Choriste du mois


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 06. It's not right but it's okay

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Harper E. Pritchard
Not everybody just gets to blurt out how they fuckin’ feel every minute
Age : 20 ans
Occupation : Employée à mi-temps à la Lima Station, étudiante au Lima Health Sciences Program de l'Ohio State University
Humeur : Déstabilisée
Statut : En couple avec Jamie Ainsworth
Etoiles : 5836

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Chanson préférée du moment : BEYONCE – XO
Glee club favori : Je me fiche totalement des chorales
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MessageSujet: 06. It's not right but it's okay   06. It's not right but it's okay EmptyMar 9 Sep - 1:53

Violet était partie. Pour une fois, Harper aurait vraiment aimé s’être trompée. Pourtant, les faits étaient là, et qu’importe à quel point ils étaient difficiles à accepter, ils restaient irréfutables. Deux semaines s’étaient écoulées depuis la remise des diplômes et le début du mois de juillet, en plus de sa chaleur étouffante et de ses longues nuits d’été, avait apporté avec lui son lot de surprises. La disparition soudaine de sa tante en était une belle, même pour celle qui avait souhaité qu’elle déguerpisse dès lors qu’elle avait posé le pied dans le hall d’entrée. Si Harper n’avait jamais fourni d’effort pour intégrer Violet à la maisonnée, ses frères et sa mère en revanche avaient tout fait pour que la rousse se sente bien chez eux, pour qu’elle s’y sente en sécurité. Il semblait même à la blonde que les choses s’étaient un peu apaisées entre elles depuis qu’elles avaient toutes les deux comploté pour organiser une journée en famille à l’extérieur de la ville. Harper ne l’avait pas considéré comme une personne de son sang pour autant, nourrissant toujours des soupçons quant à ses réelles intentions les concernant, néanmoins elle avait émis la possibilité d’y mettre du sien au moins pour la remercier implicitement de prendre en charge une partie des dépenses du foyer depuis qu’elle avait emménagé avec eux. Mais ce soir-là, lorsque Harper était revenue de la pension Preston et qu’elle avait rejoint Julian dans la cabane dans l’arbre le plus haut du jardin histoire d’honorer leur discussion rituelle avant de rentrer pour de bon à la maison, l’expression déconfite sur le visage de son cadet l’avait immédiatement alarmée. Il lui avait annoncé la nouvelle en lui racontant de fait une fable qui lui avait fortement déplu.
En sortant du Lima Bean avec Josh, ils avaient récupéré Junior et Mariella sous le kiosque à musique du parc Lincoln, puis ils étaient rentrés à pieds tous les quatre, profitant du temps clément pour flâner en écoutant les récits de leur mère qui adorait l’été. Arrivés à la maison, l’ambiance joviale qui régnait entre eux s’était brusquement dissipée ; la porte était restée grand ouverte. Des vêtements étaient éparpillés dans le petit escalier du perron et des chaussures dépareillées, des bracelets et des breloques avaient été perdus en cours de route. En dépassant le seuil, Junior avait remarqué que la petite monnaie que Harper laissait toujours dans le vide-poche du vestibule avait elle aussi disparu. Julian s’était alors arrêté de parler, tournant son regard plein de larmes vers sa sœur qui ne lui avait pas demandé de continuer puisqu’elle avait tout compris : Violet était partie. Le moment aurait été très mal choisi pour lancer à son frère un « Je te l’avais bien dit » péremptoire, alors Lilibeth l’avait pris dans ses bras et lui avait assuré d’une toute petite voix que tout irait bien.

Violet enfuie, c’était toute la vie des Pritchard qui se voyait chambouler de nouveau. Harper avait eu la présence d’esprit de planquer dans sa vieille boîte à déjeuner les derniers dollars qu’elle s’était faits en vendant son intelligence aux élèves de McKinley, et son salaire dûment gagné grâce à ses heures supplémentaires à la gare de la ville n’était pas de trop pour assurer une base correcte qui finirait dans leur cagnotte pour l’hiver prochain. Les jumeaux eux aussi y mettaient du leur en épargnant ce qu’ils avaient gagné au Lima Bean, et même Junior avait commencé à rendre quelques services au Guevara en échange de bons petits plats – c’était déjà ça, n’empêche que ça ennuyait profondément Harper qu’il soit contraint de participer comme tout le monde. S’ils pouvaient prétendre pouvoir s’en sortir relativement bien à partir de décembre prochain, il fallait cependant réussir à joindre les deux bouts en attendant. Lilibeth n’était pas certaine d’y parvenir sans prendre un travail en plus. Sa mère allait un peu mieux, les réserves de médicaments qu’ils avaient faits tout au long de l’année étaient une épine en moins dans son pied, sauf qu’il était évidemment inenvisageable qu’elle retourne travailler. Mariella remettait déjà la main à la pâte à la maison, c’était un très gros progrès, et Harper ne voulait pas la brusquer. Elle savait qu’un jour où l’autre, le départ de Violet finirait par l’ébranler et son objectif premier était de la protéger.

Harper lança un regard à la place vide à côté d’elle avant de se redresser en se frottant le visage avec ses deux mains. Il n’était pas plus de 5h00 du matin d’après la couleur du ciel qu’elle distinguait par-delà la fenêtre ouverte de sa chambre. Depuis la fin du lycée, elle ne dormait pas beaucoup, et le départ de Violet n’arrangeait pas les choses. Au moins, ça lui permettait de se caler sur le rythme de Jamie sans avoir besoin de récupérer des heures de sommeil manquées dans la journée. Harper tenait à ne rien louper de son été ; ses toutes nouvelles insomnies, même si elles l’épuisaient, étaient une vraie bénédiction, car elle lui donnait le temps de faire plus de choses en une seule journée – de voir Jamie, de voir Andie aussi. Harper avait même trouvé la motivation de reprendre la course, elle s’en était fait la promesse avant d’être rattrapée par l’arrivée imminente de l’automne et de sa nouvelle routine qui ne tarderait pas à lui bouffer tout son temps libre. Et c’était avant tout pour cette raison qu’elle se levait si tôt.
Courir lui évitait de pleurer, ce qu’elle n’avait pas fait depuis moins de temps qu’on pouvait le penser, depuis deux semaines en vérité, mais valait-il mieux ne pas y songer. Déjà débarrassée de ses draps, la chaleur rendant le moindre effleurement de tissu insupportable sur sa peau moite et légèrement bronzée, Harper se leva de son lit. Elle alla enfiler un short aux couleurs de McKinley et un débardeur très court sur sa brassière de sport puis compléta le tout en ajustant ses chaussettes sur ses chevilles et passa ses baskets ; autant prendre une douche en rentrant, l’eau était une denrée coûteuse, et elle avait la ferme intention de courir vite de toute façon. Elle arrangea ses cheveux un peu plus clairs à cause des heures passées au soleil à repeindre les volets et rassembla ses mèches l’une avec les autres dans une queue de cheval haute. Avant de quitter sa chambre, elle vérifia son téléphone portable qu’elle pianota un petit moment avec un sourire aux lèvres, mais elle le laissa à regret sur sa table de chevet. Elle tira le tiroir, emprunta le baladeur numérique que Jamie avait oublié quelques jours plus tôt et vissa le casque à ses oreilles. Elle glissa le petit appareil entre l’élastique de sa brassière et sa peau nue pour sortir une seconde plus tard et rejoindre le rez-de-chaussée sur le rythme de la première chanson qui se mit à jouer.

Tout le monde dormait encore. Harper avait bien mangé la veille, elle ne fit donc aucune halte par la cuisine pour prendre un petit-déjeuner ; elle sortit immédiatement de la maison en petite foulée, prenant soin de ne pas faire de bruit en refermant la porte de derrière. Elle savait déjà que sa course du matin l’emmènerait au centre-ville qu’elle n’avait cessé de côtoyer après son service à la gare pour trouver un autre travail, mais sans succès. C’était en passant devant le cabaret qu’elle était tombée sur une annonce de recrutement de serveuses placardée en plein milieu d’un tableau d’affichage lumineux ; aussitôt ses yeux avaient terminé la lecture qu’elle avait envisagé de mentir sur son âge pour pouvoir postuler. Il n’y avait aucune chance qu’à cette heure-là l’endroit soit encore ouvert, bien sûr, et Harper ne l’espérait pas vraiment dans le fond, toutefois elle voulait étudier l’annonce de plus près. Ce qu’elle fit, une fois arrivée à destination.
Le souffle court, dégoulinante de sueur et son cœur battant à la chamade, elle approcha son visage tout près de l’écriteau. Posant ses deux mains sur ses hanches découvertes et calmant à coups de grandes rasades d’air le soulèvement intempestif de sa poitrine moulée dans sa brassière, elle plissa les yeux et retira le casque de ses oreilles pour le laisser glisser autour de son cou, comme si l’accent britannique qu’elle entendait à l’autre bout l’empêchait de comprendre ce qui était indiqué sur le papier. Le soleil perçait les nuages du début de matinée, mais ce n’était pas la lumière rose-orangé des premières lueurs qui éclairait l’annonce qu’elle lisait et relisait ; c’était les néons de couleurs qui l’aveuglaient. Lentement, le cerveau de Harper formula plusieurs interrogations silencieuses, et tandis qu’elle soupirait, elle recula de deux pas pour contempler la devanture du cabaret.
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MessageSujet: Re: 06. It's not right but it's okay   06. It's not right but it's okay EmptyMar 9 Sep - 20:06

Ironiquement, personne ne l’avait mise en garde contre les dangers de l’alcool.

On aurait pu penser qu’au vu de la nature plus qu'originale de sa famille, quelqu’un se serait chargé d’expliquer à Blake que même si ce cocktail avait une couleur plus qu’engageante et une paille à l’intérieur, cela signifiait pas forcément qu’elle n’allait pas finir par regretter sa décision. Plus tard. Enfin le lendemain matin. Pourtant la jeune femme était certaine d’avoir vu ses parents fumer une ou deux fois quelque chose qui n’était pas de la cigarette, mais non, sa mère avait nié les faits et ses deux pères avaient trouver un intérêt soudain pour leur tapisserie. Un mystère qui ne serait donc jamais résolu. Sauf que si, Blake avait grandi et si pendant sa très brève année à la célèbre université de Columbus elle n’avait pas vraiment fréquenté les fêtes universitaires et que plus tard, lors des « brunch » et autre « formal » organisés par ses connaissances ou même son ex elle s’était contentée d’un seul verre de champagne… La réalité était tout autre depuis qu’elle avait découvert le cabaret de Lima. Et surtout depuis qu’elle en était la propriétaire.

Le système était parfait selon la blonde : elle n’avait pas à payer. Quelqu’un avait sans doute essayé de lui faire comprendre au final que c’était elle la perdante et que tout ceci aurait des conséquences mais non… Chut, lever de rideau, elle n’avait pas besoin de sortir sa carte de crédit à chaque verre commandé, elle était la patronne, merci beaucoup. C’était… reposant. Beaucoup plus excitant que de s’acheter une paire de chaussures au final et oui la presque trentenaire pesait ses mots. Blake vivait dans un monde qui était bien loin de la sphère du réel et une fois la première bouteille de champagne disparue… Tout s’accélérait. La soirée d’hier n’avait guère été différente des autres. Elle restait généralement en coulisse pendant la première partie de la soirée, observant les différents petits numéros des artistes dont elle avait pris la peine de mémoriser le nom. Le public du jour riait et applaudissait et il n’en fallait pas plus pour que la propriétaire soit contente. La blonde, bien blonde aujourd’hui, se sentait plus qu’impliquée et très, très, importante. Et non, son égo à elle n’avait pas besoin de ce genre de confidence boost, mais dans tous les cas, cela lui faisait plaisir. La petite soirée se poursuivait et à des heures plus tardives de la nuit, le cabaret commençait à montrer ses vraies couleurs, les commandes s’enchaînaient, les lumières se faisaient de plus en plus tamisées et les vêtements tombaient pour le plus grand bonheur de Blake. Certes, se produire sur scène impliquait un peu plus de tissus que son précédent job mais c’était tout aussi physique et pour cette mordue de yoga c’était le compromis parfait. Blake connaissait le programme de chaque week end sur le bout de ses ongles très bien manucurés, elle qui était incapable de se souvenir qu’elle devait penser à boire de l’eau au moins une fois tous les deux jours, se rappelait des noms des numéros, des danseurs qui se trouveraient sur scène, etc, etc… Bien évidemment, et comme n’importe quel véritable artiste de ce nom, la jeune femme gardait toujours le meilleur pour la fin. Et sans aucun mauvais jeu de mot, le meilleur… c’était elle.

Tout était réglé à la minute près et après avoir attendu que Kurt descende de scène elle se précipitait sur le danseur mais également styliste du cabaret à ses heures perdues pour qu’il valide sa tenue de scène et son maquillage. C’était complètement puérile, un simple coup d’oeil dans le miroir et Blake savait qu’il n’y avait absolument aucun faux pas, mais qui avait dit que les hommes étaient les seuls qui avait besoin de compliment? C’était mieux, c’était égal ainsi. Le pouce levé de Kurt était certainement le plus beau de tous les trésors, si, si, et Blake savait qu’elle pouvait grimper sur scène. De simple pantins du fond à soliste du soir, la Hillyard enchaînait les numéros et les déhanchés, laissant tomber un vêtement à chaque fin de chanson. Entre chaque, les verres étaient offerts, les standing ovation se faisaient de plus en plus bruyantes et qu’en bien même qu'il s’agisse d’une dizaine ou d’une centaine de personnes, Blake ne faisait pas la différence. Son monde tanguait et pour le dernier numéro de la soirée, la blonde se retrouvait en sous vêtement couleur chair s’il vous plaît, n’ayant plus rien à cacher tout et tout à offrir. Elle se rappelait d’une conversation avec un de ses pères qui lui demandaient si elle aimait son nouveau boulot, la réponse était oui, mais pas parce qu’elle avait quelque chose de réel et de concret qui lui appartenait (pas une voiture ou même son appartement), mais bien parce que dans son esprit… cette scène était à elle et uniquement à elle. Certes, la blonde chantait encore en playback pour l’instant, bénéficiant toujours en secret de l’aide de Ruby, mais ce n’était qu’un tout petit détail. Elle était accro à ce dernier numéro et sur cette scène-là tout était électrisant et neuf et le monde tournait et toujours à la fin, elle se rendait compte qu’elle avait bu un verre de trop. Ou plutôt trois.

Mais non, non, Blake n’avait pas envie de rentrer chez elle se soir et elle demanda au barman de rester et de faire voler ses bouteilles comme il savait si bien le faire, la jeune femme allongée de tout son long sur le comptoir du bar comme une offrande à la musique qu’elle était et verre après verre tout se précisait… et elle sombrait. Le réveil allait être difficile. Le réveil fut très difficile. À dire vrai, Blake aurait probablement dormi jusqu’à très tard dans l’après midi si ce n’était pas pour ce téléphone qui s’était mis à sonner, quelque part au loin. Un oeil s’ouvrit, puis le second… Wow. La blonde bougea le plus lentement possible, se relevant, se mettant en position assise sur le comptoir. Elle tourna tout aussi doucement la tête, réalisant peu à peu où elle se trouvait. Okay. Donc elle n’était pas rentré chez elle. Okay. Et elle était toujours en sous vêtement… Okay, elle avait des sous vêtements au moins et… « Mon dieu où sont mes chaussures? » Ouch. C’était elle qui avait parlé, elle n’aurait pas dû parler aussi fort, certainement pas. Secoue toi Blake, secoue toi. Elle se força à descendre de sa scène improvisée et à faire un pas, puis un autre, tout fonctionnait correctement semblait-il. Ses yeux verts passèrent rapidement entre les tables et les pas de Blake s’accélèrent en repérant le plus important : ses chaussures. « Thank god. » murmura t-elle en prenant soudainement quatorze centimètres de plus. Sa journée pouvait commencer. Par un café, après elle déguerpirait pour laisser le champ libre aux femmes de ménage. D’une démarche plus assurée, elle fit le tour du comptoir et eut un sourire en voyant le barman lové sur le sol, profondément endormi lui aussi… Elle avait sûrement dû le convaincre de boire aussi, ça semblait bien son genre. Alors café, café…

Dix minutes plus tard, Blake dû se rendre à l’évidence, elle ne savait pas comment cette machine fonctionnait, pourquoi en avaient-ils une d’ailleurs? Ils n’étaient pas censés servir uniquement de l’alcool? Et pouvait-elle se servir dans la caisse pour aller chercher sa précieuse dose de caféine? Le sourire de la blonde s’agrandit et elle n’hésita pas à ouvrir le tiroir caisse. Glisser se billet de vingt dans son soutient gorge? Oui. Se changer? Hors de question, et puis la blonde aimait bien sa tenue. Tellement que Blake choisit la sortie principale, une jeune femme entrant aussitôt dans son champ de vision. Blake bloqua une seconde, juste l’ombre d’une seconde avant de se dire que cette inconnue semblait avoir toutes les compétences nécessaires pour faire fonctionner cette machine à café. Comment le savait-elle? L’intuition. « Vous êtes là pour le show? Désolé déjà terminé mais j’ai une machine à café capricieuse à l’intérieur et vingt dollars pour celui ou celle qui saura s’en charger. » Pas le moins du monde découragée, Blake tira le billet de son décolleté, l’agitant le plus négligemment possible. « Intéressée? »  Et après près de cinq ans dans la joyeuse industrie des films pour adultes, Blake pouvait affirmer que c’était bien la première fois qu’elle utilisait vraiment une ligne du début d’un de ses fameux films.
Mais que pouvait-elle dire? Question d’habitude? Probablement.
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Harper E. Pritchard
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MessageSujet: Re: 06. It's not right but it's okay   06. It's not right but it's okay EmptyMer 10 Sep - 17:35

Un homme portant un long manteau – curieuse façon de se vêtir en plein été, avait-elle songé quand ses pupilles s’étaient déportées sur la silhouette chaudement emmaillotée de ce client pressé – sortit par l’entrée principale du cabaret. Harper profita de cette opportunité pour se vivifier ; l’air trop tiède du matin ne l’aidant en rien à se donner un coup de fouet, elle se mordit l’intérieur de la joue pour se requinquer. Elle ne resterait pas à contempler l’enseigne de l’établissement toute la journée, elle avait d’autres choses à faire. De ce fait, puisqu’elle était sur les lieux, autant profiter de l’absence de sécurité à cette heure-ci pour se confronter dès maintenant au monde d’adultes qu’elle était manifestement prête à rejoindre ; et par la grande porte, s’il vous plaît. Se ranimant d’un coup, un goût de rouille se répandant brusquement dans sa bouche, Harper attribua un regard craintif à la porte. Secouant ses deux mains près de ses hanches nues, ses doigts dansant dans les airs d’une façon désarticulée pendant qu’elle remuait les jambes pour se rengorger d’un peu de courage, elle souffla un bon coup, puis emprunta le chemin qui se soumettait à elle.

Elle n’avait pas l’âge pour entrer au cabaret. Jusqu’à présent d’ailleurs, cet endroit ne représentait rien d’autre à ses yeux que la vaine cause d’une bande de grenouilles de bénitier qui tentaient de le faire fermer depuis des années. Mais maintenant, dans la lumière pâle du matin, elle voyait la palissade rouge sang d’une tout autre façon. Harper ne savait pas ce qui s’y passait en réalité ; elle avait entendu des rumeurs sur les spectacles que l’on proposait ici, mais n’émettait aucun jugement, car il fallait bien manger, et qu’elle était particulièrement mal placée pour se permettre de réprimander des individus qui, le temps d’une danse burlesque, exhibaient leur corps aux yeux d’amateurs de music-hall – tant que c’était pour danser, il n’y avait rien de répréhensible là-dedans.
Plantée dans l’entrée sombre, la porte qui se referma dans son dos la fit sursauter. L’odeur sucrée qui se dégageait des murs du cabaret lui fit penser que le personnel devait être composé d’une bonne majorité de femmes ; ou d’hommes très délicats. Pour se donner bonne contenance, Harper retira le baladeur numérique de Jamie de sa brassière pour en caresser distraitement les poussoirs, le regard rivé sur les néons lumineux qui lui indiquait le chemin, alors qu’au bout de ce tunnel rougeâtre, un immense trou noir fit manquer une pulsation à son cœur gonflé par un trac inhabituel ; quand il faut y aller… Harper déglutit, et redressant la tête pour faire balancer sa queue de cheval blonde, elle s’intima de se bouger les fesses. C’était le confort de sa famille qu’elle allait marchander et rien d’autre.

Il fallait reconnaître une classe relative à cet endroit – même elle qui en manquait cruellement savait reconnaître quand quelque chose était élégant. Et les draperies en velours, les rideaux violets et les lampions de la même couleur s’harmonisaient à la perfection dans cette bonbonnière duvetée ; c’était très beau. En avançant, Harper posa son regard sur le bout de ses baskets usées. Elle se demanda soudainement si elle n’aurait pas dû venir apprêtée pour cet entretien improvisé. Dans sa tenue de sport, pas encore douchée, et sa peau brillant d’une mince couche de sueur, elle redoutait de faire très mauvaise impression. Si elle s’en fichait comme d’une guigne d’ordinaire, elle sentait que son apparence aurait bientôt un rôle primordial à jouer. Encore que ; elle avait certains atouts qui pèseraient lourd dans la balance – sans mauvais jeux de mots–, et tandis qu’elle rejoignait le trou noir qui lui avait fait si peur en entrant, elle regretta subitement d’avoir été amenée à penser de cette façon.
Aussitôt avait-elle posé le pied sur la moquette de la salle de réception qu’une femme vêtue d’un ensemble couleur chair s’adressa à elle. Harper retint son souffle dans sa poitrine, et tourna la tête vers elle en faisant comme si de rien, alors qu’à l’intérieur d’elle-même, elle criait au secours. Fronçant derechef les sourcils quand un billet de vingt dollars fut mentionné, elle pinça les lèvres de contrition. C’était une belle entrée en matière, au moins elle pourrait prouver de quoi elle était capable et en plus, elle serait payée pour ça. Harper glissa le baladeur dans son décolleté un peu moite, et penchant très furtivement la tête sur le côté, elle dit à la jeune femme :

« On dirait que c’est votre jour de chance. » Harper ne se laissa pas démonter. Elle lui chipa le billet quand elle passa à côté d’elle pour rejoindre le fond de la salle, là où un comptoir encore embarrassé était installé. Par curiosité, la blonde étudia timidement les moindres recoins de la pièce pendant qu’elle mettait le billet dans la poche arrière de son short de sport ; la scène était grande, subtilement drapée d’une lumière bleue tamisée et des paillettes luisaient sur le sol pas encore nettoyé. Se mordant les lèvres en passant derrière le comptoir, elle évita de marcher sur l’homme qui dormait paisiblement derrière, tandis qu’elle repérait tout de suite le percolateur. Harper n’avait jamais eu affaire à ce genre de machine sophistiquée, mais elle avait vu Julian, Josh et Jamie les manier plusieurs fois au Lima Bean ; elle n’était pas plus idiote qu’eux trois, et tâtant les extrémités pour en comprendre le fonctionnement, elle s’aperçut que la machine n’était pas allumée en réalité. Un sourire victorieux remonta ses pommettes rondes et elle poussa le bouton rouge. Une fumée très fine s’échappa de la cafetière géante. S’employant à adopter une attitude décontractée, Harper haussa les épaules en se retournant vers l’assemblée. Pour la première fois, elle accorda un regard franc à la jeune femme qui l’avait accueillie.

« Il suffisait de l’allumer. » Un autre haussement d’épaules et Harper se pencha pour glisser ses doigts sous les narines de l’homme endormi ; loin d’elle l’idée de virer parano, mais elle préférait vérifier s’il était encore vivant, et quand son souffle chaud frôla sa peau, elle ne tarda pas à se redresser pour demander sur le ton de la conversation :
« Vous êtes la responsable ? » Elle toisa la silhouette de la jeune femme, pensant au fait qu’elle n’avait jamais vu une patronne aussi peu vêtue de sa vie, et reprit sans se formaliser de sa réponse « En fait je viens pour l’annonce. Vous recherchez des serveuses ? » Elle détacha ses cheveux, se disant que leur longueur pourrait aider à la faire passer pour plus vieille qu’elle ne l’était et enfila son élastique autour de son poignet. Harper regarda la blonde, n’abandonnant pas cette expression d’arrogance naturelle qui faisait le charme de ses traits pourtant quelconques « J’aurai 21 ans samedi prochain. » Elle réussirait à se procurer une fausse carte d’identité en moins de temps qu’il ne faut pour le dire « J’ai toujours fait plus jeune que mon âge, c’est un truc de famille. Vous devriez voir ma mère, elle a même pas besoin de crème antiride. » Elle glissa une mèche de cheveux éclaircie derrière son oreille qui chauffait un peu trop fort, essayant de la gratifier d’un sourire détendu, cependant elle n’était pas convaincue du résultat ; elle aurait pu glousser, simplement, il valait mieux ne pas en faire trop, ça ne ferait que la desservir. Harper descendit de la plateforme derrière le bar pour le contourner, puis elle s’approcha de la jeune femme en tapotant nonchalamment ses doigts sur le bois verni « Je peux repasser avec un CV si vous préférez. De toute façon je voulais juste que vous me confirmiez si l’annonce est encore d’actualité et que vous me disiez si ça exige des compétences particulières. J’ai déjà beaucoup travaillé avant. Ça me fait pas peur. » D’eux-mêmes, ses yeux gris glissèrent sur la scène encore éclairée par cette lumière bleue qui ne cessait d’attirer son attention, et elle serra très fort les dents, craignant que remuer son fessier soit une condition sine qua non pour être engagée ; autant dire qu’elle était mal barrée.
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MessageSujet: Re: 06. It's not right but it's okay   06. It's not right but it's okay EmptyJeu 11 Sep - 22:42

Blake n’était certainement pas en état d’avoir une conversation, elle manquait cruellement de sommeil mais elle aurait nié en bloc quelconque accusation et aurait clamé qu’elle n’avait besoin que de café. Elle n’en buvait que depuis qu’elle était à Lima à dire vrai, elle aimait bien voir cela comme un signe de sa maturité mais franchement… Le goût était infect, le seul avantage c’est que cela la tenait éveillée et qu’elle n’était pas obligée de prétendre écouter son comptable lui dire qu’elle allait devoir se contenter de deux caisses de bouteilles de champagne au lieu de trois et ce tout en dormant les yeux ouverts. Et oui, c’était un exercice qu’elle avait maîtrisé depuis des années, ça et envoyer des sms sous la douche et ce sans endommager son téléphone mais non, personne ne voulait réellement savoir comment elle s’y prenait. Peu importe, le mot du jour était café, et probablement regagner son appartement pour revenir au cabaret quelques heures plus tard. L’endroit était vraiment devenu sa seconde maison, elle prenait sans doute la phrase « protéger son investissement » un peu trop sérieusement mais Blake ne faisait pas les choses à moitié. Même pour avoir du café, le sourire y était et même le billet de vingt, qui pouvait lui résister? Personne se dit-elle alors que cette parfaite inconnue se dévouait à la tâche.

Blake aurait très certainement dû lui demander l’heure qu’il était et si elle avait souvent l’habitude de rendre service aux gens mais elle préféra conserver le silence quelques instants, priant pour que son petit investissement soit fructueux. Oui, son destin dépendant de cette jeune femme… fille? Hmm… Bonne question. Il était trop tôt pour se lancer dans ce genre de déductions et puis c’était juste un café, pas une invitation à dîner. Blake fut bien contente de se s'asseoir sur ce tabouret, elle refusait d’admettre haut et fort que ses pieds étaient peut être un tout petit trop fatigués pour ses chaussures. Jamais ô grand jamais ces mots ne quitteraient ses lèvres, elle avait déjà prévu d’écrire dans son testament qu’elle devait être enterrée avec toutes ses paires de chaussures et tels qu’elle connaissait ses parents, elle savait qu’ils feraient tout pour que la volonté de leur petite fille chérie soit respectée. Est-ce qu’elle était en train de divaguer sur sa propre mort? Blake ferma les yeux un quart de secondes, fouillant dans sa mémoire à la recherche d’une information utile à propos de la veille. Mais non, juste des flash lumineux et une odeur de sucre… Rien de rassurant en somme mais elle était persuadée d’avoir connu de pire nuit. Une voix la ramena à la réalité et elle se tourna vers … la nouvelle barman visiblement. Il suffisait de l’allumer, oui, elle n’y avait pas pensé, Blake haussa les épaules, le oops plus que visible sur son visage, expression qui se transforma en un large sourire à la question posée. « Tada, je suis démasquée ! » lança t-elle en ouvrant grand les bras. Qu’est-ce qui l’avait trahi? Sa présence ici en ce début de matinée? Enfin Blake supposait que c’était la matinée, elle pouvait se tromper évidemment. Ou alors sa tenue ou même… Ou même autre chose. Non, ça devait être sa tenue forcément. Elle se mordit la lèvre inférieure quelques secondes, déçue que la surprise soit gâchée, elle était aussi frustrée qu’en enfant le matin de Noël qui se serait vu refuser ses cadeaux, mais soit… elle, elle était adulte, elle pouvait sans remettre. Ou du moins, elle allait essayer. Essayer de se concentrer sur le discours de la jeune femme.

Oh donc elle voulait un job, ce n’était donc pas son ange gardien qui avait envoyé quelqu’un pour satisfaire ses envies de caféine? Non dommage. Quoi que c’était compréhensible, le dit ange gardien avait dû laisser tomber en voyant Blake écarter les jambes un peu trop de fois, too bad… Blake ria intérieurement puis se concentra sur cette mystérieuse inconnue qui venait juste se détacher les cheveux. Sûrement pour lui montrer son potentiel. Hmm… Blake était intéressée, très intéressée, et ce n’était pas seulement parce que l’autre femme semblait avoir le sens des affaires ou juste parce qu’elle avait eu la présence d’esprit d’appuyer sur le petit bouton on de cette machine à café… Non, mais parce qu’elle venait juste de mentir, là tout de suite, pas sur son expérience, enfin peut être, mais sur son âge. Blake en était persuadée, enfin, elle ne pouvait pas vraiment le prouver mais… Blake était une menteuse née. Elle le faisait depuis qu’elle était toute petite et pas uniquement pour se sortir des bêtises que faisaient généralement les enfants d’un certain âge, non, pour ça il y avait toujours quelqu’un pour la couvrir et un de ses trois parents pour fondre devant son sourire. Non, le plus souvent, Blake mentait parce que c’était facile et que les gens finissaient toujours par la croire, il suffisait juste d’un sourire, de croire dur comme fer à son mensonge et… le tour était joué. Et tout aurait pu fonctionner pour la future serveuse mais Blake était plus… expérimentée dira t-on. (Now I sound like my mother, pensa la blonde, presque horrifiée).

Mais soit, le mensonge lui-même ne la dérangeait pas, qui était-elle pour juger dans le fond, les intentions de son sauveur du jour, oui elle avait déjà acquis ce rang, étaient claires: elle voulait travailler. Et Blake était peut être en sous vêtements avec probablement beaucoup de grammes d’alcool dans le sang mais elle n’était pas encore en état de refuser de l’aide. D’autant plus que l’établissement en avait bien besoin, Blake voyait les choses en grand pour ce tout petit endroit de Lima, un peu d’aide, dans quelque domaine que ce était la bienvenue.  « Samedi prochain...» répéta t-elle avec un sourire aux lèvres. « J’espère que tu fêteras ça dignement, 21 ans, ce n’est pas rien quand même… » Était-ce sa manière à elle de dire qu’elle allait surveiller de près toute cette histoire car elle n’y croyait pas une seule seconde? Peut être, quoi qu’il en soit, Blake fit claquer ses deux mains ensemble, ravie de pouvoir parler affaire si tôt dans la matinée, pas de doute, ça allait définitivement la réveiller.  « Et laisse tomber le vouvoiement et oublie le CV, très franchement, ça n’est pas vraiment comme ça que les choses fonctionnent ici. Et si, nous sommes quand même des pros… » Blake se pencha vers le barman qui dormait toujours. Effet raté. « Enfin certain d’entre nous. » ajouta t-elle, imperturbable.  

«Honnêtement je ne sais plus où donner de la tête, l’annonce est toujours d’actualité, le problème c’est que pour le moment on se contente juste de faire les week end et parfois, je dis bien parfois les jeudi mais tout le monde semble si occupé ailleurs et pour certains ce n’est qu’un deuxième boulot, histoire de gagner un peu plus d’argent. » Blake poussa un soupir, sans doute pour se donner un effet dramatique, pourtant la vérité reposait bien derrière ses quelques mots. Elle n’avait pas de travail en plus et elle avait misé gros en faisant se prêt à la banque, bien entendu, la blonde touchait toujours des sous à chaque fois qu’une âme « en peine » décidait de télécharger un de ses vieux films mais… Même Blake savait être réaliste et le cabaret avait bien besoin qu’on le dépoussière. Et rapidement. Et puis... Elle ne pouvait pas vraiment se contenter de quelque chose de bien, elle voulait plus. Sur cette pensée, la blonde n’hésita pas à grimper sur le comptoir, s’asseyant ainsi plus près de la jeune fille, ses jambes dans le vide. D’un simple signe de tête, elle indiqua les tasses à café, se disant qu’au final tout ceci serait une très bonne mise en pratique. « J’ai besoin de quelqu’un qui ne va pas fuir à la première occasion tu vois, ça tendance à devenir bondé rapidement ici, pour ta paye tu vas commencer avec le minimum et rassure toi, on ne partage pas les pourboires ici, chacun gère comme il veut. Ça sera principalement les week end au début et… »

Quand Blake disait quelque chose, elle pensait à trois autres idées différentes et là tout de suite elle se demandait si elle ne pouvait pas lui demander de donner un coup de main au bar aussi, et même en coulisse pourquoi pas… Et est-ce qu’elle était en basket? Ça existait toujours ça? « Tu chausses du combien? » lança t-elle abruptement, elle aurait bien une ou cinq paires de chaussures à lui donner, personne ne resterait en basket devant elle… Personne. « Au fait je suis Blake et… on va dire que c’est mon bureau ici, Bref peu importe, tu ne m’as toujours pas dit ton prénom. Je te rassure, tu n’es pas obligée de donner le vrai, la plupart des danseuses et autres employés ne le donne pas le plus souvent, mais il faut que je sache comment t’appeler… Ou sinon tu vas finir avec un prénom de strip teaseuse du genre Sandy ou April. » April, April… April… 19 ans? Probablement, employée clandestine au cabaret de Lima, elle ne venait pas de Lima, non, April devait être ce gerne de fille que la vie n’avait pas gâté. Son père devait être mort depuis longtemps, sa mère absente et April avait fuit le foyer familial avec son premier petit ami en croyant avoir tout compris à la vie. Mais après une série de déceptions amoureuses, April avait dû se rendre à l’évidence, elle ne connaissait rien, et elle était fauchée, loin de chez elle et elle avait besoin de travailler… Et oui, c’était pour ça que Blake était capable de repérer les menteurs et de très loin.  

« Quoi que April ça t’irait bien… » dit la blonde en croisant les jambes. «Oh…  je crois qu’il y a des cacahuètes quelque part derrière toi tu peux regarder?  Je commence à avoir faim. »
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Harper E. Pritchard
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Age : 20 ans
Occupation : Employée à mi-temps à la Lima Station, étudiante au Lima Health Sciences Program de l'Ohio State University
Humeur : Déstabilisée
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MessageSujet: Re: 06. It's not right but it's okay   06. It's not right but it's okay EmptyMar 16 Sep - 15:07

« Ouais, carrément. » Autant en profiter pour fignoler son mensonge en rebondissant sur les propos de sa locutrice, se réconforta Harper tout en haussant nonchalamment les épaules « Je vais sûrement me prendre une grosse cuite et avoir des rapports sexuels dans un lieu public. » Elle grossit le regard pour soutenir sa parade en opinant du chef avec insistance, prenant un ton semblable à celui qu’empruntait constamment le présentateur météo au crâne dégarni qui officiait sur la chaîne locale depuis vingt ans.
Si Harper n’avait aucun scrupule à déformer la vérité pour que le vent tourne en sa faveur, elle commençait en revanche à en avoir à propos de son audace à venir postuler spontanément pour un emploi qui ne l’emballait pas tant que ça en réalité. Son regard gris se posa sur la scène encore éclairée du cabaret. Elle se mit à cligner plusieurs fois des yeux, ses cils devenant de plus en plus lourds à mesure qu’elle cillait frénétiquement. Le silence feutré s’installa paisiblement, il ne lui en fallut pas davantage pour se laisser distraire par ses nombreuses pensées vagabondes. Il existait des centaines de filles comme elle ; des filles qui étaient forcées de sortir de leur zone de confort pour subvenir à leur besoin ou à ceux de leur famille – on était loin du tableau idyllique qu’on voulait nous faire contempler dans les films et les séries télés. L’American Dream n’existait pas dans la vraie vie, même pour ceux qui bataillaient pour s’en sortir, Harper en était la preuve. De ce qu’elle en savait, ces filles finissaient souvent par outrepasser les règles qu’elles s’étaient elles-mêmes imposées avant de commencer à travailler ; ne pas finir debout sur le bar en sous-vêtements, ne pas laisser les grosses paluches du client le plus généreux sur les pourboires (et le plus pervers, comme si les riches avaient forcément le vice inscrit dans leur code génétique) se balader un peu trop près de n’importe quelle partie de son corps, ne pas atteindre à sa dignité en se laissant charmer par l’appât du gain facile… Harper avait beaucoup de caractère, trop probablement. Elle avait des principes aussi et une notion de la fierté qui lui portaient souvent préjudice, car elle refusait qu’on lui tende la main, la pitié faisant partie des sentiments qu’elle abominait. Il n’y avait donc aucun danger qu’elle viole ses propres règles en travaillant dans cet endroit qui lui apparaissait comme l’un de ceux qu’il vaut mieux ne pas côtoyer si on veut garder un peu d’innocence. Lilibeth avait confiance en elle, confiance en sa ligne de conduite, loin d’être d’irréprochable au demeurant, mais qui lui permettait de se regarder dans le miroir sans détourner les yeux au moins, et en son amour propre ; elle s’en sortirait avec la tête haute comme d’habitude. Pourtant, elle avait peur de quelque chose, elle le sentait. En vérité, Harper savait quelle n’avait pas le choix. Néanmoins, même si elle avait appris à faire avec les moyens du bord et à se débrouiller toute seule, elle aurait vraiment tout fait pour qu’on lui laisse une alternative pour une fois.

Devenir serveuse n’avait jamais fait partie de son plan de carrière. Un petit sourire en biais rehaussa ses pommettes saillantes lorsqu’elle revint sur terre et qu’elle reporta son attention sur la propriétaire du cabaret qui était montée pour s’asseoir sur le comptoir – ça avait l’air d’être confortable si elle en jugeait par la façon dont elle remuait les jambes, comme une gamine impatiente. Harper devait apprendre à vivre sans faire de plans. Jusqu’à présent, aucun de ceux qu’elle avait manigancés n’avait fonctionné ; si ce n’était son business de devoirs et l’obtention de son diplôme, tout ce qu’elle avait entrepris depuis deux ans s’était lamentablement cassé la binette – même quand elle avait voulu aider Jamie à avoir son diplôme l’année dernière, elle s’était plantée ! Elle s’en était déjà rendu compte auparavant, elle était assez intelligente pour s’apercevoir de ses erreurs et les assumer, mais le fait qu’elle soit venue dans cet endroit pour quémander un travail dont elle ne voulait pas fut une pilule particulièrement dure à avaler – encore plus parce qu’elle mourrait de soif après son footing. Elle garda la face, cependant et retira le casque de Jamie d’autour de son cou. Elle le posa avec son baladeur sur le comptoir qu’elle contourna de nouveau pour aller s’occuper du café, les lèvres très légèrement pincées.

« Je fuirai pas. Je peux même faire des heures supplémentaires sur ce que tu veux. » Elle attrapa une tasse à café qu’elle glissa sous le percolateur duquel s’écoula un liquide brun et fumant. Aussi Harper reprit précipitamment, se rendant compte que ses paroles pouvaient être mal interprétées, surtout dans un lieu pareil – elle ne voulait pas qu’on la cantonne à des corvées qui nécessiteraient qu’elle dévoile autre chose que son joli sourire forcé « Tant que ça reste raisonnable et dans mon domaine, je veux dire. J’ai déjà fait des inventaires, du secrétariat, et je suis bonne pour l’organisation des papiers et tous ces trucs. Ce sera pas la peine de me les payer si tu me proposes une compensation du genre, je sais pas, en bouffe ou en produits d’entretien. C’est toi qui vois. » Elle se retourna pour tendre la tasse à blonde puis fit volte-face pour en remplir une pour le barman qui commençait à gémir sur le sol, tandis qu’il se réveillait doucement. Son sourcil se haussa graduellement quand elle lui demanda sa pointure. Harper puisa dans ses pauvres ressources de coolitude pour lui répondre avec scepticisme « Euh 38. C’est important ? » Elle posa la tasse de café du barman sur le comptoir et lui donna un tout petit coup de pied dans les côtes pour qu’il se réveille pour de bon. Harper passa une main dans ses longs cheveux quand il se redressa sur ses pieds et elle sortit de derrière le comptoir pour venir s’asseoir sur l’un des hauts tabourets. Son visage se recula lorsque Blake – c’était le nom de la patronne, et ça lui allait drôlement bien, se surprit-elle à penser – lui attribua un prénom qui ne lui convenait pas.
« Je suis pas une April. Je suis une Harper. Avec un H. » La suite de la phrase de Blake fit ressortir le côté le moins glorieux de Lilibeth qui lui rétorqua du tac au tac « T’as qu’à aller les chercher toi-même tes cacahuètes. Je bosse pas encore pour toi, et d’après ce que je vois, tu peux te servir de tes jambes. Tu m’as peut-être filée vingt billets, je suis pas ta boniche pour autant. » Harper laissa glisser ses pupilles obscurcies par l’emportement sur le barman qui ajoutait un doigt d’alcool dans son café à l’aide d’une flasque qu’il dissimulait dans la ceinture défaite de son pantalon à pinces. Pendant qu’elle croisait les bras en reprenant son sang froid face aux ordres qu’elle venait de recevoir, elle s’intéressa de nouveau à Blake et lui demanda sur le ton le plus naturel du monde « C’est quoi le salaire minimum ? » Harper se faisait violence alors le jeu avait intérêt d’en valoir la chandelle. Même s'il était clair qu'elle ne cracherait sur aucun montant.
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MessageSujet: Re: 06. It's not right but it's okay   06. It's not right but it's okay EmptySam 27 Sep - 0:45

"Harper avec un H… Je crois qu'on va bien s'entendre." Blake avait enregistré l'information. Elle allait continuer de l'appeler April dans sa tête juste parce qu'elle aimait bien la petite histoire qu'elle lui avait inventé. Et c'était comme ça que la jeune femme se souvenait de tout le monde, même ses parents, qu'elle n'était pas censée oublier tout de même, avaient une histoire bien à eux. Qui changeait à chaque fois que Blake la racontait mais ce n'était qu'un détail. Elle mettait toujours du coeur à la tâche et elle révélait toujours en dernier qu'en réalité elle avait deux pères et une mère… Histoire d'ajouter un peu plus de fantaisie à son récit. Venaient alors les questions de savoir comment avait-elle été conçue mais même pour ça, Blake avait sa version des faits. Ça n'aidait pas du tout d'avoir des parents hippies, absolument pas. Et puis, avait envie d'ajouter Blake, elle pouvait très bien s'appeler April ici, enfiler ses talons, s'occuper des tables, récupérer ses pourboires et disparaître le jour et redevenir avec Harper. Ce qui se passait au cabaret, restait bien au cabaret et mis à part elle, ils seraient entre adultes et les gens avaient toujours tendance à tout faire pour cacher certains de leur petit secret. Venir au cabaret par exemple, chose que Blake ne comprenait pas vraiment, les secrets. Elle était pour le mensonge à outrance dans le seul but de satisfaire les gens et de donner le change mais garder ses secrets… Ce n'était pas vraiment la même chose pour elle et après la vie qu'elle avait menée, il n'y avait plus vraiment rien de privé chez elle, que ce soit dehors ou dedans. Il ne s'agissait pas d'une contrainte ou même d'un handicap, Blake savait rebondir, elle savait s'adapter. La preuve, il y a un peu plus d'un an, elle ne savait pas vraiment ce qu'elle allait faire sans "l'amour de sa vie". Elle regrettait ces paroles à présent et avait juré ne plus jamais dépendre d'un homme de cette manière et… Maintenant elle avait le cabaret de Lima. Peut être rien mais c'était une bonne façon de tourner la page et de donner un grand coup de pied aux fesses, très imaginaire et métaphorique, à son ex.

April, pardon Harper, apprendrait beaucoup en restant ici, juste quelques temps et puis peut être qu'elle songerait à lui sortir des mensonges un peu moins gros que de possibles ébats dans un endroit public. Le sourire de Blake s'était agrandi à ces mots-là, Harper était innocente alors qu'April ne l'était pas et qu'elle n'hésitait pas à mentir pour avoir un job. Blake ne voyait pas le besoin de prouver que oui, elle était une femme, et qu'elle avait connu quelqu'un d'autre dans le sens biblique du terme. C'était généralement les gens qui l'avaient déjà fait qui en parlaient le moins, qu'Harper garde son innocence pendant encore quelques années. Et puis, se retenait d'ajouter Blake, ce n'est pas si grandiose que ça, tu as déjà essayé de faire rentrer une saucisse dans le trou d'une serrure? Pareil. Mais… À la réflexion, pas besoin de lui en dire plus sur le sujet, c'était tout de suite plus intéressant si elle faisait ses propres découvertes. Donc Blake se contenterait d'encourager Harper de loin et observer April se déplacer dans l'établissement. Cela l'enchantait vraiment, et encore plus d'avoir son café. Ses yeux se posèrent un instant sur le barman, et elle chercha dans sa mémoire son vrai prénom… Mais non, pour une raison inconnue Blake l'appelait Juan, alors Juan et April, non Harper faisait du 38. Elle rangeait tous ces détails dans un coin de son esprit pour y revenir plus tard, Blake voulait quand même ses cacahuètes. Elle prit une fausse mine outrée, ouvrant la bouche imitant parfaitement bien un poisson dans l'eau avant de la refermer poussant un soupir qui se voulait rageur. Mais Blake ne réussirait à convaincre personne, elle aimait beaucoup le fait qu'Harper ait du répondant, cela aurait été beaucoup trop facile dans le cas contraire. Elle se laissa retomber sur le sol et s'emparant d'une autre tasse vide, elle la remplit de cacahuètes, d'olives et de tout ce qui lui passait par la main. Du moment que c'était comestible, Blake n'était pas très regardante.

Elle relevant alors le regard vers Harper, un sourcil dressé, prétendant toujours être ennuyée. "Et quand tu bosseras pour moi, il est hors de question que je fasse tout moi-même, compris? Ça a tendance à m'énerver, et tu peux demander au personnel déjà présent ce qui se passe quand je m'énerve." Elle dit cela en repoussant habilement la main de Juan qui s'aventurait vers son nouveau buffet. Hors de question, déjà qu'elle oubliait de manger les trois quarts du temps, ce n'était pas pour se faire piquer son repas. Blake pinça les deux joues du barman qui lui offrait le sourire typique de quelqu'un qui avait beaucoup bu la veille. Non, en comparaison à Juan, Blake allait bien. Très bien même. "'I'm kidding, I'm nice, but… not really." conclut-elle en le lâchant enfin et en parvenant à mettre plus d'olives que nécessaire dans sa bouche. Question élégance elle avait atteint le niveau zéro mais elle avait trop faim pour se soucier de ça maintenant. Et puis Harper ne pouvait pas lui reprocher ça, c'était elle la patronne. Et Blake était plus que disposée à parler d'argent, c'était son sujet de conversation préféré après elle-même. Elle passa ses bras derrière son cou, s'étirant légèrement pensive. Vu qu'Harper mentait clairement sur son âge, elle devait s'être un minimum renseigne sur les lois en vigueur dans l'Ohio, pas la peine d'essayer de l'embobiner. Et puis Blake l'aimait déjà donc…  "Je ne suis pas très au fait de la loi, mais vu que tu risque de remplacer une ou deux personne on va dire… 8 dollars 10 de l'heure, je suis prête à aller jusqu'à 9 pour les heures supplémentaires mais seulement si tu fais tes preuves Harper avec un H."

Ça sonnait presque comme un défi. Correction, c'était un vrai défi et Blake espérait bien que la jeune femme allait le relever. Elle avait besoin de se dire que le cabaret n'allait pas s'écrouler dès qu'elle n'y était pas, peut être que ce n'était pas correct d'en demander autant à une simple serveuse cependant Blake était incapable de voir les choses à petite échelle. (Et non, elle ne cherchait pas du tout à compenser). Elle prit appui sur le comptoir avec une main, regardant Harper avec tout le sérieux dont elle était possible à présent. "Et qu'on soit d'accord, entre femmes, ça ne va pas être le boulot de ta vie okay? Tu vas faire ça pendant cinq ou six mois et tu vas sûrement partir avec un beau brun dans une Mustang, ce que je respecte… Mais s'il te plaît préviens moi au moins une semaine à l'avance." Dix secondes de silence suivirent son avertissement, seulement ponctué par Juan qui buvait son café de la manière la plus bruyante du monde. I'm trying to create a mood, pensa Blake, damn it Juan. Résignée, Blake se tourna de nouveau vers Harper et ajouta rapidement: "Sauf si tu comptes passer ta vie ici et au quel cas peut être que… tu pourras monter sur scène." Ce qui pourrait être une bonne idée en soit. Elle avait le physique pour. En parlant de physique…"Allez viens, on va trouver quelque chose pour que tu t'habilles, peut être même ta futur tenue de travail... ça commence à m'irriter profondément de te voir en basket. Et oh avant que tu refuses." Blake ouvrit de nouveau le tiroir caisse, et s'emparant d'un billet, elle le fourra entre les mains d'Harper. "Here's fifty keep the change." Ceci étant fait, elle dépassa Harper, se dirigeant déjà vers les vestiaires. "… Come on!"
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Harper E. Pritchard
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MessageSujet: Re: 06. It's not right but it's okay   06. It's not right but it's okay EmptyLun 29 Sep - 16:10

Harper n’était pas encore embauchée, qu’elle sentait déjà un lien se créer avec le barman éméché, son œil vitreux la sollicitant sans arrêt pour qu’elle lui accorde un peu d’attention ; ce qu’elle fit après un instant, les sourcils haussés suffisamment loin sur son front pour qu’ils soient dissimulés sous sa frange effilée. Harper l’observa d’abord sans grand intérêt, jusqu’à ce que la façon dont il versait de l’alcool dans sa tasse fumante de café finisse par happer toute sa concentration, au point qu’elle resta un long moment à l’épier, et pas de la manière la plus discrète qui soit. Il avait dû être beau à un moment donné, mais l’alcool et son train de vie avaient laissé des vilains cernes sous ses yeux qu’elle voyait à peine sous l’éclairage tamisé du cabaret. Elle n’arrivait pas à estimer l’âge qu’il devait avoir, la tenue vieillotte qu’il avait sur le dos ne l’aidant pas dans sa tâche, mais elle distinguait sur ses traits fatigués les nuits blanches qu’il avait dû passer à jouer les confidents auprès de clients qui venaient noyer leur peine dans un ou deux verres d’alcool trop fort. Il devait en connaître des histoires, et un respect étonnant contraint Harper à le considérer d’emblée comme un allié ; elle allait en avoir besoin si jamais elle finissait par rejoindre le staff de cet endroit qui lui faisait encore un peu peur, mais dans lequel elle savait qu’elle finirait par se sentir en sécurité.

Le barman porta sa tasse à ses lèvres fines, lui lançant une œillade cocasse par-dessus les rebords de la porcelaine lorsque Blake lui assura qu’elle était gentille, mais pas vraiment. Harper se réveilla de sa torpeur, et se dérida aussitôt face aux tentatives du jeune homme de lui faire comprendre qu’elle était en train de mentir. Elle pivota enfin sur son haut tabouret, ses jambes flottant dans le vide, pour se tourner complètement vers Blake. Le visage d’Harper se fendit inexplicablement d’un sourire encore plus large, et rapidement, elle baissa la tête pour tenter de le cacher aux yeux de sa future patronne – qui lui semblait par ailleurs être un sacré personnage. Elle parlait beaucoup trop, mais quand on côtoyait Andie Lloyd, on était immunisé contre les pépiements inutiles, et Harper avait tôt fait de trier les propos qu’elle débitait la bouche pleine d’olives.
Elle partait du principe qu’elle ne venait pas se faire des amis lorsqu’elle se rendait au travail, mais elle avouait sans mal que son parcours à la gare n’aurait pas été le même si Sheridan n’avait pas été à ses côtés pour envoyer paître des voyageurs mécontents au guichet. Là, la blonde était rassurée de constater que les employés, patronne y compris, semblaient être des gens gentils, quoiqu’un peu excentriques, qui lui pardonneraient ses excès verbaux ; comme celui dont elle venait de gratifier allégrement Blake. Ne se sentant pas l’âme de faire des excuses cependant, Harper haussa les épaules de mauvaise foi, et s’attaquant aussitôt à la perche que sa locutrice lui tendait concernant le salaire qui lui serait attribué, elle releva le nez et lança d’un ton qui se voulait innocent, mais derrière lequel se cachait une détermination insolente à obtenir ce qu’elle voulait.

« Attends une seconde ; j’ai pas déjà fait mes preuves ? » Son sourcil gauche s’arqua lentement, tandis qu’elle rentrait le menton en reniflant avec un dédain naturel « J’ai allumé la cafetière ! Il est témoin ! » Elle pivota de nouveau sur son tabouret, forçant le barman à prendre parti en l’assignant à réagir d’un mouvement de tête dans sa direction. Sans surprise, il leva le pouce en l’air, et quand il posa sa tasse pour ouvrir la bouche et s’exprimer, Harper fut surprise du ton rauque et chaleureux de sa voix « Il faut la garder celle-là. » En fronçant un peu le nez, Harper fit un mouvement d’épaule satisfait, replantant son regard brillant dans celui de Blake, comme si elle venait d’attraper le pompon à la foire ; celui qui lui donnait accès à l’attraction de ses rêves, alors que l’éventualité de finir ses jours dans ce boui-boui lui tordait le ventre.

Sans doute que Blake pressentit son malaise, d’ailleurs, car elle la prit en aparté pour l’avertir du caractère éphémère de ce travail qu’elle convoitait. Harper garda le silence, mais ses sourcils frémirent doucement quand elle réprima un froncement inquiet. Elle sourit très discrètement en l’entendant émettre des hypothèses sur sa fuite avec un garçon, et fut à deux doigts de lui dire que le garçon en question ne conduisait pas une Mustang, mais un VTT un peu rouillé – Harper considéra néanmoins que ça ne la regardait pas, et elle se tut, pour mieux secouer la tête de droite à gauche lorsqu’elle enchaîna. Elle l’arrêta alors en plein milieu de sa tirade.

« Je finirai pas ma vie ici, perds pas ton temps à vouloir me faire monter sur scène. Je sais ni danser, ni chanter, ni jongler et je suis aussi gracieuse qu’un phacochère. Et encore ! J’essaye de préserver mon ego en te disant ça. » Elle sauta lourdement de son tabouret, illustrant ses dires de fait, et suivit le regard de Blake qui se portait dangereusement sur la partie basse de sa silhouette ; ses pieds. Harper savait évidemment qu’elle réprouvait sa tenue actuelle ; il suffisait de voir comment le barman était sapé pour deviner que la tenue correcte était exigée. Soit. Elle soupira très fort, roulant des yeux en chassant ses cheveux de devant son visage. Après avoir subi le relooking de Lexie pour le mariage raté de Tim et Anna, Harper s’estimait capable de supporter toutes les exigences vestimentaires, tant qu’on la laissait à plat sur ses deux pieds. Ses pupilles se déportèrent à son tour sur les pieds de la blonde, et la hauteur de ses talons fit manquer une pulsation à son cœur.
Aussi, Harper mit trop de temps à vouloir objecter, car Blake lui tendait déjà un autre billet. Les coins de sa bouche s’affaissèrent de nouveau, et elle demanda au barman :

« Elle distribue souvent du fric ? » Il lui fit de gros yeux avant d’attaquer le contenu de sa flasque « Tout le temps. » Harper émit un petit son appréciateur, glissant les soixante-dix dollars qu’elle avait gagné sans rien faire dans son soutien-gorge de sport. Elle pensa, un peu distraitement, que si elle atteignait les cent billets avant de rentrer chez elle, elle pourrait faire l’effort de venir nue avec une plume plantée là où ça lui chantait, si vraiment elle y tenait. Un sourire intéressé plus tard, elle lança un « Elle est cool ! » particulièrement enthousiaste, puis sous les ordres de Blake, elle trottina jusqu’à elle, ayant pris le temps de récupérer le baladeur de Jamie sur le comptoir.

Arrivant à ses côtés, Harper lui dit brusquement, passant le casque audio autour de son cou, et glissant le baladeur à la ceinture de son short « Je risque parfois d’arriver un peu en retard. Je m’occupe de mon petit-frère, il a dix ans. J’ai de bons voisins, ils me dépannent quand j’en ai besoin, mais quand il tombe malade, je préfère rester avec lui au moins jusqu’à ce qu’il s’endorme. C’est pas une faveur que je te demande, je veux simplement que tu saches que je rattraperais mes heures si ça arrive trop souvent. On sait jamais. » Elle prit le parti de ne pas mentir sur ça, bien qu’elle évita de parler de sa mère et des jumeaux. Harper essaierait de prévenir les Guevara en temps et en heure ; Silvana aimait lui rendre des services, surtout quand ça concernait le petit dernier de la famille. Marchant résolument derrière Blake, Harper ajouta d’un ton un peu inquiet « Tu vas pas me faire porter ces machins-là ? » Elle désigna les chaussures de Blake avec les yeux, grimaçant douloureusement en imaginant ses orteils compressés dans ces engins de torture, alors qu’ils étaient confortablement molletonnés dans les baskets qu’elle avait actuellement aux pieds.


Dernière édition par Harper E. Pritchard le Jeu 16 Oct - 13:51, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: 06. It's not right but it's okay   06. It's not right but it's okay EmptySam 11 Oct - 1:40

Harper avec un H s’entendait visiblement très bien avec Juan et Blake se demandait intérieurement si elle allait bientôt devoir prononcer leur union ou jouer les marraines ou même les bonnes fées. Hmm… Peut être pas, et puis autant que la jeune fille s’entende bien avec tout le personnel, les choses seraient sans doute un peu plus vivables. Mais selon Blake, tout le monde était absolument adorable au cabaret, bien sûr il y avait toujours les petits soucis internes pour savoir qui allait prendre la suite sur scène ou qui avait osé piquer la meilleure tenue ou les collants d’une autre… Des détails mineurs pour la blonde et puis lorsqu’il s’agissait de présenter le cabaret, elle préférait, tout comme une mère en fait, n’évoquer que les aspects positifs et montrer à Harper de quelle manière sa vie allait changer si elle les rejoignait. Blake et tous les autres gens un peu spéciaux qui travaillaient déjà au cabaret. Personne ne travaillait ici juste par amour de la scène ou même du chant ou juste pour la performance, tout le monde avait une histoire, tout le monde avait un nom dans la tête de Blake et April ne serait pas la première et forcément pas la dernière. Et comme à chaque fois, la blonde sortait le grand jeu. Elle tourna la tête, ravie de constater qu’Harper la suivait, Blake avait déjà oublié son imminente gueule de bois avec juste un café et quelques olives et tous les problèmes lui paraissaient petits et elle haussa simplement les épaules alors qu’Harper lui informait de possibles imprévus. « Je comprends, mais tu verras avec les filles pendant ton service, ça peut vite devenir bondé ici, mais en général le coup de feu commence à minuit, ou même une heure du matin donc au début c’est plutôt calme. » Et puis, ils avaient tout de même une clientèle un peu particulière, comparé à l’ancien métier de Blake, ils accueillaient de la royauté tous les soirs mais il ne fallait pas se leurrer et le client lambda était surtout là pour se rincer l’oeil et moins pour consommer. Soit, Blake pouvait vivre avec, mais elle n’hésitait pas du tout à dire aux serveurs et aux serveuses de sourire et de… c’était quoi le terme? Inciter à la consommation? Non, cela faisait complètement vulgaire, légèrement aiguiller le client dans la bonne direction était le meilleur terme vraiment.

Harper n’allait pas y arriver en basket ou même dans son short, dieu merci elle était jolie, se dit Blake, ça ferait tout de suite beaucoup moins de travail et oui, cette remarque était complètement superficielle mais c’était comme ça que le monde du spectacle fonctionnait et donc ainsi que Blake fonctionnait. Elles finirent enfin par arriver à destination, Blake se faisant une note mentale de faire visiter les coulisses plus en détail à Harper. Ce n’était pas si grand que cela mais autant ne pas confondre les vestiaires avec les toilettes pour employés et vice-versa, cela lui ferait gagner beaucoup de temps. Blake se retourna enfin, appuyée contre une porte, un sourire sur les lèvres. « Et ces machins comme tu dis vont devenir tes nouveaux meilleurs amis Harper avec un H. » Ceci étant dit, elle poussa la porte, révélant ainsi le grand fouillis du cabaret comme Blake l’appelait mais qui n’était vraiment qu’un immense dressing rempli de costumes et autres accessoires. Certains de ces habits et autres tenues de scène avaient été laissés là par l’ancien propriétaire, dès fois d’autres pièces venaient s’ajouter à la collection et d’autres disparaissaient, la plupart du temps à cause de Blake qui ne pouvait pas résister à l’idée d’emmener quelque chose chez elle. Elle tira Harper au milieu des cintres de vêtements, ne cachant pas son excitation à l’idée de lui trouver quelque chose de plus adéquat pour sa nouvelle serveuse. Blake aurait peut être dû lui expliquer sa grande passion pour les vêtements et pour le shopping de manière générale, mais c’était plus simple à montrer. Que ce soit au cabaret ou dans la vie de tous les jours, Blake ne s’habillait pas, elle se déguisait, ce qui expliquait bien souvent les perruques ou le fait qu’elle passait des heures devant son miroir à élaborer une histoire qui tenait la route. Juste parce qu’elle pouvait le faire et que c’était beaucoup plus marrant ainsi. Blake attrapa un boa à plumes noires qui passait devant ses yeux alors qu’elle parcourait déjà la pièce du regard et elle le passa autour de son propre cou avant de venir poser un haut de forme sur la tête d’Harper. Pourquoi pas un peu d’originalité après tout? Non, peut être pas. En parlant de chaussures…

« Je ne suis pas un tyran on va commencer tout doucement, tiens, trois centimètres ça devrait aller. » Blake venait encore de s’avancer vers Harper, une paire de talons noirs également dans la main, le message plus que clair. C’était très certainement la seule chose que Blake lui imposerait, la seule, de toute façon, les horaires et les règles n’existaient pas vraiment au cabaret, à part sur scène pour créer une illusion de parfaite harmonie, mais sinon… Chacun vaquait tranquillement à ses occupations pour le meilleur et pour le pire. Blake était déjà partie à la recherche de quelque chose d’autre, histoire de trouver des habits qui correspondrait à Harper. « Au fait, c’est ta couleur de cheveux naturelle?» Elle demanda cela très distraitement alors que son regard venait de se poser sur une robe rouge, Blake ne perdit pas un seule instant et l’enfila le plus naturellement du monde, ravie de voir qu’elle lui allait. Peut être un peu trop près du corps mais… Non se dit la blonde, c’était parfait.  « Parce que si tu ne veux pas qu’on te reconnaisse, tu as le choix ici, tu peux devenir qui tu veux. Vraiment.» Elle montra d’un signe de tête les perruques qui se trouvait là. Harper n’était pas obligée d’être Harper c’était bien ça que Blake voulait lui faire comprendre, une fois qu’elle était ici, elle pouvait laisser tomber les mensonges et les questions existentielles à la porte, servir les tables, récupérer ses pourboires et sa paye et ce sans que personne ne le sache. C’était permis ici.  « Tu devrais essayer quelque chose toi aussi et… » Le regard de Blake se posa un instant sur une tenue de soubrette puis sur Harper, juste quelques secondes de trop. « Non je plaisante. Essaye plutôt ça.» déclara la presque trentenaire avant de tendre une jupe noire bien droite et légèrement fendue sur le côté à Harper ainsi qu’un chemisier blanc juste une taille en dessous, Blake se disant que mettre la poitrine de cette chère April en valeur pouvait être un bon atout.  « Très sincèrement tu peux t’habiller comme tu veux, il faut que ce soit un minimum… attractif, mais pas trop. Le but c’est d’avoir des pourboires, pas des mains aux fesses. Enfin personnellement je n’ai jamais compris la différence entre les deux donc. » Blake haussa les épaules, honnête pour une fois.

« Des questions? »
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Harper E. Pritchard
Not everybody just gets to blurt out how they fuckin’ feel every minute
Age : 20 ans
Occupation : Employée à mi-temps à la Lima Station, étudiante au Lima Health Sciences Program de l'Ohio State University
Humeur : Déstabilisée
Statut : En couple avec Jamie Ainsworth
Etoiles : 5836

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Chanson préférée du moment : BEYONCE – XO
Glee club favori : Je me fiche totalement des chorales
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MessageSujet: Re: 06. It's not right but it's okay   06. It's not right but it's okay EmptyDim 12 Oct - 15:30

« Je suis pas douée pour me faire des amis. » rétorqua Harper d’un ton monocorde, tout en continuant de fixer sans ciller les pieds de Blake, lorsque celle-ci lui fit comprendre qu’elle serait en effet obligé de porter des talons. Probablement que lui annoncer qu’elle deviendrait la meilleure amie d’un outil de torture n’était pas le moyen le plus judicieux de la convaincre de la nécessité de la chose. À vrai dire, Harper avait beau être sportive et taillée pour les exploits dans ce domaine, elle n’avait pas confiance en son équilibre quand il s’agissait de transporter des verres à cocktails sur un plateau, alors qu’on la forçait à évoluer sur des échasses. Sans oublier que son chemin serait semé d’embûches qu’on appelait « clients ». Ces chaussures lui donnaient déjà envie de râler rien qu’en les imaginant à ses pieds, valait-il mieux ne pas se demander ce que ça serait quand elle les chausserait pour la toute première fois. Car avec toute la bonne volonté du monde, Harper ne voyait pas trop comment elle allait pouvoir supporter le caractère réglementaire du port des talons. Non seulement, elle avait du mal avec l’autorité dont on l’allouait ; lui ordonner de faire quelque chose qu’elle détestait, c’était signer un arrêt de mort. Mais en plus, ce n’était pas comme si elle avait besoin de gagner des centimètres, se trouvant dans une moyenne raisonnable d’après les statistiques, ni même de gruger pour gainer son corps entretenu par des années de courses de fond. Harper fronça le nez, dégoûtée.
Après tout, elle avait enfilé des escarpins deux fois cette année, et d’après le dicton, jamais deux sans trois ; jamais trois sans quatre, et ainsi de suite. Haussant les épaules, cessant de lutter avec le triste sort que lui réservait le destin, non sans emprunter une moue dubitative qui fit remonter ses pommettes colorées par son footing matinal, l’adolescente roula des yeux, manifestement exaspérée, emboîtant le pas à sa future patronne qui disparut derrière une porte. S’arrêtant au seuil de celle-ci, les yeux d’Harper s’arrondirent face à la vision qui se soumit brusquement à elle. Il devait y avoir des centaines de costumes dans cette pièce étroite, et chacun d’entre eux servaient sûrement à un numéro spécifique du cabaret. Jamais auparavant Harper n’avait été confronté à autant de vêtements, de matières différentes, de plumes et de paillettes. Le dressing des femmes de la pension Preston était loin de pouvoir rivaliser avec l’amas d’habits qu’elle voyait s’entasser dans chaque recoin de ce placard géant ; pourtant, Harper avait été plus qu’impressionnée par les pièces que certaine des locataires, Lexie en premier lieu, avaient en leur possession.

Ici, il n’était pas question de vêtements de ville ou de robes vaguement chic, mais d’ensemble scintillants, et même de perruques classiques ou colorées, toutes posées avec soin sur des têtes en polystyrènes qui firent froid dans le dos à Harper. Ces têtes sans yeux ni contours lui rappelaient l’ambiance d’un mauvais film d’horreur qu’elle avait vu avec Jamie au vieux cinéma du centre-ville, si bien qu’elle n’osa pas s’engager dans la pièce sur le moment. Ca l’avait fait beaucoup rire pendant le visionnage du navet en question, mais maintenant qu’elle était confrontée à la réalité d’une atmosphère angoissante, voire étouffante, tant les vêtements étaient éparpillés, elle se souvint de la façon avec laquelle l’héroïne du film avait été massacrée par des bibelots qu’elle pensait sans vie. Blake quant à elle, semblait plus que jamais dans son élément, et quand elle lui tendit des talons de trois centimètres, Harper ne la mit pas au courant qu’elle avait déjà tenté les douze, et qu’elle s’en était plutôt bien sortie – si on omettait le fait qu’elle avait profité d’être assise loin de l’assemblée pour se déchausser discrètement. Ceci étant, si elle se souvenait bien de ce que Lexie lui avait dit lors de son relooking express avant le faux mariage de sa sœur, des talons n’étaient pas des talons quand ils ne dépassaient pas les douze centimètres. Enchantée d’être prise pour une débutante, Harper savoura sa petite victoire. Rengorgée par cette dernière, elle osa faire quelques pas dans l’allée, se retrouvant entourée de part et d’autre de costumes embaumant la poussière et le renfermé.

Plantée gauchement entre les différents portemanteaux, Harper retourna son minois contrit vers Blake pour lui répondre aussitôt.
« Oui, je suis blonde. J’ai été brune à un moment, c’était bizarre. » Pas tant que ça, Harper s’aimait bien en brune ; parce que ses yeux paraissaient plus bleu, et son visage moins poupin ; qu’elle ressemblait un peu moins à sa mère, et que ses frères détestaient ça. Mais clairement, ça lui permettait de dépenser beaucoup moins d’argent d’entretenir sa tignasse blond cendré qu’elle se contentait de laver, voire de peigner, quand elle y pensait. Sans préméditation, elle tritura la longueur de sa frange qui dépassait sur son front et qui avait bien besoin d’être coupée, pendant que Blake lui faisait un pamphlet sur l’identité.
Ce serait sans aucun doute difficile pour elle, mais Harper assumerait son choix de travailler dans cet endroit. Elle n’aurait pas besoin de perruque pour cacher son véritable visage aux clients du cabaret, elle ne se sentirait pas à l’aise de toute façon. Porter des vêtements qui ne faisaient pas partie de sa garde-robe personnelle représentait à ces yeux une sorte de déguisement de toute façon, mais elle jugea qu’il ne valait mieux pas en informer la jeune femme qui revêtit une robe rouge faite pour elle. Détournant les pupilles après un instant, Harper pivota sur ses pieds pour venir frôler du bout des doigts une rangée de bustiers pailletés – typiquement le genre de choses qu’elle ne pourrait jamais porter. Elle se mura dans un silence distrait.

Se laissant surprendre par la voix de Blake, perdue dans la contemplation des tissus fluides qu’elle faisait lentement glisser sous la pulpe de ses doigts, Harper attrapa avec un temps de retard la tenue qu’elle lui proposait. Calant sa paire de chaussures sous son bras droit, Harper suréleva l’ensemble devant ses yeux gris, et grimaça devant la fente de la jupe qui lui semblait déjà assez courte pour avoir en plus besoin d’être fendillée de la sorte. Estimant la taille du haut blanc qui faisait l’ensemble, elle se rendit compte, loin d’être une experte pourtant, que sa poitrine ne passerait jamais dedans sans qu’on l’enduise d’abord d’un corps gras – cette image lui fit secouer vivement la tête. Coulant un regard vers sa locutrice, elle s’apprêta à lui dire que la taille était beaucoup trop juste, mais les propos de la patronne lui firent faire un bond en arrière mental. Harper savait évidemment ce qu’attractif voulait dire, mais elle n’avait visiblement pas la même définition du mot que la moitié des habitants de cette planète. Si on lui demandait son avis, elle se trouvait très bien comme elle était avec ses shorts, ses crop-tops, ses t-shirt loose et ses chemises à carreaux, pièces maîtresses de son placard. Pas qu’elle se trouvait particulièrement jolie, en vérité, elle n’y faisait pas attention, et l’éventualité même qu’elle soit obligée d’estimer son potentiel beauté la mettait encore plus mal à l’aise que toutes ces têtes sans visage qui bordaient l’allée, et qui étaient tournées dans sa direction. Et puis, les précisions de Blake la laissèrent perplexe ; elle tentait de la rassurer en lui disant que les mains aux fesses n’étaient pas un gage de pourboires, mais en même temps, elle lui laissait sous-entendre que ce n’était pas si grave si elle en venait jusque-là pour en obtenir davantage – du moins, ce fut de cette façon que Harper le traduit, et en dépit du fait qu’elle manquait cruellement d’expérience, elle était loin d’être stupide au point de se méprendre sur les allégories de sa future employeuse.

Soudain, Harper glissa son regard éteint sur l’horloge accrochée au mur droit en face d’elle. Elle profita de la perche offerte par la trotteuse qui n’allait pas tarder à atteindre l’heure qu’elle s’était fixée pour rentrer chez elle, et faisant de fait un signe de dénégation de la tête quand Blake lui demanda si elle avait des questions, Harper lui répondit :
« Je vais devoir y aller, je les essayerai chez moi. » Elle montra la tenue qui lui avait été attribuée, puis les talons qu’elle enleva de sous son bras. Une seconde de flottement s’installa, mais rapidement, Harper s’activa, et c’est en baissant la tête qu’elle rebroussa chemin. Arrivant bientôt près de la porte, elle sentit le casque qu’elle portait autour du cou exercer une pression désagréable sur sa nuque, puis sur sa gorge, comme si son étau se resserrait au fur et à mesure qu’elle prenait conscience de la finalité de cet entretien. Amorçant sa sortie, Harper fléchit les genoux, mais s’arrêta à la dernière minute pour jeter un coup d’œil par-dessus son épaule. Sollicitant Blake une dernière fois, elle lui demanda « Je commence quand ? »
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MessageSujet: Re: 06. It's not right but it's okay   06. It's not right but it's okay EmptySam 18 Oct - 12:49

Blake ne s'attendait pas vraiment à ce qu'Harper avec un H ait des questions et même si elle en avait, elle n'oserait probablement pas les formuler, certainement pour laisser croire à Blake qu'elle maîtrisait parfaitement la situation. Qu'elle faisait partie des adultes et qu'elle pouvait être une professionnelle. Blake avait envie de lui dire que la plupart des gens de son âge à elle n'avait pas la moindre idée de ce qu'ils fabriquaient, ils essayaient et ils regardaient par dessus leur épaule pour voir ce que faisaient les autres. Histoire de se rassurer… Cela n'avait jamais été le cas pour Blake, elle n'avait jamais voulu copier quelqu'un d'autre et toutes ses hésitations et ses doutes avaient depuis longtemps été enterrés et enfouis au plus profond d'elle-même pour ne laisser place qu'à un sourire ou même l'expression qu'elle abordait en ce moment. (Et ce, même si la dite expression était plus dûe aux effets de l'alcool qu'autre chose mais soit...) Harper lui rappelait un peu elle en ce moment, un peu jeune et déjà prête à assumer beaucoup plus qu'elle ne devrait. Blake aurait sans doute trouvé un meilleur mensonge mais Harper devait avoir quoi… Dix sept? Dix huit ans tout au plus, dix neuf si on omettait l'air qu'elle avait pris en voyant Blake arriver avec sa paire de talons aiguilles.

Relax, avait eu envie de lui dire Blake, they don't bite, trust me. Mais là encore c'était un mensonge et elle ne se souvenait que trop bien de l'état de ses pieds la première fois qu'elle avait voulu jouer les grandes filles, et ce, dans tous les sens du terme. Elle s'y habituerait pas vrai…? Quoi qu'il en soit, Harper elle devait avoir fini le lycée il y a quelques mois et la logique aurait voulu qu'elle songe à se diriger vers l'université et pas dans l'endroit le plus répréhensible de Lima, là encore, ce n'était que des suppositions et Blake ne la connaissait pas, elle ne pouvait pas dire à la jeune fille qu'elle comprenait et qu'elle était passée par là. C'était bien beau d'avoir des rêves mais ce n'était pas avec des rêves qu'on pouvait payer son loyer ou même avoir de quoi se nourrir et encore moins se payer une année dans l'université de ses rêves. Sauf que Blake aurait bien voulu qu'on la prévienne et qu'on lui le dise avant qu'elle ne revienne dans sa ville natale, persuadée qu'il ne suffirait que d'un simple claquement de doigt pour avoir un diplôme et ensuite un job. La réalité était tout autre.  

Elle esquissa un autre sourire alors que la jeune fille lui disait vouloir essayer tout ça chez elle, voilà, se dit Blake, entendant la voix de sa mère dans sa tête, tu l'as effrayée et maintenant elle a envie de partir. La blonde haussa les épaules intérieurement se disant que toute cette petite histoire c'était très bien terminé pour Harper au final. Si Blake avait été un peu plus réveillée et avec sa carte de crédit dans les mains, elle aurait très certainement insisté pour se rendre à Columbus pour aller voir un vrai coiffeur histoire de couper un peu les cheveux d'Harper, elle aurait également voulu dévaliser un magasin pour l'habiller de la tête au pied et lui acheter des chaussures. Non vraiment… Blake n'était pas réveillée, elle commençait tout juste à l'être et Harper amorçait sa "fuite" non pardon son départ... au bon moment. "Oui, et puis comme je te l'ai dit, tu peux venir habillée comme tu veux, j'insisterai juste pour les chaussures." Blake ressentait le besoin d'insister sur ce détail, chose qu'elle fit en conservant son sourire, imperturbable jusqu'au bout de leur conversation et évidemment, mettant toujours un point d'honneur à être parfaitement en contrôle de la situation. C'était typiquement Blake ça, peu importe, qu'elle s'adresse à son banquier, ses employés ou même la caissière du supermarché du coin, elle avait besoin de sentir que c'était elle qui tirait les ficelles. Complexe d'infériorité? Certainement, mais là encore, cela faisait parti de tout ce qu était enfoui bien loin.

"Mais tu as déjà commencé…" répondit très naturellement Blake, avant de croiser les bras sur sa poitrine. Pas de doute qu'elle garderait un oeil sur Harper de loin, pour s'assurer que les quelques habitués du cabaret la traitaient bien. Et puis, Blake avait hâte de la voir se fondre dans cet environnement de nuit, au moment où les règles n'existaient plus vraiment.  "Plus sérieusement, si tu as le temps de passer dans la semaine pour signer ton contrat ou autre, je ferai en sorte qu'il soit à l'accueil au cas où je ne suis pas là, comme ça tu n'auras qu'à le signer. Tu peux également demander à notre cher Juan de te faire visiter les lieux, je m'en voudrais beaucoup si tu te perds. Ce n'est pas très grand mais on ne sait jamais pas vrai…?" C'était bien ça que Blake aimait dans son métier, aucun moyen de prévoir ce qui allait se passer. Un instant elle était en train de dormir sur un bar et la minute suivant en train d'engager quelqu'un.

Ne perdant rien de son sérieux, Blake s'empara d'un tube de rouge à lèvres qui traînait là et elle n'hésita pas un seul instant à écrire son numéro de téléphone en rouge criard sur l'avant bras d'Harper. "Et en cas de soucis, n'hésite pas à m'appeler. Même si c'est en 4 heures du matin, je décroche toujours." C'était bien la vérité, elle ponctua sa phrase par une petite tape sur l'épaule d'Harper, avant de la dépasser, retournant au bar. "Oh and be a dear and close the door behind you, that'll be nice."

Topic terminé.
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