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 03. [Garden Grove,CA] Gone Girl

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MessageSujet: 03. [Garden Grove,CA] Gone Girl   Mer 3 Fév - 22:11


Inspirer.

Expirer.

C’était si simple.

Inspirer.

Expirer.

C’était si compliqué.

Inspirer.

Expirer.

Vivre.

Le vent déposait du sel aux coins de sa bouche. Faisait crisser du sable dans ses cheveux. Ses ongles un peu trop long s’enfonçaient dans le tissu blanc de son peignoir. Rien sur son visage. Ni maquillage, ni expression. Le jeu de lumière sur sa peau donnait l’impression fugace qu’une émotion s’y dessinait. Mais ça ne durait jamais. Assise sur son banc, à quelques mètres d’une petite plage, le dos bien droit, elle n’attendait rien. La peinture bleue avait tourné au gris terne, comme rongée par l’air marin. Sur les lattes de bois usées, une tasse de thé était froide depuis longtemps. Une infusion détox. Ils disaient qu’on se sentait plus légers, qu’on se sentait mieux avec que sans. Elle ne la buvait jamais. Elle regardait droit devant elle. Elle écoutait l’océan. Et elle n’attendait toujours rien.

Grace était.

Rien de plus, rien de moins.

Elle assurait le service minimum de l’existence. Plantée quelque part entre le passé et le futur. Désintégrée dans le présent. Elle survivait. Péniblement. Moment après moment. Expiration après inspiration. Et ça lui semblait plus facile sur ce banc. A des centaines de kilomètres de sa vie. Ce banc posé là. Nulle-part. Là où rien ne bougeait jamais. Où personne ne chantait. Où rien ne faisait mal.

Face à cet océan dont elle doutait qu’il existe une limite, elle se sentait petite.

Minuscule.

Microscopique.

Si insignifiante qu’elle pouvait décemment oublier ses problèmes.

Les secondes, les mois, les jours, ce n’était plus qu’un gros marasme. Une bouillasse avec laquelle s’amusait cette entité qu’elle devait probablement vénérer déjà dans le ventre de sa mère. De la boue que les flots insatiables noyaient, happaient, engouffraient sans interruption. Léchant avec gourmandise jusqu’à la dernière miette de son temps échoué sur les gravions du rivage.

Le bleu fatigué de ses yeux contemplait  pensivement ces eaux qui roulaient en ronronnant sur la côte. L’écume luisait, les vagues chuintaient contre la falaise si nettement découpée sur l’horizon. Grace essayait de cligner le moins possible. De ne rien rater. Comme si le spectacle tranquille du paysage parvenait à remplir ne serait-ce que pour un moment son cœur percé. Sa poitrine était toujours douloureuse, comme ankylosée.

La brise était douce.

Le soleil était doux. .

La Californie était douce. Tiède, aussi. Comme une couverture dans laquelle elle s’était enveloppée pour échapper à la nuit glaciale de Lima. Un cocon moelleux, peu exigeant, aseptisé.

Ce n’était pas la première fois.

C’est ce que ces gens ne cessaient de lui répéter. Avec leurs voix étouffées et leurs stupides noms qu’elle oubliait toujours.

Ce n’était pas la première fois. Ca lui avait fait du bien. Elle avait surmonté tout-ça. Elle pouvait le faire encore.

Grace n’y croyait pas. Elle ne croyait plus à rien du tout. Elle laissait la vie se dérouler sans elle, en silence. Ni pour le meilleur, ni pour le pire. Elle n’allait rien surmonter. Puisqu’il n’y avait plus rien tout court. Puisqu'il n’y avait plus lui.

Une seconde. Un matin. Un appel. Et c’était tout. Et c’était fini.

Comme une anesthésie générale. Droit au cœur. Le noir était revenu. Plus épais. Plus poisseux. Le taxi, l’avion, le Centre, toutes ces choses s’y mêlaient sans qu’elle ne sache plus vraiment ce qui venait avant le reste. C’était des réflexes, des instincts qui la poussait, des choses qu’elle ne voulait plus maîtriser. Tout s’embourbait autour d’elle, alors que figée dans l’obscurité, elle ne cherchait même plus à taton l’interrupteur. Parfois, elle entendait le rire d’un gamin roux ruisseler dans ses oreilles. Elle sentait un baiser très blond effleurer ses lèvres. Alors elle fermait plus fort les yeux. Elle s’enfermait à double-tour et attendait que les fantômes s’en aillent.

Son ventre gargouilla.

Elle l’ignora.

Elle ne pouvait rien avaler tant que la nausée serait là, de toute façon. Et si elle ne la sentait pas à cet instant précis, Grace savait qu’elle reviendrait à l’instant où elle quitterait le banc. Il faudrait bien qu’elle mange, bien sûr. Mais pas maintenant. Plus tard. Quand on l’y obligerait, à coup de sourires et de compliments sur sa taille de guêpe. Quand elle se retrouverait devant du chou frisé acre, du lait d’avoine fade et des graines de chia trop dures. On lui ferait boire de l’eau déminéralisée. Il y aurait de la musique zen. Et des gens. Beaucoup de gens. Tous dans l’ombre. Tous dans le flou. Elle ferait des activités. On exigerait d’elle quelques notes de piano, peut-être. Elle détesterait ça, sans doute. Elle retournerait dans sa chambre. Elle s’asseyerait sur son lit. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à regarder par la fenêtre. Que la nuit soit tombée en même temps qu’elle.

Elle ferait tout cela. Elle s’y complierait. Elle l’avait déjà fait de si nombreuses fois. Dans l’idée de plus en plus absurde de survivre.

Mais pas maintenant. Par pitié, pas maintenant.

L’odeur familière d’encens et d’eucalyptus des employés du Centre l’avertit que Constance arrivait.

La blonde soupira.

-Grace !

Ses muscles engourdis réagirent avec lenteur. Ses doigts tremblèrent quand elle les passa dans ses cheveux soufflés. Quand elle resserra le nœud mince à sa taille. Ses lèvres se serrèrent alors qu’elle inspirait à fond, grimaçant un sourire de circonstance. La nuque raide, elle sentit ses épaules craquer quand elle tourna la tête vers la jeune femme qui avait la charge d’Hamilton Junior.

Constance était habillée dans sa toge rose saumon. Celle des grands jours. Ses tongs en bambou biologique recyclables couinaient désagréablement. Sa beauté était agressive, tapageuse, son sourire sophistiqué, éblouissant. Probablement avait-elle fait un nouveau blanchissement depuis la veille. Son apparence générale affichait un maternalisme très professionnel. Elle avançait à de grandes enjambées à travers la pelouse de la résidence, comme un missile lourdement chargé. Quand elle lui parlait, elle donnait toujours à Grace l’intime conviction qu’elle la prenait profondément pour une idiote. Mais elle devait être bien assez payée pour ne jamais le mentionner distinctement. Dans une autre vie, Grace s’en serait surement occupée. De façon radicale. Mais plus maintenant.

A présent, elle était simplement fatiguée.

-Quelqu’un est là pour te voir, ma douce chérie…

Si fatiguée.

-Je n’attends personne.

Sa voix semblait racrapotée au fond de sa gorge. Elle déglutit.

-Mais oui, c’est ce que je viens de te dire, petite libellule, c’est quelqu’un qui attend pour toi…

-Ca doit être une erreur…

-Non, rayonnant têtard…

Si la moue était affectueuse, le ton était vaguement irrité. Tentant de se lever un peu trop vite pour renvoyer Constance et sa ménagerie à ses huiles essentielles, Grace vacilla. La tête lui tournait, si bien qu’elle agrippa à contrecœur l’avant-bras de l’employée qui l’aida à se réinstaller sur son banc. Fronçant les sourcils, la blonde passa une nouvelle main fébrile sur ses mèches si longues, avant de se figer.

Lentement, précautionneusement, elle tourna une nouvelle fois le cou pour observer de face ce qu’elle avait aperçu du coin de l’œil.

Qui elle avait aperçu du coin de l’œil.

-Oh.

Les yeux ronds, elle déglutit à nouveau. Machinalement, elle fit mine de refermer son peignoir déjà serré à l’extrême, ne quittant pas la silhouette des yeux. Finalement, comme résignée, elle hocha pensivement la tête.

-Très bien.
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