Choriste du mois


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 06. The fault in our stars

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Timothy Ainsworth
I don't give a damn 'bout my bad reputation
Age : 25 ans
Occupation : Prof de guitare à domicile, travaille dans un foyer de groupe, chanteur du groupe Against The Odds
Humeur : Sérieuse
Statut : Autre moitié fiancée d'Ainston
Etoiles : 4932

Piece of Me
Chanson préférée du moment : This is gospel - Panic! At The Disco
Glee club favori : Ne se prononce pas
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MessageSujet: 06. The fault in our stars   06. The fault in our stars EmptyMer 10 Sep - 17:30

Le stress était retombé aussi vite qu'il avait été soudain. Lorsque les dernières notes du groupe qui les précédait s'étaient évanouies dans un torrent d'applaudissements, Tim avait brutalement réalisé que c'était à son tour de se produire sur scène. Si la perspective était des plus alléchantes, elle n'en demeurait pas moins angoissante, parce qu'à chaque fois qu'il s'ouvrait aux autres en musique, Tim avait toujours peur d'essuyer la même indifférence que celle qu'il combattait à son adolescence. Malgré des noms plus ou moins saugrenus, les groupes qui s'étaient succédé sur la scène ces trois dernières heures avaient fait preuve d'une remarquable qualité. Une qualité dont Tim se serait délecté s'il était lui aussi une tête parmi d'autres dans la foule, mais qui dans cet esprit de compétition inopportun, n'était qu'une source d'angoisse supplémentaire. Robbie et Ryder faisaient eux preuve d'un flegme communicatif, si ce n'étaient les regards furtifs et incessants qu'ils jetaient entre deux rictus au premier rang amassé devant la scène. Figés en bas de l'estrade, le groupe attendait fébrilement que les planches soient débarrassées, et lorsqu'enfin leur nom fut annoncé ils se jaugèrent tous du regard avant de grimper avec une nonchalance de rock star les marches qui menaient au podium. La batterie d'Alex avait été disposée discrètement au préalable, lorsque le groupe précédent s'affairait encore à gratifier son public d'une théâtrale révérence. Quant au reste des instruments, ils pendaient allègrement aux bras de leurs possesseurs : deux guitares et une basse, respectivement pour Tim, Ryder et Robbie. Postée dans un coin de la scène, à l'abri des regards du public, Taleen encourageait le groupe à grands renforts de signes anarchistes et de tirage de langue. Amusé, Tim en oublia instantanément les doutes qui avaient bien pu l'habiter quelques secondes plus tôt. Curieusement, son angoisse ne s'était pas amplifiée à la vue du nombre impressionnant d'yeux inquisiteurs fixés sur lui. Au contraire, la lueur réceptive qui brillait dans leurs regards était la plus infatigable des énergies.

Tout compte fait, Tim n'avait plus eu l'occasion de contempler la scène de ce point de vue depuis l'échec des Awesome Voices aux Nationals de l'an dernier. Il en avait même oublié à quel point la chaleur qui se dégageait du public était délicieusement enivrante. Machinalement, son regard avait balayé l'assemblée lorsqu'ils avaient tous pris place, et ce fut avec une affliction voilée qu'il reporta son attention sur sa guitare avant de s'emparer du micro. Comme si sa déception et son stress n'étaient plus que de vagues souvenirs, il s'approcha du rebord pour amorcer leur mini concert. "Comment ça va ce soir Lima Beaaaach ?!" lança-t-il en éloignant progressivement le micro pour prendre la température de l'ambiance. La réception fut incroyablement démesurée. Tim, qui s'attendait habituellement à retourner à la charge, en fut agréablement étonné. "Vous avez encore de l'énergie à revendre à ce que je vois. Ça tombe bien nous aussi." dit-il en signifiant à Alex d'entamer le tempo. A cet instant, Tim n'était même plus certain d'avoir un jour remis en question leurs capacités. Le comble, lorsqu'on savait que le stress ne l'avait quitté depuis qu'il avait posé les yeux sur la scène montée pour l'occasion. Lorsqu'il était en possession du micro, il se sentait pousser des ailes. Paradoxalement c'était là qu'il était le plus vulnérable, et pourtant il avait plus que jamais l'impression d'avoir le contrôle sur sa vie, ses sentiments, et ceux des autres. Il était définitivement un autre homme, celui qu'il rêvait d'être tous les jours : intrépide, confiant, démonstratif. Même s'il se sentait plus à l'aise en acoustique, Tim aimait aussi les effusions de guitare et les rythmes tapageurs. C'était sa thérapie à lui contre la colère, et ce soir il n'était pas question d'attendrir le public mais bel et bien de le divertir jusqu'à lui faire bourdonner les oreilles. Leur playlist avait été minutieusement préparée. Chacun avait proposé un titre soumis par la suite à un vote des plus démocratiques. Rien à voir avec la monarchie imposée par Megan Morgan.

Mais c'était sans compter sur la présence d'Anna. A peine avaient-ils terminé leur premier morceau qu'il avait vu sa silhouette se mouvoir à la dérobée dans la mer agitée de bras et de bruit qui ondulait devant leurs yeux. Il ne s'était pas attardé sur elle, parce qu'il sentait à sa façon de se déplacer qu'elle essayait de se soustraire à son regard tout en le gardant à l'œil. C'était tout elle, fière jusqu'au bout pour ne pas jouer les groupies hystériques. L'idée l'avait effleuré un instant qu'elle était venue pour lui, mais il s'était rapidement souvenu que Lexie se produisait aussi, et qu'elle avait sans doute été trainée de force par ses colocataires de la Pension. Pourquoi restait-il si naïf ? Ils ne s'étaient plus adressé la parole depuis des mois. Même pour l'entourage du couple cette rupture avait comme un goût d'irréparable, et ce malgré toutes les tempêtes qu'ils avaient bien pu traverser. Pourtant, porté par son éphémère entrain, Tim se surprit à profiter de l'interlude pour investir le synthétiseur et exiger un changement de programme. Il avait montré la foule de la tête, et Ryder et Robbie avaient immédiatement compris. Leur coopération était aussi surprenante qu'émouvante, et au fond de lui Tim se promit de ne plus être aussi catégorique envers leurs choix. De toute évidence, leur lien s'était consolidé à cet instant précis, même si Alex demeurait quelque peu décontenancée par leur jeu de regards. Tim ne s'encombra pas d'une introduction, parce que le monde n'avait pas besoin de savoir que cette chanson lui était dédiée à elle. Elle le saurait. Même si elle tentait de s'échapper, même si croiser sa silhouette dans la foule n'avait été qu'un malheureux hasard pour elle, elle ne pourrait l'ignorer. (Mayday Parade - Memory)

She is everywhere I go
Everyone I see
Winter's gone and I still can't sleep
Summer's on the way
At least that's what they say
But these clouds won't leave

Walk away
Barely breathing
As I'm lying on the floor
Take my heart
As you're leaving
I don't need it anymore ♫


Les premières notes de synthé sonnaient déjà comme un aveu. Ce n'était un secret pour personne, Tim avait beaucoup trop de mal à mettre des mots sur ses sentiments. Anna le savait mieux que quiconque. La musique lui avait toujours servi à se confier sans avoir peur d'être tourné au ridicule. Il pouvait toujours plaider le divertissement lorsqu'il s'ouvrait à demi-mot dans une chanson, mais la perspective de ne pouvoir revenir en arrière dans une véritable conversation l'angoissait plus que celle de l'échec. Il savait qu'il devait y travailler, mais pour l'heure il était vulnérable et intrépide à la fois. Il était lui et celui qu'il rêvait d'être.

This is the memory
This is the curse of having
Too much time to think about it
It's killing me
This is the last time
This is my forgiveness
This is endless ♫


Tim avait toujours trouvé incroyable la richesse émotionnelle du répertoire musical. Il adorait écrire et composer, mais au fond il était bien conscient que quelque part, quelqu'un d'autre avait mis des mots et des notes sur ses propres sentiments. Cette chanson aurait très bien pu être de lui tant elle semblait sincère et empreinte de vérité. Anna ne pourrait y être insensible, et sûrement l'aurait-il su s'il ne pouvait s'empêcher de fermer les yeux pour, ironiquement, mieux pouvoir la visualiser.

Now spring has brought the rain
But I still see your face
And I can not escape the past
Creeping up inside
Reminding me that I
Can never bring you back

This is the memory
This is the curse of having
Too much time to think about it
It's killing me
This is the last time
This is my forgiveness
This is endless

This is endless [3x]
Someone help me
'Cause the memory
Convinced itself to tear me apart
And it's gonna succeed before long

This is the memory
This is the curse of having
Too much time to think about it
It's killing me
This is the last time
This is my forgiveness
This is endless
This is endless

Someone help me
'Cause the memory
Convinced itself to tear me apart
And it's gonna succeed before long
(This is endless)

She is everywhere I go
Everyone I see
But these clouds won't leave ♫


Lorsqu'il rouvrit enfin les yeux, elle n'était plus là. C'était comme perdre soudainement de vue ses repères, et Tim ne put contrôler le vertige dont il était soudainement pris. Heureusement il était demeuré assis, et rapidement il parvint à se ressaisir tandis que le public, contre toute attente, continuait à les acclamer. La dernière chanson se déroula comme prévu, plus entrainante que la précédente pour ne pas abandonner la foule sur une note d'amertume. C'était plus par respect pour le groupe qui était supposé prendre la relève plutôt que par excès de compassion. Si Tim avait aperçu Anna plus tard, nul doute qu'il aurait tout de même joué la carte des regrets, quitte à grignoter un peu sur le temps des autres pour remotiver les troupes avec un son plus dynamique. Après une révérence, le groupe descendit à son tour de son piédestal pour retourner parmi les mortels. Tous étaient apparemment très heureux du résultat, ils avaient passé haut la main l'épreuve fatidique du premier concert. Désormais, ils savaient qu'ils avaient plus d'avenir qu'ils n'avaient bien pu le présager au départ. Non sans s'excuser, Timothy disposa un moment, bien déterminé à retrouver Anna dans la cohue. Autant dire que la mission était impossible, et s'il avait eu la chance de la croiser par hasard la première fois, Tim savait qu'il avait déjà usé de sa bonne fortune pour la semaine. Il extirpa son portable de sa poche et lui demanda plutôt de le rejoindre près de la rivière, où quelques téméraires se baignaient encore en grelotant. Il s'assit paresseusement sur le sable, le regard perdu sur la surface de l'eau, trop occupé à scruter le reflet de la lune pour penser à l'éventualité que, peut-être, elle ne le rejoindrait jamais.
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Anna L. Preston
You cannot find peace by avoiding life.
Age : 27 ans
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MessageSujet: Re: 06. The fault in our stars   06. The fault in our stars EmptyVen 12 Sep - 2:49

Imaginer qu'Anna ne brûlait pas d'envie de voir comment Tim allait se débrouiller sur scène était un leurre. C'était secrètement tout ce à quoi elle pensait depuis qu'elle était arrivée à Lima Beach.
Pourtant, quand Against the Odds fut annoncé comme le prochain groupe à passer, elle se mit a respirer plus bruyamment.

***

La performance des Cherry Blooms avait été un succès. Les filles débordaient d'énergie, d'humour et de talent, même celles qu'Anna jugeait -avec raison- un peu trop coincées à son goût.
Quand Lexie les avait rejoints après voir quitté la scène, le petit groupe formé par les membres de la Pension s'était retrouvé, agrémenté de deux ou trois pièces rapportées, certaines simplement de passage pour un verre et d'autres qui rentreraient certainement à la maison avec eux : les voitures étaient limitées et le covoiturage serait de rigueur, ce qui donnerait des acoquinements détonants.
Tandis que tout ce petit monde ne tarissait pas d'éloges sur la performance de Brittany, Lexie, Christabella et les autres, Anna avait embrassé sa sœur avec retenue, mais sans cacher un sourire de fierté qui en disait long.
En toute logique, la jeune femme aurait pu continuer la soirée à leurs côtés, à rire, se taquiner, boire à la santé des uns et des autres, mais elle n'avait pu s'empêcher de garder les yeux et les oreilles sur le programme de la soirée, tressaillant à chaque dernière note de guitare, aux premiers grésillements de micro et à chaque fois que revenait la musique d'ascenseur qui marquait la pause nécessaire aux ajustements techniques entre deux groupes.

Elle n'était pas venue ce soir pour le voir. S'il avait voulu de sa présence, il le lui aurait signifié. Après tout, elle n'avait eu vent de l'existence de leur groupe qu'au passage inopiné de Ryder à la Pension un soir. Le guitariste et ami de la famille n'avait pas insisté en sentant la jeune femme se crisper, et J.J. avait aussitôt détendu l'atmosphère en expliquant que Lexie et les Spice Girls de Lima se livreraient également à une petite représentation, certainement mémorable, le soir de ce concours.
Anna avait alors décidé d'ignorer cette information, comme elle ignorait l'évidence qu'il faudrait un jour reconnaître la fin d'Ainston, et ce malgré les nombreux rappels qui traînaient sous forme de flyers et autres prospectus promotionnels laissés par sa sœur sur la table du salon, le miroir de la salle de bain, l'entrée du gîte, etc.

Le petit groupe d'amis se dispersait et se retrouvait au gré des mouvement de foule, des allers-retours des uns et des autres ou des tournées à aller chercher au bar. L'aînée des Preston venait de ramener une énième bière à J.J. quand le silence qu'elle redoutait s'installa. Le frémissement du public, impatient de découvrir le son et les visages des nouveaux arrivants annonçait leur entrée imminente. Un coup de coude éloquent de Madeleine la déconcentra et elle ne repéra Tim qu'une fois ce dernier parvenu au milieu de la scène et prêt à conquérir la foule. Elle se détourna pour être à demi-cachée par sa colocataire et regretta immédiatement de porter ses cheveux détachés. Tache rouge parmi l'audience, elle était presque reconnaissable entre mille, surtout à la vue de celui duquel elle souhaitait se dérober.
Dès qu'il s'adressa au public, un large sourire se dessina sur le visage de la jeune femme, presque tapie derrière Madeleine et la conforta dans l'idée que Tim, quoi qu'il fasse, n'était jamais aussi à l'aise que sur scène, une guitare à la main.
Le groupe fondé avec Ryder et Robbie, association aussi inattendue qu’inespérée, comme l'indiquait si bien leur nom, ne pouvait manquer de fonctionner. Trois beaux et talentueux jeunes garçons, connus de nombreux habitants de la ville, leur bagout et leur énergie à revendre, soutenus par le rythme et la puissance du batteur. Ou de la batteuse plutôt ? Sa hâte de se dissimuler aux regards avait empêché Anna de bien voir mais elle avait tout de même distingué une silhouette féminine et déterminée se glisser derrière les cymbales, ce qui avait inévitablement provoqué chez elle désapprobation et inquiétude. Des deux, elle était pourtant la moins bien placée pour jouer la carte de la jalousie.

Tout à coup, la jeune femme manqua d'air et indiqua d'une pression de la main à Maddie qu'elle allait bouger. Elle ne voulait pas rater la performance, non, simplement s'en détacher. Le public ondulait au rythme de la musique et se déplacer n'était pas chose aisée. Évitant de jeter des coups d’œil trop insistants, elle ne pouvait s'empêcher de dévorer le surveillant du regard dès que sa silhouette se dessinait entre deux spectateurs. Elle sentit son regard se poser sur elle et elle essaya de se dégager de la foule encore plus rapidement. Elle parvenait à peine à franchir le dernier mur humain qui la séparait de l'allée qui menait au bar quand le groupe entama sa deuxième chanson, marquant un changement radical de ton.
Anna ne connaissait pas la chanson et Tim ne l'avait pas introduite, pourtant il ne laissait pas la place au doute : elle lui était toute adressée. Chaque mot, chaque riff sonnait comme un écho de leur propre histoire. La photographe se méfiait cependant de son égo surdimensionné et refusait de se laisser aller à un quelconque espoir.
Inspirant profondément et se détournant définitivement de la scène, elle se fondit dans la foule. Derrière elle, la musique avait repris à un rythme plus soutenu, après les cris d'appréciation déclenchés par la ballade. Une fois installée le plus loin possible de l'agitation, elle envoya un message à sa sœur et à Madeleine pour leur indiquer sa position géographique.

Quand son téléphone vibra en retour, elle dut prendre le temps de relire plusieurs fois le nom de l'interlocuteur et le contenu du message. Elle regarda autour d'elle, comme si elle s'attendait à pouvoir l'apercevoir de là où elle se trouvait. Le groupe avait salué depuis quelques minutes déjà, elle l'avait compris aux tonnerres d’applaudissements certes, mais Tim n'était nulle part où elle pouvait le voir, il lui fallait donc suivre les indications de son SMS et se rapprocher de la fontaine. Omettant de prévenir la cavalerie de son changement de programme, elle quitta brutalement sa chaise en abandonnant son verre avant de se raviser, avalant finalement la moitié de son rhum d'un seul trait.

Entourant ses épaules d'un gilet léger, elle avança en direction du calme, croisant un flot de spectateurs de plus en plus clairsemé à mesure qu'elle se rapprochait de la fontaine et de l'eau.
Tim était assis près de la rivière et Anna sentit son cœur battre plus fort alors qu'elle arrivait à son niveau. Elle le contourna pour s’asseoir à côté de lui, ni trop près, ni trop loin et se plongea à son tour en silence dans la contemplation des reflets de la lune, ou dans ses pensées, elle ne savait plus trop tant la présence du jeune homme la déstabilisait. Saisie d'un éclair de génie pourtant, elle se tourna enfin vers lui et lui tendit la main en se penchant légèrement : "Anna Preston. Tu te rappelles de moi ? On a fait partie de la même équipe aux championnats du lycée à McKinley il y a des années... Go Team Sylvester ?!"
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Timothy Ainsworth
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MessageSujet: Re: 06. The fault in our stars   06. The fault in our stars EmptyMer 17 Sep - 0:39

Le bord de la rivière, à cette heure avancée de la nuit, était assiégé par le silence. Pour quiconque était en quête d'un petit coin de sérénité, loin de la foule galvanisée au rythme des accords de guitare, l'endroit était idéal. Pour Timothy, qui aurait bien eu besoin de distraction, la tentation de l'introspection était une perspective plus angoissante qu'alléchante. Dans sa solitude, il ne pouvait s'empêcher de se laisser petit à petit envahir par le doute. Il était indubitablement la personne la moins assurée qu'il connaissait, et pourtant il aurait sans mal pu affirmer qu'il n'avait jamais autant douté qu'à cet instant. L'anxiété qu'il avait bien pu expérimenter plus tôt, alors qu'il remettait en question la légitimité de leur groupe, était dérisoire comparée à celle qui s'immisçait pernicieusement dans son esprit, et lui nouait l'estomac. Avant qu'il ne puisse se concentrer sur le couple qui pataugeait gaiement dans l'eau, il avait déjà cédé à son pessimisme légendaire. Dans ces moments de pénible réflexion, il se surprenait toujours à se ronger frénétiquement les ongles. Un réflexe idiot qu'il aurait pu analyser comme une vaine tentative d'avoir le contrôle sur ses sentiments, mais dont la nature n'échappait plus à personne. Anna avait toujours eu le don de lui faire ressentir des émotions contradictoires. Le silence radio qu'ils s'étaient mutuellement infligés était de toute évidence le symptôme le plus révélateur du malaise que traversait leur couple. Si Tim se permettait encore d'utiliser le mot "couple" pour les qualifier, c'était justement parce que la crainte impérieuse de voir Anna le renier était la preuve que, foncièrement, il n'avait pu se résoudre à cesser de l'aimer. Tout était tacite entre eux. Leurs ruptures l'étaient, leurs règles, c'était même à se demander parfois si leurs sentiments ne l'étaient pas également. Poussant un soupir de désolation, Tim enroula ses bras autour de ses jambes repliées, avant de céder à l'appel de son portable. Il savait bien que le silence accablant qui s'abattait sur la plage n'avait pas pu couvrir les vibrations d'une potentielle réponse, mais c'était pourtant le seul espoir auquel il pouvait se raccrocher. C'était sa seule distraction, le seul moyen qu'il avait trouvé pour oublier, l'espace d'un instant infime, qu'il venait malgré lui de poser un ultimatum à Anna. Qu'il venait de mettre en jeu les seules certitudes qu'il nourrissait à l'encontre de leur réconciliation. Ce soir, il saurait définitivement si oui ou non il devait lâcher prise.

Leur couple avait traversé son lot d'obstacles. Même ceux qui les côtoyaient de loin ne pouvaient ignorer qu'ils vivaient au gré de leurs disputes, portés par la conviction qu'un jour ils finiraient par mieux se retrouver. Parce que les choses terminaient toujours ainsi. Du moins auparavant. Cet obstacle avait l'air bien plus insurmontable que les autres, et la boule au ventre qui le rongeait était bien la preuve que, contrairement à d'habitude, Tim n'était pas certain d'être encore digne d'eux. D'ordinaire, Anna et lui se trouvaient fatalement des excuses pour bafouer la confiance de l'autre, mais cette fois, leur séparation n'était pas le fruit de l'horloge interne de leur couple. Anna lui avait servi le prétexte sur un plateau d'argent, sans montrer le moindre signe de remord. Fier comme il était, Tim aurait pu jurer que jamais il n'aurait pu pardonner un tel écart de conduite, pourtant force était de constater que c'était à lui de se sacrifier sur l'autel de la dignité s'il espérait récupérer un jour le lien qui les avait si longtemps unis. Cette fois, tout était différent. Il n'était plus question de la pression extérieure qui s'exerçait sur leur couple ou de la désapprobation du monde entier. Le problème émanait d'eux et seulement d'eux. Ils en étaient la seule source - même si, Tim n'en doutait pas, Anna blâmait peut-être un peu Lexie et Madeleine d'en être les instigatrices - et cette situation inédite confortait Tim dans l'idée que leur histoire était définitivement terminée. Anna était peut-être même venue au bras de Tate ce soir, et avait vite fait de le pousser au sol lorsque son regard avait croisé celui de Timothy, pour mieux pouvoir se dérober par la suite. C'était drôle, parce que s'il en voulait énormément à Anna, une partie de lui lui intimait que son geste était comme un signal de détresse, une preuve douloureuse qu'il n'était plus à la hauteur de leur couple. Il était pourtant de ces gens formels qui condamnaient la tromperie comme le pire des sacrilèges. La donne changeait lorsqu'il n'était plus question de juger les autres mais qu'il s'agissait de tirer un trait sur des années de complicité.

Lorsqu'une ombre se projeta au dessus de lui, Tim ne put se résoudre à croire que c'était elle. Pétrifié, il ne céda ni à la contemplation illusoire de la rivière, ni à son optimisme. Tout le monde le savait partisan du défaitisme, mais personne n'en connaissait véritablement les raisons. S'il tournait la tête, s'il se permettait de croire un instant que c'était elle, alors il se rendait vulnérable. Il avait su, pourtant, lorsqu'elle avait pris place près de lui, que ce n'était personne qui venait lui annoncer avec un ton empreint d'empathie qu'Ainston était mort. Au son de sa voix, tous ses muscles se détendirent. C'était comme s'il pouvait s'autoriser à respirer de nouveau. Son accroche, véritable invitation au jeu de la complicité, n'était pas sans faire écho à une scène qui resterait à jamais gravée dans sa mémoire. Ragaillardi, il se tourna à son tour et empoigna délicatement sa main. "Si je me souviens ? Tu étais une emmerdeuse de première." C'étaient les mots exacts qu'il avait employés ce soir-là, avec le même ton ironique. "Timothy Ainsworth." ajouta-t-il en lâchant enfin sa main pour se replonger dans la contemplation de la lune. Elle était pleine ce soir-là et, c'était anecdotique, mais Tim se souvenait de s'être dérobé au regard d'Anna alors qu'il la raccompagnait dans les rues de Londres, pour constater que l'était aussi à ce moment. "Mais je n'avais jamais vu emmerdeuse aussi appliquée. Je crois que ce graffiti nous aura valu la victoire. Au moins." Leur jeu de rôle n'était peut-être qu'un moyen de se distraire de leurs véritables problèmes, mais Tim était bien résolu à faire durer encore un peu ces douces réminiscences du passé. "Je crois que ça coince là, c'était le moment où je t'offrais généreusement un verre." dit-il en riant nerveusement. C'était exactement ce qui lui avait manqué ces dix dernières minutes. Une bonne bouteille de bière pour échapper à son scepticisme. "Tu voudrais pas qu'on marche à la place ? Histoire de se créer de nouveaux souvenirs. Je sais, c'est affreusement cliché et je t'ai habitué à moins conventionnel mais c'est tout ce à quoi j'ai pu penser." s'enquit-il la bouche en coin. C'était l'effet qu'elle suscitait à chacune de leurs retrouvailles, mais il se gardait bien de lui dire. Même si elle avait répondu présente, le fantôme de leur rupture définitive planait toujours insidieusement au-dessus de leurs têtes.    
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Anna L. Preston
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MessageSujet: Re: 06. The fault in our stars   06. The fault in our stars EmptyMer 17 Sep - 3:05

Tout était tellement simple. Et tout était tellement compliqué. Six ans plus tôt il avait suffi d'une simple poignée de main pour que son quotidien bascule complètement, ce soir, six mois plus tard, Anna savait qu'il faudrait beaucoup plus pour qu'Ainston retrouve toute sa splendeur. Pour autant que cela soit encore possible.
Lorsque Tim glissa à ses côtés dans le jeu de rôle, le soulagement que ressentit la jeune femme la libéra du poids qui pesait sur ses épaules depuis tout ce temps. Le mélange de tristesse, de culpabilité et de doute avait été un cocktail détonnant, certes étrangement moins dévastateur que lors des crises précédentes, crises durant lesquelles Anna errait, criait, pleurait et mangeait beaucoup, mais beaucoup plus insidieux et plus sombre, sans doute parce que même pour le couple atypique qu'ils formaient, autant de temps l'un sans l'autre, voire même à se positionner l'un contre l'autre, n'était pas une épreuve que l'on surmontait si facilement.

Leurs regards ne s'étaient pas vraiment croisés, mais sa main dans celle de Tim donnait à la jeune femme l'impression d'avoir gagné une première bataille, celle de la complicité retrouvée. L'étreinte fut furtive et pourtant, elle aurait pu le jurer, ils avaient tous les deux lâché prise à contre cœur.
Comment avait-elle pu en arriver à gâcher ce qui lui apparaissait plus que jamais comme une évidence ? L'usure, la fatigue, les mauvaises langues. La peur aussi sans doute, celle de ne pas rentrer dans le moule, d'être sur la mauvaise voie, tous ces démons qui les poursuivaient depuis le premier soir dans ce bar londonien finalement.
Les premiers temps avaient été idylliques pourtant. Peu conventionnels mais terriblement fusionnels. C'était l'instant de l'apprivoisement, l'évaluation des limites et des caractéristiques de chacun, défauts et qualités compris. De nombreux indices laissaient cependant présager des obstacles qu'ils allaient retrouver sur leur chemin et les multiples disputes, désaccords et ruptures ne les avaient pas détrompés. Combien de fois Anna aurait pu jurer que tout était fini, jusqu'à ce que l'image de Tim resurgisse, plus forte et plus indélébile que jamais ?
Les faits étaient cette fois impardonnables. La jeune femme avait de son côté retourné mille fois les choses dans son esprit, et elle parvenait toujours à la même conclusion : si c'était Tim qui avait failli, elle aurait été, elle, incapable de passer outre. Elle ne s'attendait donc pas à ce qu'il pardonne, encore moins à ce qu'il oublie. Elle n'avait aucun espoir ou attente. Mais ne pas savoir était insupportable et si elle devait se remettre à avancer sans lui, elle avait besoin de l'entendre le lui dire en personne.

Quand Tim répéta la phrase exacte qu'il avait prononcé ce soir là, Anna éclata d'un petit rire appréciatif et elle secoua la tête comme pour réfuter ce que le jeune homme venait d'avancer, alors qu'elle savait combien il était dans le juste. "C'est vrai. Je suis sûre que c'est à moi que l'on doit cette victoire. Moi et mon perfectionnisme ravageur !" Elle avait redressé la tête, plus par réflexe que par réelle fierté, mais son regard continuait de fixer un point à l'horizon, incapable d'affronter celui du surveillant. Consciente que s'il avait fait le premier pas, c'est qu'il était prêt à baisser les armes, elle le laissait la guider dans leurs souvenirs communs.
"Je crois que tu m'as offert un verre pour me remercier de celui que je te tendais, justement..."
Perfectionniste jusqu'au bout, elle n'avait pu s'empêcher de le corriger, se mordant les lèvres de remords immédiatement et elle poursuivit pour ne pas laisser sa maladresse appesantir la situation déjà fragile : "J'avais un verre. De rhum. Je l'ai laissé au bar. Mais une promenade fera parfaitement l'affaire."
Cela nous permettra de garder nos esprits au clair, songea-t-elle sans le dire à haute voix. Sans attendre le feu vert du surveillant, elle se releva et glissa ses mains dans les poches arrière de son jean. "Par là ?" indiqua-t-elle en désignant d'un signe de tête le côté le moins fréquenté.

Tandis qu'ils commençaient à longer la rivière, leurs pas s'enfonçant doucement dans le sable artificiel, la distance qui demeurait entre eux donnait à Anna envie de hurler tant  elle n'était pas naturelle. Si elle n'avait pas craint sa réaction, de virer dans le mélodramatique aussi, elle lui aurait crié qu'elle était désolée, qu'elle regrettait ce qui s'était passé avec Tate, qu'il suffisait d'un signe de lui pour que tout recommence comme avant.
Mais la vérité c’était aussi qu'elle n'était pas sûre de regretter, ni même d'avoir envie que tout soit comme avant.
Le baiser échangé avec Tate et son goût de trahison avaient été comme un électrochoc. Jusqu'à l'épisode du cambriolage de la galerie, Anna n'avait jamais remis son amour pour Tim en question. Les accusations et l'acharnement de Warren avaient déployé sa colère envers le shérif, mais sans doute aussi envers son petit ami, toujours au mauvais endroit au mauvais moment et qui ne faisait rien pour apaiser sa sulfureuse réputation, en contrôlant ses amitiés douteuses par exemple, et finalement envers elle même pour se retrouver victime de cet enfermement, dans un travail qui ne lui convenait plus, dans un couple au statut trop précaire, dans une vie qui ne lui ressemblait pas.
Mais ça, elle ne savait pas comment le dire à Tim, alors elle choisit de briser le silence qui s'installait en le ramenant à ce qui les avaient réunis ce soir.
"C'était une performance réussie. Vous fonctionnez bien ensemble, même si pour ceux qui vous connaissent, vous ne semblez pas à première vue... Assortis ?! Et la batteuse... C'est une jolie addition. Dans tous les sens du terme." Elle espérait que cette pointe de jalousie décrocherait un nouveau sourire à Tim. Le premier qu'il avait laissé éclairer son visage, même sarcastiquement, n'avait pas échappé à la jeune femme et elle en redemandait.
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Timothy Ainsworth
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MessageSujet: Re: 06. The fault in our stars   06. The fault in our stars EmptyDim 5 Oct - 0:46

Successivement, le stress puis l'appréhension qui l'avaient submergé avaient vite fait de détourner Timothy de la familiarité de la scène. Trop obnubilé par ses élucubrations pessimistes, il avait failli passer à côté de tous ces petits détails qui, ironiquement, le faisaient se sentir plus proche d'Anna que jamais. Puis, lorsqu'elle avait si brillamment fait le lien avec leur première rencontre, l'analogie l'avait frappée, à la fois tendre et terriblement mélancolique. Comme projeté dans le passé, Tim se surprenait à ressentir avec exactitude les mêmes sentiments contradictoires que la présence d'Anna avait foncièrement toujours suscité en lui. Mais si la nervosité avec laquelle il avait maladroitement pris les devants ce soir-là avait, avec du recul, un petit côté attendrissant, à cet instant elle n'était que le l'évocation pernicieuse de la distance qui s'était installée entre eux. Pourtant, il était bien trop absorbé par le jeu dans lequel ils s'étaient lancés pour s'alarmer de cette sensation douloureuse de devoir tout recommencer à zéro. A vrai dire, il trouvait cette perspective même plutôt séduisante. Il aurait aimé pouvoir balayer toutes leurs rancunes, effacer tous les souvenirs douloureux de leurs ruptures, oublier toutes les vérités douloureuses qu'ils s'étaient mutuellement infligés lorsque, dans une ultime tentative de s'accrocher à leur dignité, ils se renvoyaient la balle de la discorde. Il aurait aimé pouvoir revivre ces premiers mois d'insouciance, à l'heure où personne ne savait pour eux, pas plus qu'eux-mêmes ne savaient à quel point leur amour était destructeur. La retrouver ce soir, éprouver ces mêmes frissons face à l'inconnu, sans être dans la confidence d'une relation établie, c'était comme revoir pour la première fois son film préféré. Il en ignorait encore le dénouement, mais une partie de lui, étrangement romantique, croyait dur comme fer à une fin heureuse. Aussi, lorsque sa main avait frôlé la sienne, dans un geste innocent qui aurait pu lui sembler familier, il avait dû se résoudre à ne pas la prendre. La tentation, aussi modérée que le jour de leur première rencontre, lui brisait le cœur autant qu'elle lui redonnait espoir. Malgré lui, il décelait dans le jeu d'Anna la même résolution que lui de revivre, au moins une dernière fois, ces instants de délicieuse insouciance.

Et si Tim se sentait d'humeur si pudique, ce n'était pas seulement parce qu'il avait peur de se heurter à une attirance unilatérale. Comme toujours depuis que leur relation était apparue si vaine et inconcevable aux yeux des autres, il était rongé par le sentiment dévorant d'être guidé par son égoïsme. On lui avait si souvent rabâché que Tim avait fini par se convaincre que, après tout, Anna était peut-être trop bien pour lui. Et si une partie grandissante de lui reconnaissait un fragment de vérité dans ces accusations, il s'était toujours accroché à cette conviction presque naïve que le choix ne dépendait pas seulement de lui. Il n'avait jamais posé de dilemme à Anna - peut-être parce qu'il était cruellement persuadé de perdre - et n'avait encore moins usé de chantage, de menaces ou de mensonges pour la garder. Tout ce temps il avait cru qu'elle était restée pour lui. Pour quelle autre raison aurait-elle gaspillé son temps avec un raté doublé d'un incapable ? Puis elle l'avait trompé. Cette trahison, si elle lui semblait inadmissible simplement pour des raisons morales tout ce qu'il y avait de plus conventionnel, était surtout le reflet de ses rêves de liberté. Elle avait voulu goûter à une autre vie. Une vie dont il était exclu, plus raffinée et moins contraignante. Plus saine. Tate avait beau être un enfoiré de richard qui pétait plus haut que son cul, il lui laissait entrevoir un avenir auquel elle avait cédé. Tim ne le connaissait pas plus que ça, pourtant les heures passées à se renseigner à son sujet après l'incident de la grange avaient achevé de le convaincre du contraire. Son goût pour les arts promettait des conversations passionnées à Anna, des débats qu'elle n'avait jamais songé à amorcer avec Tim. Il aimait la littérature avec plus d'ostentation que Tim, qui lui préférait intérioser comme il le faisait avec ses sentiments plutôt que d'étaler sa culture au monde entier. Mais surtout, il était bien mieux loti que lui et lui offrait une perspective d'avenir moins précaire que celle que Tim imposait de par ses choix, mais surtout de par ses non choix.

La manie d'Anna de s'attarder sur les détails - ou de toujours vouloir avoir raison - lui apparaissait beaucoup plus attachante ce soir, si bien qu'il ne put retenir un petit rire attendri lorsqu'elle le corrigea sur l'exactitude des faits. C'était au moins la preuve que ce premier contact lui tenait toujours autant à cœur, au point où elle voulait le conserver minutieusement dans sa mémoire. Silencieux, Tim se laissa guider par Anna. Il aimait l'aplomb avec lequel elle prenait les devants, même s'il ne pouvait nier lui avoir reproché à des moments où il changeait malhonnêtement son fusil d'épaule pour condamner ses défauts. La contradiction était justement là : il adorait ses défauts, jusqu'à ce qu'il s'en serve avec hypocrisie comme d'une arme lors de leurs incessantes disputes. Curieusement il la soupçonnait de faire la même chose. Mais ce soir, il retrouvait cette sérénité depuis longtemps égarée, exacerbée par les rayons apaisants de la lune qui luisaient à la surface de l'eau, et par la sensation du sable frais qu'il devinait sous ses semelles. Mal à l'aise comme lors d'un premier rendez-vous, Tim essayait tant bien que mal de se distraire de leurs ombres qui se mouvaient devant eux pour en oublier à quel point son manque de conversation était accablant. Lorsqu'Anna brisa le silence qui s'était lourdement installé, il la remercia intérieurement d'être toujours celle qui savait désamorcer les instants de flottement, avant qu'ils ne deviennent trop pesant. Les compliments qu'elle avait formulés, aussi sincères semblaient-ils, avaient vite fait d'être éclipsés par la pointe de jalousie qu'il avait cru déceler. Ou peut-être pas de la jalousie, mais au moins une curiosité qui se voulait subtile, à l'image de ces aveux qu'ils se faisaient à demi-mot. "Ouais c'est une association plutôt inattendue, comme quoi tout peut arriver." confia-t-il, non sans faire écho au chaos qui avait séparé leurs routes. S'il avait pu se réconcilier avec Robbie, il avait bon espoir de pouvoir enterrer la déception qui l'avait mené à tirer si difficilement un trait sur leur couple.

"Alex est douée, et c'est un bon atout pour étendre un peu notre fanbase. Si tant est qu'on en ait une. Mais elle est un peu volage, on n'arrive pas encore à la cerner. Comme si elle menait une double vie." Au fond, Tim savait qu'Anna se fichait de la relation qu'il entretenait avec Alex, du moment qu'elle restait cordiale. C'était simplement un moyen pour lui d'écarter les doutes sans pour autant lui faire comprendre qu'il avait su lire entre les lignes de son discours. Aussi bien voulait-elle se rassurer de savoir qu'il avait tourné la page pour mieux pouvoir lui annoncer qu'elle filait le parfait amour avec Tate désormais. Cette pensée lui était si douloureusement écœurante qu'il ne put s'empêcher d'entrer dans le vif du sujet. "Dis-moi Anna, est-ce que ce jour-là tu en voulais à Lexie et Mad de nous avoir coupé l'herbe sous le pied, ou à moi parce que je n'ai jamais été capable de prendre cette initiative pour nous ?" demanda-t-il subitement, pivotant timidement la tête pour jauger l'expression de son visage. Il avait tourné le problème dans tous les sens et avait fini par en conclure ce qu'il en concluait toujours : Anna ne se complaisait plus dans cette relation implicitement sérieuse. Si ses manières autoritaires la hissaient définitivement au-dessus des autres filles, Anna n'en demeurait pas moins une. Et peut-être que, comme elles, elle rêvait de ces élans de spontanéité mielleuse. "Sur le moment, j'étais trop en colère pour me préoccuper de toi ou de tes sentiments. Je ne regrette absolument pas le coup que j'ai mis à Tate, ce salaud le méritait, mais je n'arrive pas à comprendre. Est-ce que c'est parce que l'avenir que je te proposais ne te suffisait plus ? C'est compréhensible je veux dire, je suis qu'un pauvre surveillant de lycée qui cherche encore sa voie. Mon appart doit bien tenir 4 fois dans le sien." Et malgré ces aveux, Tim demeurait persuadé que Tate aussi avait ses défauts. Des défauts qu'il espérait qu'elle verrait bien assez tôt, si ce n'était déjà fait. Intuitivement, il s'était arrêté de marcher, s'apprêtant à accueillir la vérité avec une appréhension plus ou moins voilée. C'était encore trop tôt pour lui avouer qu'il était toujours amoureux d'elle et qu'il le serait probablement toute sa vie. A cet instant, il était déjà beaucoup trop vulnérable. Comme toujours lorsqu'il se livrait à elle.
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Anna L. Preston
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MessageSujet: Re: 06. The fault in our stars   06. The fault in our stars EmptyLun 6 Oct - 1:53

La tromperie était un sujet avec lequel on ne plaisantait pas chez les Preston. Malgré leurs nombreuses disputes et leurs multiples désaccords, Anna savait que James Preston ne se serait jamais joué des sentiments de son épouse, et elle connaissait suffisamment sa mère pour sentir que si elle aimait plaire et faire se retourner les têtes sur sa longue chevelure de feu, son cœur n'appartenait qu'à un seul homme, celui dont elle portait fièrement le nom.
Ce soir là à la galerie, Anna avait immédiatement voulu appeler Tim une fois Tate reparti. Pas sa soeur, pas Madeleine. Dans un réflexe de culpabilité ou d'honnêteté ultime, elle avait même composé le numéro du surveillant, le seul qu'elle connaissait par cœur avec celui de la Pension et de la galerie, avant de renoncer, trop honteuse ou trop bouleversée.
Elle n'avait finalement pas grand chose à se reprocher. Qu'était un baiser au juste ? Ils n'avaient rien échangé de plus, pas de promesse de se revoir vite, à peine un regard et quelques mots pour se dire au revoir.
La jeune femme avait voulu se convaincre qu'en arrêtant d'y penser, elle finirait par oublier. Et qu'elle n'aurait jamais rien à avouer à Timothy.
Le timing était parfait : elle travaillait beaucoup, lui aussi, leur titre de Miss et Mister Lima avait été accordé à d'autres, elle l'évitait donc comme la peste et se noyait dans la paperasse et le projet du gîte. Tim était loin d'être aveugle ou idiot et même si leur couple avait ses failles, il la connaissait mieux que personne et avait certainement senti le vent tourner. Les soirées qu'il venait passer à la Pension s'espaçaient et Anna ne se rendait presque plus jamais dans son appartement du centre ville. Incapable d'esquisser le moindre mouvement, elle avait regardé de loin les bouts de leur histoire s'effilocher. Et il avait fermé les yeux pour ne pas voir arriver le mur.

Sa main dans la sienne dans la grange, la façon dont il l'avait tirée en arrière pour lui parler, comme s'il n'y avait qu'eux qui comptaient et certainement pas les dizaines d'invités présents ce jour là. Anna se souvenait être restée muette, malgré la douleur qui étreignait son poignet qu'il serrait nerveusement. La sensation, pas complètement désagréable, avait fini par la ramener à la réalité et le flot de paroles était sorti sans qu'elle puisse s'interrompre. Elle avait tout raconté, n'avait omis aucun détail. Elle lui devait ça. Elle leur devait ça. Ils méritaient mieux que les mensonges par omission qu'elle traînait derrière elle depuis près de deux mois. Tim était l'aimant vers lequel elle revenait toujours, celui qu'elle adorait détester mais ne pouvait s'empêcher d'aimer, la moindre des choses qu'elle lui devait c'était bien l'honnêteté et elle avait failli.
Elle se demandait si finalement c'étaient les cachotteries ou le baiser qui dérangeaient le plus le jeune homme. Pour certaines personne "embrasser n'était pas tromper" mais l'aspect fusionnel d'Ainston ne s'appliquait certainement pas à cet adage.

Anna avait donc mis du temps à comprendre comment elle avait pu en arriver à la tromperie. Tout n'était pas complètement clair, mais les pièces s'étaient mises en place dans son esprit ces derniers mois. Et Tim venait de résumer parfaitement la situation en s'emparant des nombreux double-sens qui guidaient leurs pas sur la plage : tout pouvait arriver. Même à eux.
Elle n'avait pas vu le sourire escompté mais le guitariste avait subtilement désamorcé ses inquiétudes. Ainsi Alex n'avait pas été recrutée pour prendre sa place, et elle resterait à celle de batteuse. La photographe ne put s'empêcher d'afficher un air victorieux pendant une fraction de seconde. Elle répondit à l'apostrophe de Tim en tournant son visage vers sa voix et ne put qu'encore mieux réaliser l'ampleur des dégâts qu'elle avait infligés. "Je ne sais pas" répondit-elle simplement. La question, posée comme ça, ne lui avait tout simplement pas traversé l'esprit. "Je ne sais pas..." répéta-t-elle, consciente qu'il lui fallait étoffer sa réponse. "Un peu des deux je crois... J'en voulais évidemment à ma sœur et Maddie pour avoir eu cette idée parfaitement stupide ou stupidement parfaite selon le point de vue duquel on se place..." La jeune femme réfléchissait en même temps qu'elle parlait et elle sentait le surveillant scruter son visage à la recherche d'un signe qui pourrait le guider vers la solution à l’énigme Anna Preston. "Pour être tout à fait honnête je crois que si tu avais pensé à proposer cette option... Si tu avais eu envie... J'aurais répondu non."

A ce moment là. Et dans les circonstances du moment. Anna ne s'était jamais rêvée en mariée, dans une jolie robe blanche et avec de nombreux invités l'admirant. Mais elle s'était certainement rêvée en épouse de Timothy Ainsworth, parce qu'elle l'aimait bien sûr, mais aussi ne serait-ce que pour prouver à son père combien il avait tort sur le compte de son petit ami et pour construire, à leur façon, le couple modèle tant éloigné de celui avec lequel elle avait grandi au quotidien.

Anna buta contre l'épaule de Tim, qui s'était brusquement arrêté. Dans l'échauffement de la conversation ils s'étaient rapprochés et ce contact inattendu déclencha à nouveau des ondes sismiques dans tout le corps de la jeune femme. Elle recula un peu pour lui faire face et accueillit ses révélations sans ciller. Elle le dévisagea longuement avant de poursuivre, préférant le jauger pour savoir s'il était prêt à entendre ce qui allait sortir de sa bouche. "Il est parfait. Tate. Il est parfait. Brillant, cultivé... Riche." Soutenant le regard de Tim, elle avait choisi de déballer tout ce qu'elle avait sur le cœur. "Il nous a été d'un précieux soutien, avec la galerie bien sûr, je ne crois pas que j'aurais pu passer les rênes si facilement à Lexie s'il n'avait pas autant renfloué les caisses... Avec cette histoire de cambriolage aussi..." Ajouta-t-elle doucement. "Il est tout ce que tu n'es pas. Mais il n'est pas toi, justement. Et c'est bien ça mon problème," lâcha-t-elle finalement. "Je l'ai revu si tu veux tout savoir... Je compte le revoir encore. C'est mon ami. Il ne se passera plus jamais rien avec lui." Cela avait le mérite d'être clair et ça l'était pour Anna. Elle espérait que cela le serait pour Tim aussi.

La jeune femme avait entendu la colère du surveillant et son désarroi. Elle avait toujours su qu'il ne regretterait pas le coup porté à l'avocat, et quelque part, elle ne lui en voulait pas vraiment malgré la stupidité du geste. Elle était même... Flattée. Tim ne lui répétait pas constamment qu'il l'aimait, il n'était pas avare de tendresse mais leur relation reposait sur une fierté respective sans bornes, et reconnaître que l'on aimait l'autre, que l'on était dépendant de lui, c'était une preuve de faiblesse pour Ainston. Ils avançaient côte à côte depuis des années mais semblaient toujours aussi peu croire en la solidité de leur duo et ce malgré les épreuves qu'ils avaient traversées. Maladroitement, Anna avait accompagné -contre son gré- Tim visiter son père en prison, discrètement, Tim l'avait accueillie chez lui quand elle ne supportait de dormir dans la même maison que sa sœur. Même quand Tim s'était retrouvé accusé à tort du vol à la galerie, la jeune femme n'avait pas douté une seule seconde de son innocence.

"Qu'est ce qu'on a mal fait ? Qu'est-ce qui ne marche pas ? Et depuis quand tu te préoccupes des conventions et de savoir si je veux me marier ?"
C'était à son tour de poser les questions. Agacée par sa remarque sur l'appartement de Tate, elle répliqua du tac au tac :  "Et dans la Pension, tu penses qu'il rentre combien de fois ton studio ? Tu n'aimes pas mes amis, ne supportes pas mon mode de vie, bien sûr que j'ai remis en question notre avenir. Mais le mien surtout ! Je suis TELLEMENT soulagée de ne plus avoir à me traîner à la galerie, à passer des heures sur des rapports de comptes sans intérêt alors que je ne veux qu'une chose, me prendre la tête sur l'angle idéal pour tel ou tel portrait !" Emportée par ce sujet qui lui tenait à coeur, Anna avait commencé à gesticuler, elle s'était éloignée de Tim et rapprochée de l'eau. Croisant les bras et fixant la rivière pour mieux réfléchir, elle lui tourna le dos pendant quelques secondes avant de tourner légèrement la tête. "Toi, tu me suffis." Elle aurait pu rajouter qu'elle était désolée, s'excuser une fois de plus. Mais elle n'en voyait pas l'intérêt.
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Timothy Ainsworth
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MessageSujet: Re: 06. The fault in our stars   06. The fault in our stars EmptyMar 28 Oct - 23:35

Si Timothy n'était pas avare de vérité, c'était parce qu'il savait mieux que quiconque à quel point elle pouvait blesser. Suspendue quelque part entre Anna et lui, elle attendait insidieusement le meilleur moment pour le conforter à tout jamais dans son pessimisme symptomatique. Il n'y avait que dans les plus grands moments de sa vie qu'elle lui semblait aussi nécessaire que sentencieuse, comme un jugement que l'on rêverait de voir prononcé, tout en restant affreusement conscient que le soulagement finirait par laisser place au regret, puis à la nostalgie. Tim n'était pas assez candide pour croire que la présence d'Anna dans les tournants de son existence était plus qu'une heureuse coïncidence. Pourtant, elle était toujours là lorsqu'il était prêt à accueillir la vérité, aussi douloureuse pouvait-elle être. Même si elle l'avait suivi de loin lorsqu'il avait rendu visite à son père à Londres ce jour-là, il avait réalisé en la voyant au détour de la rue qu'elle n'était pas qu'une étape de sa vie. Elle était sa vie. Cette vérité, couplée à celle qui déterminerait à jamais l'avenir de leur relation, était bien trop angoissante pour qu'il parvienne à afficher l'air serein qu'il feignait sans arrêt devant les autres. Face à Anna, il était un livre ouvert qu'elle avait eu le temps de minutieusement décortiquer. Et s'il attendait nerveusement sa réponse, il ne pouvait s'empêcher de penser à la vérité qu'il voulait entendre. Il avait dû tempérer son incompréhension, enterrer sa fierté pour prouver à Anna que, aussi impardonnable était sa trahison, il était prêt à passer outre. Sa confession, teintée de pathos, n'était qu'une vaine tentative de lui arracher un mensonge à elle aussi. Parce qu'au fond, il ne comprenait pas tant que ça le désir d'Anna de vouloir se projeter dans un avenir alternatif. La façon dont elle l'avait écarté du tableau de son existence lui était même extrêmement amère. On lui avait souvent répété que dans un couple il y en avait toujours un qui aimait plus que l'autre. Jamais il n'aurait pensé être celui des deux qui aurait à endurer une telle déception.

Lui, l'amoureux transi forcé de souligner ses propres défauts pour en oublier les raisons de cette discussion. La balance de la miséricorde penchait grandement en sa faveur et pourtant il ne pouvait se résoudre à blâmer Anna d'être foncièrement plus égoïste que lui. Parce que s'il l'empêchait de s'épanouir, elle n'avait de son côté pas eu l'air de trop se repentir de la tentation à laquelle elle avait cédée. Tim aurait pu rêver d'un futur hypothétique avec une fille comme Alex, sillonnant les routes du pays sur une moto ou dans une caravane de seconde main, affranchi de toutes les contraintes qui pesaient sur lui. Céder à l'appel de cette vie décousue et dépourvue de règles aurait été si facile. Mais il ne l'avait pas fait. Il avait continué de croire naïvement en eux, alors qu'il sentait Anna se détacher de lui sans rien pouvoir y faire. Il aurait dû comprendre, lorsqu'elle avait réaménagé à la Pension, que la perspective de vivre avec lui l'effrayait. Mais peut-être qu'elle attendait justement de lui qu'il fasse l'effort de la retenir. Elle était une fille après tout, et se délectait sans doute des attentions affectueuses.
Les yeux baissés, Tim étudiait distraitement le sable, à la fois impatient d'entendre la vérité mais aussi trop occupé à se satisfaire de la sienne. Dans le meilleur des mondes, Anna lui dirait qu'elle regrettait, qu'elle aurait en effet voulu qu'il la demande en mariage et qu'elle n'aurait aucun mal à bannir Tate de ses souvenirs, présents et à venir. La réalité fut toute autre. Le non qu'elle prononça fut un premier poignard enfoncé dans son cœur. Il avait la curieuse impression d'être dans un cauchemar où, plein de bonnes intentions, il lui aurait fait sa demande en grande pompe pour se heurter à un mur d'indifférence. Il ne laissa rien transparaitre cependant, parce qu'après tout personne ne se serait attendu à ce que Timothy Ainsworth se préoccupe de la révulsion évidente de sa copine à l'idée de se marier avec lui. Tacitement, ils s'étaient entendus sur l'estime qu'ils accordaient à ce qu'ils apparentaient sans doute tous les deux à un rituel archaïque et surfait. Pourtant, ce non résonnait en lui comme un écho désagréable. Il avait l'impression qu'elle disait non à leur couple.

Tim esquissa un rictus aussi peu convaincant qu'éphémère censé communiquer son approbation. Au final, il était peut-être le seul à avoir changé. Il était peut-être le seul à vouloir oublier leurs principes dépassés et leurs querelles insensées. Le seul à vouloir trouver des solutions. Anna continua, et ses mots étaient plus tranchants que jamais, comme si elle avait pris soin de les aiguiser spécialement avant de les prononcer. Parfait. Tate était parfait, avait-elle répété. Tim n'était plus certain de pouvoir endurer tous ces aveux sans perdre pied. Il avait déjà senti le sol se dérober sous ses pieds lorsqu'elle lui avait dit non la première fois, et cette fois il sentait ses jambes s'enfoncer dangereusement dans le sable. Une aubaine, il aurait adoré pouvoir creuser un trou et s'y terrer à jamais, sans avoir à subir les éloges d'un homme qu'il détestait plus que tout, tandis qu'elle balayait d'un revers de la main tous les espoirs qu'il avait bravement construits ces cinq dernières minutes. A chaque mot prononcé par Anna, Tim sentait les larmes monter à mesure que la colère s'emparait de lui. "Ah." se contenta-t-il de répondre lorsqu'elle lui avoua sa volonté de le revoir. Ces révélations étaient décidément aux antipodes de ce que son esprit ingénu avait bien voulu lui faire espérer. "J'ai pas envie de te poser un dilemme. Je suis même pas sûr d'en avoir les moyens..." concéda-t-il, peu certain de savoir où Anna voulait véritablement en venir. "Bien évidemment je préférais que tu ne revois pas ce type, parce qu'à chaque fois que je vous imagine ensemble j'ai cette image dans la tête, et ça me tue." Il avait envie de lui dire qu'elle devrait aussi travailler pour regagner sa confiance, mais il n'était pas sûr d'en être disposé non plus. "Mais qui je suis pour te l'interdire ? Qui je suis pour toi ? La tentation de prendre sa main était grande. Celle de lui dire qu'il voulait tout recommencer encore plus. Mais Anna posait trop de conditions. Et s'il avait menti une première fois en avouant comprendre son désir de caresser une vie différente, il était dans l'incapacité de lui promettre de la soutenir dans tous ses choix.

"Depuis que mépriser les conventions ne fonctionne plus." répondit-il naturellement. De toute évidence il avait mal interprété les réactions d'Anna. "C'est différent..." se défendit-il lorsqu'elle évoqua la taille de la Pension par rapport à son studio. Il n'eut cependant pas le temps de continuer qu'elle s'emporta dans ses remises en question. Un emportement qu'il oublia aussitôt sa dernière confession chuchotée. Tous ses doutes s'évanouirent soudain, et dans un élan de courage il s'avança vers elle pour l'enlacer. Il s'était approché timidement, puis son étreinte avait fini par devenir plus tendre, plus spontanée. Comme un automatisme retrouvé. Il s'écarta alors, gardant ses mains dans les siennes, son regard plongé dans le sien. Le baiser devrait venir d'elle. "C'est fou mais... je crois que je suis condamné à t'aimer."
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Anna L. Preston
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MessageSujet: Re: 06. The fault in our stars   06. The fault in our stars EmptyMer 29 Oct - 2:28

Anna était allée trop loin. Malgré le calme apparent du jeune homme, les signes de fracture se multipliaient. En voulant être trop honnête, elle n'avait sans doute réussi qu'à éloigner Tim encore plus. Elle avait décidé de lui livrer toute la vérité, aux dépends de l'amour propre du guitariste. Sa maladresse involontaire n'avait eu pour effet qu'aviver les doutes et la colère de Timothy, et tandis qu'elle faisait de nouveau face à l'eau, elle se reprenait à penser que rien ne finissait jamais bien avec Ainston.
La surprise apparente du surveillant quand elle lui avait annoncé ses doutes quant à leur possible union, son dégoût déguisé devant ses intentions de continuer à voir Tate... Elle avait lancé un ultimatum de trop et le prix se payait dans les réticences de Tim à croire en leur avenir commun. La photographe avait l'impression d'être un échec ambulant, quoi qu'elle fasse, quoi qu'elle dise.
Bien sûr qu'il préférait qu'elle ne revoie pas l'avocat. Bien sûr que ça le tuait. Pourtant pas même une heure plus tôt il lui avait chanté son pardon et assuré son amour. Mais Anna et Tim confondaient tout et ce qu'ils prenaient pour de l'amour s'était plus d'une fois révélé n'être qu'une passion destructrice et infernale. Elle aurait pu jurer que c'était sa vision à elle dans la foule qui avait poussé le jeune homme à bousculer la programmation de son groupe et à entamer cette déclaration d'amour musicale. Et tout ce qu'elle trouvait à lui répondre c'est qu'elle ne l'aimait plus assez pour leur donner une seconde chance.

Tandis qu'il énonçait ses conditions, Anna se sentit brusquement fatiguée des règles de ce jeu qu'elle ne maîtrisait plus. Elle se rappelait sa crise de larmes dans les toilettes presque trois ans plus tôt, devant une Madeleine abasourdie qui lui était encore inconnue, alors qu'elle arrivait de Londres et que le jeune homme venait de repousser ses tentatives de réconciliation. Il avait fini par reconsidérer les choses et son changement d'avis les avait menés où ils étaient aujourd'hui. Elle avait détesté qu'il soit celui qui tienne leur destin entre ses mains, et elle haïssait encore plus le fait d'être celle qui était à l'origine de leur énième et peut-être dernière séparation désormais. Quand son téléphone avait sonné de manière inespérée tout à l'heure et qu'elle avait rejoint Tim près de la fontaine, elle avait inconsciemment escompté qu'il leur suffirait de se retrouver pour retomber dans les bras l'un de l'autre. Mais les blessures étaient trop vives pour espérer un tel revirement de situation.

Leurs déclarations se réfutaient sans s'entendre, ne reflétant que trop bien à quel point ils s'étaient éloignés ces derniers mois, et plutôt que de répondre à sa question, Anna avait enchaîné avec ses propres préoccupations. Il avait pourtant lancé la seule interrogation digne d'intérêt ce soir. Elle savait pourquoi elle pouvait prendre le risque de revoir Tate sans mettre en danger leur couple,  et qui il était pour pouvoir prétendre à lui interdire quoi que ce soit. Une fois de plus elle brûlait de lui crier ce qu'elle ressentait, mais elle n'était pas sûre qu'il aie véritablement envie de l'entendre, craignant que toutes ces questions réthoriques ne soient que de faux prétextes pour justifier leur différence de point de vue et leur incompatibilité finalement notoire.

Quand il se saisit d'elle pour l'enlacer, la jeune femme résista malgré elle sous le coup de la surprise avant de se laisser aller à son étreinte, si familière et si rassurante. Les évidences étaient parfois tellement faciles à ignorer. Tout en lui lui avait manqué, du creux de son cou à l'odeur de sa peau, de la façon unique qu'il avait de de jouer avec ses doigts et de les entremêler dans les siens à la sensation de son souffle dans ses cheveux. Elle reconnut au fond de son ventre le pincement qui avait disparu depuis si longtemps et qu'il avait été le seul à jamais provoquer.
Alors qu'il hésitait encore, Anna laissa sa bouche effleurer le visage du jeune homme et ses lèvres balayèrent furtivement les siennes. Elle ferma les yeux et posa son front contre le menton de Tim tandis qu'il prononçait les mots qu'elle rêvait d'entendre depuis des mois.
Réprimant un sursaut, elle recula brusquement, portant ses mains à ses lèvres puis contre son visage tout entier, incapable de contenir les larmes qui l'assaillaient. C'était d'ordinaire le moment qu'elle choisissait pour battre en retraite, quand la fierté le lui permettait encore, mais cette fois elle resta figée, incapable de bouger.

"Tim... Je suis désolée," articula-t-elle en intimant au surveillant de garder ses distances d'un geste de la main alors qu'elle reculait encore un peu. "Rien n'a changé. Pas mes sentiments pour toi en tout cas. Tu me connais, tu sais à quel point je peux être égoïste... Je ne changerai jamais," annonça-t-elle, "et maintenant tu sais jusqu'où je suis capable d'aller," avoua-t-elle à regret alors qu'elle reprenait le dessus de ses émotions. Elle avait l'impression une fois de plus de jouer contre sa propre équipe, faisant preuve de trop d'honnêteté pour ne pas ébrécher le vernis de sa pseudo-perfection. "Tu as beau être mon étoile contraire, tu es l'homme de ma vie, c'est plus fort que tout !" L'expression semblait désuète ou grotesque mais elle n'en voyait pas d'autre pour décrire ce que représentait Tim à ses yeux. "La vraie question, c'est de savoir si tu es prêt à me pardonner, si tu vas pouvoir y arriver. J'aimerais te dire de faire la même chose, histoire qu'on soit quittes, avec Alex ou n'importe quelle autre fille que tu trouveras à ton goût ou digne d'intérêt. J'aimerais te dire que je serais encore là après. La vérité c'est que je n'en suis même pas sûre. Alors que je suis certaine que si nous étions encore dans la grange maintenant, je dirais oui." Anna s'essuya les pommettes d'un revers de main. Sa fierté l'empêchait de rajouter qu'elle l'aimait à en crever ou peut-être était-ce le refrain qu'il avait chanté plus tôt. This was endless.
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Timothy Ainsworth
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MessageSujet: Re: 06. The fault in our stars   06. The fault in our stars EmptySam 1 Nov - 23:36

La défiance naturelle de Timothy n'était pas seulement le fruit de sa paranoïa. Pour une fois, il n'avait pas besoin de faire preuve de mauvaise foi pour rejeter la faute sur les autres. Il était comme tout le monde après tout, à la différence près qu'on avait tant de fois usé et abusé de sa confiance que, fatalement, il avait développé une prudence instinctive. Tim n'était pas si compliqué, et malgré les airs qu'il aimait se donner il était cruellement conscient de la transparence de sa personnalité. Ou peut-être que ses années de psychologie lui avaient juste ouvert les yeux sur la banalité de son cas, comme s'il n'était qu'un cobaye en liberté réalisant soudain sa condition. Sa confiance, il l'avait d'abord confiée à son père, puis à ses amis : Robbie, Samuel, Leah... tant de noms qui lui rappelaient avec vigilance qu'il était condamné à être déçu par les personnes qu'il appréciait le plus. C'était justement un doute qu'il n'avait ironiquement jamais eu avec Anna. Il l'avait perdue une première fois, par sa faute, et non sans regrets, malgré la résistance qu'il avait opposée lorsqu'elle était revenue dans sa vie comme un souvenir doux-amer auquel il avait renoncé. A partir de cet instant, il avait toujours su - et c'était bien la seule chose dont il était assuré dans sa vie - qu'Anna ne sortirait jamais véritablement de sa vie. Pas comme les autres du moins. C'était ce qu'il avait cru, avant de croiser son regard indéchiffrable de ce soir, et bien avant de subir le caractère péremptoire de ses déclarations. De toutes ces personnes, elle était la seule à être parvenue à infiltrer les remparts de sa méfiance. Aujourd'hui, sa plus grande crainte était de la voir danser allègrement sur les ruines de sa forteresse, parce qu'il savait au fond qu'après une telle trahison, il ne serait plus jamais capable d'accorder sa confiance à qui que ce soit. Vivre dans la crainte permanente d'être blessé était un cauchemar qu'elle avait chassé de son esprit, et qu'il voyait ressurgir à mesure que leur discussion durait. Pour sûr Anna avait perdu ce privilège, mais au fond elle devait bien se douter que Tim ne l'avait pas amenée ici pour lui reprendre à jamais ce présent qu'il lui avait offert en lui accordant une confiance absolue.

Comme toujours, Timothy avait cédé à ses impulsions. Il avait déployé des efforts inouïs pour se retenir d'enlacer la main d'Anna à chaque fois qu'elle frôlait la sienne, ou de passer un bras autour de ses épaules pour la rapprocher de lui chaque fois qu'il la devinait frissonner sous ses vêtements d'été. Après coup, il ne regretta pas d'avoir été si faible, parce qu'il avait cru entrevoir dans les paroles d'Anna la permission tacite qu'il attendait depuis tout ce temps, le signe que tout n'était pas condamné pour eux. Sauf qu'encore une fois, il se sentait envahi par ce même sentiment d'appréhension, assailli par l'éventualité que peut-être cette ultime étreinte scellerait leurs adieux. Paradoxalement, Tim s'était senti l'espace de ces quelques secondes plus proches et plus éloigné d'Anna que jamais. Son esprit flottait sans arrêt entre deux extrêmes : leur fin heureuse et le scénario catastrophe qu'il nourrissait mécaniquement chaque fois qu'un évènement l'affectait. Les confidences d'Anna, aussi chaleureuses étaient-elles, avaient comme un goût d'inachevé, comme tout ce qu'ils entreprenaient depuis leurs retrouvailles arrangées. Tim aurait adoré être dans sa tête, ne serait-ce que pour savoir si le ton qu'elle employait était fataliste ou au contraire empli du même espoir que celui qui le retenait de défaillir à chacune de ses déclarations. C'était fatalement leur problème. A ce stade, Tim aurait aimé pouvoir se vanter d'être capable de lire dans les pensées de la rousse ou de pouvoir compléter ses phrases. Tout ce temps il était trop obsédé par leurs différents pour réaliser à quel point, foncièrement, il rêvait de choses simples et totalement conventionnelles. Même la façon dont leur visage s'effleura semblait présager une certaine prudence, comme une distance de sécurité qui les empêcherait de retomber dans les bras l'un de l'autre. Au fond, Tim commençait sérieusement à se demander si Anna n'était pas si pudique simplement parce qu'elle éprouvait les mêmes craintes que lui. Simplement parce qu'elle ne voulait pas s'enflammer de peur de voir son optimisme refroidi par un flot contradictoire.

La distance qu'elle imposa physiquement entre eux lui brisa le cœur. Le scénario catastrophe lui paraissait de plus en plus évident, si bien que son cœur tambourinait de plus en plus fort dans sa poitrine, au rythme des craintes qui tourbillonnaient dans son esprit. Les paroles d'Anna se bousculaient dans sa tête, comme autant d'équations à résoudre, d'énigmes à déchiffrer. Il ignorait si la contradiction dans ses affirmations était seulement le signe de la réserve qu'elle s'était imposée plus tôt ou si elle trahissait un quelconque désir de rendre la réalité de leur rupture moins désagréable. "Je comprends pas, je croyais que tu aurais répondu non." bredouilla-t-il dans la confusion. Même si Anna lui tendait une perche, il ne voulait pas l'attraper, parce qu'il s'était surpris ces cinq dernières minutes à être le garçon romantique qu'il n'avait jamais été, et qu'il estimait qu'elle méritait bien mieux qu'une demande en mariage vouée à noyer le poisson d'une scène dramatique. Et, même si le cadre était idyllique - dans la mesure de ce que l'on pouvait qualifier de tel à Lima - il voulait au moins lire la surprise dans ses yeux lorsqu'il dévoilerait une bague qu'elle n'aurait jamais osé espérer de sa part. "Et si on repartait à zéro ? Reconstruire cette confiance perdue, réapprendre à se connaitre. A se connaitre vraiment. A se dire tout, le bon comme le mauvais, sans attendre qu'il nous empoisonne. A redécouvrir nos qualités, sans se focaliser sur les défauts. Et si on faisait les choses de manière conventionnelle ? Tu veux que je réponde à ta question. Je t'ai déjà pardonnée. Je t'ai pardonnée à la minute où j'ai compris que c'était ce que je devais faire. Et je me fiche de savoir si toi tu l'aurais fait. Je m'en fous qu'on soit quitte ou pas. L'équilibre est rétabli, on recommence tout. Comme on l'a fait tout à l'heure." Machinalement, il s'était approché d'elle sans même s'en rendre compte. Il avait pris ses mains dans les siennes, et il avait plongé son regard dans le sien. "Enfin, on recommence à zéro mais sans la règle des 25 rendez-vous ou je sais pas quoi que vous avez inventé vous les filles." précisa-t-il pour détendre l'atmosphère. Parce que ce soir, il espérait bien ne plus avoir à se retourner seul dans son lit.
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Anna L. Preston
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MessageSujet: Re: 06. The fault in our stars   06. The fault in our stars EmptyDim 2 Nov - 19:34

Qu’est ce qu’elle avait espéré ? Qu’elle prononcerait le mot « désolée » et que toute la colère de Tim s’évanouirait ? Qu’elle reviendrait sur ses réticences à se marier et que le goût de trahison quitterait les lèvres du jeune homme ?
En ressassant ses pensées dans la chambre noire de la Pension, combien de fois avait elle répété le discours qu’elle souhaitait lui faire avant d’abandonner, découragée, et de se concentrer sur ses tâches du moment. Trop cynique : "Ce n’était qu’un baiser". Trop détachée : "Il ne représente rien pour moi". Trop victimisant : "Je ne sais pas ce qui m’a pris" ou "J’étais malheureuse".
Aucunes de ces phrases toutes faites ne reflétaient les sentiments ou les pensées de l’aînée des Preston. Elle assumait ses actes de bravoure comme ses erreurs, c’est pour cela qu’elle osait faire face à Tim sans trembler pour son ego inébranlable, mais plutôt pour son cœur déjà en lambeaux. Elle savait qu’elle avait franchi une ligne rouge, qu’elle ne pourrait jamais regagner complètement sa confiance, et jusqu’à ce soir, jusqu’à ce qu’il lui avoue qu’il l’aimait encore et malgré tout, elle doutait en fait qu’il veuille recoller les morceaux des drames à répétition de leur histoire.
Elle avait précisément refusé d’appeler, de débarquer à l’improviste à son appartement, de jeter des cailloux à la fenêtre de la maison de sa mère pour cette raison. Elle avait fait tout cela auparavant et cela n’avait pas empêché la spirale d’autodestruction de se poursuivre. Ils pensaient avoir grandi, être à l’abri, et à chaque fois, les mêmes problèmes resurgissaient, sous des formes différentes certes, mais les poussant à chaque fois à remettre en question leur avenir ensemble. Peut-être qu’inconsciemment, elle avait souhaité que ce soit lui qui revienne, qui fasse le premier pas vers la réconciliation afin d’être sûre de pouvoir enfin briser le cycle infernal ?

Anna avait baissé les bras. Elle avait renoncé à combattre le destin en préférant rester sur son piédestal, celui sur lequel Tim l’avait placée dès le début de leur histoire. Mais à bien y regarder, la situation n’était pas plus brillante là haut qu’ici bas.
Depuis le début de l’année, Anna avait beaucoup renoncé : à son statut de directrice de la galerie, à la stabilité que ce dernier lui procurait aussi. Elle avait renoncé à son orgueil en retournant frapper aux portes des agences de photographie londoniennes qui l’avaient jadis embauchée et auxquelles elle avait tourné le dos sans se préoccuper des convenances. Elle avait renoncé à son statut de sœur aînée parfaite, déléguant à Lexie et à ses colocataires à chaque fois qu’elle se sentait dépassée par les événements ou qu’elle n’était pas celle la mieux placée pour régler la situation.
Elle s’était choisie, en somme, et en dépit de la direction nouvelle qu’avait pris sa vie personnelle et professionnelle, elle n’arrivait pas à renoncer à Tim. Elle ne voulait pas renoncer à Tim.
Tate en avait été le parfait exemple. Toutes les conditions auraient pu être réunies  pour qu’elle file le parfait amour avec l’avocat de Colombus, mais au moment où le surveillant avait cédé sa place en disparaissant de la circulation, Anna avait réalisé qu’elle faisait fausse route depuis le baiser échangé à la galerie. A partir du moment où Tim avait renoncé à eux, toutes les satisfactions de sa vie quotidienne avaient disparu pour laisser la place à un vide immense.

Les larmes séchaient aux coins de ses yeux tandis qu’elle ne lâchait pas le surveillant du regard. La distance entre eux la réconfortait pour le moment et l’aidait à y voir plus clair. Elle lui avait été reconnaissante de sa première étreinte, mais avait eu peur de se laisser emporter par son désir alors qu’ils avaient tant de choses à régler, et reculer lui avait semblé salvateur.
Elle secoua la tête pour lui intimer d’ignorer sa remarque précédente. Elle ne voulait pas qu’il pense qu’elle lui disait ce qu’il avait envie ou besoin d’entendre afin de le pousser à reconsidérer ses décisions. Elle ne voulait pas qu’il pense qu’elle s’estimait supérieure et qu’il n’était qu’un jouet qu’elle manipulait au gré de ses envies. Contrairement à ce que de nombreux membres de leur entourage avaient imaginé, leur relation était fonctionnelle parce qu’ils étaient sur le même pied d’égalité, malgré l’admiration respective qu’ils se vouaient secrètement. Timothy Ainsworth avec ses défauts comme ses qualités était la part d’elle qui lui manquait.

Mordillant nerveusement son pouce, vulnérable comme elle ne l’était qu’en sa présence, elle l’écouta lui faire la proposition qu’elle n’espérait plus. Elle suivit attentivement chacun des points qu’il énonçait et lorsqu’il attrapa ses mains pour les serrer dans les siennes, elle frissonna une fois de plus à ce contact si familier avant de le dévisager avec curiosité. Depuis quand était-il devenu si posé et pragmatique, et même à la limite du romantique ? Beaucoup de choses avaient décidément changé en quelques mois et le sérieux du jeune homme arracha un sourire attendri à la photographe. « Repartir à zéro hein ? »  C’était la meilleure idée qu’ils auraient jamais. Le "Ainston.0" avait tellement bien fonctionné qu’il leur avait fait traverser l’Atlantique pour se retrouver. Peut-être que Tim avait raison et qu’ils faisaient fausse route depuis longtemps en essayant de réparer ce qui ne pouvait pas l’être. Si être séparés était plus douloureux qu’être ensemble, à quoi bon essayer de saboter les choses à chaque fois ? Si Tim lui avait déjà pardonné, pourquoi se torturer en ressassant les mauvais souvenirs ?

Son téléphone sonna brusquement. Les Spice Girls. Lexie donc. Elle avait ignoré les vibrations annonciatrices de SMS sans doute incendiaires, mais il allait finir par falloir rassurer sa sœur. L’ironie de la situation frappa la jeune femme : la dernière fois qu’un appel de sa cadette avait interrompu une de ses conversations, c’était précisément le visage de Tim et ses sentiments immuables envers lui qui lui étaient revenus en mémoire. La boucle était bouclée.
« Lexie, » s’excusa-t-elle en coupant la sonnerie. Elle releva ses yeux vers Tim et remarqua le demi-amusement avec lequel il avait prononcé sa dernière phrase. « Il me semble que tu n’as jamais eu à attendre 25 rendez-vous pour quoi que ce soit, » répliqua la photographe en retrouvant le contact du jeune homme. Serrée contre lui, Anna prit tout son temps pour le dévisager. Elle avait presque oublié à quel point chaque détail de son visage faisait chavirer son cœur. Elle passa sa main dans ses cheveux qu’il avait laissé repousser depuis la dernière fois qu’elle l’avait vu. Elle pressa doucement sa bouche sur sa tempe, sa joue, avant de finir inévitablement par rencontrer ses lèvres.
Elle s’arracha à contrecœur de cette nouvelle étreinte, néanmoins rassurée par le flot d’émotions et de complicité jamais vraiment perdues qu’ils venaient d’échanger.
« Il faut que tu retournes là-bas… » murmura-t-elle sans lâcher Tim. « Profiter de votre succès… Et puis c’est déjà beaucoup pour un premier rendez-vous non ? » chuchota-t-elle à son oreille d’une voix amusée. « Je t’appelle ? Demain ? » ajouta encore Anna sans pouvoir relâcher la pression qu’elle exerçait contre le corps du surveillant. « Je t’aime Timothy Ainsworth », s'autorisa-t-elle enfin à avouer.
A regret et non sans l’avoir longuement détaillé une dernière fois, elle se détourna de lui et s’élança vers la foule, ignorant son téléphone qui sonnait à nouveau.
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