peur. Emma avait honte. Pourquoi avait-elle accepté de venir à New York, finalement? Elle n'aurait jamais dû. Elle aurait dû écouter son entourage, ses amis, son mari qui, comme d'habitude, savaient mieux qu'elle ce qui était bon pour elle. Elle était incapable de renoncer à son optimisme, de voir la vérité en face mais il fallait qu'elle l'accepte: elle n'était pas comme tout le monde. Elle n'était pas capable, malgré le fait qu'elle essaie de prétendre le contraire, de faire ses valises et partir du jour au lendemain en adorant le sentiment d'aventure (nom que les gens normaux donnaient à ce qu'elle appelait insécurité) et en se moquant éperdument de ce que pouvaient penser ou faire les autres. Elle n'avait jamais su le faire et avait voulu prouver le contraire: elle avait encore bien échoué, bravo, Emma! Sentant ses lèvres se pincer et ses yeux s'humidifier, la rouquine continua d'effacer la tache tant bien que mal, se livrant un combat schizophrénique qui la laissait penser à la fois qu'elle ne valait rien et qu'elle était trop dure avec elle-même.

Ce fut un "bonsoir" calme et presque doux qui la ramena à elle. Ne levant pas tout de suite la tête en espérant avoir le temps de ravaler ses larmes, Emma eut un petit sursaut, et continua de fixer sa serpillière du regard. « Que fais-tu debout? Le couvre-feu est passé, tu devrais dormir. » Relevant un peu les yeux, Emma réalisa son erreur. Ingrid. Elle ne comptait probablement pas sortir en douce pour aller en boîte de nuit, d'ailleurs elle était en pyjama. Et les chambres des garçons étaient dans la direction opposée, ce qui laissait penser à la conseillère d'orientation que la blondinette ne pensait pas à mal. « Oh pardon Ingrid. Je ne t'avais pas reconnue. » Toussotant légèrement, Emma se releva comme si tache ne lui importait que peu. Bon dieu elle n'arrêtait pas d'y penser. « Oui oui, ça va. Je ne voulais pas laisser tout ce travail au personnel de l'auberge, et j'avais une insomnie alors... » mentit-elle. Elle était plutôt contente de tomber sur Ingrid plutôt que sur d'autres élèves plus dépravés, seulement au fond ils l'avaient prouvé aujourd'hui: même les plus sages pouvaient se montrer vils et immoraux. Enfin, se montrer normaux, paraît-il. Emma n'avait simplement pas la même définition du mot normal...
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MessageSujet: Re: 04. [NYC] I'll be watching you   Mer 14 Mai - 13:46

La réaction de son accompagnatrice eut presque le don de désappointer l’adolescente. Certains élèves avaient peut-être parfois l’envie de contourner le règlement et de s’éclipser de l’auberge de jeunesse, mais ce n’était pas son cas. Sa seule envie du moment, était sans doute de soulager sa vessie. Après tout, il était normal que la professeur se méfie des intentions de ses élèves après toutes les imbécilités qu’ils pouvaient inventer pour pouvoir se glisser en douce à l’extérieur du bâtiment qui les hébergeait pour la semaine. C’était une chose que la jeune fille n’avait pas compris. Ils avaient le droit à des tas de quartiers libres pendant la journée, alors pourquoi certains ou certaines envisageaient de sortir au beau milieu de la nuit ? Evidemment, New York n’était pas connue pour être la ville qui ne dort jamais sans raisons, mais de là à ne pas suivre les règles, c’était une autre histoire. Et pourtant, si Miss Pillsbury se méfiait, c’était sûrement que quelque chose du genre était déjà arrivé. Et il n’était pas étonnant, venant des élèves de McKinley High, que quelques un d’entre eux ne soient pas dérangés par le fait de déroger à l’autorité. La petite blonde adressa un sourire gêné à la conseillère d’orientation, bien qu’elle ne soit pas sûre que celle-ci puisse l’apercevoir dans le noir. « Euh… je vais juste aux toilettes » déclara-t-elle d’une voix timide.

La rouquine sembla cependant la reconnaître rapidement. Elle raconta ensuite quelque chose concernant le fait qu’elle ne voulait pas laisser les femmes de ménage enlever la tache sur le sol. Mais la jeune fille se doutait que la principale raison qui la poussait à vouloir nettoyer cette chose, était le goût de la dame pour la propreté, et sans doute aussi le manque de sommeil. Même si elle essayait de garder un calme apparent, la suédoise sentait que quelque chose la perturbait. Le meilleur moyen de l’aider, et d’assouvir sa curiosité au passage, était de gagner sa confiance. Et même si elle n’était pas fan de nettoyage et de ménage, c’était cependant sans doute un moyen efficace de se rapprocher de l’accompagnatrice quelque peu déboussolée qui se trouvait en face d’elle. « Je peux vous aider ? » proposa-t-elle gentiment avant de s’accroupir près de la professeur. Elle chercha des yeux une seconde serpillère mais n’en trouva pas. Elle se releva. « Où est-ce qu’il y en a d’autres ? ». Sans vraiment attendre la réponse, elle s’aventura à travers le couloir pour trouver un petit placard de service d’où elle sortit ce qui ressemblait vaguement à une serpillère. Elle jugea également utile d’emporter une éponge avec un côté grattoir. Si la tache était incrustée, ça pourrait être vraiment utile. Elle retourna près de miss Pillsbury et trempa la serpillère dans le détergent avant de commencer à frotter vigoureusement, sans effet. Elle attrapa l’éponge et se servit du côté grattoir pour éliminer le plus gros.

Tout en jouant à la parfaite petite femme de ménage, elle commença à parler. « Je suis désolée que votre atelier de bonnes mœurs n’ait pas fonctionné. Les élèves ici peuvent parfois être… souvent même, désagréables. Ils pensent être parfaitement éduqués par leurs parents, et estiment n’avoir rien à entendre de l’autorité. » Elle soupira. « Je pense que vos conseils sont bons, et vos intentions sont bonnes, mais eux, ne voient pas les choses de la même manière ». Ses lèvres se pincèrent. Elle ne savait pas vraiment comment expliquer à la rouquine en quel sens sa vision des choses différait avec celle des élèves. « Ils n’ont pas conscience de leur impolitesse, ou du mal qu’ils peuvent faire aux gens. Et le fait que vous leur proposiez de s’améliorer, dans leur tête ça veut dire qu’ils ne sont pas assez bien. Et j’imagine qu’ils sont un peu vexés ». Elle ne savait absolument pas si son raisonnement était le bon, mais il semblait à peu près correct. « En fait, peut-être qu’il vaudrait mieux que vous laissiez leurs parents résoudre les petits problèmes de comportement qu’ils peuvent avoir. Même s’ils sont désagréables pendant le voyage, je pense qu’il n’y a pas grand-chose à faire ». A vrai dire, certains cas étaient désespérés, et ne s’amélioreraient pas, une fois de retour en Ohio. « Ce que je veux dire, c’est que c’était très gentil de votre part de leur proposer un atelier comme ça, mais pour eux, c’était probablement exagéré, et ça tombait au mauvais moment ». Elle voulait poser une main conciliante sur l’épaule de la jeune femme, mais elle ne pouvait pas se permettre une telle familiarité avec le corps enseignant. « Vous savez, je crois que malgré toute votre bonne volonté, vous n’arriverez pas à les changer s’ils ne le veulent pas ».
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MessageSujet: Re: 04. [NYC] I'll be watching you   Sam 14 Juin - 23:36

Les toilettes. Bien entendu, elle voulait juste aller aux toilettes. C’était évident. Ingrid ne serait pas sortie sans permission ; d’ailleurs, Emma aimait à croire que la blondinette n’aurait rien trouvé d’intéressant à faire, même à New York, à cette heure-là. Après tout, il n’y avait plus vraiment de karaokés bien fréquentés d’ouverts, plus de flashmobs, plus de musées… c’était juste l’heure où sortaient les dépravés –et Ingrid n’était pas dépravée. Un instant pourtant, Emma en avait douté, non pas parce que la jeune fille lui avait donné matière à douter mais bien parce qu’elle avait le sentiment que tout le monde était potentiellement soupçonnable de déraison. De sa déraison, du moins. Elle ne s’était pas sentie si socialement inadaptée depuis un moment, et pour être honnête ce sentiment ne lui avait pas manqué le moins du monde. Elle avait tout bonnement l’impression qu’elle était une anomalie qui accordait trop d’importance à des choses qu’un être humain -sinon par instinct de survie au moins par recherche constante du plaisir- s’attachait à qualifier d’insignifiantes. C’était comme si elle était seule au monde parce qu’elle était trop entourée. Entourée de personnes qu’elle aurait volontiers qualifiées d’extra-terrestres, face à qui elle ne savait jamais comment réagir, dont elle décryptait l’attitude quasi scientifiquement dans le but de garder un minimum de contrôle. C’était presque une forme d’autisme en ce sens qu’elle se sentait incapable de comprendre et être comprise de ses semblables. Dans le même temps, elle n’était pas sans culpabiliser de s’enorgueillir au point de se penser hors du monde. Double tragédie qui disparaîtrait avec sa tache. Tache qu’elle devait laisser de côté quelques temps pour ne pas affoler l’étudiante.

Quand elle reprit un peu ses esprits, Emma tenta de redescendre sur terre –où, finalement, elle était peut-être plus confortablement installée que dans son esprit seul. Elle avait eu de la chance de tomber sur Ingrid, elle devrait s’accrocher à ce fait pour se rassurer. Elle aurait eu tendance à idéaliser la blondinette, par contraste aux autres, mais elle essaya de se raisonner pour éviter une déception de plus. Elle n’était pas la première élève dont elle pensait qu’elle était une adolescente équilibrée et qui s’était avérée adolescente dévergondée. Et pourtant… pourtant, elle lui proposait de l’aider. Emma fronça les sourcils, comme si elle ne voyait pas de quoi elle pouvait bien parler. Avait-elle l’air d’avoir besoin d’aide? Non, non, pas du tout. Elle n’avait pas besoin d’aide. D’aide pourquoi d’ailleurs? La tache? Quelle tache?! Aaah, la tache. Non non, pas de problème.

Si, problème.

« Oh ne t’en fais pas, je… » Emma n’eut pas le temps de terminer sa phrase : Ingrid cherchait déjà une seconde serpillière. Agréablement étonnée de cette persévérance et volonté, la conseillère d’orientation considéra que c’était une preuve de sa bonne foi. Elle eut un temps d’hésitation, regardant son interlocutrice dans les yeux pour analyser l’information. « Il y en a dans le placard. » désignant la cloison dans laquelle s’incrustait une porte qui ressemblait à celle d’une chambre, la rouquine prit une inspiration et toussota. Ingrid était déjà partie à la recherche de quelque chose pour nettoyer. « Ne te sens pas obligée, vraiment. » Après tout, c’était juste une insomnie, pas vrai?

Lorsque l’élève fut de retour à ses côtés, Emma la regarda, concentrée sur ses gestes, incapable de nettoyer à nouveau, comme s’il s’agissait d’un acte qui la rendait officiellement vulnérable aux yeux de tous. C’était un peu comme chanter sur scène, se mettre à nu. La scène de Emma, elle comportait une tache, un détergent, une serpillière inefficace. Après quelques instants, songeant qu'elle n'allait pas laisser Ingrid tout faire seule, Emma reprit place en face d'elle, toujours un peu hésitante cependant. Elle fixait le sol en tentant d'ignorer les picotements à l'arrière-goût de larmes qui titillaient le fond de sa gorge. Elle n'avait qu'une certitude: elle ne craquerait pas devant une élève. D'ailleurs, cette dernière l'extirpa de ses pensées en prenant la parole. Emma s'attendait à ce qu'elle parle de ménage, de New York, du lycée peut-être, mais au lieu de ça la blondinette regretta à haute voix que l'atelier de sa conseillère ait fait un tel flop. Les yeux de cette dernière quittèrent le sol qu'elle couvait jusqu'à lors d'un regard trop insistant pour se planter sur son interlocutrice. Deux battements de paupières. Les lèvres de Emma se désolidarisèrent pour s'assortir à sa mine interloquée et retenue. Apparemment, Ingrid, elle, trouvait le concept de respect et de valeurs morales tout à fait soutenable. C'était comme un soulagement, un poids en moins, un point de repère: non, ils ne raillaient pas tous un système que miss Pillsbury adulait. Non, elle n'était pas qu'une alien au milieu d'un groupe d'adolescents qui cherchaient à s'amuser à tout prix, à s'amuser d'une manière qui la répugnait. « Vraiment? » C'était presque étonnant. Pas presque; c'était totalement étonnant. Ingrid était vraiment jeune, il aurait été irréaliste d'exiger d'elle précisément qu'elle ait la maturité nécessaire à penser différemment des autres -et surtout à l'admettre sans craindre de l'étiquette qu'on lui collerait. « ça me fait plaisir d'entendre ça. Au moins ça aura servi à une personne. Enfin, servir, c'est peut-être un bien grand mot. Peu importe, c'est un bon début je suppose. » Entre sourire maladroitement rassurant et regard fuyant, Emma écoutait avec attention ce que Ingrid continuait de lui dire. Elle avait raison, au fond. Les élèves étaient juste un peu trop centrés sur leurs problèmes ô combien sérieux d'adolescents en crise pour seulement envisager d'autres points de vue ou pour même seulement en tolérer d'autres que le leur. En tout cas, l'analyse qu'en faisait la petite Svensson semblait tout à fait pertinente à sa conseillère d'orientation. C'était peut-être ça, peut-être qu'ils ne voulaient pas avoir l'impression qu'on considère qu'ils aient quoi que ce soit à changer à leur personnalité. Réfléchissant à cette éventualité, qu'elle s'en voulait de ne pas avoir envisagé plus tôt, Emma fronça légèrement les sourcils. « Tu as peut-être raison... ça doit faire partie du processus de construction personnelle, s'ils se sont persuadés et encouragés les uns les autres à se comporter comme ça, une personne avec des idées différentes -un adulte qui plus est- ne pourrait que les conforter dans cette attitude... » Réfléchissant plus ou moins à haute voix, Emma dut perdre la conscience de l'âge d'Ingrid après qu'elle ait évoqué son hypothèse, trop sensée pour ne pas être considérée. C'est probablement cette constatation de départ qui acheva de permettre à Emma de rester à sa place de conseillère qui, par définition, n'avait pas besoin de conseils. « ...mais alors pourquoi ils ne pensent pas d'eux-même à d'autres alternatives? Je veux dire, pourquoi est-ce qu'ils réfléchissent tous de la même manière si c'est vraiment la mauvaise? Comprends-moi bien, je suis certaine que ce n'est pas une vie souhaitable mais... dans le même temps... je veux dire, ils ne souffrent pas, eux. Et statistiquement, il est assez incorrect de penser qu'une telle masse pourrait se tromper si instinctivement... » Elle ne devait plus savoir ce qu'elle disait. Peut-être parce qu'elle s'acharnait trop fort sur sa tache, peut-être parce qu'elle souffrait trop de sa présence au sol. Quoi qu'il en soit, elle ne réalisait seulement plus qu'elle remettait hypothétiquement toutes ses croyances en question sous prétexte qu'une bande d'adolescents qui n'y comprenait pas grand chose vivait au rythme d'un yolo hashtagué et prétexte à tout sorte d'abus, carpe diem revisité à la lueur d'une stupidité ultramoderne. « C'est assez étrange de te demander ça à toi alors que justement tu penses différemment. Au moins un peu. » Emma ne voulait pas trop s'avancer, non pas par peur de se tromper mais par peur de ne faire fuir Ingrid si elle en venait à mettre trop d'attributs hâtifs sur ses épaules. Pour l'instant ce qu'elle savait, c'est qu'elle était capable d'empathie -c'était peut-être tout ce qu'il fallait, au fond.

En revanche, la rouquine doutait fort que la situation s'améliorerait. Elle avait pourtant paradoxalement cru qu'elle pouvait, elle, améliorer la situation. « Oh, tu sais, s'ils pensent d'une certaine manière c'est que leur éducation y a contribué, d'une manière ou d'une autre. Je ne vois pas pourquoi leurs parents les feraient subitement changer alors qu'ils sont devenus ce qu'ils sont par leur faute -ou grâce à eux. Malgré eux ou non, d'ailleurs. » Emma ne voulait pas vraiment l'entendre; Emma le savait. Elle ne les changerait pas non plus. Baissant à nouveau le regard, elle soupira douloureusement. « Oui, je sais. » Non, elle n'en savait rien. « J'aimerais bien pouvoir tout contrôler, tout serait beaucoup plus simple. Oui, absolument tout. » Ce n'était pas tant une volonté d'omnisciente dérangeante qu'une nécessité d'ordre qui poussait miss Pillsbury à envisager qu'il serait plus agréable pour elle de pouvoir changer les gens à son bon gré. Evidemment, si elle y avait réfléchi deux petites secondes, elle aurait réalisé combien il aurait été tragique que les choses soient ainsi. Mais elle ne réfléchissait plus. « J'ai peur. J'ai juste peur. Ils me terrorisent, Ingrid, leur monde me terrorise. Et ce n'est pas juste. Ce n'est pas juste parce qu'ils semblent être tout à fait à l'aise avec... avec absolument tout, et moi... moi, j'ai besoin d'une marque de détergent particulière pour arriver à dormir et je hais New York. Voilà, je l'ai dit, je hais New York, c'est bruyant, c'est sale, c'est dépravé. Et je hais le fait que je haïsse ces qualificatifs qu'eux adulent. » Réalisant difficilement qu'elle venait de dire toutes ces choses à une élève, Emma passa une main sur son visage, la laissant ensuite glisser sur sa tempe jusqu'à replacer une mèche de cheveux derrière son oreille. C'était ça: elle avait une peur bleue de ce monde où le danger était à tous les coins de rue et où la sécurité et le bonheur ne se trouvaient aux quatre coin d'une terre désespérément ronde. Si la métaphore l'amusait, elle avait au moins cette chance de ne pas pouvoir honnêtement se dire malheureuse. Non, Emma était heureuse, elle le savait; ça ne l'empêchait pas de connaître des moments de panique intenses. « Oh mon dieu, je ne sais pas pourquoi je te raconte ça, je suis désolée... vraiment désolée. » Se replaçant nerveusement, Emma détourna le regard, voyant que la tache s'estompait légèrement. « Merci... » Souffla-t-elle en sentant son rythme cardiaque se calmer légèrement. « C'est terrifiant, la solitude. »
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MessageSujet: Re: 04. [NYC] I'll be watching you   Mer 25 Juin - 13:47

Heureusement pour Ingrid que ses anénes dans la mafia son lycée suédois lui avaient appris à être multi-tâche et à se focaliser sur deux choses en même temps. A l’époque il s’agissait surtout d’écouter des cours, de prendre des notes et de poser des questions en même temps. A présent, cela consistait en sa faculté de concentration sur le ménage et sur l’écoute de la conseillère d’orientation, quelque peu désorientée, à la fois. Elle fit comme si de rien n’était lorsqu’elle sentit le regard de celle-ci posé sur elle alors qu’elle l’aidait à nettoyer. Il ne devait pas vraiment être habituel pour miss Pillsbury-Schuester que des élèves l’aident à faire quoi que ce soit. Ingrid mis ce regard persistant sur le compte de la phase d’adaptation. Le changement avait toujours un effet relativement surprenant sur les humains, et il fallait toujours les laisser l’appréhender avant de leur demander de se focaliser sur quoi que ce soit d’autre. Le temps d’adaptation de la rouquine fut assez court, et elle se remit à frotter la tâche. La choriste commença alors à parler de l’atelier de bonnes mœurs et de l’avis qu’elle avait dessus. Lorsqu’elle releva rapidement la tête, elle surprit un tel regard de surprise sur le visage de son accompagnatrice, qu’elle resta la fixer un instant. Qu’y avait-il de si surprenant dans le fait que les bonnes manières importent à la petite blonde ? Elle sourit à son interlocutrice avant que celle-ci n’enchaîne sur le fait que ça ait servi à quelqu’un. Ce moment fut un peu plus gênant, Ingrid baissa les yeux et recommença à frotter la tâche. Elle doutait que ça ait pu servir à qui que ce soit, le meilleur changement qui aurait pu être apporté à l’humanité aurait été une éventuelle remise en question. Mais Dieu sait que les élèves de McKinley High pouvaient être sûrs d’eux et imbus de leur personnalité.

Ingrid sentait que la rouquine avait besoin d’être confortée dans l’idée que ce qu’elle avait fait était bien, et elle continua donc à exposer son hypothèse sur la raison de la réaction qu’avaient eu ses camarades, en mettant en avant le fait que les problèmes viennent d’eux plutôt que de l’atelier légèrement décalé par rapport au but du voyage. Après tout, tous étaient venus à New-York pour découvrir la ville, et pour s’amuser jusqu’au bout de la nuit à longueur des journées. Les visites étant toutes très sérieuses, les seuls moments qu’il restait aux élèves pour se relaxer, et prendre un peu de plaisir étaient les pauses, les quartiers libres, et les moments de repas. Peut-être que leur comportement n’était pas vraiment adapté aux endroits où ils allaient, et pas toujours très respectueux des personnes qui les accompagnaient, ou qu’ils pouvaient rencontrer, mais au moins, tous pouvaient s’estimer heureux qu’il n’y ait pas encore eu de bataille de nourriture. Puisque cela aurait été fatal pour la réputation de McKinley, et ça n’aurait pas été seulement miss Pillsbury qui aurait montré sa protestation. Certes, les élèves étaient bruyants, souvent impolis, mais ils arrivaient à se tenir au moins pendant les visites, c’était déjà franchement admirable, au vu de leur comportement, d’ordinaire bien pire, lorsqu’ils étaient au lycée. Peut-être que la conseillère d’orientation exagérait un peu, en proposant un atelier de bonnes mœurs, mais si quelqu’un était capable de comprendre ce que c’était de vouloir que tout ça soit toujours parfait, c’était Ingrid, et elle ne pouvait absolument pas lui reprocher d’avoir voulu améliorer les choses. Elle n’avait pas envie de reprocher quoi que ce soit à qui que ce soit, d’ailleurs. Les humains ont besoin d’encouragement, pour se développer et s’améliorer, pas de critiques négatives.

L’avantage c’est qu’au fil de son raisonnement, la conseillère d’orientation prouvait qu’elle s’en rendait compte. « Il y a quelqu’un, je ne sais plus qui, qui un jour a dit « La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres » ou quelque chose comme ça. Sauf que eux, ils ne voient que leur propre liberté, ils sont égoïstes. Effectivement, ils le vivent bien, ça c’est sûr. Mais ils ne se doutent pas que ceux à côté d’eux le vivent mal. Et si tout le monde agit en mouton de panurge, personne n’aura idée de changer, parce que c’est plus facile de suivre » Elle fit une pause, pas vraiment certaines de la suite. « On n’est pas des végétaux, donc on est des animaux. Et les animaux, dans la nature, ils ont dominants. Pour être un dominant, il faut être plus haut dans l’échelle sociale, et être digne de confiance. Parce que les animaux du troupeau doivent suivre le dominant en cas de problème. En tant que conseillère d’orientation, vous êtes supposée être la dominante, vous supervisez les élèves, les conseillez, les poussez à donner le meilleur d’eux-même ». Il n’était sans doute pas vraiment politiquement correct de comparer un membre du corps enseignant à un animal, mais c’était la seule métaphore qui était venue à l’esprit de la petite. « Sauf que, dans la nature, même quand ils ont confiance en le dominant, certains membres du troupeau vont profiter de ses faiblesses pour devenir dominant à leur place. C’est la loi du plus fort. Dans notre cas, si ils voient que vous êtes gênée par quelque chose mais que vous n’osez pas vous défendre avec fermeté, ils en profitent, parce que le but des carnivores, c’est d’être au sommet de l’échelle alimentaire. Et je doute que les footballeurs de McKinley soient végétariens » elle sourit à cette pensée, espérant qu’elle relaxerait un peu son accompagnatrice. Il était bien plus facile d’imaginer ces brutes épaisses en bêtes sauvages sanguinaires, plutôt qu’en proie. C’est à cet instant là qu’elle lui demanda comment elle pouvait penser différemment. « Disons que j’aime bien que tout soit parfait. Et les humains ne sont pas parfaits. Et on ne peut pas les changer, donc il faut bien s’adapter d’une autre façon ». Elle plissa les sourcils, pas tout à fait convaincue par ce qu’elle disait.

La réflexion sur les parents rappela juste à la suédoise que tout le monde n’avait pas eu des dominants très efficaces dans son enfance. Et certains parents ayant eux-mêmes tenté des ascensions sociales fulgurantes, au détriment de certaines de leurs connaissances, ne pouvaient qu’encourager leurs enfants à agir pareil. Qui n’a jamais pris son papa ou sa maman pour modèle ? Si papa ou maman est méchant, vu qu’on pense qu’il est un exemple à suivre, on va être méchant. Parce que c’est un mimétisme logique. La soudaine détresse de la rouquine l’alerta immédiatement. Elle arrêta de frotter cette fichue tache pour se concentrer sur ce que disait la jeune femme. Elle ne connaissait que trop bien cette envie de pouvoir tout contrôler, d’améliorer le monde et les gens à volonté. Elle savait très bien que ce n’était pas toujours facile à gérer. Mais cette détresse lui était inconnue. Jamais elle ne s’était sentie mal parce qu’elle ne pouvait pas tout contrôler. Elle avait envie de soutenir son accompagnatrice, visiblement sur le point de craquer, mais elle ne savait pas comment s’y prendre. Et ça, c’était plus stressant que toutes les modifications qu’elle pourrait apporter au monde. Elle ne savait pas comment s’y prendre, mais elle essaya quand même, hésitante. « Vous savez, ils ne sont pas forcément plus à l’aise que vous, avec tout ça. C’est juste qu’ils arrivent très bien à faire semblant ». Non, les adolescents ne traversaient pas forcément une période facile de leur vie, et leur assurance et leur goût de tout ce qui les rendait différents de leur source d’autorité, n’était qu’une façade. Et étant donné que cet aspect qu’ils se donnaient fonctionnait très bien avec les autres adolescents, pourquoi ne pas le faire fonctionner avec tout le monde, quitte à mettre des adultes mal à l’aise pour se sentir plus puissants ? « Rassurez-vous, on a tous nos démons. Vous n’êtes pas différente des autres, et vous n’avez pas à vous sentir différente pour ça. Enfin, vous n’avez pas à vous sentir mal, en tout cas. Si vous vous acceptez vous-même, les autres vous accepteront aussi comme vous êtes. S’ils sentent une faiblesse, ils pourraient en profiter, parce que c’est la loi de la nature ». Elle adressa un sourire maladroit à la rouquine, dans le but de la réconforter. Et même si ce n’était à la base, pas son rôle de le faire, elle n’aimait pas que les gens aillent mal et elle se sentait investie d’une mission. « Et ne vous excusez pas pour ça, ça fait du bien de parler des fois. Surtout quand on passe son temps à conseiller les autres, on a plus vraiment de temps pour se pencher sur soi-même et extérioriser ». Elle arrêta à son tour de frotter la tâche, qui commençait à disparaitre.
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MessageSujet: Re: 04. [NYC] I'll be watching you   Mar 8 Juil - 19:56

De mémoire de rouquine, c'était bien la première fois qu'un élève, de son propre chef, venait rendre un service à Emma. La première fois en tout cas qu'on l'aidait à nettoyer. Aussi dut-elle paraître relativement insistante en fixant Ingrid, un peu incrédule, se demandant de deux choses si elle se moquait d'elle ou si elle était encore plus parfaite qu'elle ne l'avait jusque là envisagé. Mieux encore, elle lui parlait de son atelier de bonnes mœurs comme si elle avait été intéressée -elle avait été intéressée. C'était beaucoup d'informations un peu étonnantes à assimiler pour Emma, et pour cette raison elle laissa en suspend sa tâche de la plus haute importance à plusieurs courtes reprises, le temps de réaliser que Ingrid lui disait bien ce qu'elle pensait qu'elle disait.

Ce n'était pas grand chose, en somme, l'approbation d'un élève. Emma aurait dû n'en avoir que faire, seulement dans tout ce qu'elle faisait elle ressentait le besoin quasi compulsif d'obtenir de la reconnaissance, pas tant par orgueil que pour être certaine qu'elle n'avait rien fait de travers. Il n'y avait que dans le cadre de son métier que miss Pillsbury essayait de se faire un minimum confiance, songeant que son rôle lui demandait précisément de savoir, pour une fois, qu'elle avait raison. C'est peut-être sous ce couvert de conseillère qu'elle avait envisagé son atelier et, de fait, elle ne s'était pas attendue à de si virulentes critiques. Elle avait connu des élèves qui lui riaient au nez, d'autres qui entraient dans une colère noire; elle en avait vu pleurer, d'autre rêver en grand, mais jamais pourtant elle n'avait douté. Lorsqu'elle proposait la prépa militaire à Harper Pritchard et que celle-ci lui expliquait combien elle la décevait, Emma n'était que modérément contrariée parce que, justement, au fond, elle se disait que son recul relatif lui permettait d'être plus clairvoyante qu'une adolescente malheureusement trop perdue. Le problème, c'était qu'il n'y avait rien de rationnel à expliquer à de jeunes adultes -ou grands enfants- comment bien se comporter alors même qu'ils étaient en voyage découverte dans une ville marquée par la grandeur comme par l'avilissement et la débauche.

Emma aurait juste dû hausser une épaule en se rappelant combien elle avait été naïve de croire, une fois de plus, que cela pouvait intéresser des adolescents chatouillés par leurs hormones. Le problème était que elle, à leur âge, aurait adoré qu'un professeur propose un tel atelier. D'ailleurs elle avait déjà suggéré l'idée, pour être honnête, à un enseignant qui avait parfois l'air d'entrer dans sa définition de normalité. Il avait eu un petit sourire et avait pris un ton complaisant qui avait été plus humiliant qu'un franc refus lorsqu'il lui avait affirmé qu'elle était "trop sérieuse" et qu'il fallait qu'elle "se détende un peu, comme les autres jeunes". Elle avait plusieurs fois entendu ces jolis mots. "Tu t'inquiète trop, Emma" ; "arrête de te poser toutes ces questions, Emma" ; "Profite de ta jeunesse Emma!" Et si Emma elle profitait autrement qu'en faisant la tournée des bars? Pourquoi n'aurait-elle pas le droit de trouver plus de satisfaction dans la participation à un exposé de bonnes mœurs que dans la dépravation? Elle avait été extrêmement déçue de constater, chaque fois, que même les adultes qui avaient tendance à la chrétienté la plus pure et avaient l'air tout à fait dignes de confiance finissaient par s'inquiéter de son caractère extrémiste dans sa paranoïa et sa droiture. C'était peut-être ces adultes là qui lui avaient fait perdre foi en l'humanité -parce que précisément ils lui avaient fait y croire. C'étaient eux qui l'avaient laissée la plus incomprise parce que justement elle avait cru qu'ils la comprenaient. Parce qu'elle avait dû supporter leur regard désapprobateur. Elle n'était pas normale, cette jeune là.

Alors c'était probablement stupide, mais maintenant que c'était elle, l'adulte bien propre sur elle, devenue le modèle rassurant qu'elle avait recherché, finalement, elle avait cru que quelque part dans la foule s'était caché un élève qui avait besoin de ce soutien... qui avait besoin qu'on ne juge pas son besoin maladif de sûreté et de sagesse. Même Ingrid n'en avait pas eu besoin mais au moins, elle comprenait. Elle ne jugeait pas et c'était finalement tout ce dont Emma avait besoin. Elle ne l'avait pas encore compris, mais ce qu'elle avait attendu des personnes qu'elle avait érigées en modèle n'était pas qu'on lui dise "tu as raison d'être comme ça" mais plutôt "ce n'est pas grave que tu sois comme ça". Finalement, le fait qu'une élève le sous-entende était un juste retour des choses, une quasi-ironie peut-être dans la mesure où désormais, c'était Emma l'adulte -toujours assez peu normale mais bien contente de ne pas être née une génération plus tard, à en voir les lycéens actuels. « C'est ce que tu fais? Les suivre? » Demanda la rouquine, assez curieuse de savoir comment Ingrid se comportait, justement, avec des personnes dont elle envisageait le caractère avec une clairvoyance qui suggérait déjà une forme de recul.

Alors qu'elle était étrangement rassurée par les propos de la blondinette -et parce qu'elle se berçait du souvenir de sa famille comme d'un repère à son droit à être anormale-, Emma eut un petit rire désabusé involontaire en entendant son interlocutrice suggérait qu'elle devait avoir une position de "dominante". ça ne lui était jamais arrivé... ...ou très rarement. Autre histoire. Ce n'était pas vraiment dans son caractère, en tout cas. Justement dans ce cas de figure, elle était tout sauf un guide: sans quoi au lieu de bière, les adolescents carbureraient à l'eau bénite. « On vit en société, c'est le contrat social de Rousseau, on renonce à cette animalité en théorie... moi ça m'irait très bien qu'ils y renoncent. Parce que j'ai essayé de changer, de ne pas être gênée, justement. Mais ça ne marche pas vraiment. » Malgré son désespoir certain, miss Pillsbury eut un petit rire lorsque Ingrid compara les quaterbacks et autres créatures populaires à des carnivores. « Et on ne change pas le régime alimentaire d'un animal, au risque de lui donner la mort, n'est-ce pas? » Emma baissa les yeux à sa question rhétorique, réfléchissant en fait au point de la jeune fille avec une attention toute particulière. Ils avaient besoin de s'affirmer, c'était la vérité. C'était ça qu'elle ne savait pas faire et qu'on lui avait toujours suggéré de s'efforcer à tenter: c'était ce qui lui avait valu les regards complaisants et teintés de mépris profond pour les plus vils.

Quoique ravie de constater qu'elle pouvait librement parler avec Ingrid -elle culpabiliserait probablement en se rappelant qu'elle était une élève, d'ici quelques heures-, Emma fronça légèrement les sourcils en plissant son nez lorsqu'elle entendit que c'était à elles de s'adapter à leur logique imparfaite. Pourquoi, parce qu'elles étaient en infériorité numérique? Le problème, c'était que Ingrid avait totalement raison et que, dans le même temps, Emma détestait se sentir emprisonnée dans cette excuse qu'on lui avait servie mal réchauffée à chacune de ses angoisses: "t'inquiète pas, c'est la vie". C'était cette excuse-même qui lui avait laissé maudire la vie -elle s'était trompée, elle maudissait en réalité l'imperfection dont elle faisait parfois preuve. Comprise, Emma était rassurée; elle oubliait qu'à trop se confier, elle se heurterait à la nécessaire barrière qui clôturait l'espace fini de compréhension, pour une personne normalement constituée, d'une autre qui avait toujours tout voulu contrôler au point de s'en créer des troubles obsessionnels. Pourtant actuellement, c'était elle qui apprenait à comprendre son entourage plus que l'inverse: Ingrid décortiquait ses camarades avec une lucidité dont la rouquine ne savait plus faire preuve. Pas hors de son bureau, pas ce soir, pas devant l'une de leurs taches. « Ah, ils font drôlement bien semblant, alors. » Elle devait avoir raison, seulement à force d'en persuader leur entourage, les lycéens devaient se convaincre eux-mêmes du bien-fondé des idéaux qu'ils défendaient avec, au départ, peu de conviction. « J'accepte. Je veux dire, j'aimerais bien m'accepter, moi, c'est vrai. Je me suis longtemps dit que ce n'était pas grave -c'était faux, cela dit... » Elle ne savait pas très bien où elle voulait en venir, ou aurait plus exactement eu besoin de dessiner sur une feuille A4 pour expliquer le cheminement d'un raisonnement qui lui paraissait provenir de directions trop opposées pour être rassemblées par la seule parole. « Faire un pas en avant c'était aussi accepter mes faiblesses comme telles. Donc m'accepter, au fond, accepter mes faiblesses devrait me prémunir contre le fait que eux les sentent, hm? » Quelque part, elle trouvait ça contradictoire. S'accepter passait par le fait de reconnaître ses faiblesses; or s'accepter devait consister dans le même temps à ne pas laisser voir ses faiblesses. Et là, paradoxe de sa vie, elle était perdue. Elle avait choisi de s'accepter, après beaucoup d'efforts: ça marchait, la plupart du temps, mais elle ne pouvait nier que par moments -comme ce soir- tout dérapait, nécessairement. « Aujourd'hui par exemple. Mon acceptation, c'était de monter un atelier de bonnes mœurs. » Emma cligna des yeux à plusieurs reprises dans un sourire un peu hautain, comme si elle se méprisait gentiment, prétendant se regarder d'un œil extérieur. « En fait... si, tu as raison. Mon tort est probablement de confondre mon acceptation et la leur. » Acquiesçant, la rouquine savait que ce moment de lucidité ne marquait pas la fin définitive de ses angoisses... peut être juste un peu de sérénité pour ce soir. Peut-être? « ça ne devrait pas être grave qu'ils se moquent, au fond. Pourtant... » Heureusement, la tache s'estompait. Il fallait bien ça pour qu'elle s'en remette. Elle aurait aimé pouvoir promettre qu'elle ne craignait plus rien et qu'elle était désormais dotée d'une confiance en elle débordante, mais la vérité c'est que ça allait mieux tant qu'elle n'y réfléchirait pas... ou tant que ce ne serait qu'un souvenir. « Merci, Ingrid. »
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MessageSujet: Re: 04. [NYC] I'll be watching you   Mer 23 Juil - 10:51

Ingrid n'était pas une dominante. Pas une leadeuse. Donc oui, c'est ce qu'elle faisait, suivre les autres. Enfin, elle ne suivait que dans la limite du raisonnable. Sa limite du raisonnable. Et pour elle, cette fameuse limite était le respect des règles, et le respect de chacun. Elle n'avait jamais eu envie d'être méchante, ou bruyante, ou irrespectueuse Chaque fois qu'elle vexait, ou qu'elle dérangeait quelqu'un, c'était toujours involontaire. Elle n'avait pas toujours le courage d'aller s'excuser. Elle acceptait et reconnaissait toujours lorsqu'elle faisait des erreurs, mais affronter le regard empli de jugement des personnes qu'elle pouvait avoir blessées sans le vouloir, c'était au delà de sa volonté. La plupart du temps, elle arrivait à prendre son courage à deux mains, et à aller demander pardon. Souvent, elle priait pour que Dieu lui donne un peu de courage avant d'y aller. Elle savait que lui, lui pardonnerait toujours, quoi qu'elle fasse. Mais ce n'était pas pour autant qu'elle faisait des mauvaises choses. Elle connaissait des gens qui avaient une façon de penser très simple : ils savaient que peu importe leurs méfaits, l'entité divine qu'ils allaient louer tous les dimanches à la messe, leur pardonnerait. Alors, ils en commettaient toujours plus. Et la petite suédoise ne voulait pas suivre ce genre d'individus. Ils étaient loin d'être des modèles. Qui étaient-ils ses modèles, d'ailleurs ? Ses parents. Enfin, sa mère, puisqu'elle n'avait pas vu son père depuis des années. C'était grâce à l'éducation qu'elle avait reçue qu'elle pouvait se permettre de prendre du recul sur ce qui se passait autour d'elle à McKinley. Parce qu'on lui avait appris à réfléchir, et à penser par elle-même. « Non, je ne les suis pas. Pas vraiment. Je les ignore, en fait. Je vais plutôt avec des gens qui pensent comme moi, c'est la solution de facilité ».

Parce que oui, malgré son goût pour la perfection, et toutes les étapes difficiles qui passaient avant, la petite ninja préférait parfois aller directement vers la facilité, et accepter que les choses ne soient pas parfaites. Elle acceptait sans souci le fait que Kessy prenne une grande partie de la place dans la conversation, ou que Aidan lui garde de temps en temps une place à table au self, alors que ça perturbe sa routine habituelle. Elle faisait tout, sans rechigner, parce que c'était la voie la plus simple à suivre. Si des gens lui proposaient d'aller avec eux, elle allait. Si le courant passait bien avec ceux-ci, qu'ils étaient respectueux et gentils, elle restait avec eux. Dans le cas contraire, la solution était extrêmement simple : elle partait, comme si de rien n'était, comme elle était venue. Et pour l'instant, personne ne lui en avait tenu compte. Mais les lois de la nature fonctionnaient de la même façon dans chaque groupe d'élèves. Malgré le fameux contrat de Rousseau que venait de mentionner la conseillère d'orientation, il fallait reconnaître que certains élèves, pour ne pas dire tous, suivaient encore leurs instincts bestiaux, ancrés depuis des millions d'années. La référence au régime alimentaire des footballeurs de McKinley qui était à la base une blague, sembla néanmoins être prise très au sérieux par la rouquine. « Vous savez, ils pourraient devenir végétariens, ça ne les tuerait pas » elle s'interrompit, se rendant compte qu'elle n'avait aucune connaissance sur la question. « Je crois » ajouta-t-elle précipitamment. « Mais en y réfléchissant, même si on leur changeait de régime alimentaire, ils sentiraient toujours le besoin d'être les plus forts. Même chez les herbivores, il y a des dominants, il me semble ». Jamais Ingrid n'aurait cru avoir un jour une telle conversation. Elle ne savait pas vraiment dans quoi elle s'était embarquée, mais elle n'avait à sa plus grande surprise, même pas manqué de vocabulaire. Elle avait fait tellement de progrès, depuis son arrivée à Lima. Sur tous les plans.

Elle avait pris confiance en elle, et ce n'était pas une fausse-confiance en elle comme celle dont faisaient justement preuve les garçons un peu brutes, ou les pestes, qui au fond, ne se sentaient pas en sécurité avec eux-mêmes. Non, elle, avait réellement progressé par rapport à la confiance en elle. Sans quoi, elle ne serait pas en train d'écouter miss Pillsbury-Schuester en ce moment. Elle aurait juste fait un sourire timide et aurait passé sa route le plus rapidement possible pour retourner au confort – ou dans ce cas précis, l'inconfort – du dortoir. Mais elle avait appris à accepter qu'elle pouvait avoir des faiblesses, que le monde avait des faiblesses. Elle avait appris à accepter que l'on ne peut pas tout changer. Les paroles de la rousse la firent réfléchir. « A vrai dire, l'acceptation de vos faiblesses devrait surtout vous aider pour trouver un moyen de les contourner, pour ne pas les montrer ». Et si son acceptation d'elle-même était d'être capable de proposer un atelier de bonne mœurs, sans hésiter à montrer qu'elle était bien élevée, c'était bien, mais pour elle uniquement. Et elle sembla s'en rendre compte. « Voilà, exactement, miss Pillsbury-Schuester. Ils ont vu ça comme une faiblesse, et ils vous ont attaquée, comme un lion attaquerait une antilope à la patte cassée. Parce que, de leur point de vue, être poli est une faiblesse. On leur a appris à jouer les gros durs, à essayer de dominer tout le temps, pour réussir à s'intégrer. Pour eux, c'est normal d'être comme ils sont, puisque ça fonctionne lorsqu'ils sont entre eux » pour le plus grand désespoir des gens civilisés. « La seule chose que vous pouvez faire, c'est être un modèle, montrer le bon exemple, espérer qu'ils suivent et sévir lorsqu'ils vont trop loin. Mais vous ne pourrez pas les changer directement avec un atelier de bonnes mœurs. Il faut qu'il voit que votre politesse vous amène des bonnes choses, pour avoir envie d'essayer. Et donc vous devez faire de votre politesse une force, plutôt qu'une faiblesse, pour qu'ils puissent voir à quel point c'est mieux d'être aimable ». Ingrid arrêta de frotter, la tache commençait à disparaître, et elle espérait que les problèmes de sa conseillère partiraient un peu avec elle. « Ignorez les moqueries, ils ont tort de se moquer. Et si vous n'y croyez pas, ou que vous êtes blessée, rappelez-vous que moi, j'y crois. Ils ont tort, et c'est tout ce qu'il y a à dire ». L'adolescente se releva tranquillement, alors que la conseillère la remerciait. « On a réussi à faire disparaître cette tâche toutes les deux. C'est du travail d'équipe. Pour les élèves, il suffit de jouer dans la même équipe qu'eux pour les améliorer ». Elle sourit légèrement.
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MessageSujet: Re: 04. [NYC] I'll be watching you   Mar 2 Sep - 19:46

Une conseillère d'orientation guidée par une élève. La situation aurait pu être comique si Emma ne la vivait pas dans une telle optique de tragédie en tant qu'elle était représentation de son entière défectuosité. D'habitude, tout était plus simple: elle avait fini par créer ses propres repères à Lima, s'appuyait sur une famille qu'elle ne remercierait jamais d'être assez solide pour ne pas crouler sous le poids de ses angoisse, et si par malheur un trouble à cette routine rassurante venait tacheter son tableau immaculé, elle y passait un coup de chiffon plus rapide qu'auparavant, même métaphoriquement, songeant qu'il valait mieux passer à autre chose. Oui, dans son réconfort quotidien, elle avait appris à laisser un peu de son obsession de côté; elle parvenait de faire de ses maux des douleurs temporaires qu'elle soignait raisonnablement, et plus compulsivement. Alors pourquoi dérapait-elle si facilement? C'était une sorte de mécanisme pernicieux, de cercle vicieux dont elle ne savait se dépêtrer: du fait qu'elle ne soit pas chez elle et qu'elle soit, même, en environnement totalement hostile (entre pollution sonore, visuelle, environnementale et adolescents plus ou moins turbulents, la germophobe qu'elle était était servie), Emma perdait de vue l'essentiel et se retrouvait à la merci de ses plus vieilles craintes.

D'aucun exècrent l'idée de routine en tant qu'ils l'associent à la lassitude; Emma, elle, la trouvait terriblement apaisante. Elle ne s'ennuyait pas, ne s'ennuierait jamais d'un calme qu'elle avait toujours cherché et qui la comblait de bonheur. Torturée par les légers tourments d'une vie que des professionnels qualifieraient d'assez clémente, la jeune femme s'était évertuée à planter le décor de son quotidien avec une attention parfaite aux moindres détails, de sorte que chaque jour elle puisse évoluer dans cette bulle aseptisée aux allures de vitrines de magasines sans craindre les attaques extérieures, et ce quelle que soit leur origine: des bactéries aux médisances, le souvenir seul de la perfection de sa sérénité suffisait à la protéger.

Tandis qu'à New York le vernis lisse de cette tranquillité restreinte volait en éclat, Emma était forcée de constater combien son équilibre était fragile: ses notions de psychologie la poussaient à analyser son propre bonheur comme un repli sur elle-même que n'importe quel sociologue -et conseiller d'orientation par extension- aurait décrié. Et revenait l'ultime rengaine: soit elle en faisait encore trop, se posait trop de questions sans but plus précis que celui de se torturer, soit elle effectuait une analyse tout à fait pertinente d'une situation qui, malgré ses efforts, n'était toujours pas parfaite. Alors au lieu de disserter un peu plus sur la question, exposant successivement son investissement auprès de nombreuses personnes pour se rassurer et son manque de confiance en elle pour entamer son deuxième axe, se concentrer sur une tache au sol était plus simple. A fortiori avec l'aide d'Ingrid. Ce à quoi Emma s'était moins attendue, c'était au fait qu'elle l'aide également moralement. Elle aussi cherchait à se réfugier, et pourtant elle n'exacerbait pas ce trait comme étant méprisable: c'était là tout le secret d'une vie épanouie, Emma s'en serait souvenu seule si elle n'était pas à New York. « La solution de facilité serait de les suivre. » Elle cherchait à la rassurer mais croyait dans le même temps en ce qu'elle disait, malgré le paradoxe que constituait le fait qu'elle ne savait pas adapter ses préceptes à elle-même... quoi que? Justement, devoir les prononcer dans le cas d'Ingrid la faisait elle-même réfléchir: elle ne se repliait pas, elle s'acceptait.

Peut-être cette constatation avait-elle décontracté miss Pillsbury puisque, par la suite, elle s'osa sans même y réfléchir à un petit rire amusé en entendant Ingrid poursuivre sur une métaphore herbivore dérivée d'une plaisanterie. Écoutant avec un petit rictus bienveillant le début de son exposé, Emma se concentra un peu plus par la suite, jusqu'à avoir un petit mouvement de recul et légèrement baisser le menton, gardant ses yeux grands ouverts en sa direction. « Oh, certainement. Je ne m'y connais pas trop en... dinosaures. » Réalisant qu'elle associait le mot "herbivores" à "dinosaures", soit pour la rime soit parce que Emily avait eu sa période "lis-moi le livre encyclopédique des dinosaures", Emma arqua un sourcil en s'arrêtant momentanément de nettoyer. « On parle bien de dinosaures? »

C'était probablement dû à la fatigue -tout était dû à la fatigue. Son angoisse, ses élucubrations philosophiques, l'établissement de paradoxes qu'elle ne savait surmonter... En attendant, malgré les impasses dans lesquelles elle s'engouffrait, la rouquine était plus que ravie et soulagée que quelqu'un écoute simplement ce qu'elle avait à dire, la manière dont elle voyait les choses, la manière dont ces dernières la déconcertaient, et le tout sans même la juger. C'était tout ce qu'elle voulait, au fond. Et bizarrement, ce soir, elle en obtint plus encore qu'elle ne pouvait l'espérer: encore assez peu convaincue de la légère nuance qui lui permettait d'élaguer le chemin vague de sa précédente théorie, Emma fut sortie de sa tentative d'éclaircissement par la voix de son interlocutrice, dont le point la transcenda de vérité. Ils étaient des adolescents élevés d'une certaine manière. Ils avaient leurs goûts, leurs modes de pensées pas tout à fait affranchis et leur âge scolastique leur suggérait encore qu'ils étaient pour cette raison les Rois de ce monde aux normes duquel ils répondaient si bien. C'était ça: Emma, elle, elle était adulte. Elle avait le droit de faire ses choix et tôt ou tard, en grandissant, ils se rendraient compte qu'elle avait raison... ou termineraient de la ranger dans la case des dérangés -mais l'important, c'était précisément que ce n'était pas important. Sa famille n'était pas un solipsisme; elle était un choix. Sa bizarrerie n'était pas détestable; elle était acceptable, pour peu qu'elle-même la gère et l'accepte. « Ingrid, tu... » Encore impressionnée par une éloquence qui la faisait oublier les origines étrangères de la blondinette mais aussi par une maturité qui était parvenue à apaiser des craintes qu'elle savait profondes, Emma passa d'une mine interloquée à un sourire reconnaissant, regardant successivement Ingrid et la moquette parfaitement propre qui s'étendait désormais sous leurs pieds. « Plus de tache. Plus de problème. » ça allait de paire, au fond. C'était toujours allé de paire. « Merci du fond du cœur. Je suis consciente que ça peut avoir quelque chose de dérangeant de devoir réconforter quelqu'un dont c'est censé être le métier... » Prenant une inspiration, la rouquine souffla calmement, sentant comme une harmonie de logique la bercer. C'était presque la maison. « Merci d'être restée. Et de tout ce que tu as dit. Tu es drôlement intelligente, tu sais... » Elle ne faisait bien entendu pas référence au fait que miss Svensson adhère à ses ateliers, mais bien au fait qu'elle soit capable de tant de clairvoyance du haut d'une adolescence seulement pas terminée. Se relevant alors détergent et chiffons en main, Emma esquissa un nouveau sourire résolument reconnaissant. « Je devrais aller ranger ça, maintenant. Bonne nuit, Ingrid! » S'assurant que la blondinette était aussi de cet avis -il ne manquerait plus qu'elle lui fausse compagnie au moment où elle aurait eu besoin de se confier-, Emma fit trois petits pas vers le placard, sentant enfin ses paupières plus lourdes que son cœur. Elle se retourna une dernière fois, peut-être un peu plus gênée, affichant un sourire un peu plus crispé, qui lui ressemblait probablement davantage. « Merci... » Est-ce qu'elle disait trop merci? Non, probablement pas assez.
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04. [NYC] I'll be watching you

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